COMMENTAIRE HOMME_1 HOMME_2 HOMME_3 PETER SIMON PETER Les champs vallonnés de la Picardie, au nord de la France. PETER C'est un paysage charmant en cette fin d'après-midi, mais ce fut le théâtre de l'un des carnages les plus atroces de l'histoire militaire. PETER Voici l'épicentre du champ de bataille de la Somme. PETER Le premier jour de la bataille de la Somme fut le désastre militaire le plus cinglant subi par l'armée britannique durant la Première Guerre Mondiale. COMMENTAIRE Le village qui se dresse devant nous est La Boisselle. Le 1er juillet 1916, 11 500 hommes tombèrent dans les vallons qui l'entouraient, y formant la plus grande concentration de cadavres de toute la journée de combats. PETER Nous savons beaucoup de choses au sujet des massacres de la Somme. Mais à l'abri des regards, un second champ de bataille s'étendait ici même. Il repose en secret sous mes pieds. COMMENTAIRE C'est l'un des secrets les mieux gardés de la Somme : le réseau caché de tunnels qui serpente sous ses villages et ses champs. COMMENTAIRE Ses occupants s'y livrèrent une guerre souterraine sans merci, posant des mines énormes destinées à détruire les tranchées de l'ennemi. COMMENTAIRE Les mines étaient l'arme de destruction massive de l'époque. Lorsqu'elles explosèrent à La Boiselle le 1er juillet 1916, cela aurait dû entraîner la fin imminente de la guerre. COMMENTAIRE Pour s'infiltrer sous les lignes ennemies, les sapeurs devaient avancer à tâtons et trouver ceux d'en face avant d'être détectés. À la moindre erreur, c'était bien souvent la mort qui les attendait. PETER Ils ne savaient jamais où était l'ennemi, ça pouvait être à 40 mètres comme à 40 centimètres. Mais plus ils faisaient de bruit, moins ils avaient de chance de survivre. COMMENTAIRE Qui étaient ces hommes qui livrèrent cette guerre souterraine ? Et pourquoi l'état-major britannique n'est-il pas parvenu à tirer profit de l'atout tactique que ses sapeurs lui avaient conféré ? PETER Nous avons la chance d'être autorisés à explorer ces tunnels et à découvrir ce que ces hommes ont fait. Leur histoire est l'un des derniers points d'ombre de la bataille de la Somme. COMMENTAIRE Le village de La Boiselle est à présent reconstruit et ses terres sont de nouveau cultivées. Mais ce cratère géant est l'un des derniers témoignages de la guerre à être restés intacts dans la région. COMMENTAIRE À l'invitation de la famille qui possède ce terrain, nous avons saisi cette occasion unique de s'intéresser au sort de ceux qui ont combattu ici, à commencer par les sapeurs. COMMENTAIRE Tout a commencé par un trou dans le sol. PETER C'est plutôt étroit ici, mais ça passe. Je vais avancer un peu plus loin. HOMME 1 D'accord. COMMENTAIRE Notre première excursion en sous-sol se révèle très fructueuse. COMMENTAIRE Nous découvrons un labyrinthe plongé dans l'obscurité. Resté caché de nombreuses années, il est à l'évidence intact mais peut encore s'avérer dangereux. PETER Ça passe juste, par ici. COMMENTAIRE On sait qu'un millier d'hommes travaillèrent ici. COMMENTAIRE Les livres d'histoire soulignent rarement le rôle des sapeurs. Leur combat archaïque et discret est resté très méconnu. PETER Du bois de soutènement. COMMENTAIRE Mais nous trouvons rapidement de quoi deviner leur état d'esprit. PETER Il y a quelque chose d'écrit. PETER Oui. PETER On voit l'endroit où la pioche a fait sauter cet éclat de roche. Sur la surface mise au jour, un poème magnifique a été écrit. C'est dommage que le nom de l'auteur ne soit pas marqué. PETER "Ne te tourmente donc pas Si tu ères en ces lieux Penses qu'il existe au-delà Un petit coin de ciel bleu. Encore." PETER Regardez ça : "encore". PETER Ces dernières lettres sont étonnantes. Le mot "encore". Quand on imagine l'enfer que vivait celui qui a écrit ça. "Un petit coin de ciel bleu. Encore". COMMENTAIRE Le village de La Boisselle se situe sur l'ancienne voie romaine qui relie Bapaume à Albert, et qui constitue depuis toujours un axe d'invasion privilégié vers l'ouest de la France. COMMENTAIRE À l'automne 1914 et pour la seconde fois en 50 ans, l'armée allemande franchissait cette colline pour envahir la France. C'est à La Boisselle que sa progression fut stoppée. PETER Ceci est l'une des plus anciennes carte de La Boisselle qui existe. PETER C'est une carte française. Elle nous donne la disposition exacte du village à la veille de la guerre de position, et de la guerre des tranchées. PETER Les Allemands avancèrent le long de cet axe qui traversait le village. Ils voulaient prendre Albert et Anion avant de continuer vers Paris. PETER Les Français empruntèrent le même axe dans l'autre sens. PETER Les deux camps se sont retrouvés nez à nez, juste là. COMMENTAIRE Une carte postale allemande d'époque donne une vision épique des affrontements dans le village. COMMENTAIRE Mais l'intensité des combats fut telle qu'un témoin décrivit cet épisode comme "un enfer sur Terre, d'où nul être vivant ne pouvait réchapper". COMMENTAIRE Un autre remarqua que "nul signe de vie ne subsistait sur le sol. Même l'herbe avait été roussie par les fumées issues des violentes explosions. En cet endroit, la mort régnait sans partage." COMMENTAIRE À la Boisselle, tout était désolation. PETER Les combats les plus féroces eurent lieu à l'emplacement du cimetière civil. Les deux camps se disputaient le contrôle d'une ferme à l'ouest du village. Voilà tout ce qui reste de sa cour. COMMENTAIRE C'est sur les décombres de cette ferme que commence l'histoire des galeries de La Boisselle. PETER Nous sommes à Granathof, littéralement "ferme explosée" comme l'avaient baptisée les Allemands. Les Français l'appelèrent "l’Îlot". PETER Les combats pour contrôler cette ferme furent terribles, avec les appelés bretons du côté français et les Allemands de l'autre. Des centaines de personnes moururent pour une cour de ferme. PETER À Noël 1915, après seulement quatre mois et demi d'affrontements, la bataille s'était enlisée dans une impasse. PETER Ces drapeaux jaunes, derrière moi, signalent l'emplacement des lignes françaises, et les rouges celui des lignes allemandes. On se rend compte combien elles étaient proches. PETER C'est une bataille presque médiévale qui prit alors le pas, tranchée contre tranchée. Une guerre immobile, chacun campant obstinément sur ses positions. PETER Des tranchées fortifiées se dressaient de part et d'autre d'un no man's land. Les conditions idéales étaient réunies pour que s'engage la guerre des mines. PETER C'est le jour de Noël 1914 que les Français commencèrent à creuser leur première galerie, à cet endroit précis. PETER Cela marquait le début d'un affrontement titanesque. COMMENTAIRE Le cratère immense creusé par la mine allemande qui détruisit Granathof montre bien le caractères destructeur de la guerre des mines. COMMENTAIRE Qu'ils le veuillent ou non, les deux camps étaient désormais condamnés à continuer le combat sous terre. COMMENTAIRE Nul endroit n'était à l'abri des mines. Elles pouvaient en un instant détruire une tranchée et ses occupants. Au sein de l'infanterie, le simple soupçon qu'une galerie ennemie passait sous une tranchée provoquait un sentiment de paranoïa qui sapait le moral des troupes. COMMENTAIRE En l'espace de 12 mois, le no man's land se retrouva constellé de cratères. COMMENTAIRE Au fur et à mesure que les charges explosives utilisées se faisaient plus destructrices, les deux camps furent repoussés de plus en plus loin l'un de l'autre. PETER Durant toute l'année 1915, l'armée française essuya de très lourdes pertes humaines. PETER L'armée britannique fut contrainte de prendre la relève et de tenir un grand nombre de positions sur le front de l'Ouest, à Vimmy, à Arras, et finalement sur la Somme. PETER C'est à la fin du mois de juillet 1915 que le régiment Black Watch arriva à la Boisselle. COMMENTAIRE Le Black Watch était le plus célèbre régiment de l'infanterie écossaise. COMMENTAIRE À la Boisselle, ils s'emparèrent d'une zone où s'étendait une tranchée qu'ils nommèrent "Scone street". C'est ici que nous poursuivons nos recherches plus en profondeur. HOMME 2 Bonjour ! HOMME 3 Bonjour ! PETER Bonjour ! COMMENTAIRE Les affrontements de La Boisselle avaient alors pris une toute autre échelle. Ce qu'on exhume en ce moment de Scone Street, ce sont les ingrédients essentiels de la guerre des mines. COMMENTAIRE Des caisses d'explosifs à la nitrocellulose, ainsi que les restes des moyens techniques nécessaires à faire vivre d'immenses armées sur un champ de bataille statique. HOMME 1 Ça, qu'est-ce que c'est ? PETER C'est sûrement un bidon d'essence, dont on a dû se servir pour transporter de l'eau. PETER Quand les armées s'installèrent ici, la population des environs passa de quelques milliers de personnes à plusieurs centaines de milliers. Il n'y avait pas assez d'eau pour tout ces gens, sans compter les chevaux. PETER Quand les premières galeries furent creusées,on fora des puits jusqu'au niveau des nappes phréatiques, à 35 mètres de profondeur, pour pomper de l'eau destinée aux troupes. PETER Les galeries avaient une triple utilité : assurer la défense des tranchées, infliger des pertes à l'ennemi, et enfin permettre l'approvisionnement en eau. Sans eau, on ne pouvait pas faire la guerre. COMMENTAIRE À La Boiselle, l'armée britannique perpétua une longue tradition consistant à rebaptiser ses théâtres d'intervention. L’Îlot devint ainsi le "Glory Hole", le Trou Glorieux. Un bien sombre présage pour les soldats qui allaient se battre ici. COMMENTAIRE Voici à quoi ressemblait le secteur peu après l'arrivée des Britanniques. COMMENTAIRE Les galeries françaises qu'ils récupérèrent étaient mal reliées, étroites, mal aérées et dangereuses. De plus, elles n'étaient pas creusées assez profondément pour être efficaces. COMMENTAIRE Leur amélioration nécessitait un savoir-faire que l'armée britannique ne maîtrisait pas. COMMENTAIRE Tout fut changé par l'arrivée d'une unité formée de sapeurs professionnels, recrutés spécialement pour leur expérience en matière de creusement de souterrains. COMMENTAIRE L'histoire de la Tunneling Company nous emmène dans la ville anglaise la plus symbolique de la révolution industrielle : Manchester. PETER Cette bouche d'égout de Manchester nous conduit sur les traces d'une figure emblématique de la guerre des mines. PETER John Norton Griffiths était un millionnaire, un homme d'affaires et un ingénieur. PETER Ce sont ses hommes qui en 1913 creusèrent ces égouts dans le sous-sol de Manchester. COMMENTAIRE Quand la guerre éclata, l'entreprise de Norton Griffiths était en train de construire une extension au système de tout-à-l'égout de Manchester. COMMENTAIRE Pour creuser les sous-sols argileux de la région, Norton Griffiths s'appuyait sur des ouvriers très spécialisés connus sous le nom de "bêcheurs d'argile". COMMENTAIRE Il les appelait ses "taupes". COMMENTAIRE Le hasard voulut que l'un de ses proches amis, Lord Kitchener, ait été alors le ministre de la Guerre. COMMENTAIRE Norton-Griffiths lui écrivit pour lui proposer l'appui de ses bêcheurs d'argile, dont l'armée pouvait tirer parti. PETER Il ne suggérait pas à Kitchener d'employer ses taupes à creuser des structures aussi vastes que le réseau d'égouts qui quadrille le sous-sol de Manchester. PETER Non, il considérait que ses hommes, ses taupes, pourraient creuser des galeries étroites et tortueuses qui s'insinueraient sous les lignes allemandes rapidement, mais surtout en silence. PETER Tout le monde dans l'état-major britannique pensait alors que la guerre serait finie avant Noël. La lettre de Norton Griffiths fut donc soigneusement rangée au fond d'un tiroir. COMMENTAIRE En décembre, les Allemands firent sauter les premières mines sous des positions britanniques. Bien d'autres suivirent. À la mi-janvier, une peur panique s'était emparée des tranchées... et de l'état-major. PETER Norton Griffiths fut convoqué par Kitchener, qui exigea de lui 10 000 bêcheurs d'argile. PETER C'était plus qu'il n'y en avait dans toute l'Angleterre, mais Norton Griffiths était pris au sérieux. PETER L'armée n'avait pas le loisir de prendre son temps. Le jeudi 18 février 1915, un premier groupe de 20 bêcheurs d'argile reçut l'ordre de quitter les égouts où nous nous trouvons. PETER Le jour même, ils furent admis dans les bureaux londoniens de Norton Griffiths, où ils furent examinés par un médecin. PETER Les 18 jugés aptes au service furent immédiatement envoyés à Victoria Station, d'où leur voyage se poursuivit vers une destination inconnue. PETER Ils arrivèrent à la caserne de Brompton à Chatham, dans le Kent, où sont cantonnés les ingénieurs de la couronne. PETER Nos 18 égoutiers ont donc débarqué ici sans le moindre entraînement militaire, pour intégrer l'un des corps les plus prestigieux de l'armée britannique. PETER Ils ne savaient ni marcher au pas, ni faire le salut militaire. La notion de hiérarchie leur était complètement étrangère. PETER Cela provoqua une certaine nervosité dans la hiérarchie militaire. Les gradés ne savaient pas comment considérer ces ingénieurs de la couronne, qui la veille encore étaient de simples égoutiers. PETER Il y avait peut-être parmi eux des syndicalistes, voire pire encore : des syndicalistes écossais. COMMENTAIRE Mais l'entraînement militaire n'avait que peu d'importance. Ils étaient là pour creuser, et endiguer la menace grandissante que représentaient les mines allemandes. COMMENTAIRE Le soir même, ils partaient pour la France, et moins de 36 heures plus tard, ils creusaient leurs premières galeries vers les lignes ennemies. COMMENTAIRE Les taupes de Norton-Griffiths étaient maintenant la ressource la plus précieuse du front de l'Ouest. PETER Voici une équipe de bêcheurs d'argile. Il y a d'abord le bêcheur, avec sa bêche. Puis le collecteur, qui passe l'argile extraite à celui qui la met sur les wagonnets, que d'autres se chargent d'extraire des galeries. PETER Tout est fait en silence. La bêche est enfoncée dans l'argile avec une grande minutie. Le moindre geste est mesuré. PETER Dès qu'ils ont avancé de 23 centimètres, ils ajoutent des poutres de soutènement. Ces équipes de bêcheurs d'argile avançaient vers l'ennemi poutre après poutre. Ils auraient presque pu creuser jusqu'à Berlin. PETER Ces hommes travaillaient en silence, dans une atmosphère viciée. La règle voulait que si la flamme d'une bougie continuait de brûler, on pouvait travailler. Sinon, il fallait quitter la galerie, car il n'y avait plus assez d'oxygène. Il fallait aussi rester à l'écoute de l'ennemi. COMMENTAIRE Le but premier de ces galeries n'était pas offensif, mais défensif. Il s'agissait d'empêcher des mines ennemies d'être posées sous les tranchées de l'infanterie. COMMENTAIRE Pour cela, il fallait intercepter la progression des galeries allemandes en y faisant exploser des mines pour qu'elles s'écroulent sur leurs occupants. PETER On désigna des guetteurs chargés de tendre l'oreille au fond des galeries. Ils se servirent d'abord d'un outil civil d'écoute au sol. PETER On met l'oreille à l'extrémité d'un bâton d'écoute, qu'on utilisait pour chercher de l'eau. C'est tout ce dont les sapeurs disposaient au début de la guerre. PETER S'ils n'avaient pas de bâton d'écoute, ils se servaient de ceci : ... PETER une boîte à biscuits remplie d'eau. PETER Les vibrations sonores provoquées par le travail des sapeurs allemands des alentours étaient perceptibles sous forme d'ondulations à la surface de l'eau. PETER En novembre 1915, Norton Griffiths arriva à La Boisselle avec l'un de ces appareils : un géophone. Cela permettait d'entendre le bruit des sapeurs allemands à 100 mètres de distance, et de les localiser. PETER Dans de la craie, on pouvait les entendre à 80 mètres, une distance extraordinaire. Le géophone vous permettait de suivre la progression des galeries ennemies dans votre direction. PETER Si vous n'étiez pas repéré avant, vous pouviez décider quand tuer les sapeurs ennemis. COMMENTAIRE Dans la craie, une fois qu'il avait été décider de faire exploser une galerie ennemie, un orifice était creusé en silence vers la source du bruit. COMMENTAIRE L'arme utilisée était un tube d'acier rempli d'explosifs, une sorte de torpille terrestre appelée "camouflet". COMMENTAIRE Le tronçon de galerie contenant le camouflet était ensuite bouché avec des sacs de craie pour optimiser l'impact de la déflagration. PETER La spécificité de la guerre des mines par rapport au reste du conflit, c'était le zèle de sa barbarie. PETER Pour faire sauter la charge, on attendait qu'un maximum de gens soient présents dans la galerie visée. PETER Il fallait que l'explosion les atteigne, peu importait s'ils étaient morts ou vivants. Mais les artificiers malins avaient une seconde charge prête à exploser. PETER Une chose était sûre : les sapeurs allaient faire l'impossible pour sauver leurs camarades. Alors on attendait que l'équipe de secours soit envoyée sur les lieux, et on faisait exploser la seconde charge à leur arrivée. COMMENTAIRE Dans ce jeu macabre, il s'agissait d'entendre et de tuer l'ennemi avant qu'il n'ait eu le temps de le faire. C'était une course contre la mort. COMMENTAIRE Norton Griffiths savait que dans des endroits comme La Boisselle, les galeries étaient creusées dans des couches des craie. Ce sol plus dur demandait un savoir-faire différent. Il engagea donc des mineurs de charbon. SIMON Norton Griffiths fit le tour des exploitations minières en quête de volontaires. La majorité de ceux qui répondirent à son appel avaient essayé sans succès de se faire engager dans l'infanterie. SIMON C'étaient des hommes trop vieux, qui approchaient ou dépassaient la quarantaine. Un grand nombre d'entre eux mentirent sur leur âge. La limite avait été étendue à 45 ans, mais beaucoup d'hommes plus vieux se présentèrent. SIMON Mais tous ces mineurs étaient l'élite de la profession, ils avaient des dizaines d'années d'expérience. SIMON Certains travaillaient sous terre depuis l'âge de 14 ans, voire plus jeunes. Ils connaissaient très bien leur métier, c'était les meilleurs mineurs de charbon du Royaume-Uni. COMMENTAIRE À La Boisselle, le creusement des galeries connut alors une nouvelle intensité. Les travaux étaient complexes et techniques, et nécessitaient la supervision d'un ingénieur minier civil très aguerri. COMMENTAIRE Norton Griffiths affirma qu'il connaissait l'homme de la situation. SIMON Dans ses comptes-rendus aux chef des ingénieurs de la couronne, Norton Griffiths écrivit que la compagnie 179 avait besoin d'un "homme fort et fiable". SIMON L'homme auquel il pensait était un ingénieur minier du nom d'Henry Hance. SIMON Hance a été décrit comme étant une vraie fripouille. SIMON Mais il s'investissait corps et âme dans la tâche qu'on lui avait confié, et il faut signaler aussi qu'il ne reculait devant rien pour atteindre ses objectifs. COMMENTAIRE Les sapeurs buvaient de l'alcool pour diminuer leur tension nerveuse. Hance utilisa les grands moyens pour éradiquer l'alcoolisme. SIMON Il y a une anecdote qui illustre bien les méthodes radicales de Henry Hance. Près de l'endroit où vivaient les sapeurs, il y avait une cave remplie de vin et de brandy, dont on avait condamné l'entrée. SIMON Un jour, Hance découvrit que les sapeurs qui vivaient dans une autre cave, de l'autre côté de la route, avaient commencé à creuser une galerie pour accéder à cet alcool. SIMON Il se rendit dans la cave en question accompagné d'un sergent major et d'un autre officier. À eux trois, ils brisèrent tous les tonneaux et toutes les bouteilles qui s'y trouvaient. COMMENTAIRE Hance était un homme dur. Mais nos fouilles révèlent qu'il était bel et bien un ingénieur minier hors-pair. COMMENTAIRE Après 4 jours de déblaiements, nous atteignons une galerie que les cartes militaires signalent sous le nom de galerie W. COMMENTAIRE Elle s'enfonce à une profondeur de 10 mètres et contient les vestiges d'un chemin de fer utilisé pour remonter à la surface les énormes volumes de gravats extraits jour et nuit des profondeurs. PETER Voici la galerie W, qui vient d'être déblayée par nos archéologues. Admirez ce travail. PETER C'est le sol d'origine de la galerie, qui est dans un très bon état. Si on regarde les murs, on trouve encore les traces de fumée des bougies. Tout cela a été creusé à la lumière de la bougie. PETER Ce qui vient d'être dégagé au sol est sensationnel. Ce sont les mineurs de l'époque qui ont taillé ça. PETER Ce sont les emplacements des rails d'origine, matérialisés par ces sillons creusés dans le sol. PETER Dans ces sillons, il faut imaginer qu'il y avait deux minces rails d'acier, sur lesquels on faisait circuler un wagonnet depuis le fond de la galerie, derrière moi, jusqu'à la surface. PETER Mais le plus étonnant, c'est que les wagonnets n'étaient pas mécanisés : ils étaient poussés à la main. PETER Les sapeurs avaient besoin d'un peu d'aide pour y parvenir. C'est pour cela qu'ils ont taillé ces encoches dans le sol. Ils y plaçaient leurs pieds, ce qui les aidait à pousser les wagonnets remplis à ras-bord jusqu'à la surface. PETER Je marche littéralement dans les traces de ces hommes. Même l'angle des encoches a été étudié pour optimiser la poussée, tout comme un starting-block optimise le départ d'un sprinteur. PETER Il n'y a aucun endroit sur le front de l'Ouest où l'on peut faire ça, hormis dans ces galeries. Je suis en train de marcher dans les traces des sapeurs. COMMENTAIRE Au bout de la galerie W s'enfonce le puits W. Il donnait accès à un réseau plus profond de souterrains, ceux qui s'étendaient en direction du no man's land. COMMENTAIRE À première vue, il semble aisé d'y descendre. PETER Nous utilisons une mini-caméra haute définition, qui est treuillée au fond du puits. PETER Une premiere galerie continue face à nous, puis une seconde dans le sens inverse. PETER Des guetteurs étaient de faction à des postes de guet pour écouter les Allemands. Les sapeurs travaillaient au-dessous, aidés par l'infanterie. COMMENTAIRE En novembre 1915, les hommes de Hance s'étaient enfoncés jusqu'à 25 mètres de profondeur. Ils se mirent alors à creuser les premières galeries profondes en direction des Allemands. PETER Dans la galerie de droite, les guetteurs de Hance avaient détecté des sapeurs allemands à une douzaine de mètres. PETER Hance lui-même passa 6 heures dans la galerie à écouter l'ennemi. Il décida qu'il fallait faire exploser une charge et ordonna qu'on creuse une cavité pouvant contenir 2700 kilos d'ammonal afin de détruire le réseau allemand. PETER Les explosifs furent finis d'être installés le 21 novembre 1915 à minuit. À une heure et demie du matin la nuit suivante, les allemands firent exploser leur propre charge, et avec elle la charge d'ammonal de Hance. La déflagration fut énorme. PETER Sa puissance fut telle que l'onde de choc remonta le puits et les galeries avant de faire s'écrouler une des sorties. PETER Les secours descendirent avec des canaris en cage. Ils les descendirent dans le puits et les remontèrent deux minutes plus tard, morts. PETER Ils recommencèrent, et la même chose se reproduisit. Un homme équipé d'un système respiratoire descendit au fond de ce puits, où il découvrit deux hommes morts, asphyxiés au monoxyde de carbone. PETER On se servit du reste de la poulie que vous voyez ici pour hisser les deux corps jusqu'en haut du puits. COMMENTAIRE Mais deux hommes restèrent pris au piège : John Lane, 45 ans, et Ezekiel Parkes, 37 ans. COMMENTAIRE Parkes et Lane sont deux des quelques 120 sapeurs français et britanniques qui moururent dans le Trou de la Gloire. COMMENTAIRE On se contenta de dire qu'ils étaient morts au combat, sans doute pour épargner les familles qui ne savaient rien du genre de guerre qu'ils menaient ni de la manière dont ils étaient morts. COMMENTAIRE Malgré ce genre de tragédies, il fallait coûte que coûte continuer à creuser. COMMENTAIRE Nous pensons que ce puits donne accès à un réseau de trois kilomètres de galeries supplémentaires, à un niveau inférieur. PETER Nous venons de dégager le puits, voici comment il était à l'époque. PETER Ce que nous sommes en train de faire, c'est remplacer le soutènement d'origine en bois qui date de 1915. Il en reste des traces, ici. À la place, on va mettre des poutrelles d'acier. PETER On va installer une structure en acier pour nous protéger des pierres qui pourraient se détacher du plafond. Cette structure maintiendra aussi les parois en place, on voit qu'il y a des fissures importantes. COMMENTAIRE Tandis que sur la Somme, l'été cède la place à l'hiver, le puits est enfin sécurisé et prêt à être descendu. COMMENTAIRE Si tout va bien, nous serons les premiers en presque 100 ans à explorer les niveaux inférieurs du Trou de la Gloire. PETER Cet endroit, c'est un peu notre tombeau de Toutankhamon. PETER Bon, allez. COMMENTAIRE Pour nous comme pour les sapeurs de l'époque, l'asphyxie est un danger bien réel. COMMENTAIRE Le monoxyde de carbone produit par les explosions a tué autant d'homme que les déflagrations elles-mêmes. COMMENTAIRE Il peut rester des poches de ce gaz incolore, inodore et mortel. PETER C'est bon, j'y suis ! PETER Je me détache. COMMENTAIRE L'air est respirable, et le puits est solide. Des débris nous bloquent encore l'accès aux niveaux inférieurs, mais nous parvenons à dégager un trou assez grand pour y jeter un coup d’œil. PETER On voit bien une galerie qui s'en va sur la gauche. D'ailleurs, je crois même que j'ai aperçu les restes d'un rail en bois. PETER Allez, je m'enfonce encore un peu plus. HOMME 1 Ça va ? PETER Oui. HOMME 1 Quelque chose retient le harnais dans ton dos. Décale-toi... Voilà, c'est mieux. HOMME 1 Pas trop vite. Prends ton temps. PETER C'est très étroit. HOMME 1 Comment tu te sens ? PETER Très à l'étroit. PETER Vraiment très à l'étroit. HOMME 1 Ça suffit. HOMME 1 Est-ce que ça se dégage ? PETER C'est tout à fait dégagé. Il y a un chemin de fer. PETER C'est minuscule. Ça fait très primitif. PETER Rien d'étonnant, pour un guerre aussi barbare. PETER Je vais faire une photo. COMMENTAIRE Nous avons atteint le réseau inférieur, où les soldats faisaient la guerre à 25 mètres de profondeur. COMMENTAIRE Cela nous donne accès à onze puits supplémentaires, qui s'enfoncent presque jusqu'à la nappe phréatique. COMMENTAIRE À quelques mètres seulement de la base du puits W se trouve le début de galerie dans laquelle travaillaient John Lane et Ezekiel Parkes la nuit du 22 novembre 1915. PETER Juste en face de nous... PETER Il y a un endroit que je craignais de découvrir. PETER Voici la galerie murée où reposent encore les corps d'Ezekiel Parkes et de John Lane. PETER C'est une tombe. PETER Nous devons avoir une pensée pour eux. PETER Nous sommes les premiers à être redescendus ici en plus de 95 ans. PETER Il faut qu'ils sachent que nous sommes là. Et surtout que nous savons qu'eux sont là. COMMENTAIRE Début 1916, une grande offensive sur la Somme fut décidée pour l'été. Pour la mettre à exécution, on confia aux sapeurs de Hanse leur mission la plus délicate de toute la guerre. COMMENTAIRE Il ne s'agirait plus pour eux de jouer un rôle défensif, mais d'être au cœur d'un dispositif offensif visant à mettre fin à deux ans d'enlisement. PETER Les Français s'étaient jetés au devant du rouleau compresseur allemand. Ils avaient sacrifié des centaines de milliers d'hommes sans obtenir le moindre résultat. PETER Arriva l'année 1916, et la bataille de Verdun. Le but de cette bataille était de saigner la France à blanc. C'est ainsi que les Allemands envisageaient les choses. De cette manière, ils espéraient obliger les Français à accepter une issue politique au conflit. PETER Puis l'armée britannique pris le relais en Picardie, sur la Somme. Avec l'aide des Français, ils comptaient enfoncer les lignes allemandes et leur livrer bataille de manière classique pour progresser sur le front de l'Ouest. PETER C'est là que La Boisselle entra en scène. PETER Ce village était au centre du plan de bataille. La route entre Albert et Bapaume était l'axe principal de l'offensive franco-britannique, ce que l'on allait appeler la bataille de la Somme. PETER Le village était sous contrôle allemand. Une offensive frontale était impossible à cause du champ de cratères et des mitrailleuses allemandes. PETER Le plan consistait à effectuer un pilonnage d'artillerie sur les lignes allemandes de part et d'autre, tandis que les sapeurs iraient poser deux énormes mines sous chacun des deux flancs... PETER De ce côté-ci, à Y-Sap [Waï Sap'], et à l'autre bout, à Lochnagar [Loknagar]. Cela creuserait deux brèches dans les lignes allemandes, qu'ils seraient incapables de défendre. C'est dans ces deux brèches que s’engouffrerait l'infanterie franco-britannique. COMMENTAIRE Les deux mines devaient être posées par la Compagnie de sapeurs 179. COMMENTAIRE La galerie de Y-sap, longue de 320 mètres, fut percée depuis les sous-sols du cimetière. COMMENTAIRE Son but : éliminer une casemate de mitrailleuses située au flanc nord du village. COMMENTAIRE Dans le Trou de la Gloire, les sapeurs redoublèrent leurs efforts durant les mois précédant l'attaque. Alors qu'ils se rapprochaient lentement de leur but, l'excitation se mêlait à la peur. COMMENTAIRE Allaient-ils porter un coup décisif à l'ennemi, ou seraient-ils d'abord tués par une mine allemande ? PETER Des soutènement en bois avaient été ajoutés ici, pour rendre ce passage un peu plus sûr. PETER Essayer de vous imaginer, même si bien sûr c'est impossible, les dégâts que ferait une charge allemande qui exploserait tout près d'ici. PETER Ce mur vous aplatirait contre celui d'en face de toute sa masse. PETER On peut voir que le sol de la galerie est défoncé. C'est dû aux déflagrations successives des mines allemandes et anglaises. PETER Le sol est en très mauvais état. Mais il tient encore le coup. PETER Que feriez-vous s'il fallait évacuer d'urgence un endroit tel que celui-ci ? Si les allemands faisaient sauter une mine ? Il y avait plus de 900 hommes qui travaillaient ici. PETER Comment parviendriez-vous à atteindre le puits? PETER Je n'ose pas imaginer la pagaille. PETER Quelle horreur. PETER J'ai trouvé le second puits. Il est là, sur ma gauche. Vous entendez peut-être l'écho... PETER Il est parfaitement taillé, comme on peut s'y attendre. PETER Et la galerie continue très loin de ce côté, je n'arrive même pas à en voir la fin. PETER Les postes d'écoute et les chambres à mines étaient creusés transversalement le long de cette galerie, en direction de l'ennemi. C'était plus ou moins vers l'est. COMMENTAIRE Pour poser une mine, il ne suffisait pas de creuser des galeries. Il fallait aussi aménager de véritables cavernes, les chambres à mines, dans lesquelles était placée la charge explosive. COMMENTAIRE La galerie menant à la chambre était ensuite bouchée avec des sacs remplis de craie pour canaliser le souffle de l'explosion dans l'autre sens. PETER Voici l'accès à une chambre à mine. La galerie qui part d'ici arrive de l'autre côté du no man's land, sous lequel nous sommes en ce moment. PETER Elle progresse en zigzag, et se termine par la chambre à mine. L'entrée en est obstruée, mais ce n'est sûrement que de la terre. PETER On peut quand même voir au-delà. Et je viens tout juste d'apercevoir quelque chose de très poignant. PETER Ce sont les câbles de la mine. PETER Ils ont été coupés, heureusement. PETER Mais on ne sait pas si les installations minières existent encore de l'autre côté. PETER C'est très bizarre de se dire ça. COMMENTAIRE Au début de l'été 1916, les sapeurs avaient avancé de manière spectaculaire. Mais les galeries se prolongeaient maintenant à proximité de guets allemands. Il fallait changer de méthode. PETER Pour creuser les galeries, il n'y avait parfois pas d'autre solution que de faire du bruit. PETER Mais pour poser les grosses mines qui devaient exploser à Y-Sap et à Lochnagan avant la grande offensive, tout devait changer au-delà d'un certain point. PETER La pioche fut mise de côté au profit de la baïonnette. PETER La méthode était semblable à celle des bêcheurs d'argile. De la pointe de sa baïonnette, un homme détachait délicatement un morceau de craie, récupéré par un second sapeur. Un officier était présent pour s'assurer que les deux autres faisaient le moins de bruit possible. COMMENTAIRE L'état-major fixa la date de l'offensive au 29 juin. Elle devrait être précédée du plus grand pilonnage d'artillerie de l'histoire. COMMENTAIRE Il s'avéra impossible de terminer à la baïonnette la galerie de Lochnagar, qui fut moins longue que prévu. COMMENTAIRE On creusa à son extrémité deux immenses chambres à mine, capables de contenir 30 tonnes d'explosifs - de loin la plus grosse charge britannique depuis le début de la guerre. COMMENTAIRE La préparation d'artillerie commença le 24 juin. En l'espace d'une semaine, un million 700 000 obus furent tirés sur les lignes allemandes. COMMENTAIRE Le compte à rebours du moment de gloire des sapeurs était enclenché. PETER Hance avait chargé ses hommes d'installer 20 tonnes d'explosifs du côté de Y-Sap, 30 du côté de Lochnagar, et deux énormes charges à l'emplacement du Trou de la Gloire, pour détruire les souterrains allemands. PETER Le bombardement touchait à sa fin : le temps était compté. À ce moment précis, la tension était à son comble. PETER Sous ces champs, des centaines de soldats d'infanterie formaient des chaînes pour apporter les caisses d'ammonal jusqu'aux chambres à mines. Tout devait être prêt pour le grand jour. PETER Chacun avait les nerfs à vif. PETER Presque 100 ans après, les tranchées allemandes sont encore profondes d'au moins 2 mètres. C'est à cela que devaient se mesurer les forces britanniques. PETER Henry Hance eut une idée : il préconisa de faire sauter la mine de Y-Sap plus tôt, afin de détruire les casemates allemandes et de réduire la distance que les troupes britanniques devraient parcourir dans le no man's land. COMMENTAIRE Selon lui, le cratère ainsi formé pourrait être occupé et utilisé pour creuser une tranchée d'avant-poste pour l'infanterie britannique, une tranchée qui permettrait de réduire de 150 mètres la longueur du no man's land à franchir. PETER Ce qu'Henry Hance cherchait à faire en faisant sauter la mine de Y-Sap plus tôt, c'était éviter que ses troupes puissent se faire prendre en enfilade. PETER Les Allemands avaient en effet des mitrailleuses orientées dans la longueur du no man's land, et pointées à hauteur de genou. PETER Si ces mitrailleuses entraient en action, cela signifiait que les troupes britanniques qui traverseraient cette zone seraient fauchées à mi-jambe par un déluge de feu. PETER Et quand on utilise le mot "fauchés", ce n'est pas seulement une expression. Les mitrailleuses leur fauchaient littéralement les jambes, et ils s'effondraient sur place. COMMENTAIRE Le commandant de l'unité de Hance reconnut que neutraliser le feu ennemi sur les flancs de La Boisselle sauverait des vies, mais jugea que l'explosion avertirait l'ennemi de l'imminence de l'offensive. COMMENTAIRE L'idée de Hance fut rejetée. COMMENTAIRE À l'approche du grand jour, l'offensive fut repoussée. L'état-major britannique craignait par dessus tout que les Allemands ne soient informés du moment choisi pour lancer l'assaut, qui était à présent fixé à 7h30 du matin, le 1er juillet. COMMENTAIRE Mais les Allemands en furent informés, et la fuite provint de La Boisselle. PETER Une chambre à mine, qui n'est pas chargée. PETER C'était aussi un poste d'écoute. PETER Les Britanniques n'ont eu connaissance qu'après la bataille d'une information d'une importance absolument capitale, bien que très peu connue. PETER Il s'avéra que dans l'une de leurs galeries, les Allemands avaient aménagé une pièce où ils avaient installé une machine appelée "système Moritz". PETER Cette machine avait été spécialement conçue pour détecter les signaux électriques qui traversaient le sol... Comme les signaux téléphoniques. PETER Le soir du 30 juin, quelqu'un au sein des forces britanniques passa un appel téléphonique non crypté à l'une des équipes de sapeurs qui travaillaient dans ces galeries. Et il leur dit ceci : "Bonne chance pour demain matin." PETER Après 8 jours de bombardements, la seule chose que les Allemands ne savaient pas, c'était à quel moment l'attaque britannique allait avoir lieu. Les Britanniques venaient de le leur dire. COMMENTAIRE La journée du 1er juillet s'annonça chaude, le ciel dégagé déjà empli du vacarme de l'artillerie. COMMENTAIRE L'infanterie était prête à monter à l'assaut, les chambres à mines étaient remplies d'explosifs et les détonateurs étaient branchés. COMMENTAIRE Après des mois de labeur, les sapeurs étaient prêts à vivre leur grand moment... PETER Ces tranchées étaient remplies de soldats d'infanterie, qui ne savaient rien de ce qui se tramait sous leurs pieds. Si l'un d'eux avait été capturé et qu'il avait divulgué cette information, les mines britanniques auraient été désamorcées. PETER Les sapeurs avaient la main sur les détonateurs. Pour eux, c'était l'instant décisif. PETER Dans l'infanterie, l'instant décisif, c'était d'entendre ce bruit... PETER C'était le moment où l'on savait qu'on allait sortir de la tranchée. COMMENTAIRE Sept heures 28, 2 minutes avant l'assaut. COMMENTAIRE C'est du ciel que l'ampleur des explosions fut la plus impressionnante. L'observateur aérien Cecil Lewis était au premières loges. COMMENTAIRE "Il y eut un rugissement à crever les tympans, qui couvrit même le roulement des canons. Le souffle de la déflagration fit ballotter mon appareil. Une colonne de terre s'éleva de plus en plus haut, jusqu'à plus d'un kilomètre du sol. Elle resta suspendue en l'air un instant, semblable à la silhouette d'un formidable cyprès." PETER Voici le résultat extraordinaire de 30 tonnes d'explosifs. Tout ce qui se trouvait à l'emplacement de ce cratère a été purement et simplement anéanti. PETER L'onde de choc produite par cette explosion spectaculaire traversa les tranchées-abris allemandes et les troupes eux-mêmes, provoquant de nombreuses hémorragies cérébrales. COMMENTAIRE Deux minutes plus tard, les 4 bataillons d'infanterie écossaise et les 4 bataillons d'infanterie irlandaise prirent d'assaut les tranchées ennemies qui avaient été pulvérisées sous leurs yeux. COMMENTAIRE Mais quelque chose n'était pas normal. Dans Mash Valley, non loin de l'immense cratère de Y-Sap, les premières vagues de soldats tombaient en masse avant d'avoir franchi 100 mètres. COMMENTAIRE Les Allemands avaient appris l'existence de la galerie de Y-sap, évacué la zone et installé leurs mitrailleuses à un autre endroit, d'où elles prenaient les troupes britanniques en enfilade sous un déluge de balles. Le pire cauchemar de Hance s'était concrétisé. PETER L'infanterie allemande n'était pas neutralisée. Elle avait été protégée par ses tranchées-abris, des bunkers bâtis sous les tranchées. PETER Les troupes s'y étaient abrité avec leurs armes. Dès que les bombardements s'arrêtèrent, ils surgirent à l'extérieur, positionnèrent leurs mitrailleuses sur les parapets des tranchées et fauchèrent les soldats britanniques comme du blé. PETER Ils ont été fauchés comme du blé. Ce 1er juillet à midi, 5100 hommes étaient déjà tombés dans ce vallon. COMMENTAIRE De l'autre côté du village, là où les mines de Lochnagar avaient explosé, plus de 6000 hommes furent tués, blessés ou portés disparus. COMMENTAIRE Le Trou de la Gloire fut la zone du champ de bataille où l'on enregistra la plus grande concentration de cadavres de cette journée, qui resta la plus sanglante de l'histoire militaire britannique. COMMENTAIRE La Boisselle aurait dû tomber en 20 minutes ; le soir venu, le village était encore aux mains des allemands. COMMENTAIRE Leur présence depuis deux ans à cet endroit leur avait laissé l'occasion de créer une place-forte comptant des centaines d'abris profonds capables de résister aux plus gros obus britanniques. COMMENTAIRE Les sapeurs avaient accompli leur mission... Mais en vain. PETER Ça n'a pas été leur faute s'ils n'ont pas pu aider l'infanterie. L'état-major britannique avait tout misé sur la puissance de ses canons, les plus redoutables dont ils disposaient. PETER Mais les Allemands s'y étaient préparés. Ils ont eu le temps de creuser des souterrains qui résisteraient à leurs bombes. PETER À La Boisselle, les sapeurs ont fait tout ce qu'ils ont pu pour que l'assaut des troupes d'infanteries réussisse. Mais ils n'avaient aucune chance de changer le cours des choses. COMMENTAIRE Les événements du 1er juillet 1916 montrèrent les limites de la guerre des mines. COMMENTAIRE Les mines peuvent semer la destruction et la terreur à grande échelle, mais pas permettre une victoire durable. COMMENTAIRE Quand les forces britanniques prirent finalement la place de La Boisselle le 4 juillet, le Trou de la Gloire devint aussitôt inutile. La ligne de front avait progressé, et il fut abandonné. Un sapeur ne peut pas creuser au rythme d'une armée en marche. COMMENTAIRE La bataille de la Somme fit rage jusqu'à la mi-novembre le long de l'ancienne voie romaine. Il en coûta encore la vie d'un million d'hommes, pour 10 kilomètres de terres ravagées. COMMENTAIRE Aujourd'hui, ces terres sont partagées entre les exploitations agricoles et les monuments aux morts. COMMENTAIRE Il reste bien peu de traces de la guerre de surface. Mais sous la terre s'étend le royaume des sapeurs. COMMENTAIRE Ce monde qu'ils ont bâti aux prix d'immenses souffrances est resté intact, et beaucoup d'entre eux y reposent encore. COMMENTAIRE Leur monument, ce sont ces galeries.