BILL_NYE COMMERCANTE HOMME_A HOMME_B HOMME_C HOMME_D HOMME_E HYDROLOGUE JOURNALISTE_A JOURNALISTE_B BILL NYE Bonjour, je suis Bill Nye. Hot-dog fa�on Chicago, les meilleurs de la plan�te. Certains ne jurent que par la relish, dautres par la moutarde, mais pour moi, cest ce fabuleux m�lange de saveurs r�unies dans du pain frais � base de bl� cultiv� dans les Grandes Plaines, � quelques kilom�tres dici. Je suis content davoir pu en d�nicher un, car ce hot-dog est menac�. Vous avez bien entendu. Dailleurs, tous les hot-dogs du monde entier sont sur le point de dispara�tre. Le b�uf, le pain, les condiments sont tous menac�s par une catastrophe qui sappr�te � r�duire nos provisions � n�ant. Jaurais s�rement d� demander des chips. Je suis � Chicago, ville r�put�e pour �tre tr�s venteuse, et aujourdhui ne d�roge pas � la r�gle, mais pas � cause de la proximit� avec le lac Michigan. Cest une catastrophe �cologique n�e au centre de lAm�rique et qui se dirige vers nous. Ce d�sastre va transformer le jour en nuit et le sol fertile en poussi�re s�che. Pr�parez-vous pour la temp�te de poussi�re la plus ph�nom�nale que le monde nait jamais connue�! Oh non� �a recommence�! Bonjour, les amis. Nous revoici � lInstitut des catastrophes, o� nous passons en revue les plus grands cataclysmes pass�s, pr�sents, ou pouvant se produire � tout moment. Ce soir, ce lieu va �tre t�moin dun d�sastre unique. Certaines catastrophes surviennent en quelques minutes, dautres en quelques jours, mais celle-ci durera des ann�es, des d�cennies, voire pour toujours. Des temp�tes apocalyptiques impitoyables, non pas de pluie et dinondations, mais de vent et de terre qui priveront les reliefs de toute forme de vie, transformant notre plan�te fertile en une terre en friche, affam�e et dess�ch�e. Eh, jolie faux. Pour tous les non-agriculteurs parmi vous, cest un outil quon utilise pour moissonner le bl� et les autres c�r�ales. Bien s�r, lui, il lutilise pour� vous savez tr�s bien pourquoi. Voici lhistoire des temp�tes de poussi�re, d�normes temp�tes capables de sabler les reliefs et d�radiquer toute humanit� de la surface de la Terre. Nous sommes sur le point de faire un tour dans notre simulateur de d�sastres. Je veux que vous viviez cette catastrophe en direct, de trois points de vue. Une jeune COMMERCANTE et dautres survivants qui sabritent alors que le jour se transforme en nuit� Une scientifique ayant des visions de poussi�re en regardant dans leau� et nous voyagerons dans le pass�, il y a quatre-vingt-dix ans, lorsque les premi�res temp�tes de poussi�re survinrent, d�truisant ainsi les terres agricoles o� lon cultivait les c�r�ales du monde entier. BILL NYE Les c�r�ales comme le bl� ou le ma�s sont des ingr�dients de base pr�sents dans toutes les cuisines du globe. Dans le pain, les p�tes, le pop-corn, les cookies, les tortillas, le couscous, la bi�re� on les trouve presque partout. Elles font partie des toutes premi�res plantes cultiv�es par lhomme. Les c�r�ales nourrissent les humains, le b�tail, et l�conomie mondiale. Sans c�r�ales, pas de civilisation. Notre histoire commence ici, dans un futur relativement proche, dans ce que lon appelle les Grandes Plaines, des millions dhectares de terres agricoles dans le Midwest. On le surnomme aussi le grenier, car les c�r�ales cultiv�es ici nourrissent des personnes du monde entier. Et quest-ce qui nourrit les c�r�ales�? Du cola saveur cerise. Non, je plaisante. Les c�r�ales sont nourries par le soleil, la terre, et leau, qui est dailleurs � lorigine du probl�me. Elle, cest une hydrologue, une scientifique qui �tudie leau sur et sous la surface de la Terre. Elle est actuellement en train de mesurer le niveau de la nappe phr�atique sous ce champ de ma�s. Cest lune des centaines de mesures quelle effectue depuis plusieurs mois dans la r�gion, et ce quelle vient de d�couvrir linqui�te. Le niveau de la nappe phr�atique diminue dangereusement et beaucoup plus vite quen temps normal. Laquif�re Ogallala dispara�t, ce qui pourrait sav�rer catastrophique pour le monde entier. LOma-Lady Gaga quoi�? Laquif�re Ogallala. Un aquif�re est une sorte de grand lac souterrain. Celui-ci est le r�sultat de la fonte des glaciers et des pr�cipitations survenues au cours des derniers mill�naires. En plus d�tre difficile � prononcer, laquif�re Ogallala est lun des plus grands au monde. Trois-cent-quatre-vingts billions de litres deau fra�che et propre � notre disposition. Et cest bien l� le probl�me. Nous la puisons depuis les ann�es pour irriguer les fermes de huit �normes �tats du Midwest. Cette source deau couvre les besoins de pr�s de �% de lagriculture c�r�ali�re mondiale. Notre hydrologue confirme que les niveaux de leau diminuent vite, trop vite. Mais o� va toute cette eau�? HOMME A Revenons � nos� BILL NYE Lagriculture industrielle, cest-�-dire la production � grande �chelle de cultures vivri�res et de b�tail, requiert beaucoup deau. Cet homme est le PDG de lune des plus grosses entreprises agroalimentaires du monde, et ses affaires ne se sont jamais aussi bien port�es. Mais pour faire des profits record, il faut des quantit�s deau record. Lentreprise pompe laquif�re nuit et jour pour arroser ses cultures assoiff�es. Elle a �galement vendu dimportantes quantit�s deau � dautres grandes exploitations agricoles industrielles. Elles sont litt�ralement en train dass�cher les terres. Dun coup sec. Si on ne devait garder quun seul coup de vache, ce serait celui-ci. BILL NYE Le coup de vache est le symbole de la n�gligence humaine pouvant provoquer une catastrophe ou laggraver. Lexpression sinspire dune vache nomm�e Daisy, qui, selon la l�gende, aurait renvers� une lanterne et d�clench� le Grand incendie de Chicago. On pourrait penser que stocker toute cette eau est ill�gal, comme on pourrait penser que la France a gagn� la Coupe du Monde . HOMME A La France sest incontestablement fait voler la victoire, mais ce que nous faisons na rien dill�gal. BILL NYE Malheureusement, ces deux informations sont vraies. La majeure partie de laquif�re Ogallala passe sous des terres priv�es, et les quelques soci�t�s qui poss�dent ces terres peuvent pomper leau � leur guise. Selon la loi, cette eau leur appartient. Le probl�me, cest que la nature na que faire des lois humaines, et cette recherche inconsid�r�e de profit va avoir de terribles cons�quences. N�gligence et avidit�, les principaux ingr�dients de ce coup de vache. La s�cheresse est lune des raisons pour laquelle ces entreprises pompent toute leau. Le r�chauffement climatique a consid�rablement diminu� les pr�cipitations dans cette partie du pays. Les fortes chaleurs ass�chent les terres. � mesure que la s�cheresse sintensifie, leau commence � �tre rationn�e, mais le mal est fait. Les nombreuses mauvaises r�coltes transforment les terres fertiles en d�serts arides. Et quand les vents des plaines deviennent plus chauds et plus forts, ils balaient de la poussi�re dans les airs, mais comme le disait Tagore, ��un grain de poussi�re ne souille pas une fleur��. Nest-ce pas�? Faux�! Si les Grandes Plaines sont aussi venteuses, cest parce quelles sont plates, sans arbre ni colline ou autre �l�ment pour ralentir le vent. Dailleurs, cette partie du Midwest est lun des endroits les plus venteux au monde. En temps normal, ce vent incessant nest pas probl�matique, mais lorsque la s�cheresse ass�che les terres et transforme le sol en poussi�re, ce vent devient une arme puissante qui cr�e d�normes temp�tes de poussi�re incontr�lables. BILL NYE Notre hydrologue ainsi que dautres scientifiques ne connaissent que trop bien le chaos que la terre et le vent peuvent semer. Ils tirent la sonnette dalarme au sujet des conditions dangereuses dans les Grandes Plaines. JOURNALISTE B Hum, hum. Oui. BILL NYE La hausse des temp�ratures due au changement climatique, la forte s�cheresse et la diminution des approvisionnements en eau sont hors de contr�le. Si nous nagissons pas pour pr�server leau, prot�ger les sols de la surexploitation agricole et ralentir le r�chauffement climatique, nous pourrions �tre confront�s � une catastrophe environnementale semblable au Dust Bowl [deust b�le] des ann�es , voire pire. JOURNALISTE A Un mur de poussi�re venant de lest� BILL NYE Pour la plupart des personnes nayant pas connu les ann�es , lexpression ��Dust Bowl�� ne signifie pas grand-chose. Cest le cas pour cette jeune COMMERCANTE qui vient douvrir son magasin � Chicago o� elle a tout juste �lu domicile. JOURNALISTE A � ces vingt derni�res ann�es, car les s�cheresses fr�quentes dans la r�gion et un essor de� BILL NYE Ce quelle ignore, cest que toute cette r�gion a autrefois �t� en proie � une catastrophe environnementale qui a dur� dix longues ann�es. Dust Bowl�? Vous voulez dire ��Les raisins de la col�re��, ce livre que la plupart dentre nous ont pr�tendu avoir lu au lyc�e�? Cette grande s�cheresse durant laquelle un groupe dagriculteurs d�sesp�r�s a fui en Californie. C�tait il y a environ quatre-vingt-dix ans. Aujourdhui, le monde nest plus du tout le m�me. Les charrues et les chevaux dautrefois ont �t� remplac�s par des technologies dirrigation modernes. Nous devrions trouver de meilleurs moyens de cultiver la terre plut�t que d�couter de vieilles le�ons dhistoire. BILL NYE Mais lhistoire ne sera pas ignor�e et les terres ne seront pas l�s�es. Ce que la plupart des gens ne r�alisent pas, cest que le Dust Bowl des ann�es �tait plus quune simple s�cheresse, c�taient d�normes temp�tes de poussi�re qui se reproduisent aujourdhui, une sorte dapocalypse frappant les terres am�ricaines. Cest cent millions de tonnes de poussi�re destructrice de Dame Nature. HOMME B Je te tiens. BILL NYE Avec des vents violents dau moins quatre-vingts kilom�tres/heure. Et ils nont pas lair contents. Pour les habitants de Chicago, cela ressemble � la fin du monde. Que se passe-t-il�? Do� cela vient-il�? Quand cela sarr�tera-t-il�? [� la COMMERCANTE] Merci. Et ce nest pas la seule temp�te. Le grenier de lAm�rique est vide. Si nous ne trouvons pas de nouvelles sources de c�r�ales, le pays mourra de faim. Bienvenue dans la nouvelle normalit�. Bon sang, cest minuit � midi�! [dans son masque] Allons-nous-en. Bon sang. Oh� Oh, oh. Bonjour. BILL NYE � ce stade, vous vous dites s�rement ��Bill, voyons, les Grandes Plaines se transforment en d�sert, Chicago est ensevelie par la poussi�re, plus de hot-dogs.�� Cest vrai. Cest un effondrement �cologique qui est en train de se produire. Pour esp�rer sortir indemnes de ce remake du Dust Bowl, il nous faut savoir comment nous avons surv�cu au premier. Le centre des �tats-Unis est en proie � un Dust Bowl des temps modernes, et ce nest pas aussi mignon et r�tro que �a en a lair. De nombreuses r�gions du pays disparaissent. Certains disent que cest la fin du monde, et ils pourraient bien avoir raison. [� la COMMERCANTE] Oh, merci. Ce quil se passe dans le Midwest nest que le d�but. Le monde entier est d�sormais menac� car des temp�tes commencent � se produire sur les autres continents. Comment en sommes-nous arriv�s l�? Navons-nous donc rien appris la premi�re fois�? � l�poque, c�tait tr�s similaire � aujourdhui. Notre civilisation �tait aux prises avec une pand�mie mondiale, la grippe espagnole, mais quand le virus sest �teint, les gens ont recommenc� � sortir et regagn� espoir. �videmment, beaucoup de bouleversements politiques sen sont suivis, avec des tyrans en puissance, mais l�conomie �tait florissante. Des millionnaires sont n�s. Je vous parle dil y a presque un si�cle. HOMME C Oh, non. HOMME D [� la t�l�] Nous sommes dans les ann�es . La Soci�t� des Nations voit le jour. Les femmes obtiennent enfin le droit de vote. Lalcool est prohib� pour une raison quelconque. Un homme du nom de Charles Ponzi cr�e le premier syst�me de Ponzi. Le jazz et le foxtrot font fureur. Gatsby devient magnifique. Les gar�onnes sen donnent � c�ur joie. Cette p�riode est surnomm�e ��les ann�es rugissantes��, car on travaille dur et samuse beaucoup, et rien ne semble impossible gr�ce aux nouvelles technologies�: vols motoris�s, radio et voitures sans chevaux. BILL NYE Vous savez, lorsque je regarde un film de cette �poque, �a me semble irr�aliste. Peut-�tre � cause du noir et blanc ou des v�tements ou des mouvements de danse, mais je suis forc� de me rappeler que ces personnes �taient aussi r�elles que vous et moi, leurs peurs �galement, et leurs r�ves aussi grands que les n�tres. BILL NYE Tout commence au c�ur des �tats-Unis, o� on assiste � un essor agricole consid�rable. Les terres sont bon march� et abondantes, et les sp�culateurs immobiliers senrichissent en vendant du r�ve aux nouveaux arrivants. Bien que cette partie du pays soit r�put�e pour ses terres fertiles, elle conna�t �galement de nombreuses p�riodes de s�cheresse. Lirrigation et les aquif�res sont encore loin. ��Rien � craindre��, dapr�s les sp�culateurs fonciers, ��tout le monde sait que la pluie suit la charrue.�� Je suis s�rieux. Appelez cela de la superstition ou de la pseudoscience, mais les gens croyaient r�ellement que labourer un champ pouvait faire tomber leau du ciel. C�tait �galement ce que pr�tendaient de nombreux scientifiques et repr�sentants du gouvernement. Les coups de vache existaient d�j� � cette �poque. Lid�e selon laquelle la pluie suit la charrue peut sembler ridicule, mais la plupart des hommes ont d�j� cru � quelque chose de ridicule � un moment ou � un autre de leur vie, comme le fait que la Terre est plate ou que fumer est bon pour la sant�, ou que jaurais pu devenir hockeyeur pro. HOMME E Hum. BILL NYE Chaque moisson apportait une plus grande abondance, ce qui attirait de plus en plus daspirants agriculteurs. En seulement quelques ann�es, seize millions dhectares de plaines du sud et du centre des Grandes Plaines ont �t� labour�s, retourn�s, et transform�s en des champs de bl�, de ma�s, ou dautres c�r�ales. Les familles qui arrivaient dans les plaines sans aucune possession devenaient propri�taires de terrains et de maisons. Les bonnes r�coltes �taient parties pour durer. Lagriculture redonnait vie au c�ur du pays. Les r�ves se r�alisaient, mais les cauchemars n�taient pas bien loin. Le d�but des ann�es a �t� marqu� par une s�cheresse prolong�e dont on ne voyait pas la fin. Cela ninqui�tait personne� au d�but. En r�alit�, ce nest pas la pluie qui a suivi la charrue, mais un soleil br�lant qui a transform� le sol riche et sombre en terre brune et s�che. Et puis les vents violents des plaines ont fini par arriver comme on pouvait sy attendre. Personne ny a vraiment pr�t� attention. Le vent, qui faisait partie de la vie, sav�rait d�sormais mortel. BILL NYE Essayez dimaginer la premi�re temp�te de poussi�re. Dites-vous bien que personne navait jamais rien vu de tel. Lorsque la temp�te prit fin, les gens entreprirent la longue corv�e de nettoyer toute la terre et de sauver ce qui restait des cultures. Pour les agriculteurs, la seule chose qui comptait �tait le fait que tout ceci �tait derri�re eux, mais ce n�tait pas le cas. Le monde allait conna�tre dautres temp�tes. Qu�tait-il en train de se passer�? �tait-ce la col�re divine�? Pour la plupart des gens, il sagissait simplement de mauvais temps. Du mauvais temps, comme cest mignon. Les temp�tes �taient brutales et impitoyables. � un moment donn�, il y en eut tous les jours pendant trente-huit jours daffil�e. Les mois se transform�rent en ann�es. Des centaines de milliers de personnes finirent par fuir � la recherche dune vie meilleure. Nayant nulle part o� aller, ces familles d�sesp�r�es furent consid�r�es comme des intruses, des r�fugi�es dans leur propre pays. Les plaines et leurs habitants furent litt�ralement ensevelis de terre. Les cas de pneumonie dus � la poussi�re sintensifi�rent, tuant des milliers de personnes. Certains scientifiques suspect�rent que les causes des temp�tes de poussi�re n�taient pas naturelles. Et si les hommes en �taient en partie responsables�? La plupart des gens trouvaient cette id�e ridicule. Les hommes peuvent vraiment affecter lenvironnement � ce point�? En quelques ann�es seulement, des centaines de temp�tes de poussi�re fauch�rent les reliefs et les vies humaines, mais la plus importante dentre elles fut celle qui changea � jamais le cours de lHistoire. Elle fut surnomm�e ��le dimanche noir��. Les impitoyables temp�tes de poussi�re des ann�es dur�rent des mois, des ann�es. Et alors quelles semblaient �tre � leur apog�e, le dimanche avril marqua un tournant dans lHistoire qui lui valut le surnom de ��Dimanche noir��, lorsquun tsunami de poussi�re balaya les Grandes Plaines et les plongea dans lobscurit�. Et le lendemain, le monde entier entendit pour la premi�re fois le surnom nouvellement donn� � cette r�gion�: le ��Dust Bowl��. La temp�te sabattit dabord sur une partie de lOklahoma et du Texas, o� les vents atteignirent plus de quatre-vingt-quinze kilom�tres/heure, et lobscurit� fut telle que les gens ne voyaient plus leurs propres mains devant leur visage. BILL NYE La m�ga-temp�te du Dimanche noir projeta trois-cents millions de tonnes � travers le Midwest jusqu� la c�te Est des �tats-Unis. � New-York, la poussi�re occulta le soleil comme une �clipse solaire pendant cinq heures et ensevelit la Statue de la Libert�. De la poussi�re rouge du dimanche soir finit sa course dans les nuages. Cet hiver-l�, de la neige rouge tomba sur la Nouvelle-Angleterre. Le dimanche noir d�versa six mille tonnes de poussi�re sur la ville tr�s venteuse de Chicago. Les temp�tes ravag�rent les plaines pendant cinq longues ann�es. Tout un �cosyst�me ayant mis des milliers dann�es � se former disparut en moins dune d�cennie. Si vous faites le calcul, le Dust Bowl a caus� plus de d�g�ts � lenvironnement que nimporte quels volcans, s�ismes, raz-de-mar�e, tornades et ouragans de toute lhistoire du monde r�unis. Et aujourdhui, le sc�nario se r�p�te et promet d�tre encore plus terrifiant, allant jusqu� la fin du monde. Aimeriez-vous d�couvrir ce qui nous attend�? COMMERCANTE [hochant la t�te] Hum hum. HOMME [secouant la t�te] Hum, hum, hum, hum. BILL NYE Les Grandes Plaines ont �t� mises � nu par les redoutables temp�tes de poussi�re. Le c�ur des �tats-Unis a fini par d�p�rir, et le pays doit aller chercher sa nourriture ailleurs. La Chine accroit sa production pour satisfaire la demande, mais la surexploitation agricole et les s�cheresses caus�es par un r�chauffement climatique rapide provoquent un nouveau ��Dust Bowl�� en Extr�me-Orient. La Chine nest plus en mesure dexporter sa nourriture aux �tats-Unis de plus en plus d�sesp�r�s, se concentrant sur lalimentation de ses propres citoyens. BILL NYE Pr�s de cent millions de personnes migrent loin des temp�tes de poussi�re grandissantes, plongeant la Chine dans le chaos, les villes peinant � satisfaire les nouveaux arrivants affam�s. Les tensions sintensifient � mesure que la nourriture diminue, et des centaines de milliers de personnes meurent de faim. Les �tats-Unis et la Chine sont les premiers dominos � tomber. Apr�s leffondrement des deux principaux exportateurs alimentaires, dautres pays ne tardent pas � suivre. La famine et lagitation nous ont mis au pied du mur� � et les hommes se retrouvent � devoir choisir qui peut se nourrir et qui doit mourir. La multiplication perp�tuelle des temp�tes de poussi�re et des s�cheresses provoque de plus en plus de p�nuries deau � disposition. Laquif�re Ogallala se tarit en m�me temps que dautres aquif�res, lacs et r�servoirs partout dans le monde. De nombreux pays se retrouvent � court deau. Dans un ultime effort, un groupe dhydrologues parvient � dessaliniser leau de mer de mani�re efficace, mais un peu trop tard. Comme le dit le regrett� Bob Marley dans une chanson, ��une foule affam�e est une foule en col�re.�� La police et larm�e sont impuissantes face � la folie g�n�rale. Notre civilisation, lactivit� humaine tout enti�re est r�duite en, eh bien� en poussi�re. Comment aurions-nous pu emp�cher ces temp�tes de poussi�re apocalyptiques de survenir�? Comment mettre fin au d�but de la fin du monde�? Cette simulation de catastrophe touche � sa fin alors que la Terre s�teint sous d�normes temp�tes de poussi�re et que je suis parvenu � mextirper de ma tombe de poussi�re. Pfiou. Je ne my attendais pas, mais en y repensant, la poussi�re p�se lourd. Un m�tre cube de poussi�re p�se un peu plus de mille-cinq-cents kilos, soit une tonne et demie. Jaurais plut�t dit quatre ou cinq. Cest ce quon appelle mordre la poussi�re. Tu as compris�? Il a compris, il nest juste pas tr�s bon public. Alors comment emp�cher un nouveau Dust Bowl�? Pour r�pondre � cette question, il nous faut comprendre ce qui a provoqu� le premier Dust Bowl. Est-il d� � plusieurs ann�es dune s�cheresse exceptionnelle suivies de vents tr�s forts, une sorte de vortex polaire�? �tait-ce l�uvre de Dame Nature�? Ou avons-nous caus� cette catastrophe�? Venez, allons au labo. D�sol� James, mais tu nes pas invit�. Peu de personnes le savent, mais la Faucheuse sappelle en r�alit� James. Je sais ce que vous vous dites. ��Eh, le scientifique, ne serait-ce pas juste deux bacs de poussi�re�?�� Premi�rement, ne me manquez pas de respect dans mon labo. Deuxi�mement, la diff�rence entre ces deux bacs de terre est la diff�rence entre festin et famine. �a, cest de la poussi�re. Du sable et du limon. Leau s�coule sur la surface compacte ou passe au travers. La poussi�re, cest ce qui se retrouve au sol et sur vos genoux. Rien ny pousse. Mais �a, cest ce qui est � lorigine de tout�: la nourriture que vous mangez, les habits que vous portez, largent que vous gagnez� Les �missions culinaires. Ce nest pas juste de la poussi�re. Cest lessence de la vie. Cest de la terre. BILL NYE La terre est vivante. Cest un �cosyst�me � elle toute seule, rempli d�tres vivants comme des n�matodes, des mites, des tiques, des charan�ons, des champignons, et des bact�ries, beaucoup de bact�ries. Il y a plus dorganismes vivants dans cette poign�e de terre que dhumains dans le monde. En tout, on compte pas moins de dix milliards d�tres vivants, juste l�. La terre est complexe. Elle cr�e les conditions parfaites pour permettre aux plantes de pousser et se d�velopper. Si nous nen prenons pas soin, la terre meurt et redevient poussi�re. Cest exactement ce quil sest pass� durant le Dust Bowl des ann�es . En fait, les graines du Dust Bowl avaient �t� sem�es il y a tr�s longtemps� litt�ralement. Lun de nos anc�tres primitifs, comme notre ami Kor, a eu une prise de conscience remarquable. Plut�t que de manger tous les fruits et les graines dune plante comestible, on peut conserver quelques graines et les placer soigneusement dans la terre afin dobtenir de nouvelles plantes. Parfois, les d�couvertes inattendues sont les plus fructueuses, nest-ce pas, mon vieil ami�? Hum, super. Il y a environ dix-mille ans, on ma�trisait le jardinage comme personne. La plupart dentre nous ont mis fin � leur mode de vie de chasseurs, cueilleurs, charognards et se sont install�s pour cultiver la terre et produire leur nourriture � lendroit m�me o� ils vivaient et dormaient. C�tait sans aucun doute une id�e incroyable. On pouvait travailler la m�me terre dann�e en ann�e, de g�n�ration en g�n�ration. Cela signifiait surtout quon pouvait enfin installer des centres de divertissement � domicile. � cette �poque, la faux �tait un symbole de r�coltes et dabondance. Hey, James la Faucheuse, je tai dit de ne pas rester ici. Lagriculture s�dentaire a chang� notre plan�te et notre alimentation � jamais. On a appris � pratiquement tout faire pousser. Tout ce quon trouvait dans la nature, qui avait bon go�t et qui ne nous tuait pas finissait dans notre jardin. Les jardins sont devenus des fermes de plus en plus grandes, avec de plus en plus de cultures les unes � c�t� des autres. Nous avons �galement appris � hybrider des plantes pour cr�er de nouvelles cultures plus robustes. BILL NYE Dans les ann�es , cela faisait d�j� un certain temps que nous cultivions la plan�te. Alors quand les gens eurent loccasion de sapproprier une parcelle de terre, comment auraient-ils pu y r�sister�? Tout allait pour le mieux avant que la pluie ne disparaisse pendant quelques ann�es. Ce n�tait pas enti�rement votre faute, Monsieur. Vous faisiez juste ce qui vous semblait naturel. Lorsque vous regardiez la prairie, vous aviez limpression que lherbe poussait environ comme �a. Vous ne pouviez pas savoir que vous �tiez en train de d�truire un ancien �cosyst�me qui maintenait le sol en place depuis des milliers dann�es. Lherbe de prairie est bien plus que ce que lon voit. Il sav�re que la majeure partie de lherbe de prairie ne se voit pas et que ses racines senfoncent profond�ment dans la terre. Ces syst�mes racinaires profonds et dissimul�s ont �volu� pendant des milliers dann�es, pour se d�velopper dans un paysage o� leau narrive que de temps � autre. Les plaines se d�veloppent dans les r�gions trop humides pour les d�serts mais trop s�ches pour les for�ts denses. Ces herbes descendent � pr�s de cinq m�tres de profondeur. On comprend mieux pourquoi le bl�, le ma�s et les autres cultures ne sont pas parvenus � maintenir les sols de la prairie�: leurs racines sont trop peu profondes. Ils ne sont pas vou�s � survivre ici. Ce nest pas un terrain pour eux. Mais lorsque ces cultures ont �t� plant�es, elles pouvaient sans probl�me absorber les nutriments pr�sents dans le sol. Les agriculteurs lont vite compris et ont labour� toute la prairie pour planter leurs cultures. Mais ils ne savaient pas quils �taient en train de bouleverser un �cosyst�me entier en d�truisant les anciennes racines qui assuraient une bonne coh�sion du sol. Lorsque la pluie sest arr�t�e et a laiss� place au vent, comme on pouvait sy attendre, la terre sest ass�ch�e et sest envol�e. Sur Mars, il ny a ni herbe, ni terre. Juste de la poussi�re rouge. Certaines temp�tes de poussi�re prennent une ampleur telle quelles peuvent envahir la plan�te enti�re. Je sais ce que vous vous dites ��On ne cultive pas sur Mars, Bill.�� Toutefois, il y a quelques le�ons � tirer de tout �a. Si nous nen prenons pas soin, notre magnifique plan�te bleue pourrait se transformer en une boule s�che et brune. BILL NYE Comme le disait toujours mon p�re, ��Ne finis pas comme ton oncle Mars.�� Le Dust Bowl a �t� le premier exemple de changement climatique � grande �chelle caus� par lhomme, et il a failli an�antir lagriculture am�ricaine. Alors comment sommes-nous sortis de toute cette pagaille�? Comment avons-nous r�ussi � r�tablir les cultures qui nous nourrissent aujourdhui, et que pouvons-nous faire pour �viter que cette catastrophe ne survienne � nouveau�? Pour �a, nous avons besoin de la science. Lorsque ces blizzards noirs ont frapp� les Grandes Plaines, les agriculteurs et de nombreux m�t�orologues �taient stup�faits. Ils navaient aucune id�e des raisons pour lesquelles cela se produisait, mais quelques scientifiques ont estim� que si les agriculteurs ne changeaient pas leurs habitudes, leurs pr�cieuses terres mourraient et se feraient emporter par le vent. Les agriculteurs consid�raient davantage les terres comme un milieu inanim� ou un min�ral � extraire que comme un �cosyst�me vivant � entretenir. Au d�but, personne ne voulait croire un groupe dintellos scientifiques, mais � mesure que la catastrophe empirait, les gens ont fini par croire les faits. Jimagine qu�couter les experts �tait moins pire que la mort. [� la faucheuse] Je plaisantais. Retourne � ton poste, James. Un groupe de travail fut cr�� par le gouvernement am�ricain afin de r�fl�chir � une autre mani�re de cultiver la terre. Ils investirent dans de nouveaux moyens de maximiser chaque moisson tout en minimisant limpact environnemental. Le gouvernement dut m�me prendre des mesures pour sauver la couche arable. Ils appel�rent �a ��le projet Shelterbelt��. Pour leur d�fense, � cette �poque, on navait pas lhabitude de nommer les op�rations. Le projet consistait � planter des arbres pour bloquer le vent et pr�venir l�rosion. En , deux-cent-vingt millions darbres avaient �t� plant�s sur cent-soixante kilom�tres. C�tait laction la plus importante jamais men�e pour r�soudre un probl�me climatique. Utiliser la nature pour prot�ger la nature, g�nial�! Ou devrais-je ��g�niarbre��. Ha-ha� D�sol�. Pas d�sol� pas d�sol�. Les murs darbres coupe-vent sont un concept encore utilis� aujourdhui dans les exploitations modernes des Grandes Plaines et au-del�. Le nouveau D�partement de lAgriculture des �tats-Unis a enseign� aux agriculteurs une nouvelle fa�on de labourer leurs champs. Les sillons situ�s le long dune pente peuvent �tre faciles � labourer, mais lorsquil pleut, ils se transforment en canaux et emportent les graines et la couche arable comme les rivi�res. Regardez. BILL NYE Ce nest pas bon. Gr�ce aux conseils, les agriculteurs ont appris � fa�onner les sols en terrasses et � labourer leurs champs avec des sillons suivant les courbes de leurs terres et perpendiculaires aux pentes des collines. Cela prot�ge la couche arable. Regardez. Cela peut sembler �vident, mais sans doute pas � l�poque. Des milliards de tonnes de terres ont �t� perdues en raison dun sch�ma de labour destructeur. Mais en quelques ann�es, la culture en courbes de niveau a diminu� l�rosion de la couche arable de plus de �%. Les techniques de conservation des sols ont permis de r�tablir une large bande des Grandes Plaines. Au total, quatre millions cinq-cents mille hectares de champs agricoles ont �t� revigor�s, mais tous nont pas pu �tre sauv�s. Jusqu� ce jour, des dunes de poussi�re du Dust Bowl recouvrent encore des millions dhectares de terres � labandon. Tous ces changements se sont produits en seulement quelques ann�es. Certains ont fonctionn�, dautres non. Et puis nous avons trouv� le moyen de puiser dans la grande source deau qui se trouvait juste sous nos pieds. Dix ans apr�s la fin du Dust Bowl, nous avons commenc� � forer dans laquif�re Ogallala. Lextraction � l�chelle industrielle de laquif�re a permis lirrigation et continue dhydrater lensemble de la r�gion. Mais nous vidons laquif�re au moins six fois plus vite que leau ne le remplit. Vous vous dites s�rement que cette histoire est celle de la poussi�re et de la terre, mais cest surtout celle de leau. Certains scientifiques pensent que la nappe phr�atique pourrait dispara�tre dans les dix prochaines ann�es, et une fois leau �puis�e, les Grandes Plaines seront � nouveau menac�es. Et il ne sagit pas seulement de nos jardins, les aquif�res du monde entier risquent de sass�cher. Mais les scientifiques travaillent sur de meilleurs moyens de distribuer les eaux souterraines, et m�me de les recharger. Ces m�thodes consistent notamment � acheminer leau de crue dans les aquif�res afin de limiter les dommages caus�s aux r�gions peupl�es tout en r�approvisionnant les lacs souterrains. De telles pratiques fonctionnent dans des r�gions comme la Californie, o� le niveau des nappes phr�atiques aurait chut� de plusieurs dizaines de m�tres sans la gestion des aquif�res, mais cela ne signifie pas que les probl�mes cr��s dans les ann�es ont �t� r�solus. Une nouvelle g�n�ration pourrait commettre les m�mes erreurs� mais� elle a le recul suffisant. BILL NYE Ce qui nous am�ne au Dust Bowl actuel. Il nest pas n�cessaire den arriver l�. Nous pouvons nous souvenir de ce que le sol nous a enseign� et mettre en place de nouveaux syst�mes plus performants pour prot�ger la terre et leau. Nous pouvons remplacer les cultures � forte consommation deau par des v�g�taux s�lectionn�s scientifiquement et r�sistants � la s�cheresse. Nous pouvons r�tablir et pr�server davantage de plaines, afin de maintenir le sol humide et vivant. Nous pouvons alterner les cultures pour permettre aux reliefs de se reg�n�rer, mais tout cela nest possible quavec de leau. Nous devons conf�rer � laquif�re Ogallala un statut de protection et le traiter comme la ressource mondiale limit�e quil est. Leau souterraine nappartient pas aux propri�taires des terres qui la recouvrent. Elle appartient � tout le monde. Nous ne sommes plus dans les ann�es . Nous comprenons davantage de choses et pouvons faire bien mieux. [� lhydrologue] Laissez-moi vous aider. HYDROLOGUE Merci. BILL NYE Jai faim. Que diriez-vous dun hot-dog�? HYDROLOGUE Va pour un hot-dog. BILL NYE Quavons-nous appris�? Notre fa�on de nous nourrir est importante et affecte lenvironnement. Nous avons pass� la majeure partie de lhistoire de lhumanit� � errer � la recherche de nourriture. Nos anc�tres ne savaient jamais quel allait �tre leur prochain repas, et la faim n�tait jamais tr�s loin. Pouvez-vous imaginer ce quils feraient dans le monde actuel, ses fast-foods ouverts h/ et cent marques de c�r�ales diff�rentes�? Si nous voulons �viter de revenir � un mode de vie de chasse, de p�che et de cueillette, nous devons respecter le sol sous nos pieds, et prot�ger notre plus pr�cieuse ressource. Il ne sagit pas du p�trole ou des diamants ou de lor. Ce sont deux atomes dhydrog�ne et un atome doxyg�ne. Cest leau. Nous devons en prendre le plus grand soin. Lhumanit� nexiste que depuis quelques centaines de milliers dann�es. Linvention de lagriculture ne remonte qu� environ dix mille ans. Nous devons garder � lesprit que lagriculture nest pas inn�e. En sy prenant mal, on risque le Dust Bowl. En sy prenant correctement, on nourrit le monde.