DOROTHY DOUG_BENSON EDGAR GRETCHEN JIMMY LINDSAY PAUL TOVA JIMMY "Lorsque Malcom se pencha vers la jeune Sally, dix-sept ans, sur le bord de son immense bureau, il repensa au jour de son baptême". GRETCHEN Qu'est-ce que tu fous ? JIMMY "Été mille neuf-cent soixante-treize, la chanson "Search and destroy" braillait sur toutes les radios. Une pluie brûlante se déchaînait, telles des gouttes de sueur rebondissant sur les nibards d'une groupie qui se dévêtit." GRETCHEN C'est comme être harcelé par un livre audio. Qu'est-ce que c'est ? JIMMY "La largeur d'une pêche". Mon premier chef-d'œuvre multigénérationnel de littérature thématique sexuelle. GRETCHEN Quelle mouche t'a piqué pour que tu me lises de la littérature ? Tu sais que je déteste les belles choses. JIMMY Hier soir, tu as osé me dire que j'étais incapable de réussir quelque chose. Donc, je suis resté debout toute la nuit, et j'ai écrit trente-cinq superbes pages, à couper le souffle, rien que pour te contredire. Alors, ha ! Sur ce coup-là, je crois que tu t'es carrément gourée ! Ha ! GRETCHEN Cool ! D'accord. Dans ce cas, je retire ce que j'ai dit hier. Tu es capable de réussir. JIMMY Merci ! GRETCHEN Maintenant, c'est à ton tour. JIMMY Je suis fier de moi, aussi. GRETCHEN Non, Jimmy. À toi de retirer le truc hyper blessant que tu m'as dit juste avant. Et une fois que ce sera fait : retour à la normale, et cetera, et cetera et on baise pour oublier tout ça. Tu pourras me masser les seins, si tu veux. JIMMY Une seconde, je suis censé retirer quoi, exactement ? GRETCHEN "Je ne me vois pas avoir des enfants avec elle ?" JIMMY Ah, ça ? Non, je maintiens cette phrase à cent pour cent. Au fait, on peut faire ce massage des seins dans le patio ? GRETCHEN JIMMY Je voudrais surveiller la mangeoire des colibris. GRETCHEN Jimmy ! JIMMY T'as foutu en l'air huit téléphones portables, rien que l'année dernière, et il y en a même un qui a fini dans un saladier de mayonnaise. Élever des enfants, ça demande des qualités. On ne fait pas ça comme on binge-watcherait toute une saison d'Exemplify. GRETCHEN Non, mais je rêve ! Ça, ce sont des propos sexistes... et remplis de machisme ! T'es un gamergater ? Est-ce que j'habite avec un gamergater ? JIMMY LINDSAY Taisez-vous, à la fin ! JIMMY Qu'est-ce que Lindsay fais là ? GRETCHEN Elle a largué Paul à la dure. Je lui ai dit qu'elle avait qu'à squatter ici. LINDSAY JIMMY GRETCHEN JIMMY GRETCHEN J'y crois pas ! JIMMY GRETCHEN LINDSAY Quoi ? Je dois porter un pyjama, comme une vieille ? GRETCHEN LINDSAY DOROTHY Allez, on se réveille ! EDGAR DOROTHY Je viens de terminer le grand nettoyage matinal, c'était comme passer dans un appartement d'étudiants le lendemain d'une soirée déguisée. J'ai nettoyé tout le vomi. Mais le racisme et l'appropriation culturelle laisseront des traces. Et j'ai apporté des gâteaux ! EDGAR Okay, mais tu tiens vraiment à ce qu'on parle d'hier soir ? DOROTHY Oh mon Dieu, j'étais tellement saoule ! Je crois bien que j'ai cabossé une borne de fast-food. J'ai perdu mon rétroviseur. Et j'ai les doigts qui sentent la sauce. EDGAR Attends, t'es rentrée chez toi en voiture. DOROTHY Bien sûr ! Conduire bourré, c'est facile, c'est comme dans un jeu vidéo. EDGAR Je te signale que tu m'as fait baliser comme jamais, hier soir. DOROTHY Attends, tu m'as emmené à un mariage, et une fois là-bas, tu m'as plantée pour travailler sur des idées de sketch. Qui t'es, Will Sasso ? EDGAR C'est mon premier travail d'écriture. DOROTHY Je ne connaissais personne, et tu m'as laissée en plan. EDGAR J'avoue, okay. Je reconnais que c'était. C'était vraiment pas sympa de ma part. DOROTHY Tu vois ! Merci. EDGAR DOROTHY EDGAR DOROTHY Tu sais que je suis ravie pour toi. EDGAR DOROTHY Merde, je suis libérale après tout. EDGAR DOROTHY C'est important de se réjouir quand une voix sous-représentée se fait entendre. EDGAR Tu veux dire. Celle des vétérans ? DOROTHY Oui. Entre autres. Hé. Tu veux un petit gâteau ? EDGAR Attends, je, je. Je voudrais seulement être sûr que tu n'insinuais pas que j'ai uniquement obtenu ce poste parce que j'étais latino. DOROTHY Quoi ? Non, bien sûr que non, je ne distingue même pas les races. EDGAR DOROTHY Tiens. Pourquoi ils ont mis ce si bel aigle sur le drapeau italien ? EDGAR LINDSAY Paul ? PAUL LINDSAY PAUL Ce que tu as fait, c'était impensable, injustifiable, indéfendable ! LINDSAY C'était indélébilable ! PAUL Comment t'as pu avorter de ce bébé sans me le dire ? LINDSAY Ça n'avait rien d'un bébé, Paul, c'était que des morceaux de cellules. PAUL Tu as détruit notre famille. LINDSAY Dis-moi où t'as vu une famille avec des morceaux de cellules ? PAUL Dans Osmosis Jones. LINDSAY Pourquoi tout le monde devrait faire la même chose ? PAUL Qu'est-ce que t'as fait croire que t'avais le droit de prendre cette décision pour nous ? LINDSAY C'est mon corps, c'est ma décision. PAUL Rien n'est aussi irréversible, quand on est marié. LINDSAY C'est mon corps, c'est ma décision. PAUL Il y a une différence entre revendiquer ses droits reproductifs et se comporter comme la reine des hypocrites ! LINDSAY C'est mon corps et ma décision. PAUL Arrête de dire ça ! LINDSAY Non Paul, c'est à toi d'arrêter. Mes sœurs et moi, on se bat pour ces droits depuis des millénaires. C'est pour ça que Margaret Thatcher a été en prison. PAUL Pourrais-tu, s'il te plaît, t'habiller avant de terminer cette conversation ? LINDSAY Non, Paul. C'est mon corps, c'est ma décision. Et pour l'instant, j'ai décidé de sortir faire un tour et d'aller fumer dehors. Parce que tu vois, c'est mon corps. PAUL LINDSAY PAUL Ma décision. LINDSAY Exactement, gros naze. PAUL EDGAR DOROTHY Je reconnais au moins que c'est une bonne chose, okay, oui ! EDGAR DOROTHY Les gens issus des minorités trouvent quelques fois du boulot à la place des blancs. EDGAR DOROTHY À qualifications égales, ou même si les personnes minoritaires sont légèrement moins qualifiées. EDGAR DOROTHY Mais je trouve ça très positif pour tout le monde. EDGAR DOROTHY Je t'ai simplement acheté ces pâtisseries cools et stylées, parce qu'elles sont cools et stylées, et pas parce qu'elles sont latinos ou je ne sais quoi d'autre. EDGAR Ouais ! DOROTHY Tiens, goûte. C'est des "pan dulthes". EDGAR Attends voir, t'as dit quoi là ? DOROTHY "Pan dulthes." Edgar, c'est des "pan dulthes". EDGAR DOROTHY Je prononce toujours tout avec le S castillan parce que j'ai étudié à l'étranger, à "Barthelona". EDGAR Rien que de t'entendre dire que je suis avantagé, c'est très insultant. Parce que s'il y a une personne qui est avantagée ici, c'est toi. DOROTHY Et en quoi je serais avantagée ? EDGAR Tu es une femme blanche ! Il y a systématiquement un rôle pour toi dans n'importe quel script, et dans n'importe quelle production. LINDSAY Pas dans "Glennary", ni dans le biopic de Billy Cristal. EDGAR DOROTHY Excuse-moi, mais est-ce que tu sais lire un script ? La plupart des gens sont. Ils haïssent toutes les femmes, ils n'ont même plus à s'en cacher de nos jours. EDGAR Ah ouais. Parce que toi, t'as jamais lu : "Fondu sur homme basané marrant, avec le physique du rôle". Tu es clairement avantagée. DOROTHY T'as raison ! C'est sûr que c'est un avantage énorme d'être victime de harcèlement, et c'est encore plus avantageux, de n'être castée que pour jouer la "Superbe fille numéro trois" ou un rôle de "Mère surmenée." EDGAR Je croyais que t'avais refusé la mère surmenée. DOROTHY C'est un sacré avantage de se faire traiter de salope pendant six ans, parce que j'avais accidentellement sucé Brian Dunkleman en pensant que c'était Chris Hardwick. EDGAR DOROTHY Tu n'es pas d'accord quand je dis : que le véritable ennemi ici, c'est l'homme de race blanche ? EDGAR JIMMY Pas moi ! Je suis un immigrant. Notre histoire est tellement tragique. Est-ce que tu sais combien d'entre nous se noient, à longueur de journée en essayant d'arriver jusqu'ici ? DOROTHY JIMMY Le vrai méchant, c'est l'homme de race blanche américain. PAUL Les tragédies concernent parfois aussi des hommes blancs américains. Et elles sont tout aussi terribles. EDGAR Alors dans ce cas, allez-y ! Vous, la bande de blancs, expliquez-moi à quel point vous vivez dans la tragédie ! JIMMY Hé fais gaffe là ! LINDSAY PAUL Oh ! Regarde, femme ! Je vais me déchirer les tissus pulmonaires avec ce tabac diabolique, parce que ma vie a été entièrement détruite par la femme que j'aime. LINDSAY C'est ton corps, c'est ta décision. PAUL Tu sais que j'étais à deux doigts de te quitter. Quand avec Vernon on s'est perdu dans la forêt, il voulait se barrer et aller vivre au Mexique. J'aurai dû y aller et changer ma vie du tout ou tout, comme John Macafee, l'informaticien millionnaire. LINDSAY Si t'avais voulu tu l'aurais fait ! JIMMY Bon ! Vous pourriez pas faire ça chez vous, bande d'abrutis ! GRETCHEN Non ! Si tu les laisses rentrer chez eux, cette grosse cruche se remettra dans ce mariage qui n'a ni queue ni tête avant l'heure du déjeuner. PAUL Tu la fermes, Gretchen ! GRETCHEN PAUL Tu fermes ta gueule ! GRETCHEN Oh ! Merde ! JIMMY D'accord, alors allez vous disputer dans ma chambre ! GRETCHEN Notre chambre ! JIMMY Mais vous laissez mes affaires tranquilles, vous restez debout, et vous touchez pas à mes bouteilles de chevet. JIMMY GRETCHEN Qu'est-ce qu'il y a ! JIMMY Y'a rien. C'est que. Y'a des fois où je te regarde, et je me dis : Comment cette personne est arrivée chez moi ? C'est comme si je m'étais égaré en pleine lecture, et que subitement, je tombais sur ce désastreux semblant de femme, qui a une place assez importante dans l'histoire, alors je reviens au début en me disant. Je ne me souviens plus de l'introduction de ce personnage. GRETCHEN C'est à moi que tu dis ça ! Y'a des jours où on dirait que j'ai pas dessaoulé après une semaine de beuverie, et là je suis dans une baraque de dingue avec des tonnes de coins pointus. JIMMY Ma compagne aurait dû être radicalement différente. Très classe. À l'abri des blessures de la vie. Premier violon de l'orchestre philarmonique. GRETCHEN JIMMY Sérieux, t'imagines la scène ? J'arpenterais les coulisses d'un grand auditorium. Et nous irions saluer l'ensemble de ses collègues musiciens. GRETCHEN JIMMY Je ferais quelques boutades en parlant du fardeau qui s'abat constamment sur Igor quand il rentre chez lui avec sa contrebasse. GRETCHEN JIMMY Et là, Gustavo Dudamel recracherait son champagne en pouffant de rire, il se tournerait vers moi et dirait : "Oh Jimmy, vous êtes un vrai boute-en-train !" JIMMY GRETCHEN Tu me verrais pas dans le rôle de la fiancée d’une star de cinéma internationale montée comme un âne ? Il aurait sa société spécialisée dans les technologies de pointe. JIMMY Tiens ! GRETCHEN Il inventerait des applis, entre deux bastons avec Peter Sarsgaard dans son tout dernier film. JIMMY GRETCHEN On aurait parfois envie d'adopter un enfant qui viendrait d'un pays en développement, mais on ne le ferait jamais. GRETCHEN Sans parler du château super cool dans lequel on vivrait, à Malibu, au milieu de tous ces tableaux d'art moderne. Tu vois, ceux du gars, qui dessine des gros points rouges. EDGAR Qui ? Lichtenstein ? GRETCHEN Ouais, des bons vieux Lichtenstein ! JIMMY Tes connaissances en matière d'art ont l'air assez limitées. Tu devrais réfléchir avant de te lancer dans la déco. GRETCHEN JIMMY DOROTHY Toc toc. Femme blanche de la zone aryenne en visite. T'es encore fâché ? EDGAR J'ai l'impression que tu m'aimes que quand je souffre. DOROTHY Tu crois que j'ai envie de te voir souffrir ? EDGAR Réfléchis un peu. Quand on s'est rencontré, j'étais l'élève qui doutait de lui. Et puis je suis devenu le petit ami vétéran, dans un état de stress post-traumatique. DOROTHY EDGAR Et ensuite, un camé sans avenir. DOROTHY EDGAR Mais dès l'instant où j'ai eu ne serait-ce qu'un tout petit peu de succès, toi, t'as balisé. PAUL Tu m'as même obligé à adopter un comportement sexuellement déviant LINDSAY Mais c'est toi qui a commencé. Le jour où t'as balancé ton vélo juste devant chez nous, en disant qu'on était des gens nouveaux, et t'as voulu que je porte ce tablier et me changer en épouse parfaite, alors que j'en crevais à l'intérieur. PAUL Tu as réussi à le porter pendant vingt minutes, et ensuite tu m'as poignardé. LINDSAY Tu me demandes de mettre mes pulsions sexuelles au placard. Tu utilises ta gentillesse en essayant de m'étouffer, et après tu me fais culpabiliser. PAUL Tu m'as poignardé ! LINDSAY On a tous les deux fait des choses qu'on regrette. Les relations de couple, c'est bordélique. GRETCHEN Tu as déjà détruit une grande partie de ma fantaisie créatrice. Et maintenant, tu vas essayer de t'attaquer à mon imaginaire ? JIMMY Tu as avoué que tu détestais toutes les belles choses. Je ne fais que confirmer tes dires. GRETCHEN Sauf que cette fois-ci, je te conseille de la fermer, Jimmy. Ferme-la ! Une fois pour toute ! EDGAR Très bien, mais admettons que pour une fois, je puisse faire quelque chose de ma vie ? Admettons qu'on m'offre une chance d'arriver tout là-haut, à ton niveau. Alors quoi ? Dis-moi pourquoi ce serait quelque chose de si mal ? DOROTHY Parce qu'aujourd'hui, je ne suis pas à ce niveau-là ! D'accord ? Je suis tout en bas. C'est la première fois que je tombe aussi bas ! DOROTHY PAUL Bordélique ! Je vais t'en donner du bordélique ! LINDSAY Oh non, Paul ! PAUL LINDSAY Ça risque de me porter malheur. PAUL Je suis déjà malheureux ! C'est toi mon malheur, Lindsay ! LINDSAY PAUL Seigneur ! Tu es d'un égoïsme. Il y a vraiment quelque chose qui tourne pas rond chez toi. Pourquoi fallait-il que je t'épouse ? LINDSAY PAUL Pourquoi ? JIMMY Vu que ta fantaisie créatrice est tellement fragile que je suis capable de la réduire en miettes. GRETCHEN Vas-y, grappille, grappille, grappille ! Tout ce que je dis tu t'en sers contre moi. J'en ai ras-le-bol de vivre dans un état de surveillance permanente. JIMMY Alors ça veut dire qu'elle n'est peut-être pas si créatrice que ça. Par ailleurs, associer la création et la fantaisie c'est redondant. GRETCHEN Je viens tout juste de faire taire la voix autoritaire de ma mère. Et j'ai pas envie que tu viennes la remplacer. LINDSAY Arrête de me crier dessus comme ça ! JIMMY DOROTHY J'ai pas envie d'un câlin, je veux seulement être triste. PAUL Si j'ai décidé de crier, alors je crierai, et c'est pas toi qui m’empêcheras. GRETCHEN PAUL J'ai toujours su que tu serais ma perte, dès le premier jour où je t'ai rencontré LINDSAY On fait tous des erreurs. JIMMY PAUL C'était toi mon erreur, je savais que ce mariage était une erreur. GRETCHEN JIMMY DOROTHY EDGAR DOROTHY EDGAR DOROTHY EDGAR Allez, t'en fais pas ! T'as eu un mois difficile. DOROTHY EDGAR Mais tu vas rebondir ! DOROTHY Je suis une actrice ratée de trente ans. Je vis dans un studio miteux du quartier coréen. Je n'ai pas été chez le dentiste depuis des années. Mon agent m'a demandé de prendre dix kilos, pour pouvoir auditionner dans le rôle de la tante foldingue. PAUL Seigneur ! LINDSAY PAUL Nom de Dieu, Lindsay, t'as foutu ma vie en l'air ! Pourquoi ? Pourquoi tu m'as pourri la vie ! LINDSAY Paul. PAUL LINDSAY Regarde-moi. PAUL LINDSAY Paul. PAUL LINDSAY Quand tu m'as choisi, tu savais bien que c'était une vipère. PAUL Quoi ? LINDSAY Tu savais très bien qui j'étais. Alors ne fais pas comme si t'étais pas au courant. PAUL Becca et Vernon ont eu leur bébé. Une petite fille. Tallulah. LINDSAY Aïe ! EDGAR DOROTHY EDGAR Becca a eu son bébé. DOROTHY JIMMY GRETCHEN JIMMY Y'a Dorothy qui pleure. C'est hyper nasal. GRETCHEN Lindsay, s'est mise à réciter les paroles du dernier album de Beyoncé. JIMMY Ce sont des idiots ! GRETCHEN On vaut pas mieux qu'eux. JIMMY Je te remercie, mais parle pour toi. C'est pas moi qui balançais mon sandwich comme un vieux chimpanzé en furie, l'autre jour au zoo. GRETCHEN J'ai jeté ce sandwich parce que j'ai réalisé que je vivais avec un sex-toy coincé du cul et sans personnalité, qui perd ses moyens à chaque fois qu'un petit truc le contrarie. JIMMY Disait la femme qui a passé des semaines entières dans un état catatonique, sur le canapé, en portant des pantalons de yoga dégueulasses. GRETCHEN On m'a diagnostiqué des troubles dépressifs sévères ! JIMMY Ah, d'accord. Alors c'est toi qui gagne, parce que ta maladie est inscrite dans la liste du D.S.M. ? GRETCHEN Non ! Je gagne parce que j'ai pris les choses en mains pour me soigner. Pendant que tu t'autoflagelles et que tu m'observes au microscope. JIMMY Ça vient à peine d’arriver. GRETCHEN JIMMY Il vient à peine de mourir. Et là. Je dois encore faire mon deuil, Gretchen, c'est si difficile à comprendre ! GRETCHEN J’étais arrivée la première ! JIMMY Mais où ? GRETCHEN Ici ! Dans cette merde abominable. Il faut seulement que te comprennes qu'il n'y a plus assez de place pour que toi aussi, tu t'effondres à ton tour. JIMMY Oh. Alors là. Ça, c'est complètem- Et tu trouverais ça normal alors ? GRETCHEN Je te comprends. Ce serait profondément injuste envers toi. JIMMY Non ! C'était pas censé se passer comme ça. Tu crois qu'une personne resterait tranquillement dans un lit d'hôpital ? Pendant que l'autre s'endormirait sur un fauteuil inconfortable, et rentrerait chez eux pour prendre une douche et et promener le chien. GRETCHEN C'est pas déjà comme ça ? JIMMY GRETCHEN C'est comme ça, Jimmy. Et pourtant. JIMMY LINDSAY JIMMY Je vous avais dit de ne rien toucher ! LINDSAY PAUL Je savais que c'était une vipère. JIMMY Allez-vous-en ! Donne-moi-ça ! LINDSAY JIMMY Tu m'avais dit qu'on pouvait tout arrêter, n'importe quand. GRETCHEN C'est vrai. JIMMY À quoi bon continuer ? J'ai dit des tas de méchancetés, je me suis mis en colère, j'ai pas arrêté de te juger. GRETCHEN On s'était promis de ne pas le faire, dès notre première rencontre. JIMMY Si tu avais vraiment voulu partir, alors tu serais déjà partie depuis longtemps. GRETCHEN T'es pas parti non plus. JIMMY Je sais. Va savoir pourquoi ! GRETCHEN Je crois qu’entre nous c’était peut-être impossible. JIMMY GRETCHEN JIMMY Qui dit que ça n'a pas fonctionné ? C'est vrai... L'immense majorité, soit la plupart des efforts... que font les êtres humains, qu'ils soient colossaux ou minuscules, finissent toujours par échouer. Alors, quelles sont tes options ? Vas-y ? Est-ce que tu te contentes de reconnaître que c'est perdu d'avance parce que nos désaccords sont tels que tu n'auras jamais raison ? Ou tu choisis quand même de rester ? GRETCHEN JIMMY C'est peut-être une réussite ? GRETCHEN JIMMY Le résultat n'est pas si important que ça, parce qu'au moins on aura essayé. GRETCHEN JIMMY Qui dit qu'il n y a pas de la beauté à se faire une scène pour éviter un échec quasi certain? GRETCHEN Et rien d'autre ? Rien d'autre qu'une jolie scène ? JIMMY C'est possible. GRETCHEN Tôt ou tard ça sera la merde, alors on en profite, on évite de faire trop de vagues. Rien qu’une foutue scène de ménage ! JIMMY JIMMY C'est comme dans mon bouquin ! GRETCHEN Laisse tomber ton bouquin. Gretchen est fatiguée. JIMMY Au chapitre douze. GRETCHEN JIMMY Kitty voulait se rendre à Lisbonne pour voir les Take That en tournée, mais au lieu d'y aller, elle reste avec Simon, bien que leur couple n'ait pas le moindre avenir. J'arrive pas à le croire, c'est parfaitement cohérent ! C'est pour cette raison qu'ils restent ensemble. Ce sont les miroirs de notre relation. Vu que leur amour est un amour interdit. Ça signifie qu'il est condamné ! GRETCHEN Pourquoi il est interdit ? JIMMY Parce qu'ils sont demi-frère et sœur. GRETCHEN Attends, quoi ? Jimmy, mais alors c'est un inceste ! JIMMY Comment t'as pu rater ça ? GRETCHEN J'écoutais dans les grandes lignes. JIMMY J'ai commencé à écrire cette histoire, au moment où je suis tombé amoureux de toi. GRETCHEN JIMMY Et tu vois, même si je balisais et que c'était mal. Je me disais. Que je devais réfréner mes sentiments et me consacrer à mon bouquin. Mais c'était toi, qui me faisait carburer pendant toute cette période. GRETCHEN Je t’ai fait carburer pour écrire l'histoire d'un inceste chaud bouillant ? Laisse-moi voir. JIMMY GRETCHEN Montre-moi ce que t'as pondu la nuit dernière quand tu étais dans tous tes états. JIMMY Non, mais tu rêves ! Quand on vit une expérience aussi intense et qu'on lit un merveilleux psychodrame tel que : "La largeur d'une pêche", on commence par le début. GRETCHEN JIMMY GRETCHEN JIMMY Chapitre un. "Un gémissement orgasmique pénétrant surgit en provenance de l'attique, derrière la cloison d'une petite porte, tandis que beaucoup plus haut, la très redoutable et terrifiante bombe cylindrique allemande S.C mille, s'apprêtait à percuter la Catherine Wheel Alley, centre-ville de Londres, code postal : E. C. deux N. quatre R. Q. GRETCHEN Pourquoi tu mets le code post ? JIMMY La qualité de l'écriture est dans les détails. DOROTHY J'étais tellement jalouse de toi que j'en ai été horrible. Je recherche du travail depuis si longtemps, et puis tu as trouvé le tien aussi vite, que j'étais. J'étais découragée. EDGAR Hé. Essaie de te souvenir comme j'étais intimidé le jour de mon tout premier cours. Tu avais fait toute l'introduction avec ce faux accent norvégien. DOROTHY Le personnage du vampire qu'avait les chocottes. EDGAR DOROTHY "Zoyez les bienvenus en cours. Ze vais vous sucer votre sang. EDGAR DOROTHY Sans dessus-de-sang. Ez-que cette cape me donne un air menaçant ? EDGAR DOROTHY J'étais plutôt drôle, non ? EDGAR Et tu l'es toujours. DOROTHY EDGAR DOROTHY Je reviens tout de suite. EDGAR EDGAR DOUG BENSON Edgar. Ici Doug Benson, D. B. Industries. Écoutez, j'adore vos idées de sketchs. Je rigole encore de celui de "l'avocat qui ment est un menteur". EDGAR DOUG BENSON Je réunis un pool d'auteurs pour trois mois à partir de lundi, et je veux que vous en fassiez partie. EDGAR Euhm. Je. euhm, je. mais oui. Oui, oui, Monsieur Benson, bien entendu. DOUG BENSON Okay, je vous laisse. Je mange des sushis sur le corps d'un top-modèle israélien à poil et le thon va se réchauffer. TOVA EDGAR DOUG BENSON Un petit coucou, Tova. DOROTHY Qui c'était ? EDGAR Euh. C'était. Mon travail, ils veulent que j'y aille lundi prochain. DOROTHY EDGAR À la salle de sport. Apparemment quelqu'un aurait démonté la porte d'une cabine de douche, dans le vestiaire des hommes. DOROTHY Colby et Travis ? EDGAR On ne le saura pas de sitôt. Mais oui. C'est évident. DOROTHY EDGAR Yes ! LINDSAY T'as cru que t'allais pouvoir me commander. Mais je suis une personne, Paul. C'est pas comme si j'étais un hobby. PAUL Tu as raison. Je voulais tellement une famille, que j'ai préféré ignorer et passer outre, ces sept-cent décillions de milliards de preuves qui me hurlaient continuellement : "qu'on avait rien à faire ensemble tous les deux." Tu crois que tu peux rester ici un peu plus longtemps ? Le temps de remettre nos affaires en ordre ? LINDSAY Pas de souci. PAUL Je crois qu'en fin de compte, on n’était que deux étoiles nées à des années lumières l'une de l'autre. Tu dois trouver quelqu'un dans ta propre constellation, Lindsay. LINDSAY Oh, mon nounours. PAUL LINDSAY LINDSAY Tu veux annuler le contrat de mariage ? PAUL Tu m'as poignardé. Tu m'as cocufié. Et tu as détruit toute ma vie. LINDSAY PAUL Trouve-toi un avocat, pétasse ! LINDSAY PAUL JIMMY Simon regarda l'homme sortir du motel, ils étaient à nouveau seuls. Il la fixa du regard, elle préféra poursuivre sa propre réflexion. Bien qu'ils se mirent tous les deux à regarder la même chose. Les larmes qui envahissaient les yeux de Kitty. GRETCHEN Vas-y, ne t'arrêtes pas comme ça. Je veux savoir ce qu'il arrive à Kitty, Simon et Bug. Je me fais du souci pour Bug. JIMMY Je n'ai rien écrit d'autre. GRETCHEN Alors. Retourne-y, dépêche-toi. Tu sais comment ça se finit, non ? JIMMY Je le sais maintenant. Mais d'abord. J'ai besoin de me reposer les yeux. Je n'ai pas dormi depuis deux jours. JIMMY GRETCHEN Viens un peu là. JIMMY GRETCHEN On a encore rien résolu du tout. JIMMY Je sais. GRETCHEN Okay. Fais chier ! JIMMY Il est neuf heures du soir. GRETCHEN