AUDUN_RICKARDSEN DENIS_LA_GRANGE HOMME_1 HOMME_2 IAIN_KERR PRONONCIATIONS ROB_TAYLOR ROCHELLE_CONSTANTINE STEVE_BACKSHALL   STEVE BACKSHALL – NARRATION Les baleines. Véritables géants des mers qui parcourent les océans depuis des millénaires. Leur chant, leur majesté et leur taille nous émerveillent et nous fascinent. Dans leur ombre gigantesque, les humains se sentent particulièrement petits. Depuis bien avant notre arrivée... elles protègent leurs petits... chassent... et voyagent. À cause de nous, leur monde change. Je cherche donc à voir à travers leurs yeux, à les rencontrer, si elles m'acceptent, et à comprendre pourquoi leur avenir et le nôtre sont indissociables. STEVE BACKSHALL – NARRATION La baleine est le plus grand mammifère au monde. Avec son corps majestueux, sa puissante nageoire caudale et son immense capacité à faire des réserves d’énergie, elle est parfaitement adaptée à une vie consacrée aux longs voyages à travers les océans. C’est une nomade. STEVE BACKSHALL Les baleines entreprennent plus de voyages que tous les autres animaux de la planète. Certaines espèces parcourent des milliers de kilomètres chaque année et suivent des routes empruntées par leurs ancêtres depuis des générations. STEVE BACKSHALL – NARRATION Pendant des siècles, les mouvements migratoires des baleines et les raisons qui les poussaient à choisir certaines destinations sont restés un mystère. Mais pour la première fois de notre histoire, les scientifiques sont parvenus à cartographier ces mouvements migratoires. Ils ont découvert des autoroutes maritimes empruntées par les baleines pour voyager d’un bout à l’autre de la planète. J’aimerais savoir si ces découvertes permettent de comprendre pourquoi les baleines se déplacent autant. Mais aussi ce qui leur arrive au cours de leurs voyages à travers des océans de plus en plus changeants. Mes recherches démarrent à Tahiti, en Polynésie française. Un site très prisé des baleines au cours de leurs mouvements migratoires. STEVE BACKSHALL Tahiti est une nation insulaire, en plein milieu de l’océan Pacifique. L’île est surtout célèbre pour ses vagues idéales à la pratique du surf. La houle responsable de la création de ces vagues parcourt des milliers de kilomètres avant d’atteindre les plages tahitiennes. Mais la baleine à bosse parcourt des distances bien plus importantes. La plus grande voyageuse de la planète quitte les eaux glaciales de l’Antarctique pour venir jusqu’ici, où elle vivra le moment le plus important de sa vie. STEVE BACKSHALL – NARRATION À nos yeux, Tahiti est un paradis sur terre. Mais c’est en Antarctique que les baleines à bosse trouvent de quoi se nourrir. Alors pourquoi les femelles quittent-elles leur habitat naturel, où elles trouvent de la nourriture en abondance ? Pourquoi parcourent-elles des milliers de kilomètres pour venir donner naissance ici ? STEVE BACKSHALL C’est comme ça qu’on voit le plus souvent les baleines à bosse. D’ailleurs, c’est à la forme arrondie de leur dos qu’elles doivent leur nom. Cette femelle reste près de la surface pour laisser son petit nager sous son ventre. STEVE BACKSHALL – NARRATION Cette jeune maman profite d’un repos bien mérité. Elle a voyagé pendant trois mois pour arriver jusqu’ici, où elle a donné naissance à un bébé d’une tonne. STEVE BACKSHALL – NARRATION Je veux voir comment elle s’en sort. Une fois immergé, je comprends ce qui attire les baleines à Tahiti. L’eau y est calme et chaude. Ici, cette femelle a besoin de moins d’énergie pour maintenir sa chaleur corporelle. Elle pourra consacrer toute son énergie à s’occuper de son petit. STEVE BACKSHALL Ils sont au calme, c’est très apaisant. Mais pour la femelle, c’est une période particulièrement éprouvante. En nourrissant son petit, elle dépense une énergie colossale alors qu’elle n’a rien à manger. STEVE BACKSHALL – NARRATION Le jeûne de cette baleine pourrait durer jusqu’à neuf mois. Elle doit économiser ses forces au maximum. Pendant qu’elle se repose, son petit est libre de découvrir le monde qui l’entoure. STEVE BACKSHALL C’est comme si la femelle lui disait : « Allez, va jouer avec tes copains, maintenant. » STEVE BACKSHALL – NARRATION Sous l’œil attentif de sa mère, le baleineau profite de sa liberté pour jouer. STEVE BACKSHALL – NARRATION Âgé d’à peine quelques mois, ce petit apprend à découvrir son corps. STEVE BACKSHALL – NARRATION Bientôt, il nagera jusqu’en Antarctique. Sa première migration. STEVE BACKSHALL Le petit ne voulait pas me lâcher. C’était un moment unique. Le genre de moment où un animal aperçoit un être humain et cherche sa compagnie pour interagir avec lui. C’est lui qui mène la danse. Je travaille auprès des animaux depuis 25 ans et je crois que c’est la plus belle expérience de ma vie. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les baleines viennent mettre bas ici parce que les eaux tahitiennes offrent des conditions optimales. Mais l’activité humaine est en train de tout changer : la température de l’eau augmente. Les dernières mesures effectuées à la surface des océans du monde entier ont révélé une hausse record des températures. Si la chaleur dépasse le seuil de tolérance des baleines à bosse, celles-ci perdront leur lieu privilégié pour mettre bas. STEVE BACKSHALL – NARRATION Au nord-est du Pacifique, les baleines grises s’apprêtent à entreprendre le plus grand voyage de leur vie. Près de 10 000 kilomètres séparent l’Alaska de la côte mexicaine. Nous sommes en plein hiver. Cette femelle nage vers le sud depuis deux mois. Elle avait prévu d’atteindre des eaux calmes et chaudes avant de mettre bas. Mais son petit est né au cours du voyage. C’est ce qu’elle voulait éviter à tout prix. En Alaska, son lieu de chasse privilégié, la hausse de la température des eaux a affecté son mode de vie. Elle doit aller plus au nord pour se nourrir, allongeant la distance qui la sépare des eaux plus chaudes du Pacifique sud. Sa migration prend plus de temps qu’à l’accoutumé. Âgé de quelques jours, son nouveau-né n’a pas les armes pour un si long voyage. Mais ils ne peuvent pas s’arrêter. La mère tente d’aider son petit… Mais il est encore trop faible. Cette lutte désespérée a été filmée au large de la côte californienne, à seulement mille kilomètres du lagon mexicain où la femelle avait prévu de mettre bas. Nous ne saurons jamais s’ils sont arrivés à bon port. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les habitats des baleines doivent être protégées. Tout comme les autoroutes maritimes qui leur permettent de naviguer d’un lieu à l’autre. Je veux savoir ce qui est mis en place pour leur préservation. STEVE BACKSHALL Les polynésiens comptent parmi les meilleurs marins du monde. Ils traversent des océans entiers à bord de petits bateaux comme celui-ci. Cette pirogue tahitienne porte le nom de « va’a ». Tout comme les humains, qui doivent parfois quitter le calme du lagon pour affronter les dangers de la grande bleue, les baleines à bosse ne peuvent pas rester ici éternellement. Elles vont devoir entreprendre un des voyages les plus dangereux au monde. STEVE BACKSHALL – NARRATION Si Tahiti est un lieu idéal pour la naissance des baleines, ses eaux n’offrent pas la moindre source de nourriture. Cette femelle n’a pratiquement rien mangé depuis qu’elle a quitté l’Antarctique il y a six mois. Elle doit retrouver les eaux glaciales de l’océan Austral. Son petit l’accompagnera dans son voyage. La traversée s’annonce particulièrement éprouvante. La mère et son petit vont devoir parcourir plus de 6 000 kilomètres en pleine mer. Pour y survivre, le baleineau a besoin d’être au top de sa forme physique. STEVE BACKSHALL Là-bas ! J’en vois deux ! STEVE BACKSHALL Je crois que c’est une mère et son petit. Ils sautent sous nos yeux. Le breaching est un comportement extrêmement intéressant. Dans ces eaux, on voit souvent les jeunes baleineaux faire des dizaines et des dizaines de saut d’affilée. Pour sortir de l’eau, ils doivent déployer une énergie colossale. STEVE BACKSHALL – NARRATION D’après les recherches scientifiques, le breaching serait une forme d’entraînement. Une pratique destinée à préparer physiquement les baleineaux pour le long voyage qui les attend. STEVE BACKSHALL Avec le temps, les petits sont prêts à migrer vers l’Antarctique. Mais le voyage est semé d’embûches. STEVE BACKSHALL – NARRATION La découverte des autoroutes maritimes privilégiées par les baleines arrive à point nommé. Lors de leurs mouvements migratoires, les cétacées se retrouvent souvent au milieu des routes empruntées par des bateaux de plus en plus nombreux. Ici, sur la côte nord de l’île de Tahiti, le problème saute aux yeux. STEVE BACKSHALL Pour les petites baleines à bosse, c’est un défi immense. Les baleineaux ne peuvent pas plonger aussi profondément que leurs mères. Ils passent beaucoup plus de temps à la surface. Et les ferries comme celui-ci, qui font la navette entre les îles polynésiennes, représentent un grand danger pour les animaux marins. STEVE BACKSHALL – NARRATION Avec les risques de collision, ce sanctuaire devient une zone de danger. STEVE BACKSHALL Un bateau de cette taille représente plusieurs centaines de tonnes. En cas de collision, aucune baleine ne pourrait survivre, quelle que soit sa taille. STEVE BACKSHALL – NARRATION Chaque année, les bateaux tuent des dizaines de baleines à travers le monde. Le nombre de vaisseaux maritimes est en constante augmentation. D’après les projections, il aura augmenté de 1 000 pourcents d’ici à 2050. Pour les baleines nomades, le monde des océans est devenu un véritable champ de mines. Les scientifiques cherchent des solutions. En Nouvelle-Zélande, une proposition a fait ses preuves. STEVE BACKSHALL – NARRATION Dans le port d’Auckland, les collisions avec les baleines étaient fréquentes. Les routes de commerce maritimes passent au beau milieu de l’habitat du rorqual de Bryde. Ce chasseur majestueux se nourrit de bancs de poissons dans les eaux peu profondes. À condition de réussir à les attraper. Ce mode de vie implique de passer beaucoup de temps à la surface, sur la trajectoire des bateaux de marchandises. STEVE BACKSHALL – NARRATION La professeure Rochelle Constantine est spécialisée dans la protection des mammifères marins. ROCHELLE CONSTANTINE C’est typiquement le genre de navires qu’on voit souvent dans le Golfe de Hauraki. Une fois lancé à pleine vitesse, les baleines qui se trouvent sur son chemin n’ont aucune chance de survie. Il y a 15 ans, on trouvait deux ou trois baleines par an échouées sur la côte avec des blessures correspondant à une collision. STEVE BACKSHALL – NARRATION Sa solution est simple : Convaincre les entreprises de transport maritime de réduire la vitesse de dix nœuds dans certaines zones. ROCHELLE CONSTANTINE Depuis que les bateaux ralentissent, on ne trouve plus de baleines échouées après une collision avec un bateau. Elles ont le temps de s’écarter avant d’être percutées. C’est une belle victoire. STEVE BACKSHALL – NARRATION La préservation des baleines n’est pas forcément une entreprise compliquée ou coûteuse. Plus nous aurons d’informations sur les autoroutes maritimes des baleines, plus nous aurons de chance de les protéger. Les facteurs des mouvements migratoires des baleines sont multiples. Mais l’une des motivations principales est le besoin de s’accoupler. Voici une baleine franche australe. Les callosités blanches présentes sur sa gueule sont aussi uniques que nos empreintes digitales. Celle-ci est une femelle. Elle a parcouru des milliers de kilomètres depuis l’océan Austral pour atteindre la péninsule de Valdés, en Argentine. Elle n’est pas seule. Chaque année, quelques 1 500 baleines franches australes viennent ici à la fin de l’été. Dans ces eaux calmes et peu profondes, les conditions sont idéales pour la naissance des baleineaux et leurs premiers mois de vie. Mais certaines femelles ne sont pas venues ici pour mettre bas. Celle-ci va rencontrer un large panel de prétendants masculins. Elle ne s’accouplera pas avec le premier mâle venu. Elle attire plusieurs soupirants, qui seront mis en compétition pour capter son attention. En se mettant sur le dos, elle rend ses parties génitales inaccessibles. Elle se retournera quand elle sera prête. Elle veut d’abord tester l’agilité et l’endurance de ses prétendants. Lorsque le plus agile d’entre eux aura réussi à l’approcher, elle se remettra sur le ventre. Ce mâle tient une chance de s’accoupler avec elle. Mais lorsqu’un autre mâle s’approche, elle s’accouple également avec lui. Parfois à plusieurs reprises. La compétition pour la paternité du petit à naître continuera dans les entrailles de la femelle. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les testicules des mâles pèsent plus de d’une tonne. Elles produisent des quantités astronomiques de spermatozoïdes qui devront concourir avec ceux de leurs rivaux. La femelle en tient compte dans sa stratégie de séduction. Le mâle qui s’accouplera le plus avec elle et qui produira les spermatozoïdes les plus puissants aura les meilleures chances de la féconder. STEVE BACKSHALL – NARRATION Ces eaux sont un environnement idéal pour nourrir les petits de la baleine franche australe. Mais ici, la mortalité infantile est en hausse. Je veux savoir pourquoi. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les activités humaines transforment les océans. Et les baleines en paient le prix fort. STEVE BACKSHALL – NARRATION En Argentine, les eaux calmes et peu profondes étaient autrefois un refuge pour les nouveau-nés, à l’abri des prédateurs marins. Mais l’environnement a bien changé. À quelques mètres du rivage, une baleine franche australe veille sur son petit. Elle a parcouru 3 000 kilomètres pour trouver un lieu calme et sécurisé, où elle pourrait mettre bas et prendre soin de son petit. Elle produit jusqu’à 300 litres de lait par jour. Mais ce refuge paisible n’est plus à l’abri du danger. Avec le temps, les goélands dominicains ont compris qu’ils pouvaient se nourrir de la graisse des baleines. Les baleineaux, qui doivent remonter à la surface plus souvent pour respirer, sont des proies faciles. Si ce sont les goélands qui attaquent les baleines, les humains ont leur part de responsabilité. Attirés par les déchets produits dans les usines de traitement de poissons, les oiseaux ont développé un certain goût pour la graisse de baleines. De nos jours, presque tous les baleineaux présentent des plaies ouvertes sur le dos. Le temps autrefois consacré à se nourrir ou à se reposer est maintenant dédié à éviter les attaques de goélands. Malgré tout, le taux de mortalité chez les jeunes baleines est en hausse. Bientôt, ces baleineaux devront entamer un long voyage vers les eaux riches en nourriture dont leurs mères sont originaires. Les plus blessés d’entre eux ont moins de chance de survivre à la traversée. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les recherches sur les autoroutes maritimes empruntées par les baleines ont donné des résultats satisfaisants. Mais nous avons besoin d’en savoir plus. Les nouvelles technologies pourraient nous aider à aller plus loin dans les analyses. J’ai voulu voir de mes propres yeux un point de ravitaillement vital pour les baleines de l’océan Atlantique : les Açores. STEVE BACKSHALL Il y a un groupe de cachalots femelles accompagnées de leurs petits. STEVE BACKSHALL – NARRATION Dotés d’un énorme crâne, les cachalots ont un cerveau six fois plus gros que celui des humains. Mais nous en savons très peu sur la façon dont ils utilisent leur intellect. STEVE BACKSHALL Les scientifiques commencent à percer le mystère de la vie secrète des cachalots, en partie grâce au son. J’ai ici un hydrophone à directions multiples. En gros, c’est un hydrophone classique, mais on a soudé une gamelle en métal au bout du manche. Je vais voir si j’entends quelque chose. STEVE BACKSHALL Ça y est ! J’entends des sons. STEVE BACKSHALL J’ai entendu une succession de clics. Ce sont des codas. C’est une sorte de dialecte qui permet aux femelles de communiquer quand elles sont à la surface. STEVE BACKSHALL – NARRATION Ces séries de clics sont employées lors de rencontres sociales. Un peu comme les humains qui discutent quand ils se croisent. Certaines codas sont très variables… Tandis que d’autres sont plus uniformisés. Une sorte de dialecte connu de tous les cétacées d’une région donnée. Si nous comprenons les bases de cette méthode de communication, la signification de ce langage nous a toujours échappé. Mais les scientifiques utilisent maintenant l’intelligence artificielle pour décrypter les codas. Les résultats de ces recherches pourraient tout changer dans notre compréhension des cachalots. Un jour, nous pourrons peut-être même communiquer avec eux. STEVE BACKSHALL – NARRATION Ailleurs, d’autres outils technologiques lèvent le voile sur les longs voyages des baleines. Jusqu’à il y a peu, les systèmes de pistage qui permettaient de surveiller les mouvements des baleines étaient limités. Le docteur Iain Kerr, un scientifique pionnier dans son domaine, s’est donné pour mission de changer les choses. IAIN KERR J’ai consacré 32 ans de ma vie à l’étude des baleines. J’ai conçu un système qui permet d’attacher une balise de collecte des données et une caméra sur le corps d’une baleine à l’aide d’un drone. STEVE BACKSHALL – NARRATION Au Mexique, dans le Golfe de Californie, Iain et son équipe sont à la recherche de la plus grande baleine au monde : la baleine bleue. IAIN KERR On va passer par là et longer la côte. Comme ça, on verra la houle près du rivage. HOMME 1 Ici, on trouvera le drone sans problème. IAIN KERR Exactement. STEVE BACKSHALL – NARRATION De nombreuses baleines viennent ici en hiver. Elles migrent depuis le nord de l’océan Pacifique. IAIN KERR Attendez. HOMME 1 Là-bas. Je vois une baleine. IAIN KERR Où ça ? HOMME 1 À droite de l’île. IAIN KERR OK. C’est parti. STEVE BACKSHALL – NARRATION Grâce à son système, Iain pourrait nous aider à comprendre comment les baleines réagissent aux activités humaines, comme le bruit et le passage des bateaux. IAIN KERR Les balises comme celle-ci vont nous permettre de comprendre avec certitude ce qui affecte les baleines. STEVE BACKSHALL – NARRATION Ces balises enregistrent les mouvements des baleines et leur orientation dans l’eau. Mais ce n’est pas tout. IAIN KERR On a équipé les balises d’un système de mesure du rythme cardiaque. On a hâte de voir ce que ça donne. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les données collectées par la balise donneront aussi des informations sur l’état de santé de son hôte pendant qu’il nage. IAIN KERR Ça a déjà été fait, mais jamais avec un drone. On croise les doigts. STEVE BACKSHALL – NARRATION Grâce aux drones, plus la peine de s’approcher des baleines en bateau. IAIN KERR Bien joué ! On a équipé une baleine d’un système de mesure du rythme cardiaque à l’aide d’un drone. C’est la première fois de l’histoire ! Bravo ! STEVE BACKSHALL – NARRATION La balise ne fera aucun mal à l’animal. Elle se détachera automatiquement de son hôte au bout de quelques heures. IAIN KERR On collecte ces données dans l’espoir de faire changer les choses. Pour nous, le plus excitant, c’est de rassembler ces données et de leur donner du sens. Le but, ce n’est pas seulement de comprendre comment vivent les baleines. C’est aussi de participer à leur préservation. STEVE BACKSHALL – NARRATION Alors que d’autres baleines sont équipées de balises… IAIN KERR C’est bon ! STEVE BACKSHALL – NARRATION Iain collecte de nouvelles informations sur les comportements des baleines. Son but : comprendre l’impact des activités humaines sur les cétacées et définir les endroits stratégiques à préserver pour protéger l’espèce. STEVE BACKSHALL – NARRATION Pour en savoir plus sur les changements climatiques, je me dirige vers le nord. STEVE BACKSHALL L’océan Arctique a une importance capitale dans la survie de nombreuses espèces de baleines. À certaines périodes de l’année, cette région offre une abondance de nourriture, du plancton aux algues en passant par les poissons en tous genres. Les baleines parcourent des milliers de kilomètres pour venir jusqu’ici. STEVE BACKSHALL – NARRATION Malheureusement, avec le réchauffement climatique, l’Arctique change plus vite que n’importe quelle autre partie du monde. Quel sera l’impact de ces changements sur la migration des baleines ? STEVE BACKSHALL – NARRATION Mon voyage sur les traces des baleines a commencé sous les tropiques. Me voilà maintenant en Norvège. Un lieu de prédilection des baleines à bosse qui peuplent l’Atlantique nord. STEVE BACKSHALL Ici, un calme plat règne sur les eaux de l’océan arctique. Mais dans le fjord, ça bouge beaucoup plus. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les baleines à bosse se nourrissent de krill et de petits poissons comme le hareng ou le capelan. Les bancs de poisson qui assombrissent les eaux sont composés de plusieurs centaines de milliers de proies. Une récompense bien méritée après un long voyage. Quelques 10 000 baleines à bosse sont venues participer au festin. Elles doivent profiter de l’occasion pour faire le plein d’énergie : ces poissons leur permettront de tenir pendant les six prochains mois. Après avoir parcouru des milliers de kilomètres pour arriver ici, elles ne resteront pas longtemps. D’ici peu, elles devront reprendre la route pour aller mettre bas au Cap-Vert ou dans les Caraïbes. Pour avoir une idée de leur état physique après leur long voyage, je dois me rapprocher d’elles. STEVE BACKSHALL Je vais me mettre sur une planche de paddle pour les approcher. Normalement, je devrais avoir une meilleure vue des animaux qui se reposent à la surface de l’eau. STEVE BACKSHALL – NARRATION Je dois faire attention à ne pas les déranger. Alors j’attends. Je laisse les baleines venir à ma rencontre. STEVE BACKSHALL Elles soufflent par leur évent les unes après les autres. Elles projettent de l’eau sur moi. STEVE BACKSHALL Elles sont en-dessous de ma planche ! Je ne m’attendais pas à me retrouver aussi près d’elles. Ça me bouleverse complètement. STEVE BACKSHALL À nos yeux, l’océan Arctique est un environnement hostile. Mais pour les baleines à bosse, c’est une oasis. C’est vraiment l’une des plus belles choses qu’on puisse voir sur Terre. STEVE BACKSHALL La nuit va bientôt tomber, même s’il n’est que 13 heures 30. STEVE BACKSHALL – NARRATION Il y a cinquante ou soixante baleines à bosse autour de nous. Elles se sont réunies près de notre bateau. STEVE BACKSHALL C’est un spectacle très rare. On voit rarement autant de baleines aussi près les unes des autres. HOMME 2 C’est bon, vous pouvez y aller. Tout le monde à l’eau ! STEVE BACKSHALL – NARRATION Il y a peu d’endroits au monde où j’ai eu l’occasion de voir autant de baleines à bosse. Elles ont l’air en bonne santé et bien nourries. Mais les eaux de l’Arctique se réchauffent. Je veux savoir si le changement climatique affecte ces baleines. STEVE BACKSHALL – NARRATION Audun Rickardsen est professeur en biologie marine. Il mène des recherches sur les baleines de cette région. AUDUN RICKARDSEN On va prélever des échantillons cutanés sur des baleines à bosse pour faire une biopsie. STEVE BACKSHALL – NARRATION Ses recherches consistent à relever un panel d’informations sur plusieurs individus. AUDUN RICKARDSEN On va utiliser cet instrument. C’est ça qui permet de prélever les échantillons cutanés et la graisse des baleines. AUDUN RICKARDSEN Allez. On y va. Dans cette direction. Suis mon bras. Parfait. Encore, encore. Continue comme ça. C’est bon, je l’ai eue ! STEVE BACKSHALL – NARRATION Les prélèvements ne présentent aucun danger pour les baleines. AUDUN RICKARDSEN Je l’ai. Oui, c’est bon. Je l’ai récupéré. STEVE BACKSHALL – NARRATION Ils permettent de collecter des données importantes. AUDUN RICKARDSEN Voilà, on a de la graisse de baleine. À l’intérieur, il y a un morceau de peau. C’est un bel échantillon. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les échantillons prélevés permettent de déterminer le sexe des baleines qui migrent jusqu’ici. AUDUN RICKARDSEN Visiblement, ce sont surtout des femelles. Certaines d’entre elles attendent un petit. Les femelles ont besoin de faire le plein d’énergie pour nourrir leurs nouveau-nés. STEVE BACKSHALL – NARRATION Avant de rejoindre le lieu où elles mettront bas, les femelles doivent stocker le plus d’énergie possible. Mais d’après Audun, un changement est en train de s’opérer. AUDUN RICKARDSEN D’après ce qu’on a observé, avec le réchauffement des océans, plusieurs espèces de poissons migrent pour aller pondre leurs œufs plus au nord. Les baleines sont obligées de les suivre. Et pour celles qui voyagent beaucoup, les distances s’allongent de plus en plus. STEVE BACKSHALL C’est une hypothèse sur ce qui pourrait arriver à l’avenir, ou c’est déjà le cas ? AUDUN RICKARDSEN Non, c’est déjà le cas. À termes, les effets sur les baleines seront dévastateurs. STEVE BACKSHALL – NARRATION Le déplacement des poissons vers le nord rend les mouvements migratoires plus longs et plus dangereux pour les baleines à bosse. Mais les baleines ne sont pas les seules à dépendre du hareng. Les orques aussi viennent se nourrir ici. Tout comme nous. Et au loin, j’aperçois quelque chose que je n’avais jamais vu. STEVE BACKSHALL Il y a une jeune baleine à bosse. Elle est encerclée par une dizaine d’orques. Elles sont juste en-dessous de nous. Regardez, on voit les nageoires sortir de l’eau. La baleine met de grands coups de queue. C’est sa meilleure arme de défense. On ne sait pas trop pourquoi les orques s’en prennent à cette baleine. Elles sont censées se nourrir uniquement de poissons. Elles ne s’attaquent pas aux mammifères. Mais visiblement, quelque chose les intéresse chez cette baleine à bosse. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les deux espèces se nourrissent des mêmes poissons. Les orques tentent-elles simplement d’intimider la baleine, ou ont-elles sciemment pris pour cible un individu plus faible ? STEVE BACKSHALL Elles sont passées à la vitesse supérieure. Elles s’attaquent à la baleine en lui mordant la queue et les nageoires. Vous entendez ? Elle est en détresse. STEVE BACKSHALL – NARRATION Impossible de savoir si la compétition qui fait rage pour s’approprier les ressources alimentaires sera amenée à s’intensifier. Ni si ces comportements inhabituels se reproduiront à l’avenir. STEVE BACKSHALL Ce que nous savons avec certitude, c’est que l’Arctique change plus rapidement que n’importe quelle autre région de la planète. À l’avenir, les créatures marines nomades vont rencontrer de plus en plus de défis pour survivre. STEVE BACKSHALL – NARRATION Au cours de mon voyage, j’ai été témoin des difficultés rencontrées par les baleines dans leurs mouvements migratoires. Seules les baleines qui arrivent au bout de leurs différents voyages pourront satisfaire leurs besoins : Trouver de la nourriture, S’accoupler, Et élever leurs petits. STEVE BACKSHALL Alors que nous commençons à peine à comprendre l’importance des autoroutes maritimes, le changement climatique et son impact sur l’environnement oblige les baleines à modifier leurs itinéraires. STEVE BACKSHALL – NARRATION Mais si nous parvenons à préserver les routes migratoires et les habitats des baleines, si nous maintenons des températures raisonnables dans les océans, nous pourrons offrir une chance de survie aux cétacées. STEVE BACKSHALL Et un avenir sans danger pour les générations futures. STEVE BACKSHALL – NARRATION Parmi tous les nomades des océans que nous voulions filmer, nous savions qu’une espèce représenterait un défi particulier. Une fois fécondées, les baleines à bosse parcourent des milliers de kilomètres pour mettre bas dans les eaux tropicales de Tahiti. Mais pour filmer la relation intime qui lie un baleineau à sa mère, il fallait s’armer d’une grande sensibilité. STEVE BACKSHALL Il y a des baleines partout, dans cette région. Mais la plupart d’entre elles ne s’intéresseront pas à nous. Le défi, c’est de trouver celle qui voudra bien établir un contact. STEVE BACKSHALL – NARRATION Même une fois le lien établi, impossible de sauter dans l’eau pour rejoindre les baleines. Le moindre mouvement brusque risque de les effrayer. Alors pour les filmer, il faut les apprivoiser et attendre qu’elles viennent de leur propre chef. STEVE BACKSHALL La mère et son petit passent juste entre nous et notre deuxième bateau. STEVE BACKSHALL – NARRATION Denis La Grange, cadreur et spécialiste des baleines, nous a aidés à choisir l’individu idéal. STEVE BACKSHALL Qu’est-ce que tu en penses, Denis ? On plonge ? DENIS LA GRANGE Je pense qu’on peut tenter le coup. STEVE BACKSHALL T’es sûr ? DENIS LA GRANGE Oui. C’est parti. STEVE BACKSHALL – NARRATION Mais une fois dans l’eau, nous ne présentons aucun intérêt pour ces baleines. STEVE BACKSHALL On a plongé. Le baleineau jouait à la surface de l’eau. Mais dès qu’on s’est approchés, la mère est arrivée et l’a éloigné de nous. STEVE BACKSHALL – NARRATION Pour le cadreur Rob Taylor, c’est un moment d’émerveillement mêlé de frustration. ROB TAYLOR C’est la première fois qu’on plonge avec un baleineau. Il a nagé entre nous, il a soufflé et il s’est éloigné tout doucement. C’était magique. STEVE BACKSHALL – NARRATION Pendant six jours, nous écumons une centaine de kilomètres de long de la côte, à la recherche d’une baleine et d’un petit assez à l’aise pour nous laisser approcher. STEVE BACKSHALL On est arrivés trop tard. C’était trop tard. STEVE BACKSHALL – NARRATION Malgré quelques rencontres fugaces… DENIS LA GRANGE Ils restent pas en place. Dès qu’on entre dans l’eau, ils se mettent à bouger. Voilà. STEVE BACKSHALL – NARRATION Les baleines ne restent jamais près de nous assez longtemps pour capter les images nécessaires. STEVE BACKSHALL Ça devient compliqué, là. STEVE BACKSHALL – NARRATION Le temps commence à nos manquer. STEVE BACKSHALL On tourne depuis six jours, mais on n’a toujours pas pu filmer de belles images. On espère trouver une baleine qui s’intéressera à nous autant qu’on s’intéresse à elle. STEVE BACKSHALL – NARRATION Dans notre équipe, personne ne veut admettre que l’échec est une possibilité. Le matin du dernier jour de tournage, une mère et son petit apparaissent soudainement, à une centaine de mètres du port. STEVE BACKSHALL Deux baleines ont fait surface juste à côté du bateau. Et j’exagère pas, quand je dis ça. STEVE BACKSHALL – NARRATION Notre réussite repose sur un élément crucial : il faut choisir le bon moment pour entrer dans l’eau. STEVE BACKSHALL Même si j’ai le cœur qui bat à toute vitesse et que je meurs d’envie de plonger pour rejoindre les baleines, il faut être patient. STEVE BACKSHALL Denis, c’est toi qui décides. Tu les connais mieux que nous. DENIS LA GRANGE Je les connais pas personnellement. Désolé, Steve. On peut retenter une dernière fois. STEVE BACKSHALL – NARRATION Nous entrons dans l’eau avec précaution. Notre présence fascine le baleineau. Il s’approche des membres de l’équipe et joue avec eux en tournant sur lui-même. C’est la rencontre d’une vie. Denis et Rob filment enfin les images dont rêvent tous les cadreurs. ROB TAYLOR C’était incroyable. J’étais tout près de lui. STEVE BACKSHALL – NARRATION Ces images nous permettront de raconter l’histoire de ces voyageurs extraordinaires et de comprendre ce qui les amène si loin de leur habitat naturel. ROB TAYLOR L’être humain se disait que c’était un moment exceptionnel. Mais le cadreur qui est en moi se disait : « Est-ce que ça tourne bien ? Est-ce que l’image est nette ? Est-ce que l’exposition est bonne ? Est-ce que Steve est dans le cadre ? » DENIS LA GRANGE C’est la mère qui a décidé de laisser faire son petit. Nous, on ne contrôlait rien. STEVE BACKSHALL Je suis très fier de mon équipe. On s’est accrochés. Ça fait dix jours qu’on cherche. On a attendu le bon moment et on a trouvé le baleineau idéal, sans forcer les choses. Et nos efforts ont payé.