AMANDA AMY BELLE BEVERLY BO DUNCAN ELIZABETH EVE FEMME_1 FEMME_BLONDE FEMME_CHIGNON FEMME_CRECHE FRANK GLORIA HARLEY HOLLY KATIE KATIE_NARRATRICE KAYLA_1 KAYLA_2 MARY PASTEUR RUBY RYDER SARAH SHAKEARA SHANNON STEPHANIE TOUTES KATIE NARRATRICE En 2008, une violente agression a changé ma vie. Depuis, j'ai décidé de m’engager pour la réhabilitation des détenus. Aujourd’hui, je suis bénévole dans plusieurs prisons du Royaume-Uni et j’ai découvert à quel point le milieu carcéral affecte les femmes et les enfants. Notre équipe est allée enquêter aux États-Unis, pays qui compte le plus de femmes incarcérées au monde. Outre atlantique, une détenue sur 25 est enceinte. Découvrons comment ces mères sont traitées derrière les barreaux… MARY La prison ne permet aucune réinsertion. KATIE NARRATRICE … Que ce soit dans les prisons les plus strictes… KATIE Les mères ne sont pas autorisées à garder leurs bébés ici ? DUNCAN Non. KATIE NARRATRICE … qui retirent les nouveau-nés à peine quelques heures après l’accouchement… SHAKEARA Quand je vais devoir quitter la pièce sans mon bébé, je vais m’effondrer. DUNCAN On l’entendait hurler jusque dans le couloir. KATIE NARRATRICE … ou bien dans des établissements plus conciliants. FRANK [ cf. ] Ça n’apporte rien à personne d’enfermer ces gens pour de bon. KATIE NARRATRICE Je vais rencontrer ceux qui souhaitent changer les choses… AMY L’idéal, ce serait qu’aucun enfant ne naisse en prison. KATIE NARRATRICE … et les premiers touchés par cette situation. AMANDA [cf. ] Je m’en veux, parce qu’elle a besoin de moi. EVE J’ai pleuré sans m’arrêter, je lui ai donné tout mon amour. KATIE NARRATRICE Voyons ce que nous pouvons apprendre du système pénitentiaire et de ses différentes manières de traiter les mères et leurs enfants. KATIE C’est le moment de la journée où j’envoie un message à toute ma famille. Je garde contact avec ma mère via WhatsApp. Je lui parle tous les jours, sans exception. Je suis très proche d’elle, ça a toujours été le cas. Je lui demande si son rhume est guéri, s’il pleut chez elle… Rien de bien palpitant, mais ça me fait plaisir de discuter avec elle et d’oublier la distance. KATIE NARRATRICE Je me trouve dans une région surnommée la « Bible belt ». Dans ces États du sud, près des trois quarts des adultes se considèrent chrétiens. Aujourd’hui, je me rends dans une prison d’un comté de la Géorgie. KATIE J’ai de nouvelles expériences qui m’attendent. Comme je suis dans une zone très chrétienne, je suis curieuse de voir si la religion est aussi présente dans la vie des détenues de cet établissement. Je me demande ce que ressentent les mères qui sont derrière les barreaux alors que leurs enfants grandissent dans le monde extérieur. KATIE NARRATRICE Je suis en route pour la prison du comté de Muscogee, qui compte environ 100 femmes incarcérées. 80 % d’entre elles sont mères. KATIE Bonjour ! STEPHANIE Vous allez bien ? KATIE Oui, Katie. STEPHANIE Stephanie, enchantée. KATIE Moi de même. STEPHANIE Bienvenue dans notre établissement. Vous allez passer par la sécurité. KATIE Oui. STEPHANIE On doit s’assurer que vous n’avez rien sur vous. KATIE Bien sûr. STEPHANIE Vous pouvez poser votre sac ? KATIE NARRATRICE L’adjointe du shérif Stephanie Culberson sera ma guide dans cette prison. STEPHANIE Ici, vous êtes dans une maison d’arrêt. C’est un type de prison qui accueille les accusés en attendant leur jugement. La majorité de nos détenus n’ont pas été condamnés. KATIE On est dans les limbes. STEPHANIE C’est ça, ils sont dans l’incertitude. Dans d’autres types de prison, ils savent pour combien de temps ils seront incarcérés et ils connaissent leur date de sortie, mais ici, ce n’est pas le cas. KATIE J’imagine qu’il y a une énorme frustration derrières ces portes. STEPHANIE Oui, absolument. KATIE NARRATRICE Au cours de mon voyage, j’ai rencontré des mères séparées de leurs enfants en l’attente de leur procès. Mais aujourd’hui, j’aimerais en apprendre plus sur leur vie quotidienne derrière les barreaux. Stephanie me conduit à la laverie pour rencontrer quelques détenues. BEVERLY Tenez. KATIE C’est pour quoi faire ? BEVERLY C’est une question d’hygiène, parce qu’on trouve de tout ici. KATIE C’est pour vous protéger de la saleté ? BEVERLY Dans la mesure du possible. KATIE NARRATRICE Beverly, âgée de 41 ans et mère de quatre enfants, est ici depuis deux mois. KATIE Ce sont les vêtements de tout le monde ? BEVERLY Oui, des hommes comme des femmes. On commence à sept heures et on travaille du lundi au vendredi. KATIE Vous pouvez discuter, c’est un peu plus stimulant. BEVERLY Ça nous occupe l’esprit, surtout quand on est mère. On ne passe pas notre temps à penser à nos enfants, ça nous donne une activité productive à faire de nos journées. Travailler à la laverie, c’est la classe, ici. Vous voulez essayer ? KATIE Oui, pourquoi pas. BEVERLY On prend le pantalon… on le plie… puis une deuxième fois. KATIE D’accord. BEVERLY Le mien ressemble pas à grand-chose. KATIE Je plie ? BEVERLY Regardez, boum, boum. KATIE Je fais partie de l’équipe ! BEVERLY Vous vous en êtes mieux sortie que moi. J’ai déjà travaillé dans cette laverie pendant un autre séjour ici. Elle n’a plus de secret pour moi. KATIE Vous avez déjà été incarcérée ? BEVERLY Oui, deux fois en Alabama, deux fois en Géorgie, et plusieurs fois en maison d’arrêt. J’entre et je sors… de la vie de mes deux aînés, et j’ai eu mon troisième enfant en prison. J’ai passé quatre, cinq ans sans avoir de problème. Mais j’ai eu de nouveaux ennuis à cause de ma prise de Xanax. KATIE D’accord. BEVERLY Amanda va vous parler du processus d’admission carcéral. KATIE Très bien. AMANDA Quand on arrive en prison… KATIE Oui. AMANDA …On nous donne un sac comme ça. Il contient tout ce dont on a besoin, comme la combinaison. KATIE Ça vous fait quoi, de porter cette combinaison ? AMANDA Eh bien… évidemment, je ne suis pas ravie d’en porter une, je préférerais être en liberté avec mes enfants. KATIE NARRATRICE Lorsqu’une femme est admise en prison, elle subit une fouille au corps. Amanda était enceinte, à l’époque. AMANDA Le personnel de l’établissement dans lequel j’étais pendant ma grossesse m’a dit de me pencher, de m’accroupir et de tousser. KATIE C’est pas vrai. AMANDA J’ai failli me faire dessus, le bébé m’appuyait sur la vessie. KATIE Oui. AMANDA Et bien sûr, j’ai eu une montée de lait, j’ai dû mettre des coussinets d’allaitement. KATIE Je vois. AMANDA J’en aurais mis partout, sinon. On n’a pas vraiment tout ce dont on a besoin quand on est enceinte ici, ils ne nous aident pas beaucoup à ce niveau-là. Par contre, ils s’assurent qu’on aille à tous nos rendez-vous médicaux. KATIE C’était super, merci ! Selon vous, la prison est plus dure pour les mères ? STEPHANIE Oui, parce qu’elles doivent se montrer fortes non seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs enfants. Selon la raison qui les amène ici, si elles ont des problèmes de drogue par exemple, elles n’ont pas forcément les capacités ou l’état d’esprit nécessaire pour être un bon parent. Elles n’agissent pas comme une mère le devrait. KATIE Oui. STEPHANIE Parfois, elles ont besoin d’aide. KATIE Comment pouvez-vous les aider ? STEPHANIE Pour être honnête, on ne peut rien faire. On ne peut pas aller au-delà de ce qui nous est autorisé. On doit poser des limites avec les détenues en tant que surveillants. KATIE NARRATRICE Beverly et Amanda ont terminé leur travail à la laverie et m’ont invitée à les rejoindre. Elles souhaitent me raconter leur histoire. BEVERLY J’ai été incarcérée pendant ma grossesse, puis j’ai eu mon bébé en prison. J’étais enfermée et j’avais le droit de passer une heure par jour avec lui. KATIE D’accord. BEVERLY C’était vraiment l’enfer. Ça a duré quatre jours. KATIE Qui a recueilli votre enfant ? BEVERLY Ma mère. KATIE Qu’avez-vous ressenti ? Quand on accouche, avec les hormones, on est forcément très émotives. BEVERLY C’est l’une des choses les plus dures que j’aie eue à faire. KATIE C’était votre téléphone ? Non, aucun problème. Alors vous avez le droit à un portable ? AMANDA Oui, mais c’est le genre d’appareil avec lequel on peut seulement envoyer des messages. Vous voyez, là par exemple, je discute avec ma mère. KATIE Ça doit vous soulager. AMANDA Oui. Surtout en ce moment, parce qu’il y a eu quelques soucis. J’ai découvert… il y a deux jours que ma fille de deux ans s’est étouffée avec un bout de plastique. Elle a fait un pneumothorax, elle a dû être emmenée à l’hôpital. KATIE Quelle horreur. AMANDA Sous aide respiratoire. KATIE Je suis désolée. AMANDA Donc… Je risque de plus jamais la revoir, et je peux pas… BEVERLY Ne dis pas ça. AMANDA Je sais, mais je m’en veux, parce qu’elle a besoin de moi plus que jamais et je ne peux pas être là pour elle. KATIE C’est difficile. AMANDA Oui. KATIE Notre instinct maternel nous pousse à les protéger. AMANDA Oui. KATIE Bien sûr. Vous avez le droit de sortir pour lui rendre visite, parfois ? AMANDA Non. Mais le soutien que la prison m’a apporté m’a quand même beaucoup touchée. Le prêtre est tout de suite venu me voir et on a prié ensemble. Ça m’a un peu apaisée. Je dois me convaincre que Dieu a ma fille entre ses mains, sinon, je n’arriverai pas à tenir le coup. KATIE Vous voulez bien me dire pourquoi vous êtes là ? AMANDA Jusqu’ici, à chaque fois que j’ai été incarcérée, c’était à cause de la drogue. Ma mère était toxicomane, et je me suis toujours répété que je ne deviendrai jamais comme elle. Mais malheureusement, ça se transmet de génération en génération. J’espère faire une cure de désintoxication pour briser ce cercle vicieux, parce que mes enfants ont besoin de moi. BEVERLY Il y a un centre spécialisé en Alabama qui s’appelle le Lovelady, et on peut y emmener ses enfants. AMANDA Il est très religieux. BEVERLY J’ai essayé d’y être admise avec mes enfants avant d’atterrir ici. Mais ce n’est pas si facile qu’on le croit. On n’y entre pas comme on veut. Ils n’ouvrent pas leurs portes à n’importe qui. KATIE Je vois. AMANDA Je pense qu’on devrait intégrer un programme pour faire un travail sur nous-mêmes. C’est ce qui aurait dû se passer au lieu de venir ici. KATIE Ce qu’Amanda est en train de vivre me fait beaucoup de peine. Elle est coincée en prison tout en sachant que sa fille est aux soins intensifs sous aide respiratoire. Je commence à bien connaître ce genre d’histoire, maintenant. Ces personnes naissent dans la drogue et quoi qu’elles fassent, elles ne réussissent pas à briser ce cercle vicieux. Même quand elles deviennent mères, elles n’y arrivent pas. Courage. BEVERLY Merci beaucoup. KATIE La prison a des répercussions sur leur santé mentale et en plus de ça, leur famille et leurs enfants leur manquent. C’est très compliqué. KATIE NARRATRICE C’est mon deuxième jour dans la Bible belt. Beverly, que j’ai rencontrée à la prison du comté de Muscogee, a mentionné un centre de réhabilitation, le Lovelady. Il ne se trouve qu’à quelques heures de route, à Birmingham, en Alabama. Je vais donc traverser la frontière de l’État pour découvrir cet établissement. KATIE Une nouvelle journée commence, il est 7 h 30. Je suis en route vers le centre Lovelady. C’est un organisme chrétien à but non lucratif. Je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre, mais c’est ça, qui me plaît. KATIE NARRATRICE Le centre Lovelady est géré par une association caritative chrétienne. Le programme qu’il propose est une alternative à la prison pour les femmes souffrant d’une addiction. BO Merci à toutes. Bonjour. TOUTES Bonjour ! KATIE NARRATRICE La moitié de ces femmes sont ici sur ordre du tribunal. C’est un juge ou un conseiller pénitentiaire qui leur a demandé de venir dans ce centre plutôt qu’en prison. Et ici, elles sont autorisées à amener leurs enfants. BO Merci Seigneur d’avoir conduit ces femmes ici. Amen. TOUTES Amen. KATIE NARRATRICE Je vais rencontrer Frank Long, qui se charge de lever des fonds pour le centre. KATIE Bonjour ! FRANK Frank Long. KATIE Enchantée. FRANK Moi de même. KATIE Je n’ai jamais vu un établissement pareil. FRANK Oui, en vérité, il est assez unique. C’est le plus grand centre de réadaptation addictologique sur le long terme du pays. À ce jour, il compte 425 résidentes, et la moitié de ces femmes sont ici sur ordre du tribunal. Quand il leur reste six à douze mois de peine, elles peuvent finir de la purger ici, avec nous. La plupart des prisons n’offre aucun programme, ou ils sont très limités, surtout dans les États les plus pauvres. Ce sont souvent des endroits violents, sous-financés et surpeuplés. Ça n’apporte rien à personne d’enfermer ces gens pour de bon, il vaut mieux essayer de les mener sur la voie de la réinsertion. KATIE Et comment ça fonctionne, pour les enfants ? Certaines femmes arrivent alors qu’elles sont enceintes ? FRANK Oui, très souvent, elles sont envoyées ici pour leur éviter la prison durant la grossesse. On a des médecins bénévoles, dans notre établissement. On peut se charger de leur acheter des médicaments, par exemple. Notre centre et ses pratiques sont ancrés dans l’enseignement chrétien et la foi en Jésus-Christ. Assister aux réunions comme celle de ce matin est obligatoire. Évidemment, prier ne l’est pas. KATIE Et si ces femmes ne croient pas en un dieu chrétien ? Par exemple, une femme musulmane peut quand même être admise ? FRANK Oui, absolument. On n’est pas là pour essayer de les convertir. Si elles croient en Jésus-Christ, alors tant mieux, sinon, tant pis. KATIE Parlez-moi de vous. Comment vous êtes-vous retrouvé ici ? FRANK J’ai moi-même souffert d’une addiction. KATIE Oh waouh, je ne m’attendais pas à ça. FRANK Je viens d’un milieu aisé. Je pensais que puisque j’avais un bon travail, j’étais trop malin pour tomber dans l’alcoolisme ou l’addiction. Mais j’ai appris à mes dépends que ce n’était pas le cas. Ça ne change rien. Si un endroit pareil avait existé pour les hommes, j’aurais aimé y aller, à l’époque. KATIE Je vois. Vous me faites visiter ? FRANK Bien sûr. KATIE NARRATRICE Le centre Lovelady a été créé en 2004 par Brenda Lovelady et sa fille Melinda. Lorsqu’elles ont lancé ce programme, elles accueillaient les détenues directement chez elles. Quand la demande a augmenté, elles ont décidé d’installer le centre dans cet ancien hôpital. FRANK On accueille de nouvelles personnes tous les jours. Si on refuse une candidate, c’est seulement si elle a besoin d’un suivi psychologique poussé ou d’une cure de désintoxication, parce que nous n’avons pas de vocation médicale. KATIE C’est la liste d’attente ? FRANK Exactement, et elle ne compte jamais moins de 200 candidatures. À l’heure actuelle, on est complet, donc on ne peut plus accueillir qui que ce soit. Mais si on arrive à leur trouver une place, on peut faire des exceptions. KATIE NARRATRICE Pour être admise et rester dans le programme, il faut se soumettre à des tests de dépistage de drogue réguliers et imprévus. SHANNON Bien, donc vous faites pipi dans le gobelet et on pourra ensuite voir les résultats. KATIE NARRATRICE Frank m’a laissé un peu d’intimité et a passé le relais à Shannon, qui m’explique la procédure. KATIE Voilà. SHANNON Il faut tirer la languette. KATIE D’accord. Ah oui, c’est instantané. SHANNON C’est ça. KATIE C’est pratique. SHANNON Là, on dépiste les amphétamines, les benzodiazépines comme le Xanax, la méthamphétamine, le fentanyl et le tramadol. Vos résultats sont tous négatifs. KATIE Ouf. SHANNON Oui. KATIE J’ai quand même eu un peu peur, je vous avoue. SHANNON C’est pareil pour tout le monde. KATIE Je suis clean, j’ai passé tous les examens. KATIE NARRATRICE Le programme comporte cinq phases, toutes destinées à briser un cycle d’addiction et d’incarcération. Une fois le programme terminé, le Lovelady offre un diplôme à ces femmes et un travail rémunéré au sein du centre. KATIE Le bâtiment est interminable. FRANK Il est immense. KATIE NARRATRICE Ici, elles assistent à des cours, ont droit à une psychothérapie, une salle de sport, un cabinet dentaire, et même un salon de coiffure. KATIE Waouh, c’est un vrai salon. FRANK Je vous présente Kayla. KATIE Bonjour ! FRANK Elle travaille ici. KATIE Vous êtes coiffeuse ? KAYLA 1 C’est ça. KATIE Et vous faites aussi partie des résidentes ? KAYLA 1 Oui. KATIE D’accord. Vous vous faites coiffer ? FEMME 1 Oui. KATIE Vous êtes ici depuis longtemps ? FEMME 1 Depuis septembre. KATIE Vous avez déjà été incarcérée ? FEMME 1 Oui, plusieurs fois. KATIE Vous vous plaisez ici ? FEMME 1 Oui, c’est un endroit accueillant. On rencontre des gens qui sont dans la même galère que nous, c’est très important. Ici, on nous chouchoute, on prend soin de nous, c’est agréable. KATIE Et pour la suite ? FEMME 1 Je suis encore un peu dans le flou pour l’instant, et je suis enceinte actuellement. KATIE Ah oui ? FEMME 1 Oui. Ici, on est dans une communauté où on est en sécurité. Je suis entourée de femmes et de personnes en qui je peux avoir confiance. KATIE Oui, c’est une bonne chose. FEMME 1 On adore toutes ce centre. KATIE Oui. Je ne vais pas vous déranger plus longtemps. FEMME 1 Merci. KATIE Merci à vous. KATIE NARRATRICE Le centre collabore avec les principales prisons pour femmes de l’Alabama et plus de 20 établissements dans la Bible belt. J’aimerais comprendre pourquoi ce sont des associations qui aident ces femmes et non l’État. KATIE J’ai l’impression qu’aux États-Unis, elles doivent se débrouiller par elles-mêmes, elles ne peuvent pas compter sur le gouvernement. FRANK C’est vrai. KATIE Tout repose sur les organismes caritatifs et religieux qui veulent bien les aider. Mais si vous n’aviez pas ça… qu’est-ce qui se passerait ? FRANK Il y aurait un grand vide à combler. L’État est incapable de résoudre des problèmes aussi développés que la pauvreté, les sans-abris, la drogue et les violences domestiques. Il est vrai que le gouvernement propose des places dans des centres de désintoxication, mais leur nombre est loin d’être suffisant. Aujourd’hui, je crois qu’il doit y avoir 270 places au total, quelque chose comme ça. Vous avez bien vu notre liste d’attente, on les dépasse largement. On ne fait qu’effleurer la surface. KATIE NARRATRICE Avant de quitter cet établissement, Frank veut me montrer un dernier endroit. FRANK On va passer dans la zone enfant. KATIE Oh, ils sont trop mignons ! FRANK Je crois que la plupart des enfants ont déjà été récupérés, mais il en reste quelques-uns. KATIE Coucou, toi ! Coucou ! T’es minuscule ! FEMME CRECHE On leur apporte un sentiment de sécurité, ils se sentent aimés. C’est à cet âge-là qu’ils développent une confiance ou à l’inverse, une certaine méfiance. KATIE Oui. KATIE NARRATRICE Chance, âgé de dix mois, est né dans le centre Lovelady. KATIE T’es adorable, tu le sais, ça ? FEMME CRECHE Oui, je sais où tu veux aller, toi. KATIE Viens par là ! FEMME CRECHE Un vrai garçon. KATIE Je fais comme toi ? FEMME CRECHE Vous vous êtes fait un copain. KATIE Merci beaucoup. Il est trop mignon, merci de m’avoir laissé le porter. FEMME CRECHE Avec plaisir. KATIE Il est adorable. C’est une crèche comme on en voit partout ailleurs. Ça nous rappelle que ces enfants ne savent rien de leur situation, et que c’est injuste de leur donner un environnement où ils n’ont aucune stabilité et ne reçoivent pas d’amour. C’est une question de justice et d’égalité. Ils méritent d’avoir une chance de s’en sortir, comme tout le monde. Oh, ça m’a rappelé à quel point mes enfants me manquent. Je suis ravie de t’avoir vu, Chance ! Au revoir. Merci pour cette journée, j’ai adoré. FRANK Je vous en prie, c’était un plaisir. KATIE Bonne soirée, au revoir. FEMME CHIGNON Au revoir ! KATIE Ça a été une journée incroyable. Je suis passée de la prison de Muscogee au centre Lovelady, deux mondes complètement opposés. C’est difficile de comparer ces deux établissements, puisque l’un est une prison et l’autre est un centre religieux. Mais les femmes admises au Lovelady semblent recevoir l’aide dont elles ont besoin, et qu’elles n’ont jamais trouvée ailleurs. J’ai été étonnée d’apprendre que c’est à elles de se charger de tout. Elles n’ont aucune aide gouvernementale et pourtant, c’est l’État qui leur impose ces établissements. Le jour où elles se retrouvent à court d’argent, c’est à elles et à leurs familles de trouver les fonds. Je pense que le gouvernement doit faire quelque chose. Coucou ! Oh, t’as mis des oreilles de souris ? C’est joli ! BELLE [TELEPHONE] T’es où ? KATIE Dans la voiture aux États-Unis. T’as vu, il fait jour ici. KATIE NARRATRICE Ce matin, Frank m’a demandé de visiter un magasin caritatif du Lovelady. KATIE Je t’aime. Sois sage avec papa, d’accord ? KATIE NARRATRICE Sans aucun financement de la part de l’État, les deux magasins caritatifs du centre sont d’une importance capitale. KATIE C’est pas vrai, c’est ici ? J’imaginais quelque chose comme une petite friperie locale. Mais on dirait… le magasin d’une grande enseigne. KATIE NARRATRICE Au total, ces boutiques leur rapportent environ 4 millions de dollars par an. Mais ce n’est pas seulement une aide financière. Ils créent aussi des emplois pour les diplômées et membres du programme. ELIZABETH Bonjour. Je m’appelle Elizabeth. KATIE Bonjour, Katie. Enchantée. KATIE NARRATRICE Responsable du magasin et diplômée du centre, Elizabeth sera ma guide. KATIE C’est immense. ELIZABETH Oui, c’est vrai. On a beaucoup de vêtements. KATIE D’où vient votre stock, exactement ? ELIZABETH Tout ce que vous voyez ici, ce sont des dons. Soit on nous les dépose, soit on va les chercher nous-mêmes. KATIE Depuis quand travaillez-vous ici ? ELIZABETH 13 ans. KATIE Ça fait un moment. ELIZABETH Oui. J’ai été admise au centre en 2009 sur ordre du tribunal, j’ai reçu mon diplôme et je suis restée là-bas en tant que membre du personnel. Beaucoup de femmes n’ont jamais travaillé avant, donc on leur inculque une éthique professionnelle pour qu’elles puissent se débrouiller. KATIE Je trouve ce magasin incroyable. J’ai l’impression d’être dans la caverne d’Ali Baba. KATIE NARRATRICE Durant les six à neuf premiers mois, ces femmes ne sont pas rémunérées, car cette période est destinée à les préparer au monde du travail. Une fois le diplôme en poche, elles peuvent alors demander un salaire. KATIE Waouh, donc c’est ici que tout se passe ? ELIZABETH Oui. KATIE C’est une machine bien huilée. ELIZABETH Oui. On transporte beaucoup de choses. Allons de ce côté. KATIE C’est pas vrai, c’était quoi ? ELIZABETH Quoi ? KATIE C’était un oiseau ? ELIZABETH Quoi ? KATIE C’est la dame qui lance les vêtements, je croyais que c’était une chauve-souris ! Je vous ai fait peur ? ELIZABETH Oui ! KATIE NARRATRICE Elizabeth me présente quelques employées du magasin. ELIZABETH Voici Sarah. KATIE Bonjour, Katie. Ravie de vous rencontrer. ELIZABETH Et voici Gloria. GLORIA Bonjour ! KATIE Bonjour, enchantée. ELIZABETH Sarah s’occupe des bijoux et Gloria met les vêtements sur cintres. KATIE Super. Est-ce que le travail a été une étape importante pour vous aider à vous en sortir ? SARAH Oui, bien sûr. Quand on souffre d’une addiction, on ne peut pas garder un emploi stable, alors ça fait du bien de réussir à travailler sur le long terme. GLORIA J’adore bosser ici. KATIE Vous avez des enfants ? GLORIA Oui. KATIE D’accord. GLORIA J’ai une petite fille. Elle s’appelle Symphony. Elle a un an. Elle est née pendant mon séjour au Lovelady. Le centre m’a vraiment épaulée. Ils m’ont emmenée à mes rendez-vous médicaux, ils m’ont donné des couches, des lingettes, tout le nécessaire. KATIE C’est votre seule enfant ? GLORIA J’ai aussi quatre garçons. KATIE D’accord. GLORIA Trois ont été adoptés, ils vivent en Californie. J’essaie de récupérer la garde du dernier, qui a trois ans. KATIE Je vois. GLORIA Quand j’ai eu mes trois premiers, je prenais beaucoup d’héroïne. J’étais à la rue en Californie. Je savais que je ne pouvais pas m’occuper d’eux. C’était impossible. KATIE Et si vous n’aviez pas pu aller au Lovelady ? GLORIA J’enchaînerais encore les séjours en prison, j’imagine. Je n’aurais pas eu Symphony, et je serais encore toxicomane. KATIE Vous croyez que vous et Symphony avez brisé ce cercle vicieux ? GLORIA Oui. KATIE Ce magasin caritatif emploie énormément de femmes, c’est une deuxième chance pour elles. Je trouve ça incroyable. Je ne sais pas si ça a un lien avec le côté religieux de cette organisation. Quoi qu’il en soit, un réseau familial a été créé et il attire beaucoup de gens. Je comprends ce qu’ils ressentent. Je n’ai commencé à aller à l’église et à trouver la foi qu’après mon agression. C’est comme si tout à coup, j’avais perdu ma place, et j’ai dû me tourner vers autre chose pour la retrouver. Cet endroit m’a rappelé mon passé. Pour l’instant, toutes les personnes avec qui j’ai discutées ici étaient croyantes. J’aimerais bien rencontrer quelqu’un qui souhaite avoir les mêmes opportunités, mais qui ne croie pas en Dieu. KATIE NARRATRICE Cette matinée m’a ouvert les yeux. Il est maintenant temps de retourner au centre. KATIE Salut, Frank ! FRANK Bonjour, vous allez bien ? KATIE Oui, merci. FRANK Ravi de vous revoir. KATIE Ça va ? FRANK Très bien. KATIE NARRATRICE Je vais rencontrer deux résidentes enceintes, Harley et Kayla. KATIE Bonjour, je peux entrer ? HARLEY Oui ! KATIE Merci. Oh, elle fait dodo. Elle a l’air tellement paisible. Elle a quel âge ? HARLEY Un an. KATIE Oh, d’accord. HARLEY Je vais avoir de quoi m’occuper. KATIE Oui, c’est sûr. L’accouchement est prévu quand ? HARLEY Le 17. KATIE Ah, super. Votre ventre est encore assez plat, non ? HARLEY Pas vraiment. KAYLA 2 Je serai pareil. KATIE Ah oui, il y a un bébé là-dedans ! Vous avez combien d’enfants, au total ? HARLEY C’est mon quatrième. KATIE D’accord. HARLEY À chacune de mes grossesses, j’étais incarcérée. J’étais enceinte d’elle en prison, et c’était horrible. Et même pour celui-là, je suis restée en maison d’arrêt jusqu’à sept mois de grossesse. KATIE Je vois. HARLEY J’ai failli aller en centre de détention, parce que mon fiancé est décédé et j’ai craqué. KATIE Comment est-il décédé ? HARLEY Dans un accident de voiture. KATIE Mes condoléances. HARLEY Quand j’étais enceinte d’elle… j’étais en probation. Je disais que j’allais mieux, mais c’était un mensonge. J’ai utilisé de la fausse urine lors d’un dépistage, mais elle est tombée dans les toilettes. KATIE D’accord. HARLEY Ensuite, ils m’ont fait une prise de sang. C’est là qu’ils ont trouvé des traces de méthamphétamine, alors j’ai été accusée d’avoir tenté de blesser mon bébé. KAYLA 2 J’ai été accusée de la même chose. Si je ne termine pas ce programme, alors je serai incarcérée pour mise en danger chimique d’un enfant. KATIE Ça veut dire quoi ? HARLEY C’est prendre de la drogue pendant la grossesse. KAYLA 2 Ou vivre dans un milieu où la drogue est présente. KATIE Vous risquez combien de temps de prison ? HARLEY Cinq ans. KATIE Donc c’est le juge qui vous a envoyée ici. Mais vous avez envie d’être là ? HARLEY Oui, absolument. Je n’aurais jamais arrêté la drogue et j’aurais perdu la garde de mon bébé, sinon. Tous mes enfants m’ont été enlevés, à part elle. KATIE Qu’est-ce qui a changé, cette fois-ci ? C’est le fait d’avoir été obligée de venir ici ou autre chose ? HARLEY Je ne peux plus vivre comme ça. KAYLA 2 Ça devient vite pesant. HARLEY Oui. KAYLA 2 J’ai commencé quand j’avais neuf ans. Je me faisais violer par l’homme qui fournissait de la drogue à ma famille. Il abusait de moi, et c’est aussi à cause de lui que j’ai commencé à me droguer. Il disait que si je refusais… il me ferait du mal. Donc j’en ai pris. Je devais avoir 13 ans, et ça a duré jusqu’à ce que quelqu’un me croie enfin. Là, j’ai un bébé dans le ventre, et je n’ai pas pris quoi que ce soit depuis sept mois. KATIE Vous croyez que vous réussirez à rester clean ? KAYLA 2 Oui. KATIE C’est vrai ? KAYLA 2 Oui. Ce bébé est ce que je voulais le plus au monde, et c’est la seule chose qui puisse surpasser mon addiction. HARLEY Je suis toujours en colère contre Dieu. J’avais enfin tout ce que je voulais, et c’est comme s’il m’avait tout pris. KATIE Donc vous doutez de son existence ? HARLEY C’est ça. J’en ai marre qu’on me dise que prier réglera mes problèmes. KATIE Vous n’êtes pas croyante ? HARLEY Je ne sais pas trop. Je n’ai pas vraiment un avis tranché. KATIE Ils respectent ce genre d’opinion, ici ? Non ? HARLEY Enfin, j’ai le droit d’avoir ces opinions, mais je ne peux pas… KAYLA 2 Le faire savoir. HARLEY Je ne peux pas dire à tout le monde que je n’y crois pas. KAYLA 2 Non. HARLEY Je crois en quelque chose, mais pas en Lui. KAYLA 2 Moi, si. Mais ma foi n’est pas très solide. HARLEY Peut-être un jour, mais pas aujourd’hui. On verra comment ça évolue, mais pour l’instant, je n’y crois pas. KATIE Donc on vous a envoyée dans un centre chrétien alors que vous, vous ne partagez pas vraiment les mêmes croyances. Dans ce cas, où devriez-vous aller ? Quel est la meilleure solution pour vous, venir ici ou rester en prison ? HARLEY Venir ici reste la meilleure solution. KATIE Malgré tout ? KAYLA 2 Oui, je suis du même avis. Mais je pense qu’un quart des résidentes font semblant d’aimer cet endroit. KATIE Vous croyez qu’il faut arrêter d’incarcérer les mères ou les femmes enceintes toxicomanes ? Comment peut-on empêcher l’histoire de se répéter pour les générations à venir ? HARLEY Je ne dis pas qu’il ne faut jamais les mettre en prison. Une peine courte peut servir de déclic, parfois. KAYLA 2 Oui, mais les longues peines de prison qu’ils donnent, ce n’est pas une solution. KATIE Ça n’a aucun effet. KAYLA 2 Ça sert seulement à punir nos enfants encore plus. Ce centre, c’est un établissement génial. KATIE Coucou ! KAYLA 2 Elle a l’air perdue. KATIE Elle a la tête du réveil. Vous avez hâte de devenir mère ? KAYLA 2 Oui, bien sûr. J’ai vraiment hâte. Cet endroit a été une bénédiction pour moi. Je suis soulagée qu’on m’ait laissé la chance d’élever ma fille ici plutôt qu’en prison. HARLEY Oui. KATIE Je suis contente pour vous deux. C’est un nouveau chapitre qui commence. Je sais que ça n’a pas dû être facile pour vous de parler de votre passé, mais je pense que ça pourra aider les gens à comprendre qui vous êtes vraiment. KAYLA 2 En ce qui me concerne, si raconter ce que j’ai vécu peut aider quelqu’un, alors ça en vaut la peine. Ça pourrait arriver à n’importe qui. KATIE NARRATRICE C’est mon dernier jour en Alabama. Je m’en vais assister à la messe du dimanche. KATIE Je pense qu’aujourd’hui, je vais voir des choses assez différentes. On est dimanche, c’est le jour du Seigneur pour le centre. J’ai toujours trouvé qu’aller à l’église, ça me remontait le moral. Pour moi, c’est un moment très joyeux. C’est émouvant, mais dans le bon sens du terme. Ça va être sympa. Bonjour ! Vous allez bien ? Bonjour ! KATIE NARRATRICE J’ai hâte de revoir les visages de ceux que j’ai rencontrés cette semaine. KATIE Bonjour, ça va ? FRANK Bien et vous ? Ravi de vous revoir. KATIE Moi aussi. Bonjour ! FEMME 1 Bonjour. KATIE Vous allez bien ? Vos cheveux sont magnifiques. Il y a une super ambiance le dimanche matin ! FRANK Oui, c’est vrai. KATIE D’habitude, le dimanche matin, je mange un bout de brioche et je bois mon café en silence. PASTEUR C’est un honneur pour moi de me tenir à nouveau devant vous. Seigneur, Vous nous avez montré un chemin quand nous pensions qu’il n’y avait aucune issue. Merci pour ce miracle car, quand je regarde chacune d’entre vous, je sais que c’est ce que vous êtes : un miracle. Oui, madame ? Vous serez diplômée le 7 avril ? Remerciez Dieu, vous avez fait du bon travail. FEMME BLONDE C’est comme une sororité, je suis très reconnaissante d’en faire partie. PASTEUR Le Lovelady est une véritable famille. Vous pouvez être fières de vous. RUBY Vous êtes une résidente ? KATIE Pardon ? RUBY Vous êtes une résidente ? KATIE Non, non, je viens du Royaume-Uni. RUBY Vous êtes Britannique ? KATIE Oui. Comment tu t’appelles ? RUBY Ruby. KATIE Ruby ? Moi, c’est Katie. RUBY Je vis ici. KATIE Je vois. Ta mère suit le programme ? D’accord. PASTEUR Je vous présente cette offrande au nom de Jésus. Amen. KATIE NARRATRICE Ruby, neuf ans, vit au centre. Sa mère, qui part travailler au cabinet dentaire, a accepté de me laisser discuter avec elle. KATIE J’ai vu beaucoup de bébés, mais je crois que tu es l’enfant la plus âgée à qui j’ai parlé ici. Tu as presque dix ans, c’est ça ? Oui. Tu grandis. Tu habites ici depuis quand ? RUBY Ça fait quelques mois. Mais c’est pas la première fois. KATIE Et la dernière fois ? RUBY J’étais encore un bébé, et je suis partie quand j’avais trois ans. KATIE Waouh, d’accord, tu as pu voir le monde extérieur. Ça t’a fait quoi, de revenir ? RUBY J’aime bien cet endroit. KATIE Tu sais à quoi sert le centre Lovelady ? Tu es née ici, mais tu comprends pourquoi les gens viennent y vivre ? RUBY Pour trouver de l’aide et arrêter la drogue. KATIE Donc tu sais ce que c’est, la drogue ? RUBY Ma mère en prenait avant, mais plus maintenant. KATIE D’accord. Et… quand on te parle de drogue, ça te fait réfléchir à ton avenir, à ce que tu veux faire ou ne pas faire plus tard ? RUBY Oui, j’en prendrai pas. KATIE Et toi, alors, tu voudrais faire quel métier quand tu seras grande ? RUBY Je veux devenir prof et danseuse. KATIE Ah oui ? Je t’ai vu danser tout à l’heure, tu es très douée. Tu sais combien de temps tu vas rester au centre ? RUBY On s’en va dans quelques jours. KATIE Ah oui ? RUBY Je sais pas si on part pour de bon, ou juste pour quelques années. Peut-être que ma maman devra revenir plus tard. KATIE Je vois. Ça m’a fait plaisir de faire connaissance avec Ruby. C’est la première enfant de cet âge que je vois ici, elle a presque dix ans. Elle a le même âge que ma fille aînée. Elle ne vit pas une enfance classique, c’est sûr. Elle comprend certaines choses que sa mère a pu vivre. Je trouve ça super que le Lovelady soit là pour l’épauler. Elle est née dans cet endroit, elle est chez elle, ici. Je suis soulagée de voir que ce centre est là pour aider les femmes en difficulté, mais cette chance n’est pas donnée à tout le monde. KATIE NARRATRICE S’il existait davantage d’établissements comme celui-ci, plus d’enfants auraient de meilleures chances de s’en sortir, comme Ruby. La foi est au cœur de ce programme. J’aimerais donc discuter avec le pasteur Drake pour savoir s’ils ont envisagé d’accorder une place moins importante à la religion. PASTEUR Entrez, je vous en prie. KATIE Merci. PASTEUR En tant que pasteur, forcément, je me focalise sur la foi en Dieu. KATIE Oui. PASTEUR Mais je crois que notre approche est plus globale que ça, elle comprend d’autres éléments. On ne se cantonne pas seulement à la religion. KATIE Je vois. Les services que vous proposez sont controversés à cause du côté religieux ? PASTEUR Quand le centre n’en était encore qu’à ses débuts, on a décidé qu’on voulait garder cette dimension religieuse au premier plan de notre programme. C’est vrai qu’à cause de ça, on a rencontré quelques difficultés. KATIE Avec le financement, par exemple ? PASTEUR Même si on vit dans une région chrétienne, le système judiciaire maintenait que notre centre n’était pas spécialisé dans la réhabilitation de ces femmes, parce qu’elles ne suivent pas les étapes traditionnelles ici. On a dû continuer sur cette voie et prouver à tout le monde qu’on pouvait y arriver. KATIE Et vous avez des tas de preuves vivantes qui parcourent les couloirs du centre. Les résultats parlent d’eux-mêmes, finalement. PASTEUR Les juges et les tribunaux commencent à réaliser de plus en plus que l’incarcération n’aide pas ces gens et que ce n’est pas la solution. Ils voient comment certains arrivent à s’en sortir. KATIE Pourquoi il n’existe pas plus d’établissement comme celui-là, qui est franchement exceptionnel ? PASTEUR Même si c’est le plus grand centre de ce type qui existe, on n’a fait qu’effleurer la surface pour l’instant. Je prie pour qu’il y ait un établissement comme le nôtre dans chaque ville du pays et même du monde, pourquoi pas. KATIE J’espère que le Lovelady a encore de nombreuses années devant lui, et merci de me l’avoir fait découvrir. PASTEUR Merci à vous. KATIE Avec plaisir. KATIE NARRATRICE Avant de partir, je monte sur le toit pour faire la connaissance de la mère et du petit-frère de Ruby. KATIE Bonjour ! HOLLY Bonjour. KATIE Vous allez bien ? Coucou, Ruby. Tu me présentes ? RUBY Ryder. KATIE Bonjour. HOLLY Et je m’appelle Holly, je suis leur mère. KATIE Enchantée. C’est votre deuxième séjour au Lovelady ? HOLLY Oui, c’est ça. KATIE Ce centre a une grande place dans votre vie. HOLLY Oui. KATIE Vous avez réussi à garder vos deux enfants. HOLLY J’ai fait tout mon possible pour y arriver. J’ai choisi de venir ici plutôt que d’aller en prison. Je fuyais les autorités et j’étais enceinte. Je faisais l’objet de plusieurs mandats, donc j’ai appelé le Lovelady et je les ai suppliés de m’aider, je ne voulais pas accoucher en prison. KATIE Je vois. HOLLY Ils ont accepté de m’accueillir. La première fois, je suis restée un peu plus d’un an, et j’ai accouché de Ruby ici. KATIE Donc s’ils ne vous avaient pas laissé cette chance ou si ce centre n’avait pas existé, Ruby vous aurait été enlevée à la naissance. HOLLY Oui, je serais allée en prison et on m’aurait arraché ma fille après l’accouchement. KATIE Vous n’avez pas eu de mal à accepter le côté religieux du programme ? HOLLY Pour être honnête, j’étais tellement désespérée, je ne voulais surtout pas perdre mes enfants, alors j’étais juste contente de venir ici. KATIE Votre mère est très forte, vous savez ? Ça fait du bien d’être en famille, non ? T’en penses quoi, Ryder ? RYDER Je préfère rester avec maman. KATIE Et ça te plaît de vivre ici ? RYDER Oui. KATIE C’est vrai ? RYDER Parce que maman est là. HOLLY Ah, c’est pour ça. KATIE Je sais que beaucoup de femmes restent au Lovelady, parfois pour toujours. C’est ce que vous comptez faire, ou vous avez d’autres projets ? HOLLY J’aimerais qu’on ait notre chez-nous, j’ai commencé à chercher une maison. KATIE Ils vous laissent le choix ? HOLLY Oui. On a hâte de déménager et de pouvoir vivre dans notre propre maison. RUBY Et j’aurai un grand dressing que je pourrai décorer. HOLLY Exactement. KATIE C’est génial. Vous allez bientôt commencer un nouveau chapitre de votre vie. C’est important pour vous de rester tous ensemble, avec votre mère ? RYDER Oui, à 100 %. RUBY Oui. KATIE D’accord, à 100 %. HOLLY Ils préféreraient vivre avec moi dans une tente que dans un manoir sans moi. KATIE Merci d’avoir accepté de discuter avec moi. HOLLY Je vous en prie. KATIE Ça fait chaud au cœur de voir une famille soudée comme la vôtre et des enfants heureux. C’est génial, et vous le méritez. HOLLY Merci. KATIE Comme beaucoup d’autres femmes que j’ai rencontrées, Holly était à deux doigts de perdre ses enfants et d’aller en prison. Ça me conforte dans l’idée que cet établissement est vraiment incroyable. J’ai une grande admiration pour le travail qu’ils font. Les femmes admises ne sont pas dépendantes du centre pour autant, parce qu’on les pousse à penser à l’avenir et à faire des projets. Les enfants de Holly sont heureux et ont hâte de passer à la suite, parce qu’ils peuvent rester avec leur mère. D’après moi, le centre Lovelady est un endroit unique. Mais c’est dingue que des organisations religieuses comme celle-ci soient forcées d’intervenir et d’agir à la place du gouvernement. Je ne suis pas forcément la mieux placée pour en parler. C’est un sujet controversé. Moi, je suis de confession chrétienne. Alors forcément, je trouve ce centre génial. Mais je comprends pourquoi certaines personnes peuvent trouver des choses à redire sur le côté religieux du Lovelady. Je pense que peu importe nos croyances, ça reste un endroit sûr et rempli d’amour pour ces femmes. Quoi qu’il arrive, c’est une meilleure solution que l’incarcération.