AUDEN_RIKARDSEN FIN FIN_INTRO HOMME_1 HOMME_2 HOMME_3 STEVE STEVE_OFF STEVE OFF Les baleines. Véritables géants des mers qui parcourent les océans depuis des millénaires. Leur chant, leur majesté et leur taille nous émerveillent et nous fascinent. Dans leur ombre gigantesque, les humains se sentent particulièrement petits. Depuis bien avant notre arrivée… elles protègent leurs petits… chassent… et voyagent. À cause de nous, leur monde change. Je cherche donc à voir à travers leurs yeux, à les rencontrer, si elles m’acceptent, et à comprendre pourquoi leur avenir et le nôtre sont indissociables. FIN INTRO J’aimerais en savoir plus sur les dernières découvertes sur le comportement des baleines et des dauphins lorsqu’ils chassent. Il y en a plus de 90 espèces. Elles sont toutes différentes… mais ont un point commun. Quelles que soient leur forme ou leur taille... ce sont tous des prédateurs. STEVE Les baleines et les dauphins dirigent nos océans depuis environ 50 millions d’années. Ce sont les animaux marins qui ont le plus gros cerveau, le plus gros appétit, et aussi les stratégies de prédations les plus originales. De l’équateur aux pôles Nord et Sud, ce sont les plus grands chasseurs des mers. STEVE OFF Mais les stratégies de prédation des baleines varient selon les espèces... leur environnement et leurs proies. J’aimerais comprendre les problématiques auxquelles ces créatures doivent faire face dans nos océans en changement. Mon aventure dans le monde des prédateurs marins commence avec le plus emblématique de tous… L’orque, surnommée la « baleine tueuse » en anglais. Dans le Grand Nord, en Norvège, elles se nourrissent de manière saisonnière de bancs de harengs. STEVE Pendant seulement deux mois par an, les fjords du nord de la Norvège sont le théâtre d’un rassemblement des plus grands chasseurs de la planète. Nous sommes actuellement dans le cercle arctique, entourés d’un pod d’orques. C’est l’espèce de dauphin la plus grande par sa taille et, à mon sens, la plus sophistiquée, complexe et habile de tous les prédateurs. C’est un spectacle absolument incomparable. STEVE OFF S’il y a des créatures réputées pour leur dangerosité, ce sont bien elles. Les plus grandes prédatrices de l’océan. On dit même d’elles que ce sont des tueuses de baleines. Les scientifiques considèrent que ce sont les plus complexes de tous les prédateurs marins. Elles ciblent des proies bien spécifiques et, dans la nature, n’ont jamais fait de mal à un humain. Et quoi de mieux pour le prouver que d’aller nager avec elles ? Habituellement, elles se contentent d’aller et venir. Mais aujourd’hui, l’une d’elles a décidé… de venir à ma rencontre. Me voilà nez à nez avec le plus grand prédateur de la planète. STEVE Ça fait 20 ans que je travaille avec des orques, et c’est la première fois que l’une d’entre elles me porte autant d’intérêt lors d’une plongée. Elle m’a regardé, elle m’a étudié, elle a tourné autour de moi, encore et encore. Difficile de savoir si c’était de la curiosité ou si elle voulait déceler mes faiblesses. Mais quand on la regarde dans les yeux, on perçoit son intelligence, sa façon de vous analyser, d’essayer de comprendre ce que vous êtes. Je viens de passer un moment inouï avec l’un des plus grands prédateurs que la Terre n’ait peut-être jamais connue. STEVE OFF Les orques sont capables d’attaquer des proies bien plus grosses et redoutables que les humains, mais elles sont suffisamment intelligentes pour savoir les sélectionner. STEVE Ce qui en fait des prédatrices infaillibles, ce n’est pas leurs grandes dents ou leurs muscles, mais leur puissant cerveau, leur capacité à traiter les informations et leur curiosité. C’est ce qui fait qu’elles sont plus semblables aux êtres humains que n’importe quel autre animal. STEVE OFF Mais l’orque ne chasse presque jamais seule. STEVE Le secret de la réussite des orques, c’est peut-être leur vie en groupe, en pod. Ces unités matriarcales sont les plus puissantes de la planète. Les petits restent auprès de leur mère tout au long de leur vie. Leur extraordinaire communication leur permet de faire des choses dont la plupart des animaux sont incapables. STEVE OFF Leur proximité et leur coopération sont évidentes. La preuve en est en mer de Cortés. Voici des raies Mobula. Ici, elles sont plusieurs milliers à se nourrir et à se reproduire. Pour cette orque qui chasse seule, il est difficile d’isoler une cible. Mais l’arrivée de son pod change la donne. Elles commencent à organiser la chasse. Leurs attaques simultanées sèment la panique parmi les Mobulas, dont le banc se désolidarise. Les orques ont maintenant l’avantage. Elles choisissent leurs proies… les unes après les autres. En travaillant conjointement, chaque orque est récompensée. Mais pour certaines d’entre elles, le plus grand des avantages n’est pas de partager le butin, mais de partager le savoir. En Nouvelle-Zélande, c’est ce qui permet à un autre pod de cibler des proies bien plus dangereuses. Le repas est alléchant, mais la queue de la raie pastenague peut libérer un venin mortel. Le secret, c’est de l’approcher par en haut… de l’attraper par la tête… puis de retourner la raie, ce qui a pour conséquence de la mettre dans une sorte de transe qu’on appelle l’immobilité tonique. Maintenant totalement impuissante, la raie peut être consommée sans danger. Cette orque n’est pas la seule à chasser de cette manière. Cette façon d’attraper les raies pastenagues a été enseignée aux autres orques du pod, qui l’utilisent à leur tour. De nombreux groupes d’orques ont des techniques de chasse bien spécifiques. Pour certains scientifiques, c’est la preuve que, comme nous, elles transmettent leur culture, leurs comportements, de génération en génération. STEVE Les orques peuvent se nourrir de tout. Aussi bien des plus petits poissons que de la plus grande créature que nous n’ayons jamais connue : la baleine bleue. C’est cette capacité d’adaptation et cette inventivité qui fait qu’elles prospèrent dans tous nos océans. STEVE OFF Mais l’alimentation de certaines baleines est bien plus spécifique. Que leur réserve l’avenir, au vu des mutations que connaissent les océans ? Je cherche à déterminer quelles sont les nouvelles problématiques auxquelles sont confrontées les baleines dans notre monde moderne. STEVE Il y a environ 50 millions d’années, les mammifères terrestres ont abandonné leur mode de vie pour partir à la rencontre de l’océan. Depuis, une multitude d’espèces ont évolué, allant du marsouin de la taille d’un chiot au plus grand animal que la Terre n’ait jamais porté. STEVE OFF Leurs techniques de chasse sont diverses et variées. Pour découvrir la plus impressionnante espèce de baleines, nous nous rendons en Basse-Californie. Véritable garde-manger, c’est là que vit le plus grand animal que notre planète n’ait jamais connu… La baleine bleue. Cette femelle fait plus de 25 mètres de long, pèse plus de 100 tonnes… et elle a faim. Étonnement, le plus grand animal sur Terre se nourrit de quelque chose de tout petit... le krill, un petit crustacé à l’allure de crevette. Ces essaims saisonniers constituent un festin essentiel aux baleines bleues. Notre femelle peut descendre à 200 mètres de profondeur pour se nourrir. En plongeant, elle engloutit jusqu’à 100 tonnes de krill et d’eau en gonflant sa gorge comme un ballon. Autrefois, nous pensions que les baleines nuisaient à nos réserves de poisson. Mais les scientifiques ont récemment découvert que leurs excréments servaient de fertilisant pour le phytoplancton que mangent les krills, dont dépendent les baleines bleues, entre autres. Depuis des millions d’années, les baleines améliorent donc la santé de nos océans. Mais les krills souffrent du réchauffement climatique et de l’acidité croissante des eaux. Les baleines bleues se remettent doucement de la chasse à la baleine. Mais sans le krill, elles seraient condamnées. Si nous mettons en danger le plus grand animal de la planète, de quelles autres erreurs sommes-nous responsables ? Pour comprendre quel impact nous avons sur leur avenir, j’aimerais en savoir plus sur les différents comportements des baleines lorsqu’elles chassent. Je me rends aux îles Bimini, dans l’archipel des Bahamas, où une espèce chasse d’une manière bien particulière pour se nourrir. STEVE Au large des Bimini, des bancs de sable s’étirent à perte de vue. Mais si l’on ouvre l’œil, on peut y voir des nuées de poissons-rasoir, d’anguilles jardinières et de lançons. STEVE OFF Ces poissons piochent de petites particules de nourriture dans la colonne d’eau. Ils ont l’air vulnérables et semblent n’avoir nulle part où se cacher. Mais au moindre signe de danger… … ils disparaissent. Cependant, un prédateur de ces bancs de sable ne cherche pas ses proies avec les yeux. STEVE Ces cratères sont formés par les grands dauphins qui cherchent de la nourriture. STEVE OFF Les grands dauphins utilisent l’écholocalisation pour percevoir les sons aigus et visualiser leur environnement grâce aux ondes sonores qui rebondissent. STEVE Le dauphin longe le fond de l’eau et émet perpétuellement des ondes sonores dans le sable pour sentir si quelque chose y est enfoui. STEVE OFF Cette technique est étonnante. STEVE Lorsqu’il sent quelque chose, il tourne vers la gauche. Puis enfonce son nez, son rostre, dans le sable pour essayer de trouver la nourriture. Vous avez vu ça ? C’est incroyable, de voir un dauphin la tête en bas et de le voir remonter avec un poisson dans la bouche. STEVE OFF Bien qu’on trouve des grands dauphins partout dans le monde, cette technique de chasse est propre à cette région. STEVE Toute cette population semble avoir appris cette technique. Peut-être que comme les orques, les grands dauphins ont une culture, qui leur permet de transmettre leurs compétences. STEVE OFF Ces dauphins ont une manière bien spécifique de trouver de la nourriture dans cet environnement précis. Mais que se passera-t-il si leur habitat se met à changer ? Les espèces spécialisées sont-elles plus vulnérables ? Le meilleur endroit pour tenter de répondre à ces questions est un lieu qui change déjà trop vite, et ce à cause des humains. Un lieu où on n’imaginerait pas trouver un membre de la grande famille des baleines… au cœur de l’Amazonie. Comme un thé trop corsé, les eaux du fleuve sont colorées par les tanins des feuilles en décomposition. C’est ici, dans la pénombre, que vit le plus insolite des dauphins. Ce dauphin de l’Amazone, aussi appelé « boto », est parfaitement adapté à la vie dans cet étrange habitat d’eau douce. Sa peau rose, ses petits yeux et son front renflé lui donnent une apparence singulière. C’est un chasseur chevronné, capable de prendre pour proie plus de 40 espèces différentes, et notamment les piranhas. Dans ces eaux troubles, il se sert de l’écholocalisation. Ainsi, il imagine une carte sonore de son environnement. Sa dorsale discrète lui évite les accrocs, et ses nageoires, qui se meuvent indépendamment l’une de l’autre, lui permettent de naviguer librement... et de se concentrer sur les poissons cachés. Son bec particulièrement sensible est idéal pour dénicher des poissons cachés dans les broussailles. Le boto est une espèce spécialisée totalement adaptée à son environnement si particulier. Mais c’est justement ce qui le rend vulnérable. La pêche vide peu à peu leur habitat de ce qui constitue leur alimentation, et les filets à mailles fines peuvent être un piège mortel pour eux. Nous avons déjà causé l’extinction d’autres espèces de dauphins, et à moins que nous n’agissions vite, le boto pourrait bien être la prochaine. Scientifiques et défenseurs de l’environnement ont déjà entamé une course contre la montre pour protéger les baleines. Mais le monde ne change-t-il pas tout simplement trop vite ? Une activité humaine en particulier impacte les baleines plus que n’importe quelle autre… la pêche. Nous avons remplacé les baleines et les dauphins, autrefois plus grands consommateurs des océans. Ici, dans les fjords norvégiens, les prises sont surveillées pour qu’il y ait assez de poisson pour les baleines. Mais la pêche impacte tout de même leur mode de vie. Pour voir ce qui se passe exactement, je dois plonger juste à côté des immenses bateaux qui jettent leurs filets pendant la nuit. STEVE À mesure que les bateaux de pêche mouillent leurs filets, il peut y avoir plusieurs centaines de tonnes de harengs, soit des milliers voire même des millions de poissons qui s’y engouffrent. STEVE OFF Nous spolions la nourriture des baleines. Mais certaines d’entre elles apprennent à tirer parti de la présence des bateaux. Les orques reconnaissent les bruits caractéristiques que fait ce bateau de pêche. Pour ces prédatrices ingénieuses, ce fracas métallique sonne l’heure du repas. Leur technique est étonnamment subtile. Elles attrapent les poissons qui débordent des filets. Cette agitation attire d’autres orques dans le fjord. S’en suit un rassemblement des plus impressionnants. Mais les orques ne sont pas les seules chasseuses à vouloir profiter de ce festin. D’immenses baleines à bosse les rejoignent. Partout ailleurs, ces deux espèces seraient des ennemies mortelles. Mais ici, elles partagent le repas à quelques mètres seulement du bateau. Aussi rare et impressionnant soit-il, ce spectacle a aussi une part d’ombre. STEVE Il est difficile d’imaginer une plus grande concentration de chasseurs quelque part sur la planète. On a devant nous des animaux parmi les plus puissants qui se nourrissent de ce qui tombe du filet et des restes de la prise des humains. Tous ces animaux concentrés au même endroit, c’est absolument époustouflant. STEVE OFF Quelle étrange vision que celle de voir de si grands prédateurs se nourrir de nos restes. Attiser la convoitise des baleines aussi près des sites de pêche industrielle peut vite tourner à la catastrophe. Pendant le tournage, le professeur Auden Rikardsen [odeune rikar-dsseune], spécialisé en biologie marine, est alerté d’une baleine piégée dans du matériel de pêche. STEVE Vous avez été appelé parce qu’une baleine à bosse était coincée. On a dû se tenir à distance mais vous pouvez nous raconter ce qui s’est passé ? AUDEN RIKARDSEN La baleine avait quelque chose entourée autour du museau et dans la bouche. Elle était immobile. Elle avait l’air d’attendre qu’on l’aide. Quand on est arrivés, elle est venue à notre rencontre. Comme si elle nous demandait de l’aider. Elle faisait des petits cris, on entendait des petits « wouuuu ». C’était à vous fendre le cœur. C’est touchant de voir ça et ça vous donne forcément envie de l’aider. STEVE OFF Complètement coincée, elle ne pouvait ni plonger ni se nourrir. Ses heures lui étaient comptées. Libérer une baleine apeurée n’est pas chose aidée. Prise de panique, elle a essayé de s’enfuir. La nuit tombait. Une course contre la montre était lancée. Finalement, ses liens ont pu être coupés... et elle a pu être libérée. L’histoire s’est bien terminée, cette fois. Mais la plupart des baleines n’ont pas la chance d’être secourues. Pour ce bébé baleine franche de l’Atlantique nord, naître d’une mère coincée dans des cordes était un coup du sort. Avec moins de 350 spécimens pour cette espèce, chaque décès est un pas de plus vers l’extinction. La pêche moderne a pris des proportions immenses. L’industrie de la pêche est l’une des plus grandes menaces pour les baleines et les dauphins. Dans le monde, presque 1000 cétacés sont pris chaque jour dans les filets comme prise accessoire. Les filets fantômes et le matériel de pêche abandonné ou perdu hantent nos océans. Chaque année, près d’un million de tonnes de ces déchets atterrissent dans la mer. Et puisqu’il leur faut jusqu’à 600 ans pour se désintégrer… le seul moyen de s’en débarrasser est de les ramasser. Une meilleure solution existe forcément. Partout dans le monde, les aires marines protégées sont de vrais refuges pour les baleines. Je cherche à découvrir quels avantages elles présentent. Je parcours les océans pour comprendre comment les baleines s’en sortent dans un monde bien différent de celui dans lequel elles ont évolué. Il existe des endroits où les baleines peuvent prospérer et chasser comme elles l’ont toujours fait. Autrefois, cet archipel était le centre névralgique de la chasse commerciale à la baleine. Aujourd’hui, c’est un havre de paix pour les baleines et leurs proies. Les Açores. STEVE Là où la dorsale médio-atlantique coupe l’océan en deux, des montagnes volcaniques venant de plusieurs milliers de mètres de profondeur s’érigent et forment des îles. Les courants océaniques font remonter les micronutriments des profondeurs, créant ainsi une explosion de vie. STEVE OFF Quand des zones comme celle-ci sont protégées, le poisson, principal aliment des baleines, est abondant. Un phénomène en particulier les attire ici plus que n’importe quel autre. STEVE En présence de prédateurs, les bancs de poissons se rassemblent et forment une boule d’appât scintillante que tout un tas de bouches redoutables se languissent de dévorer. En général, le banc de poissons ne résiste pas bien longtemps. STEVE OFF Croiser une de ces boules d’appât est ma seule chance de voir des baleines se nourrir quand je suis sous l’eau. Mais ça n’est pas chose aisée. Si je vois une de ces nuées, je dois donc me dépêcher de plonger. Pour ces poissons, se regrouper en banc est une stratégie de défense vitale. Ce sont des cibles faciles pour les prédateurs, comme ces dauphins tachetés. Mais leur grand nombre joue en leur faveur. Les poissons marquent leurs voisins et gardent la même distance et le même alignement entre chacun. Pour ce dauphin solitaire, ce banc est loin d’être une cible évidente. Le mouvement d’un seul poisson suffit à faire bouger tout le groupe. Le scintillement de cette nuée rend difficile pour un prédateur de se concentrer sur un individu. STEVE Les mouvements de ces poissons argentés qui se déplacent comme du mercure sont faits pour déstabiliser les plus petits prédateurs. Mais une telle concentration d’individus en une masse uniforme fait d’eux une proie facile pour les baleines. STEVE OFF Ces poissons attirent de véritables léviathans… Des rorquals boréaux. Ils peuvent atteindre presque 20 mètres de long et peser jusqu’à 45 tonnes. STEVE Ils font partie de la même famille que les baleines bleues, avec qui ils ont de nombreux points communs. Ils sont longs, fuselés, lisses, incroyablement rapides dans l’eau, et font partie des plus grandes créatures marines. STEVE OFF Mais pour mesurer leurs talents de chasseurs, je dois voir ce qui se passe sous la surface de l’eau. Comme des sous-marins, ils avancent à une vitesse qui semble dérisoire. C’est un spectacle aussi menaçant qu’impressionnant. STEVE C’était incroyable. Le rorqual boréal est l’un des cétacés les plus rapides alors que sous l’eau, on ne perçoit presque aucun mouvement quand il avance. Mais lorsque vous êtes près de lui, son sillage vous secoue comme si vous étiez dans une machine à laver. STEVE OFF Les rorquals boréaux nagent à presque 50 kilomètres/heure. Leur vitesse est la clé de leur technique de chasse... L’écrémage. Sprinter leur permet de prendre les poissons par surprise. Ce rorqual boréal doit manger près d’une tonne de poisson par jour. Les boules d’appât sont l’occasion de cibler un groupe de proies. Mais précipiter 45 tonnes sur une cible à vitesse maximale... demande beaucoup d’énergie. Pour que leur sprint ne soit pas vain, les rorquals ne peuvent utiliser cette technique que lorsqu’il y a suffisamment de poissons au même endroit. STEVE C’est extraordinaire. Je ne m’étais encore jamais retrouvé dans une zone où je risquais d’être percuté par une baleine. Regardez ça ! Honnêtement, avec toute cette vie autour de moi, je pourrais rester là toute la semaine. Si on oublie le reste, tous les signes d’un écosystème marin en bonne santé sont là. Il y a des producteurs primaires au fond de l’eau, du zooplancton, des petits poissons qui s’en nourrissent et aussi les plus grandes créatures qui n’aient jamais existé. Tous ces êtres vivants sont concentrés ici. C’est le résultat de la protection de nos aires marines et de la création de sanctuaires comme celui-ci. Quand on protège nos mers, elles deviennent un véritable lieu de concentration de vie. STEVE OFF Ces instants précieux sont un aperçu de ce que pourrait être le monde si nous ne réduisions pas à néant la vie marine. Les Açores ne sont pas le seul endroit où l’on peut voir les animaux se nourrir de manière aussi naturelle. Au large des côtes sud-africaines, des groupes de baleines nous offrent une vision optimiste de l’avenir. Depuis que nous avons arrêté de les chasser, les baleines à bosse ont fait leur grand retour. La route est encore longue, mais ce genre de spectacle est de plus en plus récurrent. De plus, nous apprenons peu à peu que les baleines contribuent à éliminer le CO2 présent dans l’atmosphère, à la fois en fertilisant le phytoplancton, mais aussi en séquestrant du dioxyde de carbone dans leurs immenses corps. On estime qu’elles en absorbent environ 30 millions de tonnes par an. C’est autant qu’un milliard d’arbres. Les baleines ont un rôle à jouer dans le maintien en bonne santé de nos océans, et la bonne santé de nos océans est essentielle dans la lutte contre le changement climatique. Maintenant, c’est à nous d’agir et de choisir quel futur nous voulons. Ce qui est plus que jamais nécessaire, c’est une meilleure protection contre les effets indésirables de la pêche commerciale. STEVE Autrefois, on appelait à sauver les baleines. Aujourd’hui, nous savons que nous devons sauver l’environnement tout entier des baleines. Notre avenir en dépend. STEVE OFF Pour découvrir comment les baleines évoluent dans le monde moderne, nous avons voulu observer ces chasseuses des océans dans leur milieu. Pour cela, le meilleur moyen de les filmer était de commencer par leur alimentation. L’occasion de repousser les limites de nos techniques de plongée et de tournage. Au nord de la Norvège, nous voulions filmer l’interaction entre les baleines et les bateaux qui pêchent le hareng. Une manœuvre dangereuse puisqu’il fallait plonger à la nuit tombée, au plus près des bateaux qui jettent leurs filets. STEVE La sécurité est primordiale lorsqu’on plonge dans ces conditions. Déjà, on est dans l’Océan Arctique. Les températures peuvent descendre en dessous de zéro. De plus, il va y avoir des orques, des baleines à bosse, des filets et du matériel de pêche. Je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas stressé. STEVE OFF Au coucher du soleil, nous nous sommes préparés pour la plongée dans ces eaux obscures. Incapables de voir plus loin que nos torches ne nous le permettront, nous allons avoir l’impression de flotter dans l’espace, ce qui désoriente énormément. STEVE On a hâte, et en même temps, on ne perd pas de vue qu’il n’y a pas plus dangereux que ce genre de plongée en eau vive, et que tout doit être parfaitement exécuté. HOMME 1 Pas de précipitation. Prenez votre temps. On attend d’être en contact avec le bateau de pêche. STEVE OFF Finalement, juste avant l’aube, on a le feu vert. HOMME 1 Très bien, on peut y aller. C’est bon, prêts ? Le plongeur 1 se lance. Bien joué, Steve. Le plongeur 2 se lance. Plongeur de secours. Plongeurs 1 et 2, vous me recevez ? STEVE Ici Steve, à la surface. Je vous reçois parfaitement. STEVE OFF Filmer les poissons qui débordent des filets m’a permis de comprendre exactement pourquoi les baleines changent leur comportement et sont attirées par les bateaux. Et ce que nous avons vu était plus impressionnant encore que ce que nous avions imaginé. STEVE C’est à mon sens le prédateur le plus ingénieux de notre planète. Il est capable de s’adapter à son environnement et de tirer parti de toutes les ressources qui se présentent à lui. Ici, l’abondance colossale de hareng que représente la pêche permet de nourrir 80 orques en un seul repas. STEVE OFF En Norvège, nous nous sommes servi des bateaux de pêche pour trouver les baleines. Mais dans les Açores, les bancs de poissons vifs comme l’éclair pris en chasse par des rorquals boréaux encore plus rapides ont nécessité une approche beaucoup plus dynamique. HOMME 2 Boule d’appât à 11 heures. HOMME 3 Oui. STEVE On y va ? STEVE OFF Cette fois, nous plongeons en apnée. Plonger en retenant notre souffle, sans avoir à porter un équipement lourd, nous permet d’être plus réceptifs et plus rapides sous l’eau, mais aussi de minimiser la gêne que nous pourrions causer aux animaux dans ce milieu protégé. Nous ne pouvons pas savoir à l’avance quelle boule d’appât les baleines vont cibler. Mais avec autant de poissons autour de nous, il devrait y avoir de quoi faire. STEVE Le nombre de baleines et de dauphins ici est phénoménal. C’est incroyable. On va surveiller de près les poissons, et le reste suivra. STEVE OFF Apercevoir une baleine est déjà un bon début, mais nous devons nous approcher. STEVE C’est un vrai bonheur, mais c’est aussi épuisant de rentrer et sortir de l’eau sans perdre de vue les poissons qui se déplacent à la vitesse de la lumière. Là-bas ! On y est. C’est l’épicentre de notre boule d’appât. C’est exactement ce qu’on voulait ! STEVE OFF L’attente porte enfin ses fruits. Nous tombons sur l’une des baleines les plus rapides au monde, venue profiter du repas que ces eaux nourricières ont à offrir. STEVE C’est à vous couper le souffle ! Je n’aurais jamais pu imaginer que je me trouverais un jour aussi près d’un rorqual boréal. C’est une des choses les plus folles qui me soient arrivées. STEVE OFF Du cercle arctique aux tropiques, adapter notre façon de filmer à chacun de ces chasseurs des mers a permis de mettre en lumière les problématiques qu’ils rencontrent dans notre monde moderne et de comprendre ce qui doit être fait pour leur assurer un avenir. FIN