AGENT AGENT_2 AGENT_3 ART_NEHRBASS BIFF_TEMPLE CLARENCE_GAINES DENNIS_BRADY DONALD_RIDDLE DONALD_ROCHON DON_BORELLI FRANK_WILKINSON GUY_BERADO HOMME_1 HOMME_2 HOMME_3 JACK_SHAW JESSE_HOUSE JOHN_TAYLOR JOURNALISTE LES_AGENTS LILIAN_BURKE MICHAEL_MORGAN MICHAEL_STARKE NARRATEUR NEIL_WELCH OLIVER_REVELL PAUL_BRANA PAUL_SHANNON RICHARD_BAKER SUSPECT AGENT Je jure solennellement... LES AGENTS Je jure solennellement... AGENT ... de soutenir et défendre... la Constitution des Etats-Unis... LES AGENTS ... La Constitution des Etats-Unis... AGENT contre tous ses ennemis... LES AGENTS contre tous ses ennemis... AGENT Je leur porterai vraie foi. LES AGENTS Je leur porterai vraie foi. RICHARD BAKER Pour moi, le fbi est l'agence de maintien de l'ordre la plus importante au monde. C'est un modèle pour toutes les autres agences de maintien de l'ordre du monde entier. AGENT Que Dieu me vienne en aide. LES AGENTS Que Dieu me vienne en aide. AGENT Félicitations. NARRATEUR Le fbi est le symbole par excellence de la police et du maintien de l'ordre aux Etats-Unis. Les 10 000 agents fédéraux œuvrent à traquer les plus dangereux criminels, mais ils cherchent aussi à protéger la nation des espions et des terroristes. Pourtant, ils ont souvent soulevé des controverses. FRANK WILKINSON Si vous lisez les rapports me concernant, vous verrez que tous les passages négatifs de ma vie ont été orchestrés par le fbi. NARRATEUR Pour la première fois, le fbi ouvre ses portes au grand public. Cette série va vous montrer comment travaillent les agents du fbi et pourquoi ils sont si controversés. Elle analysera également l'héritage laissé par J. Edgar Hoover, l'homme qui resta à la tête du fbi pendant près d'un demi-siècle. C'est lui qui a créé l'agence et qui a bâti sa réputation phénoménale. Mais il a aussi failli la détruire. La veste, la cravate et le Borsalino étaient la marque de fabrique du fbi sous l'ère Hoover. Voici son image moderne. Elle a dû s'adapter à cette société américaine toujours plus violente. AGENT 2 Je vous écoute, sf61. NARRATEUR Le fbi compte des agences dans 56 grandes villes des Etats-Unis. L'agent spécial Biff Temple travaille à Dallas. Il est le chef de l'unité swat, pour Special Weapons and Tactics, qui prend en charge les arrestations les plus dangereuses. BIFF TEMPLE Je vous explique la situation. Ca va être une opération conjointe, menée par l'irs, les douanes, le comté de Dallas, le bureau du shérif et le fbi. Nous avons 2 mandats d'arrêt. L'un d'entre eux concerne Marco Zepada, un homme hispano-américain. Marco a un surnom, Chicki. Il est possible qu'il ne réponde qu'à ce nom-là. Tous les hommes parlent anglais, mais nous donnerons les ordres en espagnol, du moins au début de l'opération. Marco a poursuivi notre agent de surveillance durant l'enquête. Il l'a pourchassé et a même tiré plusieurs coups de feu en sa direction. Donc cet homme est considéré comme potentiellement armé et dangereux. Certains membres de sa famille ont commis des meurtres, donc ils n'ont pas peur d'utiliser leurs armes. Ne prenez pas cette arrestation à la légère et faites en sorte que personne ne soit blessé. NARRATEUR Le lendemain à l'aube, le groupe se met en route pour l'assaut. L'unité swat a été créée en 1973 pour parer à la hausse des crimes avec violence. BIFF TEMPLE La zone dans laquelle on opère actuellement est un haut lieu du trafic de drogue. Il y a beaucoup de guetteurs, qui sont là quasiment 24 heures sur 24 pour surveiller les policiers ou les agents. DON BORELLI Dès qu'on arrive, on va sortir du fourgon, établir un périmètre de sécurité et prendre le contrôle de l'avant de la résidence. On espère que les gens vont obtempérer et qu'ils sortiront volontairement. Sinon, on prendra les dispositions nécessaires pour rentrer dans la résidence et les faire sortir. Je pense que dès qu'ils verront ce qu'il y a face à eux, ils obtempèreront. Je ne pense pas qu'ils poseront trop de problèmes. DON BORELLI fbi ! Sortez les mains en l'air ! Je l'ai vu à la fenêtre. Il devrait être près de la porte. AGENT 3 Sortez les mains sur la tête, Chicki. Ouvrez la porte et sortez les mains sur la tête ! Sortez tous, les mains en l'air. Mettez les mains sur la tête. NARRATEUR C'est la première fois que le fbi autorise un libre accès à ses opérations. Jusqu'à lors, le swat avait toujours opéré inaperçu. Son mode de fonctionnement est clair menacer d'utiliser une grande puissance de feu pour que l'adversaire se rende sans résistance. AGENT 3 Les mains en l'air ! Les mains sur la tête ! Sortez les mains en l'air ! DON BORELLI Chicki, debout, les mains en l'air. Levez les mains bien haut. Maintenant, venez vers nous. Allez, marchez vers moi. Vous, là-bas, restez où vous êtes. Gardez les mains en l'air. Les mains en l'air. Chicki, les mains en l'air. Reculez. Reculez, continuez. Continuez. Arrêtez-vous. Mettez-vous à genoux. Maintenant, à plat ventre. Ecartez les bras et posez les mains à plat sur le sol. BIFF TEMPLE Le premier individu qui est sorti de la maison était un des sujets pour lequel on avait un mandat. On sait qu'il est armé et il a déjà tiré sur des agents par le passé. DON BORELLI Avancez. Allez, avancez vers moi. BIFF TEMPLE Un autre individu est sorti en même temps que lui. Nous les avons fait sortir et venir vers nous et nous les avons mis en état d'arrestation sous couvert. DON BORELLI Ne bougez pas. On ne veut pas que ça finisse mal. D'accord ? BIFF TEMPLE Je pense que les citoyens des Etats-Unis sont très préoccupés par la violence qui règne dans une grande partie du pays. Le fbi a pris des dispositions pour lutter contre ce fléau à l'échelle nationale. DON BORELLI Tournez la tête, il n'y a rien à voir ici. NARRATEUR Dans les années 30, à l'apogée d'un autre type de violence, les agents du fbi ont été les premiers à pouvoir porter une arme. DON BORELLI Ne bougez pas. Ca ne sera pas long. NARRATEUR La violence apparue dans les années 90 a nécessité certains ajustements. L'approche traditionnelle du fbi laisse désormais souvent place à un style mieux adapté à l'époque actuelle. OLIVER REVELL Il faut rappeler que beaucoup de gens ont des armes automatiques, voire des explosifs. Donc certaines mesures qui peuvent paraître exagérées s'avèrent parfois nécessaires. JOURNALISTE Ca donne une image très différente du fbi, comparé aux costumes et Borsalino d'origine. Diriez-vous que ça reflète l'image de l'Amérique moderne ? OLIVER REVELL Malheureusement oui, en grande partie. On doit travailler sur le terrain pour faire respecter la loi en matière de drogue ou de crimes avec violence, mais aussi pour traquer de dangereux fugitifs. On travaille beaucoup avec les unités swat, les groupes tactiques et les négociateurs. Donc l'image de l'agent col blanc n'est plus vraiment pertinente. Il faut toujours être prêt à parer aux imprévus. NARRATEUR Pendant près d'un demi siècle, Richard Sperlman a incarné l'image de l'agent spécial. Cette image était celle d'un homme soigné, sain et avec une bonne moralité. Elle a prédominé durant tout le temps où l'homme qui a créé le fbi est resté à sa tête. Cette image, c'était la vision de J. Edgar Hoover. Hoover a d'abord travaillé au siège du fbi, puis au département de la Justice à Washington dc. C'était un lieu raffiné et élégant, bien digne de cet homme qui allait devenir un des personnages les plus puissants du gouvernement fédéral. NEIL WELCH Monsieur Hoover était un homme d'une stature très importante. Ses réussites et ses échecs étaient toujours considérables. Pour lui, le fbi était sa maison, voire même son territoire. Il avait sacrifié sa vie pour le fbi et, par conséquent, il estimait qu'il lui appartenait, en quelque sorte. NARRATEUR Hoover était résolu et dévoué à son travail. Les premières années de sa carrière ont été très productives et ont mené à de nombreux changements. Depuis son petit jardin secret, le jeune directeur a réussi à sortir le fbi de l'ombre. Par la suite, le Bureau a suscité la controverse. Mais aujourd'hui, le fbi est un héritage direct de la vision et du savoir-faire de Hoover. NEIL WELCH Selon moi, une de ses plus grandes réussites a été d'établir une certaine exigence au niveau de son personnel. Ses agents étaient très rigoureux, talentueux et motivés. Il les faisait travailler dur et ils étaient très efficaces. RICHARD BAKER Sa contribution en matière de maintien de l'ordre aux Etats-Unis a été incommensurable. Quand il a pris la tête du fbi, il y avait un sérieux manque de professionnalisme et de gros problèmes de corruption. Il a fait du maintien de l'ordre un vrai métier et il a fait du fbi un exemple pour montrer qu'il était possible d'embaucher les bonnes personnes et de développer les bonnes techniques et structures, comme des laboratoires pour analyser les empreintes digitales. Ca a permis d'entraîner dans son sillage le métier d'agent de maintien de l'ordre aux Etats-Unis. ART NEHRBASS Un agent du fbi devait avoir l'image d'un homme d'affaires classique. M. Hoover et le fbi voulaient que l'on porte un costume sombre, des chaussures foncées et une chemise blanche. Les agents avaient une certaine identité - ils avaient l'allure soignée, portaient un costume... - donc on suivait ces instructions. DENNIS BRADY Pour exercer un métier comme le nôtre, il faut qu'on puisse passer inaperçu où qu'on aille. On ne peut pas se promener en costume avec un Borsalino sur la tête. PAUL SHANNON Si je me promène habillé comme ça, j'aurai l'air un peu bizarre, surtout avec mon gilet pare-balles au-dessus ! DENNIS BRADY On s'habille de façon plus décontractée quand on doit procéder à des arrestations. Mais quand on doit témoigner lors d'un procès, on porte un costume-cravate. Il faut avoir la tête de l'emploi ! NARRATEUR 12 000 personnes font l'objet d'un mandat d'arrêt dans la région de Dallas. Le fbi met tout en œuvre pour faire diminuer ce nombre. DENNIS BRADY Nous partons à la recherche de 2 suspects de tentative de meurtre, Nico Riley et Lawrence Mask. Apparemment, ils se trouveraient dans un immeuble résidentiel au nord de Dallas. Ils ont eu une altercation avec un homme noir de 20 ans dénommé Rodney Grey. Une fois l'altercation terminée, ils ont dû rester sur leurs fins. Ils sont revenus chez lui, ont forcé la porte, l'ont plaqué contre le mur et lui ont tiré 5 ou 6 coups de feu dans le torse. Ils ont aussi tiré sur d'autres témoins. Il est très probable qu'ils soient armés et qu'il y ait un pistolet quelque part dans cet appartement. NARRATEUR La mission du fbi consiste à poursuivre les fugitifs les plus dangereux du pays. Les agents travaillent toujours en binômes et collaborent avec les services de police locaux. DENNIS BRADY Vous voulez y aller ou vous préférez l'arrêter devant chez lui ? Qu'est-ce que vous voulez faire ? Bien. Là, c'est le patio. Je pense que la plupart des gens qui travaillent pour le fbi sont le genre de personnes qui ont des poussées d'adrénaline quand ils procèdent à des arrestations ou quand ils participent à une enquête qui vise à mettre de dangereux criminels hors d'état de nuire, c'est-à-dire derrière les barreaux. C'est un travail très gratifiant. On va frapper à la porte. Dans notre travail, on obtient des résultats concrets. Quand on met un criminel hors d'état de nuire, c'est comme si on avait produit quelque chose. Notre déontologie se rapproche de celle des ouvriers, parce qu'on voit le fruit de notre travail. La personne qui aura commis ces crimes ne pourra plus recommencer, vu qu'elle sera derrière les barreaux. C'est nous qui l'avons mis hors d'état de nuire. HOMME 1 fbi ! On a un mandat ! DENNIS BRADY Il n'est pas là. HOMME 1 On y va ? DENNIS BRADY Oui, d'accord. HOMME 1 On va chez l'autre ? DENNIS BRADY Oui. Un bon agent ne se limite pas à venir au bureau de 8 heures 15 à 17 heures et faire de la paperasse toute la journée. Un bon agent s'implique dans ses enquêtes. Il part à la poursuite des suspects et leur fait comprendre, de par son travail, qu'il peut surgir n'importe où, à n'importe quel moment, et qu'ils ne peuvent pas lui échapper. Et par conséquent, la meilleure option pour eux serait de se rendre. PAUL SHANNON Un officier des renseignements de la police de Dallas nous a appelés pour nous dire qu'un individu était sous un mandat d'arrêt pour meurtre et qu'il avait été maîtrisé. C'est tout ce qu'on sait pour le moment. Il nous a dit de venir au plus vite. On est en plein dans l'action ! DENNIS BRADY Michael Raney ! Michael, sortez de là ! Il est dans cette chambre. Doucement, doucement Michael. HOMME 2 Sortez. Allez, sortez. On l'emmène. NARRATEUR Entre 1984 et 1994, le nombre de crimes avec violence est monté en flèche aux Etats-Unis. Ils sont devenus la priorité du fbi. DENNIS BRADY David et Tom sont toujours à l'intérieur. Quand on part travailler, on doit être prêt à vivre un affrontement violent, voire à tuer quelqu'un. Ca fait partie de nos préoccupations quotidiennes, quand on se lève le matin pour aller travailler. Et si on en vient à la confrontation et qu'ils nous blessent plutôt que le contraire, on en sortirait perdant. Nous avons tous des familles qui comptent sur nous, alors qu'eux, tout ce qu'ils laisseraient derrière eux, c'est une longue liste de victimes. PAUL SHANNON Tu as un pistolet ? DENNIS BRADY Oui. PAUL SHANNON Depuis que je suis au fbi, j'ai travaillé sur des centaines d'enquêtes pour cambriolages. Et d'après mon expérience, je n'hésite pas à dire que parmi tous les voleurs que j'ai pu arrêter, pas un seul n'a donné l'impression qu'il pourrait un jour changer et revenir sur le droit chemin. DENNIS BRADY Un mètre 70 ? SUSPECT Oui. DENNIS BRADY 73 kilos ? Ca ne devrait pas être long. Détendez-vous. Posez votre doigt. PAUL SHANNON On est constamment en situation de crise. En tant qu'agent du fbi, tout ce qu'on doit faire, c'est partir à la recherche des suspects et mettre ceux qu'on peut derrière les barreaux. Au moins, quand ils sont enfermés, ils ne peuvent plus nuire à qui que ce soit. DENNIS BRADY Encore une. Le fbi a une très bonne réputation aux Etats-Unis en ce qui concerne les services de police et de maintien de l'ordre. Il est perçu comme une entité très professionnelle qui a toujours obtenu de bons résultats. Ca nous donne une certaine crédibilité où qu'on aille et face à n'importe qui. En général, on est très bien vus par les autres. Tout ça, c'est grâce à J. Edgar Hoover. La réputation du fbi découle de ce qu'il a fait de l'agence. Nous sommes le fruit de son héritage. NARRATEUR Le fbi s'est fait une réputation dans les années 30, à l'époque des gangsters. Hoover a catalogué certains hors-la-loi violents. Il les appelait des Ennemis publics et lançait ses hommes à leur poursuite. A chaque arrestation, la réputation du fbi montait en flèche. RICHARD BAKER Il était une véritable célébrité. Quand il allait quelque part, les gens étaient très impressionnés de le recevoir. Il se préoccupait beaucoup de la réputation du fbi, parce qu'elle était étroitement liée à la réussite des agents. Si un quelconque élément avait porté atteinte à la réputation du fbi, ça aurait nui à l'efficacité de notre travail. NARRATEUR Hoover a consacré sa vie au fbi. Il ne s'est jamais marié et avait très peu de centres d'intérêt. Sa préoccupation pour la réputation du fbi a fini par tourner à l'obsession. Ses détracteurs s'exposaient à une terrible colère. Quand Jack Shaw a contrarié Hoover, cela a brusquement mis fin à sa carrière prometteuse en tant qu'agent. Shaw était très ambitieux. Il avait été trié sur le volet pour occuper un poste important de direction. Ses supérieurs au fbi l'ont envoyé suivre une formation au John Jay College of Criminal Law à New York. Durant les cours, le professeur avait critiqué le fbi. Shaw avait alors répondu en exposant sa propre opinion sur le Bureau, en privé, auprès du conférencier. JACK SHAW Il ne s'agissait pas d'une diatribe contre Hoover. Mais de mon point de vue, en tant qu'agent, le vent du changement soufflait au sein du fbi. Tout avançait lentement au Bureau, du fait de M. Hoover. J'avais l'impression que le fbi rouillait ou avait des varices, si je peux dire ça comme ça. NARRATEUR Un de ses collègues a trouvé la lettre de Shaw et l'a transmise à son supérieur. S'en est suivi une violente dispute. Shaw a ensuite été mis a pied et muté, en tant que sanction disciplinaire. Il a démissionné, en signe de protestation. Il n'a compris que Hoover était lié à tout ça seulement quand il a pu prendre connaissance de son dossier au fbi. JACK SHAW Il y avait des notes en marge dans tout le dossier, avec l'écriture de Hoover et paraphées par lui. Il n'a pas écrit sur chaque page du dossier, mais il est clair qu'il avait été mis au courant de l'avancée de l'enquête interne et que la décision venait de lui. J'ai senti que cette affaire allait devenir un véritable boulet pour moi. J'ai appelé l'agence de New York et j'en ai parlé avec un des responsables. Il m'a dit qu'il n'y avait rien à faire, qu'ils étaient fous. Je lui ai dit "fou de rage ?" et il m'a répondu "non, fou, au sens médical du terme ! Personne ne peut les ramener à la raison. Mais quoi qu'il en soit, ça ne devrait pas vous affecter, tant que vous ne cherchez pas du travail au sein du gouvernement fédéral." NARRATEUR Adrian Blumberg, le professeur de Jack Shaw, avait également critiqué le fbi. Mais Hoover ne supportait tellement pas les critiques qu'il a envoyé un agent pour exiger le renvoi du professeur auprès du président de l'université. DONALD RIDDLE Il m'a dit que le directeur, c'est-à-dire J. Edgar Hoover, l'avait chargé de m'informer que tant que le professeur Blumberg exerçait dans notre université, aucun agent du fbi ne suivrait de cours au John Jay College. Je lui ai donc répondu que dans ce cas, il n'y aurait plus d'agent du fbi au John Jay College parce que Blumberg allait rester parmi nous. NARRATEUR En vieillissant, Hoover est devenu de plus en plus autoritaire dans sa manière de diriger le fbi. Son approche en termes de techniques d'investigation était parfois dogmatique et stricte. Hoover déconseillait vivement aux agents d'effectuer des missions d'infiltration. Il était convaincu que ses agents risquaient d'être corrompus s'il entraient en contact avec les criminels. Mais aujourd'hui, les missions d'infiltration sont monnaie courante au fbi. A Dallas, une mission d'infiltration est en train de se mettre en place pour coincer un gang de voleurs de voitures. JOHN TAYLOR Vous récupérerez les gars ici. NARRATEUR C'est la première fois qu'une caméra est autorisée à suivre une mission d'infiltration du fbi. Les vols de voitures coûtent 7 milliards de dollars par an à la nation. Le fbi ne cible que les criminels professionnels, c'est-à-dire ceux qui gagnent leur vie en volant des voitures. MICHAEL MORGAN C'est la 4ème fois qu'on rencontre cet individu pour lui acheter des voitures. On a été en mesure de l'identifier grâce à des rapports et des photos fournies par la police. On essaie toujours de localiser sa base d'opérations. NARRATEUR Devant la voiture de commandes se trouve l'agent de surveillance de l'équipe. Sa mission est de faire le guet. C'est une deuxième paire d'yeux pour surveiller les voleurs. MICHAEL STARKE Pour moi, ce qu'il y a de plus intéressant quand on effectue une mission de surveillance, c'est de récupérer suffisamment d'informations sans que le méchant ou l'individu en question sache qu'il est suivi. Il faut avoir plus d'un tour dans son sac. En général, j'ai plusieurs chapeaux différents dans ma voiture. S'il a l'air de suspecter quelque chose, j'enlève mon chapeau ou j'en mets un autre. Je change quelque chose pour l'induire en erreur. Il y a aussi un gang de motards assis là-bas. NARRATEUR Alors qu'ils s'approchent de leur destination, l'agent infiltré prend la tête de l'opération. Les informations sont confirmées par radio. MICHAEL STARKE Je n'ai pas réussi à voir qui était assis à l'intérieur. MICHAEL MORGAN C'est la voiture qu'on suivait. Apparemment, il y a un véhicule à l'endroit où on a l'habitude d'effectuer nos transactions. On ne sait pas encore si c'est notre voiture ou non. Il va falloir qu'on aille voir et qu'on évalue la situation avant que l'agent d'infiltration arrive sur les lieux. NARRATEUR Les agents pensent que le gang qu'ils suivent compte 6 membres. MICHAEL MORGAN Je pense que ce ne sera probablement pas nos hommes. HOMME 3 Il y a quelqu'un sur les bancs ? MICHAEL MORGAN Non, je ne vois personne. Il y a quelqu'un, mais on dirait qu'il dort. HOMME 3 Qu'est-ce que je fais ? Je me gare ? MICHAEL MORGAN Oui, je pense que ça ira. HOMME 3 Je m'arrête ici. NARRATEUR La sécurité est le mot d'ordre dans ces opérations. L'équipe de surveillance doit recueillir les preuves nécessaires pour traduire le gang en justice, mais sa fonction première est de couvrir les agents si la mission tourne mal. HOMME 3 Si les rideaux sont fermés ne serait-ce que d'un côté, ils ne pourront pas voir ce qui se passe dans le camion. MICHAEL MORGAN Oui, il faut qu'on puisse les voir aussi ! NARRATEUR En 1993, 33 000 véhicules ont été volés dans la région Dallas/Fort Worth, et plus d'un million et demi de voitures et de camions ont disparu à travers le pays durant la même année. MICHAEL MORGAN C'est tout ce qu'il me fallait, c'est bon. Il y a un type qui bouge à l'intérieur du camion, mais c'est tout. HOMME 3 Je vois un pick-up, il a l'air d'y avoir un individu dans la cabine. Notre agent infiltré devrait se mettre en position très bientôt. Quand ils entreront en contact, on saura si c'est le gang en question. MICHAEL MORGAN C'est une Dually de 750 kilos. HOMME 3 Ils sont combien ? MICHAEL MORGAN Il y a un homme noir. HOMME 3 D'accord. HOMME 3 C'est le bruit de l'émetteur que l'agent infiltré vient d'allumer. MICHAEL MORGAN Notre individu se trouve dans le pick-up bleu. HOMME 3 A toutes les unités, on confirme que notre individu se trouve dans le pick-up Chevrolet bleu et que l'agent infiltré est sur les lieux. JOHN TAYLOR Quand je suis arrivé, il est sorti du véhicule et on s'est salués. Il m'a expliqué qu'il était allé en Louisiane et qu'au retour, sa voiture est tombée en panne. Il s'est arrêté dans un restaurant de routiers et a vu ce pick-up arriver. Le conducteur s'est garé, il est sorti du véhicule et il est parti à pieds. Comme notre individu avait besoin d'un moyen de locomotion pour rentrer chez lui, il a forcé la camionnette et l'a volée. Il voulait donc me vendre celle-ci, en plus de celle que ses frères allaient ramener. MICHAEL STARKE Notre individu rentre dans le pick-up. John est allé voir les hommes. Ils sont en train de la charger, on dirait qu'ils s'apprêtent à partir. MICHAEL STARKE 12 est en train de partir. MICHAEL STARKE L'individu est en train de partir. MICHAEL STARKE L'individu a pris la route vers le nord. NARRATEUR L'agent de surveillance doit maintenant suivre les voleurs pour s'assurer qu'ils ne fassent pas demi-tour et ne surprennent pas les agents en train d'inspecter les véhicules. Il les suivront jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment loin. MICHAEL MORGAN Voilà leur véhicule. Oui, on les a. MICHAEL MORGAN C'est une des voitures qu'on suit. HOMME 3 La voiture noire s'en va. NARRATEUR Une fois la mission d'infiltration terminée, les agents ramènent les véhicules volés à Dallas. Ils en achèteront plusieurs autres avant d'arrêter le gang. JOURNALISTE Elles ont coûté combien ? JOHN TAYLOR 900 dollars chacune. JOURNALISTE Combien valent-elles, sur le marché ? JOHN TAYLOR Vu son état, cette camionnette vaudrait plus de 20 000 dollars. JOURNALISTE Et l'autre ? JOHN TAYLOR Dans l'état dans lequel elle est, dc je dirais dc environ 12 ou 13 000 dollars. JOURNALISTE C'est une bonne affaire ! JOHN TAYLOR J'aimerais pouvoir en faire tous les jours, légalement ! NARRATEUR Les premières opérations d'infiltration du fbi étaient très différentes de celles mises en place aujourd'hui, qui sont bien organisées. Au début, les règles étaient établies au fur et à mesure. Les premières opérations ont eu lieu à New York et ont été lancées par des agents qui avaient compris les avantages que présentait cette technique officiellement mal vue. GUY BERADO C'était tout nouveau. Personne n'avait travaillé de cette façon auparavant. On a fait une mission et visiblement, elle a porté ses fruits, parce qu'on a bien travaillé. En plus, d'autres agents sont venus nous demander s'ils pouvaient procéder de la même façon pour leurs enquêtes. On ne demandait pas la permission de faire ça. On établissait nos propres directives et on faisait le nécessaire pour accomplir notre mission. GUY BERADO On essayait de s'habiller comme les personnes qu'on fréquentait. On décidait ça de notre côté et on allait acheter nos vêtements d'infiltration. Et s'il fallait qu'on porte une bague avec un gros diamant ou une montre de luxe, on allait voir des bijoutiers que l'on connaissait en ville. Ca faisait des années qu'on travaillait à New York, donc on avait beaucoup de contacts. Ils nous prêtaient tous les accessoires nécessaires, en fonction des personnes qu'on devait infiltrer et de leur réputation. PAUL BRANA Ils nous prêtaient toutes sortes d'objets, comme des bagues, des montres... GUY BERADO En diamant ou en or. Typiquement, des choses qu'on n'avait pas les moyens d'acheter. JOURNALISTE Est-ce que le fbi vous donnait une enveloppe pour payer tout ça ? GUY BERADO Bien sûr que non ! PAUL BRANA A ses débuts, le fbi avait un budget très serré. GUY BERADO Ils étaient très près de leur argent. PAUL BRANA Comme il s'agissait de l'argent du contribuable, il ne fallait pas le dépenser sans compter. Il fallait faire comme s'il s'agissait de nos propres économies. C'était comme ça, aux débuts du fbi. D'après ce que j'ai compris, aujourd'hui, le fbi est beaucoup plus généreux avec l'argent du contribuable. Mais sous la direction de J. Edgar Hoover, il fallait justifier toutes les dépenses, au dollar près. NARRATEUR Au fbi, l'apprentissage des techniques d'infiltration dont Hoover n'approuvait pas s'est fait lentement et parfois dans la douleur. A cause de ses agents trop enthousiastes et peu expérimentés, les premières missions d'infiltration ont été une source d'embarras pour le fbi. En 1978, des agents du fbi ont fait une descente dans le tribunal local de Cleveland, dans l'Ohio. Ils pensaient que des employés du tribunal acceptaient des pots-de-vin pour influer sur certaines affaires. En l'absence de documents incriminant les coupables, ils ont commencé une mission d'infiltration. La mission était digne de la Comédie des erreurs. Les agents se sont fait avoir, parce qu'ils ne visaient pas les bonnes personnes, et ils ont porté atteinte à la réputation de gens honnêtes. CLARENCE GAINES Je faisais confiance aux agents du fbi, je les croyais infaillibles. Ca a été un choc pour moi quand j'ai découvert que ce n'était pas le cas. Ils auraient pu surgir dans notre salle d'audience et arrêter les mauvaises personnes. LILIAN BURKE Cette situation m'a rendue malade. Je n'arrivais pas à croire qu'une telle chose ait pu se produire aux Etats-Unis. C'était impensable pour moi. NARRATEUR Lilian Burke a fait une longue et brillante carrière à Cleveland. Elle a été la première juge noire de l'Etat de l'Ohio. Le couloir de sa maison est un témoignage de l'estime qu'on lui porte dans sa communauté. Mais le fbi pensait qu'elle était malhonnête. Ils avaient entendu dire qu'elle se laissait corrompre. LILIAN BURKE Je ne comprenais pas pourquoi ils m'avaient pris pour cible. dc Je trouve ça terrifiant de penser que j'aurais pu me retrouver au cœur d'une affaire dont je ne savais absolument rien. Ca fait froid dans le dos. Je ne souhaite ça à personne. NARRATEUR L'autre juge accusé de malhonnêteté, d'après les informations du fbi, était Clarence Gaines. Il avait passé 7 années irréprochables au sein du tribunal de Cleveland avant que son intégrité soit mise en cause. CLARENCE GAINES A cette époque-là, j'étais anéanti. C'était vraiment terrible pour moi qu'on me considère comme un voleur. Pendant longtemps, au tribunal, je me suis demandé si les gens pensaient que j'étais un voleur. dc J'ai eu du mal à me sortir cette idée de la tête. NARRATEUR La clé de ce fiasco a été l'employé du tribunal qui a aidé les agents. Marvyn Bray était l'huissier du tribunal. Le fbi lui a versé 100 000 dollars pour qu'il les aide à coincer les criminels. Bray accusait les deux juges de corruption. Il disait qu'il en apporterait la preuve en leur offrant des pots-de-vin. Un agent infiltré du fbi équipé d'un micro a enregistré plusieurs réunions dans un bureau du tribunal. Cette affaire semblait bouclée. Mais il y avait un gros problème Bray avait menti pour obtenir cet argent. Il avait même fait venir des imposteurs pour jouer le rôle des juges. CLARENCE GAINES J'avais 68 ans à l'époque dc et l'homme qui jouait mon rôle avait le même âge que mon fils. A cette époque-là, mon fils était aussi vieux que M. Harris. En plus, il n'était visiblement pas très cultivé et je crois que sa couleur de peau était différente de la mienne. Je ne vois pas comment ce jeune homme aurait pu se faire passer pour un juge. LILIAN BURKE On ne se ressemblait absolument pas. Elle avait un certain gabarit qui n'avait rien à voir avec le mien. Ce n'était pas comparable. Elle était petite et obèse, j'étais grande et mince. Je ne sais pas grand-chose sur cette femme, sauf qu'elle était conductrice de bus. Je n'arrive pas à comprendre comment ils ont pu nous confondre. NARRATEUR Le fbi a enregistré 12 réunions avec les faux juges avant de se rendre compte qu'ils s'étaient fait mener en bateau, lorsqu'un agent a vu une interview de la vraie Lillian Burke à la télévision. Auparavant à Cleveland, personne n'avait été inculpé pour avoir monté un dossier truqué. Seuls l'huissier et ses deux imposteurs ont fait face à des poursuites et ont purgé des peines de prison. CLARENCE GAINES Ce qui m'a le plus choqué, c'est que cette affaire soit allée aussi loin sans qu'ils n'aient pris la peine de se renseigner sur moi. Ils auraient pu me suivre ou me mettre sur écoute téléphonique. Comme je l'ai dit auparavant, s'ils m'avaient mis sur écoute, ils auraient découvert que la conversation la plus intéressante que j'aie eue, c'était quand ma femme m'a appelé pour me dire qu'un rouge-gorge s'était posé sur notre porche ou pour me donner une autre information tout aussi importante. S'ils m'avaient suivi, ils n'auraient rien trouvé du tout. NARRATEUR Comme il avait pris pour cible 2 juges noirs, le fbi a été accusé de racisme. L'American Bar Association, qui regroupe les membres du Barreau américains, a demandé au Congrès d'enquêter sur ce qu'ils appelaient un "attentat injustifié" contre les juges noirs. Ce n'était pas la première fois qu'on reprochait au fbi d'avoir une approche discriminatoire. Le créateur légendaire du fbi avait fait du Bureau une institution dominée par les blancs et elle l'est restée jusqu'à sa mort. Hoover avait embauché des noirs américains. Sa gouvernante était noire, tout comme la plupart de ses chauffeurs. Mais en 1971, sur les 8 500 agents que comptait le fbi, seuls un peu plus de 100 étaient issus de minorités ethniques. Au fbi, sous Hoover, les noirs ne pouvaient prétendre qu'à des emplois sans grande responsabilité. JESSE HOUSE J'apparentais cette époque à celle des plantations. Au temps de l'esclavage, les masses avaient des noirs dans leur cuisine ou avaient des nourrices noires. Pour moi, ça revenait au même type de mentalité. NARRATEUR Jesse House a commencé au fbi en tant qu'employé de bureau, sous l'ère Hoover. Il a bataillé ferme pour devenir agent. JESSE HOUSE Je trouvais que c'était très difficile, à l'époque. On ne venait pas nous chercher. En d'autres termes, ils ne recrutaient pas vraiment d'agents noirs. On était dans un environnement presque exclusivement composé de blancs. On ne savait pas qui étaient nos amis ni à qui on pouvait faire confiance. Il ne fallait surtout pas faire d'écart. On avait toujours peur de faire une erreur et de se faire renvoyer aussitôt, puis de finir à la rue. Ils étaient sceptiques sur le fait d'embaucher des noirs en tant qu'agents du fbi, parce qu'ils ne l'avaient jamais fait auparavant. Ils ne savaient pas si ça pouvait marcher. En plus, j'avais l'impression qu'ils se demandaient si les gens accepteraient que le fbi soit représenté par des personnes noires. JOURNALISTE Serait-il légitime de dire que M. Hoover était raciste ? RICHARD BAKER Non, je ne pense pas que ce soit exact. C'était un homme de son temps. Il avait grandi à Washington dc, qui était une ville où la ségrégation était appliquée à grande échelle, pendant son enfance. Je pense que ça s'est reflété dans sa culture. Le Bureau était assez symptomatique d'une grande partie du gouvernement américain. A l'époque, il n'y avait pas eu de grande avancée en matière d'égalité des droits pour les populations noires. NARRATEUR Il y a toujours des problèmes de racisme au fbi. En 1991, Donald Rochon a dû quitter son travail d'agent. DONALD ROCHON Il y a eu quantité d'incidents, des plus flagrants aux plus insidieux. Par exemple, quelqu'un a mis une photo d'un singe sur celle de mes enfants. Dans ma boîte aux lettres au bureau, on m'a déposé des photos d'un homme noir qui se faisait tabasser. Ma voiture a été sabotée, on a été victimes de harcèlement téléphonique à la maison et j'ai subi une campagne de dénigrement. NARRATEUR Donald Rochon a fait une demande de mutation. Ses supérieurs l'ont envoyé à Chicago, dans le même bureau où venait d'être transféré son plus grand persécuteur. DONALD ROCHON Son bureau n'était qu'à quelques mètres du mien et il a reproduit exactement le même schéma. Il me faisait des menaces de mort au téléphone. Je l'ai signalé à mes supérieurs, mais ils n'ont strictement rien fait pour arrêter ce harcèlement. Ils ont refusé d'enregistrer les appels et m'ont dit de ne pas le faire, même s'il m'insultait, me harcelait ou me menaçait. Ca fait partie de l'héritage laissé par J. Edgar Hoover. NARRATEUR Au début des années 90, 540 agents noirs se sont rassemblés pour poursuivre le fbi en justice pour discrimination. En 1993, le Bureau a réglé l'affaire en promettant aux agents des promotions et des évolutions de carrière qui tardaient à venir. DONALD ROCHON Si je devais reconstruire le fbi, je commencerais par changer le nom du siège de "J. Edgar Hoover Building" à tout simplement "Siège du fbi", et je retirerais toutes les photos de J. Edgar Hoover de tous les bâtiments du fbi. Je les proscrirais. NARRATEUR Le Bureau a fait amende honorable pour Hoover. Le nombre d'agents issus de minorités ethniques augmente. Mais les dernières années du directeur à la tête du fbi ont laissé des traces. NEIL WELCH Hoover ne vivait pas dans le même monde que ses agents. Il était fantasque, voire capricieux par moments, vis-à-vis de ses employés. Il avait tendance à encourager ses agents à être fermes et justes, mais lui-même ne respectait pas ces principes. Plus les années passaient, plus il était dépassé par les événements. Il avait de plus en plus de mal à suivre. RICHARD BAKER Il avait consacré sa vie entière au fbi. Je pense que s'il avait quitté le fbi avant de mourir, quand il était encore en bonne santé, il aurait été vraiment perdu, parce qu'il n'aurait pas su quoi faire de ses journées. Il n'était pas proche de sa famille, il n'avait pas de loisirs. Il n'avait pas de vie en dehors du fbi. Il aurait été véritablement perdu sans le fbi, parce que c'était son ancre. ART NEHRBASS Le directeur était un homme très méthodique. Il savait prendre des décisions et il était intraitable. C'est exactement ce dont le fbi avait besoin dans les années 30 et 40 afin de se sortir du discrédit des années 20. Mais cette gestion autocratique aurait dû cesser à un moment donné, et ça n'a pas été le cas. Je me souviens d'une anecdote qui a eu lieu quand je travaillais au siège en 1970, deux ans avant sa mort. Une banque de Chicago avait refusé de nous donner des titres volés ou falsifiés. Hoover a pris cela comme une attaque contre le fbi. Il a donc écrit sur le mémo que j'ai reçu "Si c'est comme ça, on ne s'occupera plus de leurs braquages". Comme ce n'était pas possible, on a mis ce mémo de côté et personne ne l'a appliqué. Je suis sûr que beaucoup de gens qui étaient proches de lui craignaient que s'ils mettaient en cause sa façon de diriger le fbi ou s'ils lui disaient qu'il allait trop loin, il tuerait le messager. NARRATEUR Les agents spéciaux suivent une formation de 16 semaines à l'Académie du fbi. Ils apprennent beaucoup de choses sur les techniques de maintien de l'ordre, mais très peu sur l'homme qui a créé le fbi. C'est une anomalie étrange pour une organisation qui a honoré Hoover en donnant son nom au siège du Bureau. DENNIS BRADY A l'Académie, on ne parle pas vraiment de Hoover. On ne nous donne que des nombres la date à laquelle J. Edgar Hoover est devenu le directeur du fbi, combien d'agents comptait le Bureau à l'époque... Puis, on passe aux statistiques actuelles concernant les agents. C'est de l'histoire ancienne. C'est peut-être important, mais en même temps, qu'est-ce que mes connaissances sur Hoover vont m'apporter quand je devrai me rendre chez quelqu'un pour l'arrêter ? Je ne vois pas en quoi ça aurait un lien direct avec mon professionnalisme. NARRATEUR Le fbi fait travailler ses agents en vase clos, pour acquérir tout leur savoir-faire et leurs prouesses techniques. Vu qu'ils en savent très peu sur l'ère Hoover, ils ne peuvent pas apprendre des expériences passées, ou des erreurs qui ont été commises. Le fbi ne semble toujours pas avoir accepté les polémiques dont le célèbre directeur a fait l'objet. Quand Hoover est décédé en 1972, de nombreux Américains ont eu l'impression de perdre un grand patriote et un fervent défenseur de la liberté. NEIL WELCH Il a eu droit à des funérailles nationales. A ma connaissance, c'est le seul fonctionnaire dont le corps a été exposé dans la rotonde du Capitole. Après le choc initial, je crois que tout le monde a ressenti un énorme soulagement et a voulu en finir avec ce chapitre de l'histoire. NARRATEUR Les faits inquiétants des dernières années de Hoover, tels que sa vendetta menée contre les dissidents politiques et son usage cavalier du pouvoir du fbi, ne sont parus plus clairs que quelques années après sa mort.