BARBARA_CHENEY BARBARA_CHENEY_45_ans BDMLR DISTRIBUTION FEMME FEMME_70_ans FIN JENNY_HAMPSON JENNY_HAMPSON_30_ans LORRAINE_CULLOCH LORRAINE_CULLOCH_60_ans LOUIS_LABROM LOUIS_LABROM_35_ans MICHAEL_ROBERTSON MICHAEL_ROBERTSON_60_ans NICOLA_HODGINS NICOLA_HODGINS_50_ans PCB PRONONCIATIONS RUPERT_KIRKWOOD RUPERT_KIRKWOOD_70_ans STEVE STEVE_50_ans STEVE_OFF STEVE_TRULUCK STEVE_TRULUCK_45_ans VOIX_FEMME_TÉLÉPHONE VOIX_FEMME_TÉLÉPHONE_40_ans STEVE OFF Les baleines. Véritables géants des mers qui parcourent les océans depuis des millénaires. Leur chant, leur majesté et leur taille nous émerveillent et nous fascinent. Dans leur ombre gigantesque, les humains se sentent particulièrement petits. Depuis bien avant notre arrivée... ...elles protègent leurs petits... ...chassent et voyagent. À cause de nous, leur monde change. Je cherche donc à voir à travers leurs yeux, à les rencontrer, si elles m'acceptent, et à comprendre pourquoi leur avenir et le nôtre sont indissociables. STEVE OFF Je plonge aux côtés des baleines et dauphins aux quatre coins du monde. Je vois à quel point l'homme bouleverse leur univers. Leur voix est comme étouffée par le bruit que nous faisons dans nos océans. Les méthodes de pêche modernes risquent d’épuiser leurs ressources en nourriture. Le changement climatique les oblige à faire des migrations plus longues, ce qui met leurs progénitures en danger. À présent, je retrouve les eaux de mon pays natal pour découvrir comment nous pouvons nous adapter et assurer leur prospérité. STEVE Notre littoral sauvage est la dernière étendue naturelle de Grande-Bretagne et selon moi, sa majesté et sa beauté n'ont rien à envier au reste de la planète. STEVE OFF C'est aussi un aimant à baleines. On y a recensé vingt-huit spécimens différents, soit un tiers des espèces dans le monde. Certaines d'entre elles, comme l'orque... ...le dauphin de Risso... ...ou encore le dauphin à gros nez, vivent ici toute l'année. D'autres, comme la baleine à bosse... ...le rorqual commun... ...et le rorqual boréal, ne sont que de passage. Mais c'est l'avenir de toutes ces espèces qui est en jeu. STEVE La baleine est considérée comme une grande réussite en matière de conservation. Elle a survécu à l'ère de la chasse à la baleine commerciale et au massacre de trois millions d'entre elles. Mais le retour de la baleine a coïncidé avec des changements colossaux pour notre planète. STEVE OFF Des menaces tels que le changement climatique, les nuisances et la pollution transforment le monde des baleines à une vitesse fulgurante. Il est grand temps d'agir. Je pars donc à la rencontre de ceux qui se démènent pour trouver des solutions et pour découvrir ce que nous pouvons faire à notre échelle pour garantir un avenir meilleur aux baleines comme à nous. Nos mers abritent peut-être une énorme variété de baleines et de dauphins, mais les océans sont vastes, et une grande partie de la vie des baleines s'écoule à l'abri des regards. Déterminer leur nombre exact et leur état de santé représente un énorme défi. Mais en Écosse, il existe une référence mondiale sur la vie des cétacés. Le point de départ de mon voyage. J'intègre une équipe de scientifiques pionniers qui ont perfectionné l'art de trouver des baleines en utilisant non seulement la vue, mais aussi le son. STEVE Nous allons passer ces prochains jours en mer, à bord du Silurian (siluriann), un navire de recherche ultramoderne spécialisé dans l'acoustique des baleines. C'est la plateforme idéale pour surveiller les baleines dans ces eaux. Bonjour à tous ! STEVE OFF Les baleines émettent une multitude de sons différents... ...du chant des baleines à bosse... ...aux clics complexes des cachalots. Ici, sur le Silurian, la scientifique Jenny Hampson (djèni ampssonn) utilise ces sons pour les repérer. JENNY HAMPSON C'est notre hydrophone, une sorte de microphone sous-marin, qui nous permet de surveiller l'environnement acoustique sous les vagues. STEVE OFF On ne sait pas ce que nous réservent nos trois jours de périple... ...mais notre première rencontre ne tarde pas à se produire. STEVE On a de la compagnie ! Un groupe de dauphins communs. Tout simplement spectaculaire ! Ils se distinguent par la forme de sablier doré qui descend sur leurs flancs. On a un groupe assez nombreux ici ! Ils sont extrêmement sociables, très joueurs et super intelligents. STEVE OFF Les dauphins sont aussi des experts en communication. À plus de 6 000 kilomètres de là, dans les Bahamas, j'ai vu de mes propres yeux comment ils se servaient du son. La plongée libre m'a permis de pénétrer leur univers en toute discrétion. J'ai pu entendre et même sentir leurs vocalises. Ici, les scientifiques décodent leur langage. Ils ont découvert qu'ils utilisaient le sifflet pour la communication longue distance. Il sert aussi d'appel entre les mères et leurs petits quand ils sont séparés. Quant aux clics pulsés, des paquets de clics très rapprochés, ils nous renseignent sur l'état émotionnel du dauphin, qui peut aller d'un état agressif à un état amoureux. Alors que nos océans sont inondés de bruits artificiels, le système de communication complexe du dauphin peut se retrouver étouffé. Il est donc plus important que jamais de mieux les comprendre. Ici, à bord du Silurian, dans les eaux écossaises, je veux aller plus loin en écoutant l'hydrophone, pour entendre une autre façon incroyable dont ils utilisent le son. STEVE C'est d'une clarté ! C'est incroyable. C'est une sorte de série de clics et de flocs. C'est ce qu'on appelle l'écholocation (ékolocassion). C'est un sonar biologique qui permet d'établir une image de certaines choses qui vous entourent, sans recourir à la vue. STEVE OFF Chaque son enregistré aide Jenny et son équipe à se faire une idée du nombre de baleines et dauphins qui peuplent ces eaux. Ces données peuvent ensuite être utilisées pour mieux les protéger. L'étude des baleines et dauphins a été facilitée par une technologie inventée à des fins militaires. Dans les années 1950, la marine américaine détecte un son mystérieux, un « boing » (boïng) métallique. Pendant des décennies, personne n'a été capable d'en déterminer l'origine. Il aura fallu attendre que les scientifiques écoutent l'océan pour résoudre le mystère. Le son provenait d'un animal présent dans les eaux britanniques, mais l'un des cétacés les plus difficiles à repérer : le rorqual à museau pointu. STEVE Les rorquals à museau pointu peuvent être très difficiles à observer. Ils sont rapides et ils n'ont pas de souffle ni de jet distinctifs. Donc le meilleur moyen de les trouver, c'est de le faire à l'ancienne. On va chercher à distinguer la forme caractéristique de leur nageoire dorsale quand ils atteindront la surface. JENNY HAMPSON Derrière nous ! STEVE Waouh, regardez ! Juste là. Il est tout proche. STEVE OFF Lisses et profilés, les rorquals à museau pointu peuvent plonger jusqu'à vingt minutes et ne refaire surface qu'une poignée de secondes avant de redescendre. Jenny profite de ces instants fugaces pour les photographier. JENNY HAMPSON Les nageoires dorsales des rorquals à museau pointu portent des encoches et des entailles qui permettent de les identifier facilement. Aujourd'hui, on dénombre 260 rorquals à museau pointu dans notre catalogue, et plus on les voit, plus on en apprend. STEVE OFF Au cours du siècle dernier, plus de 10 rorquals à museau pointu ont été tués dans l'Atlantique Nord par l'industrie baleinière. C'est l'espèce de baleine la plus touchée dans cette région. Les identifications visuelles de Jenny sont des outils essentiels pour nous aider à établir leur état de santé actuel. Comme j'ai pu le constater, les eaux écossaises regorgent de cétacés. Mais certaines espèces présentes ici se battent pour leur survie. Je me suis donné pour mission de révéler comment nous pouvons aider les baleines et dauphins à prospérer dans le monde moderne, ce qui m'amène dans les eaux britanniques. Les riches fonds marins et terrains de chasse en haute mer attirent les prédateurs... ...dont le plus extraordinaire d'entre eux... l'orque, aussi appelée l'épaulard. Son intelligence exceptionnelle pourrait lui permettre de s'adapter aux défis qui lui sont imposés par l'homme. Elle apprend des techniques sur mesure pour chasser différentes espèces un peu partout dans le monde, en fonction des ressources de nourriture disponibles. Mais parfois, elle a des proies surprenantes. Quand j'ai observé des orques au nord de la Norvège, je les ai vues traquer une victime inattendue. STEVE Qu'est-ce que c'est ? Elles chassent quelque chose. STEVE OFF Ces orques ont jeté leur dévolu sur un minuscule oiseau marin appelé le mergule nain. STEVE On le voit sauter hors de l'eau. Il essaie de leur échapper puis replonge. STEVE OFF Elles ont presque l'air de jouer avec leur nourriture. Mais il y a probablement une autre explication. STEVE Peut-être qu'elles donnent une leçon à leurs petits pour qu'ils acquièrent des compétences pour plus tard, pour des proies plus conséquentes. STEVE OFF Mais pour l'instant, le cours est terminé, et le destin du mergule nain est scellé. STEVE Au premier abord, les orques peuvent sembler brutales, voire cruelles, mais ça fait partie de leur manière créative et expérimentale de trouver de la nourriture. Elles repoussent sans arrêt les limites, apprennent et finissent par s'adapter. STEVE OFF Mais ce mode opératoire peut aussi les mettre en danger. On peut l'observer sur le littoral écossais où, chaque année, au début de l'été, des groupes d'orques font leur retour. Les orques venant d'Islande se nourrissent de poissons, mais une fois ici, elles passent à des proies d'un autre acabit : des phoques. Les phoques sont très nombreux sur ces rivages. Les criques et anses font office d'abris. Et sous la surface, de précieuses forêts de varech (varèk), pleines de poissons, constituent des sources intarissables de nourriture. Un endroit à explorer, à la recherche de la moindre curiosité. Pour l'instant... ...c'est moi. Mais malheureusement pour les phoques, ils sont la cible des orques. Les orques nagent près du rivage et fouillent chaque recoin. Lorsqu'ils se tournent sur le côté, leurs nageoires dorsales sont dissimulées, ce qui leur permet de s'approcher en toute discrétion. Le phoque est agile et il est difficile de ne pas se faire distancer. Le groupe se partage la proie. Mais se nourrir de mammifères marins n'est pas sans conséquences. Les polluants chimiques sont délétères pour la vie marine dans le monde entier. Parmi les plus insidieux, on trouve une famille de substances appelées PCB (pécébé), des polluants chimiques persistants, autrefois utilisés dans les équipements électriques. Ils ont beau être interdits depuis les années 1980, ils se retrouvent encore dans nos océans. Ces produits chimiques peuvent parcourir d'énormes distances. Ils se concentrent à mesure qu'ils remontent la chaîne alimentaire et se transmettent aux superprédateurs comme les orques, qui se nourrissent des plus grosses proies. Les orques comptent désormais parmi les animaux les plus pollués de la planète. Une exposition aux PCB peut être à l'origine de nombreux problèmes de santé, comme des cancers ou une infertilité. Selon certains scientifiques, d'ici une centaine d'années, la moitié de la population mondiale d'orques pourrait succomber à ces polluants. Une prédiction choquante qui se déroule déjà ici, en Écosse, avec un groupe en particulier : la West Coast Community (ouest kausst comiouniti). Comme beaucoup de groupes présents ici, la West Coast Community comptait de nombreux membres, mais ces dernières années, sa population a sévèrement diminué. En 2016, le cadavre de l'une des femelles du groupe, Lulu, s'est échoué sur le rivage. Lors de son autopsie, on a découvert un taux de PCB cent fois supérieur au seuil de toxicité toléré. Elle est devenue le cétacé le plus contaminé jamais enregistré. Lulu n'a jamais eu de petit. Il n’y a eu aucun nouveau-né au sein de la West Coast Community depuis 31 ans. Aujourd'hui, ce groupe ne compterait plus que deux survivants, John Coe (djone co) et Aquarius (akouariuss), deux mâles déjà âgés. Selon Steve Truluck (stiv trouleuk), passionné par les orques, c'est la situation difficile de ce groupe qui a déclenché son obsession de toute une vie. STEVE TRULUCK On m'a raconté leur histoire et ça m’a totalement sidéré. Je me suis donné pour mission de les voir avant que les deux derniers survivants ne disparaissent. STEVE OFF Avec son encoche distinctive à la base de sa nageoire dorsale, John Coe est reconnaissable entre mille. Et après des années de recherches, en 2019, Steve voit son vœu enfin exaucé. STEVE TRULUCK C'est John Coe, c'est John Coe ! Vous voyez cette énorme entaille ? STEVE OFF C'est cette rencontre qui a poussé Steve à devenir défenseur des orques et guide d'observation des baleines. Il aide à présent d’autres personnes à connaître la joie de les voir et à mieux comprendre leur détresse. STEVE TRULUCK Regardez ça ! On a John Coe et Aquarius. On a la totale, juste à côté de nous. C'est incroyable ! On a tout gagné ! Comment ne pas être ébahi devant ce spectacle ? C'est extraordinaire. Ils sont magnifiques. Ce sont des animaux fascinants. C'est exceptionnel d'être parmi eux. STEVE OFF Cette expérience si exaltante pour Steve est aussi teintée de tragédie. Avec un niveau de pollution aussi élevé et sans femelles pour se reproduire, ce groupe est voué à disparaître. Les orques ne sont pas les seules à être affectées par la pollution chimique. D'autres superprédateurs peuvent aussi succomber. STEVE C'est toujours un spectacle désolant de voir un prédateur marin si majestueux échoué sur le rivage. C'est un dauphin de Risso. Il n'y a pas de cause apparente à sa mort, mais en de nombreux endroits, quand un superprédateur comme celui-là s'échoue sur le rivage, le niveau de polluants dans son organisme est si élevé qu’un tel animal doit être traité comme un déchet toxique. STEVE OFF La disparition imminente de la West Coast Community prouve incontestablement que nous n'avons pas de temps à perdre. De nombreux pays ont accepté d'éradiquer les déchets souillés au PCB, mais malheureusement, les progrès sont encore timides. Vu le nombre grandissant de nouvelles substances chimiques aux conséquences sans précédent, il est impératif de les empêcher d'arriver jusqu'à nos océans. C'est le seul moyen d'aider les orques à survivre dans nos mers. Alors qu'en Écosse, les orques sont menacées, ailleurs, de nouvelles révélations nous donnent de l'espoir. Certaines espèces trouveraient d'autres moyens extraordinaires pour s'en sortir. On en apprend toujours plus sur la diversité de nos baleines et dauphins. Mais parfois, on fait une découverte qui remet en question toutes nos certitudes. La dernière étape de mon voyage me conduit sur l'île de Lewis (léouiss), dans l'archipel des Hébrides extérieures, en Écosse. Car ici, on a vu des dauphins accomplir un véritable tour de force. STEVE Des dauphins de Risso ! Regardez-les ! STEVE OFF Les dauphins de Risso sont tout à fait singuliers. Ils ont un corps trapu, une tête émoussée... ...et portent de multiples cicatrices qui s'entrecroisent, souvent héritées de bagarres avec d'autres congénères. STEVE Les dauphins de Risso sont généralement assez timides, ce qui les rend difficiles à étudier. En fait, découvrir quoi que ce soit sur leur vie s'avère laborieux. Heureusement, dans les Hébrides, on peut compter sur une scientifique entièrement dévouée à cette mission. STEVE OFF Nicola Hodgins (nikola odjinnz) a passé quatorze ans à étudier les dauphins de Risso dans ces mers. NICOLA HODGINS C'est l'un des repaires des dauphins de Risso. Ils reviennent sans arrêt ici. Année après année, on retrouve les mêmes individus. C'est donc un endroit essentiel pour eux. STEVE Donc vous apprenez à connaître leur personnalité, leur caractère ? NICOLA HODGINS Absolument. STEVE Et j'imagine que vous seriez à même de repérer des caractéristiques propres à chaque dauphin ? NICOLA HODGINS En effet. STEVE OFF En 2011, Nicola a assisté à un phénomène inédit. NICOLA HODGINS Des dauphins venaient dans notre direction. Au départ, on pensait que c'étaient des Risso, mais on a vu un dauphin à gros nez. Puis tout à coup, il y a eu un tout autre individu, un spécimen que je n'avais encore jamais vu de ma vie et qu'on n'avait encore jamais repéré dans ces eaux. STEVE OFF Même s'il se trouvait au large, Nicola a pu prendre une photo du mystérieux dauphin. NICOLA HODGINS Cet individu était beaucoup plus grand qu'un dauphin de Risso. Les Risso ont une tête très émoussée et n'ont pas de bec apparent, tandis que les dauphins à gros nez ont un bec très visible. Quant à ce spécimen, il avait une sorte de minuscule nez retroussé. On savait qu'on était face à quelque chose d'exceptionnel. STEVE OFF Nicola venait de découvrir un dauphin hybride issu d'une femelle dauphin à gros nez et d'un mâle Risso. STEVE Mais ce qui est encore plus étrange, c’est que des animaux hybrides comme ça sont censés être stériles. Normalement, ils ne peuvent pas se reproduire. NICOLA HODGINS Non, mais à présent, on a des preuves que ces dauphins hybrides se reproduisent et ont leurs propres progénitures. STEVE Est-ce que ce serait exagéré de dire que c'est l'évolution qui est à l'œuvre et qu'on pourrait voir apparaître des espèces inédites ? NICOLA HODGINS Ça ne me paraît pas exagéré. Quand c'est ponctuel, on peut attribuer ça au hasard, mais là, ça se répète avec de multiples individus. STEVE OFF Les raisons de cette hybridation des dauphins ne sont pas encore claires, mais pour Nicola, cela pourrait indiquer quelque chose de troublant. STEVE Est-ce que ça pourrait être une réponse aux bouleversements dans l'environnement ? NICOLA HODGINS Tout à fait. On assiste à beaucoup de changements dans la distribution des espèces. STEVE Donc ces eaux ne sont peut-être plus adaptées aux dauphins à gros nez ou aux Risso, pour une raison ou une autre, mais elles pourraient être idéales pour une espèce un peu intermédiaire ? NICOLA HODGINS Exactement. STEVE OFF Selon certaines données, les baleines et dauphins du monde entier s'aventurent plus loin vers les pôles, et les scientifiques attribuent ce phénomène au changement climatique. Le réchauffement des océans peut métamorphoser l'habitat des baleines qui doivent migrer vers de nouvelles contrées où elles se mélangent à de nouvelles espèces. Nous avons encore beaucoup à apprendre pour comprendre pleinement les conséquences du changement climatique. Mais on a tout de même une certitude : au Royaume-Uni, on peut étudier le mouvement des baleines, car des espèces spectaculaires le traversent lors de leurs migrations. Quand elles sont de passage, les passionnés du coin affluent pour les observer et contribuent ainsi grandement à la science. Certains les surveillent depuis la terre ferme... ...quand d'autres se jettent à l'eau. STEVE Le kayak de mer est l'outil idéal pour le citoyen scientifique. De plus en plus d’amateurs, armés d'un simple appareil photo et d'un paddle (padeul), se dirigent vers nos mers côtières et en apprennent davantage sur nos baleines et dauphins. Les informations qu'ils rapportent nous permettent de mieux comprendre le monde des baleines. STEVE OFF C'est exactement ce que fait un certain habitant de l'extrême sud-ouest de la Grande-Bretagne. Rupert Kirkwood (rupeurt keurkwood) s'est donné pour mission de se rapprocher au maximum des baleines en pagayant dans les moindres recoins du littoral. RUPERT KIRKWOOD J'aime les eaux calmes par-dessus tout, alors je rejoins la plage qui me semble la plus tranquille des comtés de Devon (dévonn) ou des Cornouailles, et je pars faire du kayak en mer. Parfois, je disparais dix ou douze heures. STEVE OFF Rupert a toujours son appareil photo à portée de main pour capturer toute la vie marine qu'il aperçoit. RUPERT KIRKWOOD Quand je pagaye en silence, quand il n'y a pas la moindre brise, je peux entendre les créatures. J'entends le souffle du marsouin... ...le plongeon du dauphin. Si on a vraiment de la chance, on entend le jet du rorqual à museau pointu. C'est un grand honneur pour moi d'être entouré de ces créatures incroyables. Jusqu'à présent, ma rencontre la plus palpitante s'est produite à l'extrémité des Cornouailles. J'ai entendu comme un jet, au loin. Alors je me suis assis avec mon appareil photo, prêt à dégainer. Tout à coup, la nageoire pectorale d'une baleine à bosse est sortie puis a claqué la surface de l'eau. Ensuite, cette baleine à bosse a nagé tout autour de mon kayak et a englouti d’énormes boules d'appâts de poissons. STEVE OFF Comme on reconnaît les baleines à bosse aux marques sous leur nageoire caudale, les scientifiques ont pu utiliser les clichés de Rupert pour référencer cet individu pour la première fois. RUPERT KIRKWOOD C'est agréable de voir que ma baleine à bosse est devenue la plus regardée de son espèce à travers le Royaume-Uni. STEVE OFF C'était aussi l'une des premières baleines à bosse à être identifiée dans les eaux anglaises, mais depuis, plus d'une centaine ont été recensées au Royaume-Uni. Grâce à des gens comme Rupert, on commence à saisir l'importance de ces eaux qui représentent un passage obligé pour des baleines à bosse en migration. Une autre preuve, s'il en fallait, que les baleines devraient être mieux protégées dans ces mers. À première vue, les baleines à bosse semblent bien se porter, mais cela ne fait aucun doute : notre monde en profonde mutation soumet les baleines et dauphins à rude épreuve. Dans cette dernière partie, j'aimerais montrer que tout un chacun peut agir pour les protéger, sans pour autant s’aventurer en mer. J'ai pu constater par moi-même que les baleines s'adaptent pour assurer leur survie dans le monde moderne. Aussi bien par leurs façons de communiquer et de chasser que par les périples qu'elles entreprennent. J'ai aussi vu à quel point l'homme affectait leur univers. Par le passé, notre industrie baleinière a bien failli faire disparaître certaines espèces... ...et la pollution dans nos océans menace leur survie. Elles ont besoin de notre aide. Heureusement, beaucoup en prennent conscience et font ce qu'ils peuvent. Chanonry Point (tchanonnri poïnnt), en Écosse, illustre la passion des gens pour ces animaux. STEVE Chanonry Point est une étroite langue de terre qui s'avance dans le Moray Firth (morèï feurss). Au moment-clé de la marée, les saumons affluent ici, suivis des prédateurs. Ça en fait le meilleur endroit du pays pour voir des dauphins depuis la terre ferme. Oh ! STEVE OFF Des dauphins à gros nez... On en dénombre environ 200 ici, dans le Moray Firth. Ce bras de mer se remplit de saumons lorsqu'ils vont de l'océan aux rivières voisines. STEVE Le plus grand dauphin à gros nez se trouve dans nos mers. Il peut dépasser les 3 mètres 50 de long et même frôler les 4 mètres. C'est un gros animal. Parfois, ils sont tellement proches qu'on a l'impression de pouvoir les toucher. Cet endroit revêt quelque chose de très spécial. On a devant nous un groupe de prédateurs sauvages qui chassent à quelques mètres des gens qui promènent leur chien ou prennent des selfies. À un moment donné, il faut se retourner et voir leur visage, l'effet que ça leur procure, ce sentiment de pur bonheur. C'est aussi ce que je ressens. FEMME Regarde. Waouh ! STEVE À ce moment-là, il y a une véritable interaction entre leur univers et le nôtre, et peu d'endroits dans le monde offrent cette chance. STEVE OFF Mais ce lieu n'attire pas que les badauds. Les scientifiques espèrent eux aussi en apprendre davantage. Barbara Cheney (barbar tchéni) est spécialisée dans la surveillance des dauphins à gros nez et a suivi des dynasties entières dans le Moray Firth. BARBARA CHENEY Il s'agit d'un projet particulier car c'est il est mené à très long terme. Ils étudient les dauphins à gros nez du Moray Firth depuis 1989, et à présent, on suit la quatrième génération. STEVE OFF Barbara utilise une technologie révolutionnaire pour évaluer la santé de chaque dauphin. Son appareil photo est doté de lasers capables de mesurer les dauphins. Elle envoie aussi des drones pour obtenir des images détaillées de leur largeur, une très bonne indication de leur état de santé. STEVE Le but ultime de la science, c'est de recueillir des données au fil du temps. Qu'est-ce que vous apprenez ? BARBARA CHENEY C'est encore une petite population qui dépasse à peine les 200 individus. Ils se portent plutôt bien par rapport à d'autres populations de cétacés dans le monde. On sait que l'abondance a augmenté ces trois dernières décennies, tout comme la reproduction, donc ce sont de très bonnes nouvelles. STEVE OFF Si Barbara est convaincue du bien-être des dauphins ici, c'est parce qu'en partie grâce à ses recherches, le Moray Firth bénéficie d'une protection supplémentaire relative à la vie marine. Les perturbations liées aux activités de pêche, au développement et au trafic maritime sont réduites au minimum. On sait que quand on protège certaines zones de notre océan et que l'on crée des sanctuaires, cela peut faire des miracles pour les populations de baleines partout dans le monde. En Nouvelle-Zélande, le port d'Auckland était souvent le théâtre de collisions entre des navires et des baleines, comme le rorqual de Bryde (brude). Mais les chercheurs de la région et le gouvernement ont travaillé main dans la main pour instaurer des limites de vitesse pour les bateaux, afin que les baleines aient le temps de dégager le passage. Au Mexique, des lois anti-braconnage et des restrictions sur le matériel de pêche ont donné naissance à une industrie d'écotourisme, ce qui assure aux baleines grises une meilleure protection. Désormais, elles sont en quête de contact humain. La somme de nos actions individuelles peut faire la différence. Ici, en Écosse, les eaux protégées du Moray Firth semblent offrir aux dauphins à gros nez tout ce dont ils ont besoin. Mais ils ne sont pas pour autant hors de danger. À marée haute, les baies sont submergées d'eau. Mais quand la marée se retire à grande vitesse, il ne reste plus qu'une terre asséchée. STEVE Cette étendue de bancs de sable, de bancs de boue et de marais salants se nomme Nigg Bay (nigg bèï). C'est le paradis des oiseaux et des phoques. En 2016, un dauphin a vécu ici une aventure rocambolesque. STEVE OFF C'est dans cette baie qu'une jeune femelle dauphin à gros nez, baptisée Spurtle (speurteul), s'est échouée. Alors qu'ils passaient par là, Michael Robertson (maïkeul robèrtsonn) et Lorraine Culloch (lorèïnn keulok) ont été les premiers à la repérer. LORRAINE CULLOCH Elle avait l'air tellement triste. Je n'avais jamais rien vu d'aussi tragique. C'était comme si elle avait pleuré. C'était bouleversant. MICHAEL ROBERTSON Je dirais même que je n'avais jamais vu un visage aussi triste. C'était indescriptible. Quand je revoie les photos aujourd'hui, c'est toujours terrible. STEVE OFF Elle souffrait de coups de soleil et la peau sur ses flancs commençait à faire des cloques. Michael savait qu'elle avait besoin de professionnels. Il a donc contacté le BDMLR (B-D-M-L-R), une association de plongeurs-sauveteurs de la vie marine, formés pour venir en aide aux baleines et dauphins échoués. LORRAINE CULLOCH Quand le BDMLR est arrivé, ils nous ont fait participer au sauvetage. On a surveillé sa respiration. On a dû attendre quatorze heures, le temps que la marée remonte, pour la remettre à flot. On a passé la nuit dans un van, sur un petit parking. 05 STEVE OFF Le lendemain matin, quand la mer est enfin remontée, Spurtle a été remise à l'eau. Elle semblait ne plus avoir assez de force pour nager. Mais au soulagement général, elle est lentement repartie en mer. Sans aucun doute, les bons réflexes de Michael et Lorraine et les soins attentionnés de l'équipe de secouristes lui ont sauvé la vie. Mais nul ne savait si elle survivrait à cette épreuve. Dans les mois et les années qui ont suivi, sa blessure infligée par un coup de soleil, qui semblait à première vue mortelle, s’est résorbée. Elle s'est transformée en une cicatrice caractéristique, semblable à une éclaboussure de peinture. Preuve de sa guérison totale : elle a récemment donné naissance à un petit. Ici, à Chanonry Point, tous les regards sont tournés vers l’océan, espérant l'apercevoir au loin. STEVE Spurtle ! C'est elle ! Bon sang, c'est incroyable ! Waouh ! On vient d'apercevoir l'un des dauphins les plus spéciaux qui peuplent nos mers. C'est un véritable récit de survie. Cet animal a traversé des épreuves d'angoisse et de douleur presque inimaginables. Et le voilà de retour, sous nos yeux, vivant et en pleine santé. De toute évidence, ces animaux affrontent des épreuves impossibles pour survivre. Elle revient avec son propre petit. On ne pouvait pas espérer mieux. STEVE OFF Baleines et dauphins possèdent cette incroyable faculté de nous remplir de joie. Le souvenir de mon voyage en leur compagnie restera gravé en moi à jamais. C'était aussi une prise de conscience. J'ai vu à quel point l'action de l'homme menace leur environnement. J'ai aussi vu des gens faire tout leur possible pour leur venir en aide. Même la plus petite initiative, ne serait-ce qu'un appel téléphonique, ou déclarer une observation, peut véritablement changer les choses. Les baleines font de leur mieux pour s'adapter. À présent, c'est à nous de nous ajuster, et vite, si nous voulons offrir un avenir meilleur à ce mammifère marin comme à nous-mêmes. STEVE Ces animaux sont là depuis 50 millions d'années, et qui sait, peut-être encore pour 50 autres millions d'années. À condition que nous luttions pour préserver la santé de leurs océans. STEVE OFF Pour observer la stupéfiante diversité des baleines qui peuplent les eaux britanniques, nous avons voyagé à travers la terre, la mer et les airs. Mais quand il a fallu traquer les orques, notre travail risquait d'être compromis. Ces incroyables prédateurs peuvent parcourir jusqu'à 160 kilomètres par jour en quête de nourriture. En effet, pour notre caméraman Louis Labrom, spécialiste de la vie sauvage, parvenir à les localiser n'allait pas être une tâche aisée. LOUIS LABROM Le défi qu’on s’est imposé est assez délicat à relever. Où aller, où est le meilleur endroit, où vont-ils apparaître ? C'est un sacré défi. STEVE OFF Par chance, nous n'étions pas seuls. Nous avons rejoint un réseau d'environ 200 volontaires, composé d'habitants de la région et de membres d'un événement scientifique citoyen baptisé Observation des orques. Chacune de leurs observations d'orques est enregistrée. Cela nous a donné une idée de leur comportement dans ces eaux. STEVE TRULUCK Voilà ses photos, à 2 kilomètres de distance. STEVE OFF Steve Truluck, passionné par les orques, est aussi venu prêter main-forte. STEVE TRULUCK Le secret, c'est de rester sur place longtemps. Il faut savoir attendre. STEVE OFF Avec l'ensemble du littoral de Caithness (kèïssness) et les îles du Nord à couvrir, la tâche des volontaires est colossale. Heureusement, le paysage leur vient en aide. STEVE Certaines parties de la côte semblent faites pour servir de postes d'observation naturels. Toute orque présente dans les parages se voit à des kilomètres à la ronde. STEVE TRULUCK Ici, on a une vue imprenable sur tout. On peut même voir tout en bas de la falaise. STEVE OFF Comme prévu, une orque ne tarde pas à faire son apparition. STEVE TRULUCK Oh, c'est vrai ? Oh ! Un pêcheur au large de Durness (deurness) a vu un groupe d'orques. Avec un énorme mâle ? Oh... STEVE OFF Nous laissons tout en plan, et nous fonçons à l'endroit où nous pourrions les intercepter. Mais l'orque est plus rusée que nous. STEVE TRULUCK Quelqu'un a laissé un post disant que les orques ont été aperçues à Sanwood Bay (sannwood bèï). C'est exactement à l'opposé de l'endroit où nous sommes. Alors, on n'a pas eu de chance aujourd'hui. Les orques sont parties de l'autre côté. STEVE OFF Les jours suivants, Louis essaye encore... et encore... dans l'espoir de capter leur image. Mais l'orque parcourt des étendues gigantesques dans les eaux chaque jour, et se tient à bonne distance de nos caméras. Louis ne renonce pas. Je dois cependant me résoudre à partir 200 kilomètres au sud, afin d'observer un autre spectacle de la vie sauvage. Les dauphins à gros nez de Moray Firth. Ils font un festin de saumon. STEVE À quelques mètres du rivage, Tom ! STEVE OFF Il y a toujours de bonnes chances de voir des dauphins à Chanonry. Si seulement les orques, plus au nord, étaient aussi prévisibles ! LOUIS LABROM C'est génial. STEVE OFF Mais Louis a enfin de bonnes nouvelles. VOIX FEMME TÉLÉPHONE Ils descendent vers Burroch (beurok), en ce moment même. STEVE OFF Un observateur de baleines a repéré des orques au large. Alors Louis tente sa chance et saute sur un ferry, dans l'espoir de voir les orques au passage. LOUIS LABROM On pirate le ferry ! Je ne veux pas me faire trop d’illusions, mais ce serait incroyable de les voir. STEVE OFF Et finalement, surgi de nulle part, un flash de noir et de blanc caractéristique. LOUIS LABROM Les voilà ! Je les ai, c'est bon. STEVE OFF C'est un groupe d'orques très apprécié, connu sous le nom des "vingt-sept". Et, grande nouvelle... LOUIS LABROM Il y a un bébé. STEVE OFF Les orques ont un petit. Leur groupe compte à présent huit individus. LOUIS LABROM Ces gens ont tellement travaillé, ils sont tellement passionnés. Certains sont là depuis des semaines et aujourd'hui, voilà leur récompense. J'ai la chance de voir les orques avec eux. Mais je ne pleure pas, c'est juste le vent dans mes yeux. STEVE OFF L'équipe a filmé deux incroyables rencontres avec la nature au même moment. Je suis impatient de les retrouver sur la terre ferme. LOUIS LABROM Alors, comment tu te sens ? STEVE Très, très heureux ! LOUIS LABROM Bien ! STEVE Quel travail formidable ! LOUIS LABROM Les orques près des îles Britanniques, c'était magnifique à voir. C'était notre dernier jour de tournage, alors... La chance du dernier jour ! STEVE OFF Raconter le combat des orques pour la vie n'a été possible que grâce aux passionnés qui font le maximum pour aider les baleines. Et c'est à cette passion que nous devons nous accrocher, à travers les contrées et les océans, afin de préserver l’avenir des baleines dans nos mers. FIN