AARON AMAYA AMY AMY_DÉTENUE CONNIE DEANA DETHROW DUNCAN EBONIE ELIZABETH ENFANT_1 FEMME_1 FEMME_2 FIN GARDE JOHNSON KATIE KATIE_NARRATION MACY MARY NATALIE POLET RICHIE SAMANTHA SHAKEARA SUSANNE WARDEN WARDEN_WILLIAMS KATIE NARRATION En 2008, une violente agression a changé ma vie. Depuis, j'ai développé un réel intérêt pour la réhabilitation des détenus. Aujourd'hui, je suis bénévole dans plusieurs prisons du Royaume-Uni et j'ai pu constater comment le milieu carcéral affecte les femmes et les enfants. Dans cette émission, nous nous rendrons aux États-Unis, le pays qui compte le plus de femmes incarcérées au monde. Là-bas, environ une détenue sur 25 est enceinte. Nous verrons comment ces mères sont traitées derrière les barreaux… MARY La prison ne permet aucune réinsertion. KATIE NARRATION … Que ce soit dans les prisons les plus strictes... KATIE Les mères ne sont pas autorisées à garder leurs bébés ici ? DUNCAN Non. KATIE NARRATION … qui retirent les nouveau-nés à peine quelques heures après l'accouchement… SHAKEARA Quand je vais devoir quitter la pièce sans mon bébé, je vais m’effondrer. DUNCAN On l’entendait hurler jusque dans le couloir. KATIE NARRATION … ou bien dans des établissements plus conciliants. KATIE Il y a des bébés et des enfants ? WARDEN Les bébés peuvent rester ici avec leur maman. KATIE NARRATION Je vais rencontrer ceux qui souhaitent changer les choses… AMY L’idéal, ce serait qu’aucun enfant ne naisse en prison. KATIE NARRATION … et les premiers touchés par cette situation. NATALIE Ma mère était là sans être là, comme moi. SAMANTHA On a l’impression que le monde nous a oubliées. Il m’apporte de la joie. KATIE NARRATION Voyons ce que nous pouvons apprendre du système pénitentiaire et de ses différentes manières de traiter les mères et leurs enfants. KATIE Je suis actuellement dans l’Illinois. C’est la première fois que je visite un État du nord. Cette étape du séjour va être très différente. Je vais visiter une prison dont les détenus ont été reconnus coupables et condamnés. Ce projet m’a beaucoup changée. Je suis encore plus passionnée, parce qu’on peut facilement finir derrière les barreaux, d’après moi. J’ai hâte de partir à la rencontre de ces femmes et de voir comment elles vivent leur incarcération. KATIE NARRATION Je me rends à Decatur, à trois heures de route au sud de Chicago. KATIE La région de Decatur est désertique. Il y a très peu d’habitations. Quelqu’un pourrait se faire assassiner dans le coin sans que personne ne s’en aperçoive. La prison dispose d’une crèche. On a tendance à penser que ces deux mots ne sont pas très compatibles, en général. Vous imaginez passer les premières années de votre vie derrière les barreaux, alors que vous n’avez rien fait ? KATIE NARRATION C’est à Decatur que se trouve l’une des deux prisons pour femmes de l’Illinois. KATIE C’est ici. Dès qu’on voit les fils barbelés, on comprend où on met les pieds. KATIE NARRATION Elle peut accueillir environ 700 détenus et possède l’une des neuf crèches pénitentiaires des États-Unis. KATIE Bonjour. Katie. WARDEN Bonjour, je suis la directrice adjointe. KATIE Enchantée. WARDEN On va vous faire signer le registre. GARDE Signez ici. KATIE NARRATION Madame Williams travaille à Decatur depuis plus de 20 ans. C’est elle qui sera ma guide au sein de la prison. KATIE Vous avez des détenus particuliers ici. WARDEN Oui. KATIE Il y a des bébés et des enfants ? WARDEN Oui. Les bébés peuvent rester ici avec leur maman. KATIE Je vois. WARDEN Ils vivent vraiment à leurs côtés. KATIE À quel âge les bébés doivent quitter cet endroit ? WARDEN Ils partent à l’âge de 2 ans. KATIE Quand ils sont un peu plus grands. WARDEN Oui. On essaie de faire en sorte que les mamans gardent un lien avec leurs enfants. KATIE D’accord. KATIE NARRATION Aux États-Unis, près de 2 000 bébés naissent en prison chaque année. La plupart d’entre eux sont retirés à leur mère 24 heures après l’accouchement. Mais cet établissement propose une alternative. WARDEN Ici, on est dans l’aile E. La zone réservée aux mères et aux bébés. KATIE C’est super. WARDEN Oui. DEANA Bonjour, bienvenue dans l’aile E. KATIE Bonjour. DEANA Enchantée. KATIE NARRATION Deana Elmore est l’administratrice des services aux familles. Elle est en charge de l’unité réservée aux mamans et aux bébés. WARDEN Je vais laisser Deana prendre le relais. Elle va vous donner toutes les informations sur ce qu’on a mis en place ici. KATIE NARRATION L’aile E compte actuellement 14 détenues, toutes mères ou enceintes, ainsi qu’un bébé de 8 semaines. DEANA Voici tous les bébés qui sont nés ici. KATIE Waouh, regardez-moi ça. Ces photos sont magnifiques. Il y en a partout. Regardez. Je n’en reviens pas. C’est fou qu’autant de bébés soient nés en prison. DEANA Il y en a eu une centaine. KATIE NARRATION Le programme « Mamans et bébés » a été lancé en 2007 dans le cadre d’une expérimentation audacieuse menée par l’État de l’Illinois. Il vise à permettre aux mères d’élever leurs bébés en prison. DÉTENUE 1 Tu vas perdre, ma grande. Tu vas voir. KATIE NARRATION Le programme se base sur des recherches prouvant l’importance des liens affectifs au cours des deux premières années de la vie d’un enfant. Pour en bénéficier, les femmes doivent être condamnées à une peine inférieure à deux ans de prison et répondre à des critères spécifiques. DEANA On accueille plusieurs bébés ici. On doit s’assurer que les femmes qui viennent là sont en sécurité. KATIE Oui. DEANA Il y a plusieurs facteurs qui entrent en jeu pour intégrer le programme. Les femmes condamnées pour meurtre ou pour des crimes commis à l’égard des enfants ne sont pas acceptées. Mais on s’intéresse aussi à leur santé mentale. On s’assure qu’elles sont stables psychologiquement et capables de s’occuper d’un bébé. Il faut toujours qu’il y ait un tuteur légal d’urgence au cas où l’enfant devrait être retiré à sa mère. KATIE D’accord. Ce sont des critères très stricts, toutes les femmes enceintes ne peuvent pas venir ici. DEANA C’est ça. Et il y a des caméras partout. Un officier surveille les images toutes les 15 minutes. On a toujours un œil sur le bébé, où qu’il soit. KATIE D’accord. KATIE NARRATION Decatur n’a rien à voir avec les prisons que j’ai visitées jusqu’ici. En plus des femmes enceintes et des mères, cette unité accueille également les personnes intervenant auprès de la population carcérale générale, qui se relaient régulièrement pour s’occuper des bébés. Elles fournissent des conseils et des cours d’éducation, ainsi que des séances d’entraînement prénatal et postnatal. FEMME 1 3, 4. FEMME 2 C’est bien. FEMME 1 5, 6. FEMME 2 Allez. KATIE NARRATION Après m’avoir fait visiter les lieux, Deanna me présente Samantha, qui a récemment donné naissance à un bébé du nom d’Auxen. KATIE Bonjour. SAMANTHA Bonjour. KATIE Je suppose que c’est Auxen. SAMANTHA Oui. Auxen Clayton. KATIE Je n’avais jamais entendu ce prénom. SAMANTHA J’aime l’originalité. KATIE Quel âge a-t-il ? SAMANTHA Il va avoir deux mois le 14. KATIE Vous êtes radieuse pour quelqu’un qui a accouché il y a deux mois. SAMANTHA C’est mon quatrième. KATIE Waouh. D’accord. Vous avez vécu votre grossesse ici. C’est votre première incarcération ? SAMANTHA Oui. KATIE Vous n’étiez jamais allée en prison avant. SAMANTHA Non. KATIE Ça doit être effrayant d’être enceinte pendant son premier séjour en prison. SAMANTHA Oui, j’avais peur de ce qui pourrait lui arriver, je suis contente qu’il ait pu rester avec moi. KATIE Je peux vous demander pourquoi vous êtes ici ? SAMANTHA J’ai été arrêtée pour conduite en état d’ivresse. Mais personne n’a été blessé, j’ai heurté un arbre à 100 km/h. KATIE Vous n’avez rien eu ? SAMANTHA Ça m’a amochée, mais je vais mieux maintenant. KATIE Vous étiez à quel stade de grossesse quand vous êtes arrivée ici ? SAMANTHA 3 mois. KATIE Au tout début. SAMANTHA J’ai vécu toute ma grossesse ici. KATIE Ça vous a fait quoi de devoir rester ici tous les deux ? SAMANTHA Au début, j’étais inquiète. Je n’avais pas envie d’être coincée dans une petite pièce toute la journée sans pouvoir bouger. Mais cet endroit rend les choses plus faciles. KATIE Oui. Vous savez, j’ai visité plusieurs prisons dans d’autres États qui ne sont pas équipées de ce genre de crèches. J’ai rencontré des femmes qui sont retournées dans leur cellule et qui ont été séparées de leur bébé dès le lendemain de l’accouchement. Si ça vous était arrivé, que se serait-il passé ? SAMANTHA Je me serais sûrement encore plus renfermée sur moi-même. KATIE D’accord. SAMANTHA Au lieu de m’ouvrir aux autres, je me serais refermée. KATIE Vous aviez peur de ne pas être acceptée ? SAMANTHA Oui. J’avais surtout peur de ne pas créer de lien avec lui. KATIE Vous pensez avoir un lien fort ? SAMANTHA Oh que oui. Si je m’absente, dès que je reviens et qu’il entend ma voix, il commence à me chercher partout et à s’agiter. KATIE Oui. Qu’est-ce que vous allez retenir de tout ça ? Quel souvenir vous allez garder de ces moments ? SAMANTHA Je suis reconnaissante d’avoir eu cette chance, parce que peu de gens y ont droit. KATIE C’est vrai. SAMANTHA Et… En tant que mère, ça me brise le cœur d’être séparée de mes enfants. C’est quelque chose qui vous détruit au quotidien. KATIE Vos autres enfants viennent vous rendre visite ? SAMANTHA Oui. Mais ils habitent à cinq heures et demi de route d’ici, alors c’est compliqué de les faire venir. Ma vie à la maison me manque. Ici, on a l’impression que le monde nous a oubliées. Il m’apporte de la joie. KATIE J’imagine qu’il incarne un lien entre vous et le monde extérieur. SAMANTHA Oui. KATIE Un vrai petit ange. Merci d’avoir discuté avec moi. Vous êtes la première personne avec un nouveau-né que je rencontre ici, dans cette prison. Regardez, il a sorti sa petite main. On dirait une poupée. C’est minuscule. KATIE J’ai passé une bonne matinée. J’ai rencontré Auxen, qui a deux mois. Il est né dans cette prison. Et bizarrement, je n’aurais jamais pensé dire ça dans un tel contexte, mais c’était très beau de voir ce lien incroyable entre la maman et son bébé, ils étaient comblés. D’après ce que j’ai vu pour l’instant, cet endroit a l’air... génial. Mais je ne sais pas grand-chose pour le moment, j’ai encore beaucoup à découvrir. EMPLOYÉE CUISINE À table ! KATIE NARRATION Je me trouve à Decatur, dans l’Illinois. madame Williams me montre comment se déroulent les repas au sein de la prison. KATIE Je sens la nourriture d’ici. WARDEN C’est vrai ? KATIE Bonjour. EMPLOYÉE CUISINE Bonjour. Vous allez bien ? Oh, il y a des brownies ! WARDEN Oui. KATIE NARRATION Les détenues ont droit à trois repas par jour : à 4 heures, 10 heures et 16 heures, par tranches de 20 minutes. KATIE Je peux m’asseoir avec vous ? Merci. C’est comment ? DÉTENUE 2 C’est bon. KATIE Vous avez faim. Je vois ça. C’est quoi ? Du thon et du riz ? MACY De la dinde et du poulet ? KATIE Mystère ! MACY Il ne vaut mieux pas être végétarienne ici. KATIE Vous êtes enceinte, c’est ça ? Vous avez des fringales ? MACY Oui. En général, le repas nous cale bien. KATIE Vous avez le droit de vous plaindre de la nourriture si elle ne vous convient pas ? WARDEN Oui, on reçoit des plaintes. On essaie de travailler là-dessus. KATIE NARRATION Après le repas, je retourne dans l’aile E. En plus d’apporter du soutien aux futures et jeunes mamans, l’unité accueille également les mères dont les enfants viennent leur rendre visite au moins deux fois par mois. KATIE J’espère que je vais pouvoir discuter avec quelques enfants pour qu’ils me fassent part de leur expérience. Ça me permettrait d’avoir une image plus globale de ce qu’ils vivent en étant confrontés au milieu carcéral. KATIE NARRATION Dans l’Illinois, un enfant sur 20 a un parent qui a été incarcéré. Ce programme a pour but de permettre aux mères de passer du temps avec leurs enfants et de renouer un lien avec eux. DEANA Vous voulez rencontrer quelques mamans ? KATIE Avec plaisir. DEANA Il y a trois visites en cours en ce moment même. Venez avec moi, je vais vous les présenter. KATIE NARRATION Je sors pour faire la rencontre d’Ebonie et ses trois enfants : Raynaldo, Rayon et Laparis, qui ont droit à 4 heures de visite maximum. KATIE C’est quoi, ce jeu ? Vous m’expliquez les règles ? EBONIE Vous lui apprenez à jouer ? KATIE Tu veux bien me montrer comment faire ? D’accord. Ça a l’air dur. Je vais essayer. Allez, c’est parti. Oh, non. On va voir si maman y arrive. Waouh ! Bien joué ! Vous avez marqué. EBONIE Oui. Faites attention. Allez-y doucement. KATIE Quel âge avez-vous ? EBONIE 35 ans. J’en aurai 36 en août. KATIE D’accord. Vous êtes encore une jeune femme. Ça a dû être effrayant de venir ici. EBONIE Oui. Au début, j’ai pris de la distance avec mes enfants. Je ne les laissais pas venir me voir ici. Je suis plus cool aujourd’hui. KATIE De quoi aviez-vous peur ? EBONIE Leur réaction. Je ne voulais pas qu’ils gardent ce genre de souvenirs. Mais j’ai fini par accepter. KATIE D’accord. Pour quoi avez-vous été condamnée ? EBONIE Homicide lié à la drogue. KATIE Je vois. EBONIE J’ai vendu de la drogue à quelqu’un. Et une autre personne est morte. KATIE D’accord. Oui. Ça te fait quoi de rendre visite à ta maman ? ENFANT 1 Je suis content. KATIE Ça te fait plaisir ? Tu ressens de la joie au fond de toi ? ENFANT 1 Oui. Ça chatouille. EBONIE Ça chatouille ? KATIE Comment tu te sentirais si tu ne pouvais pas venir ici ? ENFANT 1 Je serais triste. EBONIE C’est tout récent. C’est mieux comme ça. On est plus proches, on peut discuter et jouer. Ça leur change un peu les idées. Je suis ici depuis sept ans, je serai bientôt sortie. C’était dur. Je ne peux pas être présente pour eux. Je n’étais pas là quand ils ont commencé l’école. KATIE Que pensez-vous de cet endroit ? Vous trouvez qu’ils s’y prennent correctement ? EBONIE Le programme me plaît, mais il y a toujours des choses à améliorer. Je pense qu’ils ont fait de leur mieux avec les moyens qu’ils avaient. KATIE Qu’est-ce que ça te fait de savoir ta maman ici ? ENFANT 1 C’est triste. KATIE Ah oui ? Pourquoi ? ENFANT 1 Je sais pas. C’est triste parce qu’elle est pas avec sa famille. KATIE Ça doit être dur pour toi. ENFANT 1 Oui. KATIE Comment tu fais pour surmonter ça ? ENFANT 1 Quand je suis triste, j’aime pas dire aux gens ce qui se passe dans ma tête. KATIE Je comprends. Mais il n’y a pas de quoi avoir honte, c’est normal. EBONIE Je suis prête. Je veux enfin… laisser tout ça derrière moi. KATIE NARRATION C’est formidable que les familles aient l’occasion de passer du temps ensemble. Mais il ne faut pas oublier que cela peut être très difficile pour les enfants de voir leur mère en prison. On peut donc se demander si les exposer à un tel environnement est une bonne solution. KATIE Je trouve ça génial tout ce que vous avez mis en place ici. Mais j’imagine que ça doit aussi susciter des réactions plus mitigées. Il doit y avoir des gens qui s’opposent à ce que vous faites. WARDEN Je pense qu’au début, beaucoup de gens étaient sceptiques. Quand on pense à un enfant en prison, la première chose qu’on se dit, c’est que sa liberté est restreinte et qu’il ne peut pas avoir une vie normale. Mais ce n’est pas comme ça que nous voyons les choses. Ici, nous offrons une chance à l’enfant de rester auprès de sa mère. KATIE Oui. WARDEN Nous voulons qu’ils nouent un lien fort. Le taux de récidive est très bas dans ce cas de figure. Quel est le mieux pour l’enfant : être placé en famille d’accueil, ballotté entre plusieurs foyers et risquer de développer des troubles psychologiques en grandissant ? Ou bien rester auprès de sa mère pour qu’elle s’occupe de lui ? Les membres du personnel sont là pour soutenir ces femmes et les aider à être des parents responsables. KATIE Certaines personnes pensent que la prison doit être une punition. WARDEN C’est vrai. Les gens ont du mal à comprendre, mais il ne faut pas oublier que l’objectif est le même pour tout le monde : s’assurer que l’enfant puisse avoir une vie normale, auprès de sa mère. KATIE NARRATION Avant que la journée ne se termine, je vais rencontrer deux autres mamans. Amy, Polet, et leurs enfants, Amaya, 12 ans, et Aaron, 14 ans, font une dernière partie de Uno avant la fin de leur visite. KATIE Bonjour. Comment allez-vous ? AMY DÉTENUE Bien. KATIE Je m’appelle Katie. C’est un plaisir de vous rencontrer. Vous n’êtes pas tous de la même famille, c’est ça ? AMY DÉTENUE C’est ma fille. KATIE Votre fille, et... POLET Mon fils. KATIE D’accord. Vous vous voyez souvent ? Vous venez ici régulièrement ? POLET Deux fois par mois. AARON Oui. KATIE D’accord. AMY DÉTENUE Ils viennent tous les deux. KATIE Qu’est-ce que ça vous fait de venir ici ? AARON Ça fait du bien. Je peux passer du temps avec ma mère et jouer. KATIE Oui. AMAYA On profite tous ensemble. KATIE J’ai deux enfants, on joue souvent au Uno. AMY DÉTENUE On y joue tout le temps. KATIE Mes filles me battent toujours. AMY DÉTENUE Ces deux-là trichent. C’est vrai. KATIE Ça fait longtemps que vous venez ? AARON Oui. KATIE Il vous reste combien d’années ici ? POLET Quatre ans. KATIE Encore quatre ans, d’accord. Et vous ? AMY DÉTENUE Jusqu’en 2026. KATIE 2026 ? Qu’est-ce que ça vous fait de les voir ? AMY DÉTENUE C’est génial. On peut garder un lien, faire des activités ensemble, discuter, faire les devoirs, ce genre de choses. KATIE Et vous ? Qu’est-ce que vous en pensez ? POLET Quand il est là… Désolée. C’est super, je suis heureuse. Mais... dès qu’il part… ça me rend triste. KATIE Oui. Avec qui tu vis à la maison ? AARON Tout le reste de ma famille. KATIE D’accord. Et ça te plaît ? AARON Pas trop. KATIE Pas trop ? Ils sont sévères ? AARON Non, mais on est nombreux. KATIE Vous trouvez que ces visites vous ont aidés à rester proches ? POLET Oui. Et je l’appelle tous les jours à 8h30, c’est notre truc à nous. KATIE Comment tu te sentirais sans ces visites ? AMAYA Je pense qu’on serait pas aussi proches toutes les deux. KATIE Oui. Et pour vous, si tout ça devait s’arrêter, qu’est-ce que ça changerait ? POLET Je pense que le fait de venir ici… c’était… une bonne chose... parce que... J’ai toujours été là pour lui. Mais j’étais une maman... qui sortait et buvait beaucoup. Je me suis toujours droguée. Alors c’est l’occasion… pour moi d’arrêter. KATIE Oui. POLET Et d’être plus concentrée sur lui. KATIE Je comprends. Venez là. C’est rien. Vous vous en sortez très bien. Vous êtes une super maman. POLET Merci. KATIE Ça va aller. Il triche ! Il en a profité pour regarder les cartes. AARON C’est pas vrai. J’ai confiance. AMY DÉTENUE Il rangeait juste le paquet. KATIE C’était très beau de les voir tous ensemble et d’être témoin de leur complicité. Je n’arrête pas d’oublier que je suis dans une prison. Mais au fond de moi, je ne peux pas m’empêcher d’être un peu triste. Ça doit être dur pour eux. J’imagine que c’est un déchirement de se dire au revoir à la fin de la visite, et de réaliser qu’on passe à côté de plein de choses alors qu’on voudrait être tout le temps avec ses proches. Comme tout le monde le sait, la vie est pleine d’imprévus, et personne ne souhaite être incarcéré. C’est déjà un traumatisme pour les enfants, et je pense que le fait de les priver de leur mère ne fait qu’aggraver la situation. Au revoir. WARDEN Au revoir. KATIE C’est la meilleure solution que j’ai vue jusqu’ici. KATIE NARRATION Je suis rentrée à Chicago hier soir et je m’apprête à visiter le service d’insertion et de probation de Chicago Heights, qui travaille avec la prison de Decatur. KATIE Ça fait un moment que je suis partie. Je suis fatiguée. Mon mari et mes enfants me manquent beaucoup, et je m’en veux un peu d’être loin d’eux. RICHIE Coucou ! KATIE Coucou ! Comment ça va ? RICHIE Plutôt bien. KATIE Quoi de neuf ? RICHIE Rien, on vient de rentrer de la gym. KATIE Elle s’est bien débrouillée ? RICHIE Oui. Elle s’emballe un peu. Elle se prend pour une gymnaste professionnelle. Mais elle s’en sort bien, heureusement ! Comment ça se passe de ton côté ? KATIE Bien. Le programme est un peu différent aujourd’hui, je vais voir le service de probation. Il est dirigé par des femmes pour des femmes. RICHIE Tout le monde a le droit à une seconde chance, pas vrai ? Elles vont peut-être pouvoir se racheter, avec un peu de soutien. KATIE Oui. J’ai le droit à combien de chances avec toi ? RICHIE Je pense qu’une seule suffit. Tu es presque parfaite. KATIE À plus tard, je t’aime. RICHIE Je t’aime, sois prudente. KATIE Bisous ! RICHIE Bisous ! KATIE NARRATION On estime à 3,7 millions le nombre de personnes en liberté conditionnelle aux États-Unis, soit près du double du nombre de personnes incarcérées. Beaucoup de détenues de la prison de Decatur en bénéficieront sûrement. J’aimerais donc comprendre ce que ça implique et quel soutien leur sera apporté. KATIE Bon, je crois que je suis bien arrivée. Je vais entrer et voir ce que cet endroit nous réserve. KATIE NARRATION Les statistiques sur la récidive ne sont pas bonnes. Rien que dans l’Illinois, plus d’un quart des femmes retournent en prison au cours des trois ans suivant leur libération. Ce service de probation tente d’y remédier. JOHNSON Bonjour. KATIE Vous allez bien ? JOHNSON Oui, et vous ? KATIE Très bien, enchantée. Je m’appelle Katie. JOHNSON Officier Johnson, des services pénitentiaires de l’Illinois. KATIE Ravie de vous rencontrer. KATIE NARRATION Le rôle d’un conseiller pénitentiaire consiste à s’assurer que les anciens détenus respectent les conditions fixées lors de leur libération. Cela implique notamment de suivre différents cours et de ne commettre aucune autre infraction. KATIE C’est ici que tout se passe, alors ? JOHNSON C’est ça. Il s’agit d’un programme de réinsertion qui vise à aider les gens à respecter les conditions de leur libération. L’accent peut être mis sur la gestion de la colère, la santé mentale ou la toxicomanie. KATIE Quels genres de crimes ces femmes commettent-elles, en général ? JOHNSON Je dirais des délits mineurs liés à la drogue, des conduites en état d’ivresse. Des vols à l’étalage, souvent des couches ou de la nourriture. KATIE C’est triste, elles essaient de survivre. JOHNSON Il y a aussi des cas de meurtres ou de tentatives de meurtre. Mais notre rôle n’est pas de les juger. On est là pour leur apporter du soutien, quel que soit le crime qu’elles ont commis. KATIE Je ne peux pas m’empêcher de faire des comparaisons avec le Royaume-Uni. Il me semble que chez nous, les conseillers sont en chemise et pas en uniforme, ils ont juste un badge autour du cou. Je vois que vous êtes armée ? JOHNSON Oui. On veut que les gens sachent qu’on fait partie des forces de l’ordre. KATIE Vous avez déjà tiré avec ? JOHNSON Je n’en ai jamais eu besoin, et j’espère que ça n’arrivera jamais. Mais on se rend parfois dans des quartiers un peu sensibles, alors il vaut mieux assurer le coup. KATIE D’accord. JOHNSON Vous voulez visiter l’une de nos maisons de réinsertion pour femmes ? KATIE Oui, avec plaisir. JOHNSON Je vais enfiler mon équipement. KATIE NARRATION La Hardin House est un lieu d’accueil transitoire pour les femmes qui sont sorties de prison mais qui ne sont pas prêtes à retrouver une vie de foyer classique. KATIE On prend votre voiture ? JOHNSON Oui, c’est un véhicule de police. KATIE D’accord, super. JOHNSON Il n’y a pas beaucoup de place. KATIE Comment font les gens plus grands que moi ? JOHNSON Ils passent un trajet très inconfortable. KATIE D’accord. JOHNSON Très bien, commencez par ce pied et glissez-vous à l’intérieur. Posez l’autre pied. Et rentrez l’autre jambe. Voilà. Super. Là, normalement, je vous attache. KATIE D’accord. Ce n’est pas si terrible, parce que je suis petite. Mais les personnes grandes peuvent vraiment rentrer là-dedans ? JOHNSON Oui, c’est juste très étroit et inconfortable. Très bien. C’est bon ? KATIE Oui. Vous pensez que certaines personnes se sentent mieux en prison que dans le monde extérieur ? JOHNSON Les gens qui sortent après avoir été enfermé pendant 40 ou 50 ans n’ont plus d’amis ou de famille, et ils se retrouvent jetés dans un monde dont ils ne connaissent rien, donc je dirais que oui. KATIE Ces femmes ne maîtrisent pas non plus leur rôle de mère. JOHNSON Oui. C’est difficile de savoir comment s’y prendre. Je sais que vous avez hâte de descendre. KATIE J’aimerais bien pouvoir bouger, oui. Merci. C’est beaucoup mieux. C’est ici ? JOHNSON Voici la Hardin House. KATIE NARRATION Les femmes peuvent être envoyées dans cette maison par leur conseiller pénitentiaire pour les aider à prendre un nouveau départ. Elles peuvent rester aussi longtemps qu’elles le souhaitent, à condition de respecter les règles du foyer, qui impliquent de respecter un couvre-feu et faire le ménage. JOHNSON Et voilà. DETHROW Bonjour. JOHNSON Bonjour. Voici l’officier Dethrow. KATIE Katie, enchantée. DETHROW Officier Dethrow, enchantée. KATIE Sacré nom. JOHNSON Entrez. KATIE Dethrow, comme le couloir de la mort ? DETHROW Oui. KATIE NARRATION L’agent Dethrow se rend régulièrement sur place pour prendre des nouvelles des résidentes. DETHROW Je suis accompagnée de madame Connie Jefferson. CONNIE Ravie de vous rencontrer. KATIE Enchantée. KATIE NARRATION Connie est en charge de la maison. KATIE Je peux faire le tour des lieux ? CONNIE Bien sûr. Je vais vous faire visiter. KATIE NARRATION La maison peut accueillir jusqu’à 10 femmes mais aussi des enfants si nécessaire. Certaines mères de la prison de Decatur pourront peut-être s’y installer. CONNIE Je vais vous montrer quelques chambres. KATIE D’accord. C’est chouette. C’est spacieux. CONNIE Oui. Il y a deux femmes par chambre. KATIE Elles peuvent choisir avec qui elles dorment ? CONNIE Ça dépend de la place qu’il y a. On ne peut pas changer de chambre en fonction des affinités. KATIE Je vois. CONNIE Il faut s’entendre avec tout le monde. Ici, il y en a deux autres. Elles se ressemblent beaucoup. KATIE Oui. C’est très rangé. Voilà la liste des corvées. CONNIE Oui. KATIE Je peux rencontrer quelques résidentes ? CONNIE Bien sûr. KATIE NARRATION Sept femmes vivent actuellement dans la maison. KATIE Bonjour. Je m’appelle Katie. Merci de m’accueillir. KATIE NARRATION Chacune d’elles bénéficie d’une aide pour trouver un emploi et reprendre peu à peu une vie normale. KATIE C’est la première fois que je visite un endroit comme celui-ci. J’aimerais entendre vos témoignages. D’abord, je voudrais savoir à quoi ressemble votre vie ici, au quotidien ? ELIZABETH Eh bien… J’ai ma petite routine. Je me lève pour aller au travail, je fais ce que j’ai à faire, et je rentre pour aider à la maison. Ce sont de toutes nouvelles habitudes à prendre. Mais c’est positif. KATIE NARRATION Elizabeth, 34 ans, vit ici depuis deux ans. KATIE Vous avez eu du mal à trouver du travail ? ELIZABETH Non. Le programme mis en place ici nous aide à trouver un emploi et à payer les frais de bus ou ce genre de choses, pour qu’on puisse se rendre au travail. KATIE C’est super. ELIZABETH J’ai appris à rester plus tranquille, à me calmer, et à prendre plus mon temps. SUSANNE La prison a joué un rôle important dans ma vie. J’ai été incarcérée à 15 ans alors que j’étais enceinte de mon fils aîné. Il va avoir 30 ans. Mais cet endroit m’a aidée à aller mieux. KATIE Je vois. SUSANNE La prison et l’addiction vont souvent de pair. KATIE NARRATION Susanne, 46 ans, réside à la Hardin House depuis six mois. SUSANNE Maintenant, je vais mieux. Et je suis déterminée à aller de l’avant. Mais ça m’a pris du temps. J’ai cinq enfants. Depuis que je suis ici, j’ai revu trois d’entre eux. KATIE C’est super. Ils vous rendent visite ? SUSANNE Ils viennent me chercher ici, mais on se retrouve tous chez mon fils. Je suis vraiment heureuse, parce que je n’avais plus de contact avec eux. Le processus de guérison prend beaucoup de place dans ma vie. Je sais que j’ai encore du travail à faire sur moi-même pour aller mieux. KATIE Votre addiction remonte à quand ? SUSANNE J’ai rejoint les Alcooliques Anonymes à 12 ans. KATIE Vous avez donc commencé avant l’âge de 12 ans ? SUSANNE Oui. KATIE Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Comment avez-vous eu le déclic ? SUSANNE J’ai enfin pris conscience que je méritais beaucoup mieux que ce que je subissais. J’ai été victime de violences domestiques. KATIE Les services de probation vous ont soutenue ? SUSANNE Oui, ils m’ont aidée à sortir de cette situation. KATIE Merci pour votre témoignage. Je sais que ce n’est pas toujours évident de partager tout ça. J’ai été ravie de vous rencontrer et de discuter avec vous. C’est super. Merci à vous toutes. RÉSIDENTES Merci. CONNIE Merci beaucoup. KATIE Au revoir. CONNIE Merci, officier Johnson. KATIE Eh bien, quelle journée ! JOHNSON C’est super que vous soyez venue voir comment fonctionne le programme, et quels sont les moyens mis en place pour aider ces femmes à réintégrer la société de façon positive. KATIE Oui, merci beaucoup. Je comprends mieux quel rôle joue le service de probation. Je dois dire que je suis contente de ne pas remonter dans votre voiture. J’aurai plus de place dans la mienne. C’était un plaisir. Au revoir. Quand j’ai visité les différents établissements, même si les détenues étaient pleines de bonnes intentions, je me suis demandé comment elles allaient s’en sortir une fois dehors. Mais cet endroit est une véritable chance pour ces femmes. J’ai hâte de retourner à Decatur demain, maintenant que j’ai vu cette maison et que j’ai compris en quoi consistait le processus de réinsertion. Ça va être intéressant. C’est mon dernier jour à la prison. Après la visite d’hier, je suis contente d’y retourner. Je sais maintenant quels sont les moyens à disposition des détenues et ce qui les attend une fois qu’elles seront libérées. Bonjour. Me revoilà ! WARDEN C’est parti, je vous laisse signer le registre. Mon collègue va s’occuper de vous. KATIE Bonjour. GARDE Bonjour. KATIE Voilà. Merci. WARDEN Super. Maintenant, je vous laisse passer la sécurité. KATIE J’étais un peu nerveuse. WARDEN Vous avez réussi, vous êtes tranquille. KATIE Super. Bonjour ! SAMANTHA Bonjour. KATIE Vous allez bien ? SAMANTHA Oui. KATIE NARRATION Je suis de retour dans l’aile E pour retrouver Samantha et son bébé, Auxen. KATIE Vous avez bien dormi ? SAMANTHA Oui. KATIE C’est l’un des plus beaux bébés que j’aie jamais vus. Il regarde la caméra ! KATIE NARRATION Toutes les nouvelles mamans ont leur propre chambre, qu’elles partagent avec leur bébé. KATIE C’est lumineux. C’est ici qu’il dort ? SAMANTHA Oui. KATIE Il y a une table à langer, super. SAMANTHA Il est filmé en permanence. Comme ça, ils peuvent s’assurer qu’il est toujours là. Ils vérifient toutes les 15 minutes. KATIE Qu’est-ce que vous en pensez ? SAMANTHA Ça ne me dérange pas. Après tout, on est des criminelles, et il y a des femmes ici qui ne sont pas très gentilles. KATIE Je vois. Vous n’êtes pas frustrée de ne pas avoir d’intimité ? SAMANTHA Non. Ça ne me gêne pas vraiment. KATIE C’est la meilleure option pour vous, pour l’instant ? SAMANTHA Oui. C’est ça. Voilà mes autres enfants. KATIE Voyons voir. SAMANTHA C’est Tyron et Ari. KATIE Ils sont trop mignons. SAMANTHA Et ça, c’était à l’hôpital, quand j’ai accouché. KATIE Ah, oui. C’est une belle photo de famille. C’est mignon. Vous avez l’air heureuse. SAMANTHA Oui. T’as faim, mon bébé ? Je vais te faire un biberon. KATIE Je peux le porter pendant ce temps-là ? SAMANTHA Oui. Et voilà, mon grand. KATIE Coucou. Tu veux une petite chanson ? « Brille brille petite étoile... » SAMANTHA Viens là, mon trésor. Mon petit bébé. KATIE Vous avez l’air tellement à l’aise avec lui. D’après vous, comment on apprend à devenir mère, en tant que femme ? SAMANTHA Il faut penser aux femmes de sa famille. Tout le monde a au moins un modèle féminin. Moi, c’est ma grand-mère, elle était très affectueuse, ma mère n’était pas très présente. Alors j’essaie de faire mieux qu’elle. KATIE Je vois. Il n’a plus faim, je crois. SAMANTHA Oui, il a bien mangé. Il ne devrait pas tarder à s’endormir. KATIE Merci beaucoup de m’avoir montré votre chambre, et de m’avoir laissé porter votre bébé. C’était chouette. J’ai été ravie de vous voir. J’ai trouvé ça super de pouvoir discuter avec Samantha. C’est étrange de voir tout ce matériel pour bébé dans un tel environnement, avec la caméra de surveillance au-dessus du berceau. Ça peut sembler un peu intrusif, mais on est dans une prison. C’est comme ça. KATIE Bonjour. MACY Bonjour. KATIE Vous allez bien ? MACY Oui, et vous ? KATIE Macy, 28 ans, est enceinte de 35 semaines. KATIE Comment vous vous sentez ? MACY Je suis très stressée, parce que c’est mon premier. KATIE D’accord. MACY Ça m’angoisse un peu, mais j’ai aussi très hâte. KATIE Vous avez toujours su que vous vouliez être maman ? MACY Oui. KATIE C’était une évidence. Vous auriez imaginé vivre votre première grossesse en prison ? MACY Non. Je ne m’attendais pas à être incarcérée. Quand je l’ai appris, j’étais déjà enceinte de 4 mois. J’étais très en colère, et très nerveuse. KATIE Pour quoi avez-vous été condamnée ? MACY Conduite en état d’ivresse. KATIE C’est votre première incarcération ? MACY Ma deuxième. La première fois, ça n’avait rien à voir. KATIE Qu’est-ce qui était différent ? MACY On était dans de vraies cellules de prison. Et il y avait beaucoup plus de monde. Il y avait environ 130 femmes par bâtiment, alors qu’ici, on est 16. KATIE D’accord. MACY Je suis contente d’être ici. KATIE Oui. Ça vous fait quoi de devoir revenir ici après votre accouchement ? MACY Au début, j’étais très inquiète, parce que je ne savais pas si j’allais pouvoir le garder. Je me sens chanceuse. Je me suis imaginée devoir le laisser à la naissance, et c’est terrifiant. KATIE Vous avez peur que votre passé vous rattrape ? MACY J’ai très peur de replonger, je connais les conséquences. Mais je me sens assez forte pour résister, parce que j’ai toujours rêvé d’être maman. KATIE Je vois ça. Bonne chance pour l’accouchement. J’espère que tout ira bien. Je suis contente pour vous. MACY Merci beaucoup, c’est gentil. KATIE Macy attend son premier enfant, et c’est très étrange de vivre ça en prison. Parfois, dans la vie, des imprévus surviennent et nous détournent du chemin qu’on avait prévu d’emprunter. Et c’est son cas. Je pense que ça va être dur pour elle, mais pas autant que de devoir être séparée de son bébé. Elle semble impatiente d’accoucher, et c’est souvent le cas lors d’une première grossesse, on a hâte, quoi qu’il arrive. Bonjour. KATIE NARRATION La fête des mères approche, et les détenues se préparent à recevoir de la visite. AMY DÉTENUE Il me faut une carte de fête des mères. KATIE NARRATION Amy achète une carte pour l’envoyer à ses proches. KATIE C’est votre badge ? AMY DÉTENUE Oui. Elle va la scanner et ça va afficher combien de crédit il me reste. KATIE Je vois. C’est pour ça que les gens vous donnent de l’argent ? AMY DÉTENUE Oui. KATIE NARRATION Les proches des détenues peuvent leur verser de l’argent pour leur permettre d’acheter ce dont elles ont besoin. Pour celles qui ne reçoivent pas d’aide de leur famille, l’État fournit des packs contenant des produits de première nécessité, tels que des produits d’hygiène. KATIE C’est pour votre mère ? AMY DÉTENUE Oui. KATIE C’est mignon. AMY DÉTENUE Je vous fais visiter ? KATIE Oui, si c’est possible. Super. J’ai entendu dire que les nouilles avaient du succès. AMY DÉTENUE Oui, c’est vrai. Ici, il y a de la viande, des céréales. Là, c’est les soutiens-gorge. KATIE Comment vous faites sans armatures ? Je déteste ne pas en avoir. AMY DÉTENUE C’est désagréable. Des lunettes de lecture. KATIE Il y a vraiment de tout ici. AMY DÉTENUE Oui. Et là, il y a les rasoirs. KATIE Les lames sont autorisées ? AMY DÉTENUE Oui, une seule. KATIE Vous pouvez le garder dans votre chambre et l’utiliser quand vous voulez ? AMY DÉTENUE Oui, tant qu’on le range dans notre box. KATIE D’accord. Qu’est-ce que vous avez acheté, en dehors de la carte ? Vous avez pris des en-cas ? AMY DÉTENUE J’ai pris des chips, des barres chocolatées et des roulés à la cannelle pour ma fille. KATIE C’est une bonne idée. AMY DÉTENUE On peut préparer des petits paquets pour nos enfants. Ils peuvent les emmener, et ça permet de retrouver un peu de normalité. KATIE Oui. Je comprends. AMY DÉTENUE Merci. WARDEN WILLIAMS Avec plaisir. KATIE Bonjour, mesdames. Bonjour. Je peux m’asseoir ? KATIE NARRATION Je suis de retour dans l’aile E pour rejoindre Amy et les autres femmes, qui sont occupées à rédiger leurs cartes de fêtes des mères. KATIE Je peux en faire une ? AMY DÉTENUE Bien sûr. KATIE Merci. AMY DÉTENUE Avec plaisir. KATIE Quelle relation vous aviez avec votre mère plus jeune ? MACY Très bonne. On était très proches. J’étais toujours collée à elle. KATIE Ah oui ? J’ai grandi à la campagne, mais j’étais une enfant plutôt sauvage. C’est drôle, parce que maintenant que je suis maman, je réalise que j’ai été dure avec ma mère quand j’étais adolescente. AMY DÉTENUE Oui, moi aussi. KATIE Qu’est-ce que vous avez écrit à votre grand-mère ? SAMANTHA J’ai mis : « Merci d’avoir toujours été là. Tu es une femme incroyable, merci de me soutenir quand les choses vont mal, je ne sais pas comment je ferais sans toi. » KATIE Super. C’est vraiment adorable. J’ai écrit : « Chère maman, voici une carte que tu aurais préféré ne jamais recevoir, écrite depuis la prison. Je voulais te remercier d’avoir toujours été là pour moi, pas seulement pendant l’enfance, mais aussi maintenant que je suis adulte. Je t’aime, Katie. » J’espère que vous sortirez toutes bientôt pour retrouver vos enfants. Je ne vous oublierai jamais. Je peux vous serrer dans mes bras ? POLET Oui. KATIE Avant de me lancer dans ce projet, si on m’avait demandé ce que je pensais d’une prison équipée d’une crèche et de bébés qui purgent leur peine avec leurs mamans, j’aurais émis quelques réserves. Bonne chance. J’espère que tout ira bien. MACY C’est gentil. KATIE Maintenant que j’ai visité cette prison et rencontré ces femmes, je trouve que c’est génial, et que c’est la meilleure solution pour les enfants. Oui. Bonne continuation avec Auxen. SAMANTHA Et vous avec vos filles. KATIE Et je pense que c’est salutaire pour ces femmes. WARDEN Allez-y, on va vous faire signer le registre de sortie. KATIE Je pense que ça leur donne un nouveau but dans la vie, et une raison d’aller de l’avant et de réintégrer la société. Elles ont droit à une deuxième chance, tout le monde le mérite. Ça leur permet de se trouver et de s’affirmer en tant que maman, que ce soit leur premier enfant ou non. Je ne sais pas comment vous remercier. J’ai appris tellement de choses. C’était vraiment super de prendre part à tout ça, il y a beaucoup d’espoir ici. Merci de m’avoir accueillie. WARDEN Merci. KATIE C’était un plaisir. WARDEN WILLIAMS Pour moi aussi. Au revoir. FIN