CARRIE_ANNE_KELLER JEROLD_MCPHEE JESSICA_FOWLER JOHN_HADLOW JON_HADLOW KATHERINE_RAMSLAND PAUL_PURI SCOTT_LONGHURST TINA_SCHERMER_SELLERS JESSICA FOWLER En f�vrier , mon grand-p�re re�oit la mission d�valuer un homme nomm� Don York pendant jours. CARRIE ANNE KELLER Don York a �t� reconnu coupable de tentative de meurtre avec pr�m�ditation sur son �pouse, Pat, et du meurtre de lamant de celle-ci, Jeff Longhurst. Don York avait ans, vivait en Californie et �tait en instance de divorce avec sa femme, qui vivait toujours dans lUtah. JESSICA FOWLER Don York est un cas int�ressant, parce que lorsquil a rencontr� mon grand-p�re, il a affirm� quil navait aucun souvenir de ce meurtre. KATHERINE RAMSLAND Le travail dAl Carlisle consistait � �valuer York en essayant de comprendre ce qui se cachait derri�re cette amn�sie. JON HADLOW Je mappelle Jon Hadlow. Jai �t� officier de police � Bountiful de janvier � . Bountiful est une ville situ�e � environ km au nord de Salt Lake City. � l�poque o� jy travaillais, elle comptait environ habitants. Le juin , j�tais tout juste dipl�m� de lacad�mie de police et il �tait environ h le dimanche soir, jour de la f�te des p�res, lorsque le central a signal� quune fusillade s�tait produite dans une maison. Quand je suis arriv�, lambulance �tait d�j� l�. On nous a dit quil y avait de lagitation � lint�rieur et que quelquun faisait les cent pas. Il sagissait dAnita, la fille de Pat et Don, qui se trouvait justement dans la maison � ce moment-l�. Elle avait �ans. Cest elle qui a appel�, disant quon avait tir� sur sa m�re et quelle avait �t� t�moin de la fusillade. En mapprochant de la porte, jai vu quune personne gisait dans lembrasure. Nous avons d� lenjamber pour fouiller la maison. Anita voulait que nous la suivions durgence pour aider sa m�re. Au bout du couloir, il y avait deux chambres. Dans la premi�re, celle de droite, Pat York �tait allong�e sur le lit. Elle avait re�u plusieurs balles. Pat a �t� conduite � lh�pital. La victime �tait allong�e dans lembrasure de la porte, face contre terre. Il ne portait quun short de bain. Et � c�t� de lui se trouvait une arme. Gr�ce � Anita, nous avons d�couvert quil sagissait de Jeff Longhurst. JON HADLOW Jeff se trouvait dans la chambre � coucher lorsque York est entr� dans la maison. Il sest fait tirer dessus en sortant de la chambre, puis il a affront� York et ils se sont battus dans le couloir. On est pratiquement s�r que York sest servi de la crosse de larme pour frapper Jeff � la t�te en essayant de larr�ter et quand ils sont arriv�s � la porte, il lui a tir� dessus et Jeff sest �croul�. SCOTT LONGHURST Je mappelle Scott Longhurst. Je suis le fr�re a�n� de Jeff Longhurst. Jeff �tait un peu lenfant prodige de la famille. Il �tait tr�s charismatique, tr�s beau, et toutes les filles ladoraient. Il a toujours eu beaucoup de petites amies et il avait cette voix grave et profonde qui lui donnait un air tr�s masculin et tr�s sexy. Je lenviais beaucoup. Je nai jamais vraiment compris la relation que Jeff entretenait avec Pat, la future ex-femme de Donald York. Jeff avait ans, Pat en avait . J�tais tr�s �tonn�, parce que pour moi, Jeff pouvait avoir nimporte quelle jeune femme. Il les attirait toutes. SCOTT LONGHURST Apparemment, Pat et Donald avaient une entreprise nettoyage qui r�pondait � des offres gouvernementales. Ils �taient en plein divorce et ils essayaient de d�terminer qui �tait le propri�taire de lentreprise. Cest pour cela quils se disputaient constamment. SCOTT LONGHURST Pat aurait promis � Jeff un emploi int�ressant dans son entreprise. Et cest l� que Donald York a d�cid� de venir sen prendre � sa femme. JON HADLOW De ce que jai compris, ils avaient discut� plus t�t dans lapr�s-midi. Ensuite, Donald sest arrang� pour prendre lavion et se rendre dans lUtah. Les gens font des choses folles quand ils divorcent. Et Donald �tait manifestement tr�s contrari� par le fait que Pat fr�quentait quelquun dautre de plus jeune quelle. Il �tait tr�s �nerv�. SCOTT LONGHURST De ce que jai compris, Donald a dabord plaid� non coupable. Il disait quil ne se souvenait pas davoir tu� mon fr�re, Jeff. Pour lui, le coupable �tait quelquun dautre. KATHERINE RAMSLAND Le juin , Don York a pris une arme de poing et sest envol� depuis la Californie vers lUtah. Il a lou� une voiture, sest rendu au domicile de son ex-femme, Pat York, et lui aurait tir� dessus et tu� son amant. SCOTT LONGHURST Donald a dabord plaid� non coupable en d�clarant quil ne se souvenait ni du meurtre ni davoir quitt� la Californie ou quoi que ce soit dautre. JON HADLOW Je pense que la situation �tait assez claire. Il sest rendu aux autorit�s dans les minutes qui ont suivi lincident et sa fille a assist� � toute la sc�ne. Je ne sais pas comment un avocat peut prouver quil na rien � voir avec tout �a. JEROLD MCPHEE Je mappelle Jerold McPhee et, � l�poque de laffaire Don York, je pratiquais le droit � Salt Lake City, dans lUtah. Le proc�s de York a commenc� en , tr�s peu de temps apr�s lincident qui la fait arr�ter et, puisque les preuves contre lui �taient �videntes et convaincantes, M. York sest pr�sent� au tribunal et a plaid� coupable. JEROLD MCPHEE Lors dun tel plaidoyer, on demande notamment sil est volontaire et en toute connaissance de cause. Apparemment, M. York a r�pondu que oui, quil sagissait dun plaidoyer volontaire et en connaissance de cause. Il a donc �t� condamn� � perp�tuit� avec une p�riode de s�ret� de ans � la prison d�tat de lUtah. CARRIE ANNE KELLER Comme Don York a plaid� coupable, cette �valuation de jours �tait un peu diff�rente de celle de Ted Bundy. Al ne sest pas pench� sur la question de sa peine, puisque celle-ci avait d�j� �t� d�termin�e dans le cadre de laccord conclu avec Don York. Lobjectif de l�valuation �tait plut�t de d�terminer pourquoi il ne se souvenait pas du meurtre. Al pensait quil avait peut-�tre refoul� ce souvenir. KATHERINE RAMSLAND Un souvenir refoul� est le souvenir dun incident qui sest produit et dont la personne qui la v�cu ne peut tol�rer. Cest trop traumatisant, trop douloureux, trop effrayant. Ainsi, le souvenir est repouss� dans une sorte de subconscient. Dans le cadre dune th�rapie, lhypnose est consid�r�e comme un outil permettant � la personne de se d�tendre et de faire remonter ce souvenir. CARRIE ANNE KELLER Afin de d�terminer la source de lamn�sie, Al a hypnotis� Don York et a imm�diatement d�couvert la pr�sence dun alter qui se faisait appeler Dan Hell. PAUL PURI Le trouble de la personnalit� multiple ou trouble dissociatif de lidentit� est une forme de dissociation au cours de laquelle une personne peut passer de sa personnalit� dorigine � diff�rents alters, g�n�ralement de mani�re involontaire. KATHERINE RAMSLAND Un psychologue judiciaire aurait d� d�terminer sil sagissait dun v�ritable cas de trouble dissociatif de lidentit�. York avait tout int�r�t � mentir. � l�poque, le trouble dissociatif de lidentit� �tait une d�fense assez courante devant les tribunaux, car il permettait daccuser un alter davoir fait quelque chose sur lequel laccus� navait aucun contr�le. PAUL PURI Le trouble dissociatif de lidentit� serait d� � un traumatisme survenu � un jeune �ge. Il se produit avant que lenfant nait vraiment acquis une conscience de soi solide. Cela signifie que la dissociation implique un d�doublement de la personnalit� avant que le sentiment de soi ou didentit� ne soit vraiment �tabli. Ainsi, cet enregistrement o� Dan raconte que Don �tait un gar�on victime dabus et o� Dan est venu le prot�ger est coh�rent avec lid�e que nous avons de la dissociation. Don laurait-il su ? Laurait-il suffisamment compris pour �tre capable de le fabuler ? Probablement pas, mais cest tout � fait possible. PAUL PURI Dan a essentiellement �t� cr�� pour prot�ger Don de ces traumatismes. Il est coriace et combatif, et cest justement toute cette dissociation afin de d�charger et de prot�ger Don, qui font que sa m�moire sest �galement s�par�e et cloisonn�e. Cest ainsi que les souvenirs se dissocient et que lamn�sie commence. CARRIE ANNE KELLER Alors quils discutent de la fusillade du juin , le myst�re s�paissit. Sans aucune preuve quelconque, Dan Hell affirme que la fille de Don York, Anita, pourrait avoir tir� plusieurs coups de feu. PAUL PURI Dans les ann�es et , le traitement du trouble dissociatif de lidentit� �tait assez marginal. Personne ne savait vraiment sil �tait possible de le traiter ou non. Le Dr Carlisle �tait bien plus avant-gardiste en termes dexploration et dexp�rimentation dans ce domaine. De nos jours, la gu�rison du trouble dissociatif de lidentit� signifierait que lh�te naurait plus dalters et quil y aurait une certaine forme de fusion de ces alters en une seule et m�me personne. �a ne se fait pas en un jour, �a demande du travail, des semaines, voire des mois. PAUL PURI Pour traiter le trouble dissociatif de lidentit�, on recommande de passer par diff�rentes phases. La premi�re consiste � �tablir un rapport, une connexion, une confiance. La deuxi�me porte sur les souvenirs des traumatismes en eux-m�mes. Ensuite, on essaie de travailler sur le rapprochement des alters pour quils soient sur la m�me longueur donde et quils cessent de se contredire. Et enfin, on �tablit un dialogue entre eux pour quils puissent se parler et voir sils peuvent se mettre daccord pour fusionner ou �uvrer ensemble. PAUL PURI Si je comprends bien, Dan explique quil ne sert plus � grand-chose et que Don se d�brouille plut�t bien tout seul. Cest une bonne chose, mais il faut pr�ciser quil ne sagit pas exactement dune fusion. Sil y avait eu une fusion, Dan nexisterait plus. Le Dr Carlisle nen a pas encore fini avec lui. PAUL PURI Il est difficile de prouver avec certitude quune personne est gu�rie dun trouble dissociatif de lidentit�, parce quelle doit passer par un processus de fusion de ses alters et ne plus pouvoir y acc�der ou switcher en eux �tant donn� quils ne formeraient plus quun. Ce processus prend �norm�ment de temps, mais on ne peut jamais vraiment croire une personne sur parole sous pr�texte quelle dit quelle va mieux. KATHERINE RAMSLAND Bon sang. Il nous ferait passer des vessies pour des lanternes. �a cr�ve les yeux. Il sassurer que certains �l�ments sont bien pris en compte. Personne ne prend une arme � moins de vouloir lutiliser, de savoir sen servir et de se sentir capable de le faire. Personnellement, je nimagine pas Anita faire �a. Surtout si Jeff est juste en train de se battre avec lui et quil ny a pas de menace r�elle. Pourquoi aurait-elle tir� sur Jeff ? Je ne comprends pas. JOHN HADLOW Il essaie juste de justifier son acte et de le mettre sur le dos de quelquun dautre. Mais personnellement, je ne pense pas quAnita ait tir�. PAUL PURI Le Dr Carlisle sest fait une opinion sur cette affaire. Pour lui, Don, ou Dan, na pas lair d�tre le coupable, et il cherche � le motiver pour quil commence � �tre franc avec les avocats et quil fasse �clater la v�rit� au sujet dAnita. Sil a �t� appel� pour une simple �valuation m�dico-l�gale, il devrait sen tenir � �a et non pas influencer le r�sultat de lenqu�te. KATHERINE RAMSLAND En tant que psychologue p�nitentiaire, il se doit d�tre objectif. Mais Carlisle agit comme sil �tait lavocat de la d�fense. Il le manipule en quelques sortes pour r�ussir � modifier sa peine. De mon point de vue, il d�passe largement les bornes. JEROLD MCPHEE On dirait quau cours de leur discussion, le Dr Carlisle fait quelques suggestions comme : et si Anita n�tait pas la coupable ou est-ce quelle ne serait pas impliqu�e dans la fusillade�? Mais je tiens � pr�ciser quil ny a pas de preuve tangible quAnita a quelque chose � voir avec tout cela. Elle na jamais �t� arr�t�e et elle na jamais rien avou� non plus. KATHERINE RAMSLAND Le Dr Carlisle a d�clar� � la cour que les trous de m�moire de Don York �taient dus � un trouble dissociatif de lidentit�. CARRIE ANNE KELLER Apr�s quAl a termin� son �valuation de jours avec Don York, ce dernier a demand� au tribunal dannuler son plaidoyer en d�clarant avoir retrouv� la m�moire, apr�s avoir �t� soign�. Dapr�s lui, il ne serait pas responsable de lassassinat de Jeff Longhurst. Le probl�me, cest que la th�se selon laquelle sa fille, Anita, aurait �t� lauteur du meurtre nest pas fond�e. Al a donc d�cid� denqu�ter davantage sur ces all�gations et, sept mois plus tard, il a de nouveau interrog� Don York. KATHERINE RAMSLAND Le ton de voix que prend Carlisle sugg�re quil doute de la version des faits de York. Il a lair de penser que sa version a �t� fauss�e ou quil ne lui a pas tout racont�. PAUL PURI Le Dr Carlisle sest lanc� dans cette �valuation avec une approche assez humaniste, en se disant quil allait croire ce prisonnier sur parole et quil �tait en fait une bonne personne tout simplement incomprise. Puis, il a d�couvert quil avait subi un traumatisme et il a suppos� que c�tait lui la victime, sans vraiment sint�resser � autre chose. Et enfin, lorsquil a commenc� � le faire, il a chang� davis sur laffaire et sest dit : "Peut-�tre que je me suis tromp�. Peut-�tre que je ne peux pas croire tout ce que ce type me dit." Il r�examine donc le dossier, sans �tre s�r de ce quil sait. JEROLD MCPHEE M. York sest servi du TDI pour faire appel de son plaidoyer. Pour faire appel dune d�cision prise � la suite dun plaidoyer de culpabilit�, il faut avoir admis linfraction. Donc pour faire appel dun aveu, vous devez d�montrer quil y a eu un vice et, dans le cas de M.�York, il est question de sa capacit�. �tait-il capable de plaider coupable ? KATHERINE RAMSLAND La notion de capacit� implique simplement quil est en mesure de participer � la proc�dure et de comprendre ce qui lui arrivera sil plaide coupable. Or, York dit que de nouvelles preuves ont �t� apport�es, quil souffrirait dun TDI et quil n�tait donc probablement pas apte � plaider coupable. Et comme Carlisle faisait partie de l�quipe d�valuation, il allait forc�ment faire partie de la d�cision dappel. JESSICA FOWLER Je vous lis le rapport de lappel opposant l�tat de lUtah � Donald York. "Lors de laudience dexamination des preuves post-condamnation, le Dr Carlisle a d�clar� que, bien que le plaignant ait probablement souffert dun TDI au moment de la fusillade et de son plaidoyer, il aurait tout de m�me �t� capable de penser de mani�re rationnelle, aurait eu lintention de tuer, de comprendre la nature de la proc�dure et de son crime et aurait �t� capable de se confier � son avocat. Il a donc conclu que Donald York �tait tout � fait apte � plaider coupable." KATHERINE RAMSLAND Al Carlisle a d�clar� : "Je pense quil souffre dun TDI, il a deux alters. Mais je pense aussi que tous les deux sont enti�rement comp�tents." Ainsi, quel que soit lalter pr�sent au moment de son plaidoyer, �a ne change rien au fait quil �tait apte. PAUL PURI Je pense que le Dr Carlisle a fait de son mieux avec les �l�ments de recherche en sa possession � l�poque. Mais je ne suis pas vraiment convaincu que Don York n�tait pas atteint du trouble dissociatif de lidentit�. Rien ne prouve quil a tout invent�. De mon point de vue, le Dr�Carlisle a effectu� un travail de recherche pour nous permettre de mieux comprendre la mani�re dont ces cas se manifestent. Il na pas caus� de dommages en laissant sortir quelquun qui a continu� � faire du mal � dautres personnes. Cest donc une bonne chose. TINA SCHERMER SELLERS Manny Cortez a lu un livre tr�s graphique sur la torture.