AGNES AGNES_SIL ANGELA_APA ANTON_KINI API_KUM CHEF_COMMUNAUTAIRE COMMUNITY_MEMBER EMELIA_KUPUN GABRIEL_KAUGLA JOHN_DHU MARIA_GULA MARY_KINI MARY_KINIANN_MONKNO PETER_LARI_SIL POLICE_OFFICER REBECCA_SIMON TOBAI_NIGKINPS YUANIS_JOHN AGNES SIL Chez moi, � Kup, les luttes tribales ont toujours exist�. API KUM Je suis le chef. Quand un combat doit avoir lieu, c'est moi qui rassemble les hommes. Quand j��tais plus jeune, c�est moi qui allait au combat. Je me prot�geais � l�aide d�un bouclier. MARY KINI Depuis toujours, la violence est mon quotidien. ANGELA APA On nous accusait de sorcellerie et on nous faisait du mal, au fil du temps, on a travers� beaucoup d'�preuves. AGNES SIL Toutes les trois, on a v�cu les m�mes difficult�s. AGNES SIL Mon p�re a �t� tu� quand j'avais 15 ans, �a a �t� le moment le plus triste de ma vie. J'�tais boulevers�e, �a m'a �norm�ment affect�. Ils ont dit que ma m�re lui avait donn� de la patate douce, et ensuite il a �t� tu� au combat, et ma m�re a �t� accus�e de sorcellerie. Ils l'ont battue. Nous �tions encore enfants, on a d� suivre notre m�re. On s'est cach�s ici et l�, mais faut bien dire que la vie n��tait pas facile. On nous a tout pris, m�me nos terres. J'ai six fr�res et s�urs. En tant qu�a�n�e de la famille, j�avais le sens des responsabilit�s, et je me suis mari�e jeune. Mes fr�res et s�urs sont ainsi venus vivre au sein de la famille de mon mari. ANGELA APA Un jour, un membre de ma belle-famille a �t� tu� et nous avons eu beaucoup de chagrin. Ils m'ont accus�e de sorcellerie. Mon oncle paternel aussi a �t� victime de luttes tribales. Ils se sont attaqu�s � lui et il a fini d�coup� en morceaux. On ne nous a pas autoris� � voir� son corps. Du c�t� de ma m�re, son fr�re aussi est mort. il �tait chef, ils l'ont massacr�, et ma m�re et moi sommes all�es le pleurer. Mais l� encore, on ne nous a pas permis de voir sa d�pouille. Je n'ai jamais vu les corps de mes oncles, c'est ce que je regrette le plus. MARY KINI Mon p�re a �t� tu� quand j�avais 8 ans . Ce jour-l�, j��tais � l��cole primaire. J�ai vu de la fum�e s'�lever par-dessus les montagnes, et chez nous c�est annonciateur de mauvaise nouvelle. j'ai su imm�diatement que quelqu'un avait �t� tu�. La nouvelle s�est propag�e tr�s vite au sein de la tribu. On a su que c��tait lui qui avait �t� tu�. Au coucher du soleil, ils l'ont ramen�. C��tait comme� comme un vulgaire cadavre. Il �tait mutil� et difficilement reconnaissable. Il avait �t� d�coup� en morceaux. Quand je suis all�e me recueillir aupr�s de lui, j'ai vu que sa jambe �tait carr�ment d�tach�e de son corps. J�avais une peine immense. Nous avons quand m�me pu le ramener � la maison, et faire notre deuil. Mais une rumeur circulait� Comme quoi ma m�re �tait la cause de sa mort au combat, qu�elle y �tait pour quelque chose. On l�accusait d�avoir pratiqu� la sorcellerie sur mon p�re en lui donnant de la patate douce froide. Il avait pass� la nuit dans la case des femmes avant de partir au combat. Les gens parlaient entre eux et ma m�re comprit qu'on l�accusait de sorcellerie et que la communaut� allait la tuer. Elle est partie sans m�en dire un mot. Je pensais qu'elle reviendrait, mais elle est partie. Pour de bon. J�ai attendu son retour tr�s longtemps. Je pensais vraiment qu�elle allait revenir. Mais elle �tait partie pour de bon. Depuis ce jour-l�, et alors que je me suis mari�e, je n'ai jamais revu ma m�re. Je ne sais pas o� elle est. Je ne sais pas o� elle est partie. YUANIS JOHN Ces guerres tribales ont dur� 10 ou 15 ans. J'�tais enfant quand les combats ont commenc�. ANTON KINI Une fois, on a cru qu�on allait remporter le combat, mais l'ennemi nous a pris par surprise. On voulait les affronter � d�couvert, en corps � corps, mais ils ont profit� d�un effet de surprise en nous attaquant par derri�re. TOBAI NIGKINPS Je me souviens que ton fr�re �tait l�, il venait d'un c�t� et l'ennemi arrivait de l'autre. Ils se sont retrouv�s face � face. Et puis l�� tout a �t� tr�s vite. Il a �t� transperc� par une lance ennemie. Et il est tomb� au fond d�un foss�. Il �tait � leur merci. Aucun de nous n'�tait l�, alors ils se sont acharn�s et l'ont achev� sans aucune piti�. AGNES SIL Nous partageons toutes les trois la m�me douleur. Mon p�re a �t� tu� et j�ai eu beaucoup de chagrin. Le beau-p�re de MARY KINI a �t� tu�, elle a eu une peine immense. Et pour Angela, �a a �t� la m�me chose. On a v�cu des trag�dies semblables. MARY KINI On a compris qu�on devait vivre avec. Elles �taient victimes de la m�me situation, comme moi, des guerres tribales li�es � la sorcellerie. Nos vies �taient sans arr�t perturb�es par ces guerres tribales qui n�en finissaient pas. On dormait mal, on mangeait quand on pouvait, et on n'allait pas toujours � l'�cole, toute la vie de la communaut�, que ce soit les services publics et notamment de sant�, en subissaient les cons�quences. ANGELA APA Les combats �taient si terribles que certains services publics ont �t� supprim�s. Aucune �ducation pour les filles et des services de sant� inexistants. Les jeunes filles ont �t� priv�es d'�ducation. Entre onze et quatorze ans, elles �taient oblig�es de se marier. On �tait tr�s affect�s par cette cette situation. MARY KINI On voulait mettre un terme aux guerres tribales. Mais pour arr�ter les combats, qui est la chasse gard�e des hommes, nous n��tions que de simples femmes. C�est comme �a qu�on nous voyait dans nos communaut�s. Un peu spectatrices. On devait rester � notre place. Alors, arr�ter les guerres tribales �tait pour nous un d�fi �norme. AGNES SIL On vivait dans la m�me r�gion, on �tait all�es � l'�cole ensemble, on �tait amies. Les guerres tribales nous avaient s�par�es. �a nous a s�par� longtemps jusqu'� ce qu'on d�cide de se revoir. On a commenc� en 1999. C'est l� qu'ils ont commenc� � utiliser des armes � feu puissantes. Angela �tait institutrice au sein de la tribu. MARY KINI est all�e � l'universit� de Vudal mais elle n'est pas �t� au bout. Moi, j'ai arr�t� l'�cole en CM1. Mais il fallait faire quelque chose, alors on l'a fait. MARY KINI On est s�urs de tribus ennemies. Notre s�ur Agnes est de la tribu de Kumai, mais son mari de la tribu de Kumga. Elle est donc ma s�ur ennemie. Angela est de la tribu de Kumga, mais de la branche Garaiku. C'est une tribu ennemie aussi. Nos tribus se faisaient la guerre. On �tait s�urs de tribus ennemies. On disait que les femmes apportaient des messages secrets durant la guerre. Le bruit courait que c��tait des messages secrets, On pouvait nous consid�rer comme des tra�tres qui informions la tribu ennemie. ils m'auraient tu�e si un seul guerrier avait p�ri. ANGELA APA Un membre de ma belle-famille est mort au cours d'un combat en 1999. C'est � l��poque o� on allait commencer notre action que l'affrontement a eu lieu. Mais on n'a pas abandonn�. On m'a accus�e� d��tre amie avec deux s�urs ennemies. Ils m'ont agress�e, et frapp�e � coups de crosse. Mon mari et mes fils ont ni� en bloc. Ils m'ont d�fendue. J'ai dit qu�avec mes deux s�urs, je ne cesserai pas ce mouvement pour arr�ter les guerres. On n'abandonnera pas parce que vous me traitez de sorci�re. Je n'arr�terai pas. Je retournerai dans mon village et je continuerai � travailler avec mes deux s�urs. Et puis je suis rentr�e � Kup. MARY KINI On s'est vues plusieurs fois en secret, dans des lieux diff�rents. On se voyait dans des endroits � l�abri des regards. Au tout d�but, c��tait chez Mama Angela. Et puis la deuxi�me fois c��tait � Kerowagi, au conseil des femmes. Et si on pensait �tre rep�r�es, on se rencontrait � Kundiawa, au march� des v�tements d'occasion. En faisant semblant de faire du shopping, on arrivait � se parler. AGNES SIL C'�tait un secret. On s�en �tait fait la promesse, on risquait nos vies. On faisait donc tr�s attention. Ensuite, on s'est r�unies ouvertement. On a �chang� avec d'autres femmes de chaque clan. MARY KINI Quand on est rentr� chez nous, on a �crit discr�tement � chacune de nos s�urs des autres tribus. On a identifi� toutes nos s�urs au sein des clans ennemis. Dans les lettres qu�on leur adressait, on leur demandait de travailler avec nous et de partager notre cause. On a voyag� avec nos s�urs qui s'�taient mari�es en territoire ennemi. Pour nous, c��tait un gage de s�curit�. On a eu une s�ur qui s'est mari�e avec un guerrier d�une tribu sauvage. On a travaill� avec elle, son mari et ses fils, et on a cr�� un r�seau pour acheminer les courriers. Elle a eu de longues conversations avec son mari et ses fils et elle �voquait le jour o� ils renonceraient tous aux guerres tribales. EMELIA KUPUN J'�tais mari�e et j�ai eu un enfant d�un homme de la tribu Enduga. Puis, ils ont tu� le p�re de MARY KINI et le mien. J'�tais boulevers�e. J'ai dit : "Comment pouvez-vous tuer notre p�re ? Et pas quelqu'un d'autre ?" Ma douleur �tait infinie. La guerre tribale �tait terrible, vraiment terrible. J'ai trouv� que l�engagement de ces femmes �tait bon pour nous. Avec le soutien de mes quatre gar�ons, j'ai invit� ces trois femmes � venir dans mon village. Un soir, elle sont venues chez moi, et j'ai fait la cuisine pour nous toutes. On a mang� et on a pris une d�cision. On s�est dit qu'il fallait en finir avec les guerres tribales. La tribu Enduga est rest�e en retrait, car il y avait des femmes � leur t�te. ANGELA APA A partir de 1998 et jusqu�en 1999, on a battu le terrain pour entamer des pourparlers de paix. On a mobilis� toutes les femmes de la r�gion de Kup pour qu�elles se joignent au mouvement. En m�me temps, elles nous voyaient Agn�s, Mary et moi. Trois s�urs ennemies, qui �taient unies et qui travaillaient en �quipe, qui rassemblaient toutes les femmes et nous allions toutes de l�avant. On allait de maison en maison, d'un lieu � un autre. On occupait le terrain. MARIA GULA Ces femmes, Mary, Agn�s et Angela, sont venues avec l�intention de faire cesser les combats et d�apporter la paix. Mon fils a �t� tu� lors d'une guerre tribale, j'ai eu le c�ur bris�. J�ai voulu me noyer, me pendre... mettre fin � mes jours. J'�tais dans une telle d�tresse. Et puis, ces femmes sont venues. Je les ai rencontr�es et elles m'ont redonn� espoir. Je voulais qu�il y ait la paix, alors je les ai rejointes. ANGELA APA Comme les hommes s�affrontaient entre eux, leurs �pouses respectives devenaient aussi des ennemies, Du fait des liens du mariage, elles �taient des ennemies. Et elles en �taient d�sol�es, car c'�tait � cause des hommes. MARY KINI On a commenc� � diffuser des informations sur nos actions � venir�: On va faire �a un jour pr�cis. Et ce sera le 10 d�cembre, lors de la Journ�e internationale des droits de l'homme. Pendant deux bonnes ann�es, on a travaill� sur notre strat�gie. 18:57.88 > 19:02.16 On a organis� un gros �v�nement avec l'aide du Centre d'aide aux femmes des Fidji, avec Sarah Garap, notre mentor et notre soutien. C��tait un �v�nement tr�s important. MARIA GULA J'avais peur, mais... l�un de mes fils avait d�j� �t� tu� dans une guerre tribale, donc si je ne faisais rien, mes autres fils risquaient d'�tre tu�s aussi. Je ne suis qu'une femme, et je peux mourir � tout instant. Je risque ma vie pour f�d�rer les femmes et �uvrer pour la paix. AGNES SIL Toutes les femmes qui dirigeaient en avaient assez des guerres tribales. Elles ont toutes v�cu ces m�mes �preuves. Elles �taient inqui�tes � l�id�e que leurs enfants n�aillent pas � l��cole. Elles voulaient des services publics. La police, la sant�, l��ducation, plus rien ne fonctionnait. Elles s'inqui�taient pour toutes ces choses du quotidien, alors quand nous sommes intervenues� elles �taient l�, �videmment. Elles ressentaient les m�mes sentiments que nous avions nous-m�me connus. Que pouvaient faire leurs maris face � cette situation ? Ils ont c�d� et ont fini par les suivre. MARY KINI Kup �tait d�sert� parce que c'�tait la premi�re fois qu'un tel �v�nement se produisait. Les gens voulaient savoir ce que nous faisions. MARIA GULA On avait peur, car les deux camps �taient arm�s et pr�ts � en d�coudre. alors avec les femmes, nous sommes all�es dans la zone de conflit pour faire la paix. J'avais peur pour la vie des autres femmes, qu�on leur tire dessus. Comme je portais un uniforme, j'ai lev� la main. J'�tais au milieu de toutes ces femmes, et les deux tribus ennemies ont recul�. Les femmes ont pu s�avancer et les pourparlers de paix ont d�but�. MARY KINI Tout Kup �tait l�. Tout le monde a particip� � cette volont� de r�conciliation et de paix. On a dit non aux guerres tribales. On a dit aux gens : Pardonnez-vous, car chacun a du sang sur les mains. On a exprim� toute notre douleur. ANGELA APA C�est une longue p�riode, 33 ans... Certains d'entre-nous ne se sont pas vus depuis 33 ans. Mais en cette Journ�e des Droits de l'Homme, diff�rentes tribus sont r�unies ici. P�res, m�res, fr�res et s�urs. Depuis la fronti�re de Bandi aux Hautes-Terres occidentales. Nous sommes tous ici rassembl�s, en cette Journ�e des Droits de l'Homme. J�en suis tr�s heureuse, et je vous souhaite la bienvenue. Nous leur avons dit : "Vous �tes venus combattre, nous, on vous a port�s pendant neuf mois". Nous avons pris soin de vous jusqu'� l'�ge adulte. Et maintenant, vous portez des lances, des arcs et des fl�ches. Vous voulez vous entre-tuer. Mais quand il y a des morts, c'est nous qui ressentons la douleur. Et quand vous agonisez, vous dites : "Mama, tu nous a envo�t�s" et vous nous battez. On ne vous a pas mis au monde pour mourir au combat, ni pour �tre accus�es par les autres de sorcellerie. On leur a dit �a en substance. Et on a pleur�. Les hommes �taient d�sol�s pour nous. M�me certains parmi les chefs ont convenu que les m�res disaient vrai et que personne ne devait combattre. Des hommes comme Api Kum, dont le fils avait �t� tu� au combat alors qu'il ne l'avait pas provoqu�. API KUM Mon fils a�n�, ils l'ont tu� au cours d�un affrontement. Il n'avait rien fait de mal. J�ai eu beaucoup de peine. Nous avons suffisamment souffert, on peut arr�ter ces conflits. Elles ont continu� � sensibiliser les gens et nous ont demand� d'arr�ter de nous battre. REBECCA SIMON On s'est battus assez longtemps, maintenant �a suffit. Ce sont les vies des m�res de Kup qui sont en jeu. On ne veut plus de combats, s�il vous plait. Plus question de se battre. Il faut que �a cesse d�s � pr�sent. MARY KINIANN MONKNO Comment vous comporter d�sormais ? Soyez fier et digne et faites le bien autour de vous, pour chaque famille et chaque tribu. Personne ne le fera pour vous. Je m�adresse � vous, habitants de Kup�: Si chacun d�entre vous adopte la bonne attitude, vous r�soudrez tous vos probl�mes, Il n�y aura plus aucun probl�me � Kup. Et les combats cesseront. API KUM On n'a jamais parl� des raisons qui animaient ces combats, m�me si des femmes et des enfants souffraient, que des hommes �taient tu�s, et que des maisons br�laient, on n'en a jamais parl�. J'ai vu ces m�res et j'ai r�fl�chi, je suis un guerrier et j'ai combattu la tribu Engula entre autres, c'est moi g�n�ralement qui �tait � la t�te des op�rations. J'ai chang� d�opinion et j'ai dit � ces m�re que j'�tais d�sol� du mal que nous leur avions caus�,. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour m�associer � leur cause. ANGELA APA Ces arbres que nous allons planter nous rappelleront cette Journ�e des Droits de l'Homme du 10 d�cembre. GABRIEL KAUGLA Hommes, femmes, enfants et chefs de village, nul ne devrait vivre � la merci des armes. Hommes, femmes et enfants Nul ne devrait vivre dans la peur. Ni m�me dans la douleur, les cris et les larmes. Non. Ils ont le droit de vivre dignement, et en toute s�curit�. C'est un sujet tr�s important. La Journ�e des Droits de l'Homme s�en fait la caisse de r�sonnance. Il faut que nous l�admettions et que nous cessions nos luttes. MARY KINI Apr�s avoir ramen� la paix en 2002, nous avons continu� � r�concilier les uns et les autres, � r�tablir le dialogue. Dans un m�me temps, on prenait le temps d�expliquer et de faire respecter les Droits de l'Homme. AGNES SIL MARY KINI s'occupe de la r�gion des Hautes-Terres. Surtout des secteurs de Hagen, de Simbu et de Goroka. Elle se bat pour les Droits de l�Homme. Si quelqu'un est en danger, MARY KINI est l� pour d�fendre ses droits. JOHN DHU Les guerres tribales ont commenc� en 1973. Pendant cette p�riode de conflits, beaucoup ont eu toutes les peines du monde pour trouver � manger ou se loger. On a v�cu tant d'�preuves difficiles. Tr�s souvent, ce sont nous, les hommes, qui dirigeons. On prend la parole en public, on distribue les produits de premi�re n�cessit�, on prend les d�cisions. Mais il nous arrive parfois de manquer de discernement et c�est alors que les difficult�s surviennent. Donc oui, je soutiens les Femmes de Kup pour la Paix. Quand j'ai rejoint la cause des femmes, j'ai �t� tr�s heureux. Beaucoup de leurs d�cisions �taient justes et �quitables. Toute la communaut� en a b�n�fici�. API KUM Apr�s m��tre exprim� sur la question, j'ai apport� mon soutien � ces femmes. Elles ont fait du bon travail. Quand il y a un rassemblement, je prends la parole D�s qu�il y a suffisamment de monde, ou m�me sur la place du march�. S'il y a un quelconque rassemblement, je fais de la sensibilisation. Je leur dis que faire la guerre n'apporte rien de bon. Je travaille avec ces femmes, je suis � leur enti�re disposition. Quoi qu'elles proposent, je leur fais confiance. EMELIA KUPUN On a b�n�fici� d�une formation. Les tribus Enduga et Kumai ont cess� les combats. Maintenant on est en paix. CHEF COMMUNAUTAIRE Ces m�res ont travaill� dur pour n�gocier un accord de paix. C�est un changement spectaculaire pour notre communaut�. D�sormais, Kup est enfin en paix. Elles voulaient la paix au sein de la communaut�. Maintenant, elles l'ont. Et �a va durer. YUANIS JOHN A l��poque, on se battait pour des questions de territoire, mais ceux qui �taient recrut�s pour aller au combat, on ne savait pas qu'il perdraient la vie, comme ton fr�re. Tout �a pour de simples d�saccords. TOBAI NIGKINPS La guerre est mauvaise. Pourquoi est-ce qu�on a pris les armes ? ANTON KINI Maintenant que la paix est revenue, on vit bien. Avant, nous avions une vie difficile. On �tait tous �parpill�s dans la nature, on manquait de nourriture, Ce n��tait pas une vie agr�able parce qu�on ne faisait rien de bien. ANGELA APA Les guerres tribales se sont arr�t�es. Les Femmes de Kup pour la Paix se sont mobilis�es et ont r�tabli tous les services publics. MARY KINI Nous avons form� les leaders communautaires, les jeunes, les magistrats locaux. Les Femmes de Kup pour la Paix ont mis en place quatre programmes au sein de la communaut�. Le premier d�entre eux, c'est le droit et la justice. Le deuxi�me concerne les moyens de subsistance et les services publics. Le troisi�me programme porte sur l'eau, les sanitaires et la sant�. Et le dernier, ce sont les Droits de l�Homme. D�abord, on a commenc� par une campagne de sensibilisation. puis on a commenc� les formations et on a cr�� des comit�s de justice communautaire partout. ANGELA APA Tous les stages de formations traitaient ces quatre programmes. On a cr�� une police communautaire, uniquement bas�e sur le volontariat. Ils portaient l'uniforme. Les gens les reconnaissaient. S�il y avait des querelles de quelque nature que ce soit, ils y mettaient un terme. Quand nous, les trois m�res, avons prouv� que nous savions travailler en �quipe et que nous �tions d�termin�es � faire cesser les guerres tribales, ils ont fini par reconnaitre notre leadership et nous ont offert une lance. Ils ont dit : �Nous vous mandatons pour parler en public, pour prendre des d�cisions et agir en tant que dirigeantes. Vous pouvez aller de Kup � Kundiawa, dans d'autres provinces et autour du monde, vous pouvez parler". MARY KINI Pour la premi�re fois, les hommes nous ont �cout�es. Jamais, � Kup, un homme ne s'�tait assis pour �couter une femme parler. Ce mandat ne nous a pas �t� donn� juste apr�s la r�conciliation, mais quelques ann�es plus tard. On a fait du b�n�volat pendant 4 ans. Et encore deux autres ann�es o� on a fait des activit�s diverses. C'est donc apr�s six ans de travail, qu'on nous a donn� ce mandat et ces responsabilit�s. "Vous, femmes, pouvez parler en public, car nous vous mandatons pour cela. On vous donne cette lance qui veut dire que nous sommes �gaux. Vous pourrez � l�avenir parler en public, et prendre toute d�cision en notre nom, en tout lieu et en toutes circonstances, nous serons � vos c�t�s.� L'�galit� homme-femme �tait enfin �tablie. MARY KINI Nous avons ce mandat, donc en cas de probl�me les gens font appel � nous. Ils nous disent : �On a un probl�me, pouvez-vous en parler � la police ?�. Quant � la sorcellerie, on nous signale aussi les affaires. MARY KINI Quand une affaire de sorcellerie se pr�sente, les b�n�voles, les jeunes qu'on a form�s, les chefs qui sont respect�s, nous pr�viennent par t�l�phone. Parfois ils nous en parlent directement, et d�autres fois ils pr�viennent notre r�f�rent. MARY KINI Quand on a commenc�, nous avions tr�s peu... d�histoires de sorcellerie li�es aux guerres tribales. Elles �taient associ�es � la violence et tout se faisait dans la plus grande discr�tion. Peu de gens osaient en parler. Comme c'�tait dans les traditions et dans nos croyances, �a se pratiquait sous le manteau et � leur mani�re. Comme ce n��tait pas visible, les gens n'en parlaient pas. Au tout d�but de notre collaboration, on a vu... que gr�ce � notre travail, nos �changes et nos recommandations, les gens se sont mis � parler peu � peu de sorcellerie. Maintenant la parole s�est lib�r�e, et on re�oit de nombreux signalements. COMMUNITY MEMBER On doit laisser derri�re nous les choses du pass�. On a d�ailleurs aucune preuve tangible de cette pratique, et maintenant qu'on essaie d�avoir une meilleure vie en soci�t�, on devrait laisser �a de c�t�. Tout ce qui est bon pour notre culture et nos traditions ancestrales, on peut le conserver. �a peut nous �tre b�n�fique. Mais il faut �viter tout ce qui peut nuire � notre vie en g�n�ral. C'est juste une croyance. API KUM Les jeunes aussi ont leur propre avis, ils parlent de "sorci�re" mais n'ont aucune preuve. Quand ils tuent et font un feu, il n'y a aucune apparition surnaturelle, On ne voit ni serpent qui rampe, ni oiseau qui vole, ni chien qui approche. Rien de tout cela n�apparait. Pour eux, les jeunes femmes sont jolies et intelligentes. Quand les femmes sont plus �g�es, et moins attirantes, ils les accusent de sorcellerie, les torturent et les tuent. Ce genre de comportement d�truit une communaut�. Les gens s'inqui�tent et moi aussi. Vous tous ici, n'encouragez pas ceux qui veulent se battre. C'est la cause principale de tous nos maux. Beaucoup de nos jeunes sont morts au combat. On a des armes � feu de nos jours, mais il n'y a aucune raison valable de s�en servir. Pensez � vos enfants, � votre �pouse et � votre communaut�. Si on prend soin de nos services publics, on peut avoir une belle qualit� de vie. ANGELA APA Beaucoup s�en prennent � plus vuln�rables qu�eux. Certains peuvent �tre propri�taire terrien ou avoir des plantations de caf�. Et par jalousie, revendiquer d�autres terres. D�autres sont des jeunes gens d�s�uvr�s, qui n�ont rien. Ils cherchent � avoir de l'argent ou trouver des moyens faciles de s�en procurer. Et ils attaquent des gens pour les voler et remplir leurs poches. AGNES Apr�s on les accuse de sorcellerie. On les met l� o� personne ne peut les voir, dans le d�nuement le plus total. C�est leur fardeau. MARY KINI Souvent, �a n'a rien � voir avec la sorcellerie. D�autres raisons les animent, ils se cherchent des excuses. API KUM L'homme ne r�fl�chit pas. Le probl�me vient de lui. Les sorciers, c'est nous ! Nous tuons nos propres enfants. On pointe du doigt les femmes. Beaucoup de gens font �a en Papouasie-Nouvelle Guin�e. Je le constate, et ce n'est pas juste. J�en suis vraiment d�sol� et c�est pourquoi je soutiens ces femmes et j�ai chang� de discours. ANGELA APA � Kup, lors de la campagne de sensibilisation des d�fenseurs des Droits de l'Homme, on a travaill� en parall�le sur les accusations de sorcellerie, et on leur a dit que c'�tait une croyance tr�s r�pandue chez nous. Mais que nous n'avions absolument pas le droit de prendre la vie de quelqu'un. On leur a inculqu� qu�il y avait une loi et que des sanctions �taient pr�vues� si vous vouliez vous venger et que vous vous attaquiez � quelqu�un physiquement. MARY KINI Au fil des ans, on a accumul� de l�exp�rience pour traiter les affaires de sorcellerie. Et depuis peu, on travaille conjointement avec la police. On dispose d�un r�seau et on collabore avec les forces de l'ordre. PETER LARI SIL Ils sont entr�s dans le bureau par effraction et ont enfreint la loi. PETER LARI SIL Pour moi, les m�res qui sont regroup�es au sein de l�ONG ��les Femmes de Kup pour la Paix��, et qu�elles ont fond� ensemble, �uvrent contre toute formes de violence, quelle qu�elle soit. Je ne veux pas que d'autres enfants vivent ce que j'ai v�cu, parce que leurs parents sont accus�s de sorcellerie. Je ne veux pas que mes petits-enfants, la future g�n�ration de Papouasie Nouvelle Guin�e, quittent le pays � cause d'histoires de sorcellerie. �a ne me pla�t pas. FIR veut dire Force d'Intervention Rapide. On a cr�� cette structure en 2013 avec l�ONG ��les Femmes de Kup pour la Paix��. Elle est compos�e d'officiers de police, de personnel de sant�, de magistrats locaux, de m�diateurs et de chefs religieux. Cette Force d'Intervention Rapide prouve que les Femmes de Kup pour la Paix sont organis�es. Elles ont des correspondants locaux qui apportent leur soutien � chaque communaut�. Ce sont eux qui deviennent les informateurs des Femmes de Kup pour la Paix. Et les Femmes de Kup pr�viennent alors imm�diatement la police, surtout quand on leur signale un cas de sorcellerie. MARY KINI D�accord, d�accord, on conna�t l'endroit. Ce serait mieux si la police arr�tait ce "devin", ce serait plus normal. PETER LARI SIL On commence par aller voir directement la victime. Si la victime est encore en vie, on l�emm�ne � l'h�pital. Quand on arrive l�-bas, il y a d�j� un infirmier en chef ou un m�decin qui attend le patient. D�s qu'on est sur place, ils prennent en charge la victime et on prend des photos, les premi�res d�clarations Et ensuite, la police enqu�te, et on retourne appr�hender les suspects. On est surtout l� pour sauver des vies. ANGELA APA On ne dit pas de but en blanc aux gens : �Vous avez un probl�me�. Quand ils viennent dans nos bureaux, on ne les rejette pas. On les accepte et on les �coute. Pour trouver la meilleuer fa�on de nous entraider et de vivre ensemble en harmonie. AGNES Avec la fondation des Droits de l�Homme, on fait de notre mieux pour garantir la paix. Et gr�ce � ce type de structure, on a notre constitution, nos coutumes et traditions pr�serv�es et les droits de l�Homme appliqu�s. Nos correspondants locaux sont tr�s efficaces. On a nos avocats, une police et des refuges. On a aussi des collaborateurs dans les Hautes-Terres donc on peut les aiguiller, et c'est bien, �a a aid� beaucoup de gens. ANGELA APA OK, suivant. POLICE OFFICER Je ne suis pas d'accord, car on a tous des droits qui impliquent des responsabilit�s. ANGELA APA Entre 2010 et aujourd'hui, on a plus de 200 cas de violences li�es � la sorcellerie, qui viennent de la r�gion de Simbu, mais aussi de Jiwaka ou bien encore de Goroka, certains cas nous sont rapport�s directement, d�autres par des appels � notre num�ro vert. MARY KINI Le droit � la vie est quelque chose � prendre en compte. Nourriture, logement, v�tements, on a tout �a, mais il y a aussi le droit � la vie. AGNES Il y a un grand changement. Les gens qui nous connaissent viennent nous demander comment on fait. �a les fait r�fl�chir. C'est bien, ils ne le feront plus. La plupart des affaires concernent des accusations de sorcellerie. Certains ont chang� de comportement. Et avec d�autres,nous avons pas encore r�ussi. C�est ancr� fortement en eux, ils en parlent et ils y croient toujours. Vous le prouverez au tribunal, donc allons jusqu'au proc�s et apportez les preuves. PETER LARI SIL En tant qu'officiers de police, on essaie de s'acquitter de nos obligations l�gales et de proc�der � des arrestations. Comme on l'a dit, si on est en contact avec un suspect, est-ce qu'on respecte ses droits ? Si c'est un villageois qui ne parle pas le Tok Pisin, qui ne comprend pas l'anglais, et que vous lui parlez en anglais et en Tok Pisin, est-ce appropri�? C'est une unit� qui a �t� cr��e par des gens qui pensaient de mani�re non-conventionnelle, un peu comme les Femmes de Kup. Mais je peux vous dire que �a fonctionne parfaitement. MARY KINI Sur Terre, il y a plein de croyances, de cultures et de traditions, et nous avons la n�tre en Papouasie Nouvelle Guin�e. Ce qui est important au sujet de la sorcellerie et du respect des droits, c�est que notre travail, en tant qu'organisation de d�fense des droits de l'homme, est de se pencher sur la vie d�un homme, d'une femme ou d'un enfant. Quand ils parlent de sorcellerie, de tuer quelqu�un, de torturer et br�ler des gens, et de porter atteinte � leurs droits, on leur dit qu�il sont dans leurs torts en agissant ainsi. MARY KINI L� o� r�gne la paix, il y a la prosp�rit�. Sans paix, pas de prosp�rit�. A ce jour, on a lanc� un autre mouvement de femmes dans la r�gion des Hautes-Terres. On l�a appel� Le Mouvement des D�fenseurs des Droits des Femmes des Hautes-Terres, et elles m�ont d�sign�e responsable d'�quipe. On travaillera jusqu'� ce qu'on estime que cette nation est sur les bons rails. Notre objectif est de cr�er une Commission des Droits de l�Homme en Papouasie Nouvelle Guin�e. On y travaille en petit groupe. ANGELA APA Je ne regrette aucune de mes actions en faveur de la paix. Car je veux que les gens r�alisent que c'est une pratique n�faste. Et je n'en ai pas peur et je n'ai pas honte de �a. Notre culture est bas�e sur la foi et la pratique religieuse, mais sans faire de mal � quiconque. En tant que d�fenseur des Droits de l�Homme, je crois que personne ne devrait porter atteinte aux droits d�autrui en les maltraitant ou en les blessant. AGNES Quand on me demande conseil, quand les femmes me parlent de leurs probl�mes, je leur raconte mon histoire. Je leur raconte comment je m'en suis sortie. Il faut r�sister. C'est ce que je leur dis, et �a leur donne de la force. MARY KINI Les S�urs tribales, c'est nous trois, mais nos autres s�urs tribales nous ont rejointes. Et toutes ces femmes qui sont venues travailler ensemble venaient de tribus ennemies, et nous avons cr�� le mouvement des Femmes de Kup pour la Paix.