ALBERT BILL CARL CAROL DARLENE DAVY DEREK DIMPLETS ELAINE GAIL JOURNALISTE KENNETH LIZ MARC MICHAEL PARNELL PHIL REAVIS ROLAND SAM SHEILA STEPHANIE WINSOME MARC J’étais dans un centre commercial avec Koresh et on regardait à la télé un politicien de droite appelé Lyndon LaRouche. On le trouvait barjot. Qui pouvait adhérer à son discours ? Koresh m’a alors dit : « En même temps, on est dans une secte toi et moi. Tu adhères bien, toi, quand je dis que je suis le fils de Dieu et son prophète. » On a ri et j’ai reconnu qu’il avait raison. David Koresh se prenait pour le septième et dernier prophète. CARL Il jouait sur la peur avec des formules du type « Vous mourrez en enfer ». DIMPLETS Il affirmait que l’Apocalypse allait arriver, que l’Armageddon adviendrait et qu’il les emmènerait en lieu sûr. LIZ Je trouvais ça fantastique. CAROL Beverly pensait avoir trouvé la voie. GAIL Malheureusement, Bernadette avait beaucoup changé quand elle a déménagé à Waco. DEREK Une meilleure façon de vivre et de concevoir les choses. PARNELL Il leur a donné de l’espoir, mais ce n’était rien d’autre qu’un voyou à petite semaine. C’est la débâcle. ROLAND C’était violent. Ils voulaient nous tuer. SHEILA Je n’arrêtais pas de me dire : « C’est comme ça que mon garçon va mourir ? » BILL Ça a été l’assaut militaire lancé sur des civils le plus massif que l’Amérique ait jamais vu. DEREK Vous envahissez notre terre. On ne s’inclinera pas devant vous. ELAINE C’est de ne pas savoir qui est le pire. SAM Dans la vie, il n’y a rien de plus précieux que la famille. DEREK La promesse de la vie éternelle, c’est ça qui nous motivait. PARNELL Globalement, Waco est une ville très conservatrice depuis toujours. La religion y a toujours été profondément enracinée, peu importe les confessions. Le premier souvenir que j’ai des davidiens remonte à 1955 ou 1956. Mon père, qui était US Marshal à l’époque, nous a emmenés les voir, mon frère cadet et moi. Ils vivaient dans une rue appelée Mount Carmel. Il nous a expliqué que ces gens croyaient que la fin du monde allait arriver à minuit le samedi, et qu’ils se sentiraient bêtes quand ils verraient le dimanche matin au réveil que ce n’est pas arrivé. Les davidiens étaient particuliers et très croyants, mais c’était des gens bien. Il n’y a jamais eu le moindre souci avec eux jusqu’à ce que ce jeune homme, David Koresh, se joigne à eux. Il y a une bascule qui s’est opérée. KENNETH La mère de David Koresh était très jeune quand il est né. Je crois qu’elle avait 14 ans. Il a été brutalisé à l’école. Il a été agressé sexuellement, pas par un proche, mais pas d’autres garçons. Il a grandi au sein de l’Eglise adventiste du septième jour. Il a commencé à avoir des visions affirmant que Dieu avait décidé qu’il devait épouser la fille du pasteur, et comme il l’a mise enceinte possiblement deux fois, on lui a demandé de partir. REAVIS Koresh est tombé plus ou moins par hasard sur Mount Carmel, à la sortie de Waco. A l’époque, Mount Carmel était dirigé par Lois Roden, la veuve de Ben Roden, l’ancien gourou. KENNETH Lois Roden était impressionnée par sa connaissance des Ecritures et sa capacité à relier des passages entre eux. REAVIS Elle avait la cinquantaine ou la soixantaine et lui, il avait la vingtaine. On présume qu’il avait des relations sexuelles avec elle. En tout cas, il est devenu son successeur. KENNETH David Koresh s’appelait en réalité Vernon Howell. En 1985, il a entrepris un voyage en Israël. Durant ce séjour, il est devenu persuadé qu’il était un prophète et qu’il avait un rôle spécifique à jouer. C’est ainsi que Vernon Howell est devenu David Koresh. Il était convaincu que les psaumes de David dans l’Ancien Testament ne parlaient que de lui. Il pensait que Dieu lui avait confié la mission de libérer son peuple. ELAINE Cliff avait 5 ans de plus que moi. On s’entendait à merveille. On riait rien que pour le plaisir de rire. Mon frère était extrêmement intelligent et très curieux. Quand il ne comprenait pas quelque chose, il creusait la question pour trouver l’explication. Quand il a eu dans les 22 ou 23 ans, mon père a eu l’impression que mon frère cherchait quelque chose, qu’il recherchait quelque chose. Cliff est parti étudier la théologie au Newbold College. CARL Newbold College est un établissement universitaire de l’Eglise adventiste du septième jour. On venait des 4 coins du monde pour y étudier. KENNETH La croyance en la fin des temps est très fréquente dans la tradition chrétienne et dans les autres religions. Mais au sein de l’Adventisme du septième jour, cette croyance occupe une place centrale. Les adventistes du septième jour sont convaincus que le Christ reviendra. Les davidiens sont une déclinaison des adventistes du 7e jour. La différence, c’est qu’ils se voyaient comme des acteurs incontournables quand viendrait le moment de l’Apocalypse. Les davidiens étaient persuadés que David Koresh était leur prophète. Koresh pensait qu’il pouvait leur expliquer tout ce qu’ils devaient savoir pour participer aux événements apocalyptiques à venir, provoquer la fin des temps et préparer l’établissement du royaume éternel. ELAINE Cliff m’a annoncé que certains de ses amis étaient invités chez quelqu’un pour parler de choses en rapport avec la Bible, en discuter ensemble. MARC David Koresh savait parler la langue des adventistes du septième jour puisqu’il en avait fait partie. Les gens conseillaient d’aller l’écouter. C’est là qu’il a commencé à convertir des étudiants de Newbold. Je n’ai pas été le seul à être conquis et à avoir envie d’en savoir plus. J’ai rencontré Koresh en 1986. Il ne s’exprimait pas bien dans la mesure où il n’était pas très érudit. Il avait arrêté l’école très tôt. Ce qui m’a séduit, c’est qu’il se comportait comme devait se comporter un prophète à mon avis. C’était génial, on allait faire trembler les murs. LIZ On a appris à très bien connaître la Bible. Il traitait du livre de Zacharie, celui de Matthieu, de Daniel, les Evangiles, l’Apocalypse. Il abordait tous les livres de la Bible dont certains que je connaissais à peine. Je trouvais ça fantastique. ALBERT David Koresh était un homme extrêmement persuasif. Or, quand on cherche une explication à quelque chose d’aussi complexe que le second retour de Jésus Christ, et que Koresh semble apporter des réponses, on est en position de vulnérabilité. Ces gens ont été victimes de leur envie de croire. SAM Ma fille aînée, Diana, est la première de ma famille à avoir suivi David Koresh. Elle fréquentait un étudiant de Newbold College. C’est lui qui a appelé ma fille pour l’inviter à écouter ce grand prophète. CARL Koresh a parlé très longtemps. Il jouait sur la peur avec des formules du type « vous serez damnés » ou « Vous mourrez en enfer. » SAM Ma fille a été conquise. Elle est devenue convaincue qu’il était véritablement le Messie, le Christ. ELAINE Je me rappelle que mon frère m’a dit qu’il arrêtait ses études pour aller en Amérique. Les davidiens lui répétaient qu’il avait un talent incroyable et qu’ils allaient lui trouver une super école de dessin pour l’aider à percer dans l’art. Même si ça me faisait plaisir de le voir aussi enthousiaste, il y avait quelque chose qui me gênait. Mais en même temps, j’étais contente pour lui. Je voyais ça comme une grande chance. CAROL Ma sœur Beverly était quelqu’un de réservé et de timide. On avait envie de la protéger et on veillait à prendre soin d’elle. WINSOME Quand elle avait une conviction, elle n’en démordait pas. CAROL Elle voulait approfondir ses connaissances. C’est ce qui a causé sa perte. KENNETH Steve Schneider était le responsable du recrutement des davidiens au Royaume-Uni. A l’instar de David Koresh, il avait une excellente mémoire et il était capable de passer d’un texte des Ecritures à l’autre d’une façon qui a dû beaucoup impressionner son auditoire de l’époque. CAROL On assistait à des réunions à Manchester. Beverly pensait avoir trouvé la voie. DIMPLETS Ça relevait du lavage de cerveau. Steve Schneider lisait les Saintes Ecritures. Il affirmait que l’Apocalypse allait arriver, que l’Armageddon adviendrait et qu’ils allaient rencontrer Jésus. Le temps qu’il ait fini de parler, ceux qui l’avaient écouté étaient prêts à faire leurs bagages, convaincus qu’une vie meilleure les attendait quelque part. STEPHANIE Notre oncle faisait partie des adventistes. MICHAEL Je me souviens d’un gentil géant. Il était imposant, mais doux et affectueux. STEPHANIE Je savais qu’il se passait quelque chose, mais personne n’en parlait ouvertement. Je ne comprenais pas pourquoi c’était aussi secret. CAROL Winston Blake était fiancé à Beverly. On a appris par hasard qu’ils partaient en vacances en Amérique. Ils étaient enthousiasmés par leur séjour. Ils vivaient un moment exceptionnel. WINSOME Puis Beverly a commencé à dire qu’elle n’était pas sûre de revenir en Angleterre. Personne ne savait ce qui se passait vraiment. CAROL J’ai fini par découvrir qu’ils avaient clôturé leurs comptes épargne-retraite et qu’ils avaient vidé tous leurs comptes en banque. WINSOME J’étais sidérée. Je n’arrivais pas à y croire. J’étais comme engourdie. Comme paralysée. PARNELL Beaucoup d’entre eux cherchaient simplement à avoir un sentiment d’appartenance. Avec Koresh, ils se sentaient les bienvenus, ils se sentaient importants. Il les a embobinés. Ce n’était rien d’autre qu’un voyou à la petite semaine. C’est tout ce qu’il était. DEREK Je m’appelle Derek Lovelock. Je faisais partie de l’Eglise adventiste du septième jour à Manchester. J’ai reçu un bulletin d’information disant qu’un prophète américain autoproclamé serait capable d’expliquer le livre de l’Apocalypse et j’ai voulu en savoir plus. Je voulais aller à la réunion pour juger par moi-même. J’avais hâte de rencontrer le type qui affirmait être capable d’interpréter ce livre. Ma rencontre avec David Koresh a changé ma vie. Une meilleure façon de vivre et de concevoir les choses : voilà ce que ça représentait pour moi. Il y a des matins où David nous disait : « Bon, on va construire ceci, on va construire cela ». Mais ce qui était important surtout, c’était la vérité biblique. DEREK David disait que chaque livre de la Bible commence et finit par l’Apocalypse. C’était stupéfiant. PHIL Le livre de l’Apocalypse arrive à la toute fin du Nouveau Testament. Et dans ce livre, l’auteur affirme que Dieu, par l’intermédiaire de Jésus, lui a révélé l’avenir de l’humanité. DEREK David Koresh ouvrait ce livre et en expliquait chaque mot. Il vous faisait comprendre chaque vision. Il les gravait dans votre esprit. On les absorbait par les yeux. C’est comme ça que j’ai pris conscience que David Koresh était le messager de Dieu. PARNELL Je ne comprends pas qu’on ait pu adhérer, mais la quasi-totalité des gens qu’il a attirée souffrait d’un manque dans leur vie, et il leur a donné de l’espoir. SHEILA David est venu et avec mon mari Wayne, un avocat qui avait fait ses études à Harvard, on est allé l’écouter. Mon fils était aveugle et en fauteuil roulant. David m’a consolée en disant que ma famille avait plus besoin de guérir que lui, que notre rapport à Dieu n’allait pas et que si notre fils était handicapé, c’était en quelque sorte une façon pour Dieu de nous montrer que nous devions changer de vie. On a abandonné notre confort, nos proches et nos habitudes pour accepter Dieu et la vérité. On avait cinq enfants et on en a eu deux autres au Texas. ELAINE Cliff s’est installé aux Etats-Unis et on était un peu inquiets. Ça faisait un moment qu’on ne s’était pas parlé, mais il écrivait de longues lettres qui parlaient toutes de ses dessins. « Après avoir vu mes dessins, des gens m’ont fortement encouragé à continuer dans cette voie. J’ai envie d’être le meilleur possible. » Il demandait en gros qu’on ne soit pas sur son dos et qu’on le laisse libre de suivre la voie ce qu’il avait envie de suivre. Je ne sais pas s’il avait un compte bancaire à lui. Je ne sais pas s’il gardait l’argent qu’il touchait ou s’il reversait tout à Koresh. DIMPLETS Certains avaient vendu leur maison et donné l’argent à David. On leur a même dit de contacter les membres de leur famille pour qu’ils vendent aussi leurs biens. D’un coup, l’argent est devenu central. PARNELL Il avait fait construire un énorme bâtiment au centre d’une grande propriété. On a appris d’une source relativement fiable qu’il avait dépensé plus de 50 000 dollars, rien que pour le moteur de sa voiture. Un jour, avec mon frère qui était US Marshal, on a vu Koresh dans son bolide en train de brûler la gomme… et mon frère a fait : « Bon sang, voilà Jésus. » C’était le pire des imposteurs, c’était un sale type de la pire espèce. LIZ J’ai dû rentrer en Australie quand mon visa a expiré. Ça faisait deux ans que j’étais partie et le contraste entre ce que faisait le groupe et les enseignements de la Bible m’a sauté aux yeux en rentrant. Il y avait des sentinelles armées qui gardaient le portail, et l’instauration de la doctrine de la Nouvelle Lumière a été la goutte de trop. MARC La Nouvelle Lumière consistait en gros à obéir aveuglément. Koresh a demandé combien d’entre nous vivaient selon les principes de Jésus Christ. Evidemment, il n’y avait personne. Il a donc répondu qu’on n’avait pas respecté les préceptes de Jésus. LIZ Marc m’a appris que David Koresh avait déclaré tous les mariages nuls et non avenus, et que toutes les femmes sur Terre lui appartenaient. Je n’arrive pas du tout à comprendre qu’on puisse accepter cette situation. SHEILA Un jour, il a expliqué : « Si je vous laissais redevenir maris et femmes, vous recommenceriez à vous disputer au bout d’un mois. En étant séparés, vous vous entendez mieux et vous êtes plus sympas entre vous. » MARC Je suis tombé dans le panneau du : « Oui, c’est affreux, c’est inquiétant, mais si c’est ce que dit la Bible, alors il faut obéir. » Si on me montrait le passage dans la Bible, je mettais mes sentiments de côté. LIZ J’ai demandé à Marc des explications. Tu vois ce qui se passe. Comment peux-tu laisser faire ? Comment peux-tu rester sans rien dire ? MARC J’étais parfaitement au courant de ce qui se passait. Je savais qu’il couchait avec d’autres femmes. Un jour, Koresh m’a expliqué en aparté que sa femme préférée était celle qui avait 12 ans et je ne savais pas quoi faire, parce qu’il avait la bénédiction des parents. C’est là que j’ai vraiment commencé à m’interroger. CAROL Quand Beverly était à Waco, il fallait que ce soit nous qui appelions, parce qu’elle n’avait pas le droit. La vie n’était pas facile. Il fallait travailler toute la journée, faire les corvées, rester assis jusque tard dans la nuit ou tôt le matin pour étudier la Bible. MICHAEL Je me souviens de ma mère au téléphone avec notre oncle. Elle lui disait qu’il fallait qu’il rentre. Je n’ai pas entendu ce que Winston a répondu, mais notre mère a répliqué : « Comment ça, ce n’est pas si simple que ça ? » A ce moment-là, on a tous compris que quelque chose n’allait pas. WINSOME Je voulais aller en Amérique. J’ai dit à Beverly que j’allais la chercher et je lui ai demandé si elle avait son passeport avec elle. Elle m’a répondu que non, c’était Koresh qui avait leurs passeports. ELAINE Plusieurs mois sont passés sans qu’on n’ait aucune nouvelle de Cliff. Mon autre frère, Chris, qui a 3 ans de plus que moi a décidé d’aller en Amérique pour savoir si notre frère allait bien. Chris a rencontré David Koresh. Il lui a posé des questions, il lui a quasiment fait passer un interrogatoire, mais gentiment, pour être sûr qu’il n’y avait pas de problème. Dans le compte rendu de sa visite de Waco, Chris écrit : « David Koresh voulait que le ranch ressemble le plus possible au paradis. Il m’a montré là où ils construisaient un lac artificiel. » Chris a demandé pourquoi il y avait deux sentinelles à l’entrée. Koresh a répondu que c’était pour se protéger, parce que des gens ivres venaient de temps en temps. Ça restait un peu curieux, mais Chris est rentré sûr que notre frère était en sécurité, qu’il allait bien et qu’il était heureux. LIZ Tu te souviens du jour de notre mariage ? Après notre mariage, je suis rentrée en Australie avec la ferme intention d’y rester. … Il ne restait plus qu’à faire venir Marc. Les davidiens étaient armés et à ce stade, Marc avait des ennuis à cause de certaines prises de parole. MARC Je devais quitter cet endroit problématique, mais on ne pouvait pas s’en aller comme ça. Il fallait préparer son évasion. LIZ Pour commencer, il fallait qu’il quitte le Texas. Par chance, il avait un oncle et une tante en Californie. Un jour, il a fait ses valises, il leur a téléphoné pour qu’ils viennent le chercher. Ils sont venus, et il est rentré en Australie sans que les davidiens le sachent. MARC On a essayé d’attirer l’attention des autorités américaines. On a contacté l’Immigration et les services sociaux, mais ça ne les intéressait pas. On a donc appelé les journalistes. Ils ne nous ont pas crus non plus au départ, mais ils nous ont cuisinés pendant des heures. DARLENE Je travaillais au Waco Tribune-Herald, un journal texan. Je sortais de l’école. C’était mon premier reportage. Un jour, des Australiens nous ont appelés. Ils avaient vécu dans le centre davidien. Ils s’inquiétaient du viol de jeunes filles, d’agressions sexuelles sur de jeunes enfants et du fait que David Koresh contrôlait tout ce qui se passait. Ils avaient quitté la secte à cause de ce qu’ils avaient vu. Ils ont comparé ça à du lavage de cerveau. On en a parlé à nos rédacteurs-en-chef qui étaient partants pour qu’on creuse le sujet. MARC Dans les sectes, on entretient des liens très forts, quasi-familiaux, avec les autres, parce qu’il n’y a qu’entre nous qu’on peut se faire confiance. Dieu nous a choisis pour recevoir sa lumière. Petit à petit, Koresh s’est mis à dire qu’il avait besoin d’hommes vaillants, de guerriers. On s’est donc entraînés à devenir des guerriers, puisque les autres veulent notre perte. KENNETH David Koresh considérait tout ce qui était à l’extérieur du centre comme Babylone : l’oppresseur du peuple de Dieu et l’équivalent moderne de cet oppresseur à ses yeux, ce sont les agences américaines de maintien de l’ordre. Je pense vraiment qu’ils anticipaient qu’il y aurait une confrontation entre eux, nécessitant qu’ils se défendent. JOURNALISTE Concernant cette ultime bataille, vous avait-on expliqué qu’il fallait la prendre au sens propre ? DEREK Oui, au sens propre et que des gens seraient tués. C’est marqué dans les Saintes Ecritures. Il est question de donner sa vie à Dieu. LIZ Il se préparait à la guerre. SAM Je vais vous dire une chose : la vérité constitue le plus grand des savoirs. Mon expérience m’amène à affirmer que David Koresh était un escroc et un menteur. Je l’ai rencontré sur place. Ma fille était assise dans la pièce. Il voulait que je rejoigne le groupe. Quand il a compris qu’il n’arriverait pas à me rallier à sa cause, il a commencé à me maudire. Je lui ai répondu que je ne me laisserai pas embobiner. Tout ce que ma fille a vu, c’est un homme qui me proposait le salut. Elle m’a supplié de rester. Elle pleurait. Elle pleurait, parce qu’elle était totalement persuadée que je refusais le salut de mon âme. Elle n’a pas vu ce que j’ai vu. Je suis rentré en Angleterre à Manchester et j’ai raconté à ma femme ce qui s’était produit entre David Koresh et moi. Elle n’a jamais rien dit, mais elle a commencé à assister aux réunions des davidiens. Je n’aurais jamais pensé qu’elle les rejoindrait. Un soir, elle m’a annoncé qu’avec les enfants, elle partait à Waco au Texas. J’ai cru qu’elle plaisantait, qu’elle n’était pas sérieuse. Ma femme Zilla et mes enfants Stephen, Paulina, Philip et Vanessa devaient décoller le lundi matin à 6 heures, et ils ne m’ont jamais rien dit jusqu’à 6 heures du soir, la veille de leur départ. Dans la vie, il n’y a rien de plus précieux que la famille. Seigneur. DARLENE On était chargé d’écrire un article et de confirmer les accusations des Australiens. Il se trouve qu’un procès au Michigan pour obtenir une garde d’enfants m’a permis d’avoir une copie du témoignage de Kiri Jewell, une mineure. DEREK C’est vrai qu’il avait beaucoup de femmes et d’enfants, mais il ne les a pas forcés ni violés ni rien. Je n’ai jamais rien vu de ce genre. Il les voyait comme des objets spirituels. La Bible parle de vases de l’Eternel. Ils portent les vases de l’Eternel. DARLENE Une partie des gens qui se sont enfuis avaient dû élaborer des stratagèmes pour sortir de ce domaine gardé par des sentinelles armées. DEREK Ce n’est pas vrai qu’il y avait des gardes armés, mais c’est vrai qu’on avait des flingues. On se préparait. Dieu le dit dans les Saintes Ecritures : « Tiens-toi prêt ». Aux Etats-Unis, on peut avoir autant d’armes à feu qu’on veut. Autant qu’on veut. Et il n’y a rien d’illégal à ça tant qu’on menace la vie de personne. DARLENE Je me souviens avoir appelé le FBI pour savoir s’il était au courant des armes et si c’était légal. Très souvent, les agents fédéraux répondaient : « Désolé, on ne peut rien confirmer ou infirmer. » On n’a jamais obtenu de réponse. LIZ Ce n’est que par hasard que l’ATF, le Bureau de l’alcool, du tabac et des armes à feu, a été impliqué. PARNELL Un livreur était censé distribuer un paquet au domicile des davidiens, mais le paquet est tombé, il s’est ouvert et il se trouve qu’il contenait des grenades. DAVY J’ai entendu parler de cette affaire en mai ou juin 1992. Le département du shérif recevait des rapports d’incidents concernant les davidiens, selon lesquels ce groupe amassait des armes, ce qui était très inquiétant. Ma priorité consistait à trouver une raison suffisante pour justifier une perquisition des lieux, pour voir s’il y avait effectivement des armes fabriquées illégalement et des armes non déclarées alors qu’elles requéraient normalement un permis. J’ai utilisé de nombreuses ressources de l’ATF pour savoir à qui on allait s’attaquer. On s’est appuyés sur les courriers entrant et sortant, la surveillance aérienne, des agents infiltrés… J’ai eu recours à tous les moyens possibles. PARNELL L’ATF a découvert des kits permettant de convertir un fusil semi-automatique AR-15 en M-16, le fusil d’assaut automatique utilisé par l’armée américaine. Les davidiens avaient aussi deux fusils anti-matériel de calibre 50. Voici une munition de calibre 50. Une balle comme ça en pleine tête, et il ne reste plus rien au-dessus du cou. DAVY La nature des armes détenues par Koresh a permis un tournant décisif. J’ai confirmé en grande partie mes renseignements auprès d’anciens davidiens. La secte faisait des réserves d’armes. Des voisins entendaient des tirs de fusils automatiques. Ça a scellé l’intervention. Si vous fabriquez des armes illégalement et que vous détenez des armes non déclarées, vous enfreignez la loi fédérale. J’avais une raison suffisante pour obtenir un mandat. On surveillait 24 h sur 24. On attendait que David sorte pour le coffrer et l’emmener loin de la propriété. Il n’est jamais sorti. Bon, il va falloir adopter une autre méthode. Ce type, David Koresh, n’allait pas se laisser faire. Il fallait qu’on se prépare pour qu’en présentant ce mandat de perquisition, on évite au maximum que quelqu’un soit blessé légèrement ou grièvement, voire tué. On savait à qui on avait affaire. Je savais qu’il y aurait un échange de coups de feu. ROLAND On devait perquisitionner de jour, mais il fallait que ça reste une surprise. Il fallait faire venir un grand nombre d’agents dans un endroit précis alors qu’ils ne bénéficiaient pas d’une quelconque couverture. Comme ce n’était pas inhabituel de voir des bétaillères sur la route, on a basé notre tactique là-dessus et on s’est entraînés spécifiquement pour intervenir dans ce cadre. DARLENE On a enquêté pendant 9 mois. Notre article était intitulé « Le Messie pécheur. » Quand on révèle ce genre d’histoire, on sait qu’il y aura un retour de manivelle. PARNELL L’ATF a demandé au journal d’attendre avant de publier l’article. Je ne sais pas de quel délai il était question. Un ou deux jours, peut-être. DARLENE Nos rédacteurs-en-chef ont demandé à l’ATF pourquoi on ne devait pas publier l’article. D’après ce que j’ai compris, il n’y avait pas de bonne raison et nos chefs ont donc décidé de sortir l’histoire. Les journalistes se doivent de publier ce qui leur semble d’utilité publique. Le papier est sorti le samedi. Les gens sont tombés de l’armoire. Ils se demandaient comment c’était possible. Ils étaient stupéfaits. PARNELL Le samedi soir, avec mon frère, on a reçu un appel d’agents postés à la sortie d’Austin pour nous annoncer que la descente aurait lieu le lendemain matin. Ils voulaient qu’on leur prête main-forte. On a accepté. DAVY A la zone d’étape, j’ai demandé à l’agent responsable l’autorisation de me rendre sur place pour m’entretenir avec les agents et leur expliquer qu’ils devaient faire preuve d’une extrême prudence le lendemain matin. Il a refusé. Il m’a dit que c’était trop tard. J’ai cédé. Je regrette de ne pas avoir insisté. PARNELL Le dimanche matin, on se rend au poste de commande. JOURNALISTE Vous étiez confiant ? PARNELL Oui. Sur la vidéo, on entend les hélicoptères qui se préparent à intervenir. Voici mon frère Mike, qui était US Marshal. Des agents de l’ATF. J’étais là pour identifier les davidiens que je connaissais. Ça devait se résumer à ça. ROLAND Le plan consistait à submerger le bâtiment. En voyant notre nombre, ils déposeraient les armes. Sauf que c’était la première fois qu’on avait affaire à un groupe religieux et que personne ne nous avait dit qu’une secte serait plus violente qu’un gang de détenus ou un gang de bikers. Ça ne nous est pas venu à l’idée. Je me souviens que ce matin-là, les infirmiers voulaient m’inscrire mon type sanguin sur le cou. On n’avait jamais fait ça auparavant. J’ai refusé. Je ne voulais pas. J’avais l’impression que ça me porterait malheur. PARNELL Ce matin-là, un facteur est arrêté par une équipe de journalistes qui lui demande où se trouve la propriété de Mount Carmel, pensant que ce facteur est un type bien. En fait, c’était un fervent davidien qui est allé immédiatement prévenir David Koresh. SHEILA C’était le matin, on commençait tout juste notre journée. Je me souviens être descendue après le petit-déjeuner et avoir vu David avec le facteur. Ce jeune homme était venu dire ce qui se préparait. Il allait y avoir un assaut. DEREK David nous a dit : « Bon, ils arrivent. Ne faites pas de bêtise, laissez-moi leur parler. Je vous avais dit que ça arriverait. » PARNELL Koresh sonne la mobilisation générale. Ils vont tous chercher des armes. SHEILA David nous ordonne d’aller dans nos logements. J’ai dit à mes enfants que je pensais qu’on ne vivrait plus là très longtemps et que la situation allait changer. PARNELL L’agent sous couverture, Robert Rodriguez, sort de la propriété pour dire aux agents de l’ATF de ne pas intervenir, puisqu’il n’y a plus d’effet de surprise. Il est à bord de cette voiture noire. ROLAND Quand on a appris que d’après Robert, les davidiens savaient que l’ATF et la Garde nationale allaient intervenir, les agents qui avaient le plus d’ancienneté et qui avaient beaucoup plus d’expérience que moi ont commencé à retirer leur matériel. Ils ont eu l’intelligence de se dire que c’était terminé. PARNELL Mais leur hiérarchie a répondu qu’elle s’en fichait et elle a envoyé ses hommes dans une embuscade. DAVY Je suis monté dans un des hélicoptères. On nous a donné le feu vert. On a décollé pour survoler le domaine. Je priais pour nous, parce que je savais que l’opération serait compliquée. ROLAND Ma mission consistait à dégager l’entrée principale du bâtiment pour que la première équipe puisse ouvrir la porte. SHEILA Une petite fille est arrivée de la pièce voisine en disant qu’ils arrivaient. DEREK Vous envahissez notre terre. On ne s’inclinera pas devant vous ou le système. Parce qu’au bout du compte, c’est à Dieu qu’on doit répondre. C’était notre façon de voir. ROLAND J’entends comme un tir de fusil. Je cours en direction du bâtiment et en levant les yeux, je vois que la porte est entrouverte avec 3 hommes postés là. Je reconnais le gourou de la secte : David Koresh. Personne n’est armé. Je saute sur la terrasse, il recule et dans un sourire, il claque la porte. A l’instant même, j’essuie un tir de barrage depuis le bâtiment. Je plonge sur la gauche et j’atterris dans le chenil. DEREK On a riposté pour se défendre, parce qu’on n’allait pas se coucher par terre et les laisser nous décimer. SHEILA Vers l’arrière du bâtiment, j’entendais crier mon mari, Wayne. Il disait aux fédéraux qu’il y avait des femmes et des enfants et qu’il fallait qu’ils battent en retraite. DEREK Les balles sifflent au-dessus de ma tête. David est touché à l’aine et au poignet. On était comme ça, tête baissée, allongés sur le sol. SHEILA J’ai pris conscience que mon petit garçon handicapé était devant la fenêtre et qu’il criait. A cause des tirs qui venaient de l’extérieur, je n’arrêtais pas de me dire qu’il risquait de mourir comme ça. PARNELL Personne n’était préparé à ça. C’est la débâcle. ROLAND Ça tirait de partout. C’était violent. Ils voulaient nous tuer. DAVY L’hélicoptère où on se trouvait a été visé et c’est là que tout a basculé. Le pilote nous a informés qu’on avait des agents à terre. J’ai tout de suite compris. … Sans avoir leur nom, je savais… que des agents avaient été tués par balle. STEPHANIE La radio a annoncé qu’il y avait un siège à Waco. J’ai fait le lien avec le lieu où se trouvait mon oncle. MICHAEL Je me souviens avoir été tranquille et m’être dit qu’il n’y avait pas de souci à se faire. Qu’il reviendrait. DEREK J’ai entendu des gouttes d’eau tomber et en cherchant d’où venait ce bruit, j’ai trouvé Winston. Il était mort d’une seule balle dans la tête. Dieu le protège. SHEILA Par chance, tous nos enfants avaient survécu, mais beaucoup de gens étaient morts et ils ont été tués, tout ça parce qu’ils étaient venus lire la Bible. MARC Le FBI a été appelé et l’agent fédéral m’a dit : « C’est qui, ces forcenés ? » BILL S’en est suivi un bras de fer. Un bras de fer qui a duré 51 jours. On peut se dire que c’est du passé, mais les répliques du séisme de Waco se ressentent encore aujourd’hui. DEREK J’ai reconnu les voix de certains. En les entendant hurler, j’ai su que les flammes les dévoraient. SAM Le bâtiment entier brûlait et j’étais très inquiet, parce que ma chair et mon sang se trouvaient à l’intérieur. - FIN -