AGENT_1 AGENT_2 AGENT_3 AGENT_5 AGENT_6 AGENT_7 AGENT_NOVICE ALLEN_SCHWEITZER BOB_SILLER CARL_K_ADRIAN CARTHA_DELOACH COMMENTAIRE COMMENTAIRE_VINTAGE DAVID_NEMECEK FEMME FEMME_SAISIE INSTRUCTEUR JOHN_FRANK JOHN_KING JOHN_TAYLOR JOURNALISTE JUGE_FRANKLIN_WATERS KIM_BISHOP MICHAEL_MORRIS MICHAEL_PARDUE MICHALE_PARDUE POLICIER PRENEUR_OTAGES RADIO_POLICE RICHARD_BAKER TERRY_DEAN_ROGAN WILLIAM_ELLINGSWORTH COMMENTAIRE Ce représentant des forces de l'ordre est à la recherche d'un homme armé d'un couteau qui retient un otage. Un autre homme, équipé lui d'une arme à feu, est supposé être avec lui. PRENEUR OTAGES Ferme-la ! COMMENTAIRE Ce n'est qu'un entraînement, mais il est très proche de la réalité. AGENT NOVICE N'écoutez que le son de ma voix ! COMMENTAIRE Un ordinateur modifie en temps réel l'image qui s'affiche à l'écran en fonction des réactions du novice. Depuis la formation de base des recrues jusqu'aux enquêtes les plus complexes, les ordinateurs ont transformé les méthodes de travail du fbi. INSTRUCTEUR Bon, il faut que je te dise quelque chose. Tu ne dois pas baisser ton arme aussi vite. Quelqu'un d'autre pourrait surgir. Garde ton arme pointée jusqu'à ce que tu sois sûr qu'il n'y a plus aucune menace. COMMENTAIRE Pour ne pas se laisser dépasser par des criminels de plus en plus intelligents, le fbi a massivement investi dans les nouvelles technologies. Les agents s'appuient aussi sur des lois plus répressives et des techniques d'infiltration plus agressives. Le fbi est à la pointe de la lutte contre le crime, mais toutes les conséquences de ces innovations ont-elles été prises en compte ? JUGE FRANKLIN WATERS Le niveau actuel de la criminalité pose problème, mais nous ne devons pas oublier l'importance de nos libertés individuelles. Il est très important que le fbi se rende compte que la lutte contre la criminalité ne peut pas justifier que l'on oublie les valeurs fondamentales qui sont celles de notre pays depuis tant d'années. COMMENTAIRE Les forces de police des États-Unis ne pourraient pas se passer de l'appui technique et scientifique que leur fournit le fbi depuis Washington dc. Plus de 600 experts analysent les preuves venues de scènes de crime du pays entier. C'est grâce à leur travail que le fbi s'est forgé une réputation d'excellence. Des moyens énormes sont mobilisés. Chaque jour, 3500 jeux d'empreintes digitales sont analysés. En un an, ce sont près de 250 000 preuves matérielles qui sont traitées. Une telle somme de travail serait impossible à effectuer sans l'aide des ordinateurs. DAVID NEMECEK Nos systèmes informatiques occupent la surface d'un terrain de football. Nous traitons environ deux millions et demi de demandes de renseignements par jour. Le fbi ne pourrait pas être aussi efficace sans l'appui de la technologie. Pendant des années, nous nous sommes servis de centaines de millions de fiches cartonnées archivées dans divers endroits du pays. Rien n'était centralisé. Certaines des enquêtes les plus complexes mobilisaient des centaines d'agents sur de longues périodes, il était beaucoup plus difficile d'obtenir des résultats. De nos jours, l'informatisation des données nous permet de mener ce genre d'enquêtes en épluchant notre gigantesque base de renseignements. Nous pouvons même établir des liens que l'on n'aurait pas pu mettre en évidence sans ordinateur. COMMENTAIRE Désormais, le fbi utilise même les ordinateurs pour élucider des meurtres. En 1991, la mère de ces deux jeunes gens a été tuée. Elle a été abattue par son amant, un homme du nom de Larry Groat. Il affirma qu'il s'était agi d'un accident. Sans l'intervention des experts en informatique du fbi, sa version des faits n'aurait peut-être jamais été invalidée. KIM BISHOP Ce qui s'est passé, ça m'a bouleversé. J'ai eu l'impression de tout perdre. Larry a vraiment brisé ma vie, la vie de mon frère et celle de ma sœur. COMMENTAIRE Le tueur était un collectionneur d'armes. Il a abattu Lois Johns dans le dos. Son corps a été retrouvé sur le ventre, sur un lit de sa maison de Tampa, en Floride. Un enquêteur de la police de Tampa fut envoyé sur les lieux pour s'occuper de l'affaire. JOHN KING Lors de notre première rencontre, il nous a dit qu'il avait chargé un pistolet semblable à celui-ci. Il avait tiré le bloc de culasse vers l'arrière, comme ceci, et lorsqu'il l'avait relâché, le pistolet avait fait feu sans qu'il comprenne pourquoi. Selon lui c'était un accident, il ne voulait pas tirer sur Mme Johns. JOURNALISTE L'avez-vous cru ? JOHN KING Dans un premier temps je n'ai pas eu de raison de mettre sa version en doute, mais ensuite des preuves matérielles nous ont indiqué qu'il ne nous avait pas dit la vérité. COMMENTAIRE Groat avait affirmé se tenir à côté du lit quand le coup était parti, mais les enquêteurs remarquèrent que la balle qui avait tué la victime avait ensuite traversé le matelas. Une analyse de sa trajectoire démontra que le coup avait dû être tiré à la verticale de la victime. JOHN KING Le problème était d'expliquer au procès le décalage entre la position où on l'avait retrouvé et la trajectoire de la balle à travers le lit. Son corps avait bougé après le tir, et nous n'avions pas de photo de sa position exacte. Pour expliquer le fil des événements, il nous fallait un moyen de montrer la position qu'elle occupait sur le lit au moment du coup de feu. COMMENTAIRE John King décida de faire appel au fbi. D'après lui, il fallait reconstituer la scène par ordinateur pour qu'un jury puisse comprendre sa version de l'homicide. CARL K ADRIAN Une explication des conclusions auxquelles nous étions arrivés aurait été difficile à comprendre pour un jury. On savait déjà qu'une image valait mieux qu'un long discours. Avec cette idée en tête, j'ai demandé qu'on crée une animation où l'on pourrait voir le tireur monter sur le lit, grimper au-dessus de sa victime, et ensuite faire feu. L'un des problèmes, c'était que la trajectoire de la balle qui avait traversé le corps de la victime ne s'alignait pas avec la trajectoire de celle qui avait traversé le lit. En déplaçant le corps pour que les deux trajectoires coïncident, nous avons compris deux choses : premièrement qu'elle était éveillée, et deuxièmement qu'elle essayait de se redresser. Cela a démontré que le tireur se trouvait au-dessus de sa victime au moment où le coup est parti. JOHN KING Cette technologie est incroyable. Elle nous permet, à l'aide d'un seul diagramme ou d'une seule image, de présenter simplement une situation qui demanderait des heures d'explication. Lors d'un procès, je crois qu'on ne peut pas faire mieux. JOURNALISTE Sans cette animation, pensez-vous que le suspect aurait été condamné ? JOHN KING Je pense que ça aurait été bien plus difficile, en tout cas. COMMENTAIRE Larry Groat a été condamné à une peine de 22 ans de prison. Presque toutes les polices des États-Unis disposent d'un accès quasi instantané aux informations du fbi. C'est depuis cette salle qu'on gère l'immense base de données des crimes et délits du ncic, le Centre National des Données Criminelles. DAVID NEMECEK Plus de 110 000 ordinateurs sont raccordés à ce réseau aux États-Unis. Des centaines de milliers de représentants des forces de l'ordre y ont accès. On dénombre à peu près un million et demi de requêtes envoyées chaque jour au réseau ncic. Cela prouve à quel point ce dispositif est essentiel pour que les forces de police puissent faire leur travail au quotidien. POLICIER Vous êtes en état d'arrestation. Sortez de la voiture les mains en l'air. COMMENTAIRE VINTAGE Voici le ncic en action. Auparavant, il n'existait aucun moyen d'identifier rapidement la voiture d'un fugitif en dehors de son état de provenance. COMMENTAIRE Depuis 1967, le ncic propose des listes d'objets volés, de criminels recherchés et de casiers judiciaires. C'est J. Edgar Hoover qui inaugura ce dispositif, mais il fut dur à convaincre. CARTHA DELOACH Monsieur Hoover n'y croyait pas, il considérait que ce ne serait qu'une énorme perte d'argent. On a insisté, et il a fini par donner son accord. Il a dit : "On tente le coup, mais si ça capote, Deloach paiera les frais." J'ai pris le risque. On a essayé et le ncic s'est avéré être une bénédiction pour toutes les polices du pays. Devant ce succès, Monsieur Hoover a aussitôt pris le train en marche. Il en a parlé autour de lui et dans des discours publics, tant et si bien que ça a fini par devenir son idée. Mais ça ne fait rien. L'idée était bonne, et il s'en est fait l'avocat. Aujourd'hui encore, le ncic est un système qui est extrêmement utile à notre police. COMMENTAIRE L'efficacité du ncic repose sur la validité des informations entrées dans la base de données. Terry Dean Rogan n'a jamais commis le moindre délit. Mais suite à la perte de son portefeuille, le ncic en a fait un criminel recherché pour meurtre et pour vol. Son portefeuille avait été retrouvé par le vrai fugitif, qui avait pris l'identité de Terry et utilisé ses pièces d'identité. Une fois son nom entré dans le système, Terry Dean Rogan découvrit qu'il n'existait aucun moyen de l'en retirer, alors même que la police faisait de sa vie un enfer. TERRY DEAN ROGAN Une fois, dans la ville de Saginaw, alors que je roulais sur Holland Street, je me suis retrouvé arrêté par 10 ou 12 policiers qui ont braqué leur arme sur moi. Une autre fois, je me suis fait arrêter à Bay City, c'est à une vingtaine de kilomètres de là où j'habite. Les policiers m'ont amené au poste, où je suis resté menotté à une barrière jusqu'à ce qu'ils comprennent que je n'étais pas la personne qu'ils recherchaient. Je suis bien resté 6 heures menotté là-bas avant qu'ils ne s'en rendent compte. Une autre fois encore, je passais à Denton, dans le Texas, quand je me suis fait arrêter par un Texas Ranger. Il a sorti son arme et l'a pointé en direction de ma tête avant de me menotter. Là aussi, ils m'ont gardé 4 ou 5 heures au poste. Tout ça a eu des répercussions énormes sur ma vie. Je me suis rendu compte du pouvoir que pouvaient exercer certaines personnes sur moi. Il y a des gens qui ont assez d'autorité pour décider si je suis innocent ou coupable. Je suis allé aux bureaux du fbi parce que je trouvais que mes libertés individuelles n'étaient pas respectées. J'ai rencontré un agent, à qui j'ai expliqué ce qui m'arrivait. Il a vérifié dans son ordinateur, et il a confirmé que j'avais raison. Je lui ai demandé ce qu'il fallait faire pour que ça s'arrête, et il m'a répondu qu'il ne pouvait rien faire jusqu'à ce que l'autre type soit arrêté. COMMENTAIRE Terry Dean Rogan dût attaquer la police en justice pour que son nom soit supprimé du fichier. Le fbi déclina toute responsabilité quant aux inexactitudes du ncic, rejetant la faute sur ses utilisateurs. TERRY DEAN ROGAN J'ai eu la sensation qu'on s'acharnait sur moi. Je savais que je n'avais rien fait de mal. Pourtant j'ai eu l'impression d'être considéré comme quantité négligeable quand je suis sorti des bureaux du fbi. J'étais en colère de voir à quel point mes droits ne signifiaient rien pour eux. COMMENTAIRE Le système a été réformé pour éviter que ce cas se représente. Mais des erreurs surviennent encore et le traitement de l'affaire Rogan par le fbi est loin d'avoir été exemplaire. Les maladresses ne peuvent pas toutes être évitées, mais peut-on empêcher l'utilisation du système par des utilisateurs malveillants ? Les informations sensibles du ncic sont-elles à l'abri des regards indiscrets ? DAVID NEMECEK C'est le fbi qui accorde directement et au cas par cas l'accès à la base de données aux services américains qui peuvent y prétendre, en conformité avec les lois et régulations en vigueur. Sans accord préalable du fbi, aucun accès n'est possible. Ensuite, il y a d'autres mesures de sécurité relatives aux individus : les mots de passe, les pièces d'identité, ce genre de choses. JOURNALISTE Comment jugez-vous la difficulté de pirater le système pour quelqu'un qui voudrait y dérober des informations illégalement ? DAVID NEMECEK Nous ne pensons pas que le ncic ait été piraté. Rien ne l'indique, malgré toutes nos vérifications. COMMENTAIRE Al Schweitzer est un détective privé qui a beaucoup à redire sur la protection des informations du ncic. Schweitzer dirigeait jusqu'à récemment une société basée près de Seattle. Son argument de vente était accrocheur : il disait pouvoir obtenir presque n'importe quelle information sur n'importe quel sujet. Schweitzer aurait gagné plus de 4 millions de dollars, en partie illégalement, en monnayant des informations obtenues sur des bases de données du gouvernement. Parmi elles, le ncic. ALLEN SCHWEITZER La protection du ncic est inexistant. N'importe quel détective privé peut y avoir accès d'une manière ou d'une autre. Je pouvais obtenir un casier judiciaire en quelques instants. Quand quelqu'un m'appelait pour en obtenir un en urgence, j'appelais moi-même une de mes sources dans la police d'état, dans la police locale ou dans une agence fédérale. Je donnais les coordonnées de la personne, son nom et son âge, et je recevais son casier le lendemain par fax. Voilà à quoi ça ressemble. Cet exemplaire a été directement imprimé à partir d'un ordinateur, ce n'est pas un fax. On y trouve le compte-rendu détaillé du passé judiciaire de la personne en question. Nom, date de naissance, description physique taille, poids, couleur des cheveux, matricule fbi, pseudonymes éventuels, empreintes digitales et numéro de sécurité sociale. Puis on arrive aux détails de son casier judiciaire. Par exemple en 1977, il s'est fait arrêter pour conduite en état d'ivresse, un chef d'inculpation pour lequel il a plaidé coupable. On retrouve tout sur ce casier, même des arrestations qui dateraient de 20 ou 30 ans. Tout n'est pas toujours exact, les circonstances ou l'issue d'une arrestation peuvent rester inconnues. Mais c'est quand même la meilleure source. COMMENTAIRE Pour accéder au ncic, All Schweitzer n'a eu besoin que d'un fax, d'un téléphone et de quelques amis haut placés. Le fbi a peut-être fait en sorte que des intrus ne puissent pas pirater le système, mais la possibilité pour ses agents de faire sortir des informations n'a pas suffisamment été prise en compte. ALLEN SCHWEITZER Aux États-Unis, la plupart des détectives privés sont d'anciens policiers, qui ont accès au réseau de leurs ex-collègues. Si ce réseau de fonctionnaires a accès à une information, alors tous les détectives privés qui les connaissent y ont accès aussi. JOURNALISTE Est-ce que ces fonctionnaires de la police ou du fbi agissent dans l'illégalité ? ALLEN SCHWEITZER Oui. JOURNALISTE Qu'est-ce qui les pousse à le faire ? ALLEN SCHWEITZER L'argent. Il y a trois raisons de le faire : il y a ceux qui le font en échange d'un service rendu, ceux qui le font pour dépanner un ami, et ceux qui le font pour l'argent. Avec tous mes contacts, c'était pour l'argent. JOURNALISTE Quel était leur prix ? ALLEN SCHWEITZER Entre 30 et 50 dollars pour un casier judiciaire. Si j'avais besoin d'informations plus difficiles à obtenir, inscrites sur d'autre bases de données par exemple, c'était un peu plus cher. COMMENTAIRE Les informations les plus sensibles détenues par le fbi se trouvent sur l'ordinateur des agents eux-mêmes. Si quelqu'un s'introduit sur le réseau du ncic, le système est-il assez protégé ? DAVID NEMECEK Le système informatique du fbi dispose d'un aussi haut niveau de protection que les secrets d'État les mieux gardés. Beaucoup de ces informations sont très sensibles et relèvent de la sécurité nationale. Certaines ont des implications internationales, d'autres concernent des informateurs ultraconfidentiels. Pour préserver l'efficacité de nos services et continuer de récupérer ces informations, il est primordial que l'accès à nos données soit protégé. ALLEN SCHWEITZER Une fois que vous vous est acoquinés avec ceux de l'intérieur et qu'ils vous font confiance, vous pouvez obtenir n'importe quelle info. Le document lui-même est parfois inaccessible, mais vous aurez quand même l'info. En ce qui concerne les enquêtes les plus sensibles, les affaires d'espionnage par exemple, c'est bien sûr plus délicat de savoir ce qui nous intéresse. Mais c'est quand même possible. JOURNALISTE Avez-vous eu des informations sorties du fichier interne ? ALLEN SCHWEITZER Oui, comme le fichier du crime organisé, ou bien d'autres documents. COMMENTAIRE Schweitzer a fini par se faire prendre. En 1994, il a été condamné à 4 ans de prison avec sursis. ALLEN SCHWEITZER On m'a proposé d'aider le gouvernement à mieux protéger ses documents confidentiels en échange d'un allègement de ma peine. C'est bien le signe qu'ils ont toujours un problème. Ils m'ont coincé, mais ça n'a rien changé. Dès que j'ai été inculpé, mes concurrents dans le métier se sont partagé ma clientèle. Rien n'a changé, rien du tout. La loi est la même qu'avant, et les informations circulent toujours à grande échelle. Le phénomène continue même de gagner de l'ampleur. MICHAEL MORRIS Oui 523, nous allons devoir faire demi-tour pour accéder à la propriété. Juste après le demi-tour, ce sera la maison dans une petite rue sur la droite. COMMENTAIRE La technologie n'est pas la seule arme dont se sert le fbi dans sa lutte contre la nouvelle criminalité. Les méthodes d'investigation ont été repensées, notamment concernant les délits financiers. MICHAEL MORRIS Aujourd'hui, nous nous rendons à Miskee, dans le Texas. Notre suspecte a travaillé pour une grande entreprise de Dallas en tant que comptable. En l'espace de deux ans environ, elle a détourné la somme de 1,6 million de dollars. Nous allons commencer par nous rendre à sa propriété. Nous allons saisir tout ce qui s'y trouve, puis nous saisirons le commerce de voitures de courses qu'elle possède avec son fils. J'espère que l'enquête va aboutir et qu'on pourra tout saisir. RADIO POLICE 164, il faut passer par derrière ? MICHAEL MORRIS Continuez, vous allez voir la petite rue où il faut tourner sur la droite. COMMENTAIRE Escroqueries bancaires, détournements de fonds et autres délits financiers coûtent chaque année 200 milliards de dollars à la collectivité américaine. C'est l'une des priorités du fbi. La cible de ce raid a fait fortune en contrefaisant des signatures sur des chèques de sa société. Grâce à une loi passée à la fin des années 80, les agents peuvent saisir tous les biens achetés par le biais d'activités criminelles. JOHN FRANK Agent spécial Morris et agent spécial Frank, du fbi. Nous avons un mandat de saisie concernant des biens qui se trouvent sur votre propriété. Merci. MICHAEL MORRIS Merci. COMMENTAIRE C'est la première fois qu'une saisie du fbi est filmée. FEMME SAISIE Allez-y. JOHN FRANK Très bien, je vais vous remettre une copie de ce document. Voici l'original, qui a été signé par le juge. Je souhaiterais que notre équipe technique commence à filmer l'intérieur de votre maison et à prendre des photos. MICHAEL MORRIS Nous allons saisir les appareils électroniques qu'elle a pu acheter, tout le mobilier. Nous allons aussi saisir la maison elle-même, et tous les autres biens qu'elle possède. FEMME SAISIE Les chambres sont en haut, et il y a une autre cuisine derrière. AGENT 1 Dans l'annexe. FEMME C'est là-bas. AGENT 1 D'accord. MICHAEL MORRIS Notre cible est une personne charmante. Elle est très avenante, très sympathique. Mais elle a une addiction pour l'argent. Elle va plaisanter avec vous, mais ça ne l'empêchera pas de voler tout ce que vous avez. La plupart des délinquants financiers que j'ai rencontrés sont comme ça : très affables, prêts à discuter d'un tas de choses... Mais mieux vaut garder la main sur son portefeuille, ou ils le prendront. AGENT 1 Nous reviendrons ici à une autre occasion. COMMENTAIRE En 1993, les agents du fbi ont recouvré environ 3 milliards de dollars de biens détournés. Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. JOHN FRANK À présent, nous allons inspecter le reste de vos biens et propriétés. À la suite de ça, l'assistant du procureur des États-Unis nous délivrera un mandat de saisie qui s'appliquera au reste de vos biens. JOURNALISTE Que faites-vous ? MICHAEL MORRIS Je vérifie s'il y a des armes sans permis, et je retire tous ce qui s'y trouve. Nous allons saisir cette voiture. Elle deviendra la propriété de l'État, à moins qu'elle soit restituée à la victime. JOURNALISTE Combien vaut-elle ? MICHAEL MORRIS Elle a été achetée pour 22 000 dollars, c'est un modèle de 1993. Aujourd'hui, elle doit valoir aux alentours de 15 000 dollars, sur le marché de l'occasion. C'est la somme que l'État ou la victime va récupérer. La délinquance financière rapporte gros. Les sommes volées sont en moyenne 10 fois plus importantes que pour les vols avec violence. La somme la plus modeste a été 25 000 dollars. Je travaille sur une affaire qui porte sur 300 millions de dollars. Ce n'est pas rien... Elle s'est fait plaisir, elle a mené la grande vie. Elle a acheté cette immense maison, elle l'a entièrement aménagée... Ses voisins se demandaient d'où venait l'argent qu'elle a dépensé ici. Je crois que dans sa tête, elle n'a pas conscience qu'elle a volé 1,6 million de dollars. Elle voyait ça comme une façon de gagner sa vie. D'une certaine manière, je crois qu'elle s'est imaginée que cet argent lui était dû. Elle s'est convaincue qu'il était normal que son entreprise lui paie la somme de 1,6 million de dollars. Elle ne s'est jamais dit qu'elle regrettait ses actes, ou en tout cas elle ne nous l'a pas exprimé. JOHN TAYLOR Chaud devant ! MICHAEL MORRIS On emporte une grande partie du mobilier du salon, ainsi que le mobilier de la chambre de la cible. On laisse le mobilier des chambres des enfants. JOURNALISTE Elle n'aura plus de lit où dormir ? MICHAEL MORRIS Elle a une chambre d'amis où elle pourra dormir. Mais elle ne dormira pas dans la suite parentale. Les enfants dormiront dans leur chambre, et nous n'emportons rien de ce qu'il y a dans la cuisine. On prend le mobilier du salon, la grosse télé, et tout le reste. JOHN TAYLOR Attention aux mains ! AGENT 3 Il ne faut pas abîmer l'écran. AGENT 2 On arrive à la marche ! COMMENTAIRE Un tiers des agents du fbi est maintenant affecté à la lutte contre la délinquance financière, soit 2000 personnes à travers les États-Unis. JOHN FRANK Tout ce que nous saisissons aujourd'hui a été acheté avec de l'argent volé. Cela inclut cette voiture de course, et plusieurs moteurs de très grande valeur, ils valent peut-être 25 000 dollars chacun. Tous ces biens sont considérés comme des produits du délit. Allez ! AGENT 3 Poussez ! JOHN FRANK C'est bon ! AGENT 3 Je te laisse finir ! JOHN FRANK Pas de problème ! Elle n'a acheté que du très haut de gamme. L'argent n'était pas un problème pour elle, donc elle n'a pas lésiné à la dépense. Je ne sais pas combien on va recouvrer ici, peut-être 100 000 dollars, voire plus. Vous vérifiez que je suis bien dans l'axe, et moi je pousse. AGENT 3 Allez ! JOHN FRANK Hé ben ! Les agents du fbi sont confrontés à des adversaires de plus en plus intelligents. Les délinquants financiers peuvent être très débrouillards, ils connaissent les ficelles. Ils sont conscients des erreurs commises par leurs prédécesseurs et trouvent de nouvelles combines pour passer inaperçus. De leur côté, les agents doivent eux aussi devenir plus malins et recourir à des méthodes plus sophistiquées pour arriver à coincer ces délinquants. COMMENTAIRE Pour confondre les délinquants financiers les plus intelligents, le fbi est de plus en plus obligé de délaisser les méthodes conventionnelles au profit de techniques plus agressives. Certains agents se font passer pour des délinquants pour piéger leur cible : il s'agit d'opérations sous couverture. Ces 20 dernières années, cette approche préventive a pris beaucoup d'ampleur au sein du fbi. C'est à présent une étape incontournable de nombreuses enquêtes financières. JOHN TAYLOR Nous essayons de ne pas appliquer cette méthode à des gens qui n'ont pas d'antécédents d'activité criminelle. On essaie de ne pas pousser nos cibles à sortir de la légalité. Mais on doit compter sur nos informateurs, et il arrive que ces informateurs se trompent, tout comme nous. On fait des vérifications pour s'assurer que notre cible est bien mêlée à des activités criminelles. BOB SILLER Aujourd'hui, nous allons discuter de la pertinence d'une opération sous couverture. Ce serait la prolongation d'une affaire déjà en cours. COMMENTAIRE Une procédure stricte encadre les opérations sous couverture. Il s'agit d'éviter de commettre des erreurs qui, dans le passé, ont conduit à cibler des innocents. Les agents appellent ces erreurs des "traquenards". BOB SILLER Il y a un problème ? AGENT 5 Non chef, il n'y a aucun problème. J'ai lu la proposition, et je trouve qu'elle traite assez bien la question du traquenard. Il faut qu'on se contente de réagir au comportement de nos cibles. Ils se livrent actuellement à des activités illégales, et du moment que nos agents sous couverture se contentent de leur fournir une méthode ou un accès, on ne devrait pas se retrouver en situation de tendre un traquenard. JOURNALISTE Validez-vous toutes les opérations ? AGENT 6 Tous nos agents sous couverture et les autres agents qui travaillent sur les affaires sont très expérimentés. Ils testent chaque scénario entre eux avant de venir me le présenter. Pour être honnête, je ne crois pas qu'il me soit déjà arrivé de devoir mettre mon veto à un scénario présenté par un de mes agents, parce qu'ils sont tous très expérimentés. BOB SILLER Le fbi a les moyens de faire appel à des gens qui sont spécialisés dans toutes sortes de domaines. Nous écoutons la proposition de l'agent chargé de l'enquête, nous parlons à son supérieur, et nous étudions l'aspect légal de l'opération envisagée. Il arrive assez souvent qu'une meilleure idée surgisse de ces discussions, quelque chose auquel on n'avait pas pensé auparavant et qui permette à l'opération d'être menée avec plus de succès. Je considère personnellement que le fbi dispose d'un système de vérification interne très efficace, car il repose sur une analyse minutieuse de nos erreurs passées. Bien. AGENT 6 Bravo à tous. BOB SILLER C'est tout. COMMENTAIRE En dépit de ces vérifications minutieuses, des traquenards se produisent. Quand une opération sous couverture tourne mal, les conséquences peuvent être graves. Michael Pardue était étudiant à l'université de Fayetteville, dans l'Arkansas, lorsqu'il devint la cible d'une opération sous couverture. Le fbi le soupçonnait d'être mêlé à un complot d'assassinat de deux personnes. En 1990, une opération sous couverture fut lancée pour en arrêter les auteurs. Mais lors du procès, le juge estima qu'un agent sous couverture avait tendu un traquenard à un innocent. JUGE FRANKLIN WATERS J'ai trouvé que la manière dont le fbi avait traité cette affaire était injuste. Selon moi, les éléments du dossier montraient que le jeune Michael avait été attiré dans un scénario auquel on l'avait forcé à participer, alors que des éléments suggéraient qu'il n'en avait pas l'intention. Dans cette affaire, le fbi a franchi les limites du bon sens. COMMENTAIRE Le père de Michael était alors incarcéré pour vol. L'un de ses codétenus apprit qu'il voulait tuer deux personnes qui devaient témoigner contre lui dans une affaire de parjure. Le codétenu en avertit le fbi, qui chargea un agent de se faire passer pour un tueur à gages. L'agent aborda Michael et son père au parloir de la prison, et demanda à Michael de venir à l'extérieur discuter du plan. Lorsqu'il exigea une avance, le père de Michael demanda à son fils de lui donner de l'argent. MICHAEL PARDUE Je croyais qu'il avait seulement l'intention d'arnaquer mon père. Je ne pensais pas qu'il proposait réellement... Un assassinat commandité. Je croyais qu'il allait juste soutirer de l'argent à mon père. Je me disais que si je donnais l'argent sans faire ce que voulait mon père, il n'arriverait rien de mal à personne. JOURNALISTE L'aurait-il mal pris si vous ne l'aviez pas fait ? MICHAEL PARDUE Oui. Je pense que ça l'aurait plongé dans un état de dépression plus grave que celui dans lequel je l'avais vu sombrer depuis qu'il avait été incarcéré. COMMENTAIRE Poussé à la fois par son père et par le faux tueur à gages du fbi, Michael quitta le parloir de la prison pour retrouver l'agent sous couverture sur le parking. MICHAEL PARDUE Il m'a demandé si j'avais apporté la photo et l'adresse des deux personnes à abattre. Je lui ai répondu que non, parce que je ne savais pas que j'allais avoir cette conversation avant de venir à la prison, et je ne savais même pas que ce tueur allait être là. JOURNALISTE On ne vous avait pas demandé ces photos auparavant ? MICHAEL PARDUE Non. À aucun moment. COMMENTAIRE L'agent sous couverture, qui s'était présenté sous le nom de "Chuck Ross", appela Michael le lendemain et enregistra la conversation. Il lui fit comprendre qu'il tuerait les témoins s'il était payé. Lorsqu'il répondit à l'appel, Michael venait de parler du plan avec son père. Chuck Ross, l'agent sous couverture, demanda à Michael de le retrouver le soir-même dans un restaurant des abords de Fayetteville. Ross voulait s'assurer qu'il toucherait les 5000 dollars que le père de Michael lui avait promis en échange du meurtre des témoins. MICHAEL PARDUE Il s'est montré très insistant, on pourrait même dire agressif. Quand on s'est retrouvés au restaurant, il m'a dit que plusieurs amis à lui allaient le rejoindre pour l'aider à effectuer le contrat. Il m'a dit qu'ils allaient venir de loin, et qu'ils ne seraient pas contents si les meurtres n'avaient pas lieu. Ils allaient vouloir me tuer, s'ils ne pouvaient pas tuer quelqu'un d'autre. JOURNALISTE Si vous ne leur donniez pas l'argent ? MICHAEL PARDUE Oui. Si le plan n'était pas mis à exécution, si les témoins n'étaient pas tués. À ce moment-là, j'ai été convaincu que c'était un vrai tueur. J'ai eu vraiment très peur. Surtout quand il a commencé à dire que d'autres personnes allaient l'aider. J'avais déjà l'impression d'être face à un tueur, alors à l'idée d'avoir affaire à plusieurs d'entre eux, j'étais d'autant plus terrorisé. COMMENTAIRE Michael persuada Ross de repousser la date des meurtres. Son père devant être jugé une semaine plus tard, il espérait mettre cette histoire derrière lui. En juillet 1990, le père de Michael plaida coupable pour parjure. Son fils crut alors que ses tourments étaient terminés. Mais en septembre, l'agent le recontacta par téléphone. MICHAEL PARDUE Je revenais juste de voir mon père à la prison. C'était le jour de ma visite du dimanche. J'étais couché sur mon lit quand il a appelé. Il m'a parlé précipitamment, en me disant que les assassinats allaient avoir lieu, et que mon père le harcelait pour qu'il se mette à exécution. Je ne lui avais pas parlé depuis notre conversation du 8 juillet, qui avait duré deux minutes trente. JOURNALISTE Et depuis que le procès pour parjure de votre père était terminé, il n'y avait plus de mobile pour tuer ces gens ? MICHAEL PARDUE Non. Le seul mobile qu'il y ait eu pour le faire, c'était qu'ils allaient témoigner... JOURNALISTE Contre votre père ? MICHAEL PARDUE Oui, au cours de son procès pour parjure. Mais il a plaidé coupable pour cette accusation. COMMENTAIRE Quatre jours plus tard, le 20 septembre, Chuck Ross lui téléphona de nouveau. Michael se trouvait chez lui, il était 6 heures 40 du matin. JOURNALISTE Avez-vous réellement cru qu'il avait tué les Harrington ? MICHALE PARDUE Oui. JOURNALISTE De quelle manière avez-vous réagi ? MICHAEL PARDUE Ça m'a donné la nausée. Je me suis levé... Je suis allé vomir. J'étais très mal après... Ce coup de téléphone. COMMENTAIRE Le soir même, au restaurant, l'agent sous couverture lui apporta de fausses preuves de ses meurtres. MICHAEL PARDUE Quand je suis entré, il était assis à une table. Il feuilletait un magazine. Je me suis assis. Il a dit qu'il allait me passer le magazine. J'étais censé l'ouvrir à la page centrale, et j'y trouverais les photos des Harrington. JOURNALISTE Qu'avez-vous vu dans le magazine ? MICHAEL PARDUE Je crois qu'il y avait 3 photos, j'ai eu l'impression qu'elles représentaient Bob et Janice Harrington, étendus par terre. Leurs mains étaient attachées dans le dos par du ruban adhésif, et leur bouche était bâillonnée. Ils étaient blessés par balle... À la tête et au cou, je crois... Ils avaient du sang sur le visage et dans le cou. JOURNALISTE Qu'avez-vous dit ? MICHAEL PARDUE Je ne savais vraiment pas quoi dire. J'essayais de trouver.. Des indices qui auraient indiqué que ça n'était pas vraiment arrivé. COMMENTAIRE Michael, son père et son grand-père furent tous les trois inculpés de complot de meurtre. À l'issue du procès, le jury les reconnut tous coupables. Mais le juge estima que le père de Michael était le seul à mériter ce verdict. Ayant passé de longues heures à écouter les enregistrements téléphoniques, il cassa la sentence infligée à Michael et à son grand-père. C'était une décision très inhabituelle, que le juge justifia par écrit par l'attitude révoltante de l'agent du fbi sous couverture. JUGE FRANKLIN WATERS C'était une question de justice, une question d'équité. Dans toute cette affaire, on ne pouvait rien reprocher à ce jeune homme, hormis d'avoir suivi les instructions de Ross. Il a agi sous la contrainte. Il n'était absolument pas mêlé à ce complot de meurtre. Pas du tout. La seule chose qu'il ait faite, malheureusement, ça a été de se rendre sur le parking de la prison pour remettre de l'argent à Chuck Ross puis d'obéir à ses instructions. Ils se voyaient la plupart du temps à des heures tardives, dans des circonstances qui conduiraient n'importe quel gamin de 20 ans à se demander ce qui lui arriverait s'il n'obéissait pas aux moindres requêtes de ce tueur à gages. Je doute que Michael aurait été impliqué dans un quelconque meurtre. Je n'en suis pas sûr, mais à la lumière des éléments du dossier, je doute que les témoins auraient été tués sans l'intervention du fbi. Je ne crois pas qu'ils aient empêché un meurtre de se produire. COMMENTAIRE Les opérations sous couverture font partie intégrante de la lutte contre le crime, mais elles doivent être menées avec discernement. Dans le cas de Michael, le juge a considéré que le fbi avait incriminé un innocent. Par la suite, le verdict du jury fut confirmé par une cour plus élevée. En 1993, Michael fut condamné à 3 ans de prison avec sursis et à une amende. Le fbi a refusé de commenter l'affaire Michael Pardue avec notre équipe, affirmant qu'aucun agent n'est autorisé à s’exprimer sur des opérations sous couverture. L'affaire Pardue est évidemment gênante pour une organisation qui s'enorgueillit de son excellence et de son efficacité. Le silence du fbi à ce sujet n'est donc guère surprenant. WILLIAM ELLINGSWORTH Quand un agent est à l'académie, on lui répète sans arrêt qu'il est entraîné à devenir le meilleur agent au monde, et à la remise des diplômes, on lui dit qu'ils représente l'élite des États-Unis. Ce n'est pas étonnant que les jeunes recrues aient ensuite le sentiment qu'ils sont extraordinaires. C'est vrai qu'ils sont bons, je ne veux pas dire le contraire. Mais si quelqu'un se permet de critiquer leur façon d'agir, ils sont conditionnés à interpréter ces critiques comme un affront personnel. Je pense que c'est le problème qu'ils ont, au fbi. On les a tellement habitués à être encensés que quand ils entendent un autre son de cloche, ça fait mal. COMMENTAIRE L'année 1993 fut la plus noire qu'ait connue le fbi depuis très longtemps. Accusé de malversations éthiques, son directeur fut limogé. La tragédie de Waco fut un épisode plus sombre encore. Du 28 février au 19 avril 1993, le fbi assiégea la résidence d'un groupe religieux, les "Branch Dividians". Le siège s'acheva par la mort de 75 personnes, tuées dans l'incendie du bâtiment dont le fbi cherchait à faire sortir les occupants. Seuls 9 d'entre eux survécurent à l'assaut. Une enquête interne blanchit le fbi, bien qu'aucune de ses opérations n'ait coûté autant de vies humaines que celle-ci. Trois mois après la fin du siège de Waco, les agents spéciaux se retrouvèrent à Chicago pour leur convention annuelle. Au programme : séminaires, discours et remise de prix aux plus méritants. L'un de ces prix fut attribué aux forces spéciales du fbi, récompensées pour leur travail durant le siège de Waco. Le moment choisi pour l'attribution du prix et le ton du discours d'acceptation illustrent le manque de remise en question des agents spéciaux. AGENT 7 Nous étions préparés à de telles situations, mais pas aux critiques que nous avons reçues de la part de la presse. On ne nous avait pas formés à ça. Quand l'association des agents spéciaux nous a appelés pour nous dire qu'elle voulait nous décerner un prix, mes camarades et moi-mêmes nous nous sommes dits que nous avions fait du bon travail. Et pour nous, c'est ça qui est le plus important. Quand vos collègues vous disent que vous avez fait du bon travail, le reste est sans importance. Alors la presse peut bien aller se faire voir, et les autres aussi. COMMENTAIRE En septembre 1993, Louis Freeh fut nommé à la tête du fbi. Dans son discours d'investiture, il promit que la déontologie serait remise au centre des pratiques de l'agence. Le discours du nouveau directeur était empreint d'une forte tonalité morale. Mais des promesses semblables avaient été faites auparavant par certains de ses prédécesseurs, qui ne se montrèrent pas à la hauteur de leurs engagements. Au regard de l'histoire controversée du fbi, son nouveau directeur allait avoir besoin de toute sa détermination pour que ses paroles ne restent pas lettre morte. RICHARD BAKER Ce qui est essentiel, c'est que le fbi parvienne à rester à l'écoute de la société américaine, que ses évolutions et ses changements soient pris en compte. Il ne faut pas se laisser dépasser par la manière dont la société évolue, parce que les changements qui la traversent ne peuvent pas être évités. S'ils parviennent à faire cela et qu'ils se rappellent que leur but est de protéger la population américaine, ils garderont le respect et le soutien de leurs concitoyens. JUGE FRANKLIN WATERS Je crois qu'à long terme, il est impératif que le fbi change d'attitude. Lorsqu'on décide de mener une guerre, même si c'est une guerre contre le crime, il arrive que des innocents en pâtissent. nous devons être vigilants et nous assurer que les libertés individuelles ne sont pas piétinées dans le seul but d'arrêter un criminel de temps en temps. L'atmosphère doit changer. Lorsque ce sera le cas, je crois que les forces de l'ordre et le fbi en particulier suivront ce changement.