ARNOLD_GENTHE ARNOLD_GENTHE_OFF COLONEL_MORRIS EUGENE_SCHMITZ FEMME_1 FEMME_2 FEMME_3 GEORGE HOMME_1 HOMME_2 HOMME_3 HOMME_4 HOMME_5 HOMME_6 HOMME_7 JAMES_DALESSANDRO JAMES_HOPPER JAMES_HOPPER_OFF JOHN LUCY_FISHER LUCY_FISHER_OFF MARK_ZOBACK NARRATEUR NICKY PATRICK_BUSCOVICH PHILIP_FRADKIN PILLARD SOLDAT TOM_SIRAGUSA WILLIAM_STEHR WILLIAM_STEHR_OFF NARRATEUR La Californie. La terre promise de générations de colons américains partis tenter leur chance avec la conquête de l'ouest... Mais aux profondeurs de ce paysage à couper le souffle se trouve une force dont bien plus puissante que tout rêve américain : la faille de San Andreas... Cette crevasse en perpétuel mouvement s'étend sur 1 300 kilomètres à la surface de la Terre et longe l'une des plus grandes villes de la côte ouest américaine :... San Francisco. NARRATEUR Parmi ses gratte-ciel et ses élégants boulevards vivent 7 millions d'habitants qui savent ce qu'ils risquent si la faille venait à trembler. Cette ville vit hantée par son passé... Il y a un siècle, le 18 avril 1906 à l'aube, la faille de San Andreas déclencha un tremblement de terre d'une ampleur apocalyptique. NARRATEUR En l'espace de 72 heures, San Francisco fut rasée. Cette ville-champignon née de la ruée vers l'or était en ruine. 6 000 habitants auraient trouvé la mort... Cet événement représenta un tel traumatisme que des centaines de rescapés consignèrent le récit des événements... Ce film s'inspire des témoignages... ARNOLD GENTHE À San Francisco. NARRATEUR ...de ceux qui survécurent à ce séisme. WILLIAM STEHR À l'aide ! WILLIAM STEHR OFF Je sais que la maison va s'effondrer comme les autres. Je voudrais sauter sur le bâtiment du dessous... Mais elle s'écroule dans un vacarme assourdissant. LUCY FISHER Suivez-moi ! Ça va s'effondrer !... Par là. Venez... Vite ! NARRATEUR Voici l'histoire du chaos et de la terreur causés par ce désastre... Mais aussi celle des conséquences de cette catastrophe.... Des mensonges et de la corruption qui dominèrent lorsqu'il fallut reconstruire la ville. NARRATEUR Aujourd'hui encore, les San Franciscains risquent de payer au prix fort l'arrogance et la cupidité de leurs ancêtres. NARRATEUR San Francisco a toujours été le symbole d'une Amérique moderne et progressiste. Mais un jour ou l'autre, cette ville sera détruite, comme elle l'a été il y a un siècle. Elle est bâtie sur les ruines d'une ancienne San Francisco, une ville qui, jusqu'au séisme du 18 avril 1906, était aussi fière et prospère que celle d'aujourd'hui. JAMES DALESSANDRO Les personnes vivant dans la région de San Francisco doivent prendre conscience de l'ampleur de ce qui est arrivé. Il doivent comprendre que bien que nous vivions au paradis, ce paradis se trouve au-dessus de la faille de San Andreas, ainsi que sept autres failles en activité. Si le terrorisme est une éventualité, les séismes sont une certitude. NARRATEUR Les fantômes du passé hantent encore la ville... Ils nous mettent en garde... contre cette bombe à retardement géologique enfouie sous les rues. MARK ZOBACK Les événements de 1906 se reproduiront. C'est inévitable. Reste à savoir quand cela va arriver. Ce n'est qu'une question de temps. Cela ne sera peut-être pas dans dix, cinquante ou cent ans, mais cela aura lieu. NARRATEUR San Francisco est une ville unique en son genre. Son avenir a été défini par son passé. NARRATEUR En 1906, San Francisco est dans la force de l'âge. En seulement cinquante ans, elle est devenue la capitale financière de l'ouest américain et abrite les nouveaux riches de Californie. Un soir d'avril, tout le gratin s'est réuni pour écouter le plus célèbre chanteur de l'époque, Enrico Caruso. Celle que l'on surnomme le Paris de l'ouest veut prouver qu'elle est une ville de culture autant que de richesse. NARRATEUR Dans le public se trouve un jeune journaliste plein d'ambition, James Hopper. Né à Paris, son goût pour l'aventure l'a déjà mené aux quatre coins du monde... Il s'est rendu à San Francisco en quête de gloire et de fortune, en tant qu'écrivain. Il cherche une histoire qui pourrait lancer sa carrière. Mais jamais il n'aurait pu deviner ce que le jour suivant lui réserve. JAMES HOPPER Monsieur Spreckels... Monsieur Phelan. Madame Phelan. JAMES DALESSANDRO En lisant les écrits de James Hopper, on comprend que c'était un homme qui appréciait tous les aspects de la ville. Il aimait les classes populaires autant que l'élite. Il aimait son architecture, son caractère, ses habitants. Pour lui, c'était un endroit tout simplement extraordinaire. NARRATEUR C'est la ruée vers l'or de 1849 qui transforme en un rien de temps cette petite ville sans prétention en cité d'un demi-million de prospecteurs, de joueurs et d'aventuriers. NARRATEUR En cinq décennies, ses banques voient passer plus d'un milliard de dollars provenant de l'or et des terres. Les prospecteurs sont suivis de près par les immigrants. Des travailleurs chinois, irlandais ou italiens de toutes les confessions et de toutes les couleurs viennent faire fortune. NARRATEUR À des kilomètres de la civilisation la plus proche, San Francisco devient rapidement un symbole de l'Amérique moderne... Mais il y a un revers de la médaille à ce rêve californien. L'appât du gain attise la corruption et la cupidité. Le personnage le plus puissant est le maire de la ville Eugene Schmitz. NARRATEUR À 41 ans, Schmitz dirige la ville de San Francisco comme son empire. Fort de trois mandats, il est apprécié des électeurs... Mais il s'est également fait de puissants ennemis, des entrepreneurs qui prétendent que sa fortune s'est faite à coup de pots-de-vin... San Francisco s'apprête à payer très cher la corruption de son maire. NARRATEUR À treize kilomètres de là, en profondeur, des forces s'agitent le long de la faille de San Andreas et menacent la ville et toute sa population. NARRATEUR À quelques rues de là, dans un univers à l'opposé du restaurant huppé où dîne le maire, William Stehr termine sa journée de travail dans une petite boulangerie viennoise. WILLIAM STEHR Vérifiez les adresses, pour les livraisons. Il ne faut pas qu'il y ait d'erreur... Allez, à demain... Nicky, viens nous aider. NICKY Bien, monsieur. NARRATEUR C'est pour travailler que Stehr est arrivé en Californie, attiré, comme des milliers d'autres immigrants, par l'opportunité de commencer une nouvelle vie. Mais le lendemain matin, le nouveau monde de Stern ne sera plus que ruines. Il ne lui restera plus que son instinct de survie. WILLIAM STEHR Bon, à demain. WILLIAM STEHR Pitié ! Aidez-moi ! NARRATEUR Plus que huit heures avant le grand désastre. NARRATEUR À l'opéra, tandis que le légendaire Caruso chante devant la haute-société san franciscaine, le jeune journaliste James Hopper entame son compte rendu. JAMES HOPPER OFF Quel succès que cet opéra ! San Francisco est à son apogée. Notre ville a fait son entrée dans le monde. NARRATEUR Mais son article ne sera jamais publié. Quand la ville se couche, ce soir-là, personne ne se doute avec quelle rapidite la chance va tourner pour San Francisco. NARRATEUR Ancestrale et meurtrière, la faille de San Andreas traverse la Californie sur environ 1 300 kilomètres. C'est une menace permanente pour la terre et ses habitants. NARRATEUR Profondément enfouies, deux plaques tectoniques géantes se frottent l'une contre l'autre depuis quinze millions d'années... Elles font partie de douze blocs de roche de 80 kilomètres d'épaisseur qui forment la croûte terrestre. NARRATEUR La plaque pacifique s'étend de la Californie au Japon et percute en permanence la plaque nord-américaine, faisant ainsi de la faille de San Andreas l'une des zones sismiques les plus dangereuses de la planète... La habitants de la côte ouest américaine vivent en terrain miné. À tout moment, ce terrain peut s'ouvrir en deux. NARRATEUR Cent ans après le tremblement de terre de 1906, les scientifiques sont toujours incapables de prévoir la date de la prochaine catastrophe. Mais à Parkfield, dans le nord de la Californie, d'audacieux sismologues creusent à trois kilomètres de profondeur en plein cœur de la faille de San Andreas. MARK ZOBACK C'est la toute première fois que l'on fore dans une faille en activité qui déclenche des séismes en permanence. Nous allons également placer un dispositif de surveillance au cœur de la faille. NARRATEUR À Parkfield, ils espèrent être les premiers à observer un monde encore inconnu, les rouages d'une faille en activité. Ici, la plaque pacifique charge sans relâche vers l'Alaska, au nord, au rythme de deux centimètres par an. NARRATEUR En profondeur, la roche en fusion circule librement. Mais sur les quinze kilomètres supérieurs de la croûte terrestre, les plaques s'imbriquent, et des tensions gigantesques s'accumulent et causent des séismes. MARK ZOBACK Grâce à cet observatoire situé directement dans la faille de San Andreas, nous espérons savoir si les séismes sont prévisibles ou non. NARRATEUR L'expérience de Parkfield est l'équivalent sismologique de la conquête de l'espace : un pas vers l'inconnu. Mais ce dont les scientifiques sont sûrs, c'est qu'un nouveau séisme colossal est inévitable. Les erreurs commises il y a un siècle, motivées par la cupidité et une vision à court terme ont ouvert la voie à un deuxième désastre. NARRATEUR Le tremblement de terre de 1906 représente une alerte que lance l'Histoire au San Francisco de notre époque. NARRATEUR Au petit matin du 18 avril 1906, l'infirmière Lucy Fisher dort dans sa chambre, dans un foyer pour femmes. Dans trois heures, elle doit reprendre son travail à l'hôpital central de la ville. Mais à 5 heures et 12 minutes, sa vie, comme celle de William Stehr, de James Hopper et de tous les habitants de San Francisco va changer à jamais. NARRATEUR À treize kilomètres de la ville, soudain, les plaques pacifique et nord-américaine glissent. NARRATEUR Après sa soirée à l'opéra, le journaliste James Hoper est rentré chez lui JAMES HOPPER OFF Le chaos de la ville m'a réveillé. D'emblée, c'était un séisme d'une violence inouie. JAMES HOPPER Qu'est-ce que c'est que ça ? JAMES HOPPER OFF Cela a démarré avec une fermeté, une détermination qui ne laissaient aucun doute quant à son intention. J'ai cru que c'était la fin. NARRATEUR Pendant 48 interminables secondes, San Francisco tremble. NARRATEUR Le jeune boulanger William Stehr loue une chambre dans un foyer bon marché. WILLIAM STEHR Ouvre-toi ! Pitié ! Allez ! WILLIAM STEHR OFF J'ai voulu sauter sur le toit du dessous... Mais la maison voisine s'est écroulée dans un vacarme assourdissant... Elle s'est effondrée dans un nuage de poussière. J'entendais les cris d'agonie de ses résidents. NARRATEUR Le foyer de briques et de bois de Lucy Fisher tangue violemment. LUCY FISHER OFF Un tel cataclysme ne pouvait être qu'annonciateur de mort. J'étais terrifiée, ballottée de tous côtés par des secousses d'une violence extrême. LUCY FISHER N'aie pas peur. Il n'y a rien à craindre. WILLIAM STEHR Allez ! Ouvre-toi ! LUCY FISHER Vérifiez que tout le monde est bien sorti. Suivez-moi. Gardez votre sang froid. JAMES HOPPER Mon Dieu. LUCY FISHER Suivez-moi !... Suivez-moi, ça va s'effondrer !... Par là. Venez... Vite ! NARRATEUR Une onde sismique se déplaçant à plus de 16 000 kilomètres/heure a traversé la ville en libérant une énergie équivalant à plus d'un millier d'explosions nucléaires. NARRATEUR C'est l'une des premières grandes catastrophes à se produire dans cette nouvelle ère de photographie de masse. Les images sont là pour témoigner de l'ampleur du désastre... La pression accumulée dans la faille de San Andreas depuis plus de deux siècles a défiguré San Francisco en moins d'une minute. NARRATEUR C'est le plus gros séisme à avoir touché une ville américaine, avec 8,3 sur l'échelle de Richter. PHILIP FRADKIN Ils ont vu cette onde dévaler Washington Street, les bâtiments et les trottoirs se soulever puis redescendre, et soudain, le calme est revenu. Ce silence, c'est ce que tout le monde a décrit. La ville hurle, remue, tremble avec fracas, et soudain, le silence se fait pendant un long moment. NARRATEUR Le jour se lève et les San Franciscains découvrent leur ville en ruine. Parmi eux se trouve le journaliste James Hopper. JAMES HOPPER OFF Les environs étaient presque déserts. Les maisons détruites étaient vides. Tout n'était que silence autour de moi. Les grondements des bâtiments s'étaient tus et seule une brique tombait ici et là, comme les dernières gouttes de pluie après une tempête. JAMES HOPPER OFF Quelle abomination. Dans les rues, les gens étaient débraillés et muets. Totalement muets, comme si en un instant, ils avaient perdu la raison et la parole. Pas un cri, pas un son, pas un pleur. Pas même un murmure. NARRATEUR Des quartiers entiers ont été rasés par l'explosion, notamment l'hôpital dans lequel travaillait Lucy Fisher. HOMME 1 Reculez. Doucement... Reculez ! LUCY FISHER Excuez-nous. Laissez-nous passer. NARRATEUR Tandis que les premiers blessés commencent à affluer, elle se porte volontaire dans un hôpital de campagne. HOMME 1 Reculez. Seuls les blessés peuvent entrer. NARRATEUR Pour Lucy Fisher et beaucoup d'autres, l'ampleur du désastre dépasse l'entendement. Elle ne sait rien des séismes et ne conçoit pas qu'une force puisse provoquer de tels dégâts. LUCY FISHER OFF Je sentais que d'autres fléaux allaient succéder à la calamité que nous venions de vivre. Je pensais que ce cataclysme avait touché la planète entière et semé la terreur chez des millions de personnes. NARRATEUR S'imaginant vivre ses derniers jours sur terre, Lucy est déterminée à noter toute ses observations. LUCY FISHER OFF Les patients arrivaient sans arrêt. Il était délicat de savoir comment aider ces pauvres victimes souffrantes. Je craignais que dans la confusion, nous ne passions à côté des cas les plus graves. J'avais l'impression de vivre un véritable cauchemar. NARRATEUR L'épicentre du séisme se situe à 13 kilomètres à l'ouest de la ville, dans les profondeurs de l'océan Pacifique. Ses ondes sismiques meurtrières ont frappé San Francisco en moins de deux secondes. South of Market est le quartier le plus touché de la ville. NARRATEUR 90 000 personnes, soit un cinquième de la population, vivaient dans cette zone en ruine. NARRATEUR Rien que dans la Nevada Rooming House, cinquante personnes sont portées disparues. Parmi elles, se trouve le jeune boulanger William Stehr. WILLIAM STEHR OFF Quand j'ai repris connaissance, j'ignorais où je me trouvais. WILLIAM STEHR OFF J'étais enseveli. La chambre avait dû s'effondrer sur moi et je suffoquais. Mais je n'étais pas le seul. J'entendais les cris d'autres victimes, les hurlements de ceux qui mouraient dans les ruines... Ces cris, en particuliers ceux des femmes, étaient anominables. WILLIAM STEHR À l'aide !... À l'aide ! Aidez-moi ! WILLIAM STEHR OFF J'étais face à la mort, mais impossible de faire abstraction de ces hurlements. C'est ce que j'ai vécu de plus insoutenable. WILLIAM STEHR Je ne veux pas mourir. WILLIAM STEHR OFF Allongé dans le noir à respirer cet saturé, je me suis tâté de la tête aux pieds du mieux que j'ai pu, pour voir si j'avais une fracture... J'arrivais à bouger mes doigts et mes orteils. Mes jambes et bras semblaient intacts. Mes les débris qui m'écrasaient étaient trop lourds pour que je puisse les soulever. J'étais coincé. NARRATEUR La quartier de South of Market est surpeuplé et mal aménagé. Mais s'il a souffert le plus du séisme, c'est surtout parce qu'il se trouve sur une zone gagnée sur l'eau. NARRATEUR Quand la terre s'est faite rare pendant le boom de la ruée vers l'or, la ville a conquis la baie et s'est étalée à l'aide de déchets, de sable et de bois en décomposition. NARRATEUR Quand le séisme a frappé ce terre-plein, les puissantes secousses ont contraint les eaux à imbiber le sol meuble, le transformant en sables mouvants. Des rues entières sont alors aspirées et se retrouvent enfouies sous terre... Il ne reste plus grand-chose de South of Market. PATRICK BUSCOVICH Certaines portions de South of Market s'étaient liquéfiées. Le sol était réduit en bouillie, et comme c'était une faille en décrochement, il s'était déplacé horizontalement. Le sol avait avancé d'environ quatre mètres. NARRATEUR En 1906, sur huit kilomètres carrés, San Francisco est formé d'un terrain gagné sur la baie. MARK ZOBACK Pendant un séisme, quand les ondes traversent des terres fabriquées par l'homme ou des sols meubles, cela se fait tellement lentement que les ondes sismiques s'accumulent et s'intensifient près de la surface, ce qui provoque des secousses beaucoup plus violentes. L'intensité des secousses est directement liée au type de terrain selon les endroits. NARRATEUR Dans les hauteurs de la baie, le séisme n'a pas troublé le sommeil du maire de la ville Eugene Schmitz. HOMME 2 Monsieur Schmitz ! Monsieur Schmitz ! NARRATEUR La résidence du maire, comme celle de ses voisins fortunés n'ont subi pratiquement aucun dégât. EUGENE SCHMITZ Du calme ! J'arrive. HOMME 2 Il y a eu un tremblement de terre. EUGENE SCHMITZ Quoi ? HOMME 2 C'est le chaos. La situation est grave. EUGENE SCHMITZ Une minute. Laissez tourner le moteur. Allons à l'hôtel de ville. NARRATEUR L'onde de choc a ravagé la ville. Les rues sont rasées. Mais dans un premier temps, la répartition des dégâts ne semblent suivre aucune logique. À South of Market, quasiment tous les bâtiments ont été détruits... Pourtant, certains quartiers plus prospères tels que Nob Hill, Telegraph Hill et Pacific Heights ont été épargnés. Mais ce n'est pas que la solidité des bâtiments qui les ont sauvés. L'explication se trouve dans le sol. Toutes ces zones ont un point commun géologique. PATRICK BUSCOVICH L'accélération du sol la plus faible a lieu dans au niveau du soubassement. C'est le type de couche le plus sûr. Certaines portions de San Francisco sont situées au-dessus d'un soubassement. C'est là qu'il vaut mieux être, en cas de séisme. NARRATEUR La résidence d'Eugene Schmitz se situe à Pacific Heights, au-dessus d'un soubassement solide. NARRATEUR À 6 heures 15 du matin, une heure après le tremblement de terre, il quitte le confort de sa maison et se fait conduire en ville... C'est là qu'il prend conscience de l'ampleur du désastre. HOMME 2 Les décombres nous ralentissent. EUGENE SCHMITZ Coupez par Market Street. Ça ira plus vite. NARRATEUR Pour ses concitoyens dans le besoin, Eugene Schmitz représente leur seul espoir. Mais le maire a-t-il l'étoffe d'un héros ? Coment un politicien soupçonné d'être entré en fonction à force de pots-de-vin pourrait-il être l'homme qui va sauver San Francisco ? NARRATEUR Le 18 avril 1906 est une date que toute une génération de San Franciscains n'oubliera jamais, le jour où un séisme aura rayé de la carte un cinquième de la ville et aura fait des milliers de morts et de blessés... Coupés du monde extérieur, beaucoup pensent que le jour du jugement dernier est arrivé. FEMME 1 Le Seigneur est mon berger. Je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène vers les eaux tranquilles. Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal. Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ; j'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours. NARRATEUR Les habitants paniqués s'emparent de leurs biens les plus précieux et abandonnent ce qu'il reste de leur maison. Ils ne peuvent sauver que ce que leurs bras peuvent contenir. Il ne reste plus de cheval pour tirer les charrettes... Apeurés, les animaux ont fui la ville. NARRATEUR Tandis que les rescapés s'enfuient, la rumeur enfle. Il semblerait que des pillards fassent les poches des cadavres et leur coupe les doigt pour leur voler leur alliance... Le bruit court que d'autres villes des États-Unis auraient été anéanties... New York aurait été détruite. Chicago serait sous les eaux... Un raz de marée aurait englouti Seattle... Personne ne sait si ces rumeurs sont infondées ou si l'apocalypse s'est abattu sur le pays tout entier. NARRATEUR La ville est plongée dans le chaos. Il faut que quelqu'un prenne les commandes. Le seul homme à pouvoir agir est le maire Eugene Schmitz, qui est en route pour le quartier général de la ville. JAMES DALESSANDRO En arrivant à l'hôtel de ville il prend conscience que San Francisco court un grave danger. EUGENE SCHMITZ Le palais de justice a-t-il survécu ? HOMME 2 Oui. EUGENE SCHMITZ Nous y ferons notre quartier général. JAMES DALESSANDRO Il se dirige vers le palais de justice, et aperçoit les colonnes de fumée qui s'élèvent au sud de Market Street. Une fois arrivé, il apprend que des scènes de pillages ont eu lieu, que les gens implorent qu'on les aide, que le réseau téléphonique est hors service, de même que les alarmes anti-incendie, que l'arrivée d'eau est interrompue. Ce 18 avril 1906 au petit jour, il comprend qu'il a affaire à une catastrophe d'une ampleur sans précédent. NARRATEUR En avançant dans les décombres de la ville, il voit dans ce désastre une opportunité... La veille du séisme, le maire a été informé qu'on veut l'inculper pour corruption... S'il est reconnu coupable, il risque au moins vingt ans de prison. NARRATEUR Le séisme lui offre une occasion idéale de se racheter, s'il parvient à dominer la situation et à être perçu comme le sauveur de cette ville ravagée. NARRATEUR San Francisco est isolée. À 500 kilomètres de là, Los Angeles n'est qu'un petit avant-poste de l'ouest. Les grandes villes les plus proches sont Chicago et New York, à l'autre bout du pays. L'aide ne peut venir que des citoyens ordinaires tels que l'infirmière Lucy Fisher. LUCY FISHER OFF L'hôpital était un monde totalment différent de celui que nous connaissions. C'était comme si cette bonne vieille terre en qui nous avions tant confiance nous avait abandonnés sans regret, comme la trahison d'une amie après des années de loyauté LUCY FISHER Que lui est-il arrivé ? MÉDECIN 1 Un mur l'a écrasé. LUCY FISHER Où se trouve la morphine ? MÉDECIN 2 J'ignore s'il y en a. NARRATEUR Les réserves s'amenuisent. Les amputations sont réalisées sans anesthésie. Et les blessés ne cessent d'affluer. NARRATEUR Les lits des hôtels et des magasins de meubles ont été réquisitionnés. Les lignes télégraphiques sont hors-service, il n'y a plus d'éléctricité, les routes et les chemins de fer déformés ne sont plus empruntables. Et sous les décombres une ville parallèle retient ses habitants blessés. Parmi les milliers ensevelis sous les gravats se trouve le jeune boulanger William Stehr. WILLIAM STEHR Je suis coincé ! À l'aide ! WILLIAM STEHR OFF Combien de temps avais-je passer ici ? Dehors, les bâtiments continuaient de s'effondrer et je craignais de mourir écrasé. Si je ne sortais pas vite, ce lieu serait mon tombeau. WILLIAM STEHR À l'aide ! WILLIAM STEHR OFF J'étais paniqué. Je pensais ne jamais pouvoir m'échapper, quand soudain, j'entendis quelqu'un courir sur les débris au-dessus de moi. Enfin une lueur d'espoir. S'il parvenait à m'entendre, je serais peut-êrte sauvé. WILLIAM STEHR Attendez ! Attendez ! HOMME 3 Où êtes-vous ? WILLIAM STEHR Je suis là ! En dessous ! HOMME 3 Je ne vous vois pas ! WILLIAM STEHR Ne partez pas ! Ne me laissez pas ! HOMME 3 Je ne vous vois pas !... Où êtes-vous ? Où êtes-vous ?... Je ne vous vois pas ! WILLIAM STEHR En-dessous ! Ne partez pas ! HOMME 3 Où êtes-vous ? WILLIAM STEHR Ne me laissez pas ! WILLIAM STEHR OFF Mais mes cris restaient sans réponse. HOMME 3 Je ne vous vois pas !... Où êtes-vous ?... Je ne vous vois pas !... Où êtes-vous ? WILLIAM STEHR OFF Peu à peu, sa voix s'éloigna. J'étais perdu, seul face à une mort qui me semblait imminente. NARRATEUR Pendant que William Stehr lutte pour sa survie, la tâche qui attend Eugene Schmitz est immense. Schmitz a converti les sous-sols du palais de justice en cellule de crise. Il est prêt à embrasser le rôle qui fera son succès ou sa perte, celui de sauveur de San Francisco. JOHN T. WILLIAMS C'est pire que ce que nous imaginions. L'hôpital central s'est écroulé, la morgue a été détruite et la prison va lâcher. EUGENE SCHMITZ Évacuez la prison, surveillez de près les détenus et relâchez les petits délinquants. Trouvez-moi le shérif O'Neil et faites-lui recruter 200 shérifs-adjoints. Faites-les patrouiller dans toutes les automobiles possible. Tout le monde doit savoir que c'est toujours moi qui dirige la ville. C'est depuis ici que nous allons la sauver. Et dites à O'Neil de faire fermer tous les saloons sur-le-champ. JAMES DALESSANDRO Quel impact a eu le séisme sur Eugene Schmitz ? C'est un débat sans fin. Je pense qu'il a vu dans la catastrophe de 1906 une opportunité de laver son image. Il savait que s'il prenait les bonnes décisions, alors les accusations de corruption pourraient disparaître. C'était là l'occasion de devenir un héros aux yeux de San Francisco. NARRATEUR Mais sa mission s'apprête à devenir encore plus délicate que ce qu'il s'imaginait. NARRATEUR À 8 heures 14, trois heures après le séisme, San Francisco est secouée par une violente réplique. MÉDECIN 1 Restez où vous êtes ! Ne LUCY FISHER Gardez votre calme MARK ZOBACK Une réplique, c'est la libération de l'excédent d'énergie qui s'est emmagasiné. Il y a un glissement sur la faille, qui redistribue la pression dans la région environnante. Les zones qui avaient déjà été touchées sont alors frappées par ce qu'on appelle une réplique. JAMES HOPPER Ça va ? Vous devez partir d'ici. NARRATEUR Pour le journaliste James Hopper, la réplique est l'œuvre d'une force malveillante qui traque les rescapés et frappe une ville qui est déjà au plus mal. JAMES HOPPER OFF À peine commencions-nous à saisir l'ampleur du désastre que nous étions à nouveau frappés. C'était comme si l'attaque avait quelque chose de délibéré. Quelqu'un semblait agir avec l'intention cruelle d'agrandir le nombre de victimes écrasées par les édifices. FEMME 2 Aidez-moi ! JAMES HOPPER Il y a quelqu'un ! J'arrive ! Je viens vous aider ! NARRATEUR Jusqu'à présent, Hopper errait dans les rues et notait ce qu'il y observait. FEMME 2 À l'aide ! JAMES HOPPER Où êtes-vous ? NARRATEUR Mais la réplique le force à passer à l'action. FEMME 2 S'il vous plaît, aidez-moi ! JAMES HOPPER Je ne vous entends pas ! FEMME 2 Par ici ! JAMES HOPPER J'arrive... Tenez bon... Mon Dieu... Vous pouvez bouger ? JAMES HOPPER OFF J'entrai dans une pièce contenant un lit recouvert de débris. De ces débris dépassaient une main blanche et fine qui me suppliait. FEMME 2 Je ne sais pas. J'ai mal. JAMES HOPPER OFF Je déblayai les pierres et les briques, craignant qu'elle soit mourante. Mais ce petit être mince et pâle respirait encore. JAMES HOPPER Aidez-moi. Soutenez sa tête... Vous tenez debout ? JAMES HOPPER OFF Je la transportai jusqu'à ce qui faisait office de trottoir. JAMES HOPPER Tout doucement. C'est bien. Très bien, allons-y. JAMES HOPPER Doucement. Doucement... Voilà... C'est bien. Doucement. Faites bien attention... Doucement. Voilà. Tout doux. Trsè bien. NARRATEUR La réplique de 8 heures 14 n'est que la première d'une longue série. En tout, 26 autres vont suivre et ralentir des secours déjà débordés. NARRATEUR Mais un nouveau danger guette ceux qui ont survécu au séisme... Le feu. JAMES DALESSANDRO La catastrophe s'est déroulée en deux étapes. En soit, le séisme, c'était déjà quelque chose de colossal. Mais les San Franciscains semblent s'en être sortis relativement indemnes. Il n'y avait pas de panique généralisée. Mais le feu, c'est autre chose. Quand l'incendie a commencé à se propager, c'est là que la terreur et une véritable panique se sont emparées des San Franciscains. NARRATEUR La construction de San Francisco s'est faite à la hâte. Les tuyaux de gaz et d'électricité ont été installés côte à côte. Une simple étincelle pouvait donc déclencher un brasier. Mais pire encore, la ville en elle-même est une véritable poudrière. TOM SIRAGUSA San Francisco était condamnée à brûler, étant donné le type de bâtiment qu'il y avait. Il s'agissait d'édifices très rapprochés avec une structure en bois. Si un incendie devait se déclarer, il allait forcément faire des ravages. NARRATEUR Dans les rues bondées, 90 % des bâtiments sont en bois. Les flammes avancent à une allure inquiétante et dévorent des parties de la ville qui avaient été épargnées par le séisme. NARRATEUR Le photographe Arnold Genthe s'est réveillé ce matin dans sa maison, en banlieue, sans se douter du fléau qui s'est abattu sur la ville. Mais en apercevant les colonnes de fumée qui envahissent le ciel, il court voir son vendeur de matériel photographique. Genthe sait qu'il doit immortaliser cet événement. ARNOLD GENTHE George, il me faut un appareil photo. Vous avez un Kodak ? GEORGE Ça vous va, ça ? ARNOLD GENTHE Parfait. Et des pellicules. Plein. GEORGE Prenez ce qu'il vous faut. Tout va brûler. ARNOLD GENTHE Merci George... Et bonne chance. GEORGE Merci. NARRATEUR Arnold Genthe est arrivé d'Allemagne il y a onze ans. Il est connu à San Francisco et gagne bien sa vie grâce à ses portraits. Mais les photographies qu'il va prendre dans les trois jours vont éclipser tout le reste... Elles vont faire de lui l'un des photographes les plus renommés de son époque. NARRATEUR Depuis les ruines de Sacramento Street, il prend cette photo. Les habitants de San Francisco regardent brûler leur ville. ARNOLD GENTHE OFF À droite se trouve une maison, dont la façade s'est écroulée sur la rue. Ses occupants sont assis sur des chaises et regardent calmement les flammes approcher. Plusieurs groupes se tiennent dans la rue, immobiles. Ils observent les nuages de fumée. NARRATEUR À South of Market, le cauchemar continue. Les rues sables mouvants. Désormais, les rescapés qu'un brasier vient dévorer . Nombreux comme le boulanger William Stehr sont encore coincés sous les décombres. NARRATEUR Sans personne pour l'aider, Stehr doit trouver la force de se libérer seul. WILLIAM STEHR À l'aide !... Je suis coincé ! À l'aide ! WILLIAM STEHR OFF Je pensais être au fond du gouffre quand je sentis de la fumée et entendis le crépitement des flammes. Puis j'entendis des appels à l'aide déchirants. Il fallait que je sorte si je ne voulais pas périr dans les flammes. WILLIAM STEHR Pas maintenant. Pas maintenant ! WILLIAM STEHR À l'aide ! Je suis coincé ! À l'aide ! WILLIAM STEHR OFF Je me mis à lutter désespérement, en faisant appel au peu d'énergie qu'il me restait. Je tendais les bras, avançais les doigts. Les briques mises à nu, le bois brisé m'éraflaient la peau jusqu'au sang. Mes membres me faisaient souffrir mais je ne pouvais abandonner. J'avançais péniblement, centimètre par centimètre. WILLIAM STEHR OFF Soudain, mes doigts trouvèrent une ouverture. Je suivis la lumière à la force de mes bras. Je me tournai et rampai vers une brèche hérissée de clous et d'échardes qui me déchiraient les flancs et les vêtements... Jamais je n'oublierai cet instant merveilleux où j'aperçus le monde extérieur à travers les ruines de l'édifice. WILLIAM STEHR OFF Puis je pris ma première bouffée d'air frais... Je l'avalai d'un trait. C'était tellement agréable. NARRATEUR Pour la première fois, William Stehr voit les ruines brûlantes de ce qui était autrefois chez lui... Mais son supplice est loin d'être terminé. Il a une fracture du crâne et doit fuir cette ville consummée par les flammes. EUGENE SCHMITZ Où en sommes-nous ? JOHN T. WILLIAMS Les voitures 10 et 16 ne parviennent pas à contrôler l'incendie. Il s'étend trop rapidement. EUGENE SCHMITZ A-t-on trouvé le capitaine des pompiers ? JOHN T. WILLIAMS Oui, mais... EUGENE SCHMITZ Convoquez-le. JOHN T. WILLIAMS C'est impossible. EUGENE SCHMITZ Comment cela ? JOHN T. WILLIAMS Il est mourant. EUGENE SCHMITZ Comment éteindre un incendie sans capitaine des pompiers ? Convoquez son adjoint. JOHN T. WILLIAMS Bien, monsieur. Addams ?... Faites venir le capitaine adjoint. NARRATEUR Comble de , l'homme dont Schmitz a le plus besoin était censé se confronter à lui le matin-même au palais de justice. Pour forcer Schmitz à imposer des règles d'incendie plus strictes, le capitain des pompiers Denis Sullivan avait convoqué le conseil fédéral . TOM SIRAGUSA Le capitaine Sullivan était un visionnaire. C'était un homme extrêmement intelligent qui connaissait les risques, un homme de terrain. Il maîtrisait l'aspect politique néccessaire à la fonction de capitaine des pompiers d'une ville comme San Francisco. NARRATEUR Depuis des années, Sullivan cherche à alerter Schmitz des risques d'incendie que court San Francisco. À l'époque de la ruée vers l'or, par six fois, la ville a été réduite en cendres. Sullivan a prévenu le maire que s'il n'investit pas dans de nouveaux réservoirs, et un système de secours à l'eau de mer, un jour ou l'autre, un incendie ravagera la ville. JAMES DALESSANDRO Eugene Schmitz a rejeté le plan anti-incendie de Dennis Sullivan parce qu'il était trop coûteux, et qu'il préférait voir l'argent finir dans ses poches. NARRATEUR À présent, il se mord les doigts de ne pas avoir écouté le capitaine des pompiers. La prémonition de Sullivan est en train de se réaliser. Rien ne semble pouvoir freiner la progression du brasier. NARRATEUR À 11 heures, six heures après que le séisme a frappé, les flammes forment un véritable brasier qui dévore plus de soixante pâtés de maison... Dans ses mémoires, Arnold Genthe raconte son désespoir face à l'incendie. ARNOLD GENTHE OFF Les yeux rivés sur la ville, je pris conscience de l'ampleur du désastre qui s'était abattu sur nous. Les flammes grossissaient à vue d'œil. À l'horizon, à perte de vue, des nuages de fumée s'élevaient dans le ciel et les flammes dévoraient tout sur leur passage. NARRATEUR Les fumées les plus épaisses se dégagent des ruines de South of Market Street ... Là, en plein chaos, le boulanger William Stehr cherche toujours à s'échapper. WILLIAM STEHR OFF Quand le feu se jetait sur quelqu'un, le bruit était atroce : un long cri d'agonie qui ne prenait fin que lorsque la victime mourait dans la fureur des flammes. HOMME 4 À l'aide ! WILLIAM STEHR OFF J'entendis un appel à l'aide. Quelqu'un était en vie. HOMME 4 Pitié, aidez-moi! NARRATEUR Les flammes avancent parmi les décombres qui retiennent encore prisonniers des centaines de personnes. HOMME 4 Aidez-moi à sortir ! WILLIAM STEHR OFF Je tenais à peine debout, mais je ne pouvais rester sans rien faire. Il fallait que je vienne à son secours. Mais j'étais si faible que je ne pouvais faire grand-chose. WILLIAM STEHR Prenez ma main ! HOMME 4 Faites-moi sortir ! WILLIAM STEHR OFF Mais les flammes Nous n'avions aucune chance de le sauver. WILLIAM STEHR Désolé. HOMME 4 Non ! Ne me laissez pas ! NARRATEUR Plus d'une douzaine de personnes auraient supplié qu'on les achève... Tout sauf l'horreur de brûler vif. HOMME 4 S'il vous plaît, abattez-moi. Tirez. Je ne veux pas brûler. NARRATEUR Ce sont désormais les grands brûlés qui affluent l'hôpital de fortune. Lucy Fisher et ses collègues sont à bout de force. LUCY FISHER Je peux vous aider ? FEMME 3 Mes enfants ont disparu. LUCY FISHER Comment ça ? FEMME 3 Je les ai perdus. Mes bébés. LUCY FISHER Vous les retrouverez. FEMME 3 Mes vêtements ont pris feu. On m'a éloignée, et depuis, je n'ai pas revu mon mari. LUCY FISHER Ne vous inquiétez pas. NARRATEUR À l'extérieur, les flammes se rapprochent de l'hôpital à grande vitesse. LUCY FISHER Je vais voir le médecin. Je reviens... Il faut faire sortir tout le monde. MÉDECIN 1 Pourquoi ? LUCY FISHER L'incendie approche. NARRATEUR À 11 heures 30, Lucy Fisher se voit contrainte d'évacuer l'hôpital de campagne. NARRATEUR San Francisco est noyée sous les flammes. Le maire n'a aucun capitaine des pompiers pour coordonner la lutte contre le brasier, quand lui parvient une autre mauvaise nouvelle. JOHN T. WILLIAMS Nous ne trouvons pas d'eau. EUGENE SCHMITZ Comment ça ? Pas une goutte d'eau ? JOHN T. WILLIAMS Pour l'instant, non. EUGENE SCHMITZ Qu'ils continuent de chercher. Vérifiez les vieilles citernes. Il doit bien y en avoir. La ville est entourée d'eau. Et donnez-moi des nouvelles de chaque voiture de pompier. JOHN T. WILLIAMS Certaines sont introuvables. EUGENE SCHMITZ Faites un effort, monsieur Williams. Nous devons les localiser. JOHN T. WILLIAMS Entendu. NARRATEUR Le séisme a rompu les conduites d'eau de la ville. Les choix douteux du maire – son manque d'investissement dans la ville, son refus d'écouter son entourage – commencent à le rattraper. À présent, sans eau et sans idée pour éteindre l'incendie, San Francisco paie au prix fort les erreurs de son maire. NARRATEUR San Francisco subit de plein fouet les conséquences du plus puissant séisme qui ait frappé une ville américaine. NARRATEUR Un brasier ravage ses ruines... mais la ville n'a plus d'eau pour l'éteindre. NARRATEUR Un exode massif est en cours. Le journaliste James Hopper les regarde passer. JAMES HOPPER OFF En état de choc, la population fuit la ville. Ils marchent en rythme. Aucune bousculade. Personne ne court ni ne piétine. Bizarrement, leur calme me semble pire qu'une scène d'hystérie collective. Il est l'expression d'une grande tragédie, d'un désespoir total. Les visages sont figés, les regards vides, résignés. Ils sont poursuivis sans cesse par ce raz de marée embrasé. NARRATEUR À quelques rues de là, les photographies d'Arnold Genthe donnent vie au récit de James Hopper. Le destin a offert aux deux hommes la mission de toute une vie. Devant leurs yeux, 250 000 personnes abandonnent la ville. ARNOLD GENTHE OFF À midi, toute la ville prend la fuite. Par milliers, ils se dirigent vers le ferry dans l'espoir de traverser la baie jusqu'à Oakland. Toutes les rues menant à Golden Gate Park sont remplies d'un flux continu d'hommes, de femmes et d'enfants. Aucun témoin de ces scènes ne pourra jamais oublier le bruit des coffres que l'on traîne au sol. NARRATEUR Il y a six heures, William Stehr, un jeune boulanger, était bloqué sous les décombres de son foyer. Désormais, il s'est joint à la foule qui tente de se mettre à l'abri. NARRATEUR Mais écrasé par les poutres et les pierres, Stehr s'est fracturé le crâne La douleur causée par sa blessure est trop forte et il s'effondre. NARRATEUR La foule poursuit son chemin et le laisse pour mort sur le bord de la route. Ils veulent se mettre en sécurité à Golden Gate Park, NARRATEUR Derrière eux, la ville brûle et le chaos prend racine. Quand on entend dire que les assurances couvreront les dégâts liés à l'incendie mais pas au séisme, les maisons qui tiennent encore debout sont incendiées. PILLARD Il y en a d'autre... Des dimands, des perles. NARRATEUR Il n'y a plus de loi. Les pillards prennent d'assaut les saloons. Ivres, ces délinquants mettent la ville à sac. JAMES DALESSANDRO En un sens, San Francisco est redevenue... une ville de far west... C'était le chaos, il n'y avait plus d'autorité. Comme l'Histoire nous le montre, les catastrophes font ressortir ce que l'on a de meilleur et ce que l'on a de pire. L'humanité se retrouve réduite à son instinct de survie le plus basique. NARRATEUR Le maire Eugene Schmitz perd le contrôle de San Francisco. Il doit trouver un moyen de faire régner l'ordre dans la ville... À 15 heures, il convoque les cinquante hommes les plus importants de San Francisco, qu'ils soient ses amis ou ses ennemis. EUGENE SCHMITZ Bonjour à vous. Les circonstances sont extrêmement graves. Ce que je m'apprête à vous dire ne sera peut-être pas du goût de tout le monde. Vous serez peut-être désaccord, mais je peux vous assurer qu'aujourd'hui, seules les solutions les plus radicales sauveront notre ville. On nous signale des scènes de pillage. Des biens sont subtilisés et des propriétaires se voient dépossédés de leurs droits à travers toute la ville. Il n'existe qu'une seule méthode pour combattre la menace de l'anarchie qui envahit nos rues. La voici. NARRATEUR L'homme que Schmitz va avoir le plus de mal à convaincre est un adversaire puissant, le colonel Morris. EUGENE SCHMITZ ont reçu mon autorisation de tuer tous ceux qui s'adonneront au pillage ou à tout autre crime. COLONEL MORRIS Monsieur le maire, êtes-vous prêt à assumer la pleine responsabilité d'une telle décision ? EUGENE SCHMITZ Oui. C'est mon devoir envers la ville. Le seul moyen d'enrayer les pilleurs est de tirer sur ceux qui seront pris sur le fait. Sachez que trois hommes ont déjà été abattus sans merci. Nous n'avons aucun temps à perdre avec des voleurs... Des plans de la ville vont vous être remis. NARRATEUR D'après la constitution américaine, seule le président a le pouvoir de déclarer la loi martiale. Mais Schmitz ferme les yeux sur ce détail. Il s'est autoproclamé shérif de la ville de San Francisco. NARRATEUR Une vieille presse a survécu au tremblement de terre. Schmitz décide de la remettre en service... 5 000 affiches annonçant l'ordre du maire de tirer à vue sont placardées dans la ville. JAMES DALESSANDRO Beaucoup de personnes pensent que Schmitz est soudain devenu un dirigeant déterminé, mais la plupart de ses décisions étaient injustes. L'armée aurait abattu jusqu'à 500 personnes. Des innocents auraient été tués en venant chercher ce qui leur appartenait chez eux... Je pense que c'était un ordre désastreux. NARRATEUR Schmitz fait appel à l'armée pour faire régner l'ordre mais aussi pour combattre le brasier. EUGENE SCHMITZ Allez, fini de se reposer... Approchez. Plus vite que ça... Nous allons nous organiser. NARRATEUR 6 000 soldats sont rassemblés dans des camps et se préparent à étouffer le feu à l'aide d'une tactique radicale :... la dynamite. NARRATEUR L'armée pense qu'en rasant des rues entières, cela créera des zones trop vastes pour que les flammes puissent les traverser. Mais il va falloir démolir des millions de dollars d'immobilier appartenant aux riches sympathisants de Schmitz. Encore une fois, il est en désaccord avec le colonel Morris. COLONEL MORRIS C'est quand vous voulez !... En détruisant les bâtiments, nous supprimons tout les combustibles possible. Nous pourrons ainsi ralentir son avancée. EUGENE SCHMITZ Mais à quel prix ? COLONEL MORRIS Monsieur le maire, il n'y a pas d'autre solution... Prêt ? Et... feu ! EUGENE SCHMITZ Vos explosion ont causé plus d'incendies qu'elles n'en ont éteint. COLONEL MORRIS Avec les bonnes réglages, tout ira bien. EUGENE SCHMITZ Je ne crois que ce que je vois. NARRATEUR Mais le maire n'a pas vraiment le choix. Sans eau, sa seule possibilité est d'autoriser l'usage de dynamite pour créer des coupe-feu. Mais en regardant s'écrouler les édifices, qui appartiennent en grande partie à , il commence à panique. JAMES DALESSANDRO Si c'est à contre-cœur qu'Eugene Schmitz a autorisé ce dynamitage à grande échelle, c'est pour plusieurs raisons. Il n'était pas convaincu que cela soit légal. Il craignait que la ville soit traînée en justice. Il ne voulait pas non plus démolir tous ces commerces qui appartenaient à ses amis. En résumé, Eugene Schmitz était face à un dilemme : faire exploser sa ville ou la laisser brûler. NARRATEUR Le maire tente sans succès de retarder le dynamitage. Piqué au vif, il critique l'armée et accuse les équipes de dynamitages d'œuvrer de manière alétoire et de manquer d'expérience. Et il a raison. TOM SIRAGUSA C'est une excellente idée. En retirant tout combustible se trouvant sur le chemin d'un incendie, il ne peut plus progresser. Mais en faisant manipuler de la dynamite à des personnes sans expérience, ou en agissant sans coordination, on risque de causer davantage de problème. NARRATEUR Soudain, Schmitz est perçu comme la voix de la raison. Pour cause de pénurie, il a fallu que l'armée utilise le mauvais type d'explosif. Au lieu de bâtons de dynamite, ils font détoner bien moins précises. JAMES DALESSANDRO est l'une des substances les plus inflammables qui existent. Dans bien des cas, à chaque fois qu'ils dynamitaient une structure en bois, le bâtiment prenait feu et les débris enflammés retombaient à des dizaines de mètres pour déclencher de nouveaux incendies. Chaque fois qu'ils faisaient exploser un édifice, cet édifice déclenchait un nouvel incendie. NARRATEUR Les détonations sont si fréquentes que les rescapés décrivent le vacarme d'un champ de bataille. Chaque explosion prend à la ville une autre pièce de son histoire. C'est un véritable carnage pour le Paris de l'ouest... James Hopper est sous le choc face à cette destruction volontaire. JAMES HOPPER OFF Horrifié, je regarde la ville exploser. Les détonations s'enchaînent, comme si on avait déclaré la guerre à San Fransciso. JAMES HOPPER Mon Dieu. NARRATEUR À l'autre bout de la ville, Arnold Genthe continue de photographier les pertes humaines causées par la catastrophe. Le brasier qui engloutit la ville atteint des températures dépassant les 1 000 degrés Celsius. Les scènes d'horreur sont immortalisées par l'appareil de Genthe. NARRATEUR Absorbé par son travail, il est interrompu par un voisin. HOMME 5 Hé ! Hé ! Arnold ! Qu'est-ce que tu fais là, imbécile ? ARNOLD GENTHE Je prends des photos. HOMME 5 Tu ferais mieux de partir. ARNOLD GENTHE Pourquoi ? HOMME 5 Ils vont dynamiter ta maison. ARNOLD GENTHE Tu es sûr ? HOMME 5 Oui ! ARNOLD GENTHE Oh non, mes négatifs ! NARRATEUR Quand Genthe arrive chez lui, à Sutter Street, il a un aperçu de la justice sommaire qui est appliquée dans la ville. SOLDAT N'avancez pas ! Vous n'avez pas le droit d'entrer. ARNOLD GENTHE Mais c'est chez moi. J'habite ici. SOLDAT Plus pour longtemps. Ça va exploser. ARNOLD GENTHE Qui en a décidé ainsi ? SOLDAT J'ai pour ordre d'évacuer les bâtiments. Si vous n'obtempérez pas, je tire ! ARNOLD GENTHE Très bien. D'accord. ARNOLD GENTHE OFF Je ne voulais pas le contredire, mais il fallait absolument que j'aille à l'intérieur. Je pourrais peut-être protéger ce qui m'appartient. Mais je devais rester prudent. Il paraît que la milice, ivre de pouvoir, a tiré sur des gens. ARNOLD GENTHE Vous voulez boire un verre ?... Du vin, ou même du whisky. Vous devez être épuisé. Un petit verre ou deux, ça ne pourra pas vous faire de mal. SOLDAT Vous avez raison... Mais ne tentez rien. ARNOLD GENTHE Très bien. ARNOLD GENTHE OFF Dans mon cellier, j'ai conservé une précieuse bouteille. Un Schloss Johannisberg de 1868 que je réservais pour un événement digne de ce nom. Cette grande occasion est arrivée. ARNOLD GENTHE Tenez. Du whisky et du vin. ARNOLD GENTHE OFF Je sais qu'il ne l'appréciera pas à sa juste valeur ARNOLD GENTHE Un petit verre pour vous. ARNOLD GENTHE OFF Alors pour lui, ce sera du whisky. SOLDAT C'est léger. ARNOLD GENTHE Portons un toast... À San Francisco. NARRATEUR Douze heures après le séisme, il ne reste plus grand-chose de San Francisco. L'incendie semble irréductible, et cette ville de près d'un demi-million d'habitants a maintenant des airs de ville-fantôme. Les réfugiés établissent leur camp dans la campagne environnante... Là-bas, Lucy Fisher prend soin des blessés... Comme Arnold Genthe, des centaines de personnes se trouvent sans logement suite au dynamitage. ARNOLD GENTHE Il faut que je remonte ! SOLDAT Dégagez ! NARRATEUR À cause du désastre, le maire Eugene Schmitz a été contraint de quitter son quartier général. Si l'incendie n'est pas éteint sous peu, les flammes vont tout dévorer jusqu'au Pacifique. Schmitz doit agir, et vite. NARRATEUR En seulement douze heures, l'avenir de San Francisco, la fierté de l'ouest américain, ne tient plus qu'à un fil... Après le séisme, un brasier est en train de consumer la ville. 250 000 rescapés ont pris la fuite. Ils cherchent refuge dans l'un des trente camps de secours. NARRATEUR À Golden Gate Park, le maire Eugene Schmitz qui, 24 heures plus tôt, était l'homme le plus puissant de la côte ouest, est assis dans un pré, contraint de diriger les vestiges de sa ville depuis une tente. Les réserves d'eau sont à sec. Toutes les sources ont été épuisées dans cette bataille contre les flammes. Et sans eau, la dynamite est la seule méthode pour contenir le brasier. Désormais, l'armée, menée par le colonel Morris, souhaite créer à coups d'explosifs un coupe-feu long de 6 kilomètres, une barrière géante en plein San Francisco. EUGENE SCHMITZ Je n'autoriserai pas un coupe-feu de cette taille. COLONEL MORRIS L'incendie est trop puissant et trop rapide. EUGENE SCHMITZ Je ne vais tout de même pas détruire San Francisco pour la sauver. COLONEL MORRIS Soit nous transformons Van Ness en coupe-feu, soit la ville disparaît. EUGENE SCHMITZ Seuls les bâtiments se trouvant sur le trajectoire des flammes doivent être démolis. COLONEL MORRIS Mais Van Ness est la seule zone suffisamment vaste ! EUGENE SCHMITZ J'ai dit non ! NARRATEUR Le colonel Morris a raison : Van Ness Avenue est l'endroit idéal pour un coupe-feu. La rue fait 38 mètres de large. Mais à 18 heures, moins de la moitié des bâtiments situés à l'est de Van Ness sont en feu. En acceptant la proposition du colonel Morris, Schmitz serait responsable d'avoir sacrifié 200 pâtés de maison. Et ce ne sont pas n'importe quels quartiers. Il devrait annoncer à ses riches sympathisants qu'il allait laissé brûler leurs bâtiments. NARRATEUR Le premier quartier dans la ligne de mire est Nob Hill. Là, les plus fortunés ont pique-niqué toute la journée en contemplant les flammes consumer la ville, convaincus que dans les hauteurs, ils ne risquent rien. Mais à 20 heures, le vent change de direction. Les flammes dépassent les équipes de dynamitage et se dirigent vers les sommets. TOM SIRAGUSA San Francisco contient de nombreuses collines. Les incendies qui démarrent à la base d'une colline brûlent plus rapidement parce qu'ils chauffent les bâtiments qui se situent au-dessus. Pour comprendre puissance thermique, il faut visualiser une casserole qui chauffe. Les flammes font chauffer ce qu'elles ont au-dessus et le potentiel pour que cela brûle augmente de façon considérable. C'est deux fois plus rapide sur le flanc d'une colline que sur un terrain plat. NARRATEUR L'élite de la ville doit suivre l'exode, elle aussi. Il n'y a désormais plus de différence entre les riches et les pauvres. NARRATEUR Rue après rue, les manoirs de millionnaires sont dévorés par les flammes. NARRATEUR Tandis que brûlent les édifices des propriétaires californiens, Eugene Schmitz hésite. Il est à deux doigts d'accepter la proposition d'un coupe-feu géant quand une dernière opportunité se présente à lui. JOHN T. WILLIAMS On a trouvé de l'eau. EUGENE SCHMITZ Où ça ? JOHN T. WILLIAMS Dans une citerne sur Nob Hill. EUGENE SCHMITZ Parfait ! Allons-y. NARRATEUR Grâce à cette découverte inespérée, 150 000 litres d'eau vont permettre de lutter contre les flammes... Eugene Schmitz se joint aux pompiers qui œuvrent au Hopkins Art Institute... La roue semble enfin tourner pour le maire. Avec de l'eau, il va pouvoir combattre le feu à sa manière. Il va pouvoir empêcher l'armée de raser des quartiers entiers pour créer un coupe-feu géant. NARRATEUR Cette nuit-là, certains tableaux parmi les plus précieux qu'abrite San Francisco sont sauvés des flammes... Mais les enjeux sont plus importants encore. Pour le maire, cela pourrait représenter un tournant pour son combat contre le brasier. NARRATEUR Malheureusement, l'espoir est de courte durée... À 2 heures du matin, l'eau vient à manquer. EUGENE SCHMITZ Nous avons fait de notre mieux. NARRATEUR La bataille pour sauver Nob Hill est perdue. NARRATEUR Les villas et les manoirs, symboles de la ruée vers l'or californienne, n'existent plus. Il n'y a plus que des réfugiés. NARRATEUR Plus de 250 000 sans abri, qu'ils soient riches ou pauvres, ont rejoint les camps de secours installés aux frontières de la ville... Plus tard, le journaliste James Hopper décrira une misère d'une ampleur telle que l'Amérique n'avait jamais connue. JAMES HOPPER OFF J'erre dans des camps où des milliers de sans-abri ont trouvé refuge, avec leurs couvertures et leurs quelques provisions. Partout, je ne vois que souffrance. Des blessés, des mutilés, des démunis. Personne ne sait combien sont morts. Les gens croient dur comme fer que San Francisco n'existera bientôt plus. NARRATEUR Les San Franciscains, affamés et assoiffés, voient s'effacer sous leurs yeux leur rêve américain. HOMME 6 De nouveaux blessés ! De nouveaux blessés ! NARRATEUR L'hôpital de campagne a été déplacé à Golden Gate Park. Lucy Fisher, qui travaille sans relâche depuis 24 heures, fait le deuil de la vie qui lui était familière. LUCY FISHER OFF Nous vivons dans un nouveau monde. Plus rien n'a aucune valeur. Les objets, les biens sont devenus futiles. Le passé s'est éteint. Tout est neuf, effroyable. Ces nuits passées au parc sont à jamais gravées dans ma mémoire, comme incrustées à l'aiguille. NARRATEUR Quelques heures plus tôt, William Stehr s'est évanoui sur le bord de la route en tentant de se joindre à ceux qui fuient la ville. Il reprend connaissance dans un lit d'hôpital de fortune. WILLIAM STEHR OFF Je peux à peine bouger et reste allongé pendant des heures, parmi les milliers d'autres qui ont tout perdu : leurs amis, leur famille, leur maison. Et en fond sonore, au loin, j'entends les flammes dévorer cette ville où je suis venu chercher une nouvelle vie. NARRATEUR Le bruit et l'odeur de la ville incendiée sont omniprésents. Impossible d'ignorer la destruction qui continue de s'opérer... Le feu a totalement dépouillé Arnold Genthe, parmi tant d'autres. ARNOLD GENTHE Ce soir-là, je dors à Golden Gate Park en compagnie de milliers d'autres qui vivent le même enfer que moi. Nous sommes les réfugiés d'un désastre qui nous a privés de notre maison et de nos possessions matérielles. NARRATEUR Le photographe a dit adieu au travail de toute une vie quand il s'est fait chasser de chez lui... Plus tard, il regrettera de ne pas en avoir fait davantage pour sauver ses objets de valeur. ARNOLD GENTHE Si j'avais fait preuve de plus d'intelligence, au lieu de boire, j'aurais pu sauver les biens qui me sont les plus chers. Mes documents familiaux et, bien sûr, les milliers de négatifs que j'ai pris durant ma carrière. Ce ne sont plus que des bouts de verre fondu et incandescent. NARRATEUR Dans son Q.G. Temporaire à l'autre bout du camp, le maire Eugene Schmitz est dans l'impasse. En insistant pour que les demeures des plus fortunés soient sauvegardées, il a permis au brasier de se propager. Il ne peut plus rien pour ses concitoyens. Il est pris dans un bras de fer contre l'armée. À présent, les manoirs de ses riches sympathisants sont en ruine. NARRATEUR Toute la nuit, Schmitz a mauvaise conscience. Pour que le peu qu'il reste puisse être sauvé, c'est maintenant qu'il faut agir... Le jeudi matin à l'aube, il convoque le colonel Morris. COLONEL MORRIS Nous n'avons plus le choix. EUGENE SCHMITZ Va pour Van Ness. COLONEL MORRIS Vous avez conscience que tous les bâtiments situés à l'est devront être rasés. EUGENE SCHMITZ Très bien. Il faut sacrifier l'avenue, sinon toute la ville brûlera. TOM SIRAGUSA Choisir d'utiliser la dynamite pour créer un coupe-feu sur Van Ness était une décision extrêmement courageuse... Il a fait preuve de fermeté. Était-ce une décision convenable ? Étant donné les circonstances, oui. NARRATEUR Les équipes de dynamitage convergent depuis toute la ville vers Van Ness Avenue. La bataille de Van Ness peut commencer. Un bâtiment après l'autre, ils font exploser la rue entière... Le coupe-feu doit s'étendre sur 38 mètres de large pour 6 kilomètres de long. C'est le dernier espoir pour sauver la ville. Pour la première fois depuis le début de la catastrophe, Eugene Schmitz et le colonel Morris travaillent conjointement, pour vaincre leur ennemi commun : le feu. NARRATEUR L'armée déroule un tuyau de plus d'1,5 kilomètres qui amène de l'eau de mer à Van Ness depuis la baie de San Francisco. Mais sur une telle distance, la pression de l'eau est faible. Ce n'est qu'en concentrant tous leurs efforts sur ce dernier combat contre le brasier que San Francisco a une chance de s'en sortir. COLONEL MORRIS Il faut faire quelque chose pour ces bâtiments, et vite. JAMES DALESSANDRO Van Ness Avenue était le boulevard le plus large de San Francisco. À l'est, tout avait déjà été détruit par le feu et les dynamites, mais le boulevard était si large que les flammes n'avaient pas encore atteint l'ouest. Si ça devait arriver, alors il était possible qu'elles ravagent tout jusqu'à l'océan Pacifique. Jusqu'à présent, c'était la seule partie de la ville qui n'avait pas été touchée par l'incendie. Si c'était le cas, alors concrètement, il ne resterait plus rien de San Francisco. NARRATEUR Eugene Schmitz attend impatiemment. Si le coupe-feu ne fonctionne pas, il se tiendra alors sur les décombres d'une ville qu'il aura contribué à détruire. NARRATEUR Le vendredi 20 avril, les trois quarts de San Francisco ont été réduits en cendres. C'est un combat acharné pour sauver ce qu'il subsiste... Le cœur de l'action se trouve sur Van Ness Avenue, la rue la plus large de la ville. Si les flammes traversent Van Ness, rien ne pourra les arrêter. NARRATEUR Les pompiers, les volontaires et les dynamiteurs s'affairent dans une chaleur étouffante... Cette offensive est leur dernier espoir pour étouffer ce brasier... La ligne de combat s'étale sur vingt pâtés de maisons. Ils sont nombreux à lutter sans relâche depuis 48 heures, mais il n'y a plus de renforts à appeler. NARRATEUR Les blessés sont transportés d'urgence à l'hôpital de campagne établi aux abords de la ville... Tout en soignant ses patients, Lucy Fisher entend les explosions au loin. LUCY FISHER OFF Les détonations des dynamites résonnent nuit et jour et emplissent mon cœur de pitié. Je pense aux courageux soldats et pompiers qui agissent avec un tel héroïsme, sans sommeil ni repos dans cette fournaise. Ils tentent de sauver notre ville de la destruction la plus totale. Le ciel rouge écarlate illumine nos nuits et l'incendie approche avec une telle vitesse que même notre camp, bien qu'à des kilomètres de la ville, est menacé par les flammes. NARRATEUR La bataille fait rage le jeudi dans la nuit et le vendredi matin. EUGENE SCHMITZ Allez, du nerf ! NARRATEUR Inlassablement, les flammes menacent de traverser le coupe-feu à l'aide des étincelles projetées par le vent et la dynamite... Les volontaires arrachent des charpentes brûlantes à main nu. Tous savent que s'ils échouent, tout ce qu'il reste de la ville disparaîtra. JAMES DALESSANDRO Avec des couvertures, des serviettes et des rideaux, ils tentent d'étouffer les flammes qui consument leurs maisons en bois. C'est une bataille contre le feu d'un héroïsme exemplaire, sur une distance qui dépasse les 6 kilomètres. Cela partait du front de mer et cela suivait Van Ness Avenue jusqu'à California Street. C'était un cordon gigantesque. NARRATEUR Sur Van Ness, l'incendie fait rage depuis 12 heures. Mais chaque fois qu'il menace de traverser le coupe-feu, il est freiné. Petit à petit, la chance commence à tourner. Les flammes continuent de consumer l'est de Van Ness, rue après rue. Mais à l'ouest, le coupe-feu fonctionne. Les derniers quartiers de San Francisco à tenir debout semblent enfin hors de danger. NARRATEUR L'annonce est faire au petit jour. À 5 heures du matin, le maire Eugene Schmitz se met en avant et saisit sa chance de devenir le héros de la situation. EUGENE SCHMITZ Messieurs, je déclare une victoire dont nous pouvons être fiers. Nous avons maîtrisé l'incendie. Le pire est derrière nous. NARRATEUR Le brasier a été battu a Van Ness Avenue. Les flammes qui brûlent à l'est sont progressivement contenues et éteintes. Mais ce qui était autrefois l'un des plus beaux boulevards de San Francisco n'est plus désormais qu'une épave carbonisée. NARRATEUR En trois jours, le désastre a détruit une zone six fois supérieure à celle du grand incendie de Londres. 28 000 bâtiments sont en ruine. Les trois quarts de la ville ont été anéantis, ne laissant derrière eux qu'une carcasse de briques calcinées et de métal difforme. Au total, jusqu'à 6 000 décès seraient à déplorer. NARRATEUR Les 24 heures suivant la victoire sur Van Ness, les derniers foyers sont éteints. Le samedi 21 avril à 7 heures du matin, l'incendie est déclaré officiellement terminé. HOMME 7 L'incendie est éteint ! L'incendie est éteint ! C'est fini ! NARRATEUR Mais bien qu'il se réjouisse avec les autres rescapés, le journaliste James Hopper sait que la population va devoir faire face à une dévastation d'une ampleur presque inconcevable. JAMES HOPPER OFF Cet interminable désastre s'est déroulé sur trois jours. À peine commencions-nous à saisir ce qu'il nous arrivait que la catastrophe entrait dans une nouvelle phase. Maintenant que tout est terminé, le tout est tellement colossal que le cerveau humain ne semble pas adapté à une telle prise de conscience. La destruction de San Francsico restera à jamais un cauchemar flou, chaotique et sombre. NARRATEUR Les dégâts sont estimés à un milliard de dollars, l'équivalent de quatre milliards actuels. Plus de 200 000 personnes n'ont plus de toit. PHILIP FRADKIN Visuellement, la ville ressemblait à Dresde, Hamburg, Hiroshima. C'était une véritable ruine, avec quelques squelettes de bâtiments et une ou deux silhouettes qui erraient comme des âmes en peine dans les rues. La ville était désolée. Ce n'était plus que des décombres. NARRATEUR Quand les San Franciscains, retrouvent les épaves de leurs maisons, le choc est immense. Au moins une douzaine de suicides sont signalés. Tout ce qu'il possédait est perdu, et ceux qui leur étaient chers sont morts. NARRATEUR Vingt millions de dollars sont nécessaires au déblaiement des rues, avant que la reconstruction puisse commencer. Plus de la moitié de la ville doit vivre dans les camps d'urgence, avant de savoir comment et où ils seront relogés. L'armée américaine expédie 200 000 rations de nourriture et toutes les tentes en sa possession pour approvisionner les camps. Le gouvernement fédéral envoie six millions de dollars pour nourrir et habiller les victimes. NARRATEUR Mais malgré cette aide, la maladie accable les tentes surpeuplées. La typhoïde, la méningite et la variole ne cessent de se déclarer. 70 000 personnes ne conçoivent plus leur avenir ici et quittent San Francisco pour de bon. PHILIP FRADKIN Le séisme et l'incendie ont eu un impact considérable sur San Francisco. Elle a été anéantie sur le plan physique, mental, légal, économique et social. Il y a eu une période de destruction physique et une période de destruction psychologique. NARRATEUR Le maire Eugene Schmitz se charge personnellement de la reconstruction, qui démarre aussitôt que les cendres ont refroidi. Étonnamment, le 1er mai, dix jours seulement après l'extinction de l'incendie, les premiers tramways sont remis en marche sur Market Street, la rue principale. Deux mois plus tard, le 1er juillet, Eugene Schmitz ordonne l'évacuation de l'armée. Aux yeux de tout son entourage, Schmitz est le sauveur de San Francisco. JAMES DALESSANDRO Cela a énormément profité à Eugene Schmitz... C'est devenu un héros. Pour la plupart des gens, même ses détracteurs, il avait été capable de prendre des décisions cruciales. On ne peut pas critiquer son dirigeant en temps de guerre ou de catastrophe. Il y a des sujets plus graves que la politique ou la corruption. La priorité, c'était de reconstruire la ville de San Francisco, de la remettre sur pied. PHILIP FRADKIN Grâce au séisme et à l'incendie, le maire a joui d'une meilleure réputation, car il a fait preuve d'une grande réactivité... On peut comparer cela à ce qu' a fait Rudolph Giuliani qui, après l'attentat contre le World Trade Center, a su regagner la confiance des électeurs. NARRATEUR Mais ce n'est pas par altruisme que le maire s'empresse de recontruire sa ville. Il craint que si les entreprises désertent San Francisco, la ville perdra à jamais son statut de capitale financière de l'ouest américain. NARRATEUR Des sommes considérables sont en jeu. Schmitz le héros retombe dans ses vieux travers et dissimule systématiquement l'ampleur et l'horreur du séisme de 1906. JAMES DALESSANDRO Je pense que la vérité a été délibérément cachée, qu'il y a eu une volonté consciente de minimiser la gravité du désastre. Un tel séisme était un événement inconnu et terrifiant. Ils craignaient que les gens abandonnent la ville, que plus personne n'investisse, que les intérêts commerciaux disparaissent, que les assureurs ne couvrent plus les catastrophes naturelles. PATRICK BUSCOVICH Les séismes n'étaient pas courants, dans les grandes villes des États-Unis, contrairement aux incendies. Un tremblement de terre et les dégâts qui en découlaient, cela pouvait avoir un impact négatif sur la croissance des entreprises dans la ville. Par contre, des incendies, il y en avait dans toutes les grandes villes, par exemple à Chicago. Les entreprises avaient l'habitude. NARRATEUR Le maire et les administrations qui suivront vont orchestrer une campagne de désinformation à grande échelle. Les photographies sont retouchées pour accentuer les dégâts causés par l'incendie et minimiser ceux dus au séisme. Les autorités ont pour instruction de parler du « grand incendie », et non du « grand séisme ». NARRATEUR La faille de San Andreas est purement et simplement supprimée des cartes géologiques de la Californie. La presse et les entreprises locales s'associent à la supercherie. Et cela fonctionne... Les affaires reprennent à grande vitesse et Schmitz renforce son statut de sauveur de San Francisco. NARRATEUR Même le nombre officiel des victimes est truqué. La mairie annonce un total de 498 décès. Aujourd'hui, on estime que le chiffre réel pourrait être dix fois supérieur. Et dans la course à la reconstruction, le maire choisit de ne pas tenir compte d'enseignements vitaux. JAMES DALESSANDRO Dans le processus de reconstruction, malheureusement, nous avons été négligents. On a choisi de ne pas améliorer le code de la construction. On a parfois pire que ce qu'il y avait avant. On a construit de nouveaux terres-pleins et on a fait exactement l'inverse de ce qu'on aurait dû faire. NARRATEUR South of Market, le quartier le plus touché par le séisme, est réaménagé... À la hâte, des zones entières sont à nouveaux gagnées sur l'eau, préparant ainsi le terrain pour des désastres à venir. NARRATEUR Le 17 octobre 1989, la ville de l'héritage du maire Eugene Schmitz. À 17 heures 04, San Francisco est frappé par le séisme de Loma Prieta. En 20 secondes, il aura causé 8 milliards de dollars de dégâts. D'immenses sections de l'autoroute 880 s'effondrent. 22 incendies se déclarent. Des terres-pleins se liquéfient, exactement comme en 1906. Sous les bâtiments, le sol se transforme en sable mouvant. NARRATEUR Ailleurs dans l'État, 68 personnes décèdent et près de 4 000 sont blessés. Il faudra plus de cinq ans pour réparer le plus gros des dégâts, mais la villé a survécu. Pour beaucoup, c'est la preuve qu'un désastre aussi énorme qu'en 1906 ne pourra jamais se reproduire. Mais de telles certitudes sont sans fondement. PATRICK BUSCOVICH En 1989, c'était un tout petit séisme, et au niveaux des dégâts, seuls quelques bâtiments ont été touchés à Marina District, de même que l'autoroute d'Embarcadero. Des quartiers entiers n'ont rien eu. Avec le prochain séisme, je pense qu'aucune partie de la ville ne sera épargnée. NARRATEUR Le Loma Prieta a atteint 6,9 sur l'échelle de Richter. Le séisme de 1906 était 32 fois plus puissant. Et tandis que l'épicentre du Loma Prieta était situé à une centaine de kilomètres de San Francisco, il était à 13 kilomètres en 1906. Loma Prieta n'était qu'un avertissement, qui présage d'une catastrophe bien plus grande. TOM SIRAGUSA À mon avis, le San Franciscain moyen n'a pas idée du potentiel que pourrait avoir le prochain séisme. 1989, c'était une mise en garde. Cela a affecté San Francisco, mais ce n'était pas basé ici. Cela n'a pas duré bien longtemps, comparé à ce qui s'est produit en 1906. Je me demande si nous sommes bien préparés à ce que nous réserve le prochain grand tremblement de terre. NARRATEUR Les scientifiques savent que les séismes reviennent de manière cyclique, et que dans les profondeurs des rues de San Francisco se trouve une bombe à retardement géologique. Quelque aprt le long de la faille de San Andreas, la pression qui s'accumule peut recréer 1906 PATRICK BUSCOVICH Quand nous aurons un séisme gigantesque, ce sera Malheureusement, il sera trop tard. NARRATEUR Mais il y a de l'espoir pour San Francisco. À Parkfield, à 480 kilomètres au sud de la ville, le projet de forage à 25 millons de dollars a enfin percé la faille de San Andreas en 2005. Les scientifiques sont parvenus à placer dans la faille des instruments leur permettant de mesurer les moindres changements. Grâce aux informations recueillies, ils espèrent pouvoir, un jour, anticiper les séismes avant qu'ils ne frappent. MARK ZOBACK La prévision de séismes peut prendre bien des formes. Le plus simple, ce serait de pouvoir allumer sa télé et de voir qu'aà tel ou tel endroit, va avoir lieu un séisme de telle magnitude à tel moment. Les gens sauraient quoi faire et les agences responsables d'agir en fonction du désastre potentiel sauraient quoi faire. Ce serait formidable de pouvoir arriver à ça. Mon on ne sait pas si c'est réalisable. NARRATEUR Aujourd'hui, sept millions d'habitants vivent autour de la baie de San Francisco, soit dix fois plus de victimes potentielles qu'en 1906. Le temps manque pour San Francisco, toujours incapable d'envisager son avenir JAMES DALESSANDRO Je pense que c'est notre inconscience, le facteur le plus dangereux. Nous vivons dans un endroit magnifique, avec une technologie de pointe, ce qui nous porte à croire, à tort, qu'un désastre de cette magnitude ne peut pas se reproduire et ne sera reproduira jamais. C'est le syndrome du Titanic. Pour moi, c'est le facteur le plus dangereux, pour la répétition de cet événement. TOM SIRAGUSA C'est comme lire un roman fantastique. C'est dans le passé. C'était il y a longtemps, dans d'autres contrées, comme un conte de fée. Personne ne se rend compte de l'ampleur que ça aura. NARRATEUR Mais les notes, les journaux et les photographies de ceux qui ont survécu au séisme de 1906 constituent une mise en garde du passé au San Franciscain actuels. Les auteurs de ces écrits ont survécu, mais leur vie a été changée a jamais. Lucy Fisher consacra le reste de sa vie à travailler pour la Croix Rouge. NARRATEUR William Stehr abandonna San Francisco. Il mourut à Los Angeles le jour du 21e anniversaire du tremblement de terre. Les photographies d'Arnold Genthe le rendirent célèbre. Il déménagea à New York, et compta parmi ses clients Greta Garbo et le président Theodore Roosevelt. NARRATEUR La carrière de James Hopper décolla également. Il écrivit six romans et fut correspondant spécial pendant la Première guerre mondiale. Le maire Eugene Schmitz finit par être poursuivi pour corruption, mais grâce à son soutien populaire, il fut Plus tard, il fut réélu À sa mort, le 20 novembre 1928, des funérailles NARRATEUR Personne ne sait quand aura lieu le prochain grand tremblement de terre, mais San Francisco est condamnée à revivre les tragiques événements de 1906. La faille de San Andreas ne connaît aucun repos NARRATEUR Il peut frapper demain ou pas avant cent ans. Mais peut-être frappera-t-il cette nuit, quand la ville dormira.