ANGELA_GALLOP BRENT_PARRY CHRISTINE_SHELLEY FEMME_TÉLÉ HOMME_TÉLÉ HOMME_TÉLÉ_HOMME JOHN_ACTIE JOHN_WILLIAMS KERVIN_JULIEN KEVIN KYRA_WHITE LLOYD_PARRY MARILYN_BISHOP MICHAEL_MANSFIELD POLICIER RASHID_WAHIBI_OMAR ROSIE_PARIS STEPHEN_MILLER TIM_ROGERS TONY_PARIS TONY PARIS Quelqu'un était mort. Quelqu'un avait fait le coup. Quelqu'un devait aller en prison. Et j'étais un de ces "quelqu'un". Tous les matins, je me levais et je faisais la même chose : Je me redressais, je relevais la tête et je prenais une voix grave. Pour survivre un jour de plus, jusqu'à ma libération. Sinon, tu meurs là-dedans. CHRISTINE SHELLEY Lynette était quelqu'un d'adorable. Si jeune. Avec toute la vie devant elle. JOHN ACTIE Hors du quartier des docs, les gens n'aiment pas Butetown. KEVIN Les docs sont un quartier sensible, très difficile à contrôler. TIM ROGERS Ça a secoué la communauté. Et les gens voulaient des réponses. KERVIN JULIEN Tout le monde voulait savoir qui avait tué Lynette. JOHN WILLIAMS La police n'avait aucune piste. TONY PARIS Bang, bang, bang BRENT PARRY La police a fait une avancée décisive. STEPHEN MILLER Tony a pété les plombs. Alors j'ai donné des coups de couteau. JOHN ACTIE On était accusés de meurtre. TIM ROGERS Des doutes sont apparus sur les verdicts. TONY PARIS Où est ce type d'un mètre 80 ? JOHN ACTIE Si c'est pas nous, c'est qui ? HOMME TÉLÉ Voici les trois hommes qu'on surnomme les "Trois de Cardiff" : Yusef Abdullahi. Stephen Miller. Et Anthony Paris.Ils ont déjà fait un an de leur peine à perpétuité pour le meurtre d'une jeune prostituée. Lynette White est morte dans l'appartement de Butetown où elle recevait ses clients. Elle a été victime d'une agression brutale qui l'a laissée avec d'innombrables blessures. CHRISTINE SHELLEY Ça aurait pu arriver à n'importe qui.Longtemps après le meurtre, les gens ne se sont pas sentis en sécurité. Et puis j'ai cru qu'ils avaient mis la main sur les meurtriers de Lynette. Je les connaissais tous de réputation. Quand les noms ont été rendus publics, je me suis dit que la police avait fait son travail. JOHN WILLIAMS Quand une affaire de ce type est résolue, les gens veulent vraiment y croire. Ils veulent se dire que le danger a été neutralisé.L'impression générale, c'était que les Trois de Cardiff n'étaient pas des personnages sympathiques, pas des citoyens respectables. MARILYN BISHOP Ils niaient tous leur implication. Et cinq personnes avaient été mises en examen. Mais Ronnie et John avaient été acquittés. TIM ROGERS Des doutes tenaces ont commencé à apparaître sur ces condamnations. TONY PARIS J'aurais dû laisser des traces. Mes cheveux, ma peau, mon sang auraient dû être partout. Mais non. Je suis quoi ? Un fantôme ? FEMME TÉLÉ Aucune trace retrouvée dans l'appartement de Lynette White ne renvoie aux accusés. Une empreinte de main et une trace de sang attestent de la présence d'une personne encore non identifiée. KERVIN JULIEN Si vous êtes noir et du quartier des docks, vous n'avez aucune chance. JOHN ACTIE C'était une sorte de vendetta personnelle contre les Noirs. Ils avaient eu l'occasion de nous coffrer. Et ils l'avaient fait. KERVIN JULIEN Je me revois, assis chez moi, à Londres, devant un article du journal qui parlait du meurtre de Lynette White et des condamnations. Et je me souviens avoir lu les noms et pensé "C'est n'importe quoi".Et quand j'ai vu le nom de Tony, ça a achevé de me convaincre.Quand je pense à Tony, je revois un petit gars rondouillard, qui volait dans les magasins. Il était dragueur, beau parleur. C'était un type vraiment sympa et qui ne faisait de mal à personne. TONY PARIS Je me souviens avoir dit à ma sœur que j'allais à la prison de Wormwood Scrubs. J'avais jamais fait de prison. J'étais terrifié. C'était un cauchemar. Un petit Noir du pays de Galles envoyé dans une prison anglaise, ça allait pas bien se passer… ROSIE PARIS J'aime ma famille. Tony et moi, on était vraiment très proches. Je savais ce qu'il pensait avant même qu'il le pense. Alors quand ce truc lui est arrivé, ça a été terrible. Pour moi, c'était lui, la victime, parce qu'il n'avait rien fait. KERVIN JULIEN C'est ce qui m'a poussé à quitter Londres pour retourner à Cardiff.Avec la ferme intention de m'impliquer, de tout faire pour régler ce problème. LLOYD PARRY Le lendemain du verdict, on avait une réunion publique au centre social. ROSIE PARIS On discutait pour savoir comment réagir. "Il faut monter une campagne." LLOYD PARRY Je n'avais jamais organisé de campagne de ce type.Mais c'était la vie de mon frère. JOHN WILLIAMS La campagne avait du pain sur la planche. Beaucoup de gens étaient persuadés que la police avait arrêté les coupables. KERVIN JULIEN On s'est vite organisés en un mouvement très actif.Le révérend Al Sharpton était un grand activiste du mouvement des droits civiques et un grand nom dans le domaine des marches pour le Black Power. LLOYD PARRY C'était l'homme qui pouvait attirer l'attention, faire venir les caméras et les micros autour de nous. Et c'est ce qu'il a fait. C'est ce qu'a fait Al Sharpton. Il est descendu de l'avion en criant "Libérez les Trois de Cardiff" ! TONY PARIS Il pensait avoir de quoi nous faire retourner au tribunal pour un nouveau procès. MICHAEL MANSFIELD Pendant plusieurs années, j'ai plaidé des affaires liées à des erreurs judiciaires. La première chose à faire, c'est comprendre ce qui s'est mal passé.Là, il n'y avait aucune preuve scientifique reliant Miller ou aucun des deux autres aux lieux du crime. Et il y avait beaucoup de traces inexpliquées, notamment du sang. Et puis j'ai étudié les interrogatoires. JOHN WILLIAMS Les aveux de Stephen Miller ont tout fait basculer. CHRISTINE SHELLEY Tout le monde s'était dit "Il a avoué. C'est lui." MARILYN BISHOP Stephen Miller était le petit ami de Lynette White, donc un suspect tout trouvé. MICHAEL MANSFIELD Toutes sortes de mobiles viennent à l'esprit, mais aucun ne tient. Je ne pensais pas que c'était Stephen. Pourquoi aurait-il fait ça ? JOHN WILLIAMS Peu à peu, au fil des interrogatoires, Stephen Miller s'était mis à reconnaître le meurtre de sa petite-ami, avec l'aide des quatre autres hommes. MICHAEL MANSFIELD En écoutant les enregistrements, j'ai été très choqué. Je n'arrivais pas à croire qu'un juge, en cour d'appel, puisse les entendre et ne pas être ému et horrifié par ce qui se disait. KERVIN JULIEN On a emprunté un minibus et on s'est entassés dedans pour aller les soutenir, pour l'appel. JOHN WILLIAMS L'audience a commencé avec Michael Mansfield.Il a ouvert avec l'interrogatoire de Stephen Miller. JOHN WILLIAMS Dès que la diffusion des enregistrements a commencé, dans le tribunal, on entendait une mouche voler. MICHAEL MANSFIELD C'était une nouveauté qu'une cour d'appel puisse entendre un interrogatoire. KERVIN JULIEN Non seulement l'entendre, mais en plus, dans sa totalité. MICHAEL MANSFIELD Dès qu'on a commencé à diffuser les enregistrements, surtout les moments-clé, tout le monde était captivé, presque fasciné, par la nature de cet interrogatoire. MICHAEL MANSFIELD Vous ressentez la pression de cet interrogatoire, avec ces policiers qui vous tourmentent, psychologiquement, et vous vous dites "Attendez, qu'est-ce qui se passe au juste ?" KERVIN JULIEN C'est sans doute l'une des choses les plus pénibles que j'aie entendues. La manière dont ils l'interrogent, dont ils le harcèlent. Et le terrorisent. MICHAEL MANSFIELD Pourquoi passe-t-on aux aveux ?Stephen Miller a le QI d'une personne de 11 ans. Il est très vulnérable. Et il était accusé du meurtre très violent de quelqu'un qu'il connaissait, avec qui il avait des liens évidents. La police avait monté un scénario qu'elle voulait absolument démontrer. MICHAEL MANSFIELD Ces interrogatoires ont eu lieu sur 4 jours.Il y en a eu 19, sur une durée totale de 13 heures. Ça fait très long. Et quand vous avez l'impression d'être pris au piège, je comprends pourquoi certains capitulent. TONY PARIS L'avocat de Miller, Mansfield, a défendu son dossier pendant deux jours et demi, et à la fin, quand il s'est assis,le dossier était vide. MICHAEL MANSFIELD Le chef de la magistrature a mis fin à la procédure d'appel, après avoir entendu l'enregistrement. C'était réglé. TONY PARIS J'avais été enfermé pendant quatre ans, alors être dehors et voir le ciel…Ils avaient réussi. On était libres. Et puis quand tu rentres chez toi, tu vas te coucher, t'éteins la lumière, et là…C'est pour ça que je dis que la police a choisi la mauvaise famille à qui faire subir ça. MÈRE DE TONY PARIS Je suis la femme la plus heureuse du monde. TIM ROGERS Ça a été une explosion de joie quand ils sont rentrés à la maison. Mais bien sûr, ensuite, ça se calme. Et alors quoi ? Il restait des questions. Si ce n'était pas eux, c'était qui ? JOHN ACTIE Tu peux pas retourner à la vie que tu avais avant la prison, parce que tout a changé. Tu as l'étiquette du "meurtrier" qui te colle à la peau. "Ils ont du pot. Il a eu du pot d'être libéré". Dès qu'on mentionnait mon nom,on pensait "Lynette White". CHRISTINE SHELLEY Quand j'ai entendu que ces hommes avaient été libérés, pour moi, ils restaient coupables.Je me disais que la police avait fait son travail et avait fait condamner les coupables. Il n'y avait vraiment aucune justice pour Lynette. KERVIN JULIEN Leur libération sur la foi de l'interrogatoire de Stephen Miller n'a pas automatiquement persuadé tout le monde que ce n'était pas eux. Ça disait juste qu'il y avait un vice de forme sur les techniques d'interrogatoire de la police, pour l'un des suspects. JOHN WILLIAMS La police refusait de rouvrir l'enquête, ce qui signifiait qu'à ses yeux, les Trois de Cardiff étaient toujours coupables. Pendant des années, le poids du soupçon a pesé sur eux, parce que personne n'avait essayé de trouver qui avait tué Lynette White. JOHN WILLIAMS Terry, le père de Lynette, était persuadé qu'ils étaient bien coupables. C'était presque impossible pour lui de tourner la page. JOHN ACTIE Un soir, j'étais chez moi, assis devant la télé, quand j'ai entendu frapper à la porte. Je suis allé dans la cuisine, j'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu le père de Lynette White avec un fusil pointé sur la morte.Je le regardais par la fenêtre et il m'appelait : "John, John !" Avec un fusil, comme ça. Il avait un grand manteau en peau de mouton et un fusil pointé sur ma porte. Si j'avais ouvert… JOHN ACTIE Quand j'ai appris qu'ils ouvraient une nouvelle enquête pour trouver le meurtrier, je me suis dit "Génial". Mais elle était confiée à la police de Galles du Sud. Et on peut pas lui faire confiance. BRENT PARRY J'étais l'enquêteur principal adjoint de la réouverture de l'enquête sur le meurtre de Lynette White. KEVIN En 1999, j'ai été nommé enquêteur principal pour la réouverture de l'enquête sur le meurtre de Lynette White. BRENT PARRY La police de Galles du Sud était sous pression, parce que plusieurs erreurs judiciaires avaient été rapportées dans les médias. BRENT PARRY L'enquête sur le meurtre de Lynette White a été la première que la police de Galles du Sud a décidé de réétudier.Il y avait beaucoup d'idées préconçues autour de l'affaire. Personne ne savait exactement ce qui s'était passé. KEVIN Il y avait beaucoup de pression, pour la réouverture de l'enquête. Il fallait que le grand public puisse se dire : "C'est éthique, c'est transparent, on fait confiance aux policiers." Donc l'équipe devait être irréprochable. Aucune zone d'ombre possible. KEVIN On a réuni toutes les pièces à conviction. Il y en avait 900 au total. Et sur un week-end, on a tout passé en revue.Il n'y avait aucune preuve.Il y avait un témoin oculaire pour une personne sur les lieux du crime. Aucune preuve tangible. Des témoins peu fiables. Pour moi, il n'y avait aucune preuve. KEVIN Une scène de crime idéale, qui permet de comprendre le déroulé du meurtre, c'est un lieu à l'intérieur, avec beaucoup de sang. Là, c'était à l'intérieur, avec plein de sang. Alors pourquoi le dossier médicolégal n'était pas plus épais ? ANGELA GALLOP Je suis experte médicolégale depuis très longtemps. Ma spécialité, ce sont les affaires non élucidées.La police nous a demandé de reprendre le travail de la première enquête médicolégale. BRENT PARRY On est allés sur les lieux du crime, un soir, dans l'appartement, pour se représenter à quoi ça ressemblait, la nuit du meurtre. ANGELA GALLOP On a étudié les traces de sang, notamment dans la chambre où Lynette avait été tuée. L'élément principal, c'était qu'on avait l'impression que le meurtrier avait été lui-même blessé dans l'agression et qu'il avait laissé de son sang.Donc on a cherché plus de traces du sang inconnu, pour faire son profil ADN. KEVIN On avait des tonnes de photos de toutes les pièces à conviction et de la scène de crime. Et on les a analysées.J'étais dans la pièce quand quelqu'un a dit : "C'est quoi, ce truc, par terre ?" On voyait une boîte en carton et, sur le sol, le film plastique d'un paquet de cigarette. "Est-ce qu'on l'a encore ?" Bien sûr qu'on l'avait. "Est-ce qu'il a été examiné ? Non." ANGELA GALLOP Il y avait du sang dessus, mais il était très étalé. Pourtant, on voyait une tache bien nette, qui pouvait vraisemblablement venir du meurtrier. A partir de là, on l'a appelé "L'homme cellophane". KEVIN Maintenant, la traque commençait vraiment. On avançait. On s'est concentré sur le profil ADN. ANGELA GALLOP On voulait à tout prix trouver plus de traces de ce sang inconnu. On a décidé de s'intéresser à la plinthe.Par chance, elle n'était pas bien plaquée contre le mur et il y avait un petit espace. Du sang avait atterri sur le rebord et coulé derrière. Ça nous a donné le profil de l'Homme Cellophane. KEVIN On était 14 ans après le meurtre brutal de Lynette White et on avait un profil ADN. On avait fait un pas de géant. C'était incroyable. Je n'avais jamais ressenti ça. On avait le meurtrier en ligne de mire. ANGELA GALLOP Logiquement, la première chose qu'on nous a demandé de faire, c'était comparer l'ADN avec celui des Trois de Cardiff. POLICIER M. Paris s'est présenté de lui-même pour donner son ADN, ce matin. TONY PARIS J'ai dit "Oui, d'accord pour faire le test. Mais je le ferai chez mon avocate." TONY PARIS Je l'aurais pas fait, sinon.J'avais peur que la police s'en mêle. Ils ont fait le test.Il était négatif. Pour moi, c'était réglé. KEVIN Donc on savait qui ce n'était pas. On a exclu tous les individus qui avaient été arrêtés par le passé. TONY PARIS Y a une seule chose de mieux que ça, c'est trouver le coupable. ANGELA GALLOP L'une des premières choses que la police a faites, c'est organiser des tests massifs dans la communauté locale. Personne ne correspondait au profil qu'on avait, donc ça ne suffisait pas. KEVIN Quelqu'un de l'équipe a parlé de ce qu'on appelle "l'ADN familial", c’est-à-dire qu'on cherche une correspondance approximative, avant d'affiner à un parent de cette personne. ANGELA GALLOP Il pouvait y avoir quelqu'un, dans la base de données, qui était apparenté à celui qui avait laissé ce sang. KEVIN Finalement, ça a affiné l'enquête autour de seulement 600 profils, dans cette zone.Je me suis dit : "Attendez, on va l'avoir. 600 ? On va l'avoir."Là, on s'est concentrés sur la comparaison de l'ADN avec des individus précis. Et on est tombés sur une famille. Dont l'ADN correspondait presque parfaitement. ANGELA GALLOP L'un de ces profils se distinguait très nettement des autres. On était très près de celui de l'Homme Cellophane. KEVIN Un délinquant juvénile de 14 ans.Je me suis dit "Mais qu'est-ce qui se passe ?"Ce n'était clairement pas lui, le meurtrier. ANGELA GALLOP La police s'est penchée sur sa famille. D'abord, sur la mère du jeune garçon, mais ce n'était pas elle. Et puis elle a regardé le profil du père. BRENT PARRY On a interrogé cet homme et prélevé son ADN. ANGELA GALLOP C'était proche. Très proche. Mais pas exactement ça. KEVIN On est tout en haut et l'instant, on est tout en bas. C'est vraiment les montagnes russes. BRENT PARRY Et puis on nous a parlé d'un membre de cette famille qui avait coupé les ponts avec tout le monde. Un oncle.On a voulu retrouver sa trace, pour prélever son ADN.Il se terrait dans un petit village à une vingtaine de kilomètres de Cardiff. Avec peu de contacts avec sa famille. Il vivait en ermite.Il s'appelait Jeffrey Gafoor. BRENT PARRY Deux policiers sont allés lui parler. Quand ils lui ont demandé son ADN, il a accepté le prélèvement, mais il a tenu à préciser qu'il avait eu des rapports sexuels avec Lynette White quelques jours avant le meurtre.Là, ça nous a fait tiquer.Les policiers sont revenus avec l'échantillon ADN. On a fait faire les tests en urgence. Je crois qu'on estimait, à ce moment-là, qu'on avait une piste très prometteuse. ANGELA GALLOP Dès que j'ai eu l'information de la part du labo, ma première réaction, bien sûr, a été d'appeler Brent Parry et de le prévenir. BRENT PARRY J'ai eu le coup de fil : ça correspondait à 100%. C'était le même ADN. On avait le meurtrier. C'était énorme. On tenait le meurtrier de Lynette White. KEVIN Il y a eu un immense soulagement. On s'est dit "On le tient". Tout de suite, j'ai pensé à l'étape suivante : "On l'a. Maintenant, comment le faire condamner ? Comment s'assurer qu'on a un dossier solide, qui ira jusqu'au bout ?" BRENT PARRY On allait l'arrêter le mardi matin, donc on a envoyé une équipe de surveillance, dès le vendredi après-midi, pour le suivre, avant même qu'il ne quitte son travail. KEVIN Il était tard, quand je suis rentré chez moi. J'en ai parlé à ma femme, j'ai sorti une bouteille de vin et on s'est assis. J'avais ce sentiment très agréable : "On a réussi." BRENT PARRY Je suis rentré chez moi, ce soir-là, et peu après, j'ai reçu un coup de fil de l'équipe de surveillance. On m'a dit que Jeffrey Gafoor avait fait le tour de plusieurs pharmacies et qu'il avait acheté du paracétamol. Là, ça nous a alarmés. KEVIN Je me souviens avoir dit : "Soit il a une grosse migraine, soit il va faire une grosse bêtise." BRENT PARRY La décision a été prise d'envoyer l'équipe de surveillance chez lui. Et il n'a pas répondu. KEVIN J'ai dit "Il faut envoyer l'équipe d'intervention." BRENT PARRY Ils ont forcé la porte.Et l'ont trouvé à l'intérieur. KEVIN Clairement, Jeffrey Gafoor tentait de faire une overdose. Mais nous, on était déterminés à l'empêcher d'échapper à la justice. Il l'avait déjà fait. Pas question que ça se reproduise.Une ambulance a été appelée et Jeffrey Gafoor a été conduit à l'hôpital. Et on m'a dit qu'il avait avoué aux ambulanciers sa responsabilité dans la mort de Lynette White. BRENT PARRY Il a dit qu'il attendait ça depuis 15 ans. Et qu'il méritait d'être condamné. JOHN WILLIAMS Je vivais à Cardiff quand l'affaire a enfin été résolue. C'était extraordinaire d'entendre aux informations locales qu'un homme avait enfin été arrêté, grâce à une analyse ADN. TONY PARIS Un jour, je marchais dans la rue, j'allais faire des courses, quand un jeune du quartier m'a appelé, en tenant un journal. Il a dit "Ils l'ont eu, Tony, ils l'ont eu !" KERVIN JULIEN Et quand on a vu sa photo, c'était exactement le portrait-robot qui avait été diffusé 15 ans plus tôt. BRENT PARRY Il est sorti de l'hôpital et on a pu le conduire directement au poste de police. KEVIN J'avais bon espoir qu'après être passé aux aveux, il allait accepter la responsabilité de ses actes, c’est-à-dire le crime et les souffrances que les autres avaient endurées. KEVIN On était sûrs et certains de faire condamner Gafoor. Le dossier était en béton. Les preuves étaient accablantes et irréfutables. HOMME TÉLÉ HOMME Les policiers ont enfin réparé une terrible injustice – l'incarcération de trois innocents – en mettant le véritable meurtrier, Jeffrey Gafoor, derrière les barreaux. ROSIE PARIS Mon dieu, ça a été…Doux Jésus. Je n'aurais pas cru pouvoir pleurer autant. Je n'avais jamais ressenti ça. Jamais. On avait eu gain de cause. TONY PARIS C'est un sentiment indescriptible. Enfin, tout le monde – sauf ceux qui sont nés sur Mars – savait que ça n'avait rien à voir avec nous, comme on l'avait toujours dit. C'était lui ! CHRISTINE SHELLEY Je me souviens l'avoir vu aux infos. Ils ont montré la photo de Gafoor.Il avait l'air très froid. J'ai regardé ses yeux, sur l'écran, et je me suis demandé comment il avait pu garder ce secret si longtemps.Et j'ai eu de la peine pour les hommes condamnés à tort. RASHID WAHIBI OMAR Ça a été un moment doux-amer, D'un côté, j'étais heureux, mais de l'autre, j'étais amer, parce qu'il avait pris la vie de Lynette. J'étais toujours en colère à cause de sa mort.Et à cause de toutes les vies que ce type avait gâchées. Parce que Gafoor a vraiment gâché des vies. KYRA WHITE Les mots ne peuvent pas exprimer ce que la mort de Lynette a fait à notre famille. Et la douleur qui est la nôtre depuis 15 ans. Elle nous manque chaque jour. BRENT PARRY Après avoir tout analysé, il ne fait plus aucun doute que Jeffrey Gafoor est le seul responsable du meurtre de Lynette White. Personne d'autre n'est impliqué. C'était Jeffrey Gafoor. Lui, et lui seul. KEVIN Même après l'arrestation de Jeffrey Gafoor et sa condamnation, il y avait encore des gens, au sein de la police de Cardiff, mais pas que, persuadés de la culpabilité de ceux qui avaient été arrêtés, à l'époque. Alors qu'on avait coffré le meurtrier, un inspecteur est venu me dire "Bien joué, Kev. Beau boulot. Mais les Actie étaient dans le coup, non ?" JOHN ACTIE La police n'en avait rien à faire. Elle savait qu'on n'avait rien fait, mais elle voulait que les gens croient que c'était nous. MARILYN BISHOP Quand j'ai entendu que des policiers avaient été mis en examen pour leur rôle dans le recueil des preuves et des dépositions et l'interrogatoire de Stephen Miller, j'ai pensé que la justice pouvait être rendue. JOHN ACTIE J'étais content qu'ils arrêtent ces flics. Les avocats nous ont dit qu'ils avaient des preuves inimaginables. En les regardant, on se disait "Bon sang de bonsoir…" HOMME TÉLÉ Voici Jeffrey Gafoor. Il a avoué le meurtre de Lynette White, dans son appartement de Cardiff, en 1988. Mais au cours des 15 années écoulées, la police a arrêté et fait condamner à tort trois autres hommes. Huit enquêteurs sont mis en accusation pour association en vue de fabriquer et de falsifier des preuves contre des innocents. MARILYN BISHOP Quand j'ai entendu que les policiers étaient mis en accusation et qu'il allait y avoir un procès, j'ai pensé que justice serait rendue. TONY PARIS Il y avait plusieurs accusations contre les policiers et puis, on est allés au procès à Swansea pour témoigner contre eux. JOHN ACTIE J'étais traumatisé et là, ça m'a re-traumatisé de revivre tout ça encore une fois. HOMME TÉLÉ La ligne de défense des policiers, devant le tribunal, a été que le meurtre de Lynette White n'était peut-être pas l'œuvre d'un seul homme. JOHN WILLIAMS Alors que Jeffrey Gafoor avait avoué le meurtre, il restait certaines personnes, dans la police, qui avaient participé à l'enquête d'origine, qui refusaient d'accepter cette réalité. TONY PARIS C'est comme si j'étais à nouveau en procès. Alors que j'étais censé être un témoin. JOHN ACTIE On a eu droit à des contre-interrogatoires pour savoir si on avait été là, dans l'appartement. Comment c'est possible ? HOMME TÉLÉ Aujourd'hui, l'avocat de l'un des inspecteurs a demandé plusieurs fois à Gafoor, condamné pour le meurtre, s'il avait subi des pressions pour ne pas parler de complices. Il a dit au tribunal qu'il était le seul coupable du meurtre. JOHN ACTIE Leurs avocats disaient qu'on était là, avec Gafoor. Non mais franchement ! TONY PARIS J'ai dit "John, ce qu'ils ont fait est une évidence. Tout le pays sait ce qu'ils nous ont fait. Comment pourraient-ils ne pas être condamnés ?" JOHN ACTIE Je savais que, quoi qu'il arrive, les flics allaient pas être condamnés. Quoi qu'il arrive. Ils allaient s'en sortir. Et c'est ce qui s'est passé. TONY PARIS Il y a eu tout un binz sur une déposition que John Actie aurait faite et qu'ils n'arrivaient plus à retrouver. C'était débile. Ça me fait mal au crâne rien que d'y penser. HOMME TÉLÉ Le dossier contre les officiers ne tient plus, car ils auraient, eux aussi, été victimes d'une erreur de procédure : en effet, la défense n'aurait pas reçu les documents nécessaires. JOHN ACTIE Ils ont perdu des papiers. Affaire classée. Et voilà. TONY PARIS Toutes les charges qui pesaient contre eux ont été abandonnées. Fin du procès. HOMME TÉLÉ Le procureur a jeté l'éponge. Les accusés sont repartis libres. Des millions de livres ont été dépensées. Et le plus gros procès de corruption policière, depuis des décennies, n'est jamais arrivé devant un jury susceptible de prononcer un verdict. MARILYN BISHOP Le procès s'est arrêté parce que le procureur avait perdu des pièces à conviction qui, après le classement de l'affaire, ont été retrouvées ! HOMME TÉLÉ En fin d'après-midi, la Commission des Enquêtes Internes a annoncé que les documents, annoncés comme détruits, avaient refait surface dans les locaux de la police de Galles du Sud. STEPHEN MILLER Au début, j'ai eu un peu d'espoir dans le système judiciaire britannique. J'avais l'espoir qu'il se passe quelque chose. Que quelqu'un écoute. Mais là, c'est kaput. J'ai plus confiance. Plus du tout. JOHN ACTIE J'étais pas un saint. J'ai jamais été un saint avec un casier judiciaire vierge. Je tiens à le dire. Mais là, la police a bousillé ma vie. Et bousillé la vie de ma famille. KERVIN JULIEN Il ne fait aucun doute que ce qui est arrivé aux Cinq de Cardiff1 s'explique par leur identité, la couleur de leur peau et leur quartier d'origine. Ça aurait pu se passer ailleurs. Mais non. Ça s'est passé ici, à Butetown. MICHAEL MANSFIELD Le souvenir de Lynette White devrait marquer tout le monde. Cette affaire ne s'est pas déroulée au 19ème ou au 18ème siècle. Mais au 20ème siècle. Avec des répercussions au 21ème siècle. C'est de l'histoire contemporaine. Pas du passé. MARILYN BISHOP Deux des accusés d'origine sont morts depuis, prématurément. Et les trois survivants ont tous de graves problèmes de santé. Ils sont marqués à vie. Et ça fait 30 ans que ça dure. C'est sans fin. TONY PARIS Ils m'ont enfermé. Ils veulent que les gens croient que j'étais impliqué là-dedans, que j'ai fait de la prison pour ça. Et ça a tué mon père. TONY PARIS Mon père, c'était tout pour moi. On était comme des frères. Pour moi, il est mort d'avoir eu le cœur brisé. C'est aussi simple que ça. JOHN ACTIE Trente ans plus tard, je suis en colère. Brisé. Toujours traumatisé. Je serai toujours en colère pour ce qu'on m'a fait, la manière dont on m'a traité et dont ils s'en sont sorti, sans aucune peine. Alors oui, depuis tout ce temps, je suis amer. Et je le suis encore. Je serai amer jusqu'à la fin de mes jours. JOHN WILLIAMS Il y a eu tellement d'injustice, dans toute cette histoire, qu'on risque de perdre de vue que la principale victime, dans cette affaire, c'est Lynette White elle-même. CHRISTINE SHELLEY Voilà comment je me souviens d'elle. Avec ses fossettes. Ses taches de rousseur. Et ses cheveux courts frisés. La pauvre. Une jolie fille, avec toute la vie devant elle. Fauchée en pleine jeunesse. Une vie perdue. --------------- ------------------------------------------------------------ --------------- ------------------------------------------------------------