DUNCAN_BRAKE FEMME FEMMES HELEN_SAMPSON HOMMES HOMME_1 HOMME_2 JAY_MALY OLIVER_CRIMMEN PLONGEUR STEVE STEVE_OFF STEVE OFF : Les requins sont les prédateurs les plus redoutés de la planète. Mais aussi ceux qui suscitent le plus d'idées reçues. Voilà plus de 30 ans que je plonge aux côtés des requins. Et aujourd’hui, je m’apprête à les côtoyer d’encore plus près. Je pars explorer les profondeurs de nos océans à la découverte de leur vie secrète. Prêt à remettre en question tout ce que nous pensions savoir des requins, qui comptent parmi les créatures les plus mystérieuses au monde. Les requins ont conquis les quatre coins de la planète. Il en existe une grande variété d’espèces. Pour les admirer dans toute leur étrangeté et leur beauté… je commence par me rendre dans l’océan le plus sauvage du monde… L’océan Atlantique. STEVE : L’océan Atlantique couvre un cinquième de la surface de notre planète et c’est un environnement très dangereux. Il s’étend de l’océan glacial Arctique au nord, à l’océan Austral en Antarctique, et passe par les tropiques et les mers équatoriales. Avec une telle diversité d’habitats, les requins ont dû s’adapter de manière drastique pour survivre. STEVE OFF : En 400 millions d’années, le corps et le comportement des requins se sont transformés. Ainsi, l’espèce a évolué pour pouvoir survivre dans chaque zone de ce monde sous-marin complexe. STEVE OFF : Mais l’océan change rapidement. À tel point que les requins ne s’adaptent plus assez vite. Quelque part, parmi l’étonnante diversité de requins qui peuplent l’Atlantique, nous pourrions encore trouver des pistes qui nous aideraient à mieux les protéger. Mais nous devons agir vite. Mes recherches commencent donc aux Bahamas. L’emplacement de ces îles nous donnera à la fois accès à des eaux chaudes et peu profondes… … et aux tréfonds de l’océan. Cela en fait l’un des meilleurs endroits au monde pour observer un large éventail d’espèces de requins en un seul lieu. J’aimerais m’approcher le plus possible des requins… mais ce sont des animaux sauvages. Il faut savoir décrypter leur comportement… et être conscient des risques. STEVE : Je pense que beaucoup seraient surpris qu’on puisse plonger à leurs côtés… Être entouré d’autant de requins, c’est peut-être le pire cauchemar de beaucoup de gens. Ils pourraient faire qu’une bouchée de vous. Mais comme vous pouvez le voir, ils ne s’intéressent pas du tout à moi. Ils nagent à la recherche des poissons dont ils se nourrissent. Et ils m’ignorent complètement. STEVE OFF : Je commence par une espèce qui présente tous les aspects physiques typiques du requin. Le requin de récif des Caraïbes. STEVE : Quand on parle de requin, la plupart des gens s’imaginent un animal comme celui-ci. Avec sa silhouette longiligne… son museau pointu… et sa nageoire dorsale triangulaire, il a l’allure typique d’un requin. STEVE OFF : Son physique est parfaitement adapté à la prédation dans les fonds marins. Sa silhouette fuselée… et ses multiples nageoires rigides lui confèrent la vitesse et l’agilité nécessaires pour chasser ses proies. Le requin n’a pas d’os. Son squelette est constitué de cartilage léger et solide… C’est la fibre de carbone du règne animal. La peau du requin est très résistante. Elle est constituée de minuscules écailles ressemblant à de petites dents, appelées denticules. Elles réduisent la résistance à l’eau et font du requin un nageur extrêmement furtif. Mais pour les poissons qui ne sont pas au menu, sa peau a également une autre fonction. STEVE : La peau de ces requins est semblable à du papier de verre et ces poissons, appelés carangues, nagent et se frottent au requin pour se débarrasser de leurs parasites et de leurs peaux mortes. Ils s’exfolient. Pour eux, c’est comme un spa géant. STEVE OFF : Si les requins de récif ont une silhouette caractéristique de requin, tous les requins ne se ressemblent pas. STEVE OFF : Vous allez voir à quel point les requins peuvent être différents en fonction de leur environnement. Ici, aux Bahamas, je n’ai pas besoin d’aller bien loin pour en avoir la preuve. STEVE : Le groupement scientifique auquel appartiennent les requins est très hétéroclite et inclut d’autres animaux tels que les raies, les chimères et les poissons-scies. Tous ces animaux ont un ancêtre commun. Mais au fil de plusieurs millions d’années, ils ont évolué vers des morphologies complètement différentes. Et aujourd’hui, l’exemple le plus flagrant est peut-être celui-ci. STEVE OFF : Les raies pastenagues [SF1]ne ressemblent en rien au requin de récif, mais elles en sont en fait de proches cousines. STEVE : Quand elles se frottent contre vous, on dirait de gentils petits chiots, mais ce sont des prédateurs. Elles aspirent les crustacées comme les crevettes et les crabes dans le sable des fonds marins. STEVE OFF : La raie est physiquement constituée pour vivre au fond de l’océan… près des proies qui se cachent dans le sable et les herbes marines. Sa bouche est située sur sa face ventrale. Elle lui permet de sentir et d’attraper les crustacées. Ses nageoires pectorales se sont développées en ailes qui lui permettent de raser les fonds marins. Mais le corps de la raie possède plusieurs caractéristiques qui laissent entrevoir sa place dans un écosystème atlantique beaucoup plus vaste. Alors que la partie ventrale de la raie lui permet de chasser, sa partie dorsale lui permet de se camoufler. STEVE OFF : Si vous observez une raie de près, vous vous demanderez peut-être pourquoi ses yeux sont placés au-dessus de sa tête… … ou pourquoi elle possède cette arme redoutable à la base de sa queue. STEVE : Malgré leur nature presque amicale, elles ont une arme : leur dard. Il possède deux rangées de dents et il sécrète un venin protéique qui peut provoquer une douleur extrême. Mais elles ne l’utilisent que pour se défendre. On retrouve souvent leur dard enfoncé dans la bouche, la gorge et l’estomac de leur principal prédateur, le requin-marteau. STEVE OFF : Le grand requin-marteau est une espèce dominante de l’océan Atlantique. Il s’agit d’un super-prédateur qui se nourrit de plus petits requins… Mais qu’est-ce qui lui donne l’avantage sur ses rivaux et pourquoi est-il si important pour la santé de nos océans ? Pour trouver réponse à mes questions, je pars à la recherche de cet impressionnant requin. Pour le localiser, je vais tirer profit de ses étonnantes qualités de prédateur. STEVE : J’ai une immense vue d’ensemble. Et je sais qu’au-delà de ce que je peux voir, dans le bleu de l’océan, se trouve l’animal qu’on recherche. Dès que je vois une ombre, même si c’est probablement un requin-nourrice, j’imagine tout de suite à un requin-marteau. Il y a pas mal de courant actuellement. Il va transporter les odeurs de nos appâts. STEVE : Les requins ont un odorat extrêmement développé. Ils sont capables de détecter une goutte de sang dans une étendue d’eau de la taille d’une piscine olympique. Donc de minuscules molécules odorantes pourraient bien attirer notre grand requin-marteau à 100 mètres à la ronde, voire à plusieurs kilomètres. Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre. STEVE OFF : S’il y a un grand requin-marteau dans le coin, ses super-sens devraient se mettre en action et le conduire à notre appât. Mais cette espèce est en danger critique d’extinction et sa population a chuté de 80 % dans certaines zones. Donc rien ne me garantit une rencontre. STEVE : On en a un ! On en a un ! L’animal qu’on est venus chercher. Un grand requin-marteau ! Ils sont gigantesques. Les plus grands jamais recensés mesuraient plus de 6 mètres de long. C’est la taille d’un grand requin blanc. Regardez sa tête se balancer de gauche à droite. Il capte les odeurs… C’est une sacrée bête ! STEVE OFF : Le requin-marteau a une arme secrète : sa tête. Elle est dotée de capteurs capables de détecter le moindre courant électrique émis par les proies. Mais après avoir trouvé sa proie, le parfait prédateur doit ensuite réussir à l’attraper. STEVE OFF : Deux fois par an, au début et à la fin de l’été, les requinspointes noires, proies des requins-marteaux, migrent par milliers le long de la côte Est des États-Unis, sous l’effet des changements de température de l’eau. Les petits requins pointes noires restent près du rivage… là où les bas-fonds leur assurent une certaine sécurité. Ceux qui s’en éloignent sont plus vulnérables. Et font face à un plus grand prédateur. Le requin-marteau se déplace dans l’eau avec une incroyable agilité. Il prend l’avantage sur les requins pointes noires… jusqu’à atteindre son objectif. En agissant sur le nombre d’autres espèces de requins, qui à leur tour agissent sur le nombre de poissons, le grand requin-marteau exerce une puissante force de régulation sur l’écosystème.[SF2] Mais à cause du changement climatique et du réchauffement des océans, les requins pointes noires ne parviennent plus à migrer, le nombre de requins-marteaux est en déclin et les conséquences sur ce système à l’équilibre subtil sont plus qu’incertaines. Mais la vie des requins ne se résume pas à la chasse. À 900 kilomètres au sud-ouest des Bahamas, aux confins du golfe du Mexique, un autre requin est en mouvement. Il s’agit d’une femelle requin-baleine. D’ordinaire, elle parcourt le globe en solitaire… à la recherche de plancton. Cette prédatrice est bien différente du requin-marteau. Mais elle est tout aussi tributaire du rythme de l’Atlantique. STEVE OFF : Et aujourd’hui, elle doit se déplacer. Chaque année, au début de l’été, au large des côtes mexicaines… se produit un évènement extraordinaire. Les eaux chaudes qui entourent la péninsule du Yucatán créent les conditions parfaites pour le frai du thon. Ces poissons fertiles libèrent des trillions de minuscules œufs dans l’eau. Les œufs flottent juste en dessous de la surface… pratiquement invisibles à l’œil nu. Pour notre requin-baleine, c’est un véritable banquet. Pour la première fois depuis des mois, elle est rejointe par d’autres membres de son espèce. En la présence d’une source aussi abondante de nourriture, les requins-baleines changent leur manière de filtrer l’eau. Au lieu de la laisser passivement couler dans leur bouche, ils la pompent activement à travers à leur système de filtration interne… et se délectent de cette riche quantité d’œufs. D’autres requins-baleines se joignent au groupe. Ils sont maintenant plusieurs centaines. Alors que le rassemblement atteint son apogée, des raies mantas géantes, leurs proches cousines, émergent des profondeurs et se glissent parmi eux dans un ballet à couper le souffle. Le spectacle est exceptionnel. Et il n’est dû qu’à de minuscules petits œufs. De l’absorption de plancton à la prédation entre requins, les requins interagissent à tous les niveaux de la chaîne alimentaire et jouent un rôle essentiel dans l’écosystème. STEVE OFF : Les requins ont mis des millions d’années à s’intégrer parfaitement à ce monde sous-marin. Puis en l’espace de quelques décennies seulement, nous avons métamorphosé les océans au point de les rendre méconnaissables. Pour pouvoir aider les requins, j’ai besoin de savoir comment ils trouvent un partenaire et engendrent les générations suivantes. Ces dernières décennies, nous avons énormément appris sur les requins… mais il reste encore de nombreux mystères à résoudre. En particulier sur la mise bas et leur manière d’élever leurs petits. Pour assurer la pérennité des requins, nous devons préserver les générations futures. Je me rends donc dans une région unique des Bahamas qui pourrait m’apporter des réponses. STEVE : Ce magnifique labyrinthe vivant et tortueux, ce sont les mangroves. Les palétuviers qui y poussent sont des arbres extrêmement résistants. Ils peuvent pousser dans des eaux salées qu’aucune autre espèce d’arbre ne tolérerait. Les mangroves sont d’une importance capitale pour la faune et la flore… et surtout pour les requins. STEVE OFF : Ce jeune requin-citron a déjà surmonté de nombreux obstacles. Si certains requins pondent des œufs, les requins-citrons sont vivipares. Leurs petits naissent formés et sont directement livrés à eux-mêmes. Ce jeune requin a survécu à la faim, à la prédation et même au cannibalisme. Il a réussi à atteindre l’âge de 2 ans… ce qui est le cas de moins de la moitié des requins-citrons. STEVE OFF : C’est en partie grâce aux mangroves qu’il a survécu. La densité des racines le protège des prédateurs. Et les poissons osseux et les crustacés lui permettent de s’entraîner à la chasse. Mais il existe un autre avantage à grandir ici. STEVE OFF : Les compagnons. Les scientifiques qui étudient le terrain de jeu de ces requins ont découvert que les requins-citron âgés de deux ou trois ans se déplaçaient en groupes… Ils restent avec les mêmes compagnons et apprennent même les uns des autres. Il s’agit d’un niveau avancé de comportement social pour un poisson. En me déplaçant dans les mangroves, je comprends rapidement à quel point cet habitat est précieux pour les requins. STEVE : Ici et maintenant, il n’y a pratiquement que des requins-citrons. Mais ces mangroves servent de nurserie à énormément d’espèces de requins. On peut y trouver de petits requins-marteaux ; qui sont la représentation parfaite de l’animal adulte en miniature ; des requins-marteaux tiburo, des requins-tigres. Tous leurs petits se retrouvent ici. STEVE OFF : Mais leur terrain de jeu est menacé. STEVE : La première fois que je suis venu à Bimini pour travailler avec les requins, c’était il y a un peu plus de 20 ans. On avait choisi Mosquito Point parce que c’était la plus belle des mangroves. Elle s’étendait sur des kilomètres dans toutes les directions, mais elle a été totalement détruite. Elle a été draguée, asséchée et elle a été remplacée par des maisons de luxe et un grand complexe hôtelier. Et cette situation se répète partout dans le monde. STEVE OFF : Les mangroves disparaissent plus vite que les forêts tropicales. Mais si nous parvenons à prouver leur valeur, nous réussirons peut-être à les protéger… Partout dans le monde, les scientifiques se livrent à une course contre la montre pour découvrir ce qui pourrait nous aider à protéger les requins. Et les mangroves tropicales ne sont qu’un début. En quittant les Bahamas et en suivant les eaux chaudes du Gulf Stream en direction du nord-est, nous arrivons sur la côte sauvage des îles britanniques. Un lieu qui accueille chaque été… un mystérieux requin. Le requin-pèlerin est un immense requin qui filtre le plancton à la surface de l’eau. Sa vie en surface n’a que peu de secrets pour nous. Mais lorsque ces créatures disparaissent dans les profondeurs… nos connaissances disparaissent avec elles. L’accouplement, la gestation et la naissance de ces requins ont rarement été observés. Mais ici, en Écosse, des scientifiques ont repéré des spécimens au comportement inédit. Cette femelle a un compagnon. Depuis des jours, ils nagent en tandem… l’un derrière l’autre… ou côte à côte, les nageoires presque en contact. Nous ne savons pas exactement pourquoi ils se suivent. Et même si nous n’en avons pas la preuve, cela ressemble beaucoup à une parade nuptiale. STEVE OFF : Grâce au marquage des requins et à des caméras de pointe, les scientifiques espèrent pouvoir en découvrir plus sur le comportement des requins-pèlerins. Plus au nord, non loin de l’Arctique… des températures glaciales recouvrent l’Atlantique. La glace est en mouvement constant. Et les bassins sont très profonds et très sombres. Ces profondeurs hostiles abritent l’insaisissable requin du Groenland. Le sang de ce géant à la nage lente contient des substances chimiques qui agissent comme de l’antigel. Il se nourrit majoritairement de phoques endormis, et de carcasses de rennes et d’ours polaires. Son métabolisme lent lui permet de vivre plus de 400 ans. Cela fait de lui le vertébré à l’espérance de vie la plus élevée de la planète. Nous avons beaucoup à apprendre d’un animal qui vit aussi longtemps, mais on en rencontre peu. En 30 ans, je n’ai jamais réussi à en apercevoir un. Le meilleur moyen pour moi d’en voir un… … est de visiter le Musée d’histoire naturelle de Londres. STEVE : Ce musée est un bâtiment emblématique et spectaculaire, mais il est bien plus que cela. Ses coulisses renferment un trésor de connaissances absolument extraordinaire. Sa collection de poissons compte à elle seule plus de 900 000 spécimens et c’est probablement la plus grande collection de requins au monde. STEVE OFF : Parmi les spécimens séchés et mis en bocal de la collection du conservateur en chef Oliver Crimmen, se trouve un requin du Groenland parfaitement conservé. STEVE : C’est impressionnant. Qu’est-ce qu’on fait ? Comment on procède ? OLIVER CRIMMEN : C’est un spécimen assez lourd. Donc si vous trouvez quelque chose pour… Voilà. STEVE : Regardez ces dents ! Les dents des mâchoires supérieures et inférieures sont complètement différentes. OLIVER CRIMMEN : Oui. STEVE : Celles-ci servent à planter la proie et celles-ci servent à la scier. OLIVER CRIMMEN : En effet. En les filmant en train de se nourrir d’une carcasse de baleine au fond de l’océan, on a constaté qu’ils faisaient un mouvement de rotation et qu’ils se servaient de leurs dents comme d’une scie pour entailler la graisse. STEVE : Selon vous, pourquoi est-ce important de conserver des animaux comme celui-ci ? OLIVER CRIMMEN : Sa véritable valeur apparaîtra avec le temps. Il y a 50 ans, on n’aurait jamais imaginé pouvoir prélever de l’ADN sur ces spécimens de musée. On ne savait pas que c’était possible. Aujourd’hui, on peut même se servir de la tomodensitométrie pour examiner l’ensemble de l’anatomie sans même ouvrir l’animal. STEVE : J’imagine que c’est très important pour un requin de ce type, qu’il est difficile d’étudier dans son habitat naturel. OLIVER CRIMMEN : Absolument, et malheureusement, certains spécimens de notre collection sont tout ce qu’il reste d’espèces qui se sont éteintes. STEVE : Oui. STEVE OFF : Un requin qui met plus de 150 ans à atteindre la maturité sexuelle a peu de chances de s’adapter à la fonte de l’Arctique. Si nous n’agissons pas, nous risquons de perdre à jamais certaines espèces de requins, avant même d’avoir commencé à les comprendre. À cause de l’Homme qui détruit leur habitat, de la pêche industrielle et du changement climatique, certaines parties de l’Atlantique sont devenues hostiles pour les requins. Les Bahamas sont l’un des rares sanctuaires existants… l’un des peu d’endroits où les requins sont protégés par la loi… Mais ces petites zones de sécurité ne suffisent pas… Pour comprendre pourquoi, il existe une dernière espèce que je cherche désespérément à retrouver. On pense qu’il était autrefois le plus grand prédateur de la planète… Mais aujourd’hui, il ne reste plus que quelques spécimens. STEVE : À mesure qu’on s’éloigne du rivage, on constate une nette séparation entre les eaux turquoise des bas-fonds… et le récif et au-delà, le bleu profond de l’océan. On a des bleus différents, des habitats différents donc des requins différents. STEVE OFF : Voici l’un des derniers refuges connus du requin longimane. STEVE OFF : Contrairement aux autres requins que j’ai observés aux Bahamas, il s’agit d’une espèce pélagique. Il vit au large, en eaux profondes, et se comporte de manière totalement différente des requins qui vivent près du récif. FEMME : Ici. STEVE : Je vois quelque chose. J’ai vu un truc à la surface. PLONGEUR : On est prêts à plonger. STEVE OFF : Ces requins sont attirés par l’agitation dans l’eau. STEVE : Sautez. Je vous rejoins. STEVE OFF : Nous devons donc entrer dans l’eau le plus calmement et le plus doucement possible. STEVE : En ce moment même, il y a au moins trois requins longimanes qui tournent à l’arrière du bateau. Une fois dans l’eau, on n’a rien en dessous pour nous protéger, et pas de récif derrière pour nous protéger non plus. Les requins peuvent arriver de n’importe où. STEVE OFF : J’emmène avec moi une caméra pour les filmer. Mais elle me servira aussi à repousser les requins qui s’approcheraient trop près de moi. STEVE OFF : J’espérais observer trois ou quatre individus. Mais une fois dans l’eau… je suis encerclé. STEVE : J’ai du mal à imaginer que c’est une espèce en danger critique d’extinction… et que c’est le seul endroit au monde où on peut les voir comme ça. Regardez ça !... Ils viennent directement sur nous. Ils n’ont absolument pas peur de nous. STEVE OFF : Loin de l’abondance du récif, les vastes étendues de l’Atlantique constituent un habitat hostile où les requins longimanes peuvent passer des semaines, voire des mois, sans se nourrir. STEVE : Le requin longimane est l’exemple même du parfait chasseur du grand large. Il est parfaitement hydrodynamique. Il a une silhouette fuselée et il semble à peine bouger quand il nage. Il lui suffit d’un simple petit coup de queue pour partir à toute allure. STEVE OFF : Ces requins sont à la recherche constante de nourriture... Cela n’a pas seulement affûté leur corps, cela a aussi façonné leur comportement. Ces requins sont très curieux… C’est exactement ce qu’il faut pour trouver de la nourriture dans un environnement aussi hostile. STEVE : C’est mon premier coup de museau. Leur fonctionnement est assez simple : nager, économiser de l’énergie, et s’ils trouvent quelque chose qui s’apparente à de la nourriture, renifler, foncer et mordre. STEVE OFF : Comme beaucoup de requins, le requin longimane privilégie les cibles faciles et est attentif au moindre signe de faiblesse chez ses proies. Cette alimentation ciblée contribue au maintien d’écosystèmes sains. STEVE : Celui-ci a un comportement totalement différent de celui des autres requins autour de nous. Ça saute aux yeux… Il revient. Il nous fonce dessus. Il est bien plus déterminé… et concentré dans ses mouvements… que les autres. Je m’attendais pas à ce qu’il tape ma caméra aussi fort… Son museau est tellement sensible qu’il lui suffit normalement d’effleurer l’objectif pour faire demi-tour. STEVE OFF : Pendant des millions d’années, leur curiosité leur a beaucoup servi. Mais aujourd’hui, elle est en partie responsable de leur déclin massif. STEVE : Si ce requin est plus agité que les autres, c’est peut-être à cause de cet hameçon.  L’hameçon lui fait peut-être mal. Il l’empêche peut-être de chasser normalement. STEVE OFF : Ce requin n’est pas le seul à avoir un hameçon planté dans la bouche. Beaucoup de requins autour de moi traînent des hameçons, des lignes et d’autres accessoires de pêche. STEVE OFF : Ces animaux très intelligents ont appris à suivre les bateaux de pêche qui naviguent dans cette partie de l’Atlantique ouest. Nous sommes ici dans un sanctuaire, mais dès que les requins quittent ce petit refuge, ils sont totalement vulnérables. La pêche commerciale à la palangre est destinée à ferrer de gros poissons comme le thon. Mais parfois, des requins se retrouvent hameçonnés par erreur. Cela a entraîné une chute drastique de 98 % du nombre de requins longimanes dans cette région. STEVE : Quand on en voit autant d’un coup, on a du mal à se dire que c’est une espèce en danger critique d’extinction. Ce requin pourrait même obtenir la médaille peu enviable de la créature la plus persécutée de nos océans. STEVE OFF : Si je parviens à m’en approcher suffisamment, je pourrais peut-être libérer certains requins des hameçons et des lignes qui leur causent tant de problèmes… Mais pour cela, je dois quitter mon équipement de plongée et entrer dans leur monde à découvert. En plongée libre au milieu de ces magnifiques femelles, je constate que beaucoup d’entre elles sont gestantes. La lenteur de leur croissance et le temps qu’il leur faut pour atteindre la maturité sexuelle rendent les requins très vulnérables. C’est pourquoi des endroits comme les Bahamas, où ils peuvent se nourrir et se reposer en toute tranquillité, sont aussi essentiels. Une femelle curieuse s’approche de moi avec un hameçon dans la mâchoire et une longue ligne traînant derrière elle… Sa volonté de s’approcher si près me donne l’occasion de retirer l’hameçon. STEVE OFF : Mais je dois rester prudent. Je réussis enfin à couper la ligne… Ce n’est pas grand-chose. Mais j’espère que ça lui donnera, ainsi qu’à ses petits, de meilleures chances de survie. STEVE : Malheureusement, le temps que je passe sous l’eau est limité par le peu de quantité d’air que j’arrive à retenir dans mes poumons. Mon temps est compté dans leur monde. Mais j’aimerais que ce moment dure éternellement. C’est l’une de mes plus belles rencontres, avec un animal qui n’a d’avenir que si on accepte de lui en donner un. Quand on regarde l’Atlantique comme ça, on a l’impression qu’il n’a pas de fin. On comprend pourquoi pendant des millénaires, les gens ont cru que ses ressources étaient infinies, qu’on pouvait prendre tout ce qu’on voulait et qu’il y en aurait toujours plus. Mais on sait aujourd’hui que c’est faux. Les requins de l’Atlantique sont des survivants de l’extrême. Ils ont survécu pendant plus de 400 millions d’années à toutes les grandes extinctions de notre planète, y compris celle qui a emporté les dinosaures. Eux sont toujours là… mais ils sont plus en danger que jamais. Et si nous sommes leur plus grande menace, nous devons aussi être leurs sauveurs. Il n’est pas trop tard pour sauver nos requins. STEVE OFF : En réalisant cet épisode sur l’océan Atlantique, j’ai eu la chance de faire des rencontres exceptionnelles. Plonger avec différentes espèces de requins présente différents enjeux. Au départ, nous avons fait appel aux connaissances et à l’expérience de toute notre équipe pour filmer un requin à la réputation redoutable… Le requin-tigre. STEVE : Quand on se retrouve sur un bateau au milieu des requins, tout peut arriver. Il faut être prêt à toute éventualité. Cette grande silhouette sombre qui nage derrière le bateau est un requin-tigre. Il est assez grand. On essaie d’enfiler nos combinaisons le plus vite possible, en espérant qu’il reste dans les parages. Ça doit être incroyable d’observer ce requin-tigre sous cette lumière, dans ces eaux, en ce moment même, HOMME 1 : Prêts à plonger ? STEVE OFF : Chaque requin-tigre a sa propre personnalité. Je dois me faire une idée de la façon dont cette femelle réagira à ma présence. STEVE : On n’avait pas prévu que ça se passerait comme ça, donc on doit se couvrir les uns les autres et redoubler de vigilance. STEVE OFF : Tout comme son éponyme, le requin-tigre est un puissant prédateur. Bien que les requins ne s’en prennent pas délibérément à l’humain, ils peuvent se sentir menacés ou peuvent confondre nos mains, nos pieds ou notre équipement avec de la nourriture. Il est donc essentiel de savoir décoder leur comportement. La position des nageoires de cette femelle et sa manière de nager me permettent de savoir si elle s’agite ou si elle passe en mode prédateur. STEVE : Le requin-tigre s’intéresse à nous et au bateau, mais il n’est pas du tout agressif. Il est magnifique. STEVE OFF : C’est le côté paisible de ce prédateur redouté que l’on voit rarement. STEVE OFF : Cet épisode sur l’océan Atlantique touche à sa fin. L’expérience de notre équipe a été mise à l’épreuve alors que nous tentions de filmer des requins longimanes. STEVE : J’ai vu un truc à la surface. HOMME 2 : Un longimane, les gars ! STEVE OFF : Nous avons rencontré un grand nombre de requins au large, dans les eaux profondes. HOMME 2 : Tous à l’eau. DUNCAN BRAKE : Attendez, je prends la caméra. STEVE OFF : Notre caméraman, Duncan Brake, a déjà plongé avec ces requins et sait qu’il s’agit de prédateurs très intelligents, souvent très curieux des plongeurs. DUNCAN BRAKE : Chaque fois que je pense avoir compris ces animaux et pouvoir anticiper leur comportement, ils me surprennent. Ils nous prouvent toujours qu’ils ont le dessus. STEVE OFF : Cela fait partie de la nature curieuse de ce prédateur, mais cela peut paraître intimidant. Helen Sampson, caméraman, plonge pour la première fois avec des longimanes. HELEN SAMPSON : Je suis assez stressée, parce que je sais que ce sont des requins curieux et qu’ils aiment venir nous voir de près. Mais j’ai ma caméra, donc ça me rassure un peu. Ça crée une barrière entre eux et moi, s’ils décident de s’approcher trop près. STEVE OFF : Concentrée sur le cadrage, l’équipe de tournage ne peut surveiller tous les requins qui l’entourent. C’est là qu’intervient l’équipe de plongée, sous l’œil attentif de Jay Maly, expert en sécurité sous-marine. JAY MALY : Très souvent… ils nous approchent par-derrière. STEVE OFF : Jay et son équipe ont pour mission de surveiller la position de chaque requin et de la communiquer à l’équipe de tournage. JAY MALY : Règle numéro 1 : toujours connaître la position des requins. Je suis donc sous l’eau et je pointe du doigt les requins, tout en indiquant leur nombre. Quatre requins, cinq requins, six requins. Parfois, je n’ai même pas assez de doigts. Il y en a 10, 20, 23. STEVE OFF : Le museau sensible des requins leur permet d’éviter tout objet solide qui se trouverait sur leur chemin. Il suffit de leur tendre une perche en plastique pour rediriger doucement leur approche curieuse… Et l’objectif de la caméra a le même effet. STEVE : Le requin, plus que tout autre espèce, vous regarde bien droit dans les yeux pour essayer de comprendre ce que vous êtes. DUNCAN BRAKE : Ces requins nagent tranquillement dans les profondeurs. Vous ne les verrez pas s’approcher vicieusement de Steve pour le mordre. Ils essaient juste de savoir si on est comestibles. STEVE OFF : Le savoir-faire de nos experts a fait plus que faciliter ces moments magiques avec les requins. Il a également permis de faire quelques découvertes. STEVE : Un certain nombre de femelles ici ont un ventre assez arrondi. Elles pourraient bien s’apprêter à mettre bas. STEVE OFF : Juste avant de finir, nous aimerions voir comment réagissent les longimanes en nous voyant entrer dans l’eau en plongée libre, sans équipement de plongée ni bouteille d’oxygène. STEVE : La plongée en apnée peut paraître plus simple que la plongée avec bouteille. Vous n’avez que vos palmes et de l’air dans les poumons, mais en réalité, c’est un peu plus complexe que ça. DUNCAN BRAKE : Quand vous plongez en apnée, votre temps sous l’eau se limite à votre capacité à retenir votre souffle. Donc il faut vraiment surveiller leur comportement, être attentif aux éventuels signes d’agressivité, et bien s’assurer qu’ils acceptent d’interagir. STEVE OFF : Mais une fois dans l’eau, je fais face à un dilemme… Une femelle, qui s’est accrochée à un hameçon, tourne autour de l’équipe et s’approche de moi à plusieurs reprises. En temps normal, nous veillons à ne pas toucher les animaux sauvages ou à ne pas les déranger. Mais comme elle souffre manifestement d’un problème causé par l’homme... je me sens le devoir d’intervenir. Alors je m’approche d’elle et je coupe la ligne. STEVE OFF : Cette scène n’était pas prévue à l’origine… mais cette séquence émouvante et porteuse d’un message puissant nous a semblé parfaite pour clôturer cet épisode. STEVE : C’est un spectacle tellement triste. Chaque jour, on a vu des requins avec des hameçons plantés dans la mâchoire. On a réussi à en libérer quelques-uns, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg... Cette espèce est gravement menacée. Imaginez ce que ce serait si les pandas géants et les gorilles de montagne se baladaient avec ça planté dans la bouche. Là, les gens commenceraient peut-être à s’inquiéter. STEVE OFF : Des rencontres privilégiées, comme celle-ci aux Bahamas, permettent à l’équipe de lever le voile sur une facette bien différente des requins. Une facette qui transcende les mythes et qui, je l’espère, incitera les gens à chérir et à protéger les précieux requins qu’il nous reste. [SF1]J'ai trouvé raies pastenagues américaines - à confirmer ? [SF2]Merci de reformuler, un peu trop littéral