AHMED_SHAMOON ANDREW_GRIFFITHS AUDEN_RIKARDSEN AUDUN_RICKARDSEN AUDUN_RICKARDSEN_Je AURORE_BONJOUR BARBARA_CHENEY CHRIS_RICKARD CRISTINA_ZENATO DANIEL_AGUILAR_CAMACHO DANIEL_AGUILAR_CAMACHO_Baleine_à_12 DANIEL_AGUILAR_CAMACHO_Une_baleine_vient_vers DENIS_LA_GRANGE DENIS_LA_GRANGE_Je_pense DUNCAN_BRAKE EDGAR_MAURICIO_HOYOS_PADILLO ELLEN_HUSAIN ELLEN_HUSAIN_Les_plongeurs_se ELLEN_HUSAIN_Ça_a EMANUEL_GOLART EMANUEL_GOLART_Elles_sont_par EMANUEL_GOLART_Tu_peux_y ENRICO_GENNARI FARISH_MOHAMED FEMME FEMME_1 FEMME_1_Il_veut FEMME_2 FEMME_3_Bien FIN FIN_INTRO HELEN_SAMPSON HOMME_1 HOMME_1_Prêts_à_plonger HOMME_1_Tout_le_monde_est_prêt HOMME_1_À_droite_de HOMME_2 HOMME_2_Boule HOMME_2_Oui HOMME_2_Tous_à HOMME_2_Un HOMME_3 IAIN_KERR IAIN_KERR_Où_ça JAKE_DAVIES JAY_MALY JENNY_HAMPSON JENNY_HAMPSON_Derrière_nous JEREMY_BEDRUNE KEL_SWEETING LAURENT_BALLESTA LAURENT_MANTEL LAUREN_SMITH LORRAINE_CULLOCH LOUIS_LABROM LOUIS_LABROM_Bien LOUIS_LABROM_Il_y_a_un MARK_SHARMAN MICHAEL_ROBERTSON MORNE_HARDENBERG NICOLA_HODGINS NICOLA_HODGINS_En OLIVER_CRIMMEN PLONGEUR_On_est_prêts_à RACHEL_BROOKS RANDALL_ARAUZ ROB_TAYLOR ROCHELLE_CONSTANTINE ROSIE_GLOYNS ROSIE_GLOYNS_Équipe RUPERT_KIRKWOOD SEBASTIEN_OSSARD STEVE STEVE_BACKSHALL STEVE_BACKSHALL_Cette STEVE_BACKSHALL_Comment_tu_veux STEVE_BACKSHALL_OFF STEVE_BACKSHALL_On_est_arrivés_trop STEVE_BACKSHALL_Venez_au_Costa STEVE_BACKSHALL_Ça_devient STEVE_Ils_sont STEVE_Juste_en STEVE_OFF STEVE_OFF_Alors_que STEVE_OFF_Je_veux_voir_comment_elle STEVE_OFF_La_liste STEVE_OFF_Le_temps_commence_à_nos STEVE_OFF_Les_activités_humaines_transforment_les STEVE_OFF_Malgré_quelques_rencontres STEVE_OFF_Nous_entrons_dans STEVE_On_est_très STEVE_RADIO STEVE_RADIO_Quel_animal STEVE_RADIO_Test_radio STEVE_TRULUCK STEVE_Waouh VINCENT_DE_BOUART VOIX_FEMME_TÉLÉPHONE STEVE OFF Les requins sont les prédateurs les plus redoutés de la planète. Mais aussi ceux qui suscitent le plus d'idées reçues. Voilà plus de 30 ans que je plonge aux côtés des requins. Et aujourd’hui, je m’apprête à les côtoyer d’encore plus près. Je pars explorer les profondeurs de nos océans à la découverte de leur vie secrète. Prêt à remettre en question tout ce que nous pensions savoir des requins, qui comptent parmi les créatures les plus mystérieuses au monde. Les requins ont conquis les quatre coins de la planète. Il en existe une grande variété d’espèces. Pour les admirer dans toute leur étrangeté et leur beauté... je commence par me rendre dans l’océan le plus sauvage du monde... L’océan Atlantique. STEVE L’océan Atlantique couvre un cinquième de la surface de notre planète et c’est un environnement très dangereux. Il s’étend de l’océan glacial Arctique au nord, à l’océan Austral en Antarctique, et passe par les tropiques et les mers équatoriales. Avec une telle diversité d’habitats, les requins ont dû s’adapter de manière drastique pour survivre. STEVE OFF En 400 millions d’années, le corps et le comportement des requins se sont transformés. Ainsi, l’espèce a évolué pour pouvoir survivre dans chaque zone de ce monde sous-marin complexe. STEVE OFF Mais l’océan change rapidement. À tel point que les requins ne s’adaptent plus assez vite. Quelque part, parmi l’étonnante diversité de requins qui peuplent l’Atlantique, nous pourrions encore trouver des pistes qui nous aideraient à mieux les protéger. Mais nous devons agir vite. Mes recherches commencent donc aux Bahamas. L’emplacement de ces îles nous donnera à la fois accès à des eaux chaudes et peu profondes... ... et aux tréfonds de l’océan. Cela en fait l’un des meilleurs endroits au monde pour observer un large éventail d’espèces de requins en un seul lieu. J’aimerais m’approcher le plus possible des requins... mais ce sont des animaux sauvages. Il faut savoir décrypter leur comportement... et être conscient des risques. STEVE Je pense que beaucoup seraient surpris qu’on puisse plonger à leurs côtés... Être entouré d’autant de requins, c’est peut-être le pire cauchemar de beaucoup de gens. Ils pourraient faire qu’une bouchée de vous. Mais comme vous pouvez le voir, ils ne s’intéressent pas du tout à moi. Ils nagent à la recherche des poissons dont ils se nourrissent. Et ils m’ignorent complètement. STEVE OFF Je commence par une espèce qui présente tous les aspects physiques typiques du requin. Le requin de récif des Caraïbes. STEVE Quand on parle de requin, la plupart des gens s’imaginent un animal comme celui-ci. Avec sa silhouette longiligne... son museau pointu... et sa nageoire dorsale triangulaire, il a l’allure typique d’un requin. STEVE OFF Son physique est parfaitement adapté à la prédation dans les fonds marins. Sa silhouette fuselée... et ses multiples nageoires rigides lui confèrent la vitesse et l’agilité nécessaires pour chasser ses proies. Le requin n’a pas d’os. Son squelette est constitué de cartilage léger et solide... C’est la fibre de carbone du règne animal. La peau du requin est très résistante. Elle est constituée de minuscules écailles ressemblant à de petites dents, appelées denticules. Elles réduisent la résistance à l’eau et font du requin un nageur extrêmement furtif. Mais pour les poissons qui ne sont pas au menu, sa peau a également une autre fonction. STEVE La peau de ces requins est semblable à du papier de verre et ces poissons, appelés carangues, nagent et se frottent au requin pour se débarrasser de leurs parasites et de leurs peaux mortes. Ils s’exfolient. Pour eux, c’est comme un spa géant. STEVE OFF Si les requins de récif ont une silhouette caractéristique de requin, tous les requins ne se ressemblent pas. STEVE OFF Vous allez voir à quel point les requins peuvent être différents en fonction de leur environnement. Ici, aux Bahamas, je n’ai pas besoin d’aller bien loin pour en avoir la preuve. STEVE Le groupement scientifique auquel appartiennent les requins est très hétéroclite et inclut d’autres animaux tels que les raies, les chimères et les poissons-scies. Tous ces animaux ont un ancêtre commun. Mais au fil de plusieurs millions d’années, ils ont évolué vers des morphologies complètement différentes. Et aujourd’hui, l’exemple le plus flagrant est peut-être celui-ci. STEVE OFF Les raies pastenagues américaines ne ressemblent en rien au requin de récif, mais elles en sont en fait de proches cousines. STEVE Quand elles se frottent contre vous, on dirait de gentils petits chiots, mais ce sont des prédateurs. Elles aspirent les crustacées comme les crevettes et les crabes dans le sable des fonds marins. STEVE OFF La raie est physiquement constituée pour vivre au fond de l’océan... près des proies qui se cachent dans le sable et les herbes marines. Sa bouche est située sur sa face ventrale. Elle lui permet de sentir et d’attraper les crustacées. Ses nageoires pectorales se sont développées en ailes qui lui permettent de raser les fonds marins. Mais le corps de la raie possède plusieurs caractéristiques qui laissent entrevoir sa place dans un écosystème atlantique beaucoup plus vaste. Alors que la partie ventrale de la raie lui permet de chasser, sa partie dorsale lui permet de se camoufler. STEVE OFF Si vous observez une raie de près, vous vous demanderez peut-être pourquoi ses yeux sont placés au-dessus de sa tête... ... ou pourquoi elle possède cette arme redoutable à la base de sa queue. STEVE Malgré leur nature presque amicale, elles ont une arme leur dard. Il possède deux rangées de dents et il sécrète un venin protéique qui peut provoquer une douleur extrême. Mais elles ne l’utilisent que pour se défendre. On retrouve souvent leur dard enfoncé dans la bouche, la gorge et l’estomac de leur principal prédateur, le requin-marteau. STEVE OFF Le grand requin-marteau est une espèce dominante de l’océan Atlantique. Il s’agit d’un super-prédateur qui se nourrit de plus petits requins... Mais qu’est-ce qui lui donne l’avantage sur ses rivaux et pourquoi est-il si important pour la santé de nos océans ? Pour trouver réponse à mes questions, je pars à la recherche de cet impressionnant requin. Pour le localiser, je vais tirer profit de ses étonnantes qualités de prédateur. STEVE J’ai une immense vue d’ensemble. Et je sais qu’au-delà de ce que je peux voir, dans le bleu de l’océan, se trouve l’animal qu’on recherche. Dès que je vois une ombre, même si c’est probablement un requin- nourrice, j’imagine tout de suite à un requin-marteau. Il y a pas mal de courant actuellement. Il va transporter les odeurs de nos appâts. STEVE Les requins ont un odorat extrêmement développé. Ils sont capables de détecter une goutte de sang dans une étendue d’eau de la taille d’une piscine olympique. Donc de minuscules molécules odorantes pourraient bien attirer notre grand requin-marteau à 100 mètres à la ronde, voire à plusieurs kilomètres. Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre. STEVE OFF S’il y a un grand requin-marteau dans le coin, ses super-sens devraient se mettre en action et le conduire à notre appât. Mais cette espèce est en danger critique d’extinction et sa population a chuté de 80 % dans certaines zones. Donc rien ne me garantit une rencontre. STEVE On en a un ! On en a un ! L’animal qu’on est venus chercher. Un grand requin-marteau ! Ils sont gigantesques. Les plus grands jamais recensés mesuraient plus de 6 mètres de long. C’est la taille d’un grand requin blanc. Regardez sa tête se balancer de gauche à droite. Il capte les odeurs... C’est une sacrée bête ! STEVE OFF Le requin-marteau a une arme secrète sa tête. Elle est dotée de capteurs capables de détecter le moindre courant électrique émis par les proies. Mais après avoir trouvé sa proie, le parfait prédateur doit ensuite réussir à l’attraper. STEVE OFF Deux fois par an, au début et à la fin de l’été, les requins bordés, proies des requins-marteaux, migrent par milliers le long de la côteEst des États-Unis, sous l’effet des changements de température de l’eau. Les petits requins bordés restent près du rivage... là où les bas- fonds leur assurent une certaine sécurité. Ceux qui s’en éloignent sont plus vulnérables. Et font face à un plus grand prédateur. Le requin-marteau se déplace dans l’eau avec une incroyable agilité. Il prend l’avantage sur les requins bordés... jusqu’à atteindre son objectif. En se nourrissant d’autres espèces de requins, qui à leur tour se nourrissent de poissons, le grand requin-marteau exerce une puissante force de régulation sur l’écosystème. Mais à cause du changement climatique et du réchauffement des océans, les requins bordés ne parviennent plus à migrer, le nombre de requins-marteaux est en déclin et les conséquences sur ce système à l’équilibre subtil sont plus qu’incertaines. Mais la vie des requins ne se résume pas à la chasse. À 900 kilomètres au sud-ouest des Bahamas, aux confins du golfe du Mexique, un autre requin est en mouvement. Il s’agit d’une femelle requin-baleine. D’ordinaire, elle parcourt le globe en solitaire... à la recherche de plancton. Cette prédatrice est bien différente du requin-marteau. Mais elle est tout aussi tributaire du rythme de l’Atlantique. STEVE OFF Et aujourd’hui, elle doit se déplacer. Chaque année, au début de l’été, au large des côtes mexicaines... se produit un évènement extraordinaire. Les eaux chaudes qui entourent la péninsule du Yucatán créent les conditions parfaites pour le frai du thon. Ces poissons fertiles libèrent des trillions de minuscules œufs dans l’eau. Les œufs flottent juste en dessous de la surface... pratiquement invisibles à l’œil nu. Pour notre requin-baleine, c’est un véritable banquet. Pour la première fois depuis des mois, elle est rejointe par d’autres membres de son espèce. En la présence d’une source aussi abondante de nourriture, les requins-baleines changent leur manière de filtrer l’eau. Au lieu de la laisser passivement couler dans leur bouche, ils la pompent activement à travers à leur système de filtration interne... et se délectent de cette riche quantité d’œufs. D’autres requins-baleines se joignent au groupe. Ils sont maintenant plusieurs centaines. Alors que le rassemblement atteint son apogée, des raies mantas géantes, leurs proches cousines, émergent des profondeurs et se glissent parmi eux dans un ballet à couper le souffle. Le spectacle est exceptionnel. Et il n’est dû qu’à de minuscules petits œufs. De l’absorption de plancton à la prédation entre requins, les requins interagissent à tous les niveaux de la chaîne alimentaire et jouent un rôle essentiel dans l’écosystème. STEVE OFF Les requins ont mis des millions d’années à s’intégrer parfaitement à ce monde sous-marin. Puis en l’espace de quelques décennies seulement, nous avons métamorphosé les océans au point de les rendre méconnaissables. Pour pouvoir aider les requins, j’ai besoin de savoir comment ils trouvent un partenaire et engendrent les générations suivantes. Ces dernières décennies, nous avons énormément appris sur les requins... mais il reste encore de nombreux mystères à résoudre. En particulier sur la mise bas et leur manière d’élever leurs petits. Pour assurer la pérennité des requins, nous devons préserver les générations futures. Je me rends donc dans une région unique des Bahamas qui pourrait m’apporter des réponses. STEVE Ce magnifique labyrinthe vivant et tortueux, ce sont les mangroves. Les palétuviers qui y poussent sont des arbres extrêmement résistants. Ils peuvent pousser dans des eaux salées qu’aucune autre espèce d’arbre ne tolérerait. Les mangroves sont d’une importance capitale pour la faune et la flore... et surtout pour les requins. STEVE OFF Ce jeune requin-citron a déjà surmonté de nombreux obstacles. Si certains requins pondent des œufs, les requins-citrons sont vivipares. Leurs petits naissent formés et sont directement livrés à eux-mêmes. Ce jeune requin a survécu à la faim, à la prédation et même au cannibalisme. Il a réussi à atteindre l’âge de 2 ans... ce qui est le cas de moins de la moitié des requins-citrons. a supprimé à STEVE OFF C’est en partie grâce aux mangroves qu’il a survécu. La densité des racines le protège des prédateurs. Et les poissons osseux et les crustacés lui permettent de s’entraîner à la chasse. Mais il existe un autre avantage à grandir ici. STEVE OFF Les compagnons. Les scientifiques qui étudient le terrain de jeu de ces requins ont découvert que les requins-citron âgés de deux ou trois ans se déplaçaient en groupes... Ils restent avec les mêmes compagnons et apprennent même les uns des autres. Il s’agit d’un niveau avancé de comportement social pour un poisson. En me déplaçant dans les mangroves, je comprends rapidement à quel point cet habitat est précieux pour les requins. STEVE Ici et maintenant, il n’y a pratiquement que des requins-citrons. Mais ces mangroves servent de nurserie à énormément d’espèces de requins. On peut y trouver de petits requins-marteaux ; qui sont la représentation parfaite de l’animal adulte en miniature ; des requins-marteaux tiburo, des requins-tigres. Tous leurs petits se retrouvent ici. STEVE OFF Mais leur terrain de jeu est menacé. STEVE La première fois que je suis venu à Bimini pour travailler avec les requins, c’était il y a un peu plus de 20 ans. On avait choisi Mosquito Point parce que c’était la plus belle des mangroves. Elle s’étendait sur des kilomètres dans toutes les directions, mais elle a été totalement détruite. Elle a été draguée, asséchée et elle a été remplacée par des maisons de luxe et un grand complexe hôtelier. Et cette situation se répète partout dans le monde. STEVE OFF Les mangroves disparaissent plus vite que les forêts tropicales. Mais si nous parvenons à prouver leur valeur, nous réussirons peut- être à les protéger... Partout dans le monde, les scientifiques se livrent à une course contre la montre pour découvrir ce qui pourrait nous aider à protéger les requins. Et les mangroves tropicales ne sont qu’un début. En quittant les Bahamas et en suivant les eaux chaudes du Gulf Stream en direction du nord-est, nous arrivons sur la côte sauvage des îles britanniques. Un lieu qui accueille chaque été... un mystérieux requin. Le requin-pèlerin est un immense requin qui filtre le plancton à la surface de l’eau. Sa vie en surface n’a que peu de secrets pour nous. Mais lorsque ces créatures disparaissent dans les profondeurs... nos connaissances disparaissent avec elles. L’accouplement, la gestation et la naissance de ces requins ont rarement été observés. Mais ici, en Écosse, des scientifiques ont repéré des spécimens au comportement inédit. Cette femelle a un compagnon. Depuis des jours, ils nagent en tandem... l’un derrière l’autre... ou côte à côte, les nageoires presque en contact. Nous ne savons pas exactement pourquoi ils se suivent. Et même si nous n’en avons pas la preuve, cela ressemble beaucoup à une parade nuptiale. STEVE OFF Grâce au marquage des requins et à des caméras de pointe, les scientifiques espèrent pouvoir en découvrir plus sur le comportement des requins-pèlerins. Plus au nord, non loin de l’Arctique... des températures glaciales recouvrent l’Atlantique. La glace est en mouvement constant. Et les bassins sont très profonds et très sombres. Ces profondeurs hostiles abritent l’insaisissable requin du Groenland. Le sang de ce géant à la nage lente contient des substances chimiques qui agissent comme de l’antigel. Il se nourrit majoritairement de phoques endormis, et de carcasses de rennes et d’ours polaires. Son métabolisme lent lui permet de vivre plus de 400 ans. Cela fait de lui le vertébré à l’espérance de vie la plus élevée de la planète. Nous avons beaucoup à apprendre d’un animal qui vit aussi longtemps, mais on en rencontre peu. En 30 ans, je n’ai jamais réussi à en apercevoir un. Le meilleur moyen pour moi d’en voir un... ... est de visiter le Musée d’histoire naturelle de Londres. STEVE Ce musée est un bâtiment emblématique et spectaculaire, mais il est bien plus que cela. Ses coulisses renferment un trésor de connaissances absolument extraordinaire. Sa collection de poissons compte à elle seule plus de 90 spécimens et c’est probablement la plus grande collection de requins au monde. STEVE OFF Parmi les spécimens séchés et mis en bocal de la collection du conservateur en chef OLIVER CRIMMEN, se trouve un requin du Groenland parfaitement conservé. STEVE C’est impressionnant. Qu’est-ce qu’on fait ? Comment on procède ? OLIVER CRIMMEN C’est un spécimen assez lourd. Donc si vous trouvez quelque chose pour... Voilà. STEVE Regardez ces dents ! Les dents des mâchoires supérieures et inférieures sont complètement différentes. OLIVER CRIMMEN Oui. STEVE Celles-ci servent à planter la proie et celles-ci servent à la scier. OLIVER CRIMMEN En effet. En les filmant en train de se nourrir d’une carcasse de baleine au fond de l’océan, on a constaté qu’ils faisaient un mouvement de rotation et qu’ils se servaient de leurs dents comme d’une scie pour entailler la graisse. STEVE Selon vous, pourquoi est-ce important de conserver des animaux comme celui-ci ? OLIVER CRIMMEN Sa véritable valeur apparaîtra avec le temps. Il y a 50 ans, on n’aurait jamais imaginé pouvoir prélever de l’ADN sur ces spécimens de musée. On ne savait pas que c’était possible. Aujourd’hui, on peut même se servir de la tomodensitométrie pour examiner l’ensemble de l’anatomie sans même ouvrir l’animal. STEVE J’imagine que c’est très important pour un requin de ce type, qu’il est difficile d’étudier dans son habitat naturel. OLIVER CRIMMEN Absolument, et malheureusement, certains spécimens de notre collection sont tout ce qu’il reste d’espèces qui se sont éteintes. STEVE Oui. STEVE OFF Un requin qui met plus de 150 ans à atteindre la maturité sexuelle a peu de chances de s’adapter à la fonte de l’Arctique. Si nous n’agissons pas, nous risquons de perdre à jamais certaines espèces de requins, avant même d’avoir commencé à les comprendre. À cause de l’Homme qui détruit leur habitat, de la pêche industrielle et du changement climatique, certaines parties de l’Atlantique sont devenues hostiles pour les requins. Les Bahamas sont l’un des rares sanctuaires existants... l’un des peu d’endroits où les requins sont protégés par la loi... Mais ces petites zones de sécurité ne suffisent pas... Pour comprendre pourquoi, il existe une dernière espèce que je cherche désespérément à retrouver. On pense qu’il était autrefois le plus grand prédateur de la planète... Mais aujourd’hui, il ne reste plus que quelques spécimens. STEVE À mesure qu’on s’éloigne du rivage, on constate une nette séparation entre les eaux turquoise des bas-fonds... et le récif et au-delà, le bleu profond de l’océan. On a des bleus différents, des habitats différents donc des requins différents. STEVE OFF Voici l’un des derniers refuges connus du requin longimane. STEVE OFF Contrairement aux autres requins que j’ai observés aux Bahamas, il s’agit d’une espèce pélagique. Il vit au large, en eaux profondes, et se comporte de manière totalement différente des requins qui vivent près du récif. FEMME Ici. STEVE Je vois quelque chose. J’ai vu un truc à la surface. PLONGEUR On est prêts à plonger. STEVE OFF Ces requins sont attirés par l’agitation dans l’eau. STEVE Sautez. Je vous rejoins. STEVE OFF Nous devons donc entrer dans l’eau le plus calmement et le plus doucement possible. STEVE En ce moment même, il y a au moins trois requins longimanes qui tournent à l’arrière du bateau. Une fois dans l’eau, on n’a rien en dessous pour nous protéger, et pas de récif derrière pour nous protéger non plus. Les requins peuvent arriver de n’importe où. STEVE OFF J’emmène avec moi une caméra pour les filmer. Mais elle me servira aussi à repousser les requins qui s’approcheraient trop près de moi. STEVE OFF J’espérais observer trois ou quatre individus. Mais une fois dans l’eau... je suis encerclé. STEVE J’ai du mal à imaginer que c’est une espèce en danger critique d’extinction... et que c’est le seul endroit au monde où on peut les voir comme ça. Regardez ça !... Ils viennent directement sur nous. Ils n’ont absolument pas peur de nous. STEVE OFF Loin de l’abondance du récif, les vastes étendues de l’Atlantique constituent un habitat hostile où les requins longimanes peuvent passer des semaines, voire des mois, sans se nourrir. STEVE Le requin longimane est l’exemple même du parfait chasseur du grand large. Il est parfaitement hydrodynamique. Il a une silhouette fuselée et il semble à peine bouger quand il nage. Il lui suffit d’un simple petit coup de queue pour partir à toute allure. STEVE OFF Ces requins sont à la recherche constante de nourriture... Cela n’a pas seulement affûté leur corps, cela a aussi façonné leur comportement. Ces requins sont très curieux... C’est exactement ce qu’il faut pour trouver de la nourriture dans un environnement aussi hostile. STEVE C’est mon premier coup de museau. Leur fonctionnement est assez simple nager, économiser de l’énergie, et s’ils trouvent quelque chose qui s’apparente à de la nourriture, renifler, foncer et mordre. STEVE OFF Comme beaucoup de requins, le requin longimane privilégie les cibles faciles et est attentif au moindre signe de faiblesse chez ses proies. Cette alimentation ciblée contribue au maintien d’écosystèmes sains. STEVE Celui-ci a un comportement totalement différent de celui des autres requins autour de nous. Ça saute aux yeux... Il revient. Il nous fonce dessus. Il est bien plus déterminé... et concentré dans ses mouvements... que les autres. Je m’attendais pas à ce qu’il tape ma caméra aussi fort... Son museau est tellement sensible qu’il lui suffit normalement d’effleurer l’objectif pour faire demi-tour. STEVE OFF Pendant des millions d’années, leur curiosité leur a beaucoup servi. Mais aujourd’hui, elle est en partie responsable de leur déclin massif. STEVE Si ce requin est plus agité que les autres, c’est peut-être à cause de cet hameçon. L’hameçon lui fait peut-être mal. Il l’empêche peut-être de chasser normalement. STEVE OFF Ce requin n’est pas le seul à avoir un hameçon planté dans la bouche. Beaucoup de requins autour de moi traînent des hameçons, des lignes et d’autres accessoires de pêche. STEVE OFF Ces animaux très intelligents ont appris à suivre les bateaux de pêche qui naviguent dans cette partie de l’Atlantique ouest. Nous sommes ici dans un sanctuaire, mais dès que les requins quittent ce petit refuge, ils sont totalement vulnérables. La pêche commerciale à la palangre est destinée à ferrer de gros poissons comme le thon. Mais parfois, des requins se retrouvent hameçonnés par erreur. Cela a entraîné une chute drastique de 98 % du nombre de requins longimanes dans cette région. STEVE Quand on en voit autant d’un coup, on a du mal à se dire que c’est une espèce en danger critique d’extinction. Ce requin pourrait même obtenir la médaille peu enviable de la créature la plus persécutée de nos océans. STEVE OFF Si je parviens à m’en approcher suffisamment, je pourrais peut-être libérer certains requins des hameçons et des lignes qui leur causent tant de problèmes... Mais pour cela, je dois quitter mon équipement de plongée et entrer dans leur monde à découvert. En plongée libre au milieu de ces magnifiques femelles, je constate que beaucoup d’entre elles sont gestantes. La lenteur de leur croissance et le temps qu’il leur faut pour atteindre la maturité sexuelle rendent les requins très vulnérables. C’est pourquoi des endroits comme les Bahamas, où ils peuvent se nourrir et se reposer en toute tranquillité, sont aussi essentiels. Une femelle curieuse s’approche de moi avec un hameçon dans la mâchoire et une longue ligne traînant derrière elle... Sa volonté de s’approcher si près me donne l’occasion de retirer l’hameçon. STEVE OFF Mais je dois rester prudent. Je réussis enfin à couper la ligne... Ce n’est pas grand-chose. Mais j’espère que ça lui donnera, ainsi qu’à ses petits, de meilleures chances de survie. STEVE Malheureusement, le temps que je passe sous l’eau est limité par le peu de quantité d’air que j’arrive à retenir dans mes poumons. Mon temps est compté dans leur monde. Mais j’aimerais que ce moment dure éternellement. C’est l’une de mes plus belles rencontres, avec un animal qui n’a d’avenir que si on accepte de lui en donner un. Quand on regarde l’Atlantique comme ça, on a l’impression qu’il n’a pas de fin. On comprend pourquoi pendant des millénaires, les gens ont cru que ses ressources étaient infinies, qu’on pouvait prendre tout ce qu’on voulait et qu’il y en aurait toujours plus. Mais on sait aujourd’hui que c’est faux. Les requins de l’Atlantique sont des survivants de l’extrême. Ils ont survécu pendant plus de 400 millions d’années à toutes les grandes extinctions de notre planète, y compris celle qui a emporté les dinosaures. Eux sont toujours là... mais ils sont plus en danger que jamais. Et si nous sommes leur plus grande menace, nous devons aussi être leurs sauveurs. Il n’est pas trop tard pour sauver nos requins. STEVE OFF En réalisant cet épisode sur l’océan Atlantique, j’ai eu la chance de faire des rencontres exceptionnelles. Plonger avec différentes espèces de requins présente différents enjeux. Au départ, nous avons fait appel aux connaissances et à l’expérience de toute notre équipe pour filmer un requin à la réputation redoutable... Le requin-tigre. STEVE Quand on se retrouve sur un bateau au milieu des requins, tout peut arriver. Il faut être prêt à toute éventualité. Cette grande silhouette sombre qui nage derrière le bateau est un requin-tigre. Il est assez grand. On essaie d’enfiler nos combinaisons le plus vite possible, en espérant qu’il reste dans les parages. Ça doit être incroyable d’observer ce requin-tigre sous cette lumière, dans ces eaux, en ce moment même, HOMME 1 Prêts à plonger ? STEVE OFF Chaque requin-tigre a sa propre personnalité. Je dois me faire une idée de la façon dont cette femelle réagira à ma présence. STEVE On n’avait pas prévu que ça se passerait comme ça, donc on doit se couvrir les uns les autres et redoubler de vigilance. STEVE OFF Tout comme son éponyme, le requin-tigre est un puissant prédateur. Bien que les requins ne s’en prennent pas délibérément à l’humain, ils peuvent se sentir menacés ou peuvent confondre nos mains, nos pieds ou notre équipement avec de la nourriture. Il est donc essentiel de savoir décoder leur comportement. La position des nageoires de cette femelle et sa manière de nager me permettent de savoir si elle s’agite ou si elle passe en mode prédateur. STEVE Le requin-tigre s’intéresse à nous et au bateau, mais il n’est pas du tout agressif. Il est magnifique. STEVE OFF C’est le côté paisible de ce prédateur redouté que l’on voit rarement. STEVE OFF Cet épisode sur l’océan Atlantique touche à sa fin. L’expérience de notre équipe a été mise à l’épreuve alors que nous tentions de filmer des requins longimanes. STEVE J’ai vu un truc à la surface. HOMME 2 Un longimane, les gars ! STEVE OFF Nous avons rencontré un grand nombre de requins au large, dans les eaux profondes. HOMME 2 Tous à l’eau. DUNCAN BRAKE Attendez, je prends la caméra. STEVE OFF Notre caméraman, Duncan Brake, a déjà plongé avec ces requins et sait qu’il s’agit de prédateurs très intelligents, souvent très curieux des plongeurs. DUNCAN BRAKE Chaque fois que je pense avoir compris ces animaux et pouvoir anticiper leur comportement, ils me surprennent. Ils nous prouvent toujours qu’ils ont le dessus. STEVE OFF Cela fait partie de la nature curieuse de ce prédateur, mais cela peut paraître intimidant. Helen Sampson, caméraman, plonge pour la première fois avec des longimanes. HELEN SAMPSON Je suis assez stressée, parce que je sais que ce sont des requins curieux et qu’ils aiment venir nous voir de près. Mais j’ai ma caméra, donc ça me rassure un peu. Ça crée une barrière entre eux et moi, s’ils décident de s’approcher trop près. STEVE OFF Concentrée sur le cadrage, l’équipe de tournage ne peut surveiller tous les requins qui l’entourent. C’est là qu’intervient l’équipe de plongée, sous l’œil attentif de Jay Maly, expert en sécurité sous- marine. JAY MALY Très souvent... ils nous approchent par-derrière. STEVE OFF Jay et son équipe ont pour mission de surveiller la position de chaque requin et de la communiquer à l’équipe de tournage. JAY MALY Règle numéro 1 toujours connaître la position des requins. Je suis donc sous l’eau et je pointe du doigt les requins, tout en indiquant leur nombre. Quatre requins, cinq requins, six requins. Parfois, je n’ai même pas assez de doigts. Il y en a 10, 20, 23. STEVE OFF Le museau sensible des requins leur permet d’éviter tout objet solide qui se trouverait sur leur chemin. Il suffit de leur tendre une perche en plastique pour rediriger doucement leur approche curieuse... Et l’objectif de la caméra a le même effet. STEVE Le requin, plus que tout autre espèce, vous regarde bien droit dans les yeux pour essayer de comprendre ce que vous êtes. DUNCAN BRAKE Ces requins nagent tranquillement dans les profondeurs. Vous ne les verrez pas s’approcher vicieusement de Steve pour le mordre. Ils essaient juste de savoir si on est comestibles. STEVE OFF Le savoir-faire de nos experts a fait plus que faciliter ces moments magiques avec les requins. Il a également permis de faire quelques découvertes. STEVE Un certain nombre de femelles ici ont un ventre assez arrondi. Elles pourraient bien s’apprêter à mettre bas. STEVE OFF Juste avant de finir, nous aimerions voir comment réagissent les longimanes en nous voyant entrer dans l’eau en plongée libre, sans équipement de plongée ni bouteille d’oxygène. STEVE La plongée en apnée peut paraître plus simple que la plongée avec bouteille. Vous n’avez que vos palmes et de l’air dans les poumons, mais en réalité, c’est un peu plus complexe que ça. DUNCAN BRAKE Quand vous plongez en apnée, votre temps sous l’eau se limite à votre capacité à retenir votre souffle. Donc il faut vraiment surveiller leur comportement, être attentif aux éventuels signes d’agressivité, et bien s’assurer qu’ils acceptent d’interagir. STEVE OFF Mais une fois dans l’eau, je fais face à un dilemme... Une femelle, qui s’est accrochée à un hameçon, tourne autour de l’équipe et s’approche de moi à plusieurs reprises. En temps normal, nous veillons à ne pas toucher les animaux sauvages ou à ne pas les déranger. Mais comme elle souffre manifestement d’un problème causé par l’homme... je me sens le devoir d’intervenir. Alors je m’approche d’elle et je coupe la ligne. STEVE OFF Cette scène n’était pas prévue à l’origine... mais cette séquence émouvante et porteuse d’un message puissant nous a semblé parfaite pour clôturer cet épisode. STEVE C’est un spectacle tellement triste. Chaque jour, on a vu des requins avec des hameçons plantés dans la mâchoire. On a réussi à en libérer quelques-uns, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg... Cette espèce est gravement menacée. Imaginez ce que ce serait si les pandas géants et les gorilles de montagne se baladaient avec ça planté dans la bouche. Là, les gens commenceraient peut-être à s’inquiéter. STEVE OFF Des rencontres privilégiées, comme celle-ci aux Bahamas, permettent à l’équipe de lever le voile sur une facette bien différente des requins. Une facette qui transcende les mythes et qui, je l’espère, incitera les gens à chérir et à protéger les précieux requins qu’il nous reste. STEVE OFF Les requins sont les prédateurs les plus redoutés de notre planète. Mais aussi ceux qui suscitent le plus d’idées reçues. Voilà plus de 30 ans que je plonge aux côtés des requins. Mais aujourd’hui, je m’apprête à les côtoyer d’encore plus près. Je pars explorer les profondeurs de nos océans à la découverte de leur vie secrète. Prêt à remettre en question tout ce que nous pensions savoir des requins, qui comptent parmi les créatures les plus mystérieuses au monde. STEVE OFF On trouve des requins aux quatre coins du monde, de toutes les formes et de toutes les tailles. Mais tous sont d’impitoyables prédateurs. Pour observer ces chasseurs hors pair en pleine action, l’un des meilleurs endroits est l’écosystème aussi riche que dynamique... de l’océan indien. L’océan indien abrite un immense paradis tropical... bordé de récifs coralliens... et qui grouille de vie. Une extraordinaire diversité de requins prédateurs y vit. Tous ont assimilé comment tirer parti de toute cette nourriture abondante. Mais cet océan, aujourd’hui entouré de 2,5 milliards d’êtres humains, se métamorphose à vitesse grand V. STEVE Les requins sont des maîtres dans l’art de l’adaptation. Depuis 400 millions d’années, ils évoluent pour surmonter tous les obstacles. Mais la menace que représentent le changement climatique, la pollution et la surpêche nous pousse à nous demander si cette fois, les requins sauront s’adapter suffisamment vite. STEVE OFF Je compte bien découvrir ce qui fait des requins des superprédateurs et s’ils seront capables de survivre aux changements brutaux que connaît notre monde. Mon voyage commence au sud de Durban, sur la côte Est de l’Afrique du Sud. À seulement quelques kilomètres de la côte, une espèce en particulier prouve que les requins sont les plus grands prédateurs. STEVE Ce sont des requins bordés. Ils sont vraiment l’apparence typique que l’on connaît des requins. Ils migrent sur de grandes distances et peuvent parcourir des milliers de kilomètres. STEVE OFF Ces requins sont de formidables chasseurs. Le secret de leur réussite est un arsenal de « super-sens », parfaits pour localiser et cibler la nourriture. Ils utilisent leur vue, leur ouïe et leur odorat extrêmement puissant. Mais les requins ont d’autres sens hors du commun. Les organes dans leur museau détectent d’infimes signaux électriques générés par l’activité musculaire des poissons. Le long de leur flanc, ils ont aussi des cellules sensorielles qui leur permettent de percevoir des mouvements sous l’eau. STEVE C’est incroyable, de pouvoir nager dans des eaux où la visibilité est si faible et de voir les requins s’approcher autant et presque nous toucher, mais sans jamais essayer de nous mordre. Ils savent très bien distinguer ce qui constitue de la nourriture de ce qui n’en est pas. STEVE OFF Mais il n’y a pas que leur corps qui fait que les requins sont de si grands prédateurs. Leur cerveau y est aussi pour quelque chose. Les requins sont stratèges. Ils utilisent leurs aptitudes et font preuve d’inventivité pour capturer leurs proies selon différents scénarios. Ces spectaculaires démonstrations de force sont notamment visibles ici, dans les eaux sud-africaines. Nous sommes en juin. Au large, les poissons se regroupent. Les changements saisonniers de température de l’eau poussent des centaines de millions de sardines à nager vers le Nord le long de la côte. Il s’agit de la « sardine run » [sardine reune]. Cette congrégation tourbillonnante peut mesurer 30 mètres de profondeur et un kilomètre et demi de large. C’est l’une des plus grandes migrations de proies dans nos océans. Et là où il y a des proies... il y a aussi des prédateurs. Les requins-tisserands ont fait appel à leurs sens surdéveloppés pour trouver les sardines. Il ne leur reste plus qu’à les attraper. Les sardines peuvent se défendre efficacement. Leur grand nombre joue en leur faveur. Dans cette masse envoûtante, il est difficile pour un requin de se concentrer sur une cible en particulier. Mais une opportunité va forcément se présenter. Un festin naturel comme celui-ci est rare et attire énormément de monde. Lapidé par des fous du Bassan et poursuivi par des dauphins, le banc de sardines se resserre pour former une masse compacte que l’on appelle communément une « boule d’appât ». Les requins-tisserands profitent de cette occasion et attaquent par grandes bouchées la nuée de poissons. Toute cette nourriture est une aubaine pour faire le plein de calories. Mais ils doivent agir vite. Long de 13 mètres, le rorqual de Bryde [Braillde] est capable d’avaler plusieurs centaines de sardines en une seule bouchée. Les attributs physiques et l’intelligence des requins-tisserands leur permettent de capitaliser sur cet incroyable afflux de nourriture. Mais les choses changent. Le réchauffement de l’océan Indien a un impact direct sur les courants d’eau froide qui déclenchent la sardine run. En 20 ans, les sardines n’ont pas accompli leur migration à trois reprises. Sans la sardine run, les requins-tisserands et d’autres espèces risquent bien de s’affamer. Dans tout l’Océan Indien, les changements dus aux activités humaines font pression sur les requins. Je cherche à savoir si une stratégie d’adaptation peut être la clé de leur survie. Pour le découvrir, je parcours 5000 kilomètres depuis l’Afrique du Sud pour me rendre dans l’archipel des Maldives. Sur l’île de Fuvahmulah, les pêcheurs locaux reviennent au port avec leur prise du jour du thon. Non loin, les requins-tigres guettent et attendent. STEVE Depuis des générations, les pêcheurs qui rentrent au port nettoient leur prise ici. Il y a donc fort à parier pour que des gros requins rôdent autour du bateau. Ils vont être très agités et ne penser qu’à la nourriture. Il est primordial que nous restions concentrés, que nous veillions les uns sur les autres et que nous ayons le plus grand respect pour ces animaux. STEVE OFF Les requins-tigres sont immenses. Une fois dans l’eau, il vaut mieux rester sur ses gardes. Mais s’ils ne sont pas à proximité, ils sont difficiles à voir. Les rayures de tigre dont ils tiennent leur nom leur permettent de se fondre dans la masse et de rester cachés. STEVE Quand on nage avec des requins-tigres, il faut redoubler de prudence... parce que ce sont des bêtes particulièrement imprévisibles. STEVE OFF Ils ont une stratégie de prédation extrêmement flexible. STEVE On dit des requins-tigres qu’ils sont les « poubelles de l’océan », mais c’est assez injustifié. En réalité, ils sont surtout opportunistes. Ils savent tirer profit de toutes les sources d’alimentation qui se présentent à eux. STEVE OFF Ils mangent de tout du poisson vivant, des crustacés, des tortues de mer et même des animaux morts. Cette femelle a trouvé des entrailles de poisson et compte bien en faire son repas. Maintenant que je suis plus près, je comprends qu’il y se trame quelque chose de plus intéressant. STEVE La plupart des gros requins que vous pouvez voir autour de moi sont des femelles. Quand on observe leur ventre, on voit qu’il est bien plein et rond. Ce sont des femelles gestantes. STEVE OFF Les restes de poisson jetés dans ces eaux constituent des nutriments essentiels au développement de la trentaine de petits qu’elle porte. Cet environnement ferait une nurserie idéale pour la prochaine génération de requins-tigres. STEVE Je comprends que pour de nombreuses personnes, ils soient synonymes de terreur. Mais pour moi, les requins-tigres sont le symbole de la majesté des plus grands prédateurs de nos océans. Quel animal ! STEVE OFF Ce que j’ai vu dans les Maldives me donne de l’espoir. Certaines espèces de requins parviennent à trouver le moyen de coexister avec les humains. Les requins en sont capables car ils sont généralistes leurs sources d’alimentation sont très variées. Mais que réserve l’avenir pour les nombreuses espèces de requins qui chassent des animaux très spécifiques ? Je parcours 0 kilomètres pour me rendre là où l’Océan Indien rencontre l’Océan Pacifique, sur les côtes nord-australiennes. C’est ici qu’on trouve le requin-tapis barbu. À la différence de ses cousins qui parcourent les océans, il aime rester au même endroit. Son apparence insolite fait partie de sa stratégie de prédation. Mais il faut le voir... pour le croire. Le requin-tapis barbu cherche l’endroit parfait et s’y installe. Passé maître dans l’art de la cachette, il se fond dans le décor et prend l’apparence de son environnement. Il se sert de sa queue comme d’un leurre, l’agitant d’avant en arrière... pour imiter les mouvements d’un poisson. Un vrai poisson s’approche sans se douter de rien. Le requin-tapis patiente. Il attend le bon moment. Ce type de requin pratique la chasse en embuscade. En économisant son énergie, il peut se contenter d’un repas tous les 3 jours. Ouvrir sa bouche de façon aussi vive lui permet d’engloutir des proies et de l’eau en un rien de temps. Mais la stratégie de prédation du requin-tapis barbu ne peut être efficace que si les coraux sont en bonne santé. En tant qu’espèce spécialisée, il est particulièrement vulnérable au changement. Et il n’est pas le seul. Depuis le début de mon voyage, je n’ai plongé qu’en journée. Mais pour découvrir la vie secrète des requins, je dois les observer au moment où ils sont le plus dynamiques. Aux Maldives, au cœur de l’Océan Indien, c’est donc de nuit que je vais devoir plonger. STEVE Nous sommes entrés dans l’eau au crépuscule, au moment où le soleil se couchait. En général, c’est là que la plupart des espèces de requin sont particulièrement actives. STEVE OFF Nous voici devant des requins-nourrices fauves. Ils sont nocturnes et chassent spécifiquement dans les récifs coralliens. STEVE Quand le repas commence, les requins sont frénétiques. Il y a des queues et des nageoires dans tous les sens. STEVE OFF Ils ratissent le récif à la recherche de mollusques et de calamars. STEVE Ils sont tout enchevêtrés et ils reniflent tous les coins et recoins pour essayer de trouver à manger. STEVE OFF Lorsqu’ils trouvent quelque chose... ils le gobent comme un aspirateur. STEVE Oh, bonjour ! Je ne t’avais pas vu. On dirait bien que j’étais sur un requin- nourrice. Il est arrivé par en dessous. STEVE OFF Ils sont si efficaces qu’ils peuvent trouver tout ce dont ils ont besoin à l’endroit même où ils vivent. STEVE On voit bien à quel point la vie des requins-nourrices repose en grande partie sur la santé de ces coraux. C’est leur maison, leur habitat naturel, mais plus encore. STEVE OFF Les requins-nourrices fauves sont présents dans l’Océan Indien. Mais tout comme les requins-tapis barbus, leur espèce est spécialisée et chasse dans les coraux, ce qui les rend vulnérables aux changements que peut connaître leur environnement. Pas moins de 25 % des espèces marines vivent dans les coraux. Les requins agissent en régulateurs de toute la chaîne alimentaire océanique, en contrôlant la population de poissons et d’espèces qui vivent dans les coraux. STEVE Par conséquent, les coraux sont aussi importants pour la santé des requins que les requins sont importants pour la santé des coraux. STEVE OFF Mais cette harmonie est fragile et particulièrement vulnérable aux facteurs extérieurs. Une grande partie des coraux de cet océan qui sont déjà en péril. STEVE C’est un peu comme survoler une ville fantôme, mais sous l’eau. Il n’y a plus aucune couleur vive, plus aucune forme de vie. Et tout ça à cause du réchauffement des eaux tropicales. C’est ce qu’on appelle le blanchissement des coraux. STEVE OFF Même une infime augmentation de la température de l’eau peut rendre les coraux malades et les faire mourir, réduisant ainsi à néant l’abondance de nourriture qu’ils ont à offrir. STEVE C’est un coup dur pour toutes les espèces qui vivent ici... y compris les requins. STEVE OFF L’Océan Indien est le plus chaud de tous les océans. À cause du changement climatique, c’est aussi celui dont la température monte le plus vite. La pression monte quotidiennement autour de cet océan, bordé de 2 milliards d’êtres humains. Mais le réchauffement des eaux n’est pas le seul problème. Je suis à la recherche d’une espèce de requin dont la stratégie pour se nourrir lui fait prendre des risques et n’a rien à voir avec celle d’un requin qui chasse dans les coraux. STEVE Ce gentil géant est un requin-baleine. La plus grande espèce de poissons de la planète. Ils ont cette taille malgré le fait qu’ils se nourrissent de tout petits organismes. Le plancton. STEVE OFF La lumière de notre bateau a attiré le plancton, qui vient des profondeurs de l’océan. Le plancton est un mélange riche de plantes et d’animaux microscopiques. Cette femelle en fait son repas. Le requin-baleine est un suspensivore. Il aspire jusqu’à 6000 litres d’eau par heure. Ses branchies lui permettent de filtrer de grandes quantités de nourriture. Notre femelle essaie d’atteindre une épaisse nuée de plancton à la surface. L’occasion pour moi de m’approcher aussi près d’un requin- baleine... pour la toute première fois. Mais cette rencontre est douce-amère. L’eau dans laquelle nous nageons contient un poison invisible le plastique. Chaque jour, huit millions de morceaux de plastique atterrissent dans nos mers et nos océans. On estime qu’en 2050, il y aura plus de déchets plastiques que de poissons en termes de poids. Les minuscules particules de plastiques, qu’on appelle « microplastiques », sont avalées par les animaux suspensivores tels que les requins-baleines. Le plastique s’accumule alors dans leurs corps, ce qui peut les rendre malades. STEVE Un requin-baleine peut vivre plus de cent ans. Ça veut dire qu’un bout de plastique jeté à la mer aujourd’hui pourrait très bien être encore dans l’organisme d’un de ces animaux dans un siècle. STEVE OFF Pour mesurer l’ampleur du problème, je me rends dans une région des Maldives devenue un véritable cauchemar écologique. STEVE Nous sommes sur Thilafushi, qu’on appelle « l’île-poubelle ». Le problème a commencé au début des années 90. Aujourd’hui, environ 500 tonnes de déchets arrivent sur l’île chaque jour. STEVE OFF Il s’agit principalement de plastique à usage unique. STEVE Un des problèmes que pose cette décharge géante, c’est qu’une grande partie de ces déchets finit dans l’Océan Indien. Et on sait qu’il constitue l’environnement le plus précieux et le plus important de la planète pour les requins. STEVE OFF Cette plongée ne sera pas des plus agréables. STEVE Les eaux de l’océan Indien sont pleines de vie. Mais les espèces qui y vivent côtoient un enchevêtrement dramatique de déchets en tous genres. Tout un tas d’objets abandonnés par les pêcheurs locaux, des résidus de bouteilles... STEVE OFF Mais tout n’est pas perdu. Les Maldives ont récemment interdit l’importation de la plupart des plastiques à usage unique. Et ça n’est pas tout. Un sanctuaire couvrant plus de 90 kilomètres carrés d’océan a aussi été créé pour les requins. Je vais donc essayer de voir quelles sont les retombées positives d’une telle décision. Je me trouve dans la partie ouest de l’archipel et je suis à la recherche d’une cousine éloignée des requins. La raie manta des récifs. STEVE Pour le moment, tout ce que je vois, c’est du bleu. C’est déjà ça ! Cette espèce de gelée verte dans l’eau, c’est le plancton. C’est justement ce qui va attirer les raies mantas. C’est époustouflant. STEVE OFF Le sanctuaire fonctionne bel et bien. C’est la plus grande population de raies mantas des récifs de la planète, avec plus de 5000 individus. C’est la preuve que les espèces peuvent prospérer si on leur en donne les moyens. STEVE Six ! Il y en a 6 autour de moi. Pouvoir observer ne serait-ce qu’une seule raie manta, c’est déjà une expérience sous-marine insolite. Quel moment incroyable. Les raies mantas et les requins font partie du même groupe d’animaux et partagent un ancêtre commun. Cependant, le corps de la raie manta s’est élargi et étendu, et ses nageoires pectorales sont devenues des sortes d’ailes. Elles lui permettent de se déplacer de la façon la plus élégante, poétique et gracieuse qu’on puisse observer sur Terre. STEVE OFF Les raies mantas sont aussi des suspensivores. Elles utilisent leurs nageoires céphaliques pour acheminer l’eau vers leur bouche et ainsi filtrer le microscopique zooplancton. À mesure que l’océan se réchauffe, la quantité de zooplancton s’amoindrit. Mais une lueur d’espoir subsiste, puisque les raies mantas sont suffisamment armées pour survivre. STEVE Étant donné sa taille, la raie manta des récifs est le poisson dont le cerveau est le plus gros de tous. C’est un animal curieux, sensible, et indubitablement intelligent. STEVE OFF Certains scientifiques pensent que les raies mantas sont capables de faire des cartes mentales en utilisant des repères olfactifs et visuels. Elles peuvent parcourir des centaines de kilomètres pour se rendre dans une région où la nourriture est plus abondante. Tant que c’est encore possible, elles peuvent donc suivre le plancton à la trace. L’ampleur de l’impact des activités humaines sur l’Océan Indien est un défi de taille pour les raies et les requins. J’ai pu voir les différentes stratégies de prédation des requins, mais j’aimerais maintenant savoir si ces stratégies peuvent s’adapter aux changements. À des milliers de kilomètres au Sud-ouOest des Maldives, à deux pas de l’Océan Atlantique, se trouve la région du Cap-Occidental. C’est là que je pars à la rencontre de l’espèce de requin la plus connue de tous le grand requin blanc. Il est connu pour sa dangerosité, mais cette réputation est basée davantage sur la fiction que sur les faits. Les grands requins blancs sont les prédateurs par excellence. Ils sont dotés des mêmes sens affûtés que la plupart des autres requins prédateurs, à savoir l’odorat, la vue et l’électroréception. Leur forme fuselée leur permet de nager jusqu’à 25 kilomètres/heure. Grâce à leurs 300 dents affûtées comme des lames de rasoir et qui se remplacent régulièrement, ils peuvent transpercer leurs proies d’un simple contact. Ce sont donc des chasseurs incroyablement efficaces, capables de neutraliser toutes leurs proies, qu’il s’agisse aussi bien de poissons que d’autres requins, de dauphins ou de phoques. Pourtant, le nombre de grands requins blancs diminue dans certaines régions. Mon ami et cameraman Morne Hardenberg [Morni Ardeune-beurgue] connaît bien ces animaux. MORNE HARDENBERG J’ai grandi ici et je plonge souvent. Je suis passionné par les animaux qui vivent dans l’océan. Travailler avec eux comme j’ai la chance de le faire, c’est toujours spectaculaire. STEVE OFF Morne s’inquiète pour les grands requins blancs. MORNE HARDENBERG Avant, le Cap, c’était le meilleur endroit au monde pour voir des requins blancs chasser des phoques en pleine nature. Mais c’est de plus en plus difficile de voir des requins à cet endroit de la côte. Ça a pas mal changé, depuis quatre ans. STEVE OFF Le problème est présent presque partout sur la côte du Cap- Occidental. Plusieurs théories peuvent expliquer la disparition des grands requins blancs. Mossel Bay, dans le Cap-Occidental, est l’un des rares endroits où on peut encore en voir. Je retrouve Enrico Gennari, qui étudie les requins blancs depuis plus de 10 ans. Il les a pucés pour pouvoir suivre leurs déplacements, et il a des éléments de réponse. STEVE Pour vous, qu’est-ce qui fait la différence ? Pourquoi les requins blancs sont toujours attirés par ces eaux et continuent de venir, mais évitent les autres endroits ? ENRICO GENNARI Mossel Bay a énormément à offrir, pour eux. Des poissons, des plus petits requins. Ils en trouvent grande quantité, sur cette côte. STEVE OFF Le régime alimentaire des requins blancs est composé jusqu’à 60 % de poissons qui vivent au fond de l’océan, en particulier des petites espèces de requins comme les émissoles ou les requins-ha. Dans les lieux de prédilection des requins blancs, la pêche à la palangre intensive réduit la quantité de nourriture disponible. ENRICO GENNARI Le grand requin blanc a commencé à migrer vers l’Est, délaissant les zones où la nourriture se fait plus rare. Si vous partez en vacances et que le supermarché du coin n’a pas rien à vendre, que faites-vous ? Vous allez ailleurs. C’est ce que les requins blancs font aussi. STEVE OFF Ici, à Mossel Bay, la pêche commerciale est interdite, donc la quantité de proies pour les requins est suffisante. Ça pourrait expliquer l’arrivée des requins blancs dans cette région. ENRICO GENNARI D’une certaine façon, le port est presque un sanctuaire pour les petits requins de la région, et par conséquent, il l’est pour les requins blancs aussi. STEVE OFF Mossel Bay abrite une grande quantité de petits requins pour nourrir les requins blancs. Mais d’autres proies sont aussi abondantes dans cette région. Les phoques. Pour les attraper, les requins blancs déploient une stratégie de prédation spectaculaire. Le « breaching ». [britching] Quelques heures par jour, à l’aube et au crépuscule, quand la lumière est idéale, ils utilisent leur vue pour repérer la silhouette d’un phoque à la surface de l’eau... sans que leur proie les remarque. C’est l’attaque suprême. On trouve des phoques partout, le long de la côte sud-africaine. Mais Enrico veut me montrer qu’ici, les attaques sont à nulle autre pareilles. Mais elles ne sont pas simples à observer. STEVE Le breaching est tellement rapide et puissant, tellement efficace, qu’il est presque impossible de déterminer quand il va se produire. Mais nous pouvons augmenter nos chances de filmer une de ces attaques en utilisant ceci. C’est un leurre. Une sorte de faux phoque qui va flotter à la surface et donner l’illusion que c’est un vrai. STEVE OFF Le leurre ne présente aucun danger pour le requin, qui va vite le lâcher en comprenant que ce n’est pas de la nourriture. Pour analyser son comportement, nous allons filmer les attaques au ralenti. STEVE À partir de maintenant, nos yeux seront rivés sur ce faux phoque. J’espère qu’il va se passe quelque chose. STEVE OFF Pendant presque une heure, nous attendons que la luminosité soit parfaite. STEVE C’est incroyable ! Génial. C’est spectaculaire. On voit bien sa silhouette, avec la brume sur la plage, derrière. La meilleure technique d’embuscade au monde... juste derrière notre bateau ! Si c’était un vrai phoque, il y en aurait partout. STEVE OFF Pour observer la technique de chasse de ce requin de façon plus détaillée, nous regardons la vidéo au ralenti. ENRICO GENNARI Il le soulève complètement. STEVE C’est absolument époustouflant. Ce requin, on peut dire qu’il doit faire environ trois mètres. Vous pensez que c’est un adulte ? ENRICO GENNARI Non, pas du tout. C’est un subadulte. STEVE Pour un débutant, c’est plutôt une belle prise, non ? ENRICO GENNARI Oui, je pense qu’il est pas loin de devenir un formidable chasseur. STEVE OFF Bientôt, le manque de lumière naturelle nous signale que la partie de chasse d’aujourd’hui touche à sa fin. STEVE Le soleil s’est couché derrière la montagne. Il ne nous reste que quelques minutes d’ensoleillement et ensuite, on s’arrêtera. STEVE OFF À n’importe quel autre endroit de la planète, les parties de chasse prennent fin à la tombée de la nuit. Mais Enrico le sait ici, des choses étonnantes se produisent comme nulle part ailleurs. STEVE Je commençais à me dire que c’était fini. On ne voyait même plus le leurre. Et là, toute cette lumière produite par les humains surgit depuis la côte. ENRICO GENNARI Oui, c’est ce qui rend Mossel Bay si unique. Les requins ont appris à modifier leur comportement naturel pour tirer parti de cette situation dont nous, les humains, sommes à l’origine. STEVE OFF Ces jeunes requins semblent profiter de la lumière artificielle produite par les habitations et hôtels alentour pour chasser une fois la nuit tombée. En prolongeant le laps de temps au cours duquel ils peuvent chasser, ils font le plein de calories supplémentaires et s’assurent un bon développement. Ce que j’ai vu est absolument remarquable. Non seulement les requins blancs ont migré en réponse à la surpêche, mais ils ont aussi adapté leur stratégie de prédation pour véritablement tirer parti de la présence des humains. Et le fait que ce soient de jeunes requins est d’autant plus réjouissant. Ça me rend optimiste pour les générations futures. STEVE C’est sans aucun doute la stratégie de prédation la plus impressionnante que j’aie pu voir. Pas seulement de tous les requins, mais de tous les prédateurs de la planète ! STEVE OFF L’Océan Indien m’a montré quelques-uns des merveilleux requins prédateurs qui peuplent notre planète. J’ai pu voir à quel point ils sont intelligents. Et résilients. Mais surtout... à quel point ils s’adaptent. Depuis des millions d’années, ils ont évolué pour devenir les prédateurs infaillibles qu’on connaît aujourd’hui. Maintenant, nous devons leur donner les clés pour prospérer demain. Pour tourner l’épisode sur l’Océan Indien, notre équipe a parcouru des eaux tropicales. STEVE Les gars ! Regardez en haut ! STEVE OFF Le tournage le plus épineux était aux Maldives... quand nous devions filmer les cousines plutôt discrètes des requins, les raies mantas. STEVE [repiquage ] C’est époustouflant. STEVE OFF Ces eaux protégées sont un sanctuaire pour la plus grande population de raies au monde. Mais les trouver dans cet océan perpétuellement changeant s’est révélé plus difficile qu’on ne l’avait imaginé. Un équipage entier d’experts des quatre coins du monde et de plongeurs locaux expérimentés a été nécessaire. Les Maldives sont une destination paradisiaque pour les touristes et un lieu de prédilection pour les espèces marines. La raie manta y migre de façon saisonnière pour suivre sa source principale d’alimentation le plancton... qui est porté par des courants forts d’est en ouest et vice versa, selon les saisons. Mais le changement climatique a pour conséquence de rendre les vents de la mousson, qui produisent ces courants, particulièrement irréguliers. Le lieu où se trouve la nourriture des raies mantas devenant imprévisible, il devient de plus en plus dur de les filmer. Ahmed Shamoon, notre directeur de plongée, mène les recherches. Cela fait 25 ans qu’il plonge avec des raies mantas. AHMED SHAMOON Les raies mantas sont de magnifiques créatures. Pour moi, en voir une que j’ai déjà vue auparavant... c’est comme revoir une amie. STEVE OFF Ahmed nous conseille de nous diriger du côté Ouest des atolls, vers des points précis de rassemblement des raies mantas qu’on appelle des « stations de nettoyage ». C’est là qu’on a le plus de chance d’en voir. Le bras droit d’Ahmed, Farish Mohamed, part en éclaireur. AHMED SHAMOON Pour l’instant, il n’y a rien. Mais il n’y a pas qu’une seule station dans le coin, donc il faut aller voir ailleurs. STEVE OFF On sait qu’il y a plusieurs stations de nettoyage. Alors on cherche... on cherche... et on cherche encore. FARISH MOHAMED Aucune raie manta ici. C’est vraiment pas de chance. STEVE OFF Les journées de tournage passent les unes après les autres et nous commençons à manquer de temps. STEVE Nous sommes ici depuis environ une semaine et pour l’instant, nous n’avons toujours pas trouvé de raie manta. STEVE OFF Alors que nous nous rendons à l’autre bout des atolls, nous sommes surpris par des conditions météorologiques extrêmes et inhabituelles. STEVE C’est loin d’être idéal. On est dans l’Océan Indien, c’est censé être paradisiaque ! STEVE OFF Mais le capitaine d’un bateau à proximité du nôtre nous signale qu’il a vu des raies mantas ici, à cette station de nettoyage. L’état de la mer se dégrade, mais c’est peut-être notre seule chance d’en voir. AHMED SHAMOON Croisons les doigts. Tout repose sur les plongeurs, maintenant ! STEVE Test, 1, 2. Ça, c’est du courant ! C’est absolument extraordinaire. Si je lâche tout, je suis fichu ! STEVE OFF Nous finissons par enfin voir une raie manta. STEVE Regardez ! Vous avez vu ça ? C’est merveilleux. STEVE OFF C’est la nourriture qui a attiré les raies dans ces eaux, mais ce site a autre chose à offrir. STEVE Autour de cette roche et de sa végétation, il y a des centaines de petits poissons dont la spécialité est de nettoyer de plus gros animaux tels que les raies mantas. Ils leur arrachent des petites peaux mortes et des parasites et les aident même à cicatriser leurs blessures. STEVE OFF Pendant que nous filmons cette séquence sous l’eau, les conditions météo à la surface deviennent de plus en plus difficiles. Sortir de l’eau devient vite l’étape la plus dangereuse de la plongée. Nous avons pu filmer des raies mantas à la station de nettoyage mais nous voulions surtout capturer leur incroyable façon de se nourrir. La tempête se calme. Nous nous dirigeons vers un lagon protégé. La lumière du bateau attire le plancton, qui à son tour, attire les raies mantas. STEVE J’ai l’impression d’avoir atterri dans un épisode de Stranger Things. C’est extraordinaire. Dans ce genre de situation, où la nourriture est en surabondance, les raies mantas tournent en rond, encore et encore, comme pour créer un cyclone dont elles se servent pour se nourrir. C’est tout simplement magnifique. STEVE OFF Ces eaux protégées ont permis à ce groupe de se développer. C’est la plus grande population de raies mantas au monde. Elles y vivent toute l’année. La vie en dehors de ce havre de paix est dangereuse. STEVE Juste à l’Est, se trouve le Sri Lanka, où la pêche à la raie manta y est la plus pratiquée au monde. STEVE OFF En moins de cent ans, on estime que la population mondiale de raies mantas a diminué de moitié. AHMED SHAMOON Nous n’avons aucun moyen de savoir ce que ces créatures font quand elles vont et viennent aux abords des atolls. Si elles vont en haute mer et rencontrent des pêcheurs, il peut leur arriver quelque chose. STEVE OFF Mais ici, à l’intérieur de ce sanctuaire, les raies mantas peuvent vagabonder, trouver de la nourriture et se reproduire en sécurité. AHMED SHAMOON L’avenir des raies mantas aux Maldives est prometteur. Je pense qu’on va dans la bonne direction. STEVE Ce qu’il faut, c’est qu’une plus grande part de nos océans soit protégée comme l’Océan Indien l’est ici. Si cela est possible, alors l’avenir des requins est assuré. STEVE BACKSHALL Les requins sont les prédateurs les plus redoutés de la planète. Mais aussi ceux qui suscitent le plus d'idées reçues. Voilà plus de 30 ans que je plonge aux côtés des requins. Mais aujourd’hui, je m’apprête à les côtoyer d’encore plus près. Je pars explorer les profondeurs de nos océans à la découverte de leur vie secrète. Prêt à remettre en question tout ce que nous pensions savoir des requins, qui comptent parmi les créatures les plus mystérieuses au monde. STEVE BACKSHALL OFF Les océans abritent plus de 500 espèces de requins. Leur apparence et leurs comportements sont divers et variés. Et le plus grand habitat naturel de requins est aussi le plus vaste océan de la planète l’océan Pacifique. STEVE BACKSHALL OFF La superficie de l’océan Pacifique est supérieure à celle de tous les territoires terrestres réunis. Pendant plus de 400 millions d’années, cette jungle sous-marine a fourni les ressources naturelles nécessaires aux requins pour prospérer. Mais l’espèce est aujourd’hui en voie de disparition. Cachés au fond de cet immense océan, des sites stratégiques dont dépend la survie des requins. Ces lieux jouent un rôle majeur dans le mode de vie des requins c’est là qu’ils vont se nourrir, se reproduire, et trouver un sanctuaire. Aidé d’une équipe de scientifiques, je me lance dans une course contre la montre pour trouver les lieux de vie des requins. En découvrant ce qu’ils ont à offrir, nous trouverons peut-être un moyen de préserver cette espèce menacée. STEVE BACKSHALL OFF Mon voyage commence sur une île de l’est du Pacifique. Un territoire isolé qui attire les requins en grands nombres. STEVE BACKSHALL Il a fallu 36 heures de voyage en pleine mer pour arriver ici. Nous sommes aux îles Cocos, l’archipel des requins. J’ai toujours voulu venir ici, et mon rêve se réalise enfin. Je suis sûr que je ne vais pas le regretter. STEVE BACKSHALL OFF À 550 kilomètres de la côte du Costa Rica, les îles Cocos sont un territoire minuscule au milieu de l’océan Pacifique. Si les requins viennent ici, c’est certainement parce qu’ils y trouvent des éléments essentiels à leur survie. Mais en surface, ces éléments ne sautent pas aux yeux. STEVE BACKSHALL Ce que vous voyez derrière moi, c’est la crête d’une montagne. Un mont sous- marin volcanique enfoncé dans les profondeurs, dont le sommet émerge à la surface de l’eau. STEVE BACKSHALL OFF Pour comprendre ce qui fait de ce volcan submergé un paradis pour les requins, je dois explorer leur monde. Je trouve la réponse dès les premières minutes de plongée. La nourriture. Lorsque les puissants courants de l’océan Pacifique se heurtent aux parois naturelles formées par le mont sous-marin, ils remontent à la surface, entraînant avec eux le nitrate et le phosphate présents dans les fonds marins. Cette réaction chimique produit des bancs de plancton, qui attirent la vie sous-marine. STEVE BACKSHALL Ces monts sous-marins font remonter les nutriments présents dans les profondeurs à la surface de l’eau. Ces nutriments nourrissent les petits poissons, qui nourrissent à leur tour les prédateurs comme le madeleineau. Et lorsqu’on arrive au sommet de la chaîne alimentaire, on trouve les requins. STEVE BACKSHALL OFF La présence des poissons porte à croire que les requins du Pacifique ne sont pas loin. STEVE BACKSHALL C’est quoi, ça ? STEVE BACKSHALL OFF Mais le premier requin que j’aperçois s’intéresse en fait au plancton. STEVE BACKSHALL C’est le plus gros poisson de la planète le requin-baleine. C’est une des plus belles créatures au monde. Regardez cette silhouette, elle fait la taille d’un bus ! STEVE BACKSHALL OFF Les taches blanches qu’on aperçoit sur le dos de cette femelle sont aussi uniques que nos empreintes digitales. Aucun requin-baleine ne ressemble à un autre. Cette femelle et ses congénères ne se nourrissent jamais au même endroit. Elle a probablement parcouru des dizaines de milliers de kilomètres pour venir jusqu’ici. Grâce aux nutriments produits par le mont sous-marin, cette zone regorge de micro-organismes. Le long voyage de cette femelle a tenu toutes ses promesses. STEVE BACKSHALL C’est pour ça que je trouve les îles Cocos extraordinaires. Il faut absolument préserver les requins. S’ils survivent, c’est uniquement grâce à des refuges sous- marins comme celui-ci. Je suis émerveillé par ce que je vois. STEVE BACKSHALL OFF La présence des requins baleines et d’autres espèces marines autour des îles Cocos prouve que certains lieux ont une importance considérable pour la survie des requins. Heureusement, l’importance des îles Cocos est reconnue, et les fonds marins constituent une zone protégée. Mais d’autres lieux prisés par les requins n’ont pas eu cette chance. Il devient urgent de les découvrir et de les préserver pour assurer la survie de l’espèce. Mais les requins nécessitent plus que de la nourriture pour prospérer. Les individus ont particulièrement besoin de sécurité au moment de la reproduction. STEVE BACKSHALL OFF Je me rends au nord-ouest de des îles Cocos, sur la côte californienne. Victime des violents courants pacifiques depuis des millénaires, le littoral a changé d’aspect avec les années. Ici, le terrain semble hostile. Mais le paysage offert par les profondeurs ne ressemble en rien à celui de la surface. Dans ces eaux glaciales, les forêts de varech règnent sur l’écosystème. Ces structures verticales atténuent les effets des courants et créent une oasis où les requins peuvent se réfugier pour s’accoupler et mettre leurs petits à l’abri. Voici une holbiche ventrue. Cette espèce de requin ne vit que dans l’est du Pacifique. Cette femelle est venue dans la forêt sous-marine pour se reproduire. Mais au milieu du varech, trouver un partenaire peut s’avérer difficile. Alors l’holbiche ventrue a trouvé un moyen ingénieux pour attirer les prétendants. Elle luit dans le noir. STEVE BACKSHALL OFF Lorsque les ultraviolets émis par les rayons du soleil entrent en contact avec la peau du requin, des molécules renvoient de la lumière verte. L’œil unique de l’holbiche ventrue lui permet d’apercevoir cette lumière. Il peut ainsi trouver l’abri de sa prétendante au milieu du varech pour s’accoupler avec elle. Ce refuge n’est pas qu’un lieu sécurisé pour trouver un partenaire. Après l’accouplement, la femelle se met en recherche du lieu idéal pour la naissance de ses petits. Mais contrairement à d’autres espèces, l’holbiche ventrue n’accouche pas de jeunes requins formés. Cette structure est un œuf d’holbiche ventrue. Il abrite un miracle de la nature un requin microscopique, plus petit qu’un pouce. L’œuf restera accroché ici pendant un an, entouré de prédateurs à la recherche d’une proie facile. Son seul moyen de survie consiste à rester caché. Dans cette forêt de varech, chaque feuille sert de cachette à un œuf de requin. Si l’œuf se détache de la branche... Il sera rapidement dévoré. Ceux qui parviennent à arriver à maturation brisent leur coquille sous la forme de requins adultes miniatures. Contre toute attente, ils ont survécu. Jusqu’à récemment, cette forêt de varech a fourni tous les éléments nécessaires à la survie des requins pendant des générations. Mais lorsque ce petit requin sera en âge de procréer, il risque de ne plus trouver aucun endroit sûr pour cacher sa progéniture. STEVE BACKSHALL OFF Avec la montée de la température des eaux, certains zones sous-marines ont vu la production de varech diminuer de 90 pourcents. Raison de plus pour trouver, étudier et préserver les lieux de vie des requins avant qu’ils ne disparaissent en emportant les animaux avec eux. STEVE BACKSHALL OFF Dans le cadre de mes recherches, je retourne sur les îles Cocos. Cet archipel volcanique est un lieu stratégique on sait que les requins de toutes les espèces s’y rendent, en quête de nourriture. La recherche de ressources alimentaires fait partie des besoins primaires de tous les animaux. Mais les requins viennent ici pour une autre raison, plus surprenante, bien qu’essentielle à leur survie. STEVE BACKSHALL OFF Je cherche un banc de poissons qui entretient une relation particulière avec les requins. STEVE BACKSHALL Ces poissons colorés au corps plat sont des chétodontidés, ou poissons-papillons. Ils se sont réunis ici pour proposer leurs services aux espèces plus imposantes. Cet endroit sert de zone de nettoyage. Les poissons-papillons s’apprêtent à nettoyer les individus d’autres espèces. STEVE BACKSHALL OFF Pour les requins, la propreté est un besoin vital. Les requins-marteaux halicornes parviennent à trouver les zones comme celle-ci dans l’océan, malgré un paysage dans lequel il semble impossible de se repérer. La tête aplatie des requins-marteaux est la clé de leur sens de l’orientation légendaire. Équipés d’organes sensoriels surnommés les ampoules de Lorenzini, ces requins ont un sixième sens qui leur permet de décrypter les champs électromagnétiques invisibles présents sur Terre. Le fer naturellement présent dans la roche des volcans sous-marins comme ceux des îles Cocos intensifie les champs électromagnétiques. À la manière d’un GPS, ce système de navigation interne a guidé cette femelle jusqu’à la station de nettoyage. STEVE BACKSHALL En s’approchant, les requins se dandinent de droite à gauche pour signaler aux poissons qu’ils sont venus pour être nettoyés. STEVE BACKSHALL OFF Les courageux poissons s’exécutent. Ils foncent sur le requin pour manger les peaux mortes et les parasites, avant de nettoyer ses plaies. Une pratique qui profite à chacune des deux parties. STEVE BACKSHALL C’est l’exemple parfait de la symbiose entre deux espèces, qui vivent en harmonie et qui travaillent main dans la main. STEVE BACKSHALL OFF La femelle satisfaite voit rapidement ses congénères la rejoindre. Chacun patiente en attendant son tour. STEVE BACKSHALL La plupart de ces requins-marteaux sont des femelles. Elles viennent ici ensemble, elles sociabilisent avant de se rendre à la zone de nettoyage. C’est l’équivalent d’un spa. Un vrai week-end entre copines requins-marteaux ! STEVE BACKSHALL OFF Cette pratique peut sembler frivole. Mais les parasites et les plaies infectées peuvent rendre les requins aveugles, les affaiblir physiquement, et même entraîner la mort. Les zones de nettoyage sauvent littéralement des vies. Du nettoyage aux réserves de nourriture, en passant par les refuges propices à la naissance, la survie des requins dépend d’un vaste réseau de lieux stratégiques, qui trouvent leur utilité à différentes étapes de la vie de l’espèce. Mais tout ne repose pas sur des zones géographiques spécifiques. Présents sur Terre depuis des millénaires, les requins ont réussi à s’adapter à leur environnement en étant au bon endroit au bon moment. STEVE BACKSHALL OFF À 6 000 kilomètres à l’ouest, au cœur du Pacifique sud, j’atteins Fakarava, un atoll isolé au milieu de l’océan. À l’instar des îles Cocos, ce territoire attire les requins venus de toutes les zones du Pacifique grâce à un élément naturel unique et indispensable à leur survie. Mais l’importance de cette île ne repose pas uniquement sur les raisons qui attirent les requins ici. L’élément vital de cette équation est d’ordre temporel. À Fakarava, il faut arriver au bon moment. STEVE BACKSHALL OFF C’est la marée la plus haute de l’année. Les requins gris de récif s’attroupent autour d’un courant sous-marin. Ils sont plusieurs centaines. Ils attendent patiemment. Les mérous camouflage, des poissons habituellement solitaires, se sont réunis par milliers pour pondre leurs œufs au milieu du courant. Lorsque la marée se retirera, elle transportera leur progéniture dans les profondeurs, à l’abri des prédateurs. Cet événement de quelques heures ne se produit qu’une fois par an. Tandis que les œufs dérivent vers leur abri naturel, les requins concentrent leur attention sur les mérous adultes. STEVE BACKSHALL OFF Nous savons aujourd’hui que ce festin annuel a une importance capitale pour les apports énergétiques nécessaires aux requins. Mais jusqu’à il y a peu, cet événement nous était encore inconnu. Pour aider à la préservation des requins, les scientifiques ont besoin de comprendre comment fonctionnent les rituels comme celui-ci. Menée par Laurent Ballesta, une équipe de biologistes marins et de cinéastes pense avoir percé le mystère. LAURENT BALLESTA Les gens voient les requins comme des barbares. Des animaux sans cervelle assoiffés de sang. Mais les images qu’on a filmées prouvent qu’ils sont bien plus organisés qu’on ne le croit. STEVE BACKSHALL OFF Grâce à des caméras dernier cri adaptées aux fonds marins, Laurent est parvenu à ralentir les images et à les figer complètement. Ses prises de vue ont révélé des comportements encore jamais observés chez les requins. STEVE BACKSHALL OFF En se cachant dans les coraux, les mérous devraient être à l’abri des requins les plus imposants. Mais parmi le groupe, l’image ralentie filmée par Laurent révèle l’arme secrète des requins gris de récif. Un requin pointe blanche solitaire. Lointain cousin du requin gris de récif, il est juste assez petit pour faire sortir les mérous de leur cachette. À découvert, les poissons n’ont aucune chance face à la meute de requins. Grâce à leur travail d’équipe et au rôle du requin pointe blanche, les requins gris de récif augmentent leurs chances de réussite de 500 pourcents. Cette organisation est signe d’intelligence. Les découvertes de Laurent bouleversent tout ce que nous pensions savoir des requins et de leurs comportements. LAURENT BALLESTA Les gens pensent que les requins deviennent fous quand ils chassent leur proie. C’est faux. Ils travaillent en harmonie. STEVE BACKSHALL OFF L’atoll de Fakarava nous a montré les requins sous un nouveau jour. STEVE BACKSHALL OFF Les scientifiques du monde entier mènent des recherches similaires à celles de Laurent. Dans l’océan Pacifique et ailleurs, on étudie la façon dont les requins utilisent les ressources de certaines zones stratégiques, dans l’espoir de protéger l’espèce. Aujourd’hui, la préservation des requins est devenue cruciale. STEVE BACKSHALL Avec les centaines de millions d’individus pêchés dans les océans chaque année, la population de requins et de raies en milieu naturel a baissé de 71 pourcents depuis ma naissance. Ces animaux existaient avant l’apparition des dinosaures et ont réussi à survivre après leur extinction, mais ils pourraient complètement disparaître en l’espace d’une génération. STEVE BACKSHALL OFF J’ai vu de mes propres yeux la menace qui met la survie des requins en danger. Le réchauffement des océans et la détérioration des écosystèmes marins font partie des premiers dangers qui pèsent sur la préservation de requins. Mais la plus grande menace est de loin la pêche. Que les requins soient directement ciblés par les bateaux de pêche ou pris par erreur dans leurs filets, l’impact sur le nombre d’individus dans l’océan est dramatique. Le problème est particulièrement alarmant dans les eaux du Pacifique, où la pêche intensive fait des ravages sans précédent. Pour tenter de trouver une solution, je me rends sur l’archipel de Revillagigedo, à 630 kilomètres à l’ouest du Mexique. Cet îlot est le sommet émergé d’un immense volcan sous-marin. STEVE BACKSHALL Roca Partida est un des plus grands monts sous-marins au monde. Il faut compter une journée de bateau pour atteindre la terre la plus proche, mais on est tout près des abysses. Ici, il y a 3 700 mètres de profondeurs. STEVE BACKSHALL OFF Cette petite île renferme peut-être la solution. Nous sommes au milieu de la zone protégée la plus vaste d’Amérique du Nord. Ici, la pêche est strictement interdite. Et en plongeant, on voit tout de suite les bienfaits de ces restrictions. STEVE BACKSHALL Avec ses nageoires, cette raie fait près de huit mètres de large. STEVE BACKSHALL OFF Dans d’autres zones du Pacifique, les raies manta, cousines des requins, sont victimes de l’espèce humaine. Menacées par la pêche intensive et un faible taux de reproduction, ces géantes sous-marines sont aujourd’hui en voie d’extinction. Mais grâce à la zone protégée autour de Roca Partida, ces merveilles des profondeurs peuvent se nourrir sans risque de persécution. Et elles ne sont pas les seules. STEVE BACKSHALL C’est un banc de requins soyeux ! Ils doivent être une centaine ! Dans un monde où les requins sont en voie de disparition, c’est extrêmement rare, de voir ça. STEVE BACKSHALL OFF Les requins soyeux sillonnent l’océan Pacifique, menacés par les bateaux de pêche qui les traquent pour leurs ailerons ou les prennent accidentellement dans leurs filets en attrapant du thon. Les raies manta et les requins soyeux sont des espèces nomades. Ils ne resteront pas longtemps à Roca Partida. Mais certains requins tirent avantage de ce refuge sous-marin jusqu’à la fin de leur vie. STEVE BACKSHALL Chaque corniche, chaque fissure, chaque crevasse regorge de requins-pointe blanche. Ils sont serrés les uns contre les autres, comme des sardines. Rien à voir avec l’image que les gens se font des requins. On s’attendrait à voir des prédateurs menaçants à la recherche constante d’une proie. Pas des petites bestioles collées les unes aux autres comme une famille installée sur le canapé un dimanche après-midi. Certains d’entre eux ne sont pas plus longs que mon avant-bras. Ce sont littéralement des bébés requins. À mon avis, ils sont nés il y a seulement quelques semaines. STEVE BACKSHALL OFF Les requins pointe blanche savent nager dès leur naissance. Sans la protection de leurs géniteurs, ils doivent se défendre seuls. Ces bébés requins sont blottis les uns contre les autres dans cette crevasse. Ils restent ensemble par souci de sécurité, ou peut-être simplement pour avoir de la compagnie. Un des jeunes requins tente une incursion rapide hors de son nid. L’océan est dangereux pour les petits requins comme lui. Mais il rejoint vite ses congénères. Il fait partie des rares chanceux de son espèce. Cet îlot lui fournira tout ce dont il a besoin jusqu’à la fin de sa vie. Il n’aura jamais besoin de quitter son habitat sécurisé. STEVE BACKSHALL OFF Si la diversité prospère à Roca Partida, c’est parce que l’îlot est dans une zone protégée. C’est un havre de paix pour les requins, qui sont encore nombreux dans l’est du Pacifique. Les sanctuaires et les lieux sûrs comme celui-ci sont indispensables à la survie des requins. Mais j’aimerais savoir si les zones protégées les plus vastes ont un impact sur la préservation de la diversité des espèces de requins. STEVE BACKSHALL OFF À l’ouest du Pacifique, la grande barrière de corail, un des sanctuaires marins les plus célèbres au monde, nous apportera peut-être des réponses. En plus de servir d’abri aux requins, elle représente un refuge pour toutes les créatures marines. STEVE BACKSHALL OFF Étendue sur plus de 2 300 kilomètres le long de la côte est australienne, la grande barrière de corail est la plus grande structure vivante de la planète. Depuis plus de 40 ans, la majorité de son étendue est en zone protégée. Bien que la préservation humaine ne puisse pas protéger la zone du réchauffement climatique, elle permet à la grande barrière de corail d’abriter plus de 9 000 espèces d’animaux marins. En Australie, on compte plus d’espèces de requins et de raies que n’importe où ailleurs. STEVE BACKSHALL OFF Un requin en particulier témoigne de la diversité extraordinaire présente dans cette partie du Pacifique. Le requin-chabot ocellé. La grande population marine qui occupe le récif implique une compétition féroce pour s’approprier les ressources. Mais ce petit requin qui ne paie pas de mine dispose d’un talent très étonnant qui lui permet de surpasser ses adversaires. Lorsque la mer se retire deux fois par jour avec la marée descendante, elle laisse derrière elle de petites flaques d’eau séparées les unes des autres par les coraux. Pour éviter de finir échoués sur les coraux exposés à l’air libre, les requins partent au large avec la marée. Mais pas le requin-chabot. Réfugié dans une flaque d’eau en pleine évaporation, il ouvre ses branchies une dernière fois. Mais il n’a pas rendu son dernier souffle. STEVE BACKSHALL OFF Ses branchies ne fonctionnent pas à l’air libre. Mais en ralentissant de moitié son rythme cardiaque et en mettant ses organes internes au repos, le requin- chabot peut survivre jusqu’à une heure hors de l’eau. Il est doté d’une capacité encore plus étonnante chez un poisson. Il peut marcher. En se servant de ses nageoires pour se déplacer, il parvient à ramper sur les coraux à l’air libre. Le processus peut sembler extrêmement compliqué. Mais dans un environnement où la compétition fait rage, c’est une stratégie inventive. Le prix de ses efforts ? Une piscine naturelle privée, où lui seul pourra régner en prédateur. STEVE BACKSHALL OFF Cette capacité d’adaptation incroyable est le témoin de la grande diversité des espèces de requins. Cette diversité ne pourra subsister que si nous parvenons à protéger les habitats qui leur permettent de se nourrir, de se reproduire et de rester en bonne santé. Malheureusement, les refuges naturels comme la grande barrière de corail ne sont pas légion. L’écrasante majorité de l’océan Pacifique, soit plus de 90 pourcents de sa surface, n’est pas en zone protégée. STEVE BACKSHALL OFF Je poursuis mon voyage en explorant les eaux qui entourent les îles Cocos. Je rejoins une équipe de chercheurs à bord du Sharkwater. Les scientifiques tentent de répondre à une question fondamentale en matière de préservation des espèces de requins que leur arrive-t-il lorsqu’ils quittent les espaces protégés ? L’équipe est menée par Randall Arauz, scientifique renommé et spécialiste des requins. RANDALL ARAUZ Si les requins se déplacent entre deux monts sous-marins, en passant par des zones où la pêche est autorisée, ils se retrouveront forcément pris dans les filets. Il faut absolument développer des programmes de préservation des fonds marins basés sur les résultats des études scientifiques. STEVE BACKSHALL OFF Randall et son équipe étudient les trajets des requins-marteaux halicornes lorsqu’ils quittent les eaux protégées des îles Cocos pour rejoindre le large. D’après les analyses, tout porte à croire qu’ils empruntent une route spécifique pour se déplacer entre plusieurs points stratégiques. STEVE BACKSHALL Quand on regarde la topographie sur cette carte, on remarque de vastes étendues de profondeurs marines, mais aussi des dorsales océaniques. RANDALL ARAUZ On sait que les requins se déplacent entre les îles Cocos et les Galapagos en longeant la plaque tectonique de Cocos. Il y a un mont sous-marin hautement magnétique dans cette zone. On pense que les requins suivent les champs magnétiques terrestres pour se repérer. On a surnommé cette route « le courant Cocos-Galapagos ». STEVE BACKSHALL OFF L’itinéraire des requins-marteau les mène au beau milieu d’une zone de pêche intensive. Ce phénomène pourrait-il expliquer pourquoi la population décline aussi rapidement ? RANDALL ARAUZ Les requins-marteaux ont été déclarés en voie de disparition en décembre 2020. Donc si on ne change rien, si personne n’écoute ce qu’on dit depuis plus de trente ans et qu’on continue comme ça pendant les vingt prochaines années, on verra les requins-marteaux disparaître avant notre mort. STEVE BACKSHALL OFF S’il parvient à prouver son hypothèse, Randall espère convaincre les gouvernements de protéger les sanctuaires marins, mais aussi les canaux qui permettent aux requins de circuler d’une zone à une autre. Notre mission est d’équiper un requin-marteau halicorne d’un transmetteur qui permettra aux chercheurs d’analyser les mouvements de l’animal. STEVE BACKSHALL Comment tu veux t’y prendre ? RANDALL ARAUZ On va descendre à 15 ou 20 mètres de profondeur, trouver une zone de nettoyage et attendre qu’un requin approche. Ensuite, on essaiera de l’équiper d’une balise. STEVE BACKSHALL OFF Au bout de cette perche, une balise GPS qui enregistrera tous les mouvements du requin pendant près de 10 ans. Ma mission est de mesurer la taille du requin que nous équiperons, afin que les chercheurs estiment son âge. STEVE BACKSHALL Les deux faisceaux lumineux sont fixes. Donc en les braquant sur le corps d’un requin, ça me donne une idée de sa taille. STEVE BACKSHALL OFF Ce requin mesure près de trois mètres de long. C’est une femelle adulte d’environ 16 ans. Malheureusement, elle garde ses distances. Pour accrocher la balise, il faut que le requin s’approche de quelques mètres. Randall saisit sa chance. STEVE BACKSHALL Génial ! Tout près de la nageoire dorsale, c’est parfait ! Si tout se passe comme prévu, cette balise nous fournira des informations sur le requin et ses mouvements. Ces informations nous permettront de mieux comprendre les requins-marteaux et leurs mouvements migratoires. C’est ça qui nous aidera à les protéger. STEVE BACKSHALL OFF La balise ne fera aucun mal au requin. Mais elle est peut-être la clé de son destin. La plaque tectonique de Cocos est un lieu de rencontre prisé par les requins- marteaux. Ici, les individus se regroupent par milliers. En regardant notre requin s’éloigner, je le vois rejoindre de nombreux congénères. STEVE BACKSHALL Au premier coup d’œil, on aperçoit une vingtaine ou une trentaine de requins. Mais quand on regarde bien, ils sont plusieurs centaines ! C’est un des lieux de rencontre les plus prisés des prédateurs marins. STEVE BACKSHALL OFF D’après les scientifiques, cet attroupement rare de requins-marteau ferait partie d’un rituel d’accouplement extrêmement organisé. Quelque part parmi eux, notre requin transporte un petit morceau d’espoir pour son espèce. STEVE BACKSHALL Les monts sous-marins comme celui des îles Cocos jouent un rôle majeur dans la survie d’espèces comme le requin-marteau halicorne. Sans ces refuges, les requins n’auraient pas d’avenir. Mais le plus important, c’est de comprendre ce qui leur arrive lorsqu’ils quittent les zones protégées pour s’aventurer au large, en pleine mer. STEVE BACKSHALL OFF Mon voyage au cœur du royaume des requins m’a mené dans les profondeurs des trois grands océans de la planète. J’ai vu la capacité fabuleuse de ces animaux incroyables à s’adapter pour prospérer. Pourtant, leur monde change à une vitesse alarmante. Mais je garde espoir. Si l’espèce humaine est responsable des difficultés rencontrées par les requins, elle tient peut-être entre ses mains la solution pour assurer leur survie. La grande histoire des requins n’en est pas à son dernier chapitre. STEVE BACKSHALL OFF Le tournage de cet épisode dans l’océan Pacifique nous a rappelé les difficultés auxquelles on s’expose lorsqu’on cherche à filmer les requins. Les prises de vue les plus difficiles ont été tournées à Cocos, au large de la côte du Costa Rica. C’est là que nous avons filmé les requins-marteaux halicorne, une espèce menacée. J’étais entouré de six cadreurs, deux tonnes de matériel technique, et d’une équipe de scientifiques. STEVE BACKSHALL Après 36 heures de navigation... on est arrivés. Les îles Cocos. STEVE BACKSHALL OFF Cet archipel inhabité recouvert d’une jungle dense a inspiré les décors du film Jurassic Park. Ses profondeurs sauvages sont l’endroit idéal pour filmer une horde de requins-marteaux. Notre base est un ancien bateau de pêche. Son nom le Sharwater. Il a été rénové avec des équipements dernier cri pour la recherche et la préservation des requins. À la tête de l’équipe scientifique, le grand spécialiste des requins Randall Arauz. RANDALL ARAUZ Pour ce bateau, c’est une vraie rédemption. À l’origine, c’était un bateau de pêche japonais. Aujourd’hui, il contribue à la protection des requins. C’est une belle histoire. STEVE BACKSHALL OFF Nous sommes accompagnés de Mark Sharman, un cadreur primé. Il connaît bien les difficultés inhérentes à la captation d’images de requins. MARK SHARMAN Quand on s’approche avec des caméras énormes, c’est difficile de faire en sorte que les requins continuent à se comporter naturellement. Il faut beaucoup de patience et plusieurs plongées pour tourner des images satisfaisantes. STEVE BACKSHALL OFF Randall nous conseille de plonger près des dorsales océaniques. Il y a vu des requins-marteaux en grands nombres lors de ses excursions précédentes. STEVE BACKSHALL OFF Le plus compliqué dans ce genre de mission, c’est qu’on ne peut rien prévoir. Tout ce qu’on peut faire, c’est plonger le plus souvent possible en espérant trouver quelque chose à filmer. MARK SHARMAN Trois, deux, un ! STEVE BACKSHALL OFF Mark et moi sommes accompagnés de deux plongeurs professionnels. Nous sommes équipés de caméras haute définition et d’un système qui nous permet de communiquer avec Rosie Gloyns, la réalisatrice restée sur le bateau. ROSIE GLOYNS Équipe plongée, ici la surface. STEVE BACKSHALL C’est Steve. Tout va bien. On s’enfonce dans les profondeurs en longeant la roche du mont sous-marin. Je vois déjà des requins au loin. STEVE BACKSHALL OFF Les requins-marteaux sont des nomades. Ils parcourent des milliers de kilomètres à travers l’océan Pacifique, voyageant entre les sites qui regorgent de proies et ceux où ils pondent leurs œufs, en passant par des zones de rencontres. Ici, les requins se regroupent parfois en très grands nombres. Mais nous n’avons aucun moyen de savoir à quel moment les hordes se formeront. ROSIE GLOYNS Il faut un peu de magie pour être au bon endroit au bon moment, quand on cherche des requins-marteaux. Ils aiment les courants, mais pas trop forts. Ils aiment l’eau froide, mais pas trop. Ils aiment quand le ciel est nuageux, alors on espère que ça les attirera. STEVE BACKSHALL OFF Les requins que nous croisons semblent garder leurs distances. STEVE BACKSHALL Je pense que le mieux, ce serait de se mettre dans un coin et d’essayer de se faire remarquer le moins possible pour éviter d’effrayer les requins. STEVE BACKSHALL OFF Une fois que nous sommes cachés, les requins-marteaux s’approchent. STEVE BACKSHALL OFF Nos caméras captent des images uniques de leurs instants de vie les plus intimes. Mais alors que nous pensions avoir les images dans la boîte... STEVE BACKSHALL Qu’est-ce qui se passe ? Cinq ou six requins sont partis à toute vitesse. On dirait que quelque chose leur a fait peur. STEVE BACKSHALL OFF Cette fois-ci, nous ne sommes pas responsables. STEVE BACKSHALL Regarde, y en a d’autres ! Il y a des dauphins au-dessus de nous ! Dès que les dauphins sont arrivés, les requins ont détalé. STEVE BACKSHALL OFF Visiblement, les requins-marteaux ont peur des dauphins autant que des plongeurs. Nous avons plusieurs de dauphins à filmer. Mais pas le moindre requin en vue. STEVE BACKSHALL Pendant des siècles, les marins et les victimes de naufrages ont raconté que des dauphins leur avaient sauvé la vie en chassant les requins. On doit être la première équipe de plongeurs à espérer le contraire. On ne veut surtout pas voir les dauphins arriver et faire fuir les requins. STEVE BACKSHALL OFF Filmer une horde de requins-marteaux, c’est un vrai défi. D’après les spécialistes, ils se regroupent près des îles Cocos pendant quatre mois de l’année. Ces quatre mois correspondent à la saison des pluies. Nous sommes victimes du climat le plus hostile des îles pacifiques. STEVE BACKSHALL Il y a une énorme dépression météorologique au-dessus de nous. Peut-être même un cyclone tropical. On va devoir faire très attention. STEVE BACKSHALL OFF La plongée dans les zones isolées est déjà un défi en soi. Alors les conditions météorologiques extrêmes rendent le tournage d’autant plus difficile. Avec si peu de visibilité, les chances que les plongeurs soient séparés les uns des autres par des courants marins sont multipliées. Malgré ces conditions, nous savons que plus nous passerons de temps dans les profondeurs, plus nous aurons de chances de filmer des requins- marteaux. Nous décidons de plonger. STEVE BACKSHALL Venez au Costa Rica, qu’ils disaient ! Tu parles d’un paradis sous les tropiques ! Le soleil, le sable blanc... STEVE BACKSHALL OFF Notre fenêtre de tir est sur le point de se refermer. STEVE BACKSHALL Un jour, on y arrivera, Mark. Mais pas aujourd’hui. STEVE BACKSHALL OFF Alors que les jours passent, je perds espoir. Si nous n’avons toujours pas vu de requins-marteaux en grands nombres, c’est peut-être parce que cette espèce menacée n’est plus présente dans cette zone. En seize ans de plongée autour des îles Cocos, Randall a vu diminuer la population de requins-marteaux de ses propres yeux. RANDALL ARAUZ La première fois que je suis venu sur les îles Cocos en 2004, on voyait des groupes immenses de requins-marteaux. Quand on essayait de les compter, on perdait le fil au bout de 150 ou 160 requins. De nos jours, il y a de moins en moins de requins. Il faut qu’on se bouge, qu’on arrête de tuer autant d’animaux. STEVE BACKSHALL OFF Les requins-marteaux sont pêchés par millions dès l’instant où ils quittent les zones protégées comme Cocos. Les scientifiques estiment que le nombre de requins a chuté de 90 pourcents. Les hordes de requins se font donc de plus en plus rares. Nous sommes déterminés à capter les images de ce phénomène hors-normes avant qu’il ne soit trop tard. STEVE BACKSHALL Cette fois, c’est la bonne. STEVE BACKSHALL Un énorme banc de requins arrive à ma droite. Ils sont très nombreux. T’as vu ça, Mark ? Ça fait beaucoup de requins ! STEVE BACKSHALL OFF Après trente heures de plongée, nous sommes enfin au bon endroit au bon moment. Les requins-marteaux se réunissent par centaines. STEVE BACKSHALL J’y crois pas ! C’est complètement incroyable ! STEVE BACKSHALL OFF Les images comme celles-ci nous donnent une idée du quotidien des requins. Une espèce menacée d’extinction dont il faut absolument raconter l’histoire extraordinaire. STEVE BACKSHALL C’est une des choses les plus incroyables qu’on puisse voir dans la nature. J’ai énormément de chance d’être ici. STEVE OFF Les requins sont les prédateurs les plus redoutés de la planète. Mais aussi ceux qui suscitent le plus d'idées reçues. Voilà plus de 30 ans que je plonge aux côtés des requins. Et aujourd'hui, je m'apprête à les côtoyer d'encore plus près. Je pars explorer les profondeurs de nos océans à la découverte de leur vie secrète. Prêt à remettre en question tout ce que nous pensions savoir des requins, qui comptent parmi les créatures les plus mystérieuses au monde. STEVE OFF Dans cet épisode spécial, je vais m'intéresser aux requins des îles Britanniques. Cette année, j'ai plongé dans les océans Atlantique... ...Indien et Pacifique pour découvrir comment, en l'espace de 400 millions d'années, les requins ont conquis la totalité de l'habitat marin. À présent, je rentre à la base pour montrer que malgré leur faible étendue, ces îles abritent une grande variété de requins. STEVE J'ai toujours eu une fascination presque obsessionnelle pour les requins, et j'ai passé la majeure partie de ma vie d'adulte à les rencontrer dans des milieux particulièrement difficiles et exotiques. Mais j'en ai peu vu ici, dans mon pays d'origine. Au Royaume-Uni, on compte au moins trente espèces différentes, et leur vie recèle bien des secrets. STEVE OFF Des géants nonchalants aux chasseurs en embuscade rapides comme l'éclair... ...en passant par la famille des raies à corps plat et les classiques Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 prédateurs en forme de torpille... ...les requins de Grande-Bretagne n'ont rien à envier en termes de diversité. D'ailleurs, la quantité d'espèces de requins recensées ici est comparable à celle des Bahamas. Mais bon nombre de nos requins sont insaisissables, et la moitié d'entre eux sont considérés comme menacés. On serait donc tenté de dire que les requins de Grande-Bretagne sont les plus mystérieux de la planète. Je commence avec l'un d'entre eux. STEVE OFF Me voici sur deux îles lointaines au large de la côte ouest écossaise. Pour l'heure, le plus gros requin dans nos contrées semble avoir disparu. Les requins pèlerins sont de gentils géants qui se nourrissent de plancton. On a du mal à croire qu'un animal pouvant atteindre les douze mètres de long et les quatre tonnes soit difficile à repérer. Mais ces créatures passent la plus grande partie de leur vie à l'abri des regards de l’homme, généralement seules, et souvent à des endroits trop profonds ou reculés pour permettre aux scientifiques de les suivre. L'Écosse est unique, car c'est l'un des rares endroits sur Terre où l'on peut prévoir des rencontres... ...Et pas seulement des rencontres d’un ou deux individus, mais des dizaines, voire des vingtaines. Durant les mois estivaux, entre mai et septembre, les requins pèlerins se regroupent souvent ici pour se nourrir et s'accoupler en société. Des dizaines de requins gigantesques dans une nage synchronisée, comme au ralenti... Mais malgré ma présence en pleine saison, il n’y a pas le moindre regroupement de ces gros requins à l'horizon... Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 Comme les requins pèlerins sont menacés, ce changement radical de leurs habitudes laisse les scientifiques perplexes. STEVE C'est difficile à expliquer, mais il se passe quelque chose de bizarre par ici. Il semblerait qu'on se trouve dans une étrange période de l'histoire de la vie marine. STEVE OFF Selon Rachel Brooks, zoologiste et guide spécialisée dans les requins, leur disparition pourrait être due à des changements dans leurs ressources alimentaires microscopiques. STEVE C'est inhabituel pour vous tous ? RACHEL BROOKS Oui. Leurs apparitions sont très sporadiques et il semble y en avoir très peu dans cette zone cette année, et ce n'est pas normal. STEVE Vous savez à quoi ça pourrait être lié ? Il se passe quelque chose dans nos mers qui explique leur absence ? RACHEL BROOKS C'est possible. C'est assez rare d'être en Écosse et de profiter de ce climat presque tous les jours. Cette météo clémente qui persiste depuis plusieurs mois pourrait affecter le développement du plancton dans l'eau. Il semblerait qu'il n'arrive pas à remonter à la surface comme il le fait normalement. STEVE OFF Partout dans le monde, l'évolution des conditions océaniques a des effets considérables sur les requins. Cela va des absences de migration à des disparitions pures et simples. Environ vingt-et-une espèces recensées autour des îles Britanniques vivent ici toute l'année, comme la petite roussette. Mais d'autres, comme le requin mako ou le robuste requin du Groenland, sont des visiteurs Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 saisonniers. À mesure que nos océans se réchauffent, il est crucial que les scientifiques surveillent quels requins peuplent nos océans, et à quel moment. À l'extrême ouest du pays de Galles, l’immense baie de Cardigan (kardigane) abrite une vie marine d'une grande richesse. Jake Davies (djèïk dèviss), biologiste de la vie marine, a pour mission de les répertorier. JAKE DAVIES J’ai découvert le monde sous-marin quand j’ai commené la plongé à 17 ans. Ma passion, c'est de partager mes connaissances et de rendre cet univers plus accessible. C'est essentiel de montrer ça aux gens et de les connecter à la nature. STEVE OFF Mais il a jeté son dévolu sur un requin très spécifique. JAKE DAVIES En 2019, j'ai monté un petit projet baptisé « Les Anges Gardiens ». Il visait à déterminer si on pouvait voir et répertorier l'ange de mer commun, en danger critique d'extinction. STEVE OFF Le rarissime ange de mer associe une queue assez typique du requin avec un devant aplati plus caractéristique d'une raie. Ce sont les rois du camouflage et même si on pense pouvoir les trouver dans nos mers toute l'année, personne n’en avait jamais filmé ici. Après des milliers d'heures passées en mer, à l'aide de caméras uniques dotées d'appâts, Jake et son équipe ont créé des enregistrements visuels sans précédent des espèces de requins britanniques. Ils ont obtenu des images de raies bouclées, cousines du requin, de timides milandres, et de l'incroyable processus d'accouplement des roussettes. Mais aucun ange de mer n'a été repéré. Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 Alors que Jake avait perdu espoir, il a assisté à un phénomène exceptionnel lors d'une plongée de routine. JAKE DAVIES Au bout de dix minutes, j'ai vu ce qui ressemblait à une queue d'ange de mer. Il a fallu que je me rapproche pour y croire. Il était là. On voyait la forme de l'ange de mer, et c'était surréaliste. STEVE OFF C'était la première fois qu'un ange de mer était filmé dans les eaux britanniques et, en prime, cette rencontre a fourni de précieuses indications scientifiques sur leur vie ici. JAKE DAVIES Le plus formidable dans tout ça, c'est que c'était un petit. C'est fondamental dans le cadre de notre projet au pays de Galles, car c'est une preuve de plus que l'ange de mer se reproduit au large des côtes galloises. STEVE OFF Les vidéos ont aussi immortalisé les facultés incroyables de l'ange de mer en matière de dissimulation... ...et de chasse par embuscade. JAKE DAVIES Je pensais que ça ne serait jamais possible, mais rien n'est impossible. Si on y passe assez de temps, on finit par trouver ce qu'on cherche. STEVE OFF Dans l'Atlantique Nord, les découvertes sur les requins s'enchaînent à un rythme effréné. De retour en Écosse, je me dirige vers une zone qui est le théâtre d'une énorme avancée et qui concerne l'un des membres les plus exceptionnels de la famille des requins. STEVE La côte ouest de l'Écosse est probablement le meilleur vivier d’espèces marines. C'est le paradis des criques, des îles et des bras de mer, et le dernier bastion d'un parent du requin en danger critique d'extinction le pocheteau gris. Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 STEVE OFF Le pocheteau et la raie sont des cousins proches du requin et partagent le même plan anatomique, mais depuis des millions d'années, ils se sont spécialisés pour épouser une forme aplatie, idéale pour se tapir sur le fond marin. Dans les eaux européennes, le pocheteau gris est de loin le plus large de son espèce il atteint les deux mètres d'envergure. Ces spécimens passent le plus clair de leur temps dans les profondeurs, où ils se nourrissent de crustacés et d'une palette étonnante de poissons. Autrefois, on les trouvait en nombre dans l'Atlantique Nord, mais à présent, l'Écosse est l'un des rares endroits où ils semblent lutter pour leur survie. Ici, dans les Hébrides extérieures, Chris Rickard (kriss rikarde) et Lauren Smith (laurènn smiss), plongeurs et protecteurs de l'environnement, viennent de faire des découvertes incroyables. STEVE Qu'est-ce qu'on ignore encore à propos de la vie de cet animal ? CHRIS RICKARD Pour faire simple, je dirais pratiquement tout. On sait qu'ils couvrent toute l'étendue de l'Écosse, mais c'est à peu près tout, et je ne parle que des adultes. On ne sait pas à quelle vitesse ils grandissent ni combien de temps ils vivent. On ignore de quoi ils se nourrissent quand ils sont petits. Les dents des petits et des adultes n’ont pas la même forme. LAUREN SMITH Il faut qu'on en apprenne de plus en plus, et mieux on les comprendra, mieux on pourra protéger cette espèce extraordinaire. STEVE OFF Les requins recèlent bien des secrets, mais le plus grand mystère tient peut-être à leur site et à leur mode de reproduction. Tandis que certains requins donnent naissent à des petits entièrement formés et les abandonnent dans des pouponnières protégées... ...d'autres pondent des œufs. C'est ce qu'on surnomme des « bourses de Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 sirènes ». L'embryon continue de s'y développer, souvent pendant des mois, avant d'éclore. Parfois, ces capsules d'œufs s'échouaient sur les plages, mais on avait peu de détails sur leur provenance. Mais un beau jour, Lauren et Chris ont découvert non pas un mais deux sites de ponte utilisés par ces mystérieux cousins du requin. CHRIS RICKARD On a plongé à cet endroit, dans le détroit Intérieur, à une trentaine de mètres de profondeur. On est remontés de deux ou trois mètres, et on a trouvé une bourse, puis deux autres. Quand on se retrouve aussi près d'un petit en développement d'une espèce en danger critique d'extinction, c'est incroyable. C'est comme si on trouvait une tanière de pandas dans les bois. Vous voyez ce que je veux dire ? Des bébés pandas. STEVE OFF Le plus grand site a bénéficié d'une protection immédiate contre toute perturbation. Mais sous l’étroite surveillance de Chris et Lauren, j’ai été invité à plonger au niveau du second site pour que je voie ce spectacle incroyable de mes propres yeux. Au premier abord, dans l'obscurité, il est difficile d'imaginer un endroit moins accueillant pour une pouponnière. STEVE RADIO Ces fonds marins sont un monde bien étrange.. Il y a des anémones et des ophiures à profusion. STEVE OFF Mais ensuite, émergeant des profondeurs obscures, la forme caractéristique des œufs de requin commence à se dessiner. STEVE RADIO Je m'attendais à en trouver un ou deux, mais il doit bien y en avoir une demi- douzaine qui sont à portée de main ! Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 Ils sont énormes ! Regardez comme ils sont gros ! STEVE OFF Entre les deux sites, l'équipe a découvert des centaines de bourses de sirènes, et chacune d'entre elles contient un minuscule pocheteau gris en développement. STEVE RADIO Cette espèce a complètement disparu de certaines zones et la voilà livrée à elle- même sur le fond marin. Cette capsule pourrait donner naissance à l'une des créatures les plus remarquables de nos océans. STEVE OFF Mais l'attente est longue et périlleuse. Plus de 500 jours d'orages et de prédateurs comme les bulots ou les étoiles de mer. Et à moins d'être protégés comme ici, ils devront résister à des opérations de pêche tels que le dragage ou le chalutage. Mais on a la preuve que sur ce site, tout du moins, certaines capsules survivent. STEVE RADIO Chris vient de m'en donner une qui a déjà éclos ! On voit les filaments de la bourse de sirène qui sont ouverts à l'extrémité. C'est par là que le petit pocheteau gris est sorti. STEVE OFF Un requin européen sur cinq est répertorié comme insuffisamment documenté, c'est-à-dire qu'on ne connaît rien ou presque sur la santé de sa population. Mais partout au Royaume-Uni, les chercheurs font des découvertes révolutionnaires sur les requins et leur mode de vie, ce qui pourrait servir à les protéger et à inverser leur déclin dans le monde. L'une des découvertes les plus passionnantes, c'est que certaines espèces de requins voient peut-être le monde très différemment de nous, les humains. Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 Pour me mettre dans la peau d'un requin, j'embarque pour une plongée ici, dans l'ouest de l'Écosse, dans une obscurité quasi totale. STEVE RADIO C'est tellement bizarre ! Normalement, quand on plonge de nuit, on essaie de créer autant de lumière que possible pour voir correctement, et au lieu de ça, on essaie de voir le moins possible ! STEVE OFF On a apporté une lampe torche spéciale à ultraviolets qui devrait nous permettre de voir le monde aquatique secret à travers les yeux des requins. STEVE RADIO Regardez celui-là ! Waouh, c'est incroyable ! STEVE OFF Depuis un certain temps, les scientifiques savent que certains invertébrés, comme les coraux, les anémones et certains crustacés, sont capables de briller dans le noir, via un procédé appelé la biofluorescence. Ce phénomène n'est pas visible par l'homme sans équipement spécialisé. Mais des chercheurs ont récemment découvert qu'il est visible par certaines espèces de requins grâce à des récepteurs particuliers dans leurs yeux. Et les requins n'ont pas cette faculté par hasard... ...car eux aussi peuvent briller. Certaines espèces de roussettes sont capables de capter la lumière de leur environnement et de la rediffuser en vert fluorescent, ce qui les rend beaucoup plus visibles les uns des autres sous l'eau. Ils peuvent s'en servir pour repérer des partenaires. Certains de ces incroyables requins phosphorescents sont présents ici même, dans les îles Britanniques. Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 D'ailleurs, on a découvert récemment que l'une de nos espèces les plus abondantes, la petite roussette, maîtrisait à la perfection ce super-pouvoir singulier. Une révolution pour la science. Partout dans le monde, les requins sont menacés, et nous risquons de les perdre avant même d'avoir pu toucher du doigt leurs étonnantes facultés. Mon voyage à travers la vie secrète des requins m'a conduit aux quatre coins du monde... ...et j'ai eu la chance de plonger parmi les espèces les plus emblématiques de la planète. Je me suis retrouvé nez à nez avec des requins longimanes, des grands requins-marteaux... ...ou encore de magnifiques raies manta. STEVE RADIO C'est renversant ! STEVE OFF Mais j'ai gardé le meilleur pour la fin. Mon espèce préférée de toutes. C'est un requin présent sur chaque continent, sauf en Antarctique. Selon moi, le meilleur endroit pour les voir, c'est ici, dans mon pays natal. Je me dirige vers l'extrême sud du continent britannique. Les conditions marines et les espèces locales peuvent y être très différentes. STEVE Le comté des Cornouailles, à l'extrême sud-ouest du pays, est comme un doigt Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 qui pointe vers l'Atlantique Nord. Ses eaux sont réchauffées par le Gulf Stream (gueulf strimm), ce qui en fait l'un des meilleurs endroits du Royaume-Uni pour chercher des requins. Aujourd'hui, on espère rencontrer une créature pélagique qu'on ne trouve ici qu'en période estivale. À mon sens, c'est le plus beau requin de la planète le requin bleu. STEVE OFF Les requins pélagiques sont des espèces qui évoluent en eaux libres et qui passent la majeure partie de leur vie à arpenter l'océan. Un requin bleu peut parcourir jusqu'à 0 kilomètres par an à lui seul. Mais en été, beaucoup d'entre eux suivent le Gulf Stream jusqu'aux eaux clémentes des Cornouailles, où leur arrivée coïncide avec les efflorescences phytoplanctoniques qui déclenchent une abondance de nourriture. Plus de 90 % d'entre eux sont des femelles ou des petits, ce qui indique que leur présence pourrait être corrélée à leur stratégie de reproduction, sans en avoir la certitude. Pour les trouver, il faut s'éloigner des côtes et se diriger vers les eaux profondes. Un groupe de dauphins qui passe, voilà qui est prometteur. La présence d’autant de prédateurs comme les dauphins signifie qu'il y a des proies à foison. Bonne nouvelle pour les autres prédateurs du coin, les requins bleus. Mais il va falloir s'armer de patience. STEVE On a arrêté les moteurs à une trentaine de kilomètres au large des côtes des Cornouailles. On ne va pas jeter l'ancre. On va simplement se laisser dériver. On va attirer les requins en faisant appel à leurs sens ultra développés. Les requins vont nager en zigzag à la recherche d'une piste olfactive. Ils sont pilotés par leurs sens olfactifs, leur odorat. Alors ce qu'on va faire, c'est créer ce qu'on appelle une nappe d'appâts derrière le bateau. Ce sont essentiellement des morceaux de poissons gras, de sardines et de Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 maquereaux, et leur huile va flotter à la surface. On voit déjà la nappe qui commence à se former, et d'autres morceaux tombent dans la colonne d'eau. Les requins bleus sont des requins classiques de haute mer. Ils se contentent de parcourir l'océan et passent parfois de longues périodes sans s'alimenter. Toute source de nourriture potentielle vaut la peine de mener l'enquête. STEVE OFF Mais l'océan est vaste, et trouver un animal aussi spécifique peut se transformer en une longue épreuve de patience dans le froid. STEVE On est là depuis... ...environ 5 heures et demie, et notre nappe d'appâts à base d'huile et de sang de poisson stagne à la surface de l'eau et s'étend à 200 ou 300 mètres derrière nous. STEVE OFF Après de si longues heures sans la moindre action, je commence à penser que mon requin préféré a décidé de ne pas se montrer... ...Quand enfin, alors que j'étais à deux doigts de perdre espoir, une femelle apparaît. STEVE J'en vois un juste là ! Fantastique ! Après une très, très longue attente, on a notre premier requin bleu. Et c'est une beauté absolue. Il est assez direct dans ses mouvements et vient déjà tout près du bateau. C'est excellent pour nous. STEVE OFF C'est un résultat enthousiasmant après avoir patienté si longtemps. Il me tarde de plonger avec elle. Mais c'est le comportement du requin qui va déterminer notre manière de procéder. Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 STEVE Ça paraît fou, mais les poissons ont vraiment une personnalité. Certains vont être prudents et fuyants, et vont disparaître à la première alerte, quand d'autres vont vous coller dès le premier instant. On espère que c'est ce genre de requin. STEVE OFF Comme elle semble vouloir rester dans les parages, je décide de tenter une plongée. STEVE Dans cette situation, quand un requin est si proche de la surface et potentiellement sur ses gardes, mieux vaut ne pas utiliser de bouteilles de plongée car les bulles pourraient l'effrayer. On va plutôt faire de la plongée libre, rester à la surface et entrer dans l'eau en faisant le moins de bruit et le moins d'éclaboussures possible. Ça s'annonce plutôt bien. Le requin est assez proche du bateau. Je vais essayer de me mettre à l'eau discrètement, tout en douceur, en essayant de ne pas l'effrayer, et on verra bien ! STEVE OFF Une fois dans l'eau, on comprend d'où ce requin tire son nom. Vu de près, le bleu électrique est incroyable, mais ce coloris a une autre fonction. Le requin bleu est un animal à ombre inversée, bleu sur le dessus et blanc sur les côtés, ce qui lui garantit un camouflage homogène, qu'il soit vu d'en bas par rapport à la surface, ou d'en haut par rapport aux eaux profondes. C'est une excellente stratégie pour un prédateur. Au départ, le requin semble timide, prêt à s'enfuir. STEVE Elle est là, mais elle est nerveuse. Elle reste à distance pour l'instant. STEVE OFF Mais alors que je reste dans l'eau, elle prend de plus en plus d'assurance. Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 Son vrai tempérament finit par émerger. STEVE Waouh ! Quand on dit que les requins ont des caractères différents ! Là, c'est un animal radicalement différent. Il est élégant, élancé, extrêmement actif et semble totalement intrépide ! STEVE OFF Un tel aplomb est logique chez un requin pélagique. Dans l'immensité de l'océan, la nourriture est rare et la moindre nouveauté doit être étudiée de près pour évaluer son potentiel alimentaire. Étonnamment, nos caméras sont aussi examinées. STEVE Ces incroyables sixièmes sens, les électrorécepteurs, connus sous le nom d'ampoules de Lorenzini, servent à détecter les faibles champs magnétiques émis par les muscles en mouvement de leur proie. Mais ils ont l'air de prendre notre caméra pour une proie, et c'est sûrement parce que ce sixième sens détecte des signaux électriques envoyés par la caméra. STEVE OFF Cette audace et ce courage sont des qualités communes à de nombreux requins pélagiques. Aux Bahamas, j'ai vu de mes propres yeux que les requins longimanes en étaient victimes. Ils ont appris à suivre les bateaux de pêche et se retrouvent piégés dans leurs lignes et leurs hameçons, même s'ils ne sont pas directement visés. Pour les requins bleus comme ma compagne curieuse, le bilan est encore plus lourd. On estime à 20 millions le nombre de requins bleus piégés chaque année. Certains délibérément, pour leurs ailerons, et d'autre involontairement, par des pêcheurs qui visent d'autres espèces. Cela fait de ces créatures délicates l'espèce de requin la plus pêchée dans Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 nos océans. C'est un trop lourd tribut à payer pour leur curiosité naturelle, et c'est intenable à long terme. Malgré cela, le requin bleu n'a quasiment aucune protection à ce jour dans les eaux britanniques. Depuis un an, je plonge avec des requins qui comptent parmi les plus majestueux de la planète. Mais j'ai aussi observé à quel point l'activité humaine entrave la survie de ces 400 espèces. En cause le changement climatique, la destruction de l'habitat et les conséquences désastreuses de la pêche industrielle. Je dois maintenant me confronter à une vérité qui dérange. En effet, cette persécution des requins se produit bien plus près de chez nous qu'on ne le pense. Malheureusement, le requin bleu que je viens de rencontrer est l'un des plus touchés. STEVE Face à la crise de la conservation du requin, on a toujours tendance à penser que c'est le problème de quelqu'un d'autre, que ça se passe de l'autre côté du globe. Mais en réalité, c'est dans l'Atlantique Nord que les requins bleus sont les plus pêchés, avec des dizaines de milliers de tonnes capturées chaque année, et certains requins se retrouvent ici. STEVE OFF Je me rends sur un marché aux poissons, tout près du site où j'ai récemment plongé avec des requins bleus, pour essayer de comprendre ce qui se passe. STEVE Ils sont là... Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 De beaux requins bleus. STEVE OFF Ces requins bleus femelles sont probablement des prises accessoires, capturées par des bateaux de pêche locaux qui cherchaient à attraper d'autres poissons plus rentables. Ils finissent ici, vendus en toute légalité. Ils pourraient être exportés pour être consommés ailleurs, mais le fait qu'ils soient vendus ici, au Royaume-Uni, témoigne d’un problème bien plus vaste. STEVE Il n'y a pas de requins bleus tous les jours ici. Ça reste occasionnel et ça n'aura pas d'impact sur les populations de requins bleus dans l'Atlantique Nord. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. STEVE OFF Généralement, on pense que la pêche au requin se passe ailleurs. Mais chaque année, des millions de kilos de requins sont débarqués dans les ports européens. Nombre d'entre eux sont des requins bleus. Il y a des signes d'amélioration, mais il n'y a pas si longtemps, le Royaume- Uni occupait la quatrième place en Europe en matière de débarquements de requins. Les requins bleus sont loin d'être la seule espèce locale à être aussi peu protégée. STEVE Ça, c'est un aiguillat commun, aussi appelé requin épineux. Il doit son nom à cette épine située à l'avant de sa nageoire dorsale. C'est une épine protectrice qui possède un léger venin qu'elle peut administrer. Les populations d'aiguillats ont beaucoup de mal à rebondir si elles ont été surexploitées. On sait que cette espèce met beaucoup de temps à se reproduire et qu’elle a une longue espérance de vie. Ces animaux peuvent vivre jusqu'à 50, voire 100 ans, et leur gestation dure 24 mois avant de mettre leurs petits au monde. Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 STEVE OFF La liste s'allonge. STEVE Il y a toute une gamme de requins, de toutes les tailles. On a sept caisses ici, encore trois autres là-bas, dans le coin. Celui-ci est probablement un individu mature. Il y en a aussi de cette taille. C'est un tout-petit, de toute évidence. STEVE OFF De nombreux requins mettent bas dans les eaux des îles Britanniques. Étonnamment, même l'estuaire de la Tamise, autrefois déclaré biologiquement mort à cause de la pollution, abrite désormais des populations reproductrices de milandres et d'émissoles tachetées. Ailleurs dans le monde, j'ai vu ce qui pouvait être accompli en protégeant les requins et en leur créant des sanctuaires. Aujourd'hui, évidemment, il y a un débat. Ici aussi, nous devrions leur offrir une plus grande protection. Une protection contre la pêche, la pollution, la perte d'habitat et l'énorme marché international d'ailerons de requins. Je me rends à l'université d'Exeter (excéteur) pour découvrir comment mon pays s'attaque au commerce des requins, avec l'aide d’Andrew Griffiths (androu grifiss), biologiste moléculaire. STEVE Pour un amoureux des requins, c'est un spectacle désolant. ANDREW GRIFFITHS Oui. STEVE Ils viennent d'où ? Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 ANDREW GRIFFITHS Ce sont des ailerons de requins qu'on a récoltés ici, au Royaume-Uni. Ces gros ailerons gris ont été saisis par les douanes britanniques, à notre frontière. Ceux-ci, on les a récupérés auprès de grossistes, aussi au Royaume-Uni, juste avant qu'ils ne soient vendus à des restaurants ou à des supermarchés pour être commercialisés. Comme vous pouvez le constater, il est impossible de déterminer de quelles espèces proviennent ces ailerons sans une analyse approfondie. STEVE OFF À l'aide d'analyses ADN, Andrew a démontré que bon nombre de ces échantillons d'ailerons provenaient d'espèces protégées dont le commerce est illégal. STEVE Quelles espèces avons-nous ici ? ANDREW GRIFFITHS Il y a un éventail intéressant. Beaucoup de gros ailerons proviennent de requins- bouledogues d'Afrique. Ces petits morceaux d'ailerons et de cartilages proviennent de requins-marteaux halicornes. Tout cela nous éclaire ici, au Royaume-Uni, sur le commerce d'espèces menacées ou interdites. STEVE C'est donc un animal en danger critique d'extinction qui a traversé nos frontières ? ANDREW GRIFFITHS Exactement. STEVE OFF Grâce aux efforts de protecteurs de l'environnement et de chercheurs comme Andrew, le Royaume-Uni vient d'annoncer l'interdiction totale d'ailerons de requins détachés. C’est premier pays d'Europe à prendre cette mesure. Mais on peut tous agir à notre échelle. Andrew a aussi fait une découverte étonnante l'un de nos plats nationaux emblématiques, le fish and chips, contient parfois du requin, mais sans Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 être présenté comme tel. STEVE Ça vient de notre petite échoppe locale, estampillé « saumonette » ? ANDREW GRIFFITHS Oui. STEVE Un classique, pas vrai ? ANDREW GRIFFITHS En effet. C'est l'une des appellations qu'on voit le plus ici, mais il y a pas mal d'appellations qui peuvent couvrir beaucoup d'espèces de requins. Donc on ne sait pas toujours ce qu'on achète. Saumonette, grande roussette... Tous les échantillons que nous avons analysés appartenaient à une espèce de requin. STEVE Je découpe la panure. ANDREW GRIFFITHS Oui. STEVE Je cherche un peu de chair en dessous. ANDREW GRIFFITHS Si vous allez dans le filet, on aura un morceau propre qui ne sera pas contaminé. STEVE D'accord. Et maintenant ? ANDREW GRIFFITHS Je peux le mettre au réfrigérateur ou au congélateur, puis essayer d'extraire de l'ADN, et utiliser cette séquence pour identifier le requin. Environ 90 % des échantillons que nous analysons proviennent d'aiguillats communs, d'aiguillats communs du Pacifique. Dans les échoppes de fish and chips, pratiquement tous les échantillons provenaient de ces deux espèces. STEVE Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 Donc dans ces échoppes, si on mange un poisson qui porte l'une de ces appellations, c'est en fait du requin, une espèce vulnérable voire en danger critique d'extinction. STEVE OFF La plupart des consommateurs seraient surpris, voire choqués de découvrir qu'ils ont mangé du requin. Il serait peut-être temps de choisir une appellation claire et honnête. Ce pourrait être un moyen parmi tant d'autres d'aider à protéger ces magnifiques créatures. Mais c’est loin d’être suffisant... Si on veut réellement assurer leur survie, nous devons les protéger à chaque étape de leur existence. Nous devons arrêter de les pêcher alors qu'ils sont menacés d'extinction. Et nous devons essayer de réparer les dommages infligés à notre climat et à nos océans. C'est le cas dans les océans Pacifique, Indien et Atlantique... ...et ici même, dans les îles Britanniques. STEVE Les requins se sont fait une place dans chaque océan, et mes rencontres avec eux font partie des moments les plus précieux que j'ai vécus. Ça me fait peur de penser que mes enfants ne pourront peut-être jamais vivre ces expériences. Actuellement, les requins sont au bord de l'extinction et si nous voulons qu'ils aient un avenir, nous devons repenser notre manière d'utiliser nos océans. STEVE OFF Mon voyage à la découverte de l'univers caché des requins est le fruit d’une étroite collaboration dans le monde entier. Pour réaliser cette série, nous avons dû nous aventurer dans les profondeurs... STEVE RADIO Test radio ! Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 STEVE OFF ...d’un monde peuplé de puissants prédateurs qui évoluent depuis des millions d'années. STEVE Waouh ! STEVE OFF On a monté une équipe et passé des milliers d'heures sous l'eau, entourés de requins. JAY MALY La règle numéro un, c'est de toujours savoir où sont ces requins. STEVE OFF On ne s'est pas contentés de les filmer en toute sécurité. On a voulu montrer que ces créatures souvent redoutées sont en réalité des êtres intelligents, vulnérables et méconnus. STEVE RADIO Quel animal ! STEVE OFF En fin de compte, pour interagir en toute sécurité avec les requins, il faut des connaissances. On a travaillé avec les plus grands spécialistes des requins au monde. MORNE HARDENBERG J'ai passé toute mon enfance à plonger dans ces eaux. J'ai une passion pour les animaux de l'océan. Le fait de pouvoir travailler avec eux comme je le fais, c'est tout simplement extraordinaire. CRISTINA ZENATO J'ai nagé avec plus de trente espèces de requins. J'ai passé des milliers d'heures avec eux. J'aime les requins plus que tout. Ce sont les vrais gardiens de l'océan. RANDALL ARAUZ Être entouré de centaines de requins-marteaux, c'est une sensation incomparable, indescriptible. STEVE OFF Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 Comprendre le comportement des requins nous a permis de les côtoyer de très près, et c'est devenu une marque de fabrique de notre série. Parfois, il fallait entrer dans leur monde sans entraves, en plongée libre. STEVE Sans air comprimé ni bouteilles de plongée, la plongée libre repose entièrement sur l'oxygène que l'on peut dissoudre dans notre sang et nos muscles, et que l'on peut emmagasiner dans nos poumons. Le meilleur moyen de le faire, c'est de réduire son rythme cardiaque, d'être extrêmement calme et détendu. Et une fois sous l'eau, il faut utiliser le moins d'énergie possible. Chaque mouvement de palmes supplémentaire, c'est du temps en moins passé sous l'eau, parce que l'énergie consomme davantage d'oxygène. Dans toute cette folie, il faut trouver un moment de calme et se relaxer. STEVE OFF Jamais je n'avais côtoyé des requins d'aussi près, et j'ai eu la chance de vivre des rencontres privilégiées. STEVE Voilà ce qui se passe quand on fait des documentaires animaliers. Les choses qu'on n'attend pas, qu'on ne prévoit pas, sont souvent des moments qui resteront gravés à jamais. STEVE OFF Mais plus je me suis rapproché d'eux, plus j’ai réalisé à quel point ils ont besoin de notre aide. STEVE Il y a un requin qui a rôdé autour de nous pendant toute la plongée. Il traînait cette longue ligne d'hameçons et de leurres. Et cette interminable ligne de pêche monofilament aurait suivi ce requin jusqu'à sa mort. STEVE OFF Partout où j'allais, une image inquiétante se dessinait. Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 STEVE Ils sont là... De beaux requins bleus. MORNE HARDENBERG Avant, c'était le meilleur endroit pour voir des grands requins blancs chasser des otaries à fourrure d'Afrique du Sud. On a eu des requins pendant une saison, et ils ne sont plus jamais revenus sur l'île. STEVE Comment les requins sont-ils contaminés par le mercure, ici ? EDGAR MAURICIO HOYOS PADILLO La principale source de contamination, c'est l'humain. RANDALL ARAUZ On arrive enfin à un tournant. Après des décennies de surpêche, on assiste au déclin de nombreux spécimens. Beaucoup se sont ajoutés à la liste des espèces menacées. À présent, certains individus comme le requin-marteau sont sur le point de disparaître. STEVE OFF Voilà où nous en sommes. Mais maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? LAUREN SMITH Il faut qu'on les étudie encore plus- mieux on les comprendra, mieux on pourra les protéger. EDGAR MAURICIO HOYOS PADILLO Nous devons faire passer un message essentiel les requins jouent un rôle crucial. Leur présence dans les océans est indispensable. Ils maintiennent l'équilibre de l'écosystème marin. STEVE OFF Il y a des choses à notre portée pour aider les requins. CRISTINA ZENATO On peut les aider en adaptant notre comportement. On peut réduire notre pollution plastique, diminuer ou arrêter notre consommation de poisson, changer Steve Bacjshall – Sharks. – eps 4 nos modes de vie et réduire notre empreinte carbone. STEVE OFF Clamons haut et fort que les requins sont des merveilles de la nature, qu'ils sont essentiels à la santé de nos océans, et que ce ne sont pas des monstres. Dans le monde entier, j'ai assisté à des spectacles féeriques. J'ai eu la preuve que là où les requins sont valorisés et protégés, l'humanité en sort grandie. J'ai rencontré des scientifiques en quête de réponses pour nous aider à veiller sur les requins. À mesure que l'on s'enfonce dans leur univers, on comprend davantage la vie de ces animaux incroyables et mystérieux. Mais on a encore tant à apprendre... Chaque nouvelle découverte nous fournit une arme supplémentaire pour adapter nos comportements et cohabiter avec ces créatures extraordinaires. C'est la clé pour créer un monde meilleur pour l'homme comme pour le requin, aujourd'hui et demain. FIN Steve Backshall – Whales eps 1 ’12 STEVE OFF Les baleines. Véritables géants des mers qui parcourent les océans depuis des millénaires. Leur chant, leur majesté et leur taille nous émerveillent et nous fascinent. Dans leur ombre gigantesque, les humains se sentent insignifiants. Depuis des millénaires, bien avant notre arrivée, elles protègent leurs petits... chassent... et voyagent. Mais notre présence a bouleversé leur monde. Je cherche donc à voir à travers leurs yeux, à les rencontrer, si elles m’acceptent, et à comprendre pourquoi leur avenir et le nôtre sont indissociables. FIN INTRO Je voudrais en savoir plus sur le lien qui nous unit avec les baleines et les dauphins. Autrefois considérés comme les poissons du diable, nous savons aujourd’hui qu’ils ont besoin de notre aide. STEVE Tout au long de l’histoire de l’humanité, les baleines ont été au cœur de mythes et de légendes car nous ne savions finalement pas grand- chose de leur vie secrète. Mais aujourd’hui, les nouvelles technologies nous permettent d’entrapercevoir leur monde. Nous entrons dans l’âge d’or de la découverte des baleines. STEVE OFF Steve Backshall – Whales eps 1 Une grande part du mystère qui les entoure est due à leur lieu de vie, l’océan. Un endroit que nous, humains, ne pouvons que furtivement visiter, et rarement dans les profondeurs, où évoluent les baleines. Mais malgré nos différences... les baleines sont des mammifères, comme nous. Et nous avons bien plus de points communs que vous ne l’imaginez peut-être. Mon voyage commence dans l’un des endroits les plus reculés de l’Atlantique... les Açores. Nous voilà sur la piste de la baleine la plus incomprise de toutes... le cachalot. STEVE En voilà un ! Il saute ! Sensationnel ! C’est l’une des créatures qui plonge le plus profondément sous l’eau. Elles peuvent descendre jusqu’à 2000 mètres et retenir leur souffle pendant deux heures. STEVE OFF Le cachalot est aussi le plus grand prédateur à dents de la planète. Autrefois, les marins le respectaient autant qu’ils le craignaient. En effet, on racontait qu’il était capable d’engloutir des hommes et même des bateaux. D’une certaine façon, la réalité est bien pire. Ces léviathans ont pour habitude de se battre avec des calamars géants dans les profondeurs de la mer. STEVE Celui-ci n’arrête pas de bondir hors de l’eau. Steve Backshall – Whales eps 1 Il se désintéresse complètement de notre présence et de notre bateau, il est trop occupé à sa tâche. On va en profiter pour plonger et nous rapprocher à la nage. STEVE OFF Il arrive que les baleines réagissent aux bulles produites par les plongeurs. Il est donc préférable de nager comme elles, en apnée... et de plonger sans équipement. Lorsqu’on nage à côté d’un énorme cachalot, on a du mal à se dire qu’en tant que mammifère, on a un ancêtre commun. Son corps immense est adapté à la vie dans les profondeurs de l’océan et il est tellement différent du mien. Mais une chose en particulier nous lie. Tout comme moi, le cachalot doit remonter à la surface pour respirer. Très vite... je dois remonter, moi aussi. STEVE C’était incroyable. Sous l’eau, c’est là qu’on se rend vraiment compte de la taille que fait cet animal, mais aussi de sa puissance et de sa vitesse. Quand on est à côté de lui, on a l’impression qu’il ne bouge pas, mais il disparaît dans les profondeurs en un rien de temps. STEVE OFF La taille et la force des cachalots sont telles qu’il était presque inévitable que les humains en aient peur et les traitent comme de simples objets. C’était le cas ici, aux Açores. STEVE Ces bâtiments sont ce qu’il reste de l’usine d’une station baleinière. Elle était toujours en activité, quand j’étais enfant. D’ailleurs, la dernière Steve Backshall – Whales eps 1 baleine à avoir été tuée ici, dans les Açores, remonte à 1987. J’étais encore à l’école. STEVE OFF Partout dans le monde, les cachalots et les baleines ont été chassés sans relâche pendant des siècles. On dit que l’huile de baleine extraite de leur corps a permis d’éclairer les lampes pendant la révolution industrielle. D’autres parties de leurs corps ont été utilisées à des fins commerciales, comme combustible ou fertilisant, par exemple. STEVE Pour moi, qui suis naturaliste, les plus beaux moments de ma vie et de ma carrière ont été aux côtés des animaux. Alors voir de telles images... c’est insoutenable. STEVE OFF Au fil du temps, la brutalité de ces massacres est devenue publique, et les gens se sont indignés. STEVE La population s’est mobilisée, les différents gouvernements ont cédé et la chasse à la baleine a été interdite quasiment partout. STEVE OFF Certaines espèces prospèrent à nouveau. La plupart des nations ne chassent plus les baleines. Nous entamons un nouveau chapitre de notre relation avec elles, dans lequel la science joue un rôle majeur. Baleines, dauphins et marsouins sont collectivement connus sous le nom de cétacés. En les étudiant, nous avons découvert à quel point certaines espèces peuvent être sociables. Ici, dans les Açores, j’ai suivi un petit groupe de femelles cachalots en espérant le vérifier par moi-même. STEVE Steve Backshall – Whales eps 1 Les mâles et les femelles cachalots sont différents à bien des égards. On pourrait presque croire que ce sont des espèces différentes. Les mâles sont particulièrement solitaires. Ils migrent tantôt vers l’océan Arctique, tantôt vers l’Antarctique. Les femelles, en revanche, sont des animaux très sociables. STEVE OFF Les femelles restent auprès de leur pod de naissance toute leur vie. Ce trio est donc probablement composé d’une mère et de ses deux filles. En frottant leurs têtes les unes contre les autres, elles peuvent éliminer les bernacles, les parasites et les peaux mortes. Comme chez les humains, le toucher est très important pour tisser des liens, peut-être même pour se rassurer. Sans bras pour s’enlacer, c’est le meilleur moyen de donner et de recevoir de l’affection. STEVE C’est ce genre de moment de tendresse entre des animaux qui vous fait vous sentir particulièrement proche d’eux. Même s’il s’agit d’une créature qui pèse plus de 20 tonnes, quand on voit une mère interagir avec ses petits et qu’on voit qu’ils apprécient ces contacts physiques, tout d’un coup, on se rend compte de tout ce qu’on a en commun avec eux. C’est très émouvant, je trouve. STEVE OFF Plus on les observe, plus on voit nos propres vies se refléter en eux. Chez certaines des 90 autres espèces de cétacés, les relations peuvent être encore plus complexes. C’est notamment vrai pour ce qui est des amitiés, des collaborations et des rivalités que peut connaître celui que nous pensons être le plus amical de tous... le dauphin. Steve Backshall – Whales eps 1 Depuis la fin de l’ère de la chasse à la baleine, nous sommes entrés dans l’âge d’or des découvertes sur les baleines et nous avons fait la connaissance d’un animal qui a beaucoup en commun avec les humains. Les îles reculées des Açores sont l’endroit parfait pour que je plonge pour le rencontrer, s’il le veut bien, et que j’en apprenne davantage. STEVE La diversité de baleines et dauphins qui vivent ici est à nulle autre pareille. Et justement, puisque des dizaines d’espèces différentes transitent ici ou habitent ici, n’importe quel animal peut débarquer à tout moment. STEVE OFF Mais de tous les animaux que nous espérons rencontrer aujourd’hui, il y en a un qui m’enthousiasme particulièrement. STEVE Regardez ! Non, c’est pas possible. Je dois rêver. STEVE OFF Ces grands dauphins gris à la tête arrondie sont des dauphins de Risso. On en voit souvent au loin, mais ils sont connus pour leur timidité. Je n’en ai encore jamais approché un de près. Cette plongée pourrait nous en apprendre beaucoup sur leurs vies si mystérieuses. STEVE Je ne pensais pas voir des dauphins de Risso un jour. C’est complètement surréaliste. Ils ont l’air d’être blancs ou gris clair. Si vous observez bien, on peut voir des cicatrices partout sur leurs têtes et leurs corps. Ils se battent beaucoup avec leurs congénères, en particulier les mâles. STEVE OFF Steve Backshall – Whales eps 1 Les dauphins de Risso vivent en groupe exclusivement masculins, ce qui est rare chez les baleines. Quand on évolue entouré uniquement de mâles, le statut est plus important que tout. D’où les cicatrices. On pense que comme des tatouages, elles sont le reflet du statut de l’animal qui les porte. Les plus vieux en sont couverts, ce qui les rend presque intégralement blancs. Mais là, c’est tout autre chose. Contre toute attente, le groupe se resserre et ne fait plus qu’un. Les bulles d’air dans l’eau, comme les caresses, sont stimulantes. À cet instant, les dauphins semblent tisser des liens et s’encourager, comme un cri de ralliement avant de partir chasser. Ce genre de socialisation n’a été découvert que très récemment par les scientifiques. À chaque fois qu’on plonge et qu’on entraperçoit leur vie sociale, on voit à quel point ils nous sont similaires. Le terme « dauphin » englobe environ 40 espèces de baleines dotées de dents étonnement très différentes les unes des autres. On compte parmi elles les dauphins de Commerson [kommeurssonne], qui sont noirs et blancs et ne pèsent qu’une trentaine de kilos, ou encore le dauphin de l’Amazone, qui vit en eau douce. Il existe aussi de gigantesques prédateurs comme les globicéphales... ou les orques, qui sont le plus grand membre de la famille des dauphins. Je traverse l’océan Atlantique pour me rendre dans l’un des endroits où l’on peut le mieux étudier leur vie... Les Bahamas, dans les Caraïbes. STEVE Steve Backshall – Whales eps 1 Les dauphins vivent dans une société dite « à dynamique de fission- fusion». Ça veut dire que leurs groupes sont toujours en mouvement. Les individus peuvent parfois être solitaires ou passer du temps avec leurs proches. Ils peuvent aussi se rassembler en pod de plusieurs dizaines, centaines voire milliers d’individus. STEVE OFF Si ce type de socialisation vous semble familier, c’est parce que c’est aussi celui des humains. De nombreux scientifiques pensent que c’est l’évolution de nos sociétés de plus en plus complexes qui a permis aux cerveaux humains de se développer. Ça expliquerait aussi pourquoi les dauphins sont si intelligents. Pour en apprendre davantage, je prends le large dans les eaux caribéennes et pars à la rencontre de l’espèce de dauphin la plus sociable. STEVE Voici des dauphins tachetés. Ceux qui ont des tâches définitives sont les plus vieux. Les plus petits n’ont pas encore de tâches. Ils ressemblent à celui-ci, par exemple, qui n’est encore qu’un bébé. Ils se sont mis devant notre bateau parce qu’ils savent qu’on va bientôt bouger. Et c’est là que ça va devenir intéressant. STEVE OFF Surfer les vagues d’étrave devant le bateau semble leur faire dépenser moins d’énergie, ce qui leur permet de nager plus loin et plus vite. Mais ce n’est pas la seule raison de leur présence. Les dauphins sont aussi des amateurs de sensations fortes. STEVE Il n’y a pas de plus grande joie au monde que de voir des dauphins surfer dans les vagues devant le bateau à bord duquel vous êtes. Ils sautent dans les embruns de la mer et parfois, ils font ça pendant des heures. D’autres fois, ils font leur petite danse et puis ils s’en vont. STEVE OFF Steve Backshall – Whales eps 1 Les scientifiques pensent que le jeu est une composante essentielle de leur développement. Si la situation le permet, il leur arrive de chercher des camarades de jeu en dehors du groupe auquel ils appartiennent, parfois même chez les humains. Mais il n’y a qu’eux qui peuvent décider si j’ai le droit ou non de prendre part à leur jeu. STEVE Même si j’ai ce scooter sous-marin, il leur suffit de quelques coups de nageoires pour disparaître. Je ne pourrai jamais être aussi rapide qu’eux. Il faut donc que j’aie l’air aussi intrigant que possible. Ça ne sert à rien de nager directement vers eux, il faut que ce soit à leur initiative. Mais si j’ai l’air amusant, je pense qu’ils resteront jouer un moment avec moi. STEVE OFF Jouer leur permet de développer des compétences physiques essentielles comme chasser, s’accoupler ou échapper aux prédateurs. Autant en solitaire... qu’en groupe. Et comme avec des enfants dans une cour d’école... avoir de nombreux camarades rend le jeu imprévisible... mais aussi l’apprentissage plus efficace. Les dauphins jouent, passent du temps avec leurs amis et se disputent, tout comme nous. Mais sont-ils dotés comme nous de l’aptitude sociale la plus complexe de toutes ? Le langage ? On sait que certains dauphins utilisent des sons différents selon leur état d’esprit comme pour séduire ou lorsqu’ils sont stressés. Certains utilisent aussi un sifflement particulier pour se distinguer de leurs congénères. Mais les dauphins ne se contentent pas de fréquenter les membres de leur espèce. Kel Sweeting [kelle soui-ting] est scientifique. Elle étudie les interactions entre deux types de dauphins que l’on trouve ici, aux Bahamas. Steve Backshall – Whales eps 1 STEVE On est dans une situation insolite, ici, puisqu’il y a plusieurs espèces qui cohabitent ensemble. Vous pouvez m’en dire plus ? KEL SWEETING Ici, aux Bimini, il y a deux espèces de dauphins. Le dauphin tacheté de l’Atlantique et le grand dauphin. La plupart du temps, quand on croise un groupe de dauphins, ils sont de la même espèce. Mais ici, ils sont ensemble et ils interagissent. STEVE Est-ce que les dauphins tachetés et les grands dauphins communiquent et produisent des sons différents ? KEL SWEETING De manière générale, les dauphins ont un répertoire vocal très vaste. Ils font des « couic », des « clics », ils sifflent et gazouillent. Ils utilisent aussi certaines postures ou gestes qu’ils peuvent donc combiner à ces sons. Si on envisage la communication comme un ensemble, je pense que les grands dauphins et les tachetés se comprennent plutôt bien. STEVE OFF Nous ne savons pas encore exactement ce que les dauphins se racontent, mais d’après la science, ce qu’ils se disent est bien plus complexe qu’on le croit. Si les dauphins sont les pipelettes des océans, les autres baleines, elles, font les choses différemment. Pendant la prochaine étape de mon voyage, j’aimerais comprendre pourquoi certaines baleines veulent être entendues à des centaines de kilomètres et comment leur ouïe puissante peut les mettre en danger. Plus nous en apprenons sur les baleines, plus nous nous découvrons des points communs. Steve Backshall – Whales eps 1 La science et les nouvelles technologies nous permettent d’appréhender leur monde sous-marin comme nous ne l’aurions jamais imaginé. Des découvertes majeures ont été faites sur la communication longue distance des baleines. Pour en savoir plus, je traverse l’océan Pacifique et me rends sur l’île paradisiaque de Tahiti, en Polynésie française... ... là où résonne depuis la mer un son familier et envoûtant. Le chant de la baleine à bosse. STEVE On croit souvent que les océans sont un monde silencieux, mais en vérité, c’est rarement le cas. Et certainement pas ici, en Polynésie française, pendant la saison des amours de la baleine à bosse. Ceci est un hydrophone. Un micro sous-marin très performant. On va le plonger dans l’eau pour écouter. Ça y est. C’est magnifique. STEVE OFF Les mâles ont un chant long et complexe, qui peut parfois durer plusieurs heures. Les scientifiques pensent que leurs chants sont comme des sortes de publicités. Des sérénades à travers la mer pour leurs potentielles partenaires. STEVE Une des choses les plus extraordinaires à propos du chant des baleines, c’est que le son voyage approximativement quatre fois plus vite dans l’eau que dans l’air, mais aussi plus loin. Les baleines peuvent donc communiquer entre elles d’un bout de la mer à l’autre. Steve Backshall – Whales eps 1 STEVE OFF Le mâle que l’on entend se trouve peut-être à des kilomètres de là, mais des femelles ont croisé ma route, et j’aimerais savoir si elles l’écoutent. Sous l’eau, j’entends son chant même sans hydrophone. Ces femelles entendent forcément cette sérénade. Mais y sont-elles sensibles ? Les femelles ne chantent peut-être pas... ...mais elles sont loin d’être silencieuses. Leurs nageoires pectorales sont les plus longues nageoires et donc les plus longs membres de la planète. Frappées contre la surface de l’eau, elles résonnent comme sur un tambour géant. Le son et les vibrations résonnent... Peut-être est-ce une réponse au chant du mâle ? La parade nuptiale des baleines à bosse est intense et peut même être violente. Il ne vaut mieux pas s’attarder près de toutes ces nageoires et ces queues qui s’agitent dans l’eau. Leur chant est le plus mélodieux et le plus connu de toutes les baleines, mais d’autres espèces chantent aussi sur de longues distances. La baleine bleue, le plus grand animal que nous n’ayons jamais connu, émet des sons profonds trop bas pour qu’on puisse les entendre. Ces infrasons peuvent voyager sur plus de 800 kilomètres. Les baleines ont évolué dans ce monde acoustique, donc elles utilisent aussi le son pour naviguer... ...et pour chasser, grâce à l’écholocalisation. Malgré l’absence d’oreilles externes, elles ont d’autres moyens de recevoir et d’analyser les sons. Dotées de deux fois plus de cellules nerveuses auditives que les humains, la plupart d’entre elles perçoivent une gamme de fréquences bien plus étendue que nous. Steve Backshall – Whales eps 1 Mais cette ouïe très fine n’est pas sans conséquence. Les baleines peuvent difficilement échapper au bruit, dans un environnement sonore sous-marin qui a beaucoup changé. STEVE Nous commençons seulement à comprendre à quel point les sons peuvent être vitaux pour les baleines et les dauphins. Il n’est pas exclu que leur langage soit aussi sophistiqué et complexe que le nôtre. Mais nous savons surtout qu’ils ont besoin que la mer soit silencieuse. Sauf que nous, humains, en avons fait un lieu de vacarme insoutenable. STEVE OFF Depuis les années 50, le bruit de l’océan a doublé tous les 10 ans. La pêche... le forage... et d’autres activités humaines ont créé un bruit de fond permanent. Mais d’autres sons sont encore plus violents. Les explosions déclenchées dans la course au pétrole ou pour les essais militaires... peuvent détruire l’ouïe d’une baleine. En essayant de fuir ce bruit, certaines peuvent remonter à la surface trop vite et souffrir de la décompression. La pollution sonore pourrait même expliquer qu’autant de baleines et de dauphins périssent... en s’échouant sur les côtes. Les animaux les plus touchés par cette tragédie sont sûrement les globicéphales... qui évoluent dans des familles très soudées et qui parcourent le globe pour chasser le calamar géant. Quand l’un d’entre eux va quelque part, les autres le suivent. Si l’un des individus est désorienté ou rendu sourd par une forte exposition au bruit, leurs liens forts font que sa famille ne l’abandonnera pas. Steve Backshall – Whales eps 1 Sans intervention extérieure, le pod tout entier peut périr. Je me rends maintenant dans les îles Britanniques et plus précisément sur la côte sauvage du sud du Pays de Galles pour comprendre comment nous pouvons agir face à ce phénomène. STEVE Le nombre de baleines échouées ne cesse de croître dans le monde entier. Plus que jamais, nous devons apprendre à y réagir. STEVE OFF Partout dans le monde, des groupes de bénévoles proposent des sessions de formation pour apprendre les rudiments du sauvetage et des premiers secours pour baleines. Celle-ci n’est qu’une réplique, mais en conditions réelles, il faut savoir réagir vite. STEVE Pendant des millions d’années, les cétacés ont évolué pour vivre dans l’eau, où le poids de leur corps est soutenu. À la seconde où ils touchent le sol, le temps leur est compté. STEVE OFF Sans eau autour d’elles pour les soutenir, les organes des baleines s’effondrent. Puisqu’il leur est aussi impossible de réguler leur température corporelle, elles ont vite trop chaud. Il est donc vital de savoir comment les rafraîchir et de protéger leur peau fragile pendant qu’on essaie de les remettre à la mer. STEVE Même une baleine de petite taille comme celle-ci pèse plus d’une tonne. STEVE OFF Il nous est impossible de la porter. Nous devons donc attendre que la mer monte. Steve Backshall – Whales eps 1 HOMME 1 Tout le monde est prêt ? HOMME 2 Oui ! 1, 2, 3. STEVE OFF Quand ce genre d’urgence se produit, comme ici en Nouvelle- Zélande, nous savons que l’effort collectif peut payer. Des centaines de baleines ont déjà été sauvées par des bénévoles de cette manière. STEVE Si on avait dû sauver une vraie baleine, on sortirait de l’eau frigorifiés et épuisés, mais en ayant vu une baleine repartir au large grâce à nos efforts et en nous disant qu’on a rendu ça possible. Et ça, j’imagine qu’il n’y a pas de plus grande satisfaction. STEVE OFF Malgré nos efforts pour les préserver, les mutations de nos océans mettent en danger les baleines et les dauphins. Pour les protéger, nous devons avant tout les comprendre. Au cours de la prochaine étape de mon voyage, j’ai l’intention de rencontrer des personnes qui ont tissé des liens uniques avec des baleines et de leur demander ce que nous pouvons faire pour leur assurer un avenir meilleur. La relation entre humains et baleines a énormément changé. Mais puisque ces créatures vivent au large et dans des eaux profondes... nous devons encore apprendre à les connaître. STEVE Chez la plupart des espèces de baleines et de dauphins, des choses aussi simples que leur reproduction, leur naissance ou même leur façon de se nourrir n’ont jamais été observées. Leur monde reste encore un mystère, pour nous. Steve Backshall – Whales eps 1 La plupart des espèces de baleines et de dauphins n’ont encore jamais été observées en train de s’accoupler, de mettre bas ou même de se nourrir. Leur mode de vie est encore un mystère, pour nous. STEVE OFF Et puisque leur royaume est aussi inaccessible, nous devons faire preuve de dévouement et d’ingéniosité pour découvrir leurs secrets. C’est ici, sur l’île Maurice, dans l’océan Indien, qu’une équipe a pour la première fois pu tisser des liens forts avec un pod de cachalots. RENÉ HEUZEY Je m’appelle René Heuzey. Je suis cameraman sous-marin et je filme des cachalots au large de l’île Maurice depuis 12 ans. Quand vous plongez pendant 12 ans avec la même famille, elle devient un peu votre famille. Pour moi, c’est quelque chose de magique. C’est formidable, parce que je ne suis qu’un petit être humain, à leurs côtés. STEVE OFF René plonge avec la même famille de cachalots depuis tellement longtemps qu’ils ont appris à l’accepter. Il est capable d’identifier tous les individus par leur nom et connaît leurs histoires personnelles. Mais de tous les cachalots de ce groupe, il y en a un en particulier qu’il a toujours hâte de voir. Chesna. Ces images d’elle peu après sa naissance ont été prises il y a six ans. Depuis, René a nagé à ses côtés, encore et encore. Aujourd’hui, c’est la première plongée de l’année. Chesna vient le saluer. RENÉ HEUZEY J’ai un vœu cher je voudrais savoir comment communiquer avec les cachalots. Steve Backshall – Whales eps 1 STEVE OFF Puisque de nombreuses baleines utilisent les bulles pour communiquer, René a adapté son détendeur de plongée pour pouvoir les imiter et leur indiquer que c’est lui. Presque instantanément, Chesna lui répond. RENÉ HEUZEY Quand on se regarde les yeux dans les yeux... pour moi, c’est un moment magique. Ça me procure beaucoup d’émotions, parce que je reconnais Chesna... et qu’elle me reconnaît tout autant. Elle m’accepte. STEVE OFF Cette chance de pouvoir connaître personnellement chaque individu profite grandement à la science. Ça a notamment permis à René et ses collègues d’établir le premier arbre généalogique d’une famille de cachalots. C’est même plus qu’une famille... c’est une communauté. C’est un bébé cachalot. Il est très petit. C’est la raison pour laquelle il dépend presque totalement de sa mère, puisqu’il lui est encore impossible de plonger dans les profondeurs de l’océan. Lorsqu’elle descend pour chercher de la nourriture... son petit reste à la surface. Mais il ne se retrouve pas seul. Sa mère le confie à une autre femelle, qui a le rôle de baby-sitter. Elle le garde près d’elle et le protège des prédateurs. Mais ça n’est pas tout. Après une bonne heure de chasse, la mère revient à la surface pour respirer. Steve Backshall – Whales eps 1 Épuisée, elle n’a qu’une envie se reposer. Elle se met donc à la verticale pour dormir. Son petit essaie de téter... mais il n’y arrive pas. Il a besoin de se nourrir. Il tente donc sa chance auprès de la baby- sitter. Ce n’est pas sa mère... mais une véritable nourrice. Du lait sort de sa mamelle, cachée devant sa queue. Ces images ont rarement été filmées. Les animaux qui s’occupent des petits de leurs congénères, autrement dit « l’alloparentalité », est un phénomène extrêmement rare dans la nature. Moins de 3 % des mammifères y ont recours. Les humains, bien entendu, en font partie. Plus il y a de découvertes scientifiques, moins les baleines sont considérées comme des monstres des océans, menaçants et mystérieux. Au contraire, on les voit de plus en plus comme de lointaines cousines mammifères. S’il y a bien un endroit où la relation entre les humains et les baleines a changé, c’est dans la péninsule de Basse-Californie, dans l’est du Pacifique. Autrefois, c’était un véritable champ de bataille entre humains et baleines. Les chasseurs de baleines s’en prenaient aux baleineaux et leurs mères se jetaient sur les bateaux, ce qui leur a valu le surnom de « poisson du diable ». Malgré l’interdiction de la chasse à la baleine en 1947, les pêcheurs ont continué de craindre les baleines pendant des décennies. Mais plus aujourd’hui. DANIEL AGUILAR CAMACHO Je m’appelle Daniel Aguilar Camacho. J’habite à San Ignacio et je suis pêcheur. Steve Backshall – Whales eps 1 STEVE OFF Daniel a aussi une licence spéciale qui l’autorise à emmener des visiteurs dans les lagons pour observer les baleines. Elles ne se cachent jamais bien loin. DANIEL AGUILAR CAMACHO Baleine à 12 heures. STEVE OFF Ces baleines grises sont sûrement les descendantes des survivantes de l’époque de la chasse à la baleine. Malgré leur passé sinistre, les baleines ne s’en prennent plus aux bateaux et ne prennent pas la fuite. Au contraire, elles les cherchent. DANIEL AGUILAR CAMACHO Une baleine vient vers nous. FEMME 1 Elle a un petit ! Regardez ! STEVE OFF Les mères encouragent même leurs petits à aller à la rencontre des humains pour la première fois. FEMME 2 Bonjour, mon beau. FEMME 1 Il veut jouer. FEMME 2 On voit que la mère pousse son bébé. Elle nous laisse jouer avec lui. Steve Backshall – Whales eps 1 FEMME 1 Elle est incroyable. C’est tellement... spectaculaire, d’être aussi près d’eux. DANIEL AGUILAR CAMACHO Les gens disent qu’ils oublient tous les petits soucis de la vie quand ils rencontrent des baleines. Ça leur met du baume au cœur, d’une certaine façon. STEVE OFF San Ignacio était autrefois un abattoir à ciel ouvert pour les baleines. Aujourd’hui, les pêcheurs sont les garants de leur sécurité. Le nombre de visiteurs est strictement limité et les nurseries sont encadrées par la loi. FEMME 2 Je crois que c’est un honneur pour nous d’avoir des baleines dans nos lagons. Ce lien a commencé à se tisser grâce aux pêcheurs. STEVE OFF Les baleines grises sont nomades. Bientôt, les petits devront quitter ce sanctuaire et migrer vers des territoires qui ne sont pas préservés. Mais pour l’instant, ils sont en sécurité. STEVE L’histoire de San Ignacio est la preuve que le comportement des humains envers les baleines peut changer d’une génération à l’autre. Mais si nous voulons assurer un avenir aux baleines, cette belle histoire doit se répéter partout ailleurs. STEVE OFF Pour que les baleines et les dauphins prospèrent, ils ont besoin d’être en sécurité. D’un endroit où trouver refuge, loin de la pêche, des bateaux et du bruit. D’un lieu où nous pourrons préserver leur nourriture, protéger leurs nurseries et leur donner tout ce dont ils ont besoin. Steve Backshall – Whales eps 1 À ce jour, seule une petite portion de nos océans leur offre cette sécurité. Mais tout n’est pas perdu. Il y a une lueur d’espoir. STEVE En 2023, les Nations Unies se sont fixé pour objectif de protéger 30 % des océans d’ici 2030. C’est la plus grande victoire de préservation de la nature que j’aie connue de mon vivant. Si nous tenons à nos cousins dauphins et baleines, à nous de faire en sorte que cet objectif soit atteint, surtout maintenant que nous savons tout ce que nous avons en commun. STEVE OFF Quand nous avons décidé de faire une série sur les baleines, nous savions que ce serait un vrai défi. Certaines espèces sont presque impossibles à apercevoir, et encore plus à filmer. Véritable escale au milieu de l’Atlantique pour les animaux marins, les Açores sont un lieu privilégié des baleines. Ces îles accueillent une dizaine d’espèces différentes de baleines, aussi bien sédentaires que nomades... ce qui en faisait autrefois un haut lieu de la chasse à la baleine. Nous nous réjouissons de savoir qu’elles sont présentes ici. Mais certaines nagent très vite et ne montent à la surface que quelques minutes. Pour Ellen Husain [Hélène usseillne], notre réalisatrice, il était donc primordial d’être au bon endroit au bon moment. ELLEN HUSAIN On est à leur merci. Ce sont des animaux tellement grands, capables de se déplacer beaucoup plus vite que nous. Tout ce qu’on peut faire, c’est espérer que les baleines nous laissent les filmer. STEVE OFF Steve Backshall – Whales eps 1 Nous finissons par en apercevoir une. ELLEN HUSAIN Emanuel, tu nous dis. STEVE OFF Notre guide sur place, Emanuel Goulart [goularte] nous donne le feu vert pour plonger. EMANUEL GOLART Tu peux y aller, si tu veux. ELLEN HUSAIN Vas-y. EMANUEL GOLART Elles sont par là. STEVE OFF Nous avions l’autorisation exceptionnelle de plonger avec les baleines, qui sont strictement protégées par la loi. Mais même ces immenses prédatrices des océans peuvent se révéler très sensibles. STEVE J’ai fait un peu trop de bruit en entrant dans l’eau. La baleine m’a entendu et a fait demi-tour. STEVE OFF Nous devions apprendre à connaître toutes les baleines et analyser leur humeur avant que l’équipe de tournage ne se mette en place. Les techniques que l’on utilisait autrefois pour trouver les baleines se sont révélées toujours efficaces. STEVE Steve Backshall – Whales eps 1 Notre méthode pour trouver des baleines n’a pas vraiment changé depuis 100 ans. Il faut scruter l’horizon pour essayer de voir des jets d’air ou des nez remonter à la surface. Mais on a un coup d’avance, puisque sur les collines qui nous entourent, à des endroits déjà utilisés à l’époque de la chasse à la baleine, nous avons envoyé des guetteurs. La seule différence, c’est que s’ils aperçoivent des baleines, ils n’ont qu’à se servir de la radio pour nous dire où elles sont plutôt que d’envoyer quelqu’un par bateau. STEVE OFF Nous avons aussi utilisé d’autres techniques de cette époque pour suivre à la trace les baleines. STEVE Les baleineaux ne sont pas aussi bons en plongée que leur mère, donc ils doivent rester à la surface. Ainsi, si vous apercevez un petit, vous n’avez qu’à le garder à l’œil en attendant que les adultes remontent. STEVE OFF C’est cette méthode qui a permis à notre cameraman Rob Taylor d’immortaliser une des rencontres les plus mémorables du tournage. STEVE Ça m’a l’air bon. Très bon, même. T’es prêt, Rob ? ROB TAYLOR Oui. ELLEN HUSAIN Les plongeurs se lancent. FEMME 3 Bien reçu. STEVE Steve Backshall – Whales eps 1 C’est vraiment quelque chose. C’est un peu comme voir une maman humaine câliner son bébé. Ils ont l’air si calmes, détendus. C’est leur moment de détente rien que tous les deux. C’est très beau. STEVE OFF Les journées en mer sont longues, dans l’Atlantique nord, et tout peut arriver. Les guetteurs nous avaient indiqué que des baleines s’étaient regroupées pour manger vers le sud. Mais une surprise nous attendait en chemin. STEVE On a dû s’arrêter parce qu’on était entourés par un groupe de dauphins de Risso. Normalement, ils sont très timides et ils disparaissent dès qu’ils voient un bateau ou un humain. Mais là, ils s’amusent à la surface. STEVE OFF C’était un vrai dilemme. Filmer des dauphins de Risso était une opportunité inouïe, mais si on passait des heures à essayer sans y parvenir, on raterait le grand festin qui avait lieu plus au sud. Rob, notre cameraman, ne savait pas quoi faire. ROB TAYLOR On ne filme jamais des dauphins de Risso parce que c’est impossible, en fait. EMANUEL GOLART À 10 heures, à 5 mètres de profondeur. STEVE Juste en dessous, Rob ! ELLEN HUSAIN Ça a l’air bon. STEVE OFF Steve Backshall – Whales eps 1 Contre toute attente, c’était un pari réussi. Les dauphins de Risso nageaient à nos côtés, impassibles. Nous immortalisons quelque chose de très spécial. STEVE C’était totalement surréaliste ! ROB TAYLOR C’était génial ! Incroyable. STEVE On est très contents. ROB TAYLOR Je n’ai jamais vu des dauphins de Risso se comporter de cette manière. Honnêtement, c’était dingue. Oui, d’habitude... D’habitude, ils ne sont pas comme ça ! STEVE OFF Nous avons marché sur les chemins autrefois empruntés par les chasseurs de baleines pour découvrir ce que nous avons en commun avec elles. Et par chance, nous avons pu immortaliser l’un des moments qui nous a permis de mieux comprendre ces animaux énigmatiques. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE BACKSHALL – whales eps 2 ’12 STEVE OFF Les baleines. Véritables géants des mers qui parcourent les océans depuis des millénaires. Leur chant, leur majesté et leur taille nous émerveillent et nous fascinent. Dans leur ombre gigantesque, les humains se sentent insignifiants. Depuis des millénaires, bien avant notre arrivée, elles protègent leurs petits... chassent... et voyagent. .Mais notre présence a bouleversé leur monde Je cherche donc à voir à travers leurs yeux, à les rencontrer, si elles m’acceptent, et à comprendre pourquoi leur avenir et le nôtre sont indissociables. J’aimerais en savoir plus sur les dernières découvertes des scientifiques sur les techniques de chasse des baleines et des dauphins, dont il existe pas moins de 90 espèces différentes . Elles sont toutes différentes... mais ont un point commun. Quelles que soient leur forme ou leur taille... ce sont tous des prédateurs. STEVE Les baleines et les dauphins dirigent nos océans depuis environ 50 millions d’années. Ce sont les animaux marins qui ont le plus gros cerveau, le plus gros appétit, et aussi les stratégies de prédations les plus originales. De l’équateur aux pôles Nord et Sud, ce sont les plus grands chasseurs des mers. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE OFF Mais les stratégies de prédation des baleines varient selon les espèces... leur environnement et leurs proies. J’aimerais comprendre les problématiques auxquelles ces créatures doivent faire face dans nos océans en changement. Mon aventure dans le monde des prédateurs marins commence avec le plus emblématique de tous... L’orque, surnommée la « baleine tueuse » en anglais. Dans le Grand Nord, en Norvège, elles se nourrissent de manière saisonnière de bancs de harengs. STEVE Pendant seulement deux mois par an, les fjords du nord de la Norvège sont le théâtre d’un rassemblement des plus grands chasseurs de la planète. Nous sommes actuellement dans le cercle arctique, entourés d’un pod d’orques. C’est l’espèce de dauphin la plus grande par sa taille et, à mon sens, la plus sophistiquée. C’est aussi le plus complexe et habile de tous les prédateurs. C’est un spectacle absolument incomparable. STEVE OFF S’il y a des créatures réputées pour leur dangerosité, ce sont bien elles. Les plus grandes prédatrices de l’océan. On dit même d’elles que ce sont des tueuses de baleines. Les scientifiques considèrent que ce sont les plus complexes de tous les prédateurs marins. Elles ciblent des proies bien spécifiques et, dans la nature, n’ont jamais fait de mal à un humain. Et quoi de mieux pour le prouver que d’aller nager avec elles ? Habituellement, elles se contentent d’aller et venir. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 Mais aujourd’hui, l’une d’elles a décidé... de venir à ma rencontre. Me voilà nez à nez avec le plus grand prédateur de la planète. STEVE Ça fait 20 ans que je travaille avec des orques, et c’est la première fois que l’une d’entre elles me porte autant d’intérêt lors d’une plongée. Elle m’a regardé, elle m’a étudié, elle a tourné autour de moi, encore et encore. Difficile de savoir si c’était de la curiosité ou si elle voulait déceler mes faiblesses. Mais quand on la regarde dans les yeux, on perçoit son intelligence, sa façon de vous analyser, d’essayer de comprendre ce que vous êtes. Je viens de passer un moment inouï avec l’un des plus grands prédateurs que la Terre n’ait peut-être jamais connu. STEVE OFF Les orques sont capables d’attaquer des proies bien plus grosses et redoutables que les humains, mais elles sont suffisamment intelligentes pour savoir les sélectionner. STEVE Si ce sont des prédatrices infaillibles, ce n’est pas grâce à leurs grandes dents ou leurs muscles, mais à leur puissant cerveau, leur capacité à traiter les informations et leur curiosité. Cette intelligence les rend plus proches des êtres humains que tout autre animal. STEVE OFF Mais l’orque ne chasse presque jamais seule. STEVE Le secret de la réussite des orques, c’est peut-être leur vie en groupe, en pod. Ces unités matriarcales sont les plus puissantes de la planète. Les petits restent auprès de leur mère tout au long de leur STEVE BACKSHALL – whales eps 2 vie. Leur extraordinaire communication leur permet de faire des choses dont la plupart des animaux sont incapables. STEVE OFF Leur proximité et leur coopération sont évidentes. La preuve en est en mer de Cortés. Voici des raies Mobula. Ici, elles sont plusieurs milliers à se nourrir et à se reproduire. Pour cette orque qui chasse seule, il est difficile d’isoler une cible. Mais l’arrivée de son pod change la donne. Elles commencent à organiser la chasse. Leurs attaques simultanées sèment la panique parmi les Mobulas, dont le banc se désolidarise. Les orques ont maintenant l’avantage. Elles choisissent leurs proies... les unes après les autres. En travaillant conjointement, chaque orque est récompensée. Mais pour certaines d’entre elles, le plus grand des avantages n’est pas de partager le butin, mais de partager le savoir. En Nouvelle-Zélande, c’est ce qui permet à un autre pod de cibler des proies bien plus dangereuses. Le repas est alléchant, mais la queue de la raie pastenague peut libérer un venin mortel. Le secret, c’est de l’approcher par en haut... de l’attraper par la tête... puis de retourner la raie, ce qui a pour conséquence de la mettre dans une sorte de transe qu’on appelle l’immobilité tonique. Maintenant totalement impuissante, la raie peut être consommée sans danger. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 Cette orque n’est pas la seule à chasser de cette manière. Cette méthode pour capturer les raies pastenagues a été enseignée aux autres orques du pod, qui l’utilisent à leur tour. De nombreux groupes d’orques ont des techniques de chasse bien spécifiques. Pour certains scientifiques, c’est la preuve que, comme nous, elles transmettent leur culture, leurs comportements, de génération en génération. STEVE Les orques peuvent se nourrir de tout. Aussi bien des plus petits poissons que de la plus grande créature que nous n’ayons jamais connue la baleine bleue. C’est cette capacité d’adaptation et cette inventivité qui fait qu’elles prospèrent dans tous nos océans. STEVE OFF Mais l’alimentation de certaines baleines est bien plus spécifique. Que leur réserve l’avenir, au vu des mutations que connaissent les océans ? Je cherche à déterminer quelles sont les nouvelles problématiques auxquelles sont confrontées les baleines dans notre monde moderne. STEVE Il y a environ 50 millions d’années, les mammifères terrestres ont abandonné leur mode de vie pour partir à la rencontre de l’océan. Depuis, une multitude d’espèces ont évolué, allant du marsouin de la taille d’un chiot au plus grand animal que la Terre n’ait jamais porté. STEVE OFF Leurs techniques de chasse sont diverses et variées. Pour découvrir la plus impressionnante espèce de baleines, nous nous rendons en Basse-Californie. Véritable garde-manger, c’est là que vit le plus grand animal que notre planète n’ait jamais connu... STEVE BACKSHALL – whales eps 2 La baleine bleue. Cette femelle fait plus de 25 mètres de long, pèse plus de 100 tonnes... et elle a faim. Étonnement, le plus grand animal sur Terre se nourrit de quelque chose de tout petit... le krill, un petit crustacé à l’allure de crevette. Ces essaims saisonniers constituent un festin essentiel aux baleines bleues. Notre femelle peut descendre à 200 mètres de profondeur pour se nourrir. En plongeant, elle engloutit jusqu’à 100 tonnes de krill et d’eau en gonflant sa gorge comme un ballon. Autrefois, nous pensions que les baleines nuisaient à nos réserves de poisson. Mais les scientifiques ont récemment découvert que leurs excréments servaient de fertilisant pour le phytoplancton que mangent les krills, dont dépendent les baleines bleues, entre autres. Depuis des millions d’années, les baleines améliorent donc la santé de nos océans. Mais les krills souffrent du réchauffement climatique et de l’acidité croissante des eaux. Les baleines bleues se remettent doucement de la chasse à la baleine. Mais sans le krill, elles seraient condamnées. Si nous mettons en danger le plus grand animal de la planète, de quelles autres erreurs sommes-nous responsables ? Pour comprendre quel impact nous avons sur leur avenir, j’aimerais en savoir plus sur les différents comportements des baleines lorsqu’elles chassent. Je me rends aux îles Bimini, dans l’archipel des Bahamas, où une espèce chasse d’une manière bien particulière pour se nourrir. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE Au large des Bimini, des bancs de sable s’étirent à perte de vue. Mais si l’on ouvre l’œil, on peut y voir des nuées de poissons-rasoir, d’anguilles jardinières et de lançons. STEVE OFF Ces poissons piochent de petites particules de nourriture dans la colonne d’eau. Ils ont l’air vulnérables et semblent n’avoir nulle part où se cacher. Mais au moindre signe de danger... ... ils disparaissent. Cependant, un prédateur de ces bancs de sable ne cherche pas ses proies avec les yeux. STEVE Ces cratères sont formés par les grands dauphins qui cherchent de la nourriture. STEVE OFF Les grands dauphins utilisent l’écholocalisation pour percevoir les sons aigus et visualiser leur environnement grâce aux ondes sonores qui rebondissent. STEVE Le dauphin longe le fond de l’eau et émet perpétuellement des ondes sonores dans le sable pour sentir si quelque chose y est enfoui. STEVE OFF Cette technique est étonnante. STEVE Lorsqu’il sent quelque chose, il tourne vers la gauche. Puis enfonce son nez, son rostre, dans le sable pour essayer de trouver la nourriture. Vous avez vu ça ? STEVE BACKSHALL – whales eps 2 C’est incroyable, de voir un dauphin la tête en bas et de le voir remonter avec un poisson dans la bouche. STEVE OFF Bien qu’on trouve des grands dauphins partout dans le monde, cette technique de chasse est propre à cette région. STEVE Toute cette population semble avoir appris cette technique. Peut-être que comme les orques, les grands dauphins ont une culture, qui leur permet de transmettre leurs compétences. STEVE OFF Ces dauphins ont une manière bien spécifique de trouver de la nourriture dans cet environnement précis. Mais que se passera-t-il si leur habitat se met à changer ? Les espèces spécialisées sont-elles plus vulnérables ? Le meilleur endroit pour tenter de répondre à ces questions est un lieu qui change déjà trop vite, et ce à cause des humains. Un lieu où on n’imaginerait pas trouver un membre de la grande famille des baleines... au cœur de l’Amazonie. Comme un thé trop corsé, les eaux du fleuve sont colorées par les tanins des feuilles en décomposition. C’est ici, dans la pénombre, que vit le plus insolite des dauphins. Ce dauphin de l’Amazone, aussi appelé « boto », est parfaitement adapté à la vie dans cet étrange habitat d’eau douce. Sa peau rose, ses petits yeux et son front renflé lui donnent une apparence singulière. C’est un chasseur chevronné, capable de prendre pour proie plus de 40 espèces différentes, et notamment les piranhas. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 Dans ces eaux troubles, il se sert de l’écholocalisation. Ainsi, il imagine une carte sonore de son environnement. Sa dorsale discrète lui évite les accrocs, et ses nageoires, qui se meuvent indépendamment l’une de l’autre, lui permettent de naviguer librement... et de se concentrer sur les poissons cachés. Son bec particulièrement sensible est idéal pour dénicher des poissons cachés dans les broussailles. Le boto est une espèce spécialisée totalement adaptée à son environnement si particulier. Mais c’est justement ce qui le rend vulnérable. La pêche vide peu à peu leur habitat de ce qui constitue leur alimentation, et les filets à mailles fines peuvent être un piège mortel pour eux. Nous avons déjà causé l’extinction d’autres espèces de dauphins, et à moins que nous n’agissions vite, le boto pourrait bien être la prochaine. Scientifiques et défenseurs de l’environnement ont déjà entamé une course contre la montre pour protéger les baleines. Mais le monde ne change-t-il pas tout simplement trop vite ? Une activité humaine en particulier impacte les baleines plus que n’importe quelle autre... la pêche. Nous avons remplacé les baleines et les dauphins, autrefois plus grands consommateurs des océans. Ici, dans les fjords norvégiens, les prises sont surveillées pour qu’il y ait assez de poisson pour les baleines. Mais la pêche impacte tout de même leur mode de vie. Pour voir ce qui se passe exactement, je dois plonger juste à côté des immenses bateaux qui jettent leurs filets pendant la nuit. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE À mesure que les bateaux de pêche mouillent leurs filets, il peut y avoir plusieurs centaines de tonnes de harengs, soit des milliers voire des millions de poissons qui s’y engouffrent. STEVE OFF Nous spolions la nourriture des baleines. Mais certaines d’entre elles apprennent à tirer parti de la présence des bateaux. Les orques reconnaissent les bruits caractéristiques que fait ce bateau de pêche. Pour ces prédatrices ingénieuses, ce fracas métallique sonne l’heure du repas. Leur technique est étonnamment subtile. Elles attrapent les poissons qui débordent des filets. Cette agitation attire d’autres orques dans le fjord. S’en suit un rassemblement des plus impressionnants. Mais les orques ne sont pas les seules chasseuses à vouloir profiter de ce festin. D’immenses baleines à bosse les rejoignent. Partout ailleurs, ces deux espèces seraient des ennemies mortelles. Mais ici, elles partagent le repas à quelques mètres seulement du bateau. Aussi rare et impressionnant soit-il, ce spectacle a aussi une part d’ombre. STEVE Il est difficile d’imaginer une plus grande concentration de chasseurs quelque part sur la planète. On a devant nous des animaux parmi les plus puissants qui se nourrissent de ce qui tombe du filet et des restes de la prise des humains. Tous ces animaux concentrés au même endroit, c’est absolument époustouflant. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE OFF Quelle étrange vision que celle de voir de si grands prédateurs se nourrir de nos restes. Attiser la convoitise des baleines aussi près des sites de pêche industrielle peut vite tourner à la catastrophe. Pendant le tournage, le professeur Auden Rikardsen [odeune rikar- dsseune], spécialisé en biologie marine, est alerté d’une baleine piégée dans du matériel de pêche. STEVE Vous avez été appelé parce qu’une baleine à bosse était coincée. On a dû se tenir à distance mais vous pouvez nous raconter ce qui s’est passé ? AUDEN RIKARDSEN La baleine avait quelque chose entourée autour du museau et dans la bouche. Elle était immobile. Elle avait l’air d’attendre qu’on l’aide. Quand on est arrivés, elle est venue à notre rencontre. Comme si elle nous demandait de l’aider. Elle faisait des petits cris, on entendait des petits « wouuuu ». C’était à vous fendre le cœur. C’est touchant de voir ça et ça vous donne forcément envie de l’aider. STEVE OFF Complètement coincée, elle ne pouvait ni plonger ni se nourrir. Ses heures lui étaient comptées. Libérer une baleine apeurée n’est pas chose aisée. Prise de panique, elle a essayé de s’enfuir. La nuit tombait. Une course contre la montre était lancée. Finalement, ses liens ont pu être coupés... et elle a pu être libérée. L’histoire s’est bien terminée, cette fois. Mais la plupart des baleines n’ont pas la chance d’être secourues. Pour ce bébé baleine franche STEVE BACKSHALL – whales eps 2 de l’Atlantique nord, naître d’une mère coincée dans des cordes était un coup du sort. Avec moins de 350 spécimens pour cette espèce, chaque décès est un pas de plus vers l’extinction. La pêche moderne a pris des proportions immenses. L’industrie de la pêche est l’une des plus grandes menaces pour les baleines et les dauphins. Dans le monde, presque 1000 cétacés sont pris chaque jour dans les filets comme prise accessoire. Les filets fantômes et le matériel de pêche abandonné ou perdu hantent nos océans. Chaque année, près d’un million de tonnes de ces déchets atterrissent dans la mer. Et puisqu’il leur faut jusqu’à 600 ans pour se désintégrer... le seul moyen de s’en débarrasser est de les ramasser. Une meilleure solution existe forcément. Partout dans le monde, les aires marines protégées sont de vrais refuges pour les baleines. Je cherche à découvrir quels avantages elles présentent. Je parcours les océans pour comprendre comment les baleines s’en sortent dans un monde bien différent de celui dans lequel elles ont évolué. Il existe des endroits où les baleines peuvent prospérer et chasser comme elles l’ont toujours fait. Autrefois, cet archipel était le centre névralgique de la chasse commerciale à la baleine. Aujourd’hui, c’est un havre de paix pour les baleines et leurs proies. Les Açores. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE Là où la dorsale médio-atlantique coupe l’océan en deux, des montagnes volcaniques venant de plusieurs milliers de mètres de profondeur s’érigent et forment des îles. Les courants océaniques font remonter les micronutriments des profondeurs, créant ainsi une explosion de vie. STEVE OFF Quand des zones comme celle-ci sont protégées, le poisson, principal aliment des baleines, est abondant. Un phénomène en particulier les attire ici plus que n’importe quel autre. STEVE En présence de prédateurs, les bancs de poissons se rassemblent et forment une boule d’appât scintillante que tout un tas de bouches redoutables se languissent de dévorer. En général, le banc de poissons ne résiste pas bien longtemps. STEVE OFF Croiser une de ces boules d’appât est ma seule chance de voir des baleines se nourrir quand je suis sous l’eau. Mais ça n’est pas chose aisée. Si je vois une de ces nuées, je dois donc me dépêcher de plonger. Pour ces poissons, se regrouper en banc est une stratégie de défense vitale. Ce sont des cibles faciles pour les prédateurs, comme ces dauphins tachetés. Mais leur grand nombre joue en leur faveur. Les poissons marquent leurs voisins et gardent la même distance et le même alignement entre chacun. Pour ce dauphin solitaire, ce banc est loin d’être une cible évidente. Le mouvement d’un seul poisson suffit à faire bouger tout le groupe. Le scintillement de cette nuée rend difficile pour un prédateur de se concentrer sur un individu. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE Les mouvements de ces poissons argentés qui se déplacent comme du mercure sont faits pour déstabiliser les plus petits prédateurs. Mais une telle concentration d’individus en une masse uniforme fait d’eux une proie facile pour les baleines. STEVE OFF Ces poissons attirent de véritables léviathans... Des rorquals boréaux. Ils peuvent atteindre presque 20 mètres de long et peser jusqu’à 45 tonnes. STEVE Ils font partie de la même famille que les baleines bleues, avec qui ils ont de nombreux points communs. Ils sont longs, fuselés, lisses, incroyablement rapides dans l’eau, et font partie des plus grandes créatures marines. STEVE OFF Mais pour mesurer leurs talents de chasseurs, je dois voir ce qui se passe sous la surface de l’eau. Comme des sous-marins, ils avancent à une vitesse qui semble dérisoire. C’est un spectacle aussi menaçant qu’impressionnant. STEVE C’était incroyable. Le rorqual boréal est l’un des cétacés les plus rapides alors que sous l’eau, on ne perçoit presque aucun mouvement quand il avance. Mais lorsque vous êtes près de lui, son sillage vous secoue comme si vous étiez dans une machine à laver. STEVE OFF Les rorquals boréaux nagent à presque 50 kilomètres/heure. Leur vitesse est la clé de leur technique de chasse... STEVE BACKSHALL – whales eps 2 L’écrémage. Sprinter leur permet de prendre les poissons par surprise. Ce rorqual boréal doit manger près d’une tonne de poisson par jour. Les boules d’appât sont l’occasion de cibler un groupe de proies. Mais précipiter 45 tonnes sur une cible à vitesse maximale... demande beaucoup d’énergie. Pour que leur sprint ne soit pas vain, les rorquals ne peuvent utiliser cette technique que lorsqu’il y a suffisamment de poissons au même endroit. STEVE C’est extraordinaire. Je ne m’étais encore jamais retrouvé dans une zone où je risquais d’être percuté par une baleine. Regardez ça ! Honnêtement, avec une telle abondance autour de moi, je pourrais rester là toute la semaine. Si on oublie le reste, tous les signes d’un écosystème marin en bonne santé sont là. Il y a des producteurs primaires au fond de l’eau, du zooplancton, des petits poissons qui s’en nourrissent et aussi les plus grandes créatures qui n’aient jamais existé. Tous ces êtres vivants sont concentrés ici. C’est le résultat de la protection de nos aires marines et de la création de sanctuaires comme celui-ci. Quand on protège nos mers, elles deviennent un véritable lieu de concentration de vie. STEVE OFF Ces instants précieux sont un aperçu de ce que pourrait être le monde si nous ne réduisions pas à néant la vie marine. Les Açores ne sont pas le seul endroit où l’on peut voir les animaux se nourrir de manière aussi naturelle. Au large des côtes sud-africaines, des groupes de baleines nous offrent une vision optimiste de l’avenir. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 Depuis que nous avons arrêté de les chasser, les baleines à bosse ont fait leur grand retour. La route est encore longue, mais ce genre de spectacle est de plus en plus récurrent. De plus, nous apprenons peu à peu que les baleines contribuent à éliminer le CO2 présent dans l’atmosphère, à la fois en fertilisant le phytoplancton, mais aussi en séquestrant du dioxyde de carbone dans leurs immenses corps. On estime qu’elles en absorbent environ 30 millions de tonnes par an. C’est autant qu’un milliard d’arbres. Les baleines ont un rôle à jouer dans le maintien en bonne santé de nos océans, et la bonne santé de nos océans est essentielle dans la lutte contre le changement climatique. Maintenant, c’est à nous d’agir et de choisir quel futur nous voulons. Ce qui est plus que jamais nécessaire, c’est une meilleure protection contre les effets indésirables de la pêche commerciale. STEVE Autrefois, on appelait à sauver les baleines. Aujourd’hui, nous savons que nous devons sauver l’environnement tout entier des baleines. Notre avenir en dépend. STEVE OFF Pour découvrir comment les baleines évoluent dans le monde moderne, nous avons voulu observer ces chasseuses des océans dans leur milieu. Pour cela, le meilleur moyen de les filmer était de commencer par leur alimentation. L’occasion de repousser les limites de nos techniques de plongée et de tournage. Au nord de la Norvège, nous voulions filmer l’interaction entre les baleines et les bateaux qui pêchent le hareng. Une manœuvre dangereuse puisqu’il fallait plonger à la nuit tombée, au plus près des bateaux qui jettent leurs filets. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE La sécurité est primordiale lorsqu’on plonge dans ces conditions. Déjà, on est dans l’Océan Arctique. Les températures peuvent descendre en dessous de zéro. De plus, il va y avoir des orques, des baleines à bosse, des filets et du matériel de pêche. Je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas stressé. STEVE OFF Au coucher du soleil, nous nous préparons pour la plongée dans ces eaux obscures. Incapables de voir plus loin que nos torches ne nous le permettront, nous allons avoir l’impression de flotter dans l’espace, ce qui désoriente énormément. STEVE On a hâte, et en même temps, on ne perd pas de vue qu’il n’y a pas plus dangereux que ce genre de plongée en eau vive, et que tout doit être parfaitement exécuté. HOMME 1 Pas de précipitation. Prenez votre temps. On attend d’être en contact avec le bateau de pêche. STEVE OFF Finalement, juste avant l’aube, on a le feu vert. HOMME 1 Très bien, on peut y aller. C’est bon, prêts ? Le plongeur 1 se lance. Bien joué, Steve. Le plongeur 2 se lance. Plongeur de secours. Plongeurs 1 et 2, vous me recevez ? STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE Ici Steve, à la surface. Je vous reçois parfaitement. STEVE OFF En filmant les poissons qui débordent des filets, j’ai compris exactement pourquoi les baleines changent leur comportement et sont attirées par les bateaux. Et ce que nous avons vu était plus impressionnant encore que ce que nous avions imaginé. STEVE C’est à mon sens le prédateur le plus ingénieux de notre planète. Il est capable de s’adapter à son environnement et de tirer parti de toutes les ressources qui se présentent à lui. Ici, l’abondance colossale de hareng que représente la pêche permet de nourrir 80 orques en un seul repas. STEVE OFF En Norvège, nous nous sommes servi des bateaux de pêche pour trouver les baleines. Mais dans les Açores, les bancs de poissons vifs comme l’éclair pris en chasse par des rorquals boréaux encore plus rapides ont nécessité une approche beaucoup plus dynamique. HOMME 2 Boule d’appât à 11 heures. Oui. On y va ? Cette fois, nous plongeons en apnée. Plonger en retenant notre souffle, sans avoir à porter un équipement lourd, nous permet d’être plus réceptifs et plus rapides sous l’eau, HOMME 3 STEVE STEVE OFF STEVE BACKSHALL – whales eps 2 mais aussi de minimiser la gêne que nous pourrions causer aux animaux dans ce milieu protégé. Nous ne pouvons pas savoir à l’avance quelle boule d’appât les baleines vont cibler. Mais avec autant de poissons autour de nous, il devrait y avoir de quoi faire. STEVE Le nombre de baleines et de dauphins ici est phénoménal. C’est incroyable. On va surveiller de près les poissons, et le reste suivra. STEVE OFF Apercevoir une baleine est déjà un bon début, mais nous devons nous approcher. STEVE C’est un vrai bonheur, mais c’est aussi épuisant de rentrer et sortir de l’eau sans perdre de vue les poissons qui se déplacent à la vitesse de la lumière. Là-bas ! On y est. C’est l’épicentre de notre boule d’appât. C’est exactement ce qu’on voulait ! STEVE OFF L’attente porte enfin ses fruits. Nous tombons sur l’une des baleines les plus rapides au monde, venue profiter du repas que ces eaux nourricières ont à offrir. STEVE C’est à vous couper le souffle ! Je n’aurais jamais pu imaginer que je me trouverais un jour aussi près d’un rorqual boréal. C’est une des choses les plus folles qui me soient arrivées. STEVE BACKSHALL – whales eps 2 STEVE OFF Du cercle arctique aux tropiques, la façon dont nous avons filmé chacun de ces chasseurs des mers a permis de mettre en lumière les problématiques qu’ils rencontrent dans notre monde moderne, mais aussi de comprendre les actions à entreprendre afin de leur assurer un avenir pérenne. FIN Steve Bakcshall – Whales eps 3 SEBASTIEN OSSARD VINCENT DE BOUART LAURENT MANTEL JEREMY BEDRUNE AURORE BONJOUR ’12 STEVE OFF Les baleines. Véritables géants des mers qui parcourent les océans depuis des millénaires. Leur chant, leur majesté et leur taille nous émerveillent et nous fascinent. Dans leur ombre gigantesque, les humains se sentent insignifiants. Depuis des millénaires, bien avant notre arrivée, elles protègent leurs petits... chassent... et voyagent. Mais notre présence a bouleversé leur monde. Je cherche donc à voir à travers leurs yeux, à les rencontrer, si elles m’acceptent, et à comprendre pourquoi leur avenir et le nôtre sont indissociables. STEVE OFF La baleine est le plus grand mammifère au monde. Avec son corps majestueux, sa puissante nageoire caudale et son immense capacité à faire des réserves d’énergie, elle est parfaitement adaptée à une vie consacrée aux longs voyages à travers les océans. C’est une nomade. STEVE BACKSHALL Les baleines entreprennent plus de voyages que tous les autres animaux de la planète. Certaines espèces parcourent des milliers de kilomètres chaque année et suivent des routes empruntées par leurs ancêtres depuis des générations. STEVE OFF Pendant des siècles, les mouvements migratoires des baleines et les raisons qui les poussaient à choisir certaines destinations sont restés un mystère. Mais pour la première fois de notre histoire, les scientifiques sont parvenus à cartographier ces mouvements migratoires. Ils ont découvert des Steve Bakcshall – Whales eps 3 autoroutes maritimes empruntées par les baleines pour voyager d’un bout à l’autre de la planète. J’aimerais savoir si ces découvertes permettent de comprendre pourquoi les baleines se déplacent autant. Mais aussi ce qui leur arrive au cours de leurs voyages à travers des océans de plus en plus changeants. Mes recherches démarrent à Tahiti, en Polynésie française. Un site très prisé des baleines au cours de leurs mouvements migratoires. STEVE BACKSHALL Tahiti est une nation insulaire, en plein milieu de l’océan Pacifique. L’île est surtout célèbre pour ses vagues idéales à la pratique du surf. La houle responsable de la création de ces vagues parcourt des milliers de kilomètres avant d’atteindre les plages tahitiennes. Mais la baleine à bosse parcourt des distances bien plus importantes. La plus grande voyageuse de la planète quitte les eaux glaciales de l’Antarctique pour venir jusqu’ici, où elle vivra le moment le plus important de sa vie. STEVE OFF À nos yeux, Tahiti est un paradis sur terre. Mais c’est en Antarctique que les baleines à bosse trouvent de quoi se nourrir. Alors pourquoi les femelles quittent-elles leur habitat naturel, où elles trouvent de la nourriture en abondance ? Pourquoi parcourent-elles des milliers de kilomètres pour venir donner naissance ici ? STEVE BACKSHALL C’est comme ça qu’on voit le plus souvent les baleines à bosse. D’ailleurs, c’est à la forme arrondie de leur dos qu’elles doivent leur nom. Cette femelle reste près de la surface pour laisser son petit nager sous son ventre. STEVE OFF Cette jeune maman profite d’un repos bien mérité. Elle a voyagé pendant trois mois pour arriver jusqu’ici, où elle a donné naissance à un bébé d’une tonne. STEVE OFF Je veux voir comment elle s’en sort. Steve Bakcshall – Whales eps 3 Une fois immergé, je comprends ce qui attire les baleines à Tahiti. L’eau y est calme et chaude. Ici, cette femelle a besoin de moins d’énergie pour maintenir sa chaleur corporelle. Elle pourra consacrer toute son énergie à s’occuper de son petit. STEVE BACKSHALL Ils sont au calme, c’est très apaisant. Mais pour la femelle, c’est une période particulièrement éprouvante. En nourrissant son petit, elle dépense une énergie colossale alors qu’elle n’a rien à manger. STEVE OFF Le jeûne de cette baleine pourrait durer jusqu’à neuf mois. Elle doit économiser ses forces au maximum. Pendant qu’elle se repose, son petit est libre de découvrir le monde qui l’entoure. STEVE BACKSHALL C’est comme si la femelle lui disait « Allez, va jouer avec tes copains, maintenant. » STEVE OFF Sous l’œil attentif de sa mère, le baleineau profite de sa liberté pour jouer. STEVE OFF Âgé d’à peine quelques mois, ce petit apprend à découvrir son corps. STEVE OFF Bientôt, il nagera jusqu’en Antarctique. Sa première migration. STEVE BACKSHALL Le petit ne voulait pas me lâcher. C’était un moment unique. Le genre de moment où un animal aperçoit un être humain et cherche sa compagnie pour interagir avec lui. C’est lui qui mène la danse. Je travaille auprès des animaux depuis 25 ans et je crois que c’est la plus belle expérience de ma vie. STEVE OFF Steve Bakcshall – Whales eps 3 Les baleines viennent mettre bas ici parce que les eaux tahitiennes offrent des conditions optimales. Mais l’activité humaine est en train de tout changer la température de l’eau augmente. Les dernières mesures effectuées à la surface des océans du monde entier ont révélé une hausse record des températures. Si la chaleur dépasse le seuil de tolérance des baleines à bosse, celles-ci perdront leur lieu privilégié pour mettre bas. STEVE OFF Au nord-est du Pacifique, les baleines grises s’apprêtent à entreprendre le plus grand voyage de leur vie. Près de 0 kilomètres séparent l’Alaska de la côte mexicaine. Nous sommes en plein hiver. Cette femelle nage vers le sud depuis deux mois. Elle avait prévu d’atteindre des eaux calmes et chaudes avant de mettre bas. Mais son petit est né au cours du voyage. C’est ce qu’elle voulait éviter à tout prix. En Alaska, son lieu de chasse privilégié, la hausse de la température des eaux a affecté son mode de vie. Elle doit aller plus au nord pour se nourrir, allongeant la distance qui la sépare des eaux plus chaudes du Pacifique sud. Sa migration prend plus de temps qu’à l’accoutumé. Âgé de quelques jours, son nouveau-né n’a pas les armes pour un si long voyage. Mais ils ne peuvent pas s’arrêter. La mère tente d’aider son petit... Mais il est encore trop faible. Cette lutte désespérée a été filmée au large de la côte californienne, à seulement mille kilomètres du lagon mexicain où la femelle avait prévu de mettre bas. Nous ne saurons jamais s’ils sont arrivés à bon port. Steve Bakcshall – Whales eps 3 STEVE OFF Les habitats des baleines doivent être protégées. Tout comme les autoroutes maritimes qui leur permettent de naviguer d’un lieu à l’autre. Je veux savoir ce qui est mis en place pour leur préservation. STEVE BACKSHALL Les polynésiens comptent parmi les meilleurs marins du monde. Ils traversent des océans entiers à bord de petits bateaux comme celui-ci. Cette pirogue tahitienne porte le nom de « va’a ». Tout comme les humains, qui doivent parfois quitter le calme du lagon pour affronter les dangers de la grande bleue, les baleines à bosse ne peuvent pas rester ici éternellement. Elles vont devoir entreprendre un des voyages les plus dangereux au monde. STEVE OFF Si Tahiti est un lieu idéal pour la naissance des baleines, ses eaux n’offrent pas la moindre source de nourriture. Cette femelle n’a pratiquement rien mangé depuis qu’elle a quitté l’Antarctique il y a six mois. Elle doit retrouver les eaux glaciales de l’océan Austral. Son petit l’accompagnera dans son voyage. La traversée s’annonce particulièrement éprouvante. La mère et son petit vont devoir parcourir plus de 6 000 kilomètres en pleine mer. Pour y survivre, le baleineau a besoin d’être au top de sa forme physique. STEVE BACKSHALL Là-bas ! J’en vois deux ! STEVE BACKSHALL Je crois que c’est une mère et son petit. Ils sautent sous nos yeux. Le breaching est un comportement extrêmement intéressant. Dans ces eaux, on voit souvent les jeunes baleineaux faire des dizaines et des dizaines de saut d’affilée. Pour sortir de l’eau, ils doivent déployer une énergie colossale. STEVE OFF Steve Bakcshall – Whales eps 3 D’après les recherches scientifiques, le breaching serait une forme d’entraînement. Une pratique destinée à préparer physiquement les baleineaux pour le long voyage qui les attend. STEVE BACKSHALL Avec le temps, les petits sont prêts à migrer vers l’Antarctique. Mais le voyage est semé d’embûches. STEVE OFF La découverte des autoroutes maritimes privilégiées par les baleines arrive à point nommé. Lors de leurs mouvements migratoires, les cétacées se retrouvent souvent au milieu des routes empruntées par des bateaux de plus en plus nombreux. Ici, sur la côte nord de l’île de Tahiti, le problème saute aux yeux. STEVE BACKSHALL Pour les petites baleines à bosse, c’est un défi immense. Les baleineaux ne peuvent pas plonger aussi profondément que leurs mères. Ils passent beaucoup plus de temps à la surface. Et les ferries comme celui-ci, qui font la navette entre les îles polynésiennes, représentent un grand danger pour les animaux marins. STEVE OFF Avec les risques de collision, ce sanctuaire devient une zone de danger. STEVE BACKSHALL Un bateau de cette taille représente plusieurs centaines de tonnes. En cas de collision, aucune baleine ne pourrait survivre, quelle que soit sa taille. STEVE OFF Chaque année, les bateaux tuent des dizaines de baleines à travers le monde. Le nombre de vaisseaux maritimes est en constante augmentation. D’après les projections, il aura augmenté de 1 000 pourcents d’ici à 2050. Pour les baleines nomades, le monde des océans est devenu un véritable champ de mines. Steve Bakcshall – Whales eps 3 Les scientifiques cherchent des solutions. En Nouvelle-Zélande, une proposition a fait ses preuves. STEVE OFF Dans le port d’Auckland, les collisions avec les baleines étaient fréquentes. Les routes de commerce maritimes passent au beau milieu de l’habitat du rorqual de Bryde. Ce chasseur majestueux se nourrit de bancs de poissons dans les eaux peu profondes. À condition de réussir à les attraper. Ce mode de vie implique de passer beaucoup de temps à la surface, sur la trajectoire des bateaux de marchandises. STEVE OFF La professeure Rochelle Constantine est spécialisée dans la protection des mammifères marins. ROCHELLE CONSTANTINE C’est typiquement le genre de navires qu’on voit souvent dans le Golfe de Hauraki. Une fois lancé à pleine vitesse, les baleines qui se trouvent sur son chemin n’ont aucune chance de survie. Il y a 15 ans, on trouvait deux ou trois baleines par an échouées sur la côte avec des blessures correspondant à une collision. STEVE OFF Sa solution est simple Convaincre les entreprises de transport maritime de réduire la vitesse de dix nœuds dans certaines zones. ROCHELLE CONSTANTINE Depuis que les bateaux ralentissent, on ne trouve plus de baleines échouées après une collision avec un bateau. Elles ont le temps de s’écarter avant d’être percutées. C’est une belle victoire. STEVE OFF La préservation des baleines n’est pas forcément une entreprise compliquée ou coûteuse. Steve Bakcshall – Whales eps 3 Plus nous aurons d’informations sur les autoroutes maritimes des baleines, plus nous aurons de chance de les protéger. Les facteurs des mouvements migratoires des baleines sont multiples. Mais l’une des motivations principales est le besoin de s’accoupler. Voici une baleine franche australe. Les callosités blanches présentes sur sa gueule sont aussi uniques que nos empreintes digitales. Il s’agit d’une femelle. Elle a parcouru des milliers de kilomètres depuis l’océan Austral pour atteindre la péninsule de Valdés, en Argentine. Elle n’est pas seule. Chaque année, quelques 1 500 baleines franches australes viennent ici à la fin de l’été. Dans ces eaux calmes et peu profondes, les conditions sont idéales pour la naissance des baleineaux et leurs premiers mois de vie. Mais certaines femelles ne sont pas venues ici pour mettre bas. Celle-ci va rencontrer un large panel de prétendants masculins. Elle ne s’accouplera pas avec le premier mâle venu. Elle attire plusieurs soupirants, qui seront mis en compétition pour capter son attention. En se mettant sur le dos, elle rend ses parties génitales inaccessibles. Elle se retournera quand elle sera prête. Elle veut d’abord tester l’agilité et l’endurance de ses prétendants. Lorsque le plus agile d’entre eux aura réussi à l’approcher, elle se remettra sur le ventre. Ce mâle tient une chance de s’accoupler avec elle. Steve Bakcshall – Whales eps 3 Mais lorsqu’un autre mâle s’approche, elle s’accouple également avec lui. Parfois à plusieurs reprises. La compétition pour la paternité du petit à naître continuera dans les entrailles de la femelle. STEVE OFF Les testicules des mâles pèsent plus de d’une tonne. Elles produisent des quantités astronomiques de spermatozoïdes qui devront concourir avec ceux de leurs rivaux. La femelle en tient compte dans sa stratégie de séduction. Le mâle qui s’accouplera le plus avec elle et qui produira les spermatozoïdes les plus puissants aura les meilleures chances de la féconder. STEVE OFF Ces eaux sont un environnement idéal pour nourrir les petits de la baleine franche australe. Mais ici, la mortalité infantile est en hausse. Je veux savoir pourquoi. STEVE OFF Les activités humaines transforment les océans. Et les baleines en paient le prix fort. STEVE OFF En Argentine, les eaux calmes et peu profondes étaient autrefois un refuge pour les nouveau-nés, à l’abri des prédateurs marins. Mais l’environnement a bien changé. À quelques mètres du rivage, une baleine franche australe veille sur son petit. Elle a parcouru 3 000 kilomètres pour trouver un lieu calme et sécurisé, où elle pourrait mettre bas et prendre soin de son petit. Elle produit jusqu’à 300 litres de lait par jour. Mais ce refuge paisible n’est plus à l’abri du danger. Avec le temps, les goélands dominicains ont compris qu’ils pouvaient se nourrir de la graisse des baleines. Steve Bakcshall – Whales eps 3 Les baleineaux, qui doivent remonter à la surface plus souvent pour respirer, sont des proies faciles. Si ce sont les goélands qui attaquent les baleines, les humains ont leur part de responsabilité. Attirés par les déchets produits dans les usines de traitement de poissons, les oiseaux ont développé un certain goût pour la graisse de baleines. De nos jours, presque tous les baleineaux présentent des plaies ouvertes sur le dos. Le temps autrefois consacré à se nourrir ou à se reposer est maintenant dédié à éviter les attaques de goélands. Malgré tout, le taux de mortalité chez les jeunes baleines est en hausse. Bientôt, ces baleineaux devront entamer un long voyage vers les eaux riches en nourriture dont leurs mères sont originaires. Les plus blessés d’entre eux ont moins de chance de survivre à la traversée. STEVE OFF Les recherches sur les autoroutes maritimes empruntées par les baleines ont donné des résultats satisfaisants. Mais nous avons besoin d’en savoir plus. Les nouvelles technologies pourraient nous aider à aller plus loin dans les analyses. J’ai voulu voir de mes propres yeux un point de ravitaillement vital pour les baleines de l’océan Atlantique les Açores. STEVE BACKSHALL Il y a un groupe de cachalots femelles accompagnées de leurs petits. STEVE OFF Dotés d’un énorme crâne, les cachalots ont un cerveau six fois plus gros que celui des humains. Mais nous en savons très peu sur la façon dont ils utilisent leur intellect. STEVE BACKSHALL Les scientifiques commencent à percer le mystère de la vie secrète des cachalots, en partie grâce au son. J’ai ici un hydrophone à directions multiples. En gros, c’est un hydrophone classique, mais on a soudé une gamelle en métal au bout du manche. Steve Bakcshall – Whales eps 3 Je vais voir si j’entends quelque chose. STEVE BACKSHALL Ça y est ! J’entends des sons. STEVE BACKSHALL J’ai entendu une succession de clics. Ce sont des codas. C’est une sorte de dialecte qui permet aux femelles de communiquer quand elles sont à la surface. STEVE OFF Ces séries de clics sont employées lors de rencontres sociales. Un peu comme les humains qui discutent quand ils se croisent. Certaines codas sont très variables... Tandis que d’autres sont plus uniformisés. Une sorte de dialecte connu de tous les cétacées d’une région donnée. Si nous comprenons les bases de cette méthode de communication, la signification de ce langage nous a toujours échappé. Mais les scientifiques utilisent maintenant l’intelligence artificielle pour décrypter les codas. Les résultats de ces recherches pourraient tout changer dans notre compréhension des cachalots. Un jour, nous pourrons peut-être même communiquer avec eux. STEVE OFF Ailleurs, d’autres outils technologiques lèvent le voile sur les longs voyages des baleines. Jusqu’à il y a peu, les systèmes de pistage qui permettaient de surveiller les mouvements des baleines étaient limités. Le docteur Iain Kerr, un scientifique pionnier dans son domaine, s’est donné pour mission de changer les choses. IAIN KERR J’ai consacré 32 ans de ma vie à l’étude des baleines. J’ai conçu un système qui permet d’attacher une balise de collecte des données et une caméra sur le corps d’une baleine à l’aide d’un drone. Steve Bakcshall – Whales eps 3 STEVE OFF Au Mexique, dans le Golfe de Californie, Iain et son équipe sont à la recherche de la plus grande baleine au monde la baleine bleue. IAIN KERR On va passer par là et longer la côte. Comme ça, on verra la houle près du rivage. HOMME 1 Ici, on trouvera le drone sans problème. IAIN KERR Exactement. STEVE OFF De nombreuses baleines viennent ici en hiver. Elles migrent depuis le nord de l’océan Pacifique. IAIN KERR Attendez. HOMME 1 Là-bas. Je vois une baleine. IAIN KERR Où ça ? HOMME 1 À droite de l’île. IAIN KERR OK. C’est parti. STEVE OFF Grâce à son système, Iain pourrait nous aider à comprendre comment les baleines réagissent aux activités humaines, comme le bruit et le passage des bateaux. IAIN KERR Les balises comme celle-ci vont nous permettre de comprendre avec certitude ce qui affecte les baleines. STEVE OFF Steve Bakcshall – Whales eps 3 Ces balises enregistrent les mouvements des baleines et leur orientation dans l’eau. Mais ce n’est pas tout. IAIN KERR On a équipé les balises d’un système de mesure du rythme cardiaque. On a hâte de voir ce que ça donne. STEVE OFF Les données collectées par la balise donneront aussi des informations sur l’état de santé de son hôte pendant qu’il nage. IAIN KERR Ça a déjà été fait, mais jamais avec un drone. On croise les doigts. STEVE OFF Grâce aux drones, plus la peine de s’approcher des baleines en bateau. IAIN KERR Bien joué ! On a équipé une baleine d’un système de mesure du rythme cardiaque à l’aide d’un drone. C’est la première fois de l’histoire ! Bravo ! STEVE OFF La balise ne fera aucun mal à l’animal. Elle se détachera automatiquement de son hôte au bout de quelques heures. IAIN KERR On collecte ces données dans l’espoir de faire changer les choses. Pour nous, le plus excitant, c’est de rassembler ces données et de leur donner du sens. Le but, ce n’est pas seulement de comprendre comment vivent les baleines. C’est aussi de participer à leur préservation. STEVE OFF Alors que d’autres baleines sont équipées de balises... IAIN KERR C’est bon ! STEVE OFF Iain collecte de nouvelles informations sur les comportements des baleines. Son but comprendre l’impact des activités humaines sur les cétacées et définir les endroits stratégiques à préserver pour protéger l’espèce. Steve Bakcshall – Whales eps 3 STEVE OFF Pour en savoir plus sur les changements climatiques, je me dirige vers le nord. STEVE BACKSHALL L’océan Arctique a une importance capitale dans la survie de nombreuses espèces de baleines. À certaines périodes de l’année, cette région offre une abondance de nourriture, du plancton aux algues en passant par les poissons en tous genres. Les baleines parcourent des milliers de kilomètres pour venir jusqu’ici. STEVE OFF Malheureusement, avec le réchauffement climatique, l’Arctique change plus vite que n’importe quelle autre partie du monde. Quel sera l’impact de ces changements sur la migration des baleines ? STEVE OFF Mon voyage sur les traces des baleines a commencé sous les tropiques. Me voilà maintenant en Norvège. Un lieu de prédilection des baleines à bosse qui peuplent l’Atlantique nord. STEVE BACKSHALL Ici, un calme plat règne sur les eaux de l’océan arctique. Mais dans le fjord, ça bouge beaucoup plus. STEVE OFF Les baleines à bosse se nourrissent de krill et de petits poissons comme le hareng ou le capelan. Les bancs de poisson qui assombrissent les eaux sont composés de plusieurs centaines de milliers de proies. Une récompense bien méritée après un long voyage. Quelques 0 baleines à bosse sont venues participer au festin. Elles doivent profiter de l’occasion pour faire le plein d’énergie ces poissons leur permettront de tenir pendant les six prochains mois. Après avoir parcouru des milliers de kilomètres pour arriver ici, elles ne resteront pas longtemps. D’ici peu, elles devront reprendre la route pour aller mettre bas au Cap-Vert ou dans les Caraïbes. Steve Bakcshall – Whales eps 3 Pour avoir une idée de leur état physique après leur long voyage, je dois me rapprocher d’elles. STEVE BACKSHALL Je vais me mettre sur une planche de paddle pour les approcher. Normalement, je devrais avoir une meilleure vue des animaux qui se reposent à la surface de l’eau. STEVE OFF Je dois faire attention à ne pas les déranger. Alors j’attends. Je laisse les baleines venir à ma rencontre. STEVE BACKSHALL Elles soufflent par leur évent les unes après les autres. Elles projettent de l’eau sur moi. STEVE BACKSHALL Elles sont en-dessous de ma planche ! Je ne m’attendais pas à me retrouver aussi près d’elles. Ça me bouleverse complètement. STEVE BACKSHALL À nos yeux, l’océan Arctique est un environnement hostile. Mais pour les baleines à bosse, c’est une oasis. C’est vraiment l’une des plus belles choses qu’on puisse voir sur Terre. STEVE BACKSHALL La nuit va bientôt tomber, même s’il n’est que 13 heures 30. STEVE OFF Il y a cinquante ou soixante baleines à bosse autour de nous. Elles se sont réunies près de notre bateau. STEVE BACKSHALL C’est un spectacle très rare. On voit rarement autant de baleines aussi près les unes des autres. HOMME 2 C’est bon, vous pouvez y aller. Steve Bakcshall – Whales eps 3 Tout le monde à l’eau ! STEVE OFF Il y a peu d’endroits au monde où j’ai eu l’occasion de voir autant de baleines à bosse. Elles ont l’air en bonne santé et bien nourries. Mais les eaux de l’Arctique se réchauffent. Je veux savoir si le changement climatique affecte ces baleines. STEVE OFF Audun Rickardsen est professeur en biologie marine. Il mène des recherches sur les baleines de cette région. AUDUN RICKARDSEN On va prélever des échantillons cutanés sur des baleines à bosse pour faire une biopsie. STEVE OFF Ses recherches consistent à relever un panel d’informations sur plusieurs individus. AUDUN RICKARDSEN On va utiliser cet instrument. C’est ça qui permet de prélever les échantillons cutanés et la graisse des baleines. AUDUN RICKARDSEN Allez. On y va. Dans cette direction. Suis mon bras. Parfait. Encore, encore. Continue comme ça. C’est bon, je l’ai eue ! STEVE OFF Les prélèvements ne présentent aucun danger pour les baleines. AUDUN RICKARDSEN Je l’ai. Oui, c’est bon. Je l’ai récupéré. STEVE OFF Steve Bakcshall – Whales eps 3 Ils permettent de collecter des données importantes. AUDUN RICKARDSEN Voilà, on a de la graisse de baleine. À l’intérieur, il y a un morceau de peau. C’est un bel échantillon. STEVE OFF Les échantillons prélevés permettent de déterminer le sexe des baleines qui migrent jusqu’ici. AUDUN RICKARDSEN Visiblement, ce sont surtout des femelles. Certaines d’entre elles attendent un petit. Les femelles ont besoin de faire le plein d’énergie pour nourrir leurs nouveau-nés. STEVE OFF Avant de rejoindre le lieu où elles mettront bas, les femelles doivent stocker le plus d’énergie possible. Mais d’après Audun, un changement est en train de s’opérer. AUDUN RICKARDSEN D’après ce qu’on a observé, avec le réchauffement des océans, plusieurs espèces de poissons migrent pour aller pondre leurs œufs plus au nord. Les baleines sont obligées de les suivre. Et pour celles qui voyagent beaucoup, les distances s’allongent de plus en plus. STEVE BACKSHALL C’est une hypothèse sur ce qui pourrait arriver à l’avenir, ou c’est déjà le cas ? AUDUN RICKARDSEN Non, c’est déjà le cas. À termes, les effets sur les baleines seront dévastateurs. STEVE OFF Le déplacement des poissons vers le nord rend les mouvements migratoires plus longs et plus dangereux pour les baleines à bosse. Mais les baleines ne sont pas les seules à dépendre du hareng. Les orques aussi viennent se nourrir ici. Tout comme nous. Et au loin, j’aperçois quelque chose que je n’avais jamais vu. Steve Bakcshall – Whales eps 3 STEVE BACKSHALL Il y a une jeune baleine à bosse. Elle est encerclée par une dizaine d’orques. Elles sont juste en-dessous de nous. Regardez, on voit les nageoires sortir de l’eau. La baleine met de grands coups de queue. C’est sa meilleure arme de défense. On ne sait pas trop pourquoi les orques s’en prennent à cette baleine. Elles sont censées se nourrir uniquement de poissons. Elles ne s’attaquent pas aux mammifères. Mais visiblement, quelque chose les intéresse chez cette baleine à bosse. STEVE OFF Les deux espèces se nourrissent des mêmes poissons. Les orques tentent-elles simplement d’intimider la baleine, ou ont-elles sciemment pris pour cible un individu plus faible ? STEVE BACKSHALL Elles sont passées à la vitesse supérieure. Elles s’attaquent à la baleine en lui mordant la queue et les nageoires. Vous entendez ? Elle est en détresse. STEVE OFF Impossible de savoir si la compétition qui fait rage pour s’approprier les ressources alimentaires sera amenée à s’intensifier. Ni si ces comportements inhabituels se reproduiront à l’avenir. STEVE BACKSHALL Ce que nous savons avec certitude, c’est que l’Arctique change plus rapidement que n’importe quelle autre région de la planète. À l’avenir, les créatures marines nomades vont rencontrer de plus en plus de défis pour survivre. STEVE OFF Au cours de mon voyage, j’ai été témoin des difficultés rencontrées par les baleines dans leurs mouvements migratoires. Seules les baleines qui arrivent au bout de leurs différents voyages pourront satisfaire leurs besoins Trouver de la nourriture, Steve Bakcshall – Whales eps 3 S’accoupler, Et élever leurs petits. STEVE BACKSHALL Alors que nous commençons à peine à comprendre l’importance des autoroutes maritimes, le changement climatique et son impact sur l’environnement oblige les baleines à modifier leurs itinéraires. STEVE OFF Mais si nous parvenons à préserver les routes migratoires et les habitats des baleines, si nous maintenons des températures raisonnables dans les océans, nous pourrons offrir une chance de survie aux cétacées. STEVE BACKSHALL Et un avenir sans danger pour les générations futures. STEVE OFF Parmi tous les nomades des océans que nous voulions filmer, nous savions qu’une espèce représenterait un défi particulier. Une fois fécondées, les baleines à bosse parcourent des milliers de kilomètres pour mettre bas dans les eaux tropicales de Tahiti. Mais pour filmer la relation intime qui lie un baleineau à sa mère, il fallait s’armer d’une grande sensibilité. STEVE BACKSHALL Il y a des baleines partout, dans cette région. Mais la plupart d’entre elles ne s’intéresseront pas à nous. Le défi, c’est de trouver celle qui voudra bien établir un contact. STEVE OFF Même une fois le lien établi, impossible de sauter dans l’eau pour rejoindre les baleines. Le moindre mouvement brusque risque de les effrayer. Alors pour les filmer, il faut les apprivoiser et attendre qu’elles viennent de leur propre chef. STEVE BACKSHALL La mère et son petit passent juste entre nous et notre deuxième bateau. STEVE OFF Steve Bakcshall – Whales eps 3 Denis La Grange, cadreur et spécialiste des baleines, nous a aidés à choisir l’individu idéal. STEVE BACKSHALL Qu’est-ce que tu en penses, Denis ? On plonge ? DENIS LA GRANGE Je pense qu’on peut tenter le coup. STEVE BACKSHALL T’es sûr ? DENIS LA GRANGE Oui. C’est parti. STEVE OFF Mais une fois dans l’eau, nous ne présentons aucun intérêt pour ces baleines. STEVE BACKSHALL On a plongé. Le baleineau jouait à la surface de l’eau. Mais dès qu’on s’est approchés, la mère est arrivée et l’a éloigné de nous. STEVE OFF Pour le cadreur Rob Taylor, c’est un moment d’émerveillement mêlé de frustration. ROB TAYLOR C’est la première fois qu’on plonge avec un baleineau. Il a nagé entre nous, il a soufflé et il s’est éloigné tout doucement. C’était magique. STEVE OFF Pendant six jours, nous écumons une centaine de kilomètres de long de la côte, à la recherche d’une baleine et d’un petit assez à l’aise pour nous laisser approcher. STEVE BACKSHALL On est arrivés trop tard. C’était trop tard. STEVE OFF Malgré quelques rencontres fugaces... Steve Bakcshall – Whales eps 3 DENIS LA GRANGE Ils restent pas en place. Dès qu’on entre dans l’eau, ils se mettent à bouger. Voilà. STEVE OFF Les baleines ne restent jamais près de nous assez longtemps pour capter les images nécessaires. STEVE BACKSHALL Ça devient compliqué, là. STEVE OFF Le temps commence à nos manquer. STEVE BACKSHALL On tourne depuis six jours, mais on n’a toujours pas pu filmer de belles images. On espère trouver une baleine qui s’intéressera à nous autant qu’on s’intéresse à elle. STEVE OFF Dans notre équipe, personne ne veut admettre que l’échec est une possibilité. Le matin du dernier jour de tournage, une mère et son petit apparaissent soudainement, à une centaine de mètres du port. STEVE BACKSHALL Deux baleines ont fait surface juste à côté du bateau. Et j’exagère pas, quand je dis ça. STEVE OFF Notre réussite repose sur un élément crucial il faut choisir le bon moment pour entrer dans l’eau. STEVE BACKSHALL Même si j’ai le cœur qui bat à toute vitesse et que je meurs d’envie de plonger pour rejoindre les baleines, il faut être patient. STEVE BACKSHALL Denis, c’est toi qui décides. Tu les connais mieux que nous. DENIS LA GRANGE Je les connais pas personnellement. Désolé, Steve. Steve Bakcshall – Whales eps 3 On peut retenter une dernière fois. STEVE OFF Nous entrons dans l’eau avec précaution. Notre présence fascine le baleineau. Il s’approche des membres de l’équipe et joue avec eux en tournant sur lui- même. C’est la rencontre d’une vie. Denis et Rob filment enfin les images dont rêvent tous les cadreurs. ROB TAYLOR C’était incroyable. J’étais tout près de lui. STEVE OFF Ces images nous permettront de raconter l’histoire de ces voyageurs extraordinaires et de comprendre ce qui les amène si loin de leur habitat naturel. ROB TAYLOR L’être humain se disait que c’était un moment exceptionnel. Mais le cadreur qui est en moi se disait « Est-ce que ça tourne bien ? Est-ce que l’image est nette ? Est-ce que l’exposition est bonne ? Est-ce que Steve est dans le cadre ? » DENIS LA GRANGE C’est la mère qui a décidé de laisser faire son petit. Nous, on ne contrôlait rien. STEVE BACKSHALL Je suis très fier de mon équipe. On s’est accrochés. Ça fait dix jours qu’on cherche. On a attendu le bon moment et on a trouvé le baleineau idéal, sans forcer les choses. Et nos efforts ont payé. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE OFF Les baleines. Véritables géants des mers qui parcourent les océans depuis des millénaires. Leur chant, leur majesté et leur taille nous émerveillent et nous fascinent. Dans leur ombre gigantesque, les humains se sentent insignifiants. Depuis des millénaires, bien avant notre arrivée... ...elles protègent leurs petits... ...chassent et voyagent. À cause de nous, leur monde change Mais notre présence a bouleversé leur monde.Je cherche donc à voir à travers leurs yeux, à les rencontrer, si elles m'acceptent, et à comprendre pourquoi leur avenir et le nôtre sont indissociables. STEVE OFF Je plonge aux côtés des baleines et dauphins aux quatre coins du monde. Je vois à quel point l'homme bouleverse leur univers. Leur voix est comme étouffée par le bruit que nous faisons dans nos océans. Les méthodes de pêche modernes risquent d’épuiser leurs ressources en nourriture. Le changement climatique les oblige à faire des migrations plus longues, ce qui met leurs progénitures en danger. Steve Backshall Whales eps 4 À présent, je retrouve les eaux de mon pays natal pour découvrir comment nous pouvons nous adapter et assurer leur prospérité. STEVE Notre littoral sauvage est la dernière étendue naturelle de Grande-Bretagne et selon moi, sa majesté et sa beauté n'ont rien à envier au reste de la planète. STEVE OFF C'est aussi un aimant à baleines. On y a recensé vingt-huit spécimens différents, soit un tiers des espèces dans le monde. Certaines d'entre elles, comme l'orque... ...le dauphin de Risso... ...ou encore le dauphin à gros nez, vivent ici toute l'année. D'autres, comme la baleine à bosse... ...le rorqual commun... ...et le rorqual boréal, ne sont que de passage. Mais c'est l'avenir de toutes ces espèces qui est en jeu. STEVE La baleine est considérée comme une grande réussite en matière de conservation. Elle a survécu à l'ère de la chasse à la baleine commerciale et au massacre de trois millions d'entre elles. Mais le retour de la baleine a coïncidé avec des changements colossaux pour notre planète. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE OFF Des menaces tels que le changement climatique, les nuisances et la pollution transforment le monde des baleines à une vitesse fulgurante. Il est grand temps d'agir. Je pars donc à la rencontre de ceux qui se démènent pour trouver des solutions et pour découvrir ce que nous pouvons faire à notre échelle pour garantir un avenir meilleur aux baleines comme à nous. Nos mers abritent peut-être une énorme variété de baleines et de dauphins, mais les océans sont vastes, et une grande partie de la vie des baleines s'écoule à l'abri des regards. Déterminer leur nombre exact et leur état de santé représente un énorme défi. Mais en Écosse, il existe une référence mondiale sur la vie des cétacés. Le point de départ de mon voyage. J'intègre une équipe de scientifiques pionniers qui ont perfectionné l'art de trouver des baleines en utilisant non seulement la vue, mais aussi le son. STEVE Nous allons passer ces prochains jours en mer, à bord du Silurian (siluriann), un navire de recherche ultramoderne spécialisé dans l'acoustique des baleines. C'est la plateforme idéale pour surveiller les baleines dans ces eaux. Steve Backshall Whales eps 4 Bonjour à tous ! STEVE OFF Les baleines émettent une multitude de sons différents... ...du chant des baleines à bosse... ...aux clics complexes des cachalots. Ici, sur le Silurian, la scientifique Jenny Hampson (djèni ampssonn) utilise ces sons pour les repérer. JENNY HAMPSON C'est notre hydrophone, une sorte de microphone sous-marin, qui nous permet de surveiller l'environnement acoustique sous les vagues. STEVE OFF On ne sait pas ce que nous réservent nos trois jours de périple... ...mais notre première rencontre ne tarde pas à se produire. STEVE On a de la compagnie ! Un groupe de dauphins communs. Tout simplement spectaculaire ! Ils se distinguent par la forme de sablier doré qui descend sur leurs flancs. On a un groupe assez nombreux ici ! Ils sont extrêmement sociables, très joueurs et super intelligents. STEVE OFF Les dauphins sont aussi des experts en communication. Steve Backshall Whales eps 4 À plus de 6 000 kilomètres de là, dans les Bahamas, j'ai vu de mes propres yeux comment ils se servaient du son. La plongée libre m'a permis de pénétrer leur univers en toute discrétion. J'ai pu entendre et même sentir leurs vocalises. Ici, les scientifiques décodent leur langage. Ils ont découvert qu'ils utilisaient le sifflet pour la communication longue distance. Il sert aussi d'appel entre les mères et leurs petits quand ils sont séparés. Quant aux clics pulsés, des paquets de clics très rapprochés, ils nous renseignent sur l'état émotionnel du dauphin, qui peut aller d'un état agressif à un état amoureux. Alors que nos océans sont inondés de bruits artificiels, le système de communication complexe du dauphin peut se retrouver étouffé. Il est donc plus important que jamais de mieux les comprendre. Ici, à bord du Silurian, dans les eaux écossaises, je veux aller plus loin en écoutant l'hydrophone, pour entendre une autre façon incroyable dont ils utilisent le son. STEVE C'est d'une clarté ! C'est incroyable. C'est une sorte de série de clics et de flocs. C'est ce qu'on appelle Steve Backshall Whales eps 4 l'écholocation (ékolocassion). C'est un sonar biologique qui permet d'établir une image de certaines choses qui vous entourent, sans recourir à la vue. STEVE OFF Chaque son enregistré aide Jenny et son équipe à se faire une idée du nombre de baleines et dauphins qui peuplent ces eaux. Ces données peuvent ensuite être utilisées pour mieux les protéger. L'étude des baleines et dauphins a été facilitée par une technologie inventée à des fins militaires. Dans les années 1950, la marine américaine détecte un son mystérieux, un « boing » (boïng) métallique. Pendant des décennies, personne n'a été capable d'en déterminer l'origine. Il aura fallu attendre que les scientifiques écoutent l'océan pour résoudre le mystère. Le son provenait d'un animal présent dans les eaux britanniques, mais l'un des cétacés les plus difficiles à repérer le rorqual à museau pointu. STEVE Les rorquals à museau pointu peuvent être très difficiles à observer. Ils sont rapides et ils n'ont pas de souffle ni de jet distinctifs. Donc le meilleur moyen de les trouver, c'est de le faire à l'ancienne. On va chercher à distinguer la forme caractéristique de leur nageoire dorsale quand ils atteindront la surface. JENNY HAMPSON Derrière nous ! STEVE Steve Backshall Whales eps 4 Waouh, regardez ! Juste là. Il est tout proche. STEVE OFF Lisses et profilés, les rorquals à museau pointu peuvent plonger jusqu'à vingtminutes et ne refaire surface qu'une poignée de secondes avant de redescendre. Jenny profite de ces instants fugaces pour les photographier. JENNY HAMPSON Les nageoires dorsales des rorquals à museau pointu portent des encoches et des entailles qui permettent de les identifier facilement. Aujourd'hui, on dénombre 260rorquals à museau pointu dans notre catalogue, et plus on les voit, plus on en apprend. STEVE OFF Au cours du siècle dernier, plus de 10 rorquals à museau pointu ont été tués dans l'Atlantique Nord par l'industrie baleinière. C'est l'espèce de baleine la plus touchée dans cette région. Les identifications visuelles de Jenny sont des outils essentiels pour nous aider à établir leur état de santé actuel. Comme j'ai pu le constater, les eaux écossaises regorgent de cétacés. Mais certaines espèces présentes ici se battent pour leur survie. Je me suis donné pour mission de révéler comment nous pouvons aider les baleines et dauphins à prospérer dans le monde moderne, ce qui m'amène dans les eaux britanniques. Les riches fonds marins et terrains de chasse en haute mer attirent les prédateurs... ...dont le plus extraordinaire d'entre eux... Steve Backshall Whales eps 4 l'orque, aussi appelée l'épaulard. Son intelligence exceptionnelle pourrait lui permettre de s'adapter aux défis qui lui sont imposés par l'homme. Elle apprend des techniques sur mesure pour chasser différentes espèces un peu partout dans le monde, en fonction des ressources de nourriture disponibles. Mais parfois, elle a des proies surprenantes. Quand j'ai observé des orques au nord de la Norvège, je les ai vues traquer une victime inattendue. STEVE Qu'est-ce que c'est ? Elles chassent quelque chose. STEVE OFF Ces orques ont jeté leur dévolu sur un minuscule oiseau marin appelé le mergule nain. STEVE On le voit sauter hors de l'eau. Il essaie de leur échapper puis replonge. STEVE OFF Elles ont presque l'air de jouer avec leur nourriture. Mais il y a probablement une autre explication. STEVE Peut-être qu'elles donnent une leçon à leurs petits pour qu'ils acquièrent Steve Backshall Whales eps 4 des compétences pour plus tard, pour des proies plus conséquentes. STEVE OFF Mais pour l'instant, le cours est terminé, et le destin du mergule nain est scellé. STEVE Au premier abord, les orques peuvent sembler brutales, voire cruelles, mais ça fait partie de leur manière créative et expérimentale de trouver de la nourriture. Elles repoussent sans arrêt les limites, apprennent et finissent par s'adapter. STEVE OFF Mais ce mode opératoire peut aussi les mettre en danger. On peut l'observer sur le littoral écossais où, chaque année, au début de l'été, des groupes d'orques font leur retour. Les orques venant d'Islande se nourrissent de poissons, mais une fois ici, elles passent à des proies d'un autre acabit des phoques. Les phoques sont très nombreux sur ces rivages. Les criques et anses font office d'abris. Et sous la surface, de précieuses forêts de varech (varèk), pleines de poissons, constituent des sources intarissables de nourriture. Un endroit à explorer, à la recherche de la moindre curiosité. Pour l'instant... ...c'est moi. Mais malheureusement pour les phoques, ils sont la cible des orques. Steve Backshall Whales eps 4 Les orques nagent près du rivage et fouillent chaque recoin. Lorsqu'ils se tournent sur le côté, leurs nageoires dorsales sont dissimulées, ce qui leur permet de s'approcher en toute discrétion. Le phoque est agile et il est difficile de ne pas se faire distancer. Le groupe se partage la proie. Mais se nourrir de mammifères marins n'est pas sans conséquences. Les polluants chimiques sont délétères pour la vie marine dans le monde entier. Parmi les plus insidieux, on trouve une famille de substances appelées PCB (pécébé), des polluants chimiques persistants, autrefois utilisés dans les équipements électriques. Ils ont beau être interdits depuis les années 1980, ils se retrouvent encore dans nos océans. Ces produits chimiques peuvent parcourir d'énormes distances. Ils se concentrent à mesure qu'ils remontent la chaîne alimentaire et se transmettent aux superprédateurs comme les orques, qui se nourrissent des plus grosses proies. Les orques comptent désormais parmi les animaux les plus pollués de la planète. Une exposition aux PCB peut être à l'origine de nombreux problèmes de santé, comme des cancers ou une infertilité. Selon certains scientifiques, d'ici une centaine d'années, la moitié de la population mondiale d'orques pourrait succomber à ces polluants. Steve Backshall Whales eps 4 Une prédiction choquante qui se déroule déjà ici, en Écosse, avec un groupe en particulier la West Coast Community (ouest kausst comiouniti). Comme beaucoup de groupes présents ici, la West Coast Community comptait de nombreux membres, mais ces dernières années, sa population a sévèrement diminué. En 2016, le cadavre de l'une des femelles du groupe, Lulu, s'est échoué sur le rivage. Lors de son autopsie, on a découvert un taux de PCB cent fois supérieur au seuil de toxicité toléré. Elle est devenue le cétacé le plus contaminé jamais enregistré. Lulu n'a jamais eu de petit. Il n’y a eu aucun nouveau-né au sein de la West Coast Community depuis 31 ans. Aujourd'hui, ce groupe ne compterait plus que deux survivants, John Coe (djone co) et Aquarius (akouariuss), deux mâles déjà âgés. Selon Steve Truluck (stiv trouleuk), passionné par les orques, c'est la situation difficile de ce groupe qui a déclenché son obsession de toute une vie. STEVE TRULUCK On m'a raconté leur histoire et ça m’a totalement sidéré. Je me suis donné pour mission de les voir avant que les deux derniers survivants ne disparaissent. STEVE OFF Avec son encoche distinctive à la base de sa nageoire dorsale, John Coe est reconnaissable entre mille. Et après des années de recherches, en 2019, Steve voit son vœu enfin exaucé. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE TRULUCK C'est John Coe, c'est John Coe ! Vous voyez cette énorme entaille ? STEVE OFF C'est cette rencontre qui a poussé Steve à devenir défenseur des orques et guide d'observation des baleines. Il aide à présent d’autres personnes à connaître la joie de les voir et à mieux comprendre leur détresse. STEVE TRULUCK Regardez ça ! On a John Coe et Aquarius. On a la totale, juste à côté de nous. C'est incroyable ! On a tout gagné ! Comment ne pas être ébahi devant ce spectacle ? C'est extraordinaire. Ils sont magnifiques. Ce sont des animaux fascinants. C'est exceptionnel d'être parmi eux. STEVE OFF Cette expérience si exaltante pour Steve est aussi teintée de tragédie. Avec un niveau de pollution aussi élevé et sans femelles pour se reproduire, ce groupe est voué à disparaître. Les orques ne sont pas les seules à être affectées par la pollution chimique. D'autres superprédateurs peuvent aussi succomber. STEVE C'est toujours un spectacle désolant de voir un prédateur marin si majestueux échoué sur le rivage. C'est un dauphin de Risso. Il n'y a pas de cause apparente à sa mort, mais en de nombreux endroits, quand un superprédateur comme celui-là s'échoue sur le rivage, le niveau de polluants dans son organisme est si élevé qu’un tel animal doit être traité comme un déchet toxique. STEVE OFF Steve Backshall Whales eps 4 La disparition imminente de la West Coast Community prouve incontestablement que nous n'avons pas de temps à perdre. De nombreux pays ont accepté d'éradiquer les déchets souillés au PCB, mais malheureusement, les progrès sont encore timides. Vu le nombre grandissant de nouvelles substances chimiques aux conséquences sans précédent, il est impératif de les empêcher d'arriver jusqu'à nos océans. C'est le seul moyen d'aider les orques à survivre dans nos mers. Alors qu'en Écosse, les orques sont menacées, ailleurs, de nouvelles révélations nous donnent de l'espoir. Certaines espèces trouveraient d'autres moyens extraordinaires pour s'en sortir. On en apprend toujours plus sur la diversité de nos baleines et dauphins. Mais parfois, on fait une découverte qui remet en question toutes nos certitudes. La dernière étape de mon voyage me conduit sur l'île de Lewis (léouiss), dans l'archipel des Hébrides extérieures, en Écosse. Car ici, on a vu des dauphins accomplir un véritable tour de force. STEVE Des dauphins de Risso ! Regardez-les ! STEVE OFF Les dauphins de Risso sont tout à fait singuliers. Ils ont un corps trapu, une tête émoussée... ...et portent de multiples cicatrices qui s'entrecroisent, souvent héritées de bagarres avec d'autres congénères. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE Les dauphins de Risso sont généralement assez timides, ce qui les rend difficiles à étudier. En fait, découvrir quoi que ce soit sur leur vie s'avère laborieux. Heureusement, dans les Hébrides, on peut compter sur une scientifique entièrement dévouée à cette mission. STEVE OFF Nicola Hodgins (nikola odjinnz) a passé quatorze ans à étudier les dauphins de Risso dans ces mers. NICOLA HODGINS C'est l'un des repaires des dauphins de Risso. Ils reviennent sans arrêt ici. Année après année, on retrouve les mêmes individus. C'est donc un endroit essentiel pour eux. STEVE Donc vous apprenez à connaître leur personnalité, leur caractère ? NICOLA HODGINS Absolument. STEVE Et j'imagine que vous seriez à même de repérer des caractéristiques propres à chaque dauphin ? NICOLA HODGINS En effet. STEVE OFF En 2011, Nicola a assisté à un phénomène inédit. NICOLA HODGINS Des dauphins venaient dans notre direction. Au départ, on pensait que c'étaient des Risso, mais on a vu un dauphin à gros nez. Puis tout à coup, il y a eu un tout autre individu, un spécimen que je n'avais encore jamais vu Steve Backshall Whales eps 4 de ma vie et qu'on n'avait encore jamais repéré dans ces eaux. STEVE OFF Même s'il se trouvait au large, Nicola a pu prendre une photo du mystérieux dauphin. NICOLA HODGINS Cet individu était beaucoup plus grand qu'un dauphin de Risso. Les Risso ont une tête très émoussée et n'ont pas de bec apparent, tandis que les dauphins à gros nez ont un bec très visible. Quant à ce spécimen, il avait une sorte de minuscule nez retroussé. On savait qu'on était face à quelque chose d'exceptionnel. STEVE OFF Nicola venait de découvrir un dauphin hybride issu d'une femelle dauphin à gros nez et d'un mâle Risso. STEVE Mais ce qui est encore plus étrange, c’est que des animaux hybrides comme ça sont censés être stériles. Normalement, ils ne peuvent pas se reproduire. NICOLA HODGINS Non, mais à présent, on a des preuves que ces dauphins hybrides se reproduisent et ont leurs propres progénitures. STEVE Est-ce que ce serait exagéré de dire que c'est l'évolution qui est à l'œuvre et qu'on pourrait voir apparaître des espèces inédites ? NICOLA HODGINS Ça ne me paraît pas exagéré. Quand c'est ponctuel, on peut attribuer ça au hasard, mais là, ça se répète avec de multiples individus. STEVE OFF Steve Backshall Whales eps 4 Les raisons de cette hybridation des dauphins ne sont pas encore claires, mais pour Nicola, cela pourrait indiquer quelque chose de troublant. STEVE Est-ce que ça pourrait être une réponse aux bouleversements dans l'environnement ? NICOLA HODGINS Tout à fait. On assiste à beaucoup de changements dans la distribution des espèces. STEVE Donc ces eaux ne sont peut-être plus adaptées aux dauphins à gros nez ou aux Risso, pour une raison ou une autre, mais elles pourraient être idéales pour une espèce un peu intermédiaire ? NICOLA HODGINS Exactement. STEVE OFF Selon certaines données, les baleines et dauphins du monde entier s'aventurent plus loin vers les pôles, et les scientifiques attribuent ce phénomène au changement climatique. Le réchauffement des océans peut métamorphoser l'habitat des baleines qui doivent migrer vers de nouvelles contrées où elles se mélangent à de nouvelles espèces. Nous avons encore beaucoup à apprendre pour comprendre pleinement les conséquences du changement climatique. Mais on a tout de même une certitude au Royaume-Uni, on peut étudier le mouvement des baleines, car des espèces spectaculaires le traversent lors de leurs migrations. Steve Backshall Whales eps 4 Quand elles sont de passage, les passionnés du coin affluent pour les observer et contribuent ainsi grandement à la science. Certains les surveillent depuis la terre ferme... ...quand d'autres se jettent à l'eau. STEVE Le kayak de mer est l'outil idéal pour le citoyen scientifique. De plus en plus d’amateurs, armés d'un simple appareil photo et d'un paddle (padeul), se dirigent vers nos mers côtières et en apprennent davantage sur nos baleines et dauphins. Les informations qu'ils rapportent nous permettent de mieux comprendre le monde des baleines. STEVE OFF C'est exactement ce que fait un certain habitant de l'extrême sud- ouest de la Grande-Bretagne. Rupert Kirkwood (rupeurt keurkwood) s'est donné pour mission de se rapprocher au maximum des baleines en pagayant dans les moindres recoins du littoral. RUPERT KIRKWOOD J'aime les eaux calmes par-dessus tout, alors je rejoins la plage qui me semble la plus tranquille des comtés de Devon (dévonn) ou des Cornouailles, et je pars faire du kayak en mer. Parfois, je disparais dix ou douze heures. STEVE OFF Rupert a toujours son appareil photo à portée de main pour capturer toute la vie marine qu'il aperçoit. RUPERT KIRKWOOD Quand je pagaye en silence, quand il n'y a pas la moindre brise, je peux entendre les créatures. Steve Backshall Whales eps 4 J'entends le souffle du marsouin... ...le plongeon du dauphin. Si on a vraiment de la chance, on entend le jet du rorqual à museau pointu. C'est un grand honneur pour moi d'être entouré de ces créatures incroyables. Jusqu'à présent, ma rencontre la plus palpitante s'est produite à l'extrémité des Cornouailles. J'ai entendu comme un jet, au loin. Alors je me suis assis avec mon appareil photo, prêt à dégainer. Tout à coup, la nageoire pectorale d'une baleine à bosse est sortie puis a claqué la surface de l'eau. Ensuite, cette baleine à bosse a nagé tout autour de mon kayak et a englouti d’énormes boules d'appâts de poissons. STEVE OFF Comme on reconnaît les baleines à bosse aux marques sous leur nageoire caudale, les scientifiques ont pu utiliser les clichés de Rupert pour référencer cet individu pour la première fois. RUPERT KIRKWOOD C'est agréable de voir que ma baleine à bosse est devenue la plus regardée de son espèce à travers le Royaume-Uni. STEVE OFF C'était aussi l'une des premières baleines à bosse à être identifiée dans les eaux anglaises, mais depuis, plus d'une centaine ont été recensées au Royaume-Uni. Steve Backshall Whales eps 4 Grâce à des gens comme Rupert, on commence à saisir l'importance de ces eaux qui représentent un passage obligé pour des baleines à bosse en migration. Une autre preuve, s'il en fallait, que les baleines devraient être mieux protégées dans ces mers. À première vue, les baleines à bosse semblent bien se porter, mais cela ne fait aucun doute notre monde en profonde mutation soumet les baleines et dauphins à rude épreuve. Dans cette dernière partie, j'aimerais montrer que tout un chacun peut agir pour les protéger, sans pour autant s’aventurer en mer. J'ai pu constater par moi-même que les baleines s'adaptent pour assurer leur survie dans le monde moderne. Aussi bien par leurs façons de communiquer et de chasser que par les périples qu'elles entreprennent. J'ai aussi vu à quel point l'homme affectait leur univers. Par le passé, notre industrie baleinière a bien failli faire disparaître certaines espèces... ...et la pollution dans nos océans menace leur survie. Elles ont besoin de notre aide. Heureusement, beaucoup en prennent conscience et font ce qu'ils peuvent. Chanonry Point (tchanonnri poïnnt), en Écosse, illustre la passion des Steve Backshall Whales eps 4 gens pour ces animaux. STEVE Chanonry Point est une étroite langue de terre qui s'avance dans le Moray Firth (morèï feurss). Au moment-clé de la marée, les saumons affluent ici, suivis des prédateurs. Ça en fait le meilleur endroit du pays pour voir des dauphins depuis la terre ferme. Oh ! STEVE OFF Des dauphins à gros nez... On en dénombre environ 200 ici, dans le Moray Firth. Ce bras de mer se remplit de saumons lorsqu'ils vont de l'océan aux rivières voisines. STEVE Le plus grand dauphin à gros nez se trouve dans nos mers. Il peut dépasser les 3 mètres 50 de long et même frôler les 4 mètres. C'est un gros animal. Parfois, ils sont tellement proches qu'on a l'impression de pouvoir les toucher. Cet endroit revêt quelque chose de très spécial. On a devant nous un groupe de prédateurs sauvages qui chassent à quelques mètres des gens qui promènent leur chien ou prennent des selfies. À un moment donné, il faut se retourner et voir leur visage, l'effet que ça leur procure, ce sentiment de pur bonheur. C'est aussi ce que je ressens. FEMME Regarde. Waouh ! STEVE À ce moment-là, il y a une véritable interaction entre leur univers et le nôtre, et peu d'endroits dans le monde offrent cette chance. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE OFF Mais ce lieu n'attire pas que les badauds. Les scientifiques espèrent eux aussi en apprendre davantage. Barbara Cheney (barbar tchéni) est spécialisée dans la surveillance des dauphins à gros nez et a suivi des dynasties entières dans le Moray Firth. BARBARA CHENEY Il s'agit d'un projet particulier car c'est il est mené à très long terme. Ils étudient les dauphins à gros nez du Moray Firth depuis 1989, et à présent, on suit la quatrième génération. STEVE OFF Barbara utilise une technologie révolutionnaire pour évaluer la santé de chaque dauphin. Son appareil photo est doté de lasers capables de mesurer les dauphins. Elle envoie aussi des drones pour obtenir des images détaillées de leur largeur, une très bonne indication de leur état de santé. STEVE Le but ultime de la science, c'est de recueillir des données au fil du temps. Qu'est-ce que vous apprenez ? BARBARA CHENEY C'est encore une petite population qui dépasse à peine les 200 individus. Ils se portent plutôt bien par rapport à d'autres populations de cétacés dans le monde. On sait que l'abondance a augmenté ces trois dernières décennies, tout comme la reproduction, donc ce sont de très bonnes nouvelles. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE OFF Si Barbara est convaincue du bien-être des dauphins ici, c'est parce qu'en partie grâce à ses recherches, le Moray Firth bénéficie d'une protection supplémentaire relative à la vie marine. Les perturbations liées aux activités de pêche, au développement et au trafic maritime sont réduites au minimum. On sait que quand on protège certaines zones de notre océan et que l'on crée des sanctuaires, cela peut faire des miracles pour les populations de baleines partout dans le monde. En Nouvelle-Zélande, le port d'Auckland était souvent le théâtre de collisions entre des navires et des baleines, comme le rorqual de Bryde (brude). Mais les chercheurs de la région et le gouvernement ont travaillé main dans la main pour instaurer des limites de vitesse pour les bateaux, afin que les baleines aient le temps de dégager le passage. Au Mexique, des lois anti-braconnage et des restrictions sur le matériel de pêche ont donné naissance à une industrie d'écotourisme, ce qui assure aux baleines grises une meilleure protection. Désormais, elles sont en quête de contact humain. La somme de nos actions individuelles peut faire la différence. Ici, en Écosse, les eaux protégées du Moray Firth semblent offrir aux dauphins à gros nez tout ce dont ils ont besoin. Mais ils ne sont pas pour autant hors de danger. À marée haute, les baies sont submergées d'eau. Mais quand la marée se retire à grande vitesse, il ne reste plus qu'une terre asséchée. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE Cette étendue de bancs de sable, de bancs de boue et de marais salants se nomme Nigg Bay (nigg bèï). C'est le paradis des oiseaux et des phoques. En 2016, un dauphin a vécu ici une aventure rocambolesque. STEVE OFF C'est dans cette baie qu'une jeune femelle dauphin à gros nez, baptisée Spurtle (speurteul), s'est échouée. Alors qu'ils passaient par là, Michael Robertson (maïkeul robèrtsonn) et Lorraine Culloch (lorèïnn keulok) ont été les premiers à la repérer. LORRAINE CULLOCH Elle avait l'air tellement triste. Je n'avais jamais rien vu d'aussi tragique. C'était comme si elle avait pleuré. C'était bouleversant. MICHAEL ROBERTSON Je dirais même que je n'avais jamais vu un visage aussi triste. C'était indescriptible. Quand je revoie les photos aujourd'hui, c'est toujours terrible. STEVE OFF Elle souffrait de coups de soleil et la peau sur ses flancs commençait à faire des cloques. Michael savait qu'elle avait besoin de professionnels. Il a donc contacté le BDMLR (B-D-M-L-R), une association de plongeurs- sauveteurs de la vie marine, formés pour venir en aide aux baleines et dauphins échoués. LORRAINE CULLOCH Quand le BDMLR est arrivé, ils nous ont fait participer au sauvetage. On a surveillé sa respiration. On a dû attendre quatorze heures, le temps que la marée remonte, pour la Steve Backshall Whales eps 4 remettre à flot. On a passé la nuit dans un van, sur un petit parking. 05 STEVE OFF Le lendemain matin, quand la mer est enfin remontée, Spurtle a été remise à l'eau. Elle semblait ne plus avoir assez de force pour nager. Mais au soulagement général, elle est lentement repartie en mer. Sans aucun doute, les bons réflexes de Michael et Lorraine et les soins attentionnés de l'équipe de secouristes lui ont sauvé la vie. Mais nul ne savait si elle survivrait à cette épreuve. Dans les mois et les années qui ont suivi, sa blessure infligée par un coup de soleil, qui semblait à première vue mortelle, s’est résorbée. Elle s'est transformée en une cicatrice caractéristique, semblable à une éclaboussure de peinture. Preuve de sa guérison totale elle a récemment donné naissance à un petit. Ici, à Chanonry Point, tous les regards sont tournés vers l’océan, espérant l'apercevoir au loin. STEVE Spurtle ! C'est elle ! Bon sang, c'est incroyable ! Waouh ! On vient d'apercevoir l'un des dauphins les plus spéciaux qui peuplent nos mers. C'est un véritable récit de survie. Steve Backshall Whales eps 4 Cet animal a traversé des épreuves d'angoisse et de douleur presque inimaginables. Et le voilà de retour, sous nos yeux, vivant et en pleine santé. De toute évidence, ces animaux affrontent des épreuves impossibles pour survivre. Elle revient avec son propre petit. On ne pouvait pas espérer mieux. STEVE OFF Baleines et dauphins possèdent cette incroyable faculté de nous remplir de joie. Le souvenir de mon voyage en leur compagnie restera gravé en moi à jamais. C'était aussi une prise de conscience. J'ai vu à quel point l'action de l'homme menace leur environnement. J'ai aussi vu des gens faire tout leur possible pour leur venir en aide. Même la plus petite initiative, ne serait-ce qu'un appel téléphonique, ou déclarer une observation, peut véritablement changer les choses. Les baleines font de leur mieux pour s'adapter. À présent, c'est à nous de nous ajuster, et vite, si nous voulons offrir un avenir meilleur à ce mammifère marin comme à nous-mêmes. STEVE Ces animaux sont là depuis 50 millions d'années, et qui sait, peut-être encore pour 50 autres millions d'années. À condition que nous luttions pour préserver la santé de leurs océans. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE OFF Pour observer la stupéfiante diversité des baleines qui peuplent les eaux britanniques, nous avons voyagé à travers la terre, la mer et les airs. Mais quand il a fallu traquer les orques, notre travail risquait d'être compromis. Ces incroyables prédateurs peuvent parcourir jusqu'à 160 kilomètres par jour en quête de nourriture. En effet, pour notre caméraman Louis Labrom, spécialiste de la vie sauvage, parvenir à les localiser n'allait pas être une tâche aisée. LOUIS LABROM Le défi qu’on s’est imposé est assez délicat à relever. Où aller, où est le meilleur endroit, où vont-ils apparaître ? C'est un sacré défi. STEVE OFF Par chance, nous n'étions pas seuls. Nous avons rejoint un réseau d'environ 200 volontaires, composé d'habitants de la région et de membres d'un événement scientifique citoyen baptisé Observation des orques. Chacune de leurs observations d'orques est enregistrée. Cela nous a donné une idée de leur comportement dans ces eaux. STEVE TRULUCK Voilà ses photos, à 2 kilomètres de distance. STEVE OFF Steve Truluck, passionné par les orques, est aussi venu prêter main- forte. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE TRULUCK Le secret, c'est de rester sur place longtemps. Il faut savoir attendre. STEVE OFF Avec l'ensemble du littoral de Caithness (kèïssness) et les îles du Nord à couvrir, la tâche des volontaires est colossale. Heureusement, le paysage leur vient en aide. STEVE Certaines parties de la côte semblent faites pour servir de postes d'observation naturels. Toute orque présente dans les parages se voit à des kilomètres à la ronde. STEVE TRULUCK Ici, on a une vue imprenable sur tout. On peut même voir tout en bas de la falaise. STEVE OFF Comme prévu, une orque ne tarde pas à faire son apparition. STEVE TRULUCK Oh, c'est vrai ? Oh ! Un pêcheur au large de Durness (deurness) a vu un groupe d'orques. Avec un énorme mâle ? Oh... STEVE OFF Nous laissons tout en plan, et nous fonçons à l'endroit où nous pourrions les intercepter. Mais l'orque est plus rusée que nous. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE TRULUCK Quelqu'un a laissé un post disant que les orques ont été aperçues à Sanwood Bay (sannwood bèï). C'est exactement à l'opposé de l'endroit où nous sommes. Alors, on n'a pas eu de chance aujourd'hui. Les orques sont parties de l'autre côté. STEVE OFF Les jours suivants, Louis essaye encore... et encore... dans l'espoir de capter leur image. Mais l'orque parcourt des étendues gigantesques dans les eaux chaque jour, et se tient à bonne distance de nos caméras. Louis ne renonce pas. Je dois cependant me résoudre à partir 200 kilomètres au sud, afin d'observer un autre spectacle de la vie sauvage. Les dauphins à gros nez de Moray Firth. Ils font un festin de saumon. STEVE À quelques mètres du rivage, Tom ! STEVE OFF Il y a toujours de bonnes chances de voir des dauphins à Chanonry. Si seulement les orques, plus au nord, étaient aussi prévisibles ! LOUIS LABROM C'est génial. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE OFF Mais Louis a enfin de bonnes nouvelles. VOIX FEMME TÉLÉPHONE Ils descendent vers Burroch (beurok), en ce moment même. STEVE OFF Un observateur de baleines a repéré des orques au large. Alors Louis tente sa chance et saute sur un ferry, dans l'espoir de voir les orques au passage. LOUIS LABROM On pirate le ferry ! Je ne veux pas me faire trop d’illusions, mais ce serait incroyable de les voir. STEVE OFF Et finalement, surgi de nulle part, un flash de noir et de blanc caractéristique. LOUIS LABROM Les voilà ! Je les ai, c'est bon. STEVE OFF C'est un groupe d'orques très apprécié, connu sous le nom des "vingt-sept". Et, grande nouvelle... LOUIS LABROM Il y a un bébé. Steve Backshall Whales eps 4 STEVE OFF Les orques ont un petit. Leur groupe compte à présent huit individus. LOUIS LABROM Ces gens ont tellement travaillé, ils sont tellement passionnés. Certains sont là depuis des semaines et aujourd'hui, voilà leur récompense. J'ai la chance de voir les orques avec eux. Mais je ne pleure pas, c'est juste le vent dans mes yeux. STEVE OFF L'équipe a filmé deux incroyables rencontres avec la nature au même moment. Je suis impatient de les retrouver sur la terre ferme. LOUIS LABROM Alors, comment tu te sens ? STEVE Très, très heureux ! LOUIS LABROM Bien ! STEVE Quel travail formidable ! LOUIS LABROM Les orques près des îles Britanniques, c'était magnifique à voir. C'était notre dernier jour de tournage, alors... La chance du dernier jour ! STEVE OFF On ne peut raconter le combat des orques pour la vie sans l'aide de passionnés qui font tout pour aider les baleines. Steve Backshall Whales eps 4 Et c'est à cette passion que nous devons nous accrocher, à travers les contrées et les océans, afin de préserver l’avenir des baleines dans nos mers.