DANIEL_AGUILAR_CAMACHO ELLEN_HUSAIN EMANUEL_GOLART EMANUEL_GOULART FEMME_1 FEMME_2 FEMME_3 FIN_INTRO HOMME_1 HOMME_2 KEL_SWEETING ROB_TAYLOR STEVE STEVE_OFF   STEVE OFF Les baleines. Véritables géants des mers qui parcourent les océans depuis des millénaires. Leur chant, leur majesté et leur taille nous émerveillent et nous fascinent. Dans leur ombre gigantesque, les humains se sentent particulièrement petits. Depuis bien avant notre arrivée… elles protègent leurs petits… chassent… et voyagent. À cause de nous, leur monde change. Je cherche donc à voir à travers leurs yeux, à les rencontrer, si elles m’acceptent, et à comprendre pourquoi leur avenir et le nôtre sont indissociables. FIN INTRO Je voudrais en savoir plus sur le lien qui nous unit avec les baleines et les dauphins. Autrefois considérés comme les poissons du diable, nous savons aujourd’hui qu’ils ont besoin de notre aide. STEVE Tout au long de l’histoire de l’humanité, les baleines ont été au cœur de mythes et de légendes car nous ne savions finalement pas grand-chose de leur vie secrète. Mais aujourd’hui, les progrès technologiques nous offrent une fenêtre sur leur monde. Nous entrons dans l’âge d’or de la compréhension des baleines. STEVE OFF Une grande part du mystère qui les entoure est due à leur lieu de vie, l’océan. Un endroit que nous, humains, ne pouvons que furtivement visiter, et rarement dans les profondeurs, où évoluent les baleines. Mais malgré nos différences... les baleines sont des mammifères, comme nous. Et nous avons bien plus de points communs que vous ne l’imaginez peut-être. Mon voyage commence dans l’un des endroits les plus reculés de l’Atlantique... les Açores. Nous voilà sur la piste de la baleine la plus incomprise de toutes… le cachalot. STEVE En voilà un ! Il saute ! Sensationnel ! C’est l’une des créatures qui plonge le plus profondément sous l’eau. Elles peuvent aller jusqu’à 2000 mètres de profondeur et retenir leur souffle pendant deux heures. STEVE OFF Le cachalot est aussi le plus grand prédateur à dents de la planète. Autrefois, les marins le respectaient autant qu’ils le craignaient. En effet, on racontait qu’il était capable d’engloutir des hommes voire même des bateaux. D’une certaine façon, la réalité est bien pire. Ces léviathans ont pour habitude de se battre avec des calamars géants dans les profondeurs de la mer. STEVE Celui-ci n’arrête pas de bondir hors de l’eau. Il se désintéresse complètement de notre présence et de notre bateau, il est trop occupé à sa tâche. On va en profiter pour plonger et nous rapprocher à la nage. STEVE OFF Il arrive que les baleines réagissent aux bulles produites par les plongeurs. Il est donc préférable de nager comme elles, en retenant notre souffle… et de plonger sans équipement. Lorsqu’on nage à côté d’un énorme cachalot, on a du mal à se dire qu’en tant que mammifère, on a un ancêtre commun. Son corps immense est adapté à la vie dans les profondeurs de l’océan et il est tellement différent du mien. Mais une chose en particulier nous lie. Tout comme moi, le cachalot doit remonter à la surface pour respirer. Très vite… je dois remonter, moi aussi. STEVE C’était incroyable. Sous l’eau, c’est là qu’on se rend vraiment compte de la taille que fait cet animal, mais aussi de sa puissance et de sa vitesse. Quand on est à côté de lui, on a l’impression qu’il ne bouge pas, mais il disparaît dans les profondeurs en un rien de temps. STEVE OFF La taille et la force des cachalots sont telles qu’il était presque inévitable que les humains en aient peur et qu’ils les traitent comme de simples objets. C’était le cas ici, aux Açores. STEVE Ces bâtiments sont ce qu’il reste de l’usine d’une station baleinière. Elle était toujours en activité, quand j’étais enfant. D’ailleurs, la dernière baleine à avoir été tuée ici, dans les Açores, remonte à 1987. J’étais encore à l’école. STEVE OFF Partout dans le monde, les cachalots et les baleines ont été chassés sans relâche pendant des siècles. On dit que l’huile de baleine extraite de leur corps a permis d’éclairer les lampes pendant la révolution industrielle. D’autres parties de leurs corps ont été utilisées à des fins commerciales, comme combustible ou fertilisant, par exemple. STEVE Pour moi, qui suis naturaliste, une grande partie des plus beaux moments de ma vie et de ma carrière ont été aux côtés des animaux. Alors voir ce genre de chose… c’est difficile à encaisser. STEVE OFF Avec le temps, la brutalité de ces massacres est devenue publique, et les gens se sont indignés. STEVE La population s’est mobilisée, les différents gouvernements ont cédé et la chasse à la baleine a été interdite quasiment partout. STEVE OFF Certaines espèces prospèrent à nouveau. La plupart des nations ne chassent plus les baleines. Nous entamons un nouveau chapitre de notre relation avec elles, dans lequel la science joue un rôle majeur. Baleines, dauphins et marsouins sont collectivement connus sous le nom de cétacés. En les étudiant, nous avons découvert à quel point certaines espèces peuvent être sociables. Ici, dans les Açores, j’ai suivi un petit groupe de femelles cachalots en espérant le vérifier par moi-même. STEVE Les mâles et les femelles cachalots sont différents à bien des égards. On pourrait presque croire que ce sont des espèces différentes. Les mâles sont particulièrement solitaires. Ils migrent tantôt vers l’océan Arctique, tantôt vers l’Antarctique. Les femelles, en revanche, sont des animaux très sociables. STEVE OFF Les femelles restent auprès de leur pod de naissance toute leur vie. Ce trio est donc probablement composé d’une mère et de ses deux filles. Frotter leurs têtes les unes contre les autres leur permet d’éliminer les bernacles, les parasites et les peaux mortes. Comme chez les humains, le toucher est très important pour tisser des liens, peut-être même pour se rassurer. Sans bras pour s’enlacer, c’est le meilleur moyen de donner et de recevoir de l’affection. STEVE C’est ce genre de moment de tendresse entre des animaux qui vous fait vous sentir particulièrement proche d’eux. Même s’il s’agit d’une créature qui pèse plus de 20 tonnes, quand on voit une mère interagir avec ses petits et qu’on voit qu’ils apprécient ces contacts physiques, tout d’un coup, on se rend compte de tout ce qu’on a en commun avec eux. C’est très émouvant, je trouve. STEVE OFF Plus on les observe, plus on voit nos propres vies se refléter en eux. Chez certaines des 90 autres espèces de cétacés, les relations peuvent être encore plus complexes. C’est notamment vrai pour ce qui est des amitiés, des collaborations et des rivalités que peut connaître celui que nous pensons être le plus amical de tous… le dauphin. Depuis la fin de l’ère de la chasse à la baleine, nous sommes entrés dans l’âge d’or des découvertes sur les baleines et nous avons fait la connaissance d’un animal qui a beaucoup en commun avec les humains. Les îles reculées des Açores sont l’endroit parfait pour que je plonge pour le rencontrer, s’il le veut bien, et que j’en apprenne davantage. STEVE La diversité de baleines et dauphins qui vivent ici est à nulle autre pareille. Et justement, puisque des dizaines d’espèces différentes transitent ici ou habitent ici, n’importe quel animal peut débarquer à tout moment. STEVE OFF Mais de tous les animaux que nous espérons rencontrer aujourd’hui, il y en a un qui m’enthousiasme particulièrement. STEVE Regardez ! Non, c’est pas possible. Je dois rêver. STEVE OFF Ces grands dauphins gris à la tête arrondie sont des dauphins de Risso. On en voit souvent au loin, mais ils sont connus pour leur timidité. Je n’en ai encore jamais approché un de près. Cette plongée pourrait nous en apprendre beaucoup sur leurs vies si mystérieuses. STEVE Je ne pensais pas voir des dauphins de Risso un jour. C’est complètement surréaliste. Ils ont l’air d’être blancs ou gris clair. Si vous observez bien, on peut voir des cicatrices partout sur leurs têtes et leurs corps. Ils se battent beaucoup avec leurs congénères, en particulier les mâles. STEVE OFF Les dauphins de Risso vivent en groupe exclusivement masculins, ce qui est rare chez les baleines. Quand on évolue entouré uniquement de mâles, le statut est plus important que tout. D’où les cicatrices. On pense que comme des tatouages, elles sont le reflet du statut de l’animal qui les portes. Les plus vieux en sont couverts, ce qui les rend presque intégralement blancs. Mais là, c’est tout autre chose. Contre toute attente, le groupe se resserre et ne fait plus qu’un. Les bulles d’air dans l’eau, comme les caresses, sont stimulantes. À cet instant, les dauphins semblent tisser des liens et s’encourager, comme un cri de ralliement avant de partir chasser. Ce genre de socialisation n’a été découvert que très récemment par les scientifiques. À chaque fois qu’on plonge et qu’on entraperçoit leur vie sociale, on voit à quel point ils nous sont similaires. Le terme « dauphin » englobe environ 40 espèces de baleines dotées de dents étonnement très différentes les unes des autres. On compte parmi elles les dauphins de Commerson [kommeurssonne], qui sont noirs et blancs et ne pèsent qu’une trentaine de kilos, ou encore le dauphin de l’Amazon, qui vit en eau douce. Il existe aussi de gigantesques prédateurs comme les globicéphales... ou les orques, qui sont le plus grand membre de la famille des dauphins. Je traverse l’océan Atlantique pour me rendre dans l’un des endroits où l’on peut le mieux étudier leur vie… Les Bahamas, dans les Caraïbes. STEVE Les dauphins vivent dans une société dite « à dynamique de fission-fusion ». Ça veut dire que leurs groupes sont toujours en mouvement. Donc parfois, les individus sont solitaires et parfois, ils passent du temps avec leurs proches. D’autres fois, ils se rassemblent en pod de plusieurs dizaines, centaines voire milliers d’individus. STEVE OFF Si ce type de socialisation vous semble familier, c’est parce que c’est aussi celui des humains. De nombreux scientifiques pensent que c’est l’évolution de nos sociétés de plus en plus complexe qui a permis aux cerveaux humains de se développer. Ça expliquerait aussi pourquoi les dauphins sont si intelligents. Pour en apprendre davantage, je prends le large dans les eaux caribéennes et pars à la rencontre de l’espèce de dauphin la plus sociable. STEVE Voici des dauphins tachetés. Ceux qui ont des tâches définitives sont les plus vieux. Les plus petits n’ont pas encore de tâches. Ils ressemblent à celui-ci, par exemple, qui n’est encore qu’un bébé. Ils se sont mis devant notre bateau parce qu’ils savent qu’on va bientôt bouger. Et c’est là que ça va devenir intéressant. STEVE OFF Surfer les vagues d’étrave devant le bateau semble leur faire dépenser moins d’énergie, ce qui leur permet de nager plus loin et plus vite. Mais ce n’est pas la seule raison de leur présence. Les dauphins sont aussi des amateurs de sensations fortes. STEVE Il n’y a pas de plus grande joie au monde que de voir des dauphins surfer dans les vagues devant le bateau à bord duquel vous êtes. Ils sautent dans les embruns de la mer et parfois, ils font ça pendant des heures. D’autres fois, ils font leur petite danse et puis ils s’en vont. STEVE OFF Les scientifiques pensent que le jeu est une composante essentielle de leur développement. Si la situation le permet, il leur arrive de chercher des camarades de jeu en dehors du groupe auquel ils appartiennent, parfois même chez les humains. Mais il n’y a qu’eux qui peuvent décider si j’ai le droit ou non de prendre part à leur jeu. STEVE Même si j’ai ce scooter sous-marin, il leur suffit de quelques coups de nageoires pour disparaître. Je ne pourrais jamais être aussi rapide qu’eux. Il faut donc que j’aie l’air aussi intrigant que possible. Ça ne sert à rien de nager directement vers eux, il faut que ce soit à leur initiative. Mais si j’ai l’air amusant, je pense qu’ils resteront jouer un moment avec moi. STEVE OFF Jouer leur permet de développer des compétences physiques essentielles comme chasser, s’accoupler ou échapper aux prédateurs. Autant en solitaire… qu’en groupe. Et comme avec des enfants dans une cour d’école... avoir de nombreux camarades rend le jeu imprévisible... mais rend aussi l’apprentissage plus efficace. Les dauphins jouent, passent du temps avec leurs amis et se disputent, tout comme nous. Mais sont-ils dotés comme nous de l’aptitude sociale la plus complexe de toutes ? Le langage ? On sait que certains dauphins utilisent des sons différents pour selon leur état d’esprit comme pour séduire ou lorsqu’ils sont stressés. Certains utilisent aussi un sifflement particulier pour se distinguer de leurs congénères. Mais les dauphins ne se contentent pas de fréquenter les membres de leur espèce. Kel Sweeting [kelle soui-ting] est scientifique. Elle étudie les interactions entre deux types de dauphins que l’on trouve ici, aux Bahamas. STEVE On est dans une situation insolite, ici, puisqu’il y a plusieurs espèces qui cohabitent ensemble. Vous pouvez m’en dire plus ? KEL SWEETING Ici, aux Bimini, il y a deux espèces de dauphins. Le dauphin tacheté de l’Atlantique et le grand dauphin. La plupart du temps, quand on croise un groupe de dauphins, ils sont de la même espèce. Mais ici, ils sont ensemble et ils interagissent. STEVE Est-ce que les dauphins tachetés et les grands dauphins communiquent et produisent des sons différents ? KEL SWEETING De manière générale, les dauphins ont un répertoire vocal très vaste. Ils font des « couic », des « clics », ils sifflent et gazouillent. Ils utilisent aussi certaines postures ou gestes qu’ils peuvent donc combiner à ces sons. Si on envisage la communication comme un ensemble, je pense que les grands dauphins et les tachetés se comprennent plutôt bien. STEVE OFF Nous ne savons pas encore exactement ce que les dauphins se racontent, mais d’après la science, ce qu’ils se disent est bien plus complexe qu’on le croit. Si les dauphins sont les pipelettes des océans, les autres baleines, elles, font les choses différemment. Pendant la prochaine étape de mon voyage, j’aimerais comprendre pourquoi certaines baleines veulent être entendues à des centaines de kilomètres et comment leur ouïe puissante peut les mettre en danger. Plus nous en apprenons sur les baleines, plus nous nous découvrons des points communs. La science et les nouvelles technologies nous permettent d’appréhender leur monde sous-marin comme nous ne l’aurions jamais imaginé. Des découvertes majeures ont été faites sur la communication longue distance des baleines. Pour en savoir plus, je traverse l’océan Pacifique et me rends sur l’île paradisiaque de Tahiti, en Polynésie française… … là où résonne depuis la mer un son familier et envoûtant. Le chant de la baleine à bosse. STEVE On croit souvent que les océans sont un monde silencieux, mais en vérité, c’est rarement le cas. Et certainement pas ici, en Polynésie française, pendant la saison des amours de la baleine à bosse. Ceci est un hydrophone. Un micro sous-marin très performant. On va le plonger dans l’eau pour écouter. Ça y est. C’est magnifique. STEVE OFF Les mâles ont un chant long et complexe, qui peut parfois durer plusieurs heures. Les scientifiques pensent que leurs chants sont comme des sortes de publicités. Des sérénades à travers la mer pour leurs potentielles partenaires. STEVE Une des choses les plus extraordinaires à propos du chant des baleines, c’est que le son voyage approximativement quatre fois plus vite dans l’eau que dans l’air, mais aussi plus loin. Les baleines peuvent donc communiquer entre elles d’un bout de la mer à l’autre. STEVE OFF Le mâle que l’on entend se trouve peut-être à des kilomètres de là, mais des femelles ont croisé ma route, et j’aimerais savoir si elles l’écoutent. Sous l’eau, j’entends son chant même sans hydrophone. Ces femelles entendent forcément cette sérénade. Mais y sont-elles sensibles ? Les femelles ne chantent peut-être pas… ...mais elles sont loin d’être silencieuses. Leurs nageoires pectorales sont les plus longues nageoires et donc les plus longs membres de la planète. Frappées contre la surface de l’eau, elles résonnent comme sur un tambour géant. Le son et les vibrations résonnent… Peut-être est-ce une réponse au chant du mâle ? La parade nuptiale des baleines à bosse est intense et peut même être violente. Il ne vaut mieux pas s’attarder près de toutes ces nageoires et ces queues qui s’agitent dans l’eau. Leur chant est le plus mélodieux et le plus connu de toutes les baleines, mais d’autres espèces chantent aussi sur de longues distances. La baleine bleue, le plus grand animal que nous n’ayons jamais connu, émet des sons profonds trop bas pour qu’on puisse les entendre. Ces infrasons peuvent voyager sur plus de 800 kilomètres. Les baleines ont évolué dont ce monde acoustique, donc elles utilisent aussi le son pour naviguer… ...et pour chasser, grâce à l’écholocalisation. Malgré l’absence d’oreilles externes, elles ont d’autres moyens de recevoir et d’analyser les sons. Dotées de deux fois plus de cellules nerveuses auditives que les humains, la plupart d’entre elles perçoivent une gamme de fréquences bien plus étendue que nous. Mais cette ouïe très fine n’est pas sans conséquence. Les baleines peuvent difficilement échapper au bruit, dans un environnement sonore sous-marin qui a beaucoup changé. STEVE Nous commençons seulement à comprendre à quel point les sons peuvent être vitaux pour les baleines et les dauphins. Il n’est pas exclu que leur langage soit aussi sophistiqué et complexe que le nôtre. Mais nous savons surtout qu’ils ont besoin que la mer soit silencieuse. Sauf que nous, humains, en avons fait un lieu de vacarme insoutenable. STEVE OFF Depuis les années 50, le bruit de l’océan a doublé tous les 10 ans. La pêche… le forage... et d’autres activités humaines ont créé un bruit de fond permanent. Mais d’autres sons sont encore plus violents. Les explosions déclenchées dans la course au pétrole ou pour les essais militaires... peuvent détruire l’ouïe d’une baleine. En essayant de fuir ce bruit, certaines peuvent remonter à la surface trop vite et souffrir de la décompression. La pollution sonore pourrait même expliquer qu’autant de baleines et de dauphins périssent… en s’échouant sur les côtes. Les animaux les plus touchés par cette tragédie sont sûrement les globicéphales… qui évoluent dans des familles très soudées et qui parcourent le globe pour chasser le calamar géant. Quand l’un d’entre eux va quelque part, les autres le suivent. Si l’un des individus est désorienté ou rendu sourd par une forte exposition au bruit, leurs liens forts font que sa famille ne l’abandonnera pas. Sans intervention extérieure, le pod tout entier peut périr. Je me rends maintenant dans les îles Britanniques et plus précisément sur la côte sauvage du sud du Pays de Galles pour savoir ce qui peut être fait pour régler ce problème. STEVE Le nombre de baleines échouées ne cesse de croître dans le monde entier. Plus que jamais, nous devons apprendre à y réagir. STEVE OFF Partout dans le monde, des groupes de bénévoles proposent des sessions de formation pour apprendre les rudiments du sauvetage et des premiers secours pour baleines. Celle-ci n’est qu’une réplique, mais en conditions réelles, il faut savoir réagir vite. STEVE Pendant des millions d’années, les cétacés ont évolué pour vivre dans l’eau, où le poids de leur corps est soutenu. À la seconde où ils touchent le sol, le temps leur est compté. STEVE OFF Sans eau autour d’elles pour les soutenir, les organes des baleines s’effondrent. Puisqu’il leur est aussi impossible de réguler leur température corporelle, elles ont vite trop chaud. Il est donc vital de savoir comment les rafraîchir et de protéger leur peau fragile pendant qu’on essaie de les remettre à la mer. STEVE Même une baleine de petite taille comme celle-ci pèse plus d’une tonne. STEVE OFF Il nous est impossible de la porter. Nous devons donc attendre que la mer monte. HOMME 1 Tout le monde est prêt ? HOMME 2 Oui ! 1, 2, 3. STEVE OFF Quand ce genre d’urgence se produit, comme ici en Nouvelle-Zélande, nous savons que l’effort collectif peut payer. Des centaines de baleines ont déjà été sauvées par des bénévoles de cette manière. STEVE Si on avait dû sauver une vraie baleine, on sortirait de l’eau frigorifiés et épuisés, mais en ayant vu une baleine repartir au large grâce à nos efforts et en nous disant qu’on a rendu ça possible. Et ça, j’imagine qu’il n’y a pas de plus grande satisfaction. STEVE OFF Malgré nos efforts pour les préserver, les mutations de nos océans mettent en danger les baleines et les dauphins. Pour les protéger, nous devons avant tout les comprendre. Au cours de la prochaine étape de mon voyage, j’ai l’intention de rencontrer des personnes qui ont tissé des liens uniques avec des baleines et de leur demander ce que nous pouvons faire pour leur assurer un avenir meilleur. La relation entre humains et baleines a énormément changé. Mais puisque ces créatures vivent au large et dans des eaux profondes… nous devons encore apprendre à les connaître. STEVE Chez la plupart des espèces de baleines et de dauphins, des choses aussi simples que leur reproduction, leur naissance ou même leur façon de se nourrir n’ont jamais été observées. Leur monde reste encore un mystère, pour nous. STEVE OFF Et puisque leur royaume est aussi inaccessible, nous devons faire preuve de dévouement et d’ingéniosité pour découvrir leurs secrets. C’est ici, sur l’île Maurice, dans l’océan Indien, qu’une équipe a pour la première fois pu tisser des liens forts avec un pod de cachalots. RENÉ HEUZEY Je m’appelle René Heuzey. Je suis cameraman sous-marin et je filme des cachalots au large de l’île Maurice depuis 12 ans. Quand vous plongez pendant 12 ans avec la même famille, elle devient un peu votre famille. Pour moi, c’est quelque chose de magique. C’est formidable, parce que je ne suis qu’un petit être humain, à leurs côtés. STEVE OFF René plonge avec la même famille de cachalots depuis tellement longtemps qu’ils ont appris à l’accepter. Il est capable d’identifier tous les individus par leur nom et connaît leurs histoires personnelles. Mais de tous les cachalots de ce groupe, il y en a un en particulier qu’il a toujours hâte de voir. Chesna. Ces images d’elle peu après sa naissance ont été prises il y a six ans. Depuis, René a nagé à ses côtés, encore et encore. Aujourd’hui, c’est la première plongée de l’année. Chesna vient le saluer. RENÉ HEUZEY Il y a une chose très importante que j’aimerais. Je voudrais savoir comment communiquer avec les cachalots. STEVE OFF Puisque de nombreuses baleines utilisent les bulles pour communiquer, René a adapté son détendeur de plongée pour imiter leur façon de faire des bulles et s’en sert pour leur indiquer que c’est lui. Presque instantanément, Chesna lui répond. RENÉ HEUZEY Quand on se regarde les yeux dans les yeux… pour moi, c’est un moment magique. Ça me procure beaucoup d’émotions, parce que je reconnais Chesna... et qu’elle me reconnaît tout autant. Elle m’accepte. STEVE OFF Cette chance de pouvoir connaître personnellement chaque individu profite grandement à la science. Ça a notamment permis à René et ses collègues d’établir le premier arbre généalogique d’une famille de cachalots. C’est même plus qu’une famille… c’est une communauté. Ceci est un bébé cachalot. Il est très petit. C’est la raison pour laquelle il dépend presque totalement de sa mère, puisqu’il lui est encore impossible de plonger dans les profondeurs de l’océan. Lorsqu’elle descend pour chercher de la nourriture… son petit reste à la surface. Mais il ne se retrouve pas seul. Sa mère le confie à une autre femelle, qui a le rôle de baby-sitter. Elle le garde près d’elle et le protège des prédateurs. Mais ça n’est pas tout. Après une bonne heure de chasse, la mère revient à la surface pour respirer. Épuisée, elle n’a qu’une envie : se reposer. Elle se met donc à la verticale pour dormir. Son petit essaie de téter… mais il n’y arrive pas. Il a besoin de se nourrir. Il tente donc sa chance auprès de la baby-sitter. Elle n’est pas sa mère... mais elle est une véritable nourrice. Du lait sort de sa mamelle, cachée devant sa queue. Ces images ont rarement été filmées. Les animaux qui s’occupent des petits de leurs congénères, autrement dit « l’alloparentalité », est un phénomène extrêmement rare dans la nature. Moins de 3 % des mammifères y ont recours. Les humains, bien entendu, en font partie. Plus il y a de découvertes scientifiques, moins les baleines sont considérées comme des monstres des océans, menaçants et mystérieux. Au contraire, on les voit de plus en plus comme de lointaines cousines mammifères. S’il y a bien un endroit où la relation entre les humains et les baleines a changé, c’est dans la péninsule de Basse-Californie, dans l’est du Pacifique. Autrefois, c’était un véritable champ de bataille entre humains et baleines. Les chasseurs de baleines s’en prenaient aux baleineaux et leurs mères se jetaient sur les bateaux, ce qui leur a valu le surnom de « poisson du diable ». Malgré l’interdiction de la chasse à la baleine en 1947, les pêcheurs ont continué de craindre les baleines pendant des décennies. Mais plus aujourd’hui. DANIEL AGUILAR CAMACHO Je m’appelle Daniel Aguilar Camacho. J’habite à San Ignacio et je suis pêcheur. STEVE OFF Daniel a aussi une licence spéciale qui l’autorise à emmener des visiteurs dans les lagons pour observer les baleines. Elles ne se cachent jamais bien loin. DANIEL AGUILAR CAMACHO Baleine à 12 heures. STEVE OFF Ces baleines grises sont sûrement les descendantes des survivantes de l’époque de la chasse à la baleine. Malgré leur passé sinistre, les baleines ne s’en prennent plus aux bateaux et ne prennent pas la fuite. Au contraire, elles les cherchent. DANIEL AGUILAR CAMACHO Une baleine vient vers nous. FEMME 1 Elle a un petit ! Regardez ! STEVE OFF Les mères encouragent même leurs petits à aller à la rencontre des humains pour la première fois. FEMME 2 Bonjour, mon beau. FEMME 1 Il veut jouer. FEMME 2 On voit que la mère pousse son bébé. Elle nous laisse jouer avec lui. FEMME 1 Elle est incroyable. C’est tellement… spectaculaire, d’être aussi près d’eux. DANIEL AGUILAR CAMACHO Les gens disent qu’ils oublient tous les petits soucis de la vie quand ils rencontrent des baleines. Ça leur renouvelle le cœur, d’une certaine façon. STEVE OFF San Ignacio était autrefois un abattoir à ciel ouvert pour les baleines. Aujourd’hui, les pêcheurs sont les garants de leur sécurité. Le nombre de visiteurs est strictement limité et les nurseries sont encadrées par la loi. FEMME 2 Je crois que c’est un honneur pour nous d’avoir des baleines dans nos lagons. Ce lien a commencé à se tisser grâce aux pêcheurs. STEVE OFF Les baleines grises sont nomades. Bientôt, les petits devront quitter ce sanctuaire et migrer vers des territoires qui ne sont pas préservés. Mais pour l’instant, ils sont en sécurité. STEVE L’histoire de San Ignacio est la preuve que le comportement des humains envers les baleines peut changer d’une génération à l’autre. Mais si nous voulons assurer un avenir aux baleines, cette belle histoire doit se répéter partout ailleurs. STEVE OFF Pour que les baleines et les dauphins prospèrent, ils ont besoin d’être en sécurité. D’un endroit où trouver refuge, loin de la pêche, des bateaux et du bruit. D’un lieu où nous pourrons préserver leur nourriture, protéger leurs nurseries et leur donner tout ce dont ils ont besoin. À ce jour, seule une petite portion de nos océans leur offre cette sécurité. Mais tout n’est pas perdu. Il y a une lueur d’espoir. STEVE En 2023, les Nations Unies se sont fixé pour objectif de protéger 30 % des océans d’ici 2030. C’est la plus grande victoire de préservation de la nature que j’aie connue de mon vivant. Si nous tenons à nos cousins dauphins et baleines, à nous de faire en sorte que cet objectif soit atteint, surtout maintenant que nous savons tout ce que nous avons en commun. STEVE OFF Quand nous avons décidé de faire une série sur les baleines, nous savions que ce serait un vrai défi. Certaines espèces sont presque impossibles à apercevoir, et encore plus à filmer. Véritable escale au milieu de l’Atlantique pour les animaux marins, les Açores sont un lieu privilégié des baleines. Ces îles accueillent une dizaine d’espèces différentes de baleines, aussi bien sédentaires que nomades... ce qui en faisait autrefois un haut lieu de la chasse à la baleine. Nous nous réjouissons de savoir qu’elles sont présentes ici. Mais certaines nagent très vite et ne montent à la surface que quelques minutes. Pour Ellen Husain [Hélène usseillne], notre réalisatrice, il était donc primordial d’être au bon endroit au bon moment. ELLEN HUSAIN On est à leur merci. Ce sont des animaux tellement grands, capables de se déplacer beaucoup plus vite que nous. Tout ce qu’on peut faire, c’est espérer qu’elles nous laissent les filmer. STEVE OFF Nous finissons par en apercevoir une. ELLEN HUSAIN Emanuel, tu nous dis. STEVE OFF Notre guide sur place, Emanuel Goulart [goularte] nous donne le feu vert pour plonger. EMANUEL GOLART Tu peux y aller, si tu veux. ELLEN HUSAIN Vas-y. EMANUEL GOLART Elles sont par là. STEVE OFF Nous avions l’autorisation exceptionnelle de plonger avec les baleines, qui sont strictement protégées par la loi. Mais même ces immenses prédatrices des océans peuvent se révéler très sensibles. STEVE J’ai fait un peu trop de bruit en entrant dans l’eau. La baleine m’a entendu et a fait demi-tour. STEVE OFF Nous devions apprendre à connaître toutes les baleines et analyser leur humeur avant que l’équipe de tournage ne se mette en place. Les techniques que l’on utilisait autrefois pour trouver les baleines se sont révélées toujours efficaces. STEVE Notre méthode pour trouver des baleines n’a pas vraiment changé depuis 100 ans. Il faut scruter l’horizon pour essayer de voir des jets d’air ou des nez remonter à la surface. Mais on a un coup d’avance, puisque sur les collines qui nous entourent, à des endroits déjà utilisés à l’époque de la chasse à la baleine, nous avons envoyé des guetteurs. La seule différence, c’est que s’ils aperçoivent des baleines, ils n’ont qu’à se servir de la radio pour nous dire où elles sont plutôt que d’envoyer quelqu’un par bateau. STEVE OFF Nous avons aussi utilisé d’autres techniques de cette époque pour suivre à la trace les baleines. STEVE Les baleineaux ne sont pas aussi bons en plongée que leur mère, donc ils doivent rester à la surface. Ainsi, si vous apercevez un petit, vous n’avez qu’à le garder à l’œil en attendant que les adultes remontent. STEVE OFF C’est cette méthode qui a permis à notre cameraman Rob Taylor d’immortaliser une des rencontres les plus mémorables du tournage. STEVE Ça m’a l’air bon. Très bon, même. T’es prêt, Rob ? ROB TAYLOR Oui. ELLEN HUSAIN Les plongeurs se lancent. FEMME 3 Bien reçu. STEVE C’est vraiment quelque chose. C’est un peu comme voir une maman humaine câliner son bébé. Ils ont l’air si calmes, détendus. C’est leur moment de détente rien que tous les deux. C’est très beau. STEVE OFF Les journées en mer sont longues, dans l’Atlantique nord, et tout peut arriver. Les guetteurs nous avaient indiqué que des baleines s’étaient regroupées pour manger vers le sud. Mais une surprise nous attendait en chemin. STEVE On a dû s’arrêter parce qu’on était entourés par un groupe de dauphins de Risso. Normalement, ils sont très timides et ils disparaissent dès qu’ils voient un bateau ou un humain. Mais là, ils s’amusent à la surface. STEVE OFF C’était un vrai dilemme. Filmer des dauphins de Risso était une opportunité inouïe, mais si on passait des heures à essayer sans y parvenir, on raterait le grand festin qui avait lieu plus au sud. Rob, notre cameraman, ne savait pas quoi faire. ROB TAYLOR On ne filme jamais des dauphins de Risso parce que c’est impossible, en fait. EMANUEL GOULART À 10 heures, à 5 mètres de profondeur. STEVE Juste en dessous, Rob ! ELLEN HUSAIN Ça a l’air bon. STEVE OFF Contre toute attente, c’était un pari réussi. Les dauphins de Risso nageaient à nos côtés, impassibles. Nous immortalisons quelque chose de très spécial. STEVE C’était totalement surréaliste ! ROB TAYLOR C’était génial ! Incroyable. STEVE On est très contents. ROB TAYLOR Je n’ai jamais vu des dauphins de Risso se comporter de cette manière. Honnêtement, c’était dingue. Oui, d’habitude… D’habitude, ils ne sont pas comme ça ! STEVE OFF Nous avons marché sur les chemins autrefois empruntés par les chasseurs de baleines pour comprendre ce que nous avons en commun avec elles. Et par chance, nous avons pu immortaliser un des moments qui nous a permis de mieux comprendre ces animaux énigmatiques.