ALI AMANDA AMY ASIRUS DOCTEURE DUNCAN EVE FEMME_1 FEMME_2 FIN FRANK GREGORYIANA JIM KATIE KATIE_NARRATION KORINA MARY MICHAEL MICHELLE PINKIE PROFESSEURE ROBERT SHAKERA KATIE NARRATION En 2008, une violente agression a changé ma vie. Depuis, j'ai développé un réel intérêt pour la réhabilitation des détenus. Aujourd'hui, je suis bénévole dans plusieurs prisons du Royaume-Uni et j'ai pu constater comment le milieu carcéral affecte les femmes et les enfants. Dans cette émission, nous nous rendrons aux États-Unis, le pays qui compte le plus de femmes incarcérées au monde. Là-bas, environ une détenue sur 25 est enceinte. Nous verrons comment ces mères sont traitées derrière les barreaux… MARY La prison ne permet aucune réinsertion. KATIE NARRATION … Que ce soit dans les prisons les plus strictes.. KATIE Les mères ne sont pas autorisées à garder leurs bébés ici ? DUNCAN Non. KATIE NARRATION … qui retirent les nouveau-nés à peine quelques heures après l'accouchement… SHAKERA Quand je vais devoir quitter la pièce sans mon bébé, je vais m’effondrer. DUNCAN On l’entendait hurler jusque dans le couloir. KATIE NARRATION … ou bien dans des établissements plus conciliants. FRANK Ça n’apporte rien à personne d’enfermer ces gens pour de bon. KATIE NARRATION Je vais rencontrer ceux qui souhaitent changer les choses... AMY L’idéal, ce serait qu’aucun enfant ne naisse en prison. KATIE NARRATION … et les premiers touchés par cette situation. AMANDA Je m’en veux, parce qu’elle a besoin de moi. EVE J’ai pleuré sans m’arrêter, je lui ai donné tout mon amour. KATIE NARRATION Voyons ce que nous pouvons apprendre du système pénitentiaire et de ses différentes manières de traiter les mères et leurs enfants. Aujourd’hui, je me trouve dans l’État du Texas, qui compte le plus grand nombre de prisonniers de tous les États-Unis. Plus de 60 % des femmes incarcérées le sont pour des délits liés à la drogue, et la moitié d’entre elles sont mères. J’ai entendu parler d’un établissement situé à proximité de Houston qui aurait trouvé un moyen d’aider ces détenues. KATIE Souvent, les crimes sont le résultat d’une addiction. Et c’est un véritable cercle vicieux dont il est très difficile de sortir. Quelque chose a changé en moi, je ne sais pas si c’est parce que je suis devenue mère, si c’est une question d’âge, ou les deux. Mais je suis beaucoup plus émotive, plus sensible, parce que je me mets facilement à la place de ces femmes. Je suis contente d’avoir l’occasion de faire leur connaissance et de les écouter me faire part de leur histoire avec leurs propres mots. KATIE NARRATION Je suis en route pour Santa Maria, le seul établissement du Texas qui constitue une alternative à la prison pour les femmes enceintes. Il permet aux mères de garder leurs bébés tandis qu’elles purgent leur peine. KATIE J’ai l’impression que cet endroit aide les femmes à briser ce cycle infernal. Ça donne beaucoup d’espoir. Premier jour, on y va. Ça me plaît, regardez. « Ici, on aide les femmes. » C’est super. KATIE NARRATION Santa Maria est un complexe résidentiel sécurisé réservé aux femmes. Ce lieu est destiné aux toxicomanes ayant commis des délits mineurs. KATIE C’est trop cool. C’est comme une petite ville à l’intérieur d’une vraie ville. Il y a un kiosque juste-là, comme en Angleterre. Il y en a dans les parcs, j’aime bien m’y installer avec mes enfants pour pique-niquer. On se croirait dans un quartier résidentiel au Royaume-Uni. KATIE NARRATION Cet établissement peut accueillir environ 80 femmes et jusqu’à 100 enfants, et propose un programme intensif de désintoxication. KATIE Bonjour. MICHELLE Bonjour. Bienvenue à Santa Maria. KATIE Merci. KATIE NARRATION Michelle Hansford fait partie du personnel. Elle sera ma guide pour les prochains jours. MICHELLE Je suis impliquée dans le programme « Caring for two » qui propose différents services d’intervention post-partum, et je suis également une ancienne résidente de Santa Maria. J’ai séjourné ici en 2006 et 2007. C’était une première pour moi. J’avais 39 ans et j’étais persuadée qu’aucune cure ne fonctionnerait sur moi. Mais finalement, ça a marché, alors j’ai voulu revenir pour aider les autres. KATIE Vous êtes un exemple de réussite. MICHELLE Oui. Et j’espère continuer sur cette voie pour le restant de mes jours. KATIE Oui. Très bien, on y va ? MICHELLE Oui. KATIE Allons-y. MICHELLE Voici l’aire de jeux où les enfants peuvent s’amuser. Ils ont le droit de venir jouer à n’importe quel moment de la journée. Parfois, quand ils rentrent de l’école, ils se précipitent tous ici pour faire de la balançoire. KATIE Ils ont une enfance plutôt normale. Ils rentrent de l’école, ils vont jouer au parc dans leur petit uniforme. Ils s’amusent dans la terre et ils rentrent couverts de boue. KATIE NARRATION Bien que cet endroit ressemble à un quartier résidentiel ordinaire, les femmes qui vivent ici n’ont pas le droit d’avoir un portable ou un ordinateur, et elles ont besoin d’un badge pour sortir. Personne ne peut les empêcher de quitter les lieux si elles le souhaitent, mais elles prennent alors le risque de retourner en prison. PROFESSEURE Vous avez fait des choses quand vous étiez sous l’emprise de drogue que vous n’auriez jamais faites si vous aviez été sobre. KATIE NARRATION L’objectif principal de Santa Maria est de briser le cercle vicieux du crime et de l’addiction. En plus du programme de désintoxication, l’établissement propose des thérapies, des cours d’éducation et des ateliers de bien-être. KATIE C’était bien celui-ci ? L’avant-dernier ? C’est ça ? ROBERT Les enfants apprennent à communiquer, ils expérimentent avec des sons. KATIE NARRATION Robert Graham enseigne aux femmes comment interagir avec leurs bébés. Une chose que la plupart des gens ont tendance à considérer comme innée. ROBERT Les deux premières années, ils feront des bruits. Et en grandissant, ils vont commencer à associer les sons à ceux que vous émettez. Parlez à vos enfants. GREGORYIANA Vous pensez que dire « areuh areuh » au lieu de parler normalement à son bébé peut affecter son langage ? ROBERT Il n’y a rien de mal à imiter les sons rigolos que font vos bébés. Mais pour développer correctement la parole, ils ont besoin d’entendre les mots en boucle, encore et encore. Ça ne vous empêche pas de vous amuser à dire n’importe quoi de temps en temps. KATIE NARRATION Toutes les élèves de cette classe ont échappé à la prison, et c’est avec elles que je vais passer les prochains jours. ROBERT Vous pouvez choisir un livre ici que vous voulez garder pour votre bébé. KATIE NARRATION Pinkie, 35 ans, est à Santa Maria depuis 6 mois. KATIE C’est votre fils ? PINKIE Oui. KATIE Quel âge a-t-il ? PINKIE Il a quatre mois. Il est prématuré. KATIE Il est minuscule. PINKIE Oui. Il pesait 90 grammes quand il est né. KATIE Le poids d’un paquet de sucre. PINKIE Oui. Il tenait dans le creux de mes mains. KATIE Il est très beau. C’est votre premier bébé ? PINKIE Non, c’est le cinquième. KATIE Le cinquième, d’accord. Vous êtes arrivée ici juste avant d’accoucher ? D’accord. Où étiez-vous avant ? PINKIE J’étais en prison. KATIE Combien de temps vous reste-t-il ici ? PINKIE Encore un mois. KATIE Ce n’est pas beaucoup. PINKIE Non. KATIE Il va découvrir le monde extérieur. PINKIE Oui. Exactement. KATIE Qu’est-ce que ça vous fait de partir ? PINKIE J’ai trop hâte, je suis impatiente. Je vais retrouver mes enfants. KATIE C’est une expérience unique, d’accoucher dans un établissement comme celui-ci ? PINKIE Oui, j’aurais pu le perdre. Le programme ici m’a aidée à le garder, on aurait pu me l’enlever. KATIE C’est effrayant. PINKIE Oui. KATIE C’est votre bébé. PINKIE Oui, c’est horrible. KATIE Il a l’air heureux, pas vrai ? PINKIE Il est sur un petit nuage. KATIE C’était un plaisir de vous rencontrer. PINKIE Vous aussi. KATIE Merci de m’avoir acceptée dans votre classe. PINKIE Avec plaisir. KATIE Merci beaucoup. Au revoir, tout le monde. KATIE NARRATION Cette rencontre avec Pinkie m’a fait prendre conscience que la plupart de ces femmes peuvent sûrement profiter de leur rôle de mère pour la toute première fois. MICHELLE Alors ? KATIE C’était super, très intéressant. Vous avez déjà eu des gens qui semblaient être des causes perdues ? MICHELLE Je pensais en être une. Mais je n’ai encore jamais rencontré personne qui m’ait donné l’impression qu’il n’y avait plus d’espoir. Si je m’en suis sortie, alors tout le monde peut y arriver. KATIE Je vois. KATIE NARRATION Je vais déjeuner avec quelques femmes afin d’en apprendre plus sur la raison de leur présence ici. KATIE Je peux m’asseoir ? KORINA Oui. KATIE Désolée de vous interrompre. Qu’est-ce qu’il y a au menu ? GREGORYIANA Du poulet. KATIE Ça a l’air bon. KATIE NARRATION Je discute avec Korina, 32 ans, et Gregoryiana, 27 ans, qui est enceinte de huit mois. Elles sont toutes deux ici pour des délits liés à la drogue. KATIE Vous attendez un garçon ? GREGORYIANA Oui. KATIE D’accord. Vous avez peur ? Oui ? GREGORYIANA Oui. KATIE Qu’est-ce qui vous fait peur ? GREGORYIANA Les tentations. KATIE Je vois. GREGORYIANA Ici, c’est facile, il n’y en a pas. KATIE Oui. GREGORYIANA Dehors, c’est différent. C’est facile de résister quand on est enceinte. Mais c’est plus compliqué de surmonter son addiction quand on ne l’est pas. C’est surtout ça qui m’inquiète. KATIE Vous avez d’autres enfants ? GREGORYIANA Juste un. Mon fils aîné a 7 ans. KATIE D’accord. Je vois. Vous pouvez me décrire votre enfance ? GREGORYIANA Ma mère était droguée et mon père faisait plein d’allers-retours en prison. Vous voyez ? KATIE Oui. Et vous ? Vous êtes ici avec votre petit garçon de 1 an ? KORINA Oui. KATIE NARRATION Le fils de Korina vit ici avec sa mère. KATIE Il est né ici? KORINA Il avait six mois quand on est arrivés. Je ne voyais que des avantages à venir à Santa Maria. C’était un moyen de me reprendre en main, plutôt que de retomber dans le même cercle vicieux à ma sortie de prison. KATIE Oui. Vous êtes optimiste pour la suite, vous sentez que vous pourrez garder le contrôle sur la situation, une fois dehors ? KORINA Pour rester clean, on dit souvent qu’il faut changer de fréquentations et d’environnement. Je n’ai pas envie de repousser les gens qui m’entourent, mais je vais leur imposer des limites. KATIE Oui. Et si les gens ne respectent pas ça, ce sera le signe qu’ils profitaient de vous depuis le début. C’est un moyen de voir leur vrai visage. KORINA Oui. KATIE Vous avez d’autres enfants ? KORINA Oui, j’en ai quatre au total. J’aimerais bien les réunir tous au même endroit. Mais il faut que je reste raisonnable. Je n’ai pas envie non plus d’être dépassée par les événements. KATIE C’est compliqué, pas vrai ? KORINA Parfois, oui. KATIE C’était super de pouvoir prendre le temps de discuter avec les femmes qui vivent ici. Je dois avouer qu’au début, je me suis demandé : « Est-ce que ça ne va pas être trop dur d’échanger avec ces mères ? » On peut voir qu’elles souffrent beaucoup et qu’elles ont enduré plein de choses. Ce voyage ne va pas être facile. C’est sûr. MICHELLE Tout s’est bien passé ? KATIE C’était une bonne première journée. Ça m’a beaucoup... émue. J’ai hâte de revenir demain. MICHELLE Ce sera avec plaisir. KATIE Merci. Allons-y. KATIE NARRATION En ce deuxième jour, je prends la route pour Santa Maria de bon matin afin de retrouver Michelle, et d’emmener Gregoryiana à sa visite médicale hebdomadaire. L’objectif de l’établissement est d’aider ces femmes à reprendre leur vie en main et à vivre une maternité saine. Le personnel s’occupe donc d’organiser les rendez-vous prénataux pour toutes les futures mères. MICHELLE Bonjour. KATIE Bonjour. MICHELLE Vous avez bien roulé ? KATIE Très bien. Je me suis levée de bonne heure. MICHELLE Je vais aller voir si les filles sont prêtes à partir. Et ensuite je ferai un saut à la cuisine pour compter le nombre de petits-déjeuners. KATIE Vous êtes toujours aussi débordante d’énergie ? MICHELLE Le mercredi, oui, parce que les matinées sont chargées. Il faut que je les réveille et que je leur dise de se préparer. KATIE Je vois. KATIE NARRATION Gregoryiana doit accoucher dans seulement quelques semaines. MICHELLE Tu es bien calme ce matin. Tu n’as pas bien dormi ? GREGORYIANA Le bébé m’a donné plein de coups. MICHELLE Ils t’ont dit qu’il pesait combien la dernière fois ? GREGORYIANA 2 kilos et 636 grammes. MICHELLE Ça va être un beau bébé. GREGORYIANA Oui. KATIE Je peux entrer ? DOCTEURE Docteur Douglas. Je m’occupe des grossesses à haut risque. Le gel est un peu froid, désolée. GREGORYIANA Ça ne fait rien. KATIE NARRATION C’est la troisième échographie de Gregoryiana depuis son arrivée à Santa Maria. Dans la prison du comté, elle n’en aurait peut-être eu aucune. DOCTEURE La tête est juste là, dans votre bassin. Son cœur va très bien. On va l’écouter. GREGORYIANA Sa tête est là ? DOCTEURE Oui, c’est ça. Et ici, on a les jambes, qui vous donnent sûrement des coups. KATIE Tout va bien, alors ? DOCTEURE Oui. KATIE Super. GREGORYIANA Il a toujours la main levée. KATIE On voit son nez. DOCTEURE Oui. Juste là. KATIE Et son menton. DOCTEURE Le nez est juste ici. Les lèvres sont là, et ça, c’est le cordon ombilical. Tout est normal. Il vient de donner un coup. KATIE Ah oui. C’est votre fils. DOCTEURE Et voilà. Vos mensurations sont bonnes pour 36 semaines. On se revoit la semaine prochaine, d’accord ? GREGORYIANA Merci. DOCTEURE Je vous en prie. KATIE NARRATION Lors de mon premier échange avec Gregoryiana, elle m’a dit qu’elle avait vécu une enfance difficile. KATIE Vous avez une relation compliquée avec votre mère, à cause de son addiction ? GREGORYIANA Oui. Je dois faire ce qui est le mieux pour moi, mais je n’ai pas non plus envie… qu’elle se sente rejetée. KATIE Vous vous sentez délaissée par votre mère ? GREGORYIANA Oui. Je l’ai toujours vue prendre de la drogue. Et… j’en ai eu assez. J’imagine que certains n’en ont jamais assez. KATIE Votre dossier a été évalué pour que vous puissiez intégrer Santa Maria. Qu’est-ce qu’il se serait passé si vous n’aviez pas été acceptée ? GREGORYIANA D’après mon conseiller pénitentiaire, je serais en prison. KATIE D’accord. Comment avez-vous arrêté la cocaïne et l’alcool ? GREGORYIANA Grâce à la grossesse. KATIE Vous avez arrêté d’un coup ? GREGORYIANA Oui. C’est très difficile. GREGORYIANA Je ne voulais pas faire comme ma mère. Quand je suis née, il y avait du crack dans mon organisme. Je ne voulais pas faire vivre ça à mes enfants. INFIRMIÈRE Bonjour, je suis l’infirmière. Je vais vous libérer dans quelques minutes. Je vais vous aider à vous relever. GREGORYIANA Ça fait mal. J’arrive à peine à marcher. Au revoir. KATIE J’ai pu assister à l’échographie aujourd’hui. Ça m’a vraiment ramenée six ans en arrière, quand j’étais enceinte de mon deuxième enfant. C’était touchant d’écouter le cœur du bébé. Ça nous rappelle qu’il y a de la vie en nous, et qu’on porte la prochaine génération, c’est super. Je me suis beaucoup attachée à Gregoryiana. Elle est adorable et très douce. C’est terrible de savoir que les addictions n’affectent pas seulement une seule personne, mais qu’elles se transmettent à toutes les générations suivantes. La plupart des femmes sont incarcérées pour des délits liés à la drogue. C’est la preuve que Santa Maria joue un rôle vraiment essentiel, parce qu’en prison, les chances de briser ce cercle vicieux sont bien plus faibles. KATIE NARRATION Michelle, ma guide, s’en est sortie grâce à Santa Maria. Elle m’a invitée à manger un morceau avec elle, son mari, et deux de leurs cinq enfants. Je voudrais en savoir plus sur son histoire. MICHELLE Bonjour. KATIE ? Bonjour, tout le monde. MICHELLE Ça a été, la route ? KATIE Oui, très bien. Enchantée. MICHELLE Mon fils, Michael… Non, pardon. Voici Michael. MICHAEL Bonjour. KATIE Enchantée. MICHELLE Avec l’âge, je mélange tout. Je vous présente mon mari, Jim. JIM Vous allez bien ? KATIE Très bien, merci. Enchantée. JIM Moi aussi. KATIE J’ai appris à connaître la personne que vous êtes aujourd’hui, mais je ne sais pas grand-chose de votre passé. MICHELLE Dans les années 70, mes parents étaient des hippies. Ils me laissaient boire... et fumer de la marijuana. KATIE Vous aviez quel âge ? MICHELLE Ils mettaient de la bière dans mon biberon quand j’étais bébé. Ça me faisait dormir. Je pense que l’alcool et la drogue ont toujours fait partie de ma vie. À l’époque, mon père était un gros dealer. Je me souviens qu’il stockait d’énormes sacs d’héroïne. KATIE Vous avez donc toujours été dépendante ? MICHELLE Oui. KATIE C’est terrible. MICHELLE Oui. J’ai commencé à me piquer vers l’âge de 15 ans. KATIE 15 ans ? MICHELLE Je m’injectais de la cocaïne. Et puis, j’ai grandi… KATIE Comment ça se fait que vous saviez utiliser une seringue à 15 ans ? MICHELLE Des gens m’avaient montré comment faire. Il n’y avait aucune limite. KATIE Pour quoi avez-vous été condamnée ? MICHELLE Pour meurtre. KATIE Vraiment ? Qu’est-ce qui s’est passé ? MICHELLE J’étais à une soirée, et je me suis battue. C’était un gars costaud et j’étais enceinte de mon deuxième enfant. Des gens sont intervenus pour nous séparer, mais je lui ai dit que si je le revoyais, je le tuerais. Il est revenu vers moi, alors j’ai pris un couteau. Il m’a attrapé par les cheveux, m’a jetée au sol, et il s’est mis sur moi. Il me tenait, alors je lui ai donné un coup de couteau. Je ne me souviens pas de grand-chose, mais le sang m’a giclé au visage. Michael s’est réveillé en hurlant, alors je l’ai emmené avec moi. KATIE Vous saviez que vous l’aviez tué ? MICHELLE Les gens criaient : « Tu l’as tué, tu l’as tué ! » Et il y avait du sang partout. KATIE Vous avez été jugée au tribunal. MICHELLE Ils voulaient me condamner de 35 ans de prison à la perpétuité, mais j’ai finalement été reconnue coupable d’homicide involontaire, et j’ai pris 10 ans. KATIE Comment vous avez vécu ces 10 années ? MICHELLE Je me suis accrochée. J’ai fait de mon mieux pour survivre à la prison. KATIE Je vois. Quand vous êtes enfin sortie, vous êtes tombée enceinte de votre fils ? C’est bien ça ? MICHELLE Oui. J’étais libre depuis 5 ans quand je suis tombée enceinte. Presque 6 ans. J’ai tout fait pour ne pas retomber dans la drogue. Je parlais beaucoup à Dieu. Je lui demandais de m’aider, je priais pour que mon bébé aille bien. Quand il est né, j’ai voulu tout faire pour changer. Et l’hôpital a accepté de le garder jusqu’à ce que je puisse aller à Santa Maria. KATIE Vous avez réussi du premier coup ? MICHELLE Oui. C’est un miracle. KATIE La drogue a toujours fait partie de votre vie. Depuis votre naissance. Et après 90 jours à Santa Maria, vous avez arrêté le crack, l’héroïne, l’alcool. MICHELLE Je crois que c’était 90 jours, puis 3 mois, donc 6 mois au total. Et le personnel m’a dit que je serais toujours la bienvenue à Santa Maria. Alors c’est devenu comme une deuxième famille. KATIE Quel âge as-tu ? ASIRUS 16 ans. KATIE La drogue et l’alcool ont eu un impact sur ta vie ? ASIRUS Non. KATIE Ça t’a dégoûté ? ASIRUS Ça ne m’a jamais vraiment fait envie, parce que je sais que ma famille a un gros problème avec ça. KATIE Oui. Vous souffrez aussi d’addiction ? MICHAEL J’ai des problèmes de drogue et d’alcool. Je n’ai touché à rien depuis environ 8 mois. KATIE Félicitations. C’est génial. Si vous n’étiez pas allée à Santa Maria, on ne serait pas tous là aujourd’hui. MICHELLE Si je n’y étais pas allée, je serais morte à ce jour. Je ne serais plus là. Je pense que Santa Maria m’a sauvé la vie. KATIE Vous en avez bavé. Je compatis. Mais j’imagine qu’une part de vous est fière de votre mère, parce qu’elle a réussi à briser un cycle qui se répétait depuis plusieurs générations ? MICHAEL Je suis fier d’elle. Ma fille a 18 ans, et elle vient d’avoir un bébé. KATIE Vous êtes grand-père ! MICHAEL Oui. KATIE Le grand-père le plus cool que j’aie jamais vu, avec votre casquette à l’envers. MICHAEL J’ai arrêté un mois après la naissance de ma petite-fille. Elle est ma plus grande inspiration dans la vie. Je veux prendre exemple sur ma mère. Je n’ai pas envie que ma petite-fille me voit complètement saoul, ou toujours un verre ou une cigarette à la main. Je veux qu’elle ait un grand-père en pleine forme le plus longtemps possible. KATIE Votre mère est devenue un modèle pour vous ? MICHAEL Oui. KATIE J’ai rencontré beaucoup de femmes depuis mon arrivée ici, et votre histoire m’a particulièrement touchée. Vous êtes une personne incroyable. MICHELLE Merci. KATIE C’est sincère. Vous êtes une famille formidable, vraiment. JIM C’est gentil. KATIE Je n’avais encore jamais rencontré de gens comme vous quatre. KATIE NARRATION Un enfant sur trois dont les parents sont incarcérés le sera à son tour. C’est formidable que Michelle ait réussi à briser ce cercle vicieux. KATIE J’ai l’impression de m’être liée d’amitié avec Michelle. Je me suis beaucoup rapprochée d’elle. Son histoire est incroyable, elle s’est battue pour s’en sortir. Elle l’a fait pour ses enfants. Et elle consacre maintenant sa vie à aider les autres. Je pense qu’elle rattrape le temps perdu en incarnant une figure maternelle pour toutes ces femmes. J’étais fatiguée hier soir. J’étais contente de rentrer enfin à l’hôtel. J’ai pensé un peu à mes enfants, ils me manquent. Et je me suis dit que c’était très dur pour ces femmes de ne pas pouvoir sortir. Je sais que c’est normal, je n’aime pas utiliser le mot « punition », mais ça fait partie du programme. Bonjour. Me revoilà. Contente de vous revoir. MICHELLE Vous allez bien ? KATIE Très bien. Et j’ai retenu la leçon, j’ai mis un manteau. MICHELLE Je vais vous montrer un de nos programmes. KATIE NARRATION À Santa Maria, de nombreuses femmes ont arrêté l’école très tôt, et l’établissement leur offre la possibilité de terminer leurs études. Sœur Kelly dirige le programme d’éducation et aide Korina, 32 ans, à obtenir son diplôme d’études secondaires. KATIE Bonjour. Vous allez bien ? SŒUR KELLY Très bien. Normalement, c’est le dernier jour de révisions pour Korina. Elle passe son dernier examen demain. Si elle réussit, elle sera diplômée. KATIE Qu’est-ce que ça vous fait, Korina ? KORINA Je suis vraiment très très très contente. Ça fait longtemps que j’attends ça. C’est super. KATIE Tant mieux. SŒUR KELLY Elle a gardé les maths pour la fin. KATIE Je déteste les maths. KORINA Oui, l’algèbre me pousse à bout. Mais j’espère que je vais y arriver, ça me rendrait très heureuse. KATIE Si vous réussissez, qu’est-ce que vous ferez ? KORINA J’aimerais travailler dans le milieu médical. Grâce à ce diplôme, je pourrais faire les études dont je rêve depuis que j’ai 15 ou 16 ans. C’est important pour moi. Ça me permettrait de gagner de l’argent tout en faisant quelque chose qui me plaît. KATIE Oui. Un métier qui vous passionne. KORINA Oui, exactement. KATIE Super. Sans la drogue, c’est plus facile de vous concentrer, pas vrai ? KORINA Oui, c’est vrai. Je ne pourrais pas faire ça si je me droguais encore. C’est une fierté. Au lieu de me droguer, je peux aider les autres. Et ça me tient vraiment à cœur. Quand je passerai l’examen, il faudra que je garde en tête que je fais ça pour pouvoir venir en aide à quelqu’un qui en aura besoin. C’est ce que je ressens. KATIE C’est génial. SŒUR KELLY Oui. SŒUR KELLY L’objectif est de mettre un terme à ce cercle vicieux, et de permettre à Korina et à toutes les autres femmes de prendre un nouveau départ, pour qu’elles n’aient jamais à revenir en arrière. KORINA Exactement. SŒUR KELLY Tu vas y arriver. KORINA Oui. J’y crois. KATIE On va voir la garderie, maintenant ? KORINA Oui. Je vais chercher mon fils. KATIE D’accord. KATIE NARRATION Santa Maria offre des services de garde d’enfants gratuits à toutes ses résidentes. KORINA Junior, je t’entends, mon bébé. KATIE Vous reconnaîtriez sa voix entre mille. KORINA Oui. Je veux qu’il sache que je suis là. KATIE D’accord. KORINA Coucou, toi ! KATIE Quel beau sourire ! KORINA Oui. Tu viens, mon grand ? EMPLOYÉE T’es content ? KORINA Oui, il l’est. KATIE Il est magnifique, regardez-le. KORINA Merci. Viens-là, mon bébé. Je vais t’attraper. Attention. Il adore quand je fais ça. Tu as vu tout ce monde ? Alors ? Tu fais coucou ? Oui ? KATIE Tu me tapes dans la main ? Tu veux bien ? Oui ! Tope-là ! KORINA Il est trop content. KATIE C’est un bébé heureux, on dirait. Il est très souriant. KORINA Oui. Allez. On y va. KATIE NARRATION Korina a trois autres enfants. Elle consommait beaucoup de drogue lorsqu’ils étaient plus jeunes. KATIE C’est bien que votre fils puisse rester ici avec vous, il vous tient compagnie, d’une certaine manière. KORINA Oui, je ne sais pas comment je ferais sans lui. Je n’aurais pas supporté d’être séparée de mon fils. C’était hors de question. Alors quand j’ai su qu’il y avait une autre option, je me suis dit que c’était la meilleure chose à faire. KATIE Oui. Il ne comprend pas quel est cet endroit. Même si c’est difficile pour vous d’être enfermée, ça lui permet de créer un lien fort avec vous. Si vous n’aviez pas eu la possibilité de garder votre fils, que se serait-il passé, d’après vous ? KORINA Je serais sûrement retombée dans mes vieux travers. J’aurais fait des tentatives de suicide, je me serais droguée. J’aurais pris de la méthamphétamine. Et je serais sûrement retournée en prison. Tous ces choix ont fait de moi celle que je suis aujourd’hui, et les choses auraient pu être différentes. Je me suis infligée des choses horribles, et je me suis promis de ne jamais faire endurer ça à mon fils. Mes filles en ont beaucoup souffert, c’est sûr. KATIE C’est très fort, ce que vous dites. Si on vous avait pris votre fils, vous auriez mis fin à vos jours. KORINA Oui. KATIE Vous pensez être une mère différente maintenant que vous avez arrêté la drogue ? KORINA C’est une bonne question. Je suis plus âgée, j’ai vécu plus de choses et j’ai plus d’expérience. Je me sens plus responsable aujourd’hui. KATIE Vous avez dit que quand vous étiez enfant, vos parents se droguaient devant vous. KORINA Oui. KATIE Les deux ? KORINA Oui, mes deux parents. KATIE C’est très dur, pas vrai ? On vous a privée de votre enfance. KORINA Oui. Ma mère était accro au crack, et mon père aussi. Aucun d’eux n’a jamais essayé de me protéger de tout ça, ils laissaient traîner leur drogue sur la table. KATIE Je vais devoir te laisser, tu es trop mignon. T’es un petit malin toi, comme ta maman. KORINA Merci pour tout. KATIE C’est super, ce que vous faites. Sincèrement. KORINA C’est gentil, merci. KATIE Au revoir. Au revoir. Il m’ignore complètement. Je l’embête. KORINA Tu dis au revoir ? Au revoir. Non ? Dis au revoir. KATIE C’était intéressant de pouvoir discuter avec Korina, parce que… Ce qu’elle a vécu n’a rien de normal pour la plupart des gens. Elle a eu une enfance chaotique et malheureusement, ça a eu un impact sur sa vie d’adulte. Je pense qu’elle est très impliquée dans son rôle de mère aujourd’hui, elle y prend plaisir. C’est l’occasion pour elle de se rattraper, et elle est déterminée à faire les choses bien pour son fils. KORINA Tu fais coucou ? Coucou, oui ! KATIE Bonjour. Mary ? MARY Oui. KATIE Katie, enchantée. KATIE NARRATION Je fais la connaissance de Mary Convington, responsable des programmes spéciaux relatifs aux stupéfiants pour le tribunal du comté d’Harris. Elle travaille régulièrement avec Santa Maria et s’est battue pour que des centaines de femmes soient envoyées ici plutôt qu’en prison. MARY Je travaille avec les tribunaux du comté d’Harris depuis 19 ans, et cet endroit a été une chance unique pour de nombreuses femmes qui n’auraient pas pu bénéficier d’un tel traitement en temps normal. Le fait de pouvoir venir dans cet établissement avec leurs enfants ou pendant leur grossesse pour accoucher ici, ça fait une grande différence pour elles. Et le programme que nous proposons est inégalé. Elles ne pourraient pas payer ce type de traitement. KATIE Mais il y a sûrement des personnes qui essaient de s’échapper d’ici, parce qu’elles ne sont pas là par choix ? MARY Bien sûr. Je suis étonnée, parce que même si elles ont du bon sens, elles ne font pas toujours les bons choix. Elles sont souvent influencées par une personne extérieure. Leur petit ami, leur mari, et elles ont parfois l’impression qu’elles n’y arriveront pas. KATIE Mais il y a aussi un côté sombre. Vous êtes témoin de beaucoup de négligence. Des enfants innocents sont touchés indirectement. Comment le vivez-vous ? MARY C’est un crève-cœur. Quand une mère qui s’est montrée négligente par le passé vient ici pour être soignée, qu’elle est très enthousiaste et que tout semble aller bien… La moindre mauvaise décision peut tout faire basculer, et ce sont les enfants qui en souffrent le plus. On prend un pari risqué à chaque fois qu’on envoie une femme ici. Ce sont toujours les enfants qui trinquent. Ils ont espoir que leur mère reprenne sa vie en main. Et elle leur brise le cœur, encore et encore. Je ne pense pas qu’il y ait de mot assez fort pour décrire ce genre de situations, c’est tragique. KATIE Au Royaume-Uni, la prison est un lieu de réinsertion. Est-ce que c’est le cas, aux États-Unis ? MARY Non, pas du tout. C’est purement punitif. Il y a des opportunités, mais ça ne permet pas vraiment aux gens de prendre un nouveau départ une fois dehors. La prison ne permet aucune réinsertion. Elle n’a rien de thérapeutique. Elle a seulement pour but de punir. Certaines personnes méritent d’être incarcérées, au vu des crimes qu’elles ont commis. Mais pour la majorité des gens malades, on sait que le traitement fonctionne. Les différentes études menées sur le sujet le prouvent. KATIE Quel âge avait la femme la plus jeune ici ? MARY J’ai travaillé avec... une jeune de 18 ans, mais ça n’a pas vraiment été une réussite. KATIE Ah oui ? MARY J’ai connu quelques échecs. Ce n’est pas facile. Il y en a eu pas mal, mais j’essaie de ne garder que le positif. KATIE Une femme enceinte a-t-elle sa place en prison ? MARY Vous savez… Ça ne va sûrement pas vous plaire, mais parfois, c’est l’endroit le plus sûr pour certaines. Des femmes enceintes sont détenues dans la prison du comté d’Harris en ce moment même. Quand les choses sont faites correctement, ça peut profiter à la mère et à l’enfant sur le long terme. KATIE J’ai adoré discuter avec Mary. Jusqu’ici, j’ai l’impression que je n’avais rencontré que des gens qui sont au cœur de la vie dans cet établissement, mais Mary vient de l’extérieur. Elle fait partie du système judiciaire. Elle est la voix des femmes qui ne sont pas en mesure de s’exprimer et elle contribue activement à faire bouger les choses. MARY Merci. C’était un plaisir. KATIE C’est une grande chance pour les femmes qui sont ici. Les personnes avec des antécédents de violence, telle que des agressions sexuelles, ne peuvent pas intégrer l’établissement. Ça représente un large pourcentage de femmes qui n’auront jamais l’occasion de venir ici. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est compliqué. C’est mon dernier jour ici. Je suis un peu déçue, je me suis attachée à certaines de ces femmes. Je pense surtout à Michelle. Ça me rend triste. Mais d’après moi, le fait que je n’aie pas envie de quitter cet endroit prouve qu’elles ont bâti une véritable communauté. Si je me sens comme ça au bout de seulement quelques jours, je n’imagine même pas ce que doivent ressentir les résidentes quand elles s’en vont. Ça doit être très effrayant. Mais elles doivent en retirer aussi beaucoup de satisfaction. KATIE NARRATION Chacun des appartements de l’établissement est occupé par quatre femmes et leurs enfants. Elles partagent un espace de vie commun, ainsi qu’une cuisine et une salle de bain. J’ai été invitée à rencontrer plusieurs autres résidentes et à visiter leur logement. KATIE J’ai l’impression que les gens ne sont pas trop du matin ici. Je pense que je dois les agacer en débarquant de si bonne heure, comme une fleur : « Bonjour ! » Bonjour. FEMME 1 Bonjour. KATIE Il est très tôt, pas vrai ? FEMME 1 Oui. KATIE Vous avez bien dormi ? FEMME 1 Oui. KATIE Super. Les bébés ne vous empêchent pas de dormir ? FEMME 1 J’ai été réveillée toutes les heures. KATIE Oh, mince. D’accord. C’est un petit garçon ? FEMME 1 Oui. Il a une semaine. KATIE Une semaine ? Dis donc ! Il a beaucoup de cheveux, pour son âge ! FEMME 1 Oui. KATIE Il est magnifique. FEMME 1 Merci. KATIE Une semaine, et vous êtes déjà d’attaque. FEMME 1 Oui. KATIE À quoi ressemble une journée type en prison ? Par rapport à ici. ALI On nous réveille pour nous compter. La nourriture est très mauvaise. Et on a une pomme par semaine. KATIE NARRATION Ali, 27 ans, vit ici depuis quatre mois. Elle a déjà un enfant de 7 ans et attend un deuxième bébé. KATIE Vous pensez qu’on peut aller mieux en prison ? ALI Je ne crois pas. Moi, par exemple, j’étais censée faire cinq ans de prison. Au début, quand j’ai demandé à mon avocat si je pouvais venir ici, il m’a ri au nez. Il m’a dit que c’était impossible. KATIE Pourquoi ça ? ALI À cause de ma condamnation. KATIE C’est-à-dire ? ALI Fabrication et trafic de drogue, et détention d’une arme à feu. KATIE D’accord, je vois. ALI J’ai aussi enfreint ma liberté conditionnelle. J’avais une peine de cinq ans. KATIE D’accord. ALI Je me suis enfuie. J’ai été en cavale pendant un an et demi, mais ils ont fini par m’attraper. Je me drogue depuis l’âge de 11 ans. Mais c’est terminé. C’est allé beaucoup trop loin. Il y a deux ans, j’ai failli perdre la vie. Mon ex-petit ami m’a tiré dessus. KATIE Il vous a tiré dessus ? ALI Oui. KATIE Qu’est-ce qu’il s’est passé ? ALI Je voulais le quitter. C’est là que j’ai décidé… de changer. KATIE Et si vous aviez été en prison, les choses auraient empiré ? ALI Oui, c’est sûr. J’y pensais tous les jours, et j’en parlais à ma mère. Je lui disais : « Si je vais en prison, ce sera encore pire. » Toutes les personnes que j’ai côtoyées ou aimées sont soit mortes soit en prison. KATIE Ça a été très traumatisant pour vous. Vous mettre derrière les barreaux n’aurait fait qu’aggraver votre douleur et ça ne vous aurait pas aidé à la surmonter. ALI Je veux changer. Je veux faire en sorte d’aller mieux, cette fois. KATIE Oui. Vous formez toutes une grande famille. ALI Oui. KATIE NARRATION Ici, la plupart des femmes partagent leurs chambres. J’aimerais les comparer aux cellules de la prison du comté. KATIE Donc ici, il y a deux femmes et deux bébés. Non, un bébé. ALI Oui. KATIE Comment ça se passe pour vous ? Quand on est enceinte, on a tendance à mal dormir. Et en plus, vous dormez avec un bébé qui n’est pas le vôtre. ALI Oui. KATIE Il ne vous réveille pas la nuit ? ALI Il est très sage. KATIE D’accord. ALI Elle le réveille pour le changer et le nourrir. Sinon, il dort. Ça, c’est mon mur. J’ai un calendrier. KATIE J’allais vous en parler. Vous comptez les jours avant l’accouchement ? ALI Oui. Le 12 février, ça fera 3 ans qu’on m’a tiré dessus et que j’ai failli mourir. KATIE C’est votre bébé sur les photos ? ALI Oui. KATIE Je peux les voir ? ALI Mes enfants sont coréen, noir, blanc, cubain et mexicain. KATIE Waouh. On voit les oreilles, le nez, les pieds. ALI Oui. Et ça, c’est un dessin que mon fils m’a fait quand j’étais en prison. KATIE Vous l’avez gardé depuis tout ce temps. ALI Oui, je l’ai gardé. KATIE « Maman et moi ». ALI Il ressemble vraiment à ça. KATIE Avec ses petites lunettes. Ça doit vous faire chaud au cœur. ALI Oui. Regardez ce qu’il a écrit. KATIE « Chère maman, je veux que tu saches que je t’aime fort et que j’ai trop hâte de te voir. Tu es toujours dans mon cœur. » ALI J’ai pleuré comme un bébé quand j’ai lu ça. KATIE Il vous aime quoi qu’il arrive et vous lui manquez. ALI Oui. Un jour, les enfants sont venus nous rendre visite. On devait peindre des galets ensemble, il m’a fait celui-là. J’ai fait n’importe quoi, et il m’a dit : « C’est pas grave maman, on fait tous des erreurs. » Et j’ai eu l’impression que ça avait un double sens. KATIE Vous devez être fière de lui. ALI Je suis très fière de lui. Il n’est pas comme moi et son père. Pas du tout. Voilà mes photos de grossesse. KATIE Voyons voir. Waouh. J’adore votre coiffure et votre maquillage. ALI Merci. KATIE Très glamour. KATIE NARRATION Ali a elle aussi beaucoup souffert. Il n’est donc pas étonnant que la drogue et la prison aient fait partie de sa vie. Elle semble très reconnaissante d’avoir eu non seulement la possibilité d’aller mieux, mais aussi d’éviter la prison et de briser ainsi ce cercle vicieux pour ses enfants. KATIE Bonjour. MICHELLE Bonjour, ça va ? KATIE Ça va. KATIE NARRATION Il est temps de dire au revoir à Michelle. KATIE C’est marrant. J’ai l’impression que je suis ici depuis un long moment. J’ai appris à connaître tout le monde et j’ai découvert leurs parcours. MICHELLE Vous vous attendiez à ça en venant ici ? KATIE Je pensais que cet endroit ressemblerait plus à une prison. Alors quand je suis arrivée ici le premier jour, je me suis demandé comment c’était possible que les détenues ne s’échappent pas. Je ne savais pas que les gens étaient aussi déterminés à reprendre leur vie en main. Et même avec beaucoup de motivation, on ne peut pas changer du jour au lendemain, il faut du temps. Pour moi, cet établissement sauve des vies. Pas seulement celles des femmes et de leurs bébés, mais aussi celles de leurs familles. MICHELLE Ça me fait du bien d’entendre ça. Ici, les femmes se sentent écoutées, elles savent qu’elles ont de la valeur, et c’est très appréciable. KATIE Oui. Je trouve ça formidable ce que vous faites, vous avez une énergie débordante, mais aussi beaucoup de patience. Venez par là. Tout va bien. Ça a été une super expérience. Je suis ravie d’être venue. C’était génial. MICHELLE Oui. KATIE La date de l’accouchement approche pour de nombreuses résidentes, et je voulais leur faire une petite surprise avant de partir. Je leur ai organisé une mini baby shower. Je me suis dit que ce serait une façon chouette de se dire au revoir, et de célébrer les nouveaux bébés qui sont sur le point de naître. Bonjour. Entrez. GREGORYIANA Oh, c’est mignon ! KATIE Merci. C’est la bonne taille, j’espère ? PINKIE Oui, ça lui ira comme un gant. KATIE Je suis contente. GREGORYIANA Il arrête pas de bouger. Il me donne des coups. J’ai mangé un peu de gâteau. KATIE Beaucoup de choses m’ont émue pendant mon séjour ici. Entendre ce que certaines ont enduré et comment elles ont été traitées durant toute leur vie, voir ces bébés innocents qui n’ont pas conscience de l’environnement dans lequel ils sont nés. Mais ces femmes et ces enfants sont des personnes... comme vous et moi. PINKIE Mange ton gâteau. Mange-le. Allez, mange ! KATIE Et même si certaines sont ici parce qu’elles ont été condamnées, ce sont toujours des crimes liés à la drogue. Les gens ne choisissent pas d’être toxicomanes. Ils naissent comme ça, ou ils tombent dedans pour échapper à une douleur insupportable. Quoi qu’il en soit, ce n’est jamais un choix. PINKIE Tenez, prenez-le. Je vais manger ma part. KATIE Il sent bon, l’odeur des nouveau-nés. PINKIE Oui. Tu en veux ? FEMME 2 Merci. KATIE Ça me donne envie de retomber enceinte. Je n’ai jamais eu de garçon. PINKIE C’est vrai ? KATIE Oui. PINKIE Tu as des filles ? KATIE J’en ai deux. KATIE Je me sens toujours coupable quand je dois quitter ce genre d’endroit. Je me demande pourquoi elles ont subi tout ça, et pas moi. Mais elles reprennent confiance, ici. Elles évoluent, et elles ont beaucoup à offrir au monde. Je pense que je vais donc finir sur cette note positive, pour aujourd’hui. FIN