BOB_HARDY CARTHA_DELOACH DAN_JAMES DAVID_NAJJAB FRANK_VARELLI FRANK_WILKINSON LILLIE_ALBERTSON MARY_ANN_SEBERG NARRATEUR NEIL_WELCH OLIVER_REVELL PERE_MICHAEL_DOYLE RICHARD_BAKER RICHARD_CRILEY SOEUR_LINDA_HAJEK SOEUR_PATRICIA_RIDGELEY TOM_HAYDEN VOIX_JOURNALISTE WESLEY_SWEARINGEN NARRATEUR Les agents spéciaux du fbi ont deux rôles radicalement différents à jouer dans la vie de la nation. Ils enquêtent sur les pires crimes mais ils doivent également veiller à la sécurité nationale. Il s'agit du travail de contre-espionnage mené par le fbi. Son but est de protéger la liberté démocratique, mais cela nécessite souvent d'enquêter sur des groupes politiques. C'est cet aspect du travail mené par le Bureau qui, à maintes reprises, a provoqué beaucoup de colère. FRANK WILKINSON Il pouvait y avoir jusqu'à huit agents du fbi par jour qui me suivaient ! Et le Bureau lui-même a déclaré qu'il n'y avait pas la moindre preuve que j'avais ne serait-ce qu'envisagé de commettre quelque chose d'illégal ! TOM HAYDEN Ils infiltraient des organisations dont ils n'aimaient pas les dirigeants, ou les opinions politiques. C'était une police de la pensée ! FRANK WILKINSON Je crois sincèrement que le fbi a fait plus de mal aux libertés dont nous bénéficions dans ce pays que n'importe quel autre organisme gouvernemental ! NARRATEUR Le fbi refuse de dire combien d'agents travaillent sur des enquêtes top secrètes de contre-espionnage mais Dan James est l'un d'entre eux. Son travail à Dallas consiste à appréhender des espions et d'autres personnes qui menacent la démocratie américaine. Dans ce monde ténébreux, les agents doivent maintenir un équilibre très délicat : il faut qu'ils protègent la nation, mais pas aux dépens des libertés durement acquises du peuple. DAN JAMES Un organisme public comme le fbi a besoin du soutien du public. Du moment que les gens comprennent qu'on n'est pas leur ennemi, qu'on est là pour essayer de les aider et que c'est pas notre but de porter atteinte à leur droit de se réunir ou celui d'exprimer leurs opinions, alors c'est un avantage pour nous si jamais on avait besoin de faire appel au public pour nous aider. La frontière est mince entre la prévention des contestations et la protection des libertés et des droits civils. Et... En tant qu'organisme gouvernemental, il faut simplement qu'on reste bien conscients qu'il existe des règles, des directives et qu'on se doit de les suivre. NARRATEUR En période de tensions, quand le fbi doit être vigilant, il est très facile d'attiser les passions. DAVID NAJJAB Sur celle-ci, je voudrais que vous baissiez un peu les yeux. NARRATEUR En 1991, durant la Guerre du Golfe, quand on redoutait fortement la violence politique, des agents du fbi ont interrogé un certain nombre d'éminents Arabo-américains. L'un d'entre eux, un activiste politique du nom de David Najjab, encourageait les membres de sa communauté à voter pour le parti démocrate. DAVID NAJJAB Euh... peut-être un peu plus vers l'objectif. Très bien... On va en faire où vous regardez vers le haut, et d'autres vers le bas. C'est parti. Regardez vers moi. Vous pouvez garder la tête dans la même position et regarder vers le haut, avec les yeux ? Oui, comme ça. Ne bougez plus. NARRATEUR Un agent du fbi l'a appelé et lui a demandé s'il pouvait parler avec lui de la possibilité de crimes haineux contre les Arabo-américains. DAVID NAJJAB Bravo, c'est très réussi. Levez les yeux. Ne bougez plus. NARRATEUR Quand ils se sont rencontrés, Najjab dit qu'on lui a demandé de transmettre les noms d'autres activistes politiques de sa communauté. DAVID NAJJAB Maintenant, baissez les yeux. Pas trop ! Comme ça, c'est bien ! Ne bougez pas trop le menton. Il m'a dit qu'il voulait le nom de ces personnes pour "s'occuper" de notre communauté. Et euh... J'ai trouvé que c'était très vague alors je lui ai demandé ce qu'il entendait par "s'occuper" de notre communauté. C'est à ce moment-là qu'il m'a dit qu'il redoutait notamment que des actes terroristes soient commis. Il m'a dit que la destruction de bâtiments publics, ou carrément la pose de bombe, était un crime et que si je connaissais quelqu'un qui s'apprêtait à mener de telles attaques ou à être impliqué, je devrais le contacter immédiatement. Maintenant, tournez légèrement le livre... Je ne pensais pas qu'être actif politiquement, participer à une activité politique légale aux Etats-Unis, était une raison suffisante pour qu'on me pointe du doigt et qu'on me dise qu'il est mal de commettre des actes terroristes. Je sais très bien que le terrorisme, c'est mal ! Je n'ai pas besoin que le fbi me prenne à part pour me dire ça. Comme ça, c'est bien, mais levez un peu les yeux. J'ai trouvé ça très insultant. J'ai été visé à cause de mes origines raciales, c'est certain. Le fbi n'est pas allé voir tous les Américains pour leur dire que le terrorisme, c'est mal. Ils ont rencontré les Arabo-américains pour leur dire que le terrorisme, c'est mal. NARRATEUR On pense que les agents du fbi sont allés voir environ deux cents Arabo-américains durant la crise du Golfe. Najjab pense que ça a eu des effets dramatiques sur une communauté dont les racines sont dans une partie du monde qui n'est pas réputée pour ses valeurs démocratiques. DAVID NAJJAB Je sais exactement quel effet ça a eu : lors des élections de l'année suivante, seulement un cinquième environ des Arabo-américains sont allés voter et ont pris part au processus politique. C'était beaucoup moins que les fois précédentes, alors qu'avant cela, le taux de participation augmentait chaque année. Ça a agi comme un frein sur notre communauté. Les gens avaient peur : beaucoup d'entre eux viennent de pays où le gouvernement espionne leurs activités et les persécutent. Je crois que le fbi en était bien conscient. Ça a mis fin à notre activité politique à l'époque. NARRATEUR David Najjab est le dernier d'une longue liste d'activistes politiques qui ont critiqué le fbi pour être intervenu dans le processus politique. Au fil des années, le Bureau s'est vu attaqué à maintes reprises pour avoir utilisé ses pouvoirs afin de réprimer la dissidence politique. Quand le communisme était l'ennemi, les détracteurs du fbi disent que les garanties constitutionnelles ont été ignorées et que des carrières politiques légitimes ont été brisées à cause d'une grande campagne visant à nuire au parti. RICHARD CRILEY Aujourd'hui, le parti communiste américain est pratiquement insignifiant. Il s'agit d'un vestige historique comme le coccyx d'un animal qui n'a plus de queue depuis longtemps. Je crois que la chute du parti communiste a été manifestement et profondément influencée par le fait qu'il a été fortement infiltré. C'est probablement l'opération la plus réussie dans l'histoire du monde quant il s'agit de placer des agents dans les rangs d'une organisation qu'ils considèrent comme hostile. NARRATEUR L'une des raisons qui explique le succès du fbi était le fervent anticommunisme de l'homme qui dirigeait le Bureau durant la guerre froide. NEIL WELCH Il se souciait énormément du communisme. On pourrait presque dire que ça l'a obsédé toute sa vie. A l'époque, le Congrès partageait toutes ses inquiétudes... Le président également, et globalement, le peuple aussi soutenait tous les efforts du fbi, tout ce que monsieur Hoover voulait faire pour régler ce problème-là en particulier. NARRATEUR La croisade anti-communiste du fbi requérait des ressources précieuses, mais il existait peu de réelles justifications pour nombre des techniques autorisées par son directeur. Wesley Swearingen était agent du fbi dans les années cinquante. Son travail à Chicago consistait à entrer par effraction illégalement dans le domicile et les bureaux des membres importants du parti. Dans le jargon du fbi, on dit qu'il faisait partie de l'équipe "Black Bag." WESLEY SWEARINGEN C'est le genre de serviette que j'utilisais à Chicago pour les opérations "Black Bag" dans les années cinquante. Elle contient l'équipement nécessaire pour photographier des documents comme les listes des membres... qu'on essayait de localiser. Au départ, on utilisait les sacs en cuir noir des médecins, c'est de là que vient le surnom. Au début, l'équipement était presque identique à ce que vous voyez là. Mais au fur et à mesure, on l'a perfectionné en ajoutant des cadres métalliques et des charnières si bien que quand on ouvrait la serviette, l'appareil photo s'installait automatiquement. On avait plus qu'à positionner les lampes et on était prêts. S'il arrivait quelque chose et qu'il fallait partir immédiatement, il suffisait de fermer la serviette, et ça prenait environ cinq secondes. Quand j'ai commencé, j'avais seulement vingt-cinq ans. Je trouvais ça plutôt excitant et je croyais qu'il y avait une sorte d'accord secret entre le fbi et le secrétaire à la Justice ou le président. Mais j'ai appris des années plus tard qu'en réalité, c'était illégal et qu'on avait aucune autorisation, à part celle de J. Edgar Hoover. NARRATEUR Selon Swearingen, son équipe "Black Bag" n'était pas la seule à agir sous l'autorité clandestine de Hoover. Il existait des groupes de cambrioleurs du fbi qui s'attaquaient aux locaux du parti communiste dans au moins six grandes villes. Dans sa volonté de détruire le communisme, Hoover sacrifiait les principes juridiques mêmes sur lesquels il avait rigoureusement créé le fbi. WESLEY SWEARINGEN Ce qu'on faisait, c'était vraiment stupide parce qu'on n'avait pas la moindre preuve que les membres du parti communiste aux Etats-Unis essayaient véritablement de renverser le gouvernement. Ils ne possédaient pas d'armes à feu, et ils ne posaient pas de bombes, alors il n'y avait pratiquement rien qui pouvait justifier de les poursuivre en justice. C'était nous qui enfreignions la loi. NARRATEUR Dans le cadre de cette campagne anti-communiste généralisée, le fbi a perturbé des meetings du parti, discrédité des communistes et même encouragé des employeurs à les renvoyer. En 1958, il y avait environ 1 500 informateurs payés par le fbi au sein du parti. De telles tactiques auraient pu être justifiées s'il avait vraiment existé un complot violent... mais il n'y avait que très peu de lien entre la théorie de la révolution communiste et les pratiques du parti communiste américain. NEIL WELCH On nous bourrait le crâne pour qu'on comprenne la nature de la menace, et son immense gravité... et... on a commencé à se poser des questions en tant que personnes qui étaient confrontés au jour le jour à la réalité du communisme puisqu'on était de nouveaux agents spéciaux. La menace était manifestement très largement exagérée. Personnellement, je crois que ça n'a jamais été une véritable menace. Je pense qu'il s'agissait d'un problème, mais une menace grave qui pouvait nuire au gouvernement ? Je crois pas que ça ait jamais atteint ce stade-là. RICHARD CRILEY Je pense que la raison pour laquelle le fbi voulait infiltrer le parti communiste et d'autres organisations est absolument évidente. Ça n'avait rien à voir avec la réalité à laquelle ils étaient confrontés sur le terrain : personne ne prévoyait de renverser le gouvernement par la force et la violence. Au mieux, à son apogée, le parti communiste comprenait peut-être dans les cent mille membres. Et cent mille personnes parmi des dizaines de millions d'Américains, à moins d'être complètement abruties, ne vont pas essayer de renverser quoi que ce soit. Il n'y a jamais eu le moindre exemple ne serait-ce que d'un premier acte manifeste. NARRATEUR La croisade de Hoover a continué sans tenir compte du fait qu'il n'existait pas de véritable complot violent. Ce qui comptait le plus, c'est que les communistes étaient redoutablement efficaces pour défendre les droits des travailleurs. Bill Albertson, un leader du parti à New York, était l'un des meilleurs pour cela, et donc, le fbi a décidé de l'empêcher de continuer. Hoover a donné à ses agents de New York la permission d'écrire une lettre fictive faisant passer Albertson pour un informateur du fbi. En juin 1964, ils l'ont "accidentellement" déposée dans une voiture utilisée par Albertson. Il a été exclu du parti et jamais réadmis. LILLIE ALBERTSON Mon mari était un homme entièrement impliqué dans sa vie politique. Et... Son exclusion l'a privé de sa masculinité, c'était un coup terrible, ça l'a détruit. A cette époque, il a presque souhaité en mourir. NARRATEUR La vérité sur l'exclusion de Bill Albertson n'est remontée à la surface qu'en 1975. La loi sur l'accès à l'information a permis à son épouse de voir les dossiers que le fbi avait montés sur lui. Mais à ce moment-là, il était déjà mort. LILLIE ALBERTSON Mon mari avait été harcelé toute sa vie pour ses opinions politiques et ce en quoi il croyait, et je trouve ça terriblement injuste. Personne n'a jamais réussi à le poursuivre en justice pour le moindre acte criminel. Son but dans la vie, c'était de se battre pour les droits des gens, et je trouve qu'il ne méritait vraiment pas ça. RICHARD CRILEY Quand on retourne en arrière et qu'on examine les documents, le plus incroyable, c'est que d'un côté, ils font l'éloge de notre merveilleuse constitution américaine et de notre démocratie, et de l'autre, ils commettent des actes en totale violation de ces mêmes principes. NARRATEUR Dans les années cinquante et soixante, la Commission de la Chambre sur les activités antiaméricaines a tenu des auditions pour déterminer si de nouvelles lois étaient nécessaires pour contrer l'influence communiste.Le huac était une Commission du Congrès qui s'est transformée en chasse aux sorcières. Les communistes y étaient mis au pilori pour leurs convictions avec la contribution active du fbi de Hoover. FRANK WILKINSON Je crois sincèrement que la Commission de la Chambre sur les activités antiaméricaines n'était qu'une façade pour le fbi, c'était une main punitive pour le Bureau. Ils avaient un personnel de recherche très réduit, à vrai dire, tous leurs informateurs travaillaient pour le fbi, on le sait aujourd'hui. J'ai rencontré des centaines de personnes qui avaient été convoquées devant la Commission de la Chambre sur les activités antiaméricaines. Et à chaque fois, les gens me disaient que le fbi était d'abord passé les voir. Il semblerait que six semaines à trois mois après une visite de fbi, chaque personne était convoquée devant la commission. Ce n'est que le travail d'équipe entre la Commission de la Chambre sur les activités antiaméricaines et le fbi qui a rendu la Commission aussi efficace. NARRATEUR Les hommes de Hoover ont même reçu comme instructions de s'attaquer à Wilkinson en personne, bien que sa campagne pour faire abolir la Commission de la Chambre sur les activités antiaméricaines était légale et constitutionnelle. FRANK WILKINSON J'ai été invité à intervenir dans environ deux cents meetings différents... sur une période de vingt ans. Le fbi possédait des dossiers complets sur mon emploi du temps. Ils envoyaient un mémo aux agents responsables à Springfield, Boston, New York, Chicago en disant : voici l'itinéraire de voyage de Wilkinson. Puis ils continuaient en expliquant que c'était leur responsabilité d'aller perturber mes allocutions. NARRATEUR Par deux fois, Wilkinson a été traîné devant la Commission. Il a refusé de témoigner, et en 1961, il a été emprisonné pour outrage au Congrès, rejoignant ainsi la longue liste de personnes sanctionnées pour leurs convictions politiques. Son dossier au fbi traitait de presque trente ans de surveillance qui a continué même après qu'un agent a conclu qu'il n'avait jamais représenté de menace pour la sécurité nationale. FRANK WILKINSON On estime que le fbi a dépensé dix-sept millions de dollars à enquêter sur moi entre 1942 et 1980. Ils ont littéralement enquêté sur un million d'Américains, et le fbi lui-même a avoué qu'ils savaient pertinemment que ces personnes n'enfreignaient pas la loi fédérale et n'avaient même pas pensé à le faire ! Cette période sera connue comme l'ère J. Edgar Hoover, en raison des dégâts qu'il a commis consciemment, lui et les personnes qui travaillaient sous son autorité. Ils ont sans cesse violé le premier amendement ainsi que d'autres parties de notre Déclaration des Droits. Il n'y a aucune excuse pour qu'un organisme du gouvernement fédéral tenu de mener des enquêtes criminelles se mette à enfreindre les droits de personnes qui ne se livrent en rien à des activités criminelles ! NARRATEUR A la fin des années soixante, le fbi avait fortement affaibli le parti communiste, et Hoover concentrait maintenant son attention sur d'autres questions. En haut de la liste se trouvaient de nouveaux mouvements de protestation menés par des étudiants. L'un des leaders étudiants les plus célèbres de l'époque était Tom Hayden. Aujourd'hui, il est sénateur dans la législature d'état de Californie. TOM HAYDEN Il n'y avait jamais eu de mouvement de jeunes aux Etats-Unis, pas le moindre mouvement étudiant, et je pense que les gens comme J. Edgar Hoover et ceux de sa génération ont été pris au dépourvu à l'idée qu'il y avait de la révolte aux Etats-Unis, que les gens remettaient en cause le statu quo, parce qu'ils avaient été totalement conditionnés à croire qu'on était la meilleure société au monde et que le mal ne rôdait vraiment que parmi les conspirateurs à l'étranger. NARRATEUR Hoover avait presque soixante-dix ans, il était directeur du fbi depuis 1924 et son attitude reflétait une époque révolue. RICHARD BAKER Selon l'éducation qu'il avait reçue, pour lui, les citoyens américains ne devaient pas se comporter de cette façon. C'était inconcevable pour lui que cela arrive, et il trouvait que ça ne devrait pas être permis. Il pensait que cette partie de la société était déchaînée d'une certaine manière, ils créaient le désordre civil et les choses ne devaient pas être ainsi, selon lui. Je crois qu'il pensait que si on ne faisait rien pour les réprimer, les choses pourraient devenir incontrôlables. NARRATEUR Hoover a réagi comme il l'avait fait avec les communistes. En 1969, un quart de tous les agents du fbi, soutenus par mille informateurs, enquêtaient sur les protestataires étudiants, les groupes de défense des droits civiques, et les activistes de gauche... alors que la grande majorité d'entre eux n'enfreignaient en rien la loi. Le fbi avait de bonnes raisons de surveiller le Black Panther Party, un mouvement révolutionnaire né en opposition au racisme. Leur colère débordait parfois en violence, mais les inquiétudes du fbi allaient bien au-delà de l'aspect criminel. Jean Seberg était comédienne, pas terroriste, mais elle avait fait don d'argent à la cause des Black Panther. MARY ANN SEBERG Elle croyait en l'égalité, mais aussi en la justice. Elle pensait qu'elle allait vraiment changer le monde. Elle allait devenir quelqu'un. NARRATEUR Jean Seberg était mariée à un diplomate français. En 1970, elle est tombée enceinte. Le fbi croyait avoir la preuve, suite à une écoute téléphonique, que le père du bébé était en réalité un membre des Black Panthers. Hoover a autorisé un plan du bureau de Los Angeles qui consistait à divulguer l'information à la presse pour ternir la réputation de l'actrice auprès du public. Le mémo déclarait que Seberg soutenait financièrement les Black Panthers et donc, que l'actrice devait être "neutralisée." Hoover a demandé un délai de deux mois, mais dès le lendemain, un article à ce sujet était publié à Los Angeles puis relayé dans tout le pays. MARY ANN SEBERG C'était une personne complètement différente par rapport à la dernière fois où je l'avais vue. Elle était devenue très très triste, et très craintive. Elle nous a dit, mais on ne l'a pas crue, que nos téléphones étaient sur écoute. On est sorties faire des courses, et pendant qu'on était assises dans le magasin, elle m'a dit : "Tu vois le monsieur là-bas ? C'est un agent et il me surveille." Je lui ai dit : "Mais non, tu te fais des idées." et elle m'a répondu : "Non, c'est la vérité." Jusqu'à aujourd'hui, je ne sais pas si c'était vrai, mais je suis un peu plus convaincue qu'elle avait sûrement raison. NARRATEUR Seberg est entrée en travail prématuré juste après avoir lu l'un des articles. Elle a déclaré que c'était à cause du choc, et le bébé est décédé. L'actrice a attribué la responsabilité au fbi et son mari également. Il a déclaré qu'elle ne s'était jamais remise et qu'elle a essayé de se suicider chaque année à la date anniversaire de la mort de l'enfant. En 1979, elle a réussi à mettre fin à ses jours. Le fbi a maintenant admis qu'il avait prévu de discréditer l'actrice, mais il maintient qu'il n'a pas divulgué la lettre. Le Bureau prétend qu'il ignore comment la presse a mis la main sur cette histoire. WESLEY SWEARINGEN Je sais que c'est vrai qu'ils ont divulgué la lettre parce que j'ai fait partie de l'équipe environ deux ans après les faits, et l'un des agents qui travaillait déjà là à l'époque et qui écoutait régulièrement les conversations téléphoniques des membres du Black Panther Party pendant des années, il m'a dit que le chef d'équipe l'avait donnée à leur agent de liaison au Los Angeles Times. WESLEY SWEARINGEN Il n'y a probablement pas de trace écrite, mais il y a une archive qui montre que Los Angeles a demandé la permission de le faire, et une autre que le Bureau leur a accordée. La lettre a été écrite, il y a des copies dans le dossier, et elle a été publiée par le Los Angeles Times, alors je me fiche de ce qu'ils racontent au siège : le fbi a donné cette lettre au Los Angeles Times. NARRATEUR Cartha DeLoach était autrefois numéro trois dans la hiérarchie du fbi. C'était l'un des plus proches collaborateurs de Hoover durant la recherche d'opposants dans les années soixante, et il soutient toujours les tactiques de Hoover durant cette période tumultueuse. CARTHA DELOACH Oui, c'était quelque chose qui ne rentrait pas dans le cadre de la loi, mais c'était utilisé très rarement, de façon isolée, strictement dans le but d'essayer de protéger la société. VOIX JOURNALISTE Ça ne fait pas de vous le juge, le jury et le bourreau ? CARTHA DELOACH Non, on ne peut pas dire ça, pas quand ça atteint son objectif... d'empêcher l'anarchie, ou le crime, et pas quand on informe les autorités supérieures des activités qui sont mises en places. C'est ça qui empêche de se retrouver juge et jury. VOIX JOURNALISTE Mais vous étiez quand même en position de décider qui vous n'aimiez pas à cause de ses opinions. Même si vous ne pouviez pas le poursuivre pour crime, c'est vous qui décidiez : il faut le neutraliser en le discréditant. CARTHA DELOACH Seulement... Seulement dans les cas où les personnes faisaient preuve d'une grande prédilection pour l'anarchie, ou le crime, ou la violation des lois des Etats-Unis, ou le meurtre, le viol, le pillage, c'est dans ces circonstances que c'était utilisé. MARY ANN SEBERG Quand j'étais petite, je croyais que le fbi était là pour nous protéger... et veiller sur les citoyens des Etats-Unis. Mais depuis toute cette histoire, je me suis rendu compte qu'il pouvait représenter un grand danger pour les Américains. Il peut détruire des vies... et ça m'a complètement fait changer d'opinion. NARRATEUR Vers la fin des années soixante, le fbi a commencé à viser le mouvement pour la fin de la guerre du Viêtnam. Alors que la protestation gagnait en ampleur et en violence, le fbi considérait ses participants comme une menace grandissante à la loi et l'ordre. CARTHA DELOACH Je les observais et je sais que J. Edgar Hoover le faisait aussi de temps en temps au Département de la Justice pendant qu'ils cassaient les carreaux. J'ai regardé les bandes descendre Pennsylvania Avenue et Constitution Avenue comme des sauvages. La situation aujourd'hui est différente de ce qu'elle était à l'époque. Grossièrement parlant, c'était une situation où : "quoi qu'on fasse, on est baisés." Le Congrès nous mettait fortement la pression. Le fbi essayait d'agir dans un cadre très limité, les journaux nous mettaient la pression en nous demandant quand ça allait s'arrêter, et le président Lyndon Johnson m'a même dit un jour : "A chaque fois que vous...", c'est-à-dire le fbi, il s'est tourné vers moi en pointant du doigt : "A chaque fois que vous laissez l'une des ces émeutes avoir lieu, je perds 93 000 voix. Qu'est-ce que vous allez faire !?" NARRATEUR Une fois encore, le fbi s'est mis à perturber les protestataires, bien que très peu d'entre eux représentaient une menace grave pour la sécurité nationale. Mais en 1971, les agents ont mis le doigt sur une véritable conspiration. Ses quartiers généraux étaient une maison délabrée à Camden, dans le New Jersey. Les troupes américaines se battaient au Viêtnam depuis six ans. Par frustration, un groupe d'activistes catholiques anti-guerre avait décidé d'entrer par effraction dans le bureau de recrutement local. La réaction du fbi quand il a découvert ce plan a montré jusqu'où Hoover était prêt à aller afin de discréditer le mouvement pour la paix. PERE MICHAEL DOYLE La présence du bureau de recrutement, c'était comme la mâchoire d'un monstre qui viendrait attraper votre fils et l'enlever de chez vous. Notre mouvement est donc né de ce genre de sentiment... et euh... de l'idée que la non-violence était la voie à suivre, l'exemple de Gandhi, ce genre de chose. Il y avait beaucoup de ça dans notre mouvement, ça nous a tous influencés. BOB HARDY Notre père, nous te prions de nous accorder ta grâce, et pour la gloire de ton fils Jésus Christ... NARRATEUR Bob Hardy était membre du groupe de protestataires, mais aussi informateur pour le fbi. Il était opposé à la guerre mais le plan d'effraction avait tourmenté sa conscience de chrétien et il avait donc décidé d'en informer le Bureau. BOB HARDY Personnellement, je suis contre le fait d'enfreindre la loi, et quand ils étaient prêts à le faire, au milieu de la nuit, pour entrer par effraction dans un bâtiment fédéral, je me suis dit qu'ils ne savaient pas dans quoi ils s'embarquaient. NARRATEUR Au lieu d'empêcher l'effraction, le fbi a demandé à Hardy de se servir de son expérience pratique de maçon pour s'assurer qu'elle ait bien lieu. En effet, Hoover voulait faire un exemple des protestataires. BOB HARDY Ils m'ont demandé de leur apprendre comment grimper à l'échelle sans tomber. Comment ouvrir une fenêtre de l'extérieur et se faufiler dans un bâtiment, ce qui paraît assez simple sauf si on a l'a jamais fait. On a appris à certains membres du groupe comment découper le verre d'une vitre sans la casser ni faire de bruit, et on leur a donné les outils pour. J'avais l'impression d'être le Joueur de Flûte qui les menait gaiement jusqu'à la falaise. Ils n'avaient aucun talent quand il s'agissait d'effectuer des tâches manuelles. Dans notre communauté, on aurait dit qu'ils étaient tellement pleins de pensées célestes qu'ils n'avaient pas la moindre aptitude matérielle. NARRATEUR Les conspirateurs anti-guerre sont tombés droit dans un piège. Le fbi avait placé le bâtiment sous étroite surveillance le soir où ils avaient décidé d'entrer par effraction. PERE MICHAEL DOYLE Chaque personne avait son petit sac d'outils, et avec un simple levier, on a réussi à ouvrir la fenêtre du bureau de recrutement. Une fois à l'intérieur, on a commencé à déchirer les archives de recrutement. C'était des chemises en carton bulle, alors c'était très difficile, mais on a continué à déchirer sans arrêt pendant environ deux heures. NARRATEUR Pour le fbi, les protestataires étaient maintenant exactement là où il voulait. PERE MICHAEL DOYLE Trois agents du fbi m'ont sauté dessus et ils m'ont plaqué au sol. Puis, ils m'ont retiré ma ceinture et avec, ils m'ont attaché les mains dans le dos. Enfin, ils nous ont rassemblés et ils nous ont obligés à nous allonger par terre, en rang. NARRATEUR La plupart des activistes ont été inculpés pour effraction, destruction de biens de l'Etat et cinq autres infractions majeures. Ils encouraient une peine maximale de quarante-sept ans de prison. Cela s'annonçait comme une grande victoire pour le fbi... jusqu'à ce que Bob Hardy vienne à la barre. BOB HARDY L'avocat de la défense a apporté tous les outils sur la table et il m'a demandé l'origine de chacun d'entre eux : s'il venait du fbi ou s'il s'agissait d'un outil des accusés. Alors que j'identifiais chaque outil, la pile du côté du fbi est devenue immense, et de l'autre, il y avait seulement une petite scie à main, un couteau à beurre et quelques objets insignifiants qui n'avaient rien à voir avec l'effraction. NARRATEUR Tous les conspirateurs ont été acquittés : manifestement, le jury a cru que Hardy avait été utilisé comme agent provocateur et que sans l'aide du fbi, l'effraction n'aurait jamais eu lieu. Les agents avaient même expliqué leurs intentions à Hardy. BOB HARDY Evidemment, j'ai questionné mes contacts, les agents que je voyais tous les jours, et ils m'ont dit que la décision avait été prise à la petite maison blanche en Californie par le président Nixon et monsieur Hoover. Ils avaient décidé d'obtenir plus de preuves pour pouvoir mettre ces gens en prison jusqu'au restant de leurs jours. Ils voulaient détruire ce mouvement politique de gauche. NEIL WELCH Il y a un équilibre fragile entre faire ce qu'il faut pour protéger les citoyens et ne pas aller trop loin au point d'empiéter sur leur vie privée. Ce n'est pas facile de trouver cet équilibre, et je pense que durant ces périodes difficiles de la guerre de Viêtnam, il est évident qu'à certains moments, le fbi est allé trop loin dans son action, et Hoover lui-même a considérablement exagéré la véritable ampleur du problème. VOIX JOURNALISTE C'est la seule solution ? TOM HAYDEN Je ne sais pas si J. Edgar Hoover... avait bien lu la Constitution Américaine en entier, dans toute sa complexité, parce qu'il se focalisait exclusivement sur les clauses en rapport avec l'ordre... et... et si on essaye d'imposer l'ordre sans se soucier de la justice, alors cela soulève la question : l'ordre au nom de quels principes ? La réponse de Hoover était : ses principes à lui, qui étaient les principes de Dieu, qui étaient les principes de l'Amérique. C'était un raisonnement dément ! Hoover est un exemple d'abus de pouvoir poussé à l'extrême au vingtième siècle, dans l'une des sociétés les plus, si ce n'est la plus démocratique du monde. Hoover est... la preuve qu'il existe un défaut profond dans la démocratie américaine. Je ne peux pas l'expliquer... Je ne comprends pas ce que les gens faisaient, ou ce que pouvaient bien penser nos anciens présidents. NARRATEUR Ou les présidents successifs n'étaient pas au courant ou ils ont simplement choisi d'ignorer les tactiques de Hoover contre la dissidence politique. Ils ont permis au fbi d'utiliser des méthodes agressives et même illégales qui allaient bien au-delà de la simple prévention de la violence. Ils ont permis aux agents de Hoover d'ébranler toute une génération qui désapprouvait passionnément la politique du gouvernement. En 1971, Hoover a brusquement suspendu la plupart des opérations de son programme de contre-espionnage national. Il l'a fait après un autre cambriolage à caractère politique. Cette fois-ci, les conspirateurs recherchaient des documents secrets d'espionnage du fbi. Ils en ont dérobé un millier dans un petit bureau à Media, en Pennsylvanie, et les ont divulgués à la presse. Il y avait le chef scout sur lequel on avait enquêté parce qu'il voulait emmener sa troupe visiter la Russie, la fille du membre du Congrès espionnée parce qu'elle était contre la guerre du Viêtnam, et les noms de tous les informateurs du fbi dans une université voisine. La campagne très personnelle de Hoover contre la dissidence politique était mise à nue, c'était un tournant décisif pour le fbi. NEIL WELCH Les citoyens ont commencé à lire et s'informer sur certaines des choses étranges qui se passaient au niveau du gouvernement... et... Hoover et ses proches collaborateurs étaient... inquiets parce qu'ils se disaient qu'il y aurait d'autres cambriolages, et que d'autres secrets et programmes confidentiels allaient être divulgués au grand public. Ça allait donner lieu à... toute une série de révélations dérangeantes. Le génie allait sortir de la bouteille, pour ainsi dire ! Et encore une fois, comme d'habitude, ils ont eu une réaction très excessive face au problème. Ils ont décidé de fermer tous les petits bureaux dans tout le pays ! J'étais l'agent responsable de l'état du Michigan, et l'idée de fermer tous ces bureaux dont on avait besoin pour protéger le pays et les citoyens, même n'en fermer qu'une partie à vrai dire, c'était de la pure folie ! Et pourtant, c'est ce qu'ils voulaient faire. Aussi incroyable que ça puisse paraître : ils voulaient fermer boutique, tout verrouiller, et enterrer leurs secrets ! NARRATEUR Après la mort de Hoover, la commission du Congrès a condamné le fbi pour avoir fait justice lui-même et mené une opération milicienne contre ceux qu'il qualifiait d'ennemis. Une nouvelle règle a été mise en place : le fbi devait maintenant posséder des preuves solides d'un crime avant de pouvoir ouvrir ce type d'enquête. Mais quelques années plus tard, de nouvelles plaintes ont été formulées selon lesquelles le Bureau manquait de nouveau à sa parole. Au début des années 80, un groupe appelé cispes s'est mis à organiser des manifestations contre la politique du président Reagan envers le Salvador. OLIVER REVELL Les agents du fbi et leurs responsables qui travaillaient sur cette question en particulier croyaient, suite aux dires d'un informateur et des renseignements corroborants, qu'il existait des motifs raisonnables de croire que le Comité de Solidarité avec le Peuple du Salvador, communément appelé cispes, n'était pas qu'une organisation prônant un changement dans la politique américaine à l'égard de ce pays, mais qu'elle était aussi impliquée dans des activités terroristes. FRANK VARELLI Le meilleur moyen de neutraliser un groupe, c'est de l'infiltrer, alors il n'y avait aucun doute sur le fait qu'on devait infiltrer le cispes. Pour cette raison, la... personne de Gilberto Mendoza a été créée. On lui a fourni un faux numéro de sécurité sociale, un faux permis de conduire, et toute cette couverture, on appelle ça la "légende", c'était pour créer une personne qui allait s'infiltrer dans le cispes. VOIX JOURNALISTE Et cette personne, c'était vous ? FRANK VARELLI Oui, c'était moi. NARRATEUR La cible de Varelli était un groupe du cispes qui se réunissait dans une petite église catholique dans la banlieue de Dallas. L'organisation regroupait un large éventail de membres, y compris des avocats, des enseignants et des étudiants. Elle était dirigée par deux nonnes qui organisaient des manifestations et des discours contre l'envoi d'aide militaire américaine au Salvador. Elles ont appris pour la première fois que le fbi les espionnait en lisant le journal. SOEUR PATRICIA RIDGELEY C'était un sale coup de leur part ! SOEUR LINDA HAJEK Oui, un très sale coup, absolument. SOEUR PATRICIA RIDGELEY D'abord, on s'est dit : oh là là, le fbi dépense tout ce temps et cette énergie sur nous ! Franchement, c'était presque marrant comme idée. SOEUR LINDA HAJEK D'un autre côté, je crois que beaucoup d'entre nous étaient très en colère parce qu'on avait le sentiment qu'on bafouait nos droits de nous exprimer publiquement, de nous réunir librement... Ce que je veux dire, c'est que c'était un crime d'une certaine manière ce qu'ils nous faisaient, la façon dont ils s'en prenaient à nous... NARRATEUR Varelli prétend qu'il n'a pas fait que les espionner, mais qu'il a aussi pris part à une campagne agressive visant à compromettre l'efficacité du cispes en tant que groupe de protestation. Il croit qu'il s'agissait d'une campagne qui faisait écho à une époque qui aurait dû être morte et enterrée. FRANK VARELLI Le fbi a pris la décision de poursuivre cette enquête de manière plus active en harcelant ces individus en allant voir leur propriétaire pour lui dire qu'ils étaient associés à un organisation terroriste et donc, qu'il devrait les expulser de leur appartement. On a commencé à intercepter leur courrier. Dès que c'était possible, on le retirait de leur boîte aux lettres, et aussi, dès qu'on avait l'occasion, on mettait des clous dans les... pneus de leur voiture quand ils devaient se rendre à une réunion. On les harcelait en les prévenant qu'ils étaient sous surveillance, et que cette fois-ci, c'était pas pour rigoler. VOIX JOURNALISTE C'est vous qui faisiez ça ou les autres agents qui vous ont raconté ? FRANK VARELLI J'ai rempli mon rôle, eux le leur, parce qu'on était tous impliqués dans cette opération. NARRATEUR Varelli dit qu'il a fait tout son possible pour confirmer les soupçons du fbi sur le groupe, il avait toutes les raisons de le faire, puisqu'il était salvadorien de droite, et donc contre tout ce que représentait le cispes. FRANK VARELLI On récoltait des informations pour dire de récolter des informations, mais on n'obtenait aucuns résultats. J'ai bien vu qu'on faisait un travail qui ne menait à rien. On était devenus ce que j'appelle des "aspirateurs du gouvernement." On aspirait tous les renseignements qui étaient censés discréditer le cispes, mais au final, on ne faisait qu'amasser des informations sur des gens qui n'avaient rien à voir avec notre cible de départ, c'est-à-dire la guérilla au Salvador. Je n'ai trouvé aucun lien entre les terroristes et les gens qui travaillaient ici pour le groupe du cispes. NARRATEUR Varelli a comparu devant une commission d'enquête du Congrès, et il a répété la plupart de ses allégations. Sa crédibilité était en jeu, il avait déjà passé un test au détecteur de mensonges qui a montré qu'il disait la vérité, mais aujourd'hui, le fbi conteste ces résultats et pratiquement tout ce que raconte Varelli. OLIVER REVELL Beaucoup des déclarations qu'il a faites au Congrès sont fausses, tout simplement, on en a la preuve. C'est ce que j'ai déclaré quand j'ai témoigné devant le Congrès il y a de ça des années. Monsieur Varelli n'a aucune crédibilité. Le problème qu'on a eu dans cette affaire, c'est qu'il s'est avéré être un propagateur de fausses informations. Il avait des motifs personnels et il s'est révélé être un agent de désinformation. VOIX JOURNALISTE Il dit que l'agent qui travaillait avec lui est entré par effraction dans le bureau du cispes pour dérober un document. OLIVER REVELL Il peut dire ce qu'il veut, il n'y a pas la moindre preuve de ce qu'il avance. L'agent nie catégoriquement les faits, et on n'en a aucune preuve. Monsieur Varelli est un menteur. Le fbi n'a jamais intimidé le cispes à aucun moment que ce soit. Ils ont été libres de poursuivre leurs activités de dissidence, et leur opposition vocale à notre soutien de Salvador. Donc, rien de ce qu'a fait le fbi n'a intimidé de quelque manière que ce soit les personnes qui adhéraient à ces opinions politiques. SOEUR PATRICIA RIDGELEY Je suppose que je suis prête à croire qu'ils sont capables de n'importe quoi, ils n'ont pas peur de repousser les limites de l'acceptable, je les ai vus repousser ces limites très très loin, et je veux bien croire qu'ils sont capables de recommencer. Donc, mes sentiments envers le fbi sont très partagés. Il me semble que le seuil de la loi devrait être clair et net, et pas quelque chose qu'ils peuvent déplacer comme ça les arrange. Il doit y avoir une limite : ça on a le droit de le faire, et ça non. NARRATEUR Aucun membre de cispes n'a jamais été poursuivi en justice malgré une enquête de deux ans et demi, menée par plus de deux mille personnes, y compris la majorité des agents de terrain du fbi. Ses détracteurs ont accusé le fbi de continuer à employer les méthodes discréditées de l'ère Hoover. Ils soutiennent que la nouvelle loi conçue pour limiter les enquêtes de contre-espionnage sur les affaires criminelles a échoué parce qu'elle ne s'applique pas aux groupes comme le cispes qui ont des contacts avec des étrangers. Ils veulent que cette lacune soit comblée. Le fbi n'est pas du tout d'accord. OLIVER REVELL Je pense que... ca pourrait aboutir à ce qu'un certain nombre de crimes soient commis, y compris de l'espionnage, et certainement du terrorisme. On serait incapables de déjouer ces actes par simple prévention, on serait incapables de les détecter avant qu'ils soient commis. En gros, on irait s'occuper de la bombe après qu'elle a explosé, et plus avant. On a connu beaucoup de succès aux Etats-Unis quand il s'agit de rester dans les limites de nos exigences et de nos garanties constitutionnelles, et on a empêché plus d'actes de terrorisme qu'il n'en a été commis. C'est une situation exceptionnelle dans le monde occidental, on a réussi à maintenir l'équilibre entre les droits des individus et les besoins de l'état. On est parvenus à garder cet équilibre et en même temps, on a su empêcher plus d'actes de terrorisme qu'il n'en a été commis. NARRATEUR Le fbi est-il vraiment devenu un défenseur de la liberté ? Cela reste sujet à débat. Les libertés individuelles sont toujours menacées durant les périodes de bouleversements politiques. Mais sans un durcissement des règles, l'histoire semble vouée à se répéter. FRANK WILKINSON Il y a une chose très simple à faire : le Congrès doit voter une loi disant au fbi que sa seule et unique fonction est d'enquêter sur des infractions au niveau fédéral, de nature criminelle. Si cette loi est adoptée, on obtiendra la protection dont on a besoin. Mais je suis réaliste, et je me dis que de mon vivant, dans les cinq ans suivant l'adoption de cette loi, un autre membre du Congrès va arriver et tenter de la faire abroger pour laisser le fbi reprendre ses activités comme avant. Donc, pour résumer ce que j'ai retenu de mon expérience, je crois que pour protéger la liberté dans son pays, il faut appliquer ce que j'ai appris de Thomas Jefferson : "La vigilance éternelle est le prix de notre liberté."