ADRIAN ADRIAN_VO ALBERT ANNE BEVERLEY CHRIS DAVID_VO EUNICE FAYE FILS GERALDINE GILL GILL_VO JANEY KATHLEEN KATHLEEN_VO KEITH KIM LEE LEIGH LUCY MANDY MARTIN MILLIE MUM PERE PHOTOGRAPHER_SALLY RICHARD RUTH SHIRA TRILBY VERA GILL Allo? ADRIAN Salut GILL Salut ADRIAN Je suis l� dans 5 mn GILL Ok. Gare toi devant. ADRIAN Ca marche. GILL Super. ADRIAN Salut la pouff�. GILL A plus p�tasse. ADRIAN �a va? ADRIAN Ouais. T�as tout ce qu�il faut? GILL Oui, je crois. J�ai quelques tenues. ADRIAN Oh, d�sol� ma ch�rie. ADRIAN Aujourd�hui les gens � Sidney traversent n�importe comment, un peu quand �a leur chante. GILL Oui ADRIAN C�est Sally Flegg la photographe, et elle est tr�s talentueuse. GILL Oui. ADRIAN Tous les acteurs sont sublimes sur ces photos. Donc j�ai pens� qu�on devrait aller la voir pour faire quelques portraits. GILL Ouais, j�esp�re que � ava aller avec les v�tements que j�ai achet� J�ai plein de choses ADRIAN Moi j�ai achet� tout un nuancier de noir�. Et je pensais me faire un brin de maquillage. GILL Ah d�accord. Mais plut�t les l�vres ou les yeux ? ADRIAN je veux un regard charbonneux. GILL Reste sur cette file. C�est bien ADRIAN Oh t�aurais d� prendre le volant. GILL Oui, je sais. GILL VO je crois qu�il me connait mieux que n�importe qui. On a pas besoin de se dire les choses pour se comprendre, on a v�cu la m�me chose. On a grandi au sein de familles blanches install�es dans les beaux quartiers, �tre les seuls enfants aborig�nes � l��cole, le racisme� Et on a aussi v�cu le fait d��tre des enfants qui ont grandi dans un monde blanc et qu�on renvoie dans le monde noir. ADRIAN VO D�s la premi�re seconde ou j�ai rencontr� Gill, j�ai su qu�on �tait connect�s comme jamais, qu�on �tait sur la m�me longueur d�ondes. ADRIAN J�ai voulu faire un court m�trage et la productrice du film �tait Christina Nehm, celle qui jouait le role de Trilby dans Fringe Dwellers. MUM Trilby TRILBY je suis l� maman. MUM Il va plus rester d�eau dans ce reservoir. Viens par ici nous donner un coup de main. TRILBY D�accord. ADRIAN Et elle a dit Oh faut que tu rencontres ma copine Gill. Elle travaille avec moi � SBS. GILL Merci ADRIAN Le jour venu, Christine et moi on est arriv�s t�t, on �tait au Badde Manors Cafe � Glebe et quand Gill est entr�, �a a tout de suite coll�. ADRIAN Cette pr�sence, ce calme, cette qui�tude, cette s�r�nit�, ce grand sourire et cette chaleur humaine, c�est le premier souvenir que j�ai gard� de Gill. GILL VO je travaillais � SBS � l��poque, et peu de temps avant, on venait de perdre un coll�gue qui s��tait suicid�. Pour essayer de se mettre � sa place et comprendre son geste, on a d�cid� de r�aliser un sujet sur le suicide et chercher � comprendre ce qui pouvait lui �tre difficile voire insupportable dans la vie. Il avait lui-m�me �t� adopt�, donc lui et moi avions ce point commun� PHOTOGRAPHER SALLY Tu peux relever la t�te ? GILL VO Mais c��tait aussi un Aborig�ne homosexuel. Aussi, Julie Nimmo, l�une de mes coll�gues, a profit� du tournage pour r�aliser un reportage sur Adrian. GILL Tu vas mettre du rouge � l�vres? ADRIAN Non, c�est magnifique. GILL C�est sympa. PHOTOGRAPHER SALLY On pourrait changer de profil ? GILL Ce que ni lui ni moi n�imaginions un seul instant, c�est l�amiti� qui en d�coulerait. PHOTOGRAPHER SALLY Pas mal ! ADRIAN Jolie ! PHOTOGRAPHER SALLY Oh oui�et voil�. ADRIAN On est devenus amis et on a commenc� � travailler sur le court-m�trage qui s�appelle Angel. J�ai �t� tr�s influenc� par Tracy Moffatt et Jane Campion. L�imaginaire et l�univers que ces femmes ont, l�humanit� de leurs personnages et ce qu�elles racontent. Mettez ces deux femmes ensemble et vous aurez une id�e de comment je voyais le monde. A ce moment-l�, le film Radiance de Rachel Perkins �tait � l�affiche des salles de cin�ma. Il y avait une rencontre entre toutes ces r�alisatrices visionnaires et elle les incarnait toutes. On a fait pas mal de route avec sa petite voiture pour faire les rep�rages et trouver ce lieu idyllique dans la nature. Et on a vraiment appris � se connaitre et on s�est racont� nos vies. Les similitudes et les points communs �taient surr�alistes. GILL Nos histoires ont des similitudes oui, mais elles ont aussi de grandes diff�rences. ADRIAN Je suis n� � Bourke, en Nouvelle-Galles du Sud, � No�l 1975. Ma m�re jouait au bingo � l'�poque. � Bourke, le bingo se jouait par terre. Ils se servaient de la terre pour couvrir les num�ros sur les planches de bingo. A la naissance, j'�tais tr�s malade. � trois jours, j'ai �t� transport� par avion � Sydney pour une op�ration qui m'a sauv� la vie, et je ne suis jamais revenu. J'ai �t� adopt� � Sydney et j'ai grandi � Mosman, dans une famille tr�s ais�e. J'ai eu une enfance que beaucoup d'enfants blancs envieraient. J'�tais tr�s, tr�s chanceux et privil�gi�. Quand ma m�re allait � l'op�ra ou au ballet, je la regardais se maquiller. Elle savait que j'�tais gay. Cette transformation �tait fascinante, si douce et si belle. Ma m�re �tait magnifique, quand elle s�est mari�e, elle ressemblait � Jackie Onassis. Elle �tait splendide, tout simplement. C��tait la plus belle femme au monde. Mon p�re, lui, �tait promoteur immobilier, il avait commenc� comme architecte. C'est l'homme le plus intelligent que j'aie jamais rencontr� jusqu�� aujourd'hui. Il �tait tout pour moi, mon protecteur, celui qui rentrait � la maison tous les soirs et faisait en sorte que tout aille bien. Il me bordait, me souriait, il �tait positif et aimant. Maman avait fait le plus dur avec moi pendant la journ�e, et quand papa rentrait du travail, c��tait comme une bouff�e d'air frais. GILL VO Papa et maman �taient tr�s engag�s socialement. Ils se sont rencontr�s en Papouasie-Nouvelle-Guin�e o� ils enseignaient l'anglais. Ils se sont mari�s et ont fond� leur famille l�-bas. Ils ont eu quatre enfants en moins de cinq ans. Mais quand ils sont revenus en Australie et se sont install�s � Avalon, maman voulait vraiment avoir d'autres enfants et elle a d�cid� d'adopter. KATHLEEN VO Mon mari �tait un enfant adopt� et nous �prouvions naturellement de la sympathie pour les enfants adopt�s. J'avais d�j� trois fils et une fille et je voulais une s�ur pour ma fille. Et j'avais envie d'avoir plus d'enfants. J'�tais insatiable, je suppose . Avant Gill, j'ai adopt� Kim, qui n'�tait pas aborig�ne mais qui avait des origines m�tisses aussi. DAVID VO Pour Chris et moi, qui �tions les plus jeunes, c'�tait tr�s exaltant. C'�tait comme aller au magasin et avoir un nouveau jouet. On ne pensait pas du tout aux complications. Ils allaient nous ramener un b�b�. La seule chose qui �tait un peu stressante, c��tait quand les services de l'adoption venaient � la maison et que nous devions nous comporter du mieux possible. Je me souviens du stress que �a provoquait. LUCY Il y avait beaucoup d'excitation et d'attentes. Et vous savez, �a a �t� une joie. Une vraie joie quand ces petits b�b�s sont arriv�s � la maison. CHRIS � 14 ou 15 ans, il y a eu une phase o� je me sentais un peu � l��cart car Kim et Gill �taient adorables, elles ne pouvaient rien faire de mal. J'�tais dans une sorte de r�bellion, je voulais �tre diff�rent de la famille. MARTIN Parce que j'�tais plus �g�, je pouvais vous d�poser � l'�cole, aller vous chercher � la danse ou aux cours de musique. Vous faites vraiment partie de notre famille et de notre culture. Une famille tr�s attach�e � pr�server cette partie de vos racines. GILL Kim et moi avons grandi comme si nous �tions deux petits pois dans une cosse . Nous avons partag� la m�me chambre pendant une grande partie de notre enfance. Nous avions des lits superpos�s. J'avais toujours le lit du haut, et elle celui du bas. Elle adorait me donner des coups de pied depuis le bas. Je me souviens que notre enfance �tait tr�s amusante, pleine de rires et de chamailleries. Elle avait l�habitude de me faire tout le temps peur. Ou du moins elle essayait. KIM �tre adopt�, �a a �t� super. J'ai �t� accueilli dans une famille formidable. J'ai plein de fr�res et s�urs qui m'aiment, et je les aime aussi, ainsi que toute la famille dans son ensemble. J'ai eu la chance d'avoir maman et papa. GILL On passait tous nos �t�s comme une famille ais�e du Nord, on allait � la plage d'Avalon ou � Clareville, on faisait des pique-niques en famille. J'adore l'eau, j'adore �tre dans l'eau. C'est ce que je pr�f�re au monde. Parfois, nos grands fr�res et nos s�urs plaisantaient en disant que maman et papa nous avaient laiss�s trop longtemps au soleil et qu'on avait attrap� un coup de soleil, et c'est pour �a qu'on �tait d'une couleur diff�rente. Mais on savait tous que c'�tait une plaisanterie entre nous et on en riait. La plupart du temps, je ne me sentais pas vraiment diff�rente. J'�tais juste une gamine comme une autre, courant pieds nus partout. �tre pieds nus me semblait tr�s naturel. et on me disait toujours de mettre des chaussures. Et je disais "Pourquoi ? Mon peuple ne porte pas de chaussures." C�tait avec ces mots-l� que je prenais conscience d��tre qui j��tais, d��tre une aborig�ne ou de l�id�e que je m�en faisais. Evidemment, c'est bien plus que �a. GILL Dans mes jeunes ann�es, Avalon �tait une ville � dominante blanche. En fait, pendant la majeure partie de mon enfance, j'avais l'impression que Kim et moi �tions les seuls enfants noirs du coin. ADRIAN J'�tais un enfant tr�s �nergique. J'avais un TDAH s�v�re, qu'on appelait TDA � l'�poque. J'�tais donc un gamin qui bondissait de partout litt�ralement. J'avais une �nergie d�bordante et un app�tit insatiable pour la vie. Donc, peu importe la situation dans laquelle j'�tais, je la d�vorais. Mon premier jour d'�cole, j'�tais habill� d�s cinq heures du matin, en uniforme complet. Ma chemise �tait rentr�e, mes chaussures cir�es. C'�tait comme le d�but d'une toute nouvelle aventure. J'arrive enfin � l'�cole, et un gamin est venu en courant et m'a trait� de "abbo". Alors je l'ai frapp�. C'�tait mes cinq premi�res minutes � l'�cole. Le mot "Aborig�ne", dans ce monde o� j'ai grandi, �tait comme un gros mot pour les enfants. Personne n'avait rencontr� d'Aborig�nes avant, ils ne connaissaient que ce que les m�dias leur en disaient, et l�un des qualificatifs de ce pays, est, soyons honn�tes, le racisme. Au c�ur m�me de la soci�t� blanche, dans un endroit comme Mosman, je ressentais ce racisme chaque jour o� je m�aventurais � l�ext�rieur. GILL VO Je n'ai pas vraiment connu le racisme avant probablement le CE2. Je me souviens avoir dit "Maman, les enfants sont vraiment m�chants. Ils me traitent d�aborig�ne. Maman m'a soutenue assez curieusement mais de mani�re magnifique. Elle m'a dit "R�fl�chis bien. Y-a-t-il une chose blanche que tu n'aimes pas� un aliment peut-�tre?" J'ai r�pondu que je n'aimais pas la mayonnaise par exemple. Elle m'a dit "Eh bien, appelle-les 'tronche de mayonnaise'." KATHLEEN J'ai enseign� � de nombreuses personnes de couleur. J'ai enseign� en Nouvelle-Guin�e, � Colombo pour des �tudiants de tous les pays asiatiques, � des migrants de tr�s nombreux pays. La couleur de la peau n'a absolument aucune importance dans vos relations avec les autres. Les gens sont tous les m�mes. LUCY Quand nous �tions enfants, on avait l'habitude de recevoir de groupes de jeunes Indon�siens et de Vietnamiens pour des pique-niques. On avait d�j� une empathie naturelle pour les personnes d'autres cultures et cette notion d�inclusivit� dans nos vies. GILL Nongolagong est l'un des premiers aborig�nes que je me souvienne avoir rencontr�. Tu avais entendu parler de ce programme pour les jeunes pendant les vacances scolaires. Et tu as fait en sorte que Kim et moi y allions. Ceux-l�, je les aime bien parce que c'est moi. C'est � Palm Valley, qui est comme une petite oasis au milieu du d�sert, tu te souviens ? KATHLEEN oh Palm Valley c��tait tr�s mignon. Oui... GILL Et je m��tais install�e l� pour dessiner. KATHLEEN Oui� ADRIAN Quand les enfants ont commenc� � essayer de comprendre ce qu'�tait l'adoption et ce que cela signifiait d'�tre adopt�, quand ils voulaient �tre m�chants, ils disaient "Oh, ta m�re ne voulait pas de toi, ton p�re ne voulait pas de toi." Ma m�re me faisait asseoir et me disait "Dis � ces enfants que ta m�re et ton p�re te voulaient. Ils t'ont adopt�. Ils t'ont choisi parmi tous les autres enfants. Leurs parents, �a leur est tomb� dessus. Ils n'avaient pas le choix." J�avais l�impression de me sentir diff�rent. Mais �a faisait mal quand m�me. J'ai grandi dans un monde blanc h�t�ronormatif, en tant qu'enfant noir aborig�ne homosexuel dans les ann�es 80. Mais j'�tais bon en sport, vraiment bon. Et si tu es bon en sport dans une �cole comme �a, tu es presque vu comme un dieu. Une grande partie de ce qui se passait en moi, c'�tait que je commen�ais � comprendre le monde gay, et j'avais commenc� � d�couvrir le sexe et � mener une vie secr�te. C'�tait ill�gal. Si j'avais �t� arr�t�, j'aurais eu de gros ennuis. Maman et moi avons eu une grosse dispute une nuit, vers 23 heures. Je me souviens que maman criait � papa "Soit il part, soit je pars, tu choisis." Et je me suis dit "Wouaouh, o� je vais aller ? Et si je devais partir ?" Une partie de moi voulait partir parce que parfois c'�tait insupportable d'�tre l�. Alors papa, le pacifique, a d�cid� de m'emmener � Bourke, o� je suis n�, en esp�rant que je me rendrais compte de la chance que j'avais d'avoir la vie que j'avais aujourd'hui et que je me calmerais. PERE Je pensais qu'on pourrait aller se baigner dans la rivi�re demain. T�en penses quoi ? FILS Ouais PERE Je me demande s'il y a de bons restaurants en ville ? T�as une id�e ? FILS D�accord papa, �a me va d�aller nager. ADRIAN VO Soudain, mes deux mondes, le noir et le blanc, se sont heurt�s pour la premi�re fois de ma vie. C��tait gal�re � la maison et j'�tais probablement sur le point d'�tre suspendu de l'�cole. C'�tait maintenant ou jamais. PERE Russell, j�aimerais savoir� tu n�es pas heureux avec nous? C�est �a? FILS Papa� PERE Tu as �t� suspendu de l��cole, tu as �t� arr�t� FILS C�est rien Papa. C�est pas toi. C�est pas �a. PERE Si c�est pas nous alors je comprends pas ADRIAN VO Mais je ne pense pas qu'il ait r�alis� qu'en faisant cela, il n'a pas tourn� la page � ce chapitre. Pour moi, il en a ouvert un autre. Et c'est l� que je me souviens avoir voulu savoir, et m'�tre promis qu'un jour je retrouverais ma famille biologique. PERE Eh bien, voil�. C'est l� que tu es n�. Allez, viens. On va prendre une photo pour montrer � maman et aux filles. D'accord. Souris. ADRIAN VO J'�tais curieux, est-ce qu'ils me ressemblaient ? Est-ce qu'ils parlaient comme moi ? Est-ce que je leur manquais ? Savaient-ils o� j'�tais ? En descendant la rue, je regardais tous les visages noirs. Je cherchais � me reconnaitre en eux, et � voir s'ils se reconnaissaient en moi. GILL J'ai termin� l'�cole � la fin de 1991 et j'ai entendu parler d'un cursus � l'�cole australienne du cin�ma, de la t�l�vision et de la radio. Il permettait aux Aborig�nes et aux habitants des �les du d�troit de Torres d�int�grer l�industrie audiovisuelle. C'�tait la premi�re fois de ma vie que j'�tais dans une salle remplie uniquement d'Aborig�nes et d�Habitants du D�troit de Torres. J'�tais nerveuse, c'�tait un monde qui m��tait tellement �tranger. A la troisi�me semaine de cours, l'id�e �tait d��tre en immersion dans la communaut� et d�aller � la rencontre d�organisations communautaires. L'oncle Lester Bostock, qui avait mis au point ce cursus, m'a prise sous son aile. Il savait que j'�tais n�e � Nowra et que j'avais �t� adopt�e, mais l'endroit o� ils voulaient aller cette semaine-l�, c'�tait justement Nowra. GILL Tout ce que je savais, c'est que j'�tais n�e l�-bas. Et je me disais, enfin vous savez, que mes parents pourraient �tre par hasard de passage, qui sait ? Ma m�re ne vit peut-�tre m�me pas dans la r�gion. Nous avons visit� la maison de retraite Rose Mumbler. Une des employ�es aborig�nes m'a prise � part et m'a demand� "Tu es n�e en quelle ann�e?" J'ai r�pondu "1974." Et la premi�re chose qu'elle a dite, c'�tait "Ah, tu as s�rement �t� enlev�e � cette �poque-l�." Jamais, pendant toute mon enfance avec ma famille adoptive, cela ne m'avait travers� l'esprit. A partir de l�, les personnes dont je m'inqui�tais le plus, c'�taient mes parents adoptifs, parce que je ne voulais pas qu'ils se sentent responsables d�une chose aussi atroce dans ce pays. GILL When you decided to adopt, like what was that process like for you? Because I have a receipt that says that you paid $70 for me. Quand vous avez d�cid� d'adopter, comment �a s'est pass� ? Parce que j'ai un re�u qui dit que vous avez pay� 70 dollars pour moi. KATHLEEN C�est une somme ridicule. GILL Donc je dis toujours que vous m�avez eue pour pas cher. KATHLEEN Je ne m'en souviens pas. Je ne m'en souviens pas. D�sol�e. GILL Je vais vous apporter les papiers d'adoption. Une des choses qui me semble diff�rente, par rapport notamment � Adrian, c'est, comme je le dis toujours, que nous avons un petit livret quand nous avons �t� adopt�es.. KATHLEEN C�est vrai, oui. GILL Kim et moi, on en a chacun un. KATHLEEN Parce qu'il y a eu un changement d'attitude du gouvernement. On vous a permis de d�couvrir qui �taient vos parents. GILL D�s le plus jeune �ge, vous ne nous avez jamais trait�s diff�remment des autres enfants de la famille. Non. GILL Et vous nous avez clairement fait comprendre que nous �tions vos enfants adoptifs, et que nous avions d'autres parents quelque part. KATHLEEN Oui. GILL J'ai toujours pens� que mon adoption �tait diff�rente, car j'avais ce livret avec des informations sur ma m�re et mon p�re biologiques. J'ai donc pens� que quelqu'un avait d� les �crire, et j'ai toujours esp�r� que c'�tait elle. GILL VO Une bonne partie d�entre nous avons �galement visit� Wreck Bay. D�s que j'ai mis pied � terre, j'ai ressenti comme un sentiment de paix. C'est comme si �a m�avait envahi par les pieds. Soudain, deux vieux dans une maison sur la gauche ont cri� en faisant des signes de la main et en criant "H���� Noonie, Noonie". Je leur ai fait un signe de la main, pensant qu'ils �taient vraiment chaleureux et sympathiques. En descendant la colline, on pouvait voir une magnifique eau turquoise. On l'appelle Summer Cloud Bay. GILL VO Le dernier soir de notre s�jour, nous avions invit� toutes les communaut�s que nous avions visit�es � venir partager un barbecue avec nous. J'�tais dans ma cabine avec ma colocataire, Elona. Je lui ai dit "Oh, soeurette, je me sens pas bien aujourd'hui. Je suis pas s�re de vouloir sortir ce soir." Elle m'a dit "Oh, tu te sens malade ?" J'ai r�pondu "Non, pas malade, je me sens juste pas bien." J'entendais les voitures arriver, les voix, les rires, mais je suis rest�e cach�e dans ma cabine. Et vers 22h30, tout � coup, je me suis sentie mieux. Je me suis dit, ok �a va mieux. Faut que je fasse un effort et que j�aille voir les gens. GILL VO Quand je suis sortie, les derni�res personnes encore pr�sentes �taient l'oncle Bobby McLeod et quelques gar�ons de Durge. Ils �taient tous assis dans une autre cabine, en train de chanter. Je me suis gliss�e au fond de la pi�ce derri�re tout le monde. �tre � Nowra selon moi, c'�tait le point de d�part pour envisager vraiment de retrouver ma famille biologique. J'ai d�cid� que c'�tait le moment d'obtenir mon certificat de naissance. Lorsque j'ai vu l'adresse o� ma m�re vivait quand je suis n�e, c'�tait Wreck Bay. Le nom de ma m�re sur le certificat �tait Geraldine Adler. Tout d'un coup, j'ai compris que j'�tais une Adler. A partir de cette semaine-l�, j�ai su que ce nom �tait important sur la c�te Sud. Tout faisait sens du moment o� j��tais sortie de la voiture et o� j�avais pos� un pied sur cette terre. J��tais inond�e d�un sentiment absolu de s�r�nit� et de calme parce que j�avais foul� le sol de ma terre natale. ADRIAN VO Je me souviens de la nuit o� j'ai quitt� la maison. Maman et moi avions eu certainement l'une des plus grosses disputes de notre vie. Et c'�tait le moment, j�en avais assez. Je ne pouvais plus rester dans la m�me maison qu'elle, et elle ne pouvait plus �tre dans la m�me maison que moi. J'ai attendu que papa rentre du travail. C'�tait notre accord. Je me souviens que je voulais seulement partir de l�, que j��tais assis au bord de mon lit, que je voulais seulement partir. Je marchais dans le couloir, papa �tait derri�re moi et me bousculait dans le dos, sans manifester la moindre douleur ou tristesse. Il �tait en col�re. Je suis parti de la maison avec 40 dollars en poche, sans id�e de ce que j'allais faire. J'ai achet� un paquet de cigarettes et un trajet en taxi, et la moiti� de l'argent �tait d�j� partie. Mais je me sentais vivant. Je me sentais vraiment vivant. Et j'avais l'impression d'�tre exactement l� o� je devais �tre, et j�avais fait le grand saut, j'�tais seul au monde. Je suis pass� d�une vie dans un manoir � Mosman o� j�avais ma propre chambre et ma propre salle de bain, � dormir dans un parc � Darlinghurst. ADRIAN VO Je n�avais pas les id�es noires d'�tre dans la rue. Je ne me sentais pas d�sesp�r�. Je ne me sentais ni en col�re, ni triste, ni bless�. Je sentais comme un regain d��nergie. J'avais l'impression d'avoir cette passion pour la vie, cet app�tit. Comme un ressort que tu as compl�tement tendu, qui est pr�t � �tre rel�ch� et � se propulser dans le monde. ADRIAN VO C'�tait la premi�re fois que je pouvais �tre compl�tement moi-m�me. Et j'ai aussi commenc� � fr�quenter le milieu gay, � aller dans les clubs et les bars. Je sortais en bo�te sept nuits par semaine. ADRIAN VO Mais tout �a apportait aussi les drogues, certains individus... C'�tait sans doute la p�riode la plus inqui�tante de ma vie, mais aussi la plus exaltante. Et une nuit, j'ai fini au Taxi Club, qui �tait une sorte de club pour travestis et transgenres. C'�tait comme un tout autre monde qui s'ouvrait � moi. J'�tais tellement fascin� par cet univers. Et je crois que �a me rappelait, d'une mani�re assez �trange, quand je regardais ma m�re se maquiller dans le miroir. C'�tait la m�me fascination, cette incroyable transformation, la beaut�, le pouvoir de la beaut�. Et ces femmes transgenres que j'ai rencontr�es sont devenues mes h�ro�nes. Elles �taient si courageuses et fortes. L�, au Taxi Club, j'ai rencontr� une femme trans polyn�sienne appel�e Valer, Val�rie, qui m'a accueilli comme un fils � bien des �gards. Ma m�re adoptive m'avait �lev� jusqu'� mes 18 ans, Mama Val m'a �lev� � partir de mes 18 ans, jusqu'� ce que je puisse subvenir � mes besoins. J'ai eu un petit ami, j'ai d�m�nag�, je suis tomb� amoureux et je me suis retrouv� � nouveau sans abri. Mon petit ami de l'�poque m'a emmen� � l'auberge Tony Mundine, j��tais loin de tout. Et maintenant, qu�est-ce que j�allais faire ? J'ai donc auditionn� pour la NAISDA. C'est une universit� qui enseigne les danses de Bangarra et o� tous les �tudiants sont aborig�nes ou des �les du D�troit de Torres. C'�tait la premi�re fois que j'�tais entour� de tant de personnes qui me ressemblaient. ADRIAN VO Ils ne parlaient peut-�tre pas comme moi, mais ils me ressemblaient. J'avais �t� aborig�ne dans un monde blanc et maintenant je pouvais tout aussi bien �tre un Blanc dans un monde aborig�ne, parce que j'�tais totalement perdu. Puis j'ai re�u cet appel � l'auberge qui disait "Nous avons trouv� le nom de ta m�re biologique, nous savons o� elle est et nous pouvons la contacter." Et je me suis dit je vais avoir son nom, mon Dieu� D'accord. Il y avait une femme l�-bas qui s�appelait Lorraine. Et elle �tait de Bourke. Donc, d�s que j'ai eu le nom de ma m�re, je suis all� la voir et lui ai demand� "Est-ce que tu connais Ruth ?" Elle a r�pondu "Ruth, qui ?" J'ai dit "Oh, Ruth Hartnett." Elle a dit "Ouais, c'est ma vieille copine de beuverie �Rooster�." J'ai dit "Oh, Rooster." Elle a dit "Ouais, je vais l'appeler. Elle est peut-�tre � Bourke ou peut-�tre � Wilcannia." GILL Je suis retourn�e � l'�cole de cin�ma, je travaillais toujours avec l'oncle Lester. Il m'avait invit�e � rester et � devenir professeur assistant pour la deuxi�me ann�e du cursus. Je me souviens que Grace, qui travaillait avec nous, m'a dit ce matin-l� "Ton cousin arrive aujourd'hui." D�s que je l'ai vu pour la premi�re fois, j'ai vu cette t�te appara�tre � la fen�tre, ces grands yeux qui me regardaient � travers la fen�tre. Il regardait en faisant le tour de la pi�ce, puis tout � coup il a fix� son regard sur moi. Je me souviens avoir d�tourn� les yeux, je ne voulais pas croiser son regard. Puis il est entr� et nous �tions vraiment timides l'un envers l'autre au d�but. On se regardait, puis on d�tournait rapidement les yeux. Puis il a dit "Tu sais qu'on est cousins, hein ?" Et j'ai r�pondu "Oui, j'attendais juste que tu me dises quelque chose en premier." Et � partir de ce moment-l�, Lee et moi avons commenc� � �changer. C'est mon cousin, mais en r�alit�, il est comme mon fr�re. Parce qu�en fait, Lee aussi a �t� adopt�. Donc Lee n'a pas grandi au sein de notre famille. Nous avons tous les deux toujours eu l'impression qu'il nous manquait quelque chose. Je me demandais m�me si nous n��tions pas jumeaux. Le jour o� je l'ai rencontr�, j'ai eu l'impression de retrouver une partie de moi qui me manquait. Et �a nous�est arriv� au m�me moment et il m�a dit la m�me chose. LEE Entre nous deux, c'est une vraie connexion. Ce n'est pas superficiel du tout. C'est comme �a. Dans la vie, on ne peut pas compter sur tout le monde. Les enfants qui ont �t� adopt�s finissent presque toujours par se rapprocher les uns les autres, peut-�tre parce que �a rel�ve de l��vidence. Il y en a tellement � qui c�est arriv�. Donc c�est pas si difficile de trouver quelqu�un qui n�a pas grandi avec sa famille biologique. GILL Je voulais juste seulement que Lee m�en apprenne plus parce que, en fait, Lee avait rencontr� la famille trois ans avant moi. Il �tait donc en quelque sorte mon guide pour rencontrer la famille. Je m'asseyais et on parlait des exp�riences qu�il avait v�cues, qui bien s�r sont diff�rentes. Adrian, Lee et moi avons tous eu des exp�riences tr�s diff�rentes. Il y a d�finitivement des similitudes, mais souvent beaucoup de diff�rences. LEE Quand tu as �t� �lev� par une autre famille et que tu rentres chez toi et que tu rencontres ta famille biologique, c'est diff�rent, c'est s�r. Mais tu ne connais pas ces gens. Tu ne les as jamais rencontr�s avant. Essayer de se souvenir des noms et des visages, et qui ils sont pour toi, c'est assez intense en �motions. �a fait du bien. Au final, j�ai trouv� des gens qui me ressemblaient. Oui, c'�tait assez g�nial. Oui, c'�tait super. GILL Un jour, l'oncle Bobby est venu � l'�cole de cin�ma et je lui pr�pareune tasse de th�. Clink, clink, clink. Et il se tient � c�t� de moi. Il me lance "D'o� viens-tu, petite ?" Et j'ai r�pondu "Oh, de Sydney." Et il dit "Non, d'o� viens-tu vraiment ?" Et j'ai dit "Nowra." Et il m�a demand� "Qui est ta m�re ?" Et j'ai dit "Geraldine Ardler." Et il dit "Noonie, hein." Et je l'ai regard� et j'ai dit "H�, c'est quoi ce mot ? Qu'est-ce que tu viens de dire ?" Et il dit "Noonie." Il dit "C'est le surnom que nous avons donn� � ta m�re." J'ai dit "Oh mon Dieu." C'est le mot que ces anciens ont prononc� le premier jour o� j'ai mis le pied � Wreck Bay, ils m'appelaient ainsi parce qu'ils pensaient que j'�tais elle. J'ai appris ce jour-l� que l'oncle Bobby et Geraldine �taient comme fr�re et s�ur. Ils ont grandi ensemble. Quelques jours plus tard, le t�l�phone sonne et je d�croche. Je dis "All� ?" Et puis j'entends cette voix dire "Est-ce que c'est Gill ?" J'ai dit "Oui, c'est moi." Et elle dit "C'est Geraldine." Et nous avons parl� toutes les deux. L'une des premi�res choses qu'elle m'a demand�es, c'�tait "�tais-tu � ce barbecue cette nuit-l�, l'ann�e derni�re ?" Et j'ai dit "Oui, en quelque sorte, mais pas vraiment." J'ai dit "Je ne me sentais pas bien, alors je suis rest� dans ma cabine." Alors j'ai demand� pourquoi. Et elle a dit "Eh bien, ta s�ur et moi �tions l� cette nuit-l�. Nous sommes venues parce qu'on avait entendu dire qu'il y avait une fille dans le groupe qui avait �t� adopt�e. Nous sommes parties vers 22h30." Tout cela a tellement de sens pour moi. Je comprends � pr�sent pourquoi je me suis sentie mieux � un moment et que j�ai pu sortir de ma cabine. Cette semaine-l� a �t� tellement �norme pour moi, en plongeant vraiment, vraiment soudainement et tr�s profond�ment dans un monde autochtone. Je ne pense pas que j'�tais pr�t � rencontrer ma famille en m�me temps. Mais 12 mois plus tard, je me sentais bien. Je me sentais pr�te. GILL Qu'est-ce qu'on va dire ? LEE J�en sais rien. LEE Comment te sens-tu maintenant, Gill, tu es sur le point de rencontrer ta m�re ? GILL La t�te que tu fais. Euh, rien. Rien, toujours aussi nerveuse. LEE Hein ? GILL Nerveuse. C�est bon. LEE Quoi ? GILL Nerveuse. Allez ! LEE On marche. LEE Voila la tante Noonie. Elle est l�. GILL Vas-y et filme-la. LEE D�accord. GERALDINE Ne me posez pas de questions. LEE Non. Comment vous vous sentez? GERALDINE De quoi j�ai l�air? LEE J�en sais rien. De quoi vous avez l�air? GILL Oh, ne commence pas � pleurer. GILL Ok on arr�te. LEE Des s�urs jumelles . Des s�urs jumelles. Regardez par l�. GILL VO On ressemblait vraiment � des jumelles. On s'habillait presque de la m�me mani�re. Nos cheveux �taient presque pareils. Nous avions le m�me sourire. Nous avons m�me les m�mes marques sur le visage. Ses mains, la fa�on dont nous tenons nos mains, notre fa�on de marcher. En marchant vers elle, j'observais ce petit coup qu'elle donne avec son pied gauche. Et j'ai r�alis� que j'ai ce m�me petit coup avec mon pied gauche quand je marche. Toutes ces choses, en grandissant, que tu ne vois pas chez les autres membres de ta famille, je les ai soudainement vues devant moi. GILL Il y avait de la g�ne, il y avait de la joie. Et je pense qu'il y avait aussi un peu de tristesse. Mais � ce moment-l�, j'ai senti que ce ne serait pas une seule et unique rencontre. Qu'il y avait quelque chose de singulier qui nous liait. Et que �a allait �tre pour toute la vie. ADRIAN J'�tais � l'auberge, �trangement seul. Et le petit t�l�phone du salon a sonn�. ADRIAN All�? RUTH All�. Est-ce que Lorraine est l�? ADRIAN J'ai dit "Oh, elle est au travail. Donc elle n'est pas l� pour le moment. Je peux prendre un message ?" RUTH Je m�appelle Ruth. ADRIAN J'ai r�pondu "Oh, vous �tes Ruth." Et elle a dit "Oui." Et il y a eu un silence. Et j'ai dit "Je pense que je suis ton fils." Je ne sais pas pourquoi j'ai dit �a. �a m�est juste sorti comme �a. Et elle a dit "Oh oui." RUTH Quelle est ta date de naissance? ADRIAN Le 21 d�cembre 1975. Elle a dit "Oui, tu es mon fils." Vraiment, comme si elle le savait. En y repensant maintenant, c'est tellement al�atoire, et nous sommes rest�s chacun dans le silence. Mais ce n'�tait pas comme une grande explosion de joie ou un grand moment de d�livrance. Ce n��tait pas �a, c'�tait petit, intime. Et c'�tait sans doute l'une des conversations les plus puissantes que j'ai jamais eues dans ma vie. Parce que c'�tait la premi�re fois que j'entendais la voix de ma m�re dont je me souvenais. Et elle avait tellement de choses � me dire. Maintenant je vais te dire, tu as deux fr�res et des s�urs. J'ai dit "Des fr�res, s�rieux ?" Parce que j'ai grandi avec des s�urs, et donc c'�tait nouveau pour moi. Mais des fr�res, j'�tais genre, wow. Et oui, le gar�on noir Roger, c'est ton a�n�. Et Albert, ils sont tous les deux plus �g�s que moi. Et elle me disait "Oh, ton fr�re Albert travaille � Macksville." Et c'�tait quand m�me plus proche que Wilcannia. Alors je me rends chez lui et il ouvre la porte, et c'est une esp�ce de grand gars, aux cheveux longs, longue barbe et un grand et franc sourire. Et son surnom, bien s�r, c��tait "Happy", parce qu'il souriait tout le temps. Mais l�, je pouvais me voir pour la premi�re fois. ADRIAN Il a juste souri, � entre, entre mon fr�re �. Et personne ne m�avait appel� mon fr�re avant, �a venait de lui. En y repensant, si je devais dessiner l'homme aborig�ne par excellence, ce serait mon fr�re Albert. Il �tait juste ce type de guerrier, se tenant debout en haut d�une falaise avec une lance et un bouclier. M�me s'il est beaucoup plus vieux maintenant, il est toujours ce guerrier avec sa lance qui te fait signe depuis sa tente. ALBERT Chaque matin, je me l�ve et je sors. C'est glacial sur l'herbe, c'est plut�t difficile de sortir du lit et d�aller s'occuper du feu. Mais c�est le but et la symbolique qui me motivent. Une flamme �ternelle pour notre peuple. Le symbole de la v�rit�, de la justice et de la paix pour tous les peuples autochtones du monde entier. Nous surplombons maintenant les murs de la d�mocratie australienne. C'est cette d�mocratie qui tue notre peuple. Qui a pris nos enfants, qui nous emp�che d'avoir acc�s � nos terres ancestrales. C'est ce qui nous emp�che de surmonter tous les obstacles. ADRIAN Tu as quel souvenir de notre premi�re rencontre ? ALBERT C��tait comme un kal�idoscope d'�motions. On nous avait dit que tu �tais mort � la naissance, qu'il y avait eu des complications au niveau intestinal et que tu �tais d�c�d� � l'h�pital. Et soudain, tu appelles pour dire que tu veux nous rencontrer. Et c�est un trouble extr�me qui a �touff� les �motions quand on s'est regard�. C'�tait comme se regarder dans un miroir. ADRIAN Et puis j'ai rencontr� mes autres fr�res et s�urs, lentement et progressivement. Et pareil, m�me visage. Mais on est des �trangers, on ne se connait pas. On a aucune id�e de ce que l'autre personne pense, ressent ou ce qu�elle a v�cu. Ils me sont compl�tement �trangers, mais je reconnais leur visage, qui est comme le mien. GILL Alors, quand Geraldine et moi avons parl� au t�l�phone pour la premi�re fois, elle m'a dit que j'avais deux s�urs et deux fr�res. Et tout d'un coup, je n'�tais plus la plus jeune de la famille. J'avais l'impression d'avoir gagn� le jackpot. GILL On va peut-�tre avoir un beau coucher de soleil dans la soir�e. GILL Des poissons qui sautent. GILL Tu te rappelles la premi�re fois o� on s�est vues ? C��tait dr�le non ? MANDY Oui c��tait dr�le GILL C��tait � une f�te. MANDY A une f�te et le cousin t�a vue GILL Ouais GILL Quelqu�un qui me ressemblait. Oui. Oui. MANDY Et moi je courais partout en disant � tout le monde que t��tais ma s�ur. GILL Personne ne te croyait. Et les gens me regardaient en disant "Vraiment ?" Mm-hmm. GILL Oui, c'est bien �a. Mm-hmm. Oui. Oui. MANDY Je pourrais pleurer de rire et en parler pendant des heures. GILL Ouais GILL Je crois qu'il �tait environ 3 heures du matin quand j'ai dit "Okay, je dois retourner en ville." GILL VO L'une des plus belles choses, c'�tait de d�couvrir que j'avais en fait une s�ur cadette. Et ensuite de d�couvrir que j'avais aussi deux fr�res cadets. C'�tait un cadeau dans un sens, parce que j'ai toujours �t� la plus jeune dans ma famille adoptive. LEIGH Tu as d�barqu� quand j'�tais jeune. Donc j'ai l'impression que tu as toujours �t� l� pour moi. Et l'amour que je ressens pour mes autres s�urs et toi est exactement le m�me. D�s que maman m'a dit "C'est ta s�ur." C'est comme �a, tu vois, on est l� pour l�une pour l�autre, quoi qu'il arrive. GILL J�avais un peu la sensation comme si j�avais trouv� ma place, que je m'�tais int�gr�e dans cette grande famille. RICHARD Oui, mais �a a d� �tre dur. D�avoir pour objectif de venir nous rencontrer ? Je suis s�r que... LEIGH Venir d�Avalon c�est �a ? GILL Mais c�est plut�t un joli objectif RICHARD Je pense plus aux Noirs que tu as rencontr�s et � la fa�on dont ils parlent et se comportent. GILL Mais non, rien de tout �a ne m'a d�rang�e. J'ai ador�. Tu sais... BEVERLEY En fait, j'�tais tr�s en col�re parce que je me disais "Pourquoi c�est pas moi ?" Parce que grandir � Wreck, c'�tait pas facile. Je me souviens que quand je suis all�e au lyc�e pour la premi�re fois, j'avais honte de dire que je venais de Wreck. BEVERLEY Le racisme �tait omnipr�sent. Et aussi, souligner qu�on venait d'une communaut� aborig�ne. Toi, tu avais une vie meilleure. Tu avais plus d'opportunit�s. Tu as pu faire plein de choses diff�rentes que nous ne pouvions pas faire, simplement parce que nous ne pouvions pas nous le permettre. Et la vie �tait difficile pour nous. Je ne r�alisais pas que j'avais le monde � mes pieds, et avoir, tu sais, la famille et ce rapport � notre terre ancestrale. Nan nous a beaucoup insuffl� ce sentiment d'appartenance et de connexion, � maman et aux tantes et aux cousins et petits cousins, tu sais, on allait toujours cueillir des fleurs dans le bush. Et tu vois, c'est comme �a qu�on apprenait, on avait des conversations tout en marchant dans la nature. C'est l� que tu ressentais la connexion. On ne parlait pas seulement de fleurs ou de nourriture qu�on trouve dans le bush, mais aussi de l'oc�an, de ce que tu peux manger et ce � quoi il faut faire attention. En grandissant, tu ne penses pas "J'ai �t� b�ni avec toutes ces choses", et � l'importance de les transmettre de g�n�ration en g�n�ration. La connexion � la terre, le sentiment d'appartenance, c'est ce qui te guide spirituellement pour le reste de ta vie. Ton histoire est la n�tre et notre histoire est la tienne. GILL Ouais. Hmm. LEIGH J'ai vu un c�t� de maman que je n'avais jamais vu avant. En te retrouvant, elle semble �tre dans une pl�nitude. Elle �tait toujours maussade quand nous �tions plus jeunes. RICHARD Elle est toujours grincheuse. LEIGH Ouais mais� RICHARD Mais �a doit �tre un sentiment incroyable pour maman. Oui. �a doit l'�tre de nous avoir tous retrouv�s et d'avoir une relation avec chacun d'entre nous. Mm-hmm. RICHARD En tant que parent. LEIGH C�est vrai. RICHARD Non, tu vois, un peu comme l'amour que tu ressens pour tes enfants. �a doit �tre un sentiment absolument incroyable. Malgr� toute cette douleur, tous ces regrets qu'elle peut ressentir. Je suis s�r qu'il doit y avoir des moments o� on se dit "Oui. Voil�, je les ai tous retrouv�s. LEIGH Mmm ADRIAN J�ai grandi sur la C�te Nord, j�allais dans une �cole de gar�ons dans la partie la plus blanche de l'Australie. Les seules images que j�avais des Aborig�nes �taient soit des st�r�otypes ridicules, soit des blagues aborig�nes � l'�cole, ou alors c��tait aux infos. Et dans mon enfance, les infos r�pondaient � mes questions en ce qui concerne les Aborig�nes. C'�tait toujours un code rouge. C'�tait toujours des arrestations, des d�c�s en d�tention. �a ne parlait que de �a. Et chaque fois qu'un article sur les Aborig�nes �tait publi� � la une, je m�y int�ressais et je le lisais. C'�tait comme si �a me parlait directement. Et puis quand j'ai rencontr� ma famille biologique et que je suis all� dans leurs cocons, chez eux, il y avait tous les st�r�otypes des Aborig�nes que tu pouvais imaginer. Ma famille les personnifiait � cent pour cent. Et c'�tait tellement polarisant pour moi, mais �a semblait tellement naturel. Et �a m'a compl�tement retourn� la t�te. EUNICE Une des infirmi�res a dit que tu aurais pu mourir � cause de tes probl�mes de sant�. EUNICE Mais ensuite, j'ai dit � ma cousine "Non, je ne pense pas qu'il soit mort, parce qu�on le sentirait." Pendant toutes ces ann�es, je savais que tu n'�tais pas mort, c'est pourquoi je te cherchais. Mais je n�ai jamais obtenu de r�ponse de l�association Link Up. Alors je f�tais toujours ton anniversaire. Et j'appelais une semaine ou deux apr�s ton anniversaire environ, et je disais "Eh bien, il a 18 ans maintenant. Il vient d'avoir 18 ans alors vous devriez avoir de ses nouvelles." Elle a dit "Oh, tu sais, c'est � lui de d�cider." Tu te souviens quand tu as frapp� � la porte et qu�elle s�est ouverte ? Eh bien, j'ai dit "Russell. H����" . Tu ressemblais � maman, je pouvais voir maman et Albert en toi. ADRIAN �a a �t� quoi ta premi�re impression quand tu m�as rencontr� ? JANEY Il est assez �l�gant, ce gars ? Tu sais, je suis heureuse de t'avoir retrouv�, et de t'avoir dans ma vie en ce moment. Oui. VERA J'�tais tr�s, mais vraiment tr�s heureuse � l�id�e de te voir. Oui. heureuse d'avoir un autre fr�re. Oui. ADRIAN C'�tait difficile de me conna�tre au d�but non ? VERA Oui un peu oui� ADRIAN Faire mon coming out en tant que gay aupr�s de la famille, c'�tait un peu un retour en arri�re pour moi. Je me disais "Oh mon Dieu, je dois encore faire mon coming out." Et � une nouvelle famille toute enti�re. C'�tait comme faire son coming out deux fois, et je ne les connaissais pas encore vraiment. Donc tout �a se m�langeait. EUNICE Je l'ai su d�s la premi�re fois o� je t'ai rencontr� que tu �tais gay. ADRIAN Tu l�as dit � quelqu�un ? EUNICE Oui, je l'ai dit � mes gar�ons, et ils ont dit "Pourquoi maman, pourquoi tu dis �a ?" Je l�ai dit, je l'ai juste devin� en lui. Regarde comme les ongles de l'oncle Adrian sont parfaits en tous points, j'ai dit qu'il faisait vraiment attention � lui. On dirait qu'il utilise beaucoup de produits de beaut� J�ai dit �a aux gar�ons , qu�il en utilisait vraiment beaucoup�Ils ont rigol�. KEITH Ils t�ont cherch� pendant des ann�es mais ne t�ont jamais trouv�. Elle �tait aux anges � l�id�e de te revoir enfin. Elle a pleur� le jour o� elle nous l'a dit, et pour nous c'�tait une surprise. C'�tait bien, c��tait bien parce qu'on avait l'oncle Albert avec nous � ce moment-l�. L�oncle Roger �tait toujours � Weilmoringle. Ouais. Donc avoir un autre oncle, c'�tait bien. J'ai ador�. ADRIAN C��tait pas un peu bizarre quand tu m�as rencontr� la premi�re fois? KEITH Ouais ADRIAN Tu te souviens de ce que Roger a dit ? "Je pensais avoir un fr�re. Pas un petit minet." EUNICE Oui, je me souviens de �a. Oh, le pauvre. Il en a bien rit. Une bonne tranche de rires. ADRIAN Je me souviens d'avoir dormi chez Eunice. On dormait tous dans le salon. Ce qui, j�avoue, m'a sembl� tr�s �trange au d�but. Parce que dans la maison o� j'ai grandi, quand on allait dormir, tu allais dans ta chambre et tu fermais la porte. Alors que cette nuit-l�, tout le monde �tait sur des matelas dans le salon. Et j'�tais tellement surexcit� d'�tre dans la m�me pi�ce que mes fr�res et s�urs que je n'arrivais pas � dormir. C'�tait une connexion intense et tr�s profonde. Un moment fig� dans le temps. Depuis, Roger est d�c�d�, il y a quelques ann�es de �a maintenant. Je me rem�more toujours cette nuit-l�, en l'�coutant respirer. ADRIAN C'est trop jeune. 49 ans. Il �tait fan des requins ANNE Chaque jour, ma m�re voyait ce grand hibou blanc pos� sur la cl�ture, juste � c�t� de la caravane o� je vivais. Il disait que s'il un jour devait revenir, il reviendrait sous la forme d'un oiseau. ADRIAN Tante Judy disait qu'elle reviendrait me hanter. Mais elle ne l'a toujours pas fait. ANNE Enfin�Je venais l� avec quelques canettes et on s�installait ici avec papa. ADRIAN Ah ouais, la nuit ? ANNE juste avant qu�il fasse vraiment nuit noire. Je venais l'apr�s-midi et je me posais l� avec lui pour boire quelques bi�res et discuter. . ADRIAN Si j'avais eu des enfants, des gar�ons, je les aurais appel�s Roger, ou Albert, ou les deux. C'est bizarre, j'ai comme l'impression qu'il est ici. J'ai comme l'impression qu'il est l�. ANNE Je sais, c�est ce que je ressens aussi. La premi�re fois que je suis venue, j'avais l'impression que j'allais pleurer. ADRIAN Mais non, vois �a plus joyeux. ANNE Comme s�il riait avec nous. ADRIAN Ouais. GILL Peut-�tre qu'il ram�ne son linge ? GERALDINE Oh, son linge. GERALDINE Bienvenue � la laverie de Noonie. LEE La laverie de Noonie. Tu vas le faire pour moi ou quoi ? GERALDINE Je fais rien du tout, tu le fais toi-m�me. GILL Oui, je vais le faire. LEE Je pourrais aussi bien aller le jeter... GILL Vas-y, vide-le, je crois que Mandy est sous la douche. LEE Ah, je vais le mettre ici. GILL D�accord GILL Quand j'ai rencontr� ma famille aborig�ne pour la premi�re fois, Geraldine vivait � Wreck Bay avec mes fr�res et s�urs. J'y allais assez r�guli�rement, environ tous les deux mois. Je ne pouvais rester que deux nuits parce que je n'�tais pas s�r d��tre vraiment � ma place. D'une certaine mani�re, je me sentais coupable de prendre le temps d�aller l�-bas et de laisser ma famille � Sydney. Je rentrais de ces vir�es et ma famille � Sydney �tait toujours tr�s curieuse. Ils me posaient des tas de questions c'�tait comment ? Tas rencontr� qui? T�as fait quoi ? Et je trouvais �a carr�ment insupportable, et je dois dire que �a me mettait en col�re. Et la personne sur qui cette col�re tombait, c'�tait bien s�r maman. Parce qu'au fond de moi, je savais que maman m'aimerait toujours, mais je savais aussi que �a devait lui faire mal � chaque fois que j'allais rendre visite � cette autre femme et que j�avais nou� des relations avec cette toute nouvelle famille. Et le fait que je ne pouvais pas ou ne me sentais pas capable de partager cela avec tout le monde. LEE C'est dur. C'est un travail difficile, et c'est comme �a qu�il faut le voir, comme un travail. Parce que tu dois travailler l�-dessus, mais pas seulement avec ta famille noire. Tu dois aussi travailler l�-dessus avec ta famille blanche. Parce que, en fin de compte, il y a des personnes qui s'inqui�tent et qui se se disent "Il va nous abandonner. On l�a �lev�..." Il n�y a pas un camp � choisir, car il n'y a pas de camp. C'est la vie. CHRIS Il me semble qu'il y a eu un moment o� je me suis dit "Oh, j'esp�re qu'elle n'oubliera pas tout ce que nous avons fait ensemble et � quel point nous avons �t� importants." Mais c'�tait une pens�e fugace. GILL C'est comme si je marchais entre deux mondes. Il y a le monde noir et puis il y a le monde blanc. LEE Vivre dans deux mondes. La chanson d'Archie Roach, "Acting White, Feeling Black". En fait, c'est tr�s difficile, parce qu'on s'attend � ce que tu agisses d'une certaine mani�re en tant qu'enfant noir. Et dans un m�me temps, on s'attend � ce que tu agisses d'une mani�re diff�rente en tant qu'enfant blanc. GILL J'avais l'impression que marcher dans chacun de ces mondes �tait d�j� assez compliqu�, alors essayer de les rassembler aurait �t� encore plus difficile. Mais le moment est arriv�, nous �tions dans l'atrium de l'�cole de cin�ma. Tout le monde �tait l�. Tout le monde s'est arr�t�. Et j'ai fait entrer Geraldine pour qu'elle rencontre maman et papa. Et maman s'est retourn�e et a dit "Merci. Merci de nous avoir donn� votre fille." Et Geraldine leur a dit "Merci de l'avoir �lev�e." Et je ne savais pas quoi faire, parce que Geraldine a commenc� � pleurer. KATHLEEN Ce dont je me souviens surtout, c'est qu'elle s'est mise � pleurer, et �a m'a vraiment touch�e. En fait, rien que d'y penser, �a me fait presque pleurer parce que je sais que les m�res ne veulent pas abandonner leurs b�b�s. Les m�res ne veulent jamais abandonner leurs b�b�s. Mais � cette �poque, beaucoup de m�res y �taient forc�es. Alors, �a m'a vraiment marqu�, oui. GILL Et je me suis dit, il faut que je la prenne dans mes bras parce qu'elle pleure. Mais je ne me sentais pas capable de le faire devant ma m�re. J'ai regard� maman et � ce moment-l�, elle m'a regard�e et m'a dit "Vas-y, prends-la dans tes bras". Et j'avais besoin de �a. J'avais besoin de son accord. Alors, je l'ai prise dans mes bras et je lui ai dit "�a va ? Tu vas bien ?" A la fin, on a fini par rire un peu. Mais c'�tait un de ces moments tr�s intenses o� deux mondes se rencontrent. J'avais l'impression d�avoir le tournis dans cette pi�ce. Je suis vraiment contente que papa ait pu la rencontrer. Je pense que mes deux familles n'avaient rien d�autre que de l'amour pour moi. Elles avaient beaucoup de respect l'une pour l'autre. En fait, elles voulaient toutes les deux la m�me chose pour moi, que j'aie seulement une vie heureuse et de bonnes relations avec tout le monde. KATHLEEN C'est bien de pouvoir vivre dans les deux mondes et essayer de... �a aide � encourager la tol�rance chez les autres, et c�est ce qui est important. Surtout quand il y a des pr�jug�s dont on se passerait bien. ADRIAN Pffffiouuu... Je re�ois ce coup de fil, c��tait Albertqui m�appelait pour me dire que maman �tait malade, tr�s malade, et qu'ils allaient tous � Dubbo. Alors, j'ai pris le premier train. Au moment o� je marchais dans le couloir, toutes les machines autour d�elle se sont mises � biper, et d�s que je suis entr� et que j�ai ouvert la porte, les machines sont revenues � la normale. Elle �tait dans le coma, et ils m'ont dit de l'embrasser, de lui faire savoir que j'�tais l�. Alors, je me suis pench� et je l'ai embrass�e sur les l�vres. Aujourd�hui encore, je me dis que j�ai eu un comportement bizarre.. J'ai pris sa main dans la mienne. C'�tait la premi�re fois que je rencontrais la femme qui m'a mis au monde. Et je lui ressemblais comme deux gouttes d�eau. ADRIAN VO Je n'avais m�me pas pens� � l�endroit o� j'allais dormir, et ma tante Judy essayait de s'organiser avec l'infirmi�re pour que je puisse rester � l'h�pital, pr�s de maman, mais il n'y avait pas de place. Alors, j'ai dit, oh, ce n'est pas grave, je vais dormir dans le parc. Je n'avais pas d'argent. Ma tante Judy n'�tait pas d'accord. Alors, elle m'a emmen� chez elle, et j'y suis rest� avec elle, sa fille Shira et son mari, oncle Neville. ADRIAN C'�tait bizarre d'�tre dans la maison de quelqu'un et de savoir qu'on est li�s, on le ressent. SHIRA Elle fait partie int�grante de nous, et c'est un lien fort qui nous unit tous � elle D�s que tu es entr� dans nos vies, je peux te dire qu�elle �tait tr�s protectrice envers toi. Elle t'aimait et t'adorait. ADRIAN Le lendemain matin, elle m'a dit qu'elle m'emm�nerait � l'h�pital pour que je puisse voir ma m�re. Elle �tait sortie du coma, et tante Judy m'a d�pos�. Je me suis assis aupr�s de maman, je me suis pr�sent�. Sur le montant de son lit, il y avait une photo des lacs de Menindee au coucher du soleil avec des arbres morts sortant de l'eau. Elle adorait la p�che. Et elle me disait que tout ce qu'elle voulait, c'�tait retourner aux lacs de Menindee, retourner � Wilcannia. Elle vivait dans une hutte appel�e le "Pink Pussy" . Albert m'y a emmen�. C'�tait une hutte en t�le ondul�e, sans portes, avec un sol en terre battue, dans les environs de The Mallee. Et elle l'avait peinte en rose. Alors qu�on �tait sur le point de partir, maman et les vieux �taient derri�re, en train de fumer et de boire et d'�couter de la musique country. J'adore �a. L�amour entre elle et moi est n� de fa�on quasi instantan�e. Mais je n'ai pas r�ussi � me connecter facilement � elle. Des fois, je me demande si c'�tait parce qu'elle �tait pass�e � autre chose et qu'elle allait de l�avant, ou bien si c'�tait plut�t que nous �tions des �trangers � ce stade. On avait pas fait la jonction. Alors je l'aimais sans la conna�tre. Et quand je regarde Albert, Eunice et tous mes fr�res et s�urs, j'ai l'impression de la conna�tre � travers eux, plus que je ne l'ai connue elle-m�me. GILL Quand j'avais 29 ans je crois, papa est tomb� malade, il a perdu sa voix. C'est comme �a qu'on a su que quelque chose n'allait pas. Au d�but, il pensait que ce n'�tait qu'une laryngite. Puis, apr�s six semaines sans voix, il a compris que c'�tait autre chose. On lui a diagnostiqu� un cancer du poumon et de la gorge. Le jour de son enterrement, � la surprise g�n�rale, Geraldine �tait l�. Ma m�re biologique. Et ma s�ur Mandy. Et ma tante Porky, et ma tante Coral. Et j�ai trouv� �a tellement beau qu'elles soient venues par respect pour cet homme, cet homme qu'elles ne connaissaient pas vraiment. Cet homme qui a pass� toute sa vie avec moi, durant toutes ces ann�es o� elles ne m'ont pas eue dans leur vie. ADRIAN Le jour o� elle est morte, ils ont appel� Albert et moi, et ils ont dit, "elle vous attend, elle vous attend tous les deux, elle attend ses fils". On allait prendre un train pour Wilcannia. Et ils ont appel� et ont dit "elle est partie". J'ai craqu� et j'ai pleur�. �a venait d'un endroit en moi que je n'avais jamais ressenti auparavant. On avait 10 jours pour organiser les fun�railles. On est rest� dans une chambre d'h�tel, Gill, Lee et moi. On essayait de mettre en place un livre d�Or de sa vie alors que je l'avais � peine connue. On attendait qu'Albert r�dige l��loge fun�bre et il �tait pr�s de la rivi�re. Alors Gill a dit, "�cris-lui une lettre et on la mettra dans le livre d�Or". Quand elle m'a eu, elle m'a donn� le pr�nom de son fr�re, Russell, en son hommage. La premi�re fois que j'ai �crit Russell ou utilis� ce pr�nom, c'�tait dans cette lettre � ma m�re dans le livre d�Or. Et je l'ai sign�e Russell, du nom de son fr�re, mort avant ma naissance. ADRIAN Il y a oncle Peter FAYE Oui, deux oncles. ADRIAN Et oncle Russell FAYE Oui oncle Russell aussi. Et tu lui ressembles beaucoup. ADRIAN Ah oui ? FAYE Oui Oui mon gar�on. ADRIAN Et o� est Nan ? FAYE Avec maman. ADRIAN L�, c�est Nan. Ma grand-m�re ? FAYE Oui ADRIAN Et Nan, c��tait une femme comment ? Stricte ? FAYE Tr�s stricte MILLIE Tr�s stricte oui. ADRIAN Croyante? MILLIE Oui. Elle adorait son �glise. Oui. Elle voyageait tr�s souvent. ADRIAN Oui. C�est ce que maman faisait aussi. ADRIAN Oui. Avant de mourir, elle passait son temps � aller de ville en ville. De fun�railles en fun�railles. MILLIE Oui. FAYE Elle pensait que tu avais �t� vol�, comme moi et l'autre tante, parce qu'on avait un p�re blanc. ADRIAN Donc tu penses que maman croyait que j'allais � Sydney pour des soins m�dicaux ? FAYE Oui. ADRIAN Et que j��tais cens� revenir. FAYE Oui c�est �a. ADRIAN Et quand elle est all�e � l�h�pital me rechercher, on lui a dit que j��tais mort. FAYE Que t��tais mort. Oui. ADRIAN Tu vois, j'essaie de m�imaginer o� je me ferai enterrer quand je reviendrai ici. FAYE Oh tu peux venir � c�t� de moi. ADRIAN Ouais. Tu sais o� tu veux �tre ? Tu sais ? Tu sais o� ? Moi je veux une vue GILL Ils parlent de l'endroit o� ils veulent �tre enterr�s. ADRIAN Tu penses qu�on va o� quand on meurt ? FAYE Dans un bel endroit o� tout le monde va. ADRIAN Avec toute la famille ? FAYE Oui. ADRIAN C�est pourquoi je crois qu�il faut que je revienne ici. FAYE Oui. ADRIAN Comme �a je rencontrerais tout le monde. FAYE Oui. Ils t�attendront tous. Oui ADRIAN Je t�aime. FAYE Je t�aime aussi. ALBERT Pour n'importe quel enfant, sa m�re c�est Dieu. Et c'est toujours dur quand tu perds ta m�re, mais toi, tu l'as perdue deux fois. ADRIAN Elle �tait comment Maman ? LEE C��tait une femme combative � cause de tout ce qu'elle avait travers�. Tu sais, quand on les envoyait dans ces foyers pour jeunes filles � Cootamundra et Parramatta, ce genre d�endroit. T�as pas besoin d'�tre un savant pour savoir ce qui s'y passait. Je suis all� dans ce genre d�institution donc je sais. Ils ont transf�r� maman de Cootamundra � Tamworth, � l��ge de 12 ans, pour travailler dans des fermes de moutons. Y�avait une bande de connards blancs. ADRIAN Et la c�r�monie fun�raire a eu lieu dans cette belle �glise � Wilcannia et elle �tait bond�e. Tout le monde pleurait cette femme avec qui ils avaient partag� des moments pr�cieux au cours de leurs vies. Tante Ruth, Ruth ma soeur, maman. Elle repr�sentait tant pour beaucoup de gens. Toute sa vie �tait �tal�e au grand jour lors de cette c�r�monie. Et je me suis lev� et j'ai lu cette lettre de Russell. En traversant la ville, la rue principale o� les camions passent � toute allure vers Broken Hill avait �t� ferm�e pour la circonstance. Et je me suis dit, waouh, elle devait vraiment �tre exceptionnelle. Elle repr�sentait tellement pour cette communaut�, il y avait un parfum de royaut�. C'�tait comme des fun�railles d�Etat. Toutes les rues de la ville avaient �t� ferm�es � la circulation pour qu�on puisse l�accompagner dans son dernier voyage jusqu'au cimeti�re, o� elle repose. ADRIAN Quand je vis des choses vraiment importantes et marquantes dans ma vie, qu'il s'agisse d'un enterrement, de rencontrer ma m�re, de rencontrer ma famille biologique, de quitter ma maison, ma famille adoptive. Ces moments tr�s marquants, je ne les ressens pas dans ma chair. Rien ne se passe. Je ne ressens rien. ADRIAN Et je me suis toujours demand� pourquoi. J�ai pens� que j'�tais peut-�tre un sociopathe, mais je sais que j'ai des sentiments. Je sais que je suis tr�s sensible, je suis une personne tr�s �motive. Mais lors des moments les plus importants de la vie, c'est comme si je ne manifestais aucun signe vital. ADRIAN Je veux dire par l� que tout le monde traverse des �preuves, tout le monde a v�cu des moments semblables, chacun a son histoire, son parcours, mais pour moi c�est trop, trop d�un seul coup. Alors j�occulte. Et cette douleur, ce traumatisme, cet abandon et ce sentiment de solitude, d��tre seul au monde. J�ai compens� avec la nourriture. C'�tait rapide. C'�tait facile. Je savais que je ne voulais pas devenir alcoolique ou prendre de la drogue. Et puis, 20 ans plus tard, je me suis r�veill� et j'�tais en surpoids dramatique. Et si je ne r�agissais pas rapidement, �a allait me tuer. ALBERT Les souvenirs que nous cr�ons aujourd'hui feront que je resterai vivant 50 ans apr�s ma disparition, et les souvenirs que nous nous cr�ons en tant que famille sont �ternels. GILL VO Ces derni�res ann�es, j'ai r�alis� que j'ai deux m�res qui sont toutes les deux � des �tapes de leur vie o� elles ont des probl�mes de sant�. Je pourrais les perdre toutes les deux en l'espace de cinq ans, et je ne sais pas comment j�assumerai �a. Je ne pense pas qu'elles r�alisent � quel point elles sont importantes pour moi dans ma vie. Et je ne peux pas imaginer ce que serait ma vie sans elles. GERALDINE Tu sais, je vais pas m�envoler GILL Ah oui. D�ici une minute tu vas tomber et tu verras des �toiles. GILL je peux pas imaginer les perdre Je ne veux pas l�imaginer. GERALDINE Trois respirations sont n�cessaires Merci. GILL Je n'ai pas de lien du sang avec maman, je veux dire maman Moody. Mais les gens pensent toujours que nous nous ressemblons. Quand les gens appelaient la maison, je r�pondais au t�l�phone et je disais "All� ?" Et ils disaient "Oh, Kath." Et je r�pondais "Non, c'est Gill." Et ils disaient tous "Bon sang, tu ressembles � ta m�re." Je pense que ma Moody m'a appris beaucoup sur la patience, la compassion� sur le fait de ne pas juger les gens, mais surtout, elle m'a surtout appris l'amour et comment s'aimer les uns les autres, comment �tre gentils les uns envers les autres. Elle m'a appris la loyaut�. KATHLEEN Je ne veux pas quitter mes enfants. Je veux continuer � vivre encore un peu enfin si je suis en �tat . Mais je ne veux pas �tre un fardeau trop lourd pour eux, bien s�r. GILL Vers Taylor's Point. KATHLEEN Gill compte beaucoup pour moi. C'est une fille tr�s pr�cieuse, et je me tourne souvent vers elle pour des conseils, notre relation est tr�s importante. GILL Avec ma m�re biologique, les gens nous appellent les jumelles. Parce que parmi tous ses enfants, je suis sans doute celle qui lui ressemble le plus. Et je suis aussi certainement celle qui a le m�me temp�rament qu'elle Tu sais, je pense � quand ce sera la fin, o� je veux aller. Je veux qu�on conserve la moiti� de mes cendres. GERALDINE Oui. GILL Ici avec toi, o� que tu sois. Et l'autre moiti� avec eux, avec maman et papa l�-haut. GERALDINE Oui. GILL parce que je ne sais pas, je ne sais pas comment faire autrement. GERALDINE Oui. GILL Parce que vous deux vous comptez trop pour moi, . Il m'a fallu un certain temps pour d�cider et comprendre que c'est comme �a que je veux faire. Si �a te va bien s�r, que je vienne et qu�il y ait une moiti� de moi. GERALDINE Oh non GILL Qu�il y ait une moiti� de moi avec toi. GERALDINE Oui GERALDINE Eh ben, tu sais o� je serai ? Juste l� o� est maman, dans la tombe de maman. GILL Oui. GERALDINE L�, c�est la plus belle vue. Regarde la plage. GILL Oui. La couleur de cette eau. C'est magnifique aujourd'hui. Oh, l�-bas, d'accord. Il y a une baleine l�-bas. On peut l'entendre. Juste de l'autre c�t�, pr�s de BlackRock. GERALDINE T�as vu, il y en a plusieurs. GILL regarde-les GILL Wreck Bay est comme un point d�attraction o� les gens viennent de toute la r�gion de la c�te sud et finissent par s�y installer. GERALDINE Bega, Wallaga, Victoria. Oui, de partout. GILL Oui. Donc, tout simplement, �a signifie que j�ai des liens de parent� dans toute la Nouvelle-Galles du Sud. GERALDINE A peu de choses pr�s GILL Ce qui pourrait expliquer pourquoi je n'ai pas de mari dans ma vie. Trop peur peut-�tre de d�couvrir que ce soit un fr�re ou un cousin ou un parent �loign�. GERALDINE Quelle est ton ascendance ? GILL Qui sont tes anc�tres? GERALDINE je suis tellement fi�re de toi. GILL Oh merci GERALDINE Oui� GILL Je suis tellement contente�tellement heureuse d�avoir fait ce pas. GERALDINE Oui. GILL Tu le sais. GERALDINE Et d�apr�s ce que j�ai pu entendre, tu es tomb�e dans une merveilleuse famille. GILL Oui� GERALDINE Mon Dieu, comment pourrais-je me plaindre ? GILL Je me sens franchement b�nie d'avoir ces deux belles et grandes familles et qu'elles m'aient accept�e comme l'une des leurs. J'ai la chance d'avoir beaucoup de ni�ces et de neveux. Je suis devenue tante � 13 ans. Naomi, c'est l�a�n�e. Et puis tous les autres sont venus apr�s. Daniel, Ben, Simon, Eloise, Talia, et maintenant Jimmy. Et puis j'ai toute une autre famille aussi, sur la c�te. Plein, plein de ni�ces et neveux aussi dans cette famille. Et pour moi, tous ces enfants sont un peu les miens. Quand je pense � ma vie, elle est vraiment bien remplie. �tre avec mes familles et les amis que je consid�re comme ma famille. C'est ce qui m�ancre dans la vie. Et puis �tre dans la nature, dans l'eau, c'est ce qui me redonne.de l��nergie. ADRIAN J�ai grandi en vivant dans ce monde blanc. Si tu fais ceci, tu as de la valeur. Si tu deviens cela, tu as de la valeur. Si tu gagnes telle somme d'argent, tu as de la valeur. Mais si tu ne fais rien de tout �a, ta valeur se d�pr�cie. Ce que ma famille noire m� appris, et en particulier Albert, c'est que ta seule pr�sence a de la valeur. En tant qu��tre humain, on a de la valeur. Peu importe combien d'argent tu as, si tu as une maison ou non, quel travail tu fais, quels v�tements tu portes, rien de tout cela n'a d'importance. Je n'aurais jamais imagin� � quel point j'avais de la chance de retrouver la famille avec laquelle j'ai renou�. ADRIAN Toute cette douleur et ce traumatisme, toutes ces questions, tous ces sentiments d'abandon, de rejet, de manque d'amour, comme une vie ou une famille d�truites ou d�chir�e. Tout est derri�re moi maintenant. C�est fini. C�est du pass�.