CAROLINE CAROLYN CECILE IAN JAMES JAY JOANNA JULIAN KIRSTEN MICHELLE NARRATEUR PATRICIA SONNAZ STEVEN SUZIE WILL NARRATEUR Bienvenue � l�Atelier. Ici, vos pr�cieux tr�sors de famille sont ramen�s � la vie. WILL On est dans l�atelier des r�ves. NARRATEUR C�est l�antre du restaurateur de meubles, Jay Blades. JAY Aujourd'hui, on d�pense des fortunes dans des choses qu�on jette une fois cass�es. Mais on poss�de tous un objet qui a une trop grande valeur sentimentale pour aller � la poubelle, et c�est l� qu�on intervient. NARRATEUR Il travaille aux c�t�s de certains des meilleurs artisans du Royaume-Uni. WILL Chaque pi�ce a sa propre histoire. C'est dingue de savoir que mon travail en fait partie. STEVEN J'ai toujours bricol�, r�par� des trucs. J'adore �a. KIRSTEN C'est un immense plaisir de redonner vie aux tr�sors des autres. NARRATEUR Arm�s de leur savoir-faire unique� WILL Il faut toujours le bon outil. NARRATEUR Ils donnent une seconde vie� Une nouvelle jeunesse� JAY Quel talent�! NARRATEUR Et un nouvel �clat� � des biens pr�cieux et des tr�sors de famille irrempla�ables. CAROLINE C�est formidable. NARRATEUR Ils raniment ces objets oubli�s� JAMES C�est comme dans mes souvenirs. NARRATEUR et r�veillent� de vieux souvenirs endormis. CAROLYN Oh l� l�! NARRATEUR Aujourd�hui, trois expertes s�affairent � l�Atelier. La situation est d�licate pour Kirsten, qui va faire appel � toute sa douceur pour sauver un vase majolique tr�s fragile. KIRSTEN Je retiens mon souffle. C�est vraiment bancal. NARRATEUR Notre selli�re et experte en cuir, Suzie, saluera l�Histoire cach�e derri�re une pi�ce militaire. SUZIE Steve�? STEVEN T�as trouv� quelque chose�? J�y crois pas. C�est fou. SUZIE Oui. NARRATEUR Mais avant tout, l�Atelier va accueillir Michelle Deadman, avec un d�fi de taille pour notre experte en tapisserie, Sonnaz Nooranvary� SONNAZ Enchant�e. MICHELLE De m�me. NARRATEUR � Un fauteuil fan� par le temps et tout l�amour qui lui a �t� port�. SONNAZ C�est de toute beaut�. MICHELLE Merci. SONNAZ Autant le design que les finitions. MICHELLE C��tait le fauteuil de mon grand-p�re. Quand j��tais petite, je passais ma vie assise dedans, chez lui, � Leeds. Et maintenant, � chaque fois que je le vois, je pense � lui. Je l�ai r�cup�r� quand il nous a quitt�s, en . On dirait un fauteuil banal, mais il est charg� de tous les souvenirs qu�on a partag�s. Je passais toujours un bout de mes vacances d��t� l�-bas. SONNAZ Je vois. MICHELLE C��tait notre moment � nous. SONNAZ C�est beau. MICHELLE On faisait des b�tises en ville. SONNAZ J�adore. MICHELLE Mais surtout, on passait des heures dans son fauteuil, � papoter dans le salon. Et � boire des litres de th�. SONNAZ � vous �couter, j�imagine quelqu�un d�extraordinaire. MICHELLE C�est parce qu�il l��tait. Il �tait vraiment tr�s doux. SONNAZ Je vois. Donc quand vous posez les yeux sur ce fauteuil� MICHELLE �a fait remonter des souvenirs. Je vois mon papi, debout devant sa chemin�e, en train de faire craquer ses doigts. SONNAZ Oui. MICHELLE Et plein d�autres choses. SONNAZ Des souvenirs pr�cieux. MICHELLE Inestimables. SONNAZ Le fauteuil qu�il vous a laiss� date du mouvement Arts and Crafts, ce qui veut dire qu�il a �t� fabriqu� entre et . Ce motif ray� que vous voyez sur l�assise, c�est typique de la p�riode. C�est � la fois sobre et �l�gant. MICHELLE �a me pla�t bien. SONNAZ Et l� o� vous posiez vos bras, le bois est patin�. C�est magnifique. MICHELLE Oui. SONNAZ Un souvenir pareil, �a serait dommage de le faire dispara�tre. MICHELLE Oui. SONNAZ C�est bien trop pr�cieux. MICHELLE Oui. SONNAZ C�est le temps qui a fait son effet. MICHELLE C�est �a. SONNAZ Il porte la marque de tout ce qu�il a v�cu avec vous. MICHELLE Je l�adore tel quel, apr�s notre passage. �a ne serait pas vraiment lui, sans �a. SONNAZ Je vois. MICHELLE Mais il a clairement souffert du temps, surtout l�, en haut du dossier. Normalement, il y a des clous tout le long. SONNAZ D�accord. MICHELLE Il ne demande qu�� retrouver sa fra�cheur. SONNAZ Parfait. MICHELLE Il est triste et il se sent abandonn�. SONNAZ Je lui donnerai tout l�amour dont il a besoin. MICHELLE Merveilleux. SONNAZ Vous avez ma parole. MICHELLE Merci beaucoup. Je sais d�j� qu�au moment o� je m�assi�rai dedans, je me prendrai une vague d��motion d�un coup. �a sera enfin comme avant, quand j��tais avec mon papi. La premi�re fois, �a me donnera forc�ment envie qu�il soit l�, avec moi, seuls tous les deux contre le reste du monde. �a me ram�nera � ces soir�es d��t� dans son salon, et �a me rappellera � quel point c��tait doux. Il me manque toujours beaucoup. NARRATEUR Le mouvement Arts and Crafts s��tale de la fin du �me si�cle au d�but du �me si�cle. C�est un mouvement artistique r�formateur, qui s��l�ve en r�ponse � l�industrialisation croissante qui marque l��poque victorienne de l�Empire Britannique. On le reconna�t � son esth�tique simple et harmonieuse, tr�s pris�e des collectionneurs ces derni�res ann�es. JAY J�ai cru comprendre que c��tait un fauteuil important. SONNAZ Oui, c�est peu de le dire. JAY Donc j�imagine que tu vas faire un boulot incroyable. SONNAZ Comme d�habitude. JAY Voil�, comme toujours. C�est quoi, le plan�? SONNAZ C�est diff�rent des autres fois. On va pr�server son �me plut�t que de le r�nover pour en faire quelque chose de neuf. JAY Je vois. SONNAZ Michelle tient vraiment � retrouver son fauteuil, celui qu�elle partageait avec son papi. JAY Le m�me que dans ses souvenirs, rien d�autre. SONNAZ Exactement. JAY Et le coussin ? SONNAZ Alors, pour l�assise... Je vais te montrer �a. Visiblement, cette partie n�a jamais �t� remplac�e. C�est clairement la toile de jute d�origine. Et elle est us�e jusqu�� la corde. Tout ce que je sais, pour l�instant, c�est que c�est mont� sur ressorts. Tu les vois derri�re�? JAY Oui. SONNAZ Si je veux respecter la tradition, je n�ai qu�une option� remettre des ressorts pour le confort, poser un rembourrage en crin de cheval par-dessus, et tout refermer. Comme avant. JAY Donc tu choisis la tradition. C�est pile le choix que j�attendais de toi. SONNAZ Parce que c�est le bon. JAY Le seul. SONNAZ Voil�, je pr�f�re. Pas question de le remplir de mousse, �a serait irrespectueux. JAY Bonne chance. SONNAZ Merci. NARRATEUR Mais avant tout, Sonnaz doit arracher le tissu d�origine de son cadre. Elle r�alise tr�s vite qu�il �tait plus que temps que le fauteuil se retrouve entre ses mains. SONNAZ Tout est � deux doigts de se d�sagr�ger. Il suffit que je tire un peu pour que �a tombe en lambeaux. J�en reviens pas d�arracher de la toile de jute sans faire aucun effort, c�est la premi�re fois que �a m�arrive. Je d�teste cette partie. C�est la pire �tape de tout le processus. C�est sale, c�est chaotique, et on se met de la poussi�re partout. Et en plus, �a prend un temps fou. Maintenant que je m�en suis d�barrass�e, je vais pouvoir tout recommencer � z�ro. NARRATEUR Un nouveau client passe la porte de l�Atelier� Ian Matthews, militaire � la retraite, qui a un tr�sor de famille � confier � Steven Fletcher. STEVEN Ian ? IAN C�est moi. STEVEN Bonjour. Steve. IAN Enchant�. STEVEN Qu�est-ce que vous avez l�? IAN Une cravache. STEVEN Une cravache�? IAN Oui. STEVEN C�est la premi�re fois qu�on m�en am�ne une. �a m�a l�air tr�s int�ressant. Suzie�? SUZIE Oui. STEVEN Tu viens voir un truc deux secondes�? SUZIE J�arrive. NARRATEUR Steven va travailler sur ce projet avec sa s�ur Suzie, experte en cuir et fabricante de selles. SUZIE �a alors. Dites-moi, d�o� vous tenez cette cravache�? IAN Elle appartenait � mon grand-oncle. C�est son fr�re, donc mon grand-p�re, qui l�a r�cup�r�e, et qui me l�a l�gu�e. Depuis, elle est rest�e dans la famille, plus ou moins dans le m�me �tat que quand je l�ai re�ue. SUZIE Donc votre grand-oncle �tait un cavalier. IAN Oui, dans l�arm�e. SUZIE Un militaire, comme vous. IAN De l�artillerie royale. STEVEN Don c�est un objet de c�r�monie�? IAN C�est une r�compense. SUZIE Pour honorer qui, exactement ? IAN La personne responsable de l�aff�t de canon. Voil� mon grand-oncle en uniforme. STEVEN Je vois. C�est dans ce cadre qu�il l�utilisait. IAN C��tait � cette �poque, oui. SUZIE Vous auriez une id�e de l��ge qu�il avait�? IAN � son entr�e dans l�arm�e, il avait ans, presque . STEVEN Je vois quelque chose� de grav� sur la base. D.R. Matthews. SUZIE Et �A.C.� ? IAN A.G. SUZIE/STEVEN A.G. IAN Pour Albert George. SUZIE Je vois. STEVEN Et vous l�avez re�ue � quel �ge�? IAN ans. STEVEN D�accord. Et �a avait de la valeur pour vous, � l��poque�? IAN Pas des masses. STEVEN Je m�en doutais un peu. IAN C��tait plut�t� comme un jouet. STEVEN D�accord. IAN Pendant des ann�es. STEVEN Je vois. J�imagine que �a a chang� quand vous avez grandi et que vous avez r�alis� toute l�histoire qui se cachait derri�re. IAN J�ai fait l�arm�e, moi aussi, et �a m�a permis de prendre conscience de cet aspect-l�. SUZIE En tout cas, c�est un objet magnifique. Je peux comprendre que vous y soyez attach�. C�est une tr�s belle cravache. STEVEN En termes de restauration, qu�est-ce que tu as en t�te�? SUZIE J�enl�verais bien toute la partie ab�m�e, c�est-�-dire la poign�e en cuir que vous voyez l�, et je la remplacerais par du cuir de porc. C�est une mati�re connue pour �tre � la fois fine et r�sistante, �a serait parfait. Et Steven, tu pourrais peut-�tre t�occuper du nettoyage du m�tal. STEVEN C�est dans mes cordes. SUZIE Parfait. Est-ce que vous tenez � ce morceau de cuir sp�cifiquement�? IAN Non. SUZIE Dans ce cas, je vais pouvoir le remplacer par quelque chose de plus neuf, histoire de donner au tout une apparence bien propre. IAN Merci beaucoup. STEVEN Merci � vous. SUZIE � plus tard. IAN Quand j�ai re�u cette cravache, je n�avais que ans, et je jouais avec dans le jardin. J�ai pr�f�r� ne pas le pr�ciser, mais je l�utilisais pour chiper des pommes dans les arbres du voisin. Je n�avais pas conscience de l�objet que j�avais entre les mains. Aujourd�hui, je suis un peu anxieux de l�avoir confi� � quelqu�un d�autre. Mais j�ai vraiment h�te de voir le r�sultat. NARRATEUR Avant de laisser la cravache entre les mains de Suzie, Steven doit se d�brouiller pour retirer le pommeau en m�tal. SUZIE Tu m�as fait du caf� ? C�est mon mug, �a. STEVEN Oui, pardon. C�est du bon th� de colle. SUZIE D�licieux. Qu�est-ce que tu fais�? STEVEN Pour l�instant, je chauffe. Je me dis qu�il doit y avoir de la colle de sabot ou un truc du genre, l�-dedans, et la chaleur devrait la ramollir. SUZIE D�accord. STEVEN Et je devrais pouvoir le tirer. SUZIE Parfait. STEVEN Pour l�instant, �a bouge pas d�un pouce. Je vais peut-�tre devoir y aller � la flamme. SUZIE OK. STEVEN Une petite flamme tranquille, pour faire fondre tout �a. SUZIE Mais juste la colle, hein�? STEVEN Oui, t�inqui�te pas. Je vais y aller doucement, pas de b�tise. Par contre, �a va �tre chaud. Je veux bien un bout de cuir pour m�enrouler la main dedans� et �viter de me br�ler. SUZIE �a te va�? STEVEN Oui. Super. �a commence. SUZIE Ah oui. �a glisse tout seul. STEVEN Je tire � peine, c�est fou. C�est la chaleur qui fait tout. SUZIE C�est chaud�? STEVEN Tr�s. SUZIE �a fait m�lasse. STEVEN Oui. SUZIE Du caramel�! STEVEN C�est �a. Quand on voudra le remonter� On aura juste � rajouter un peu de colle de sabot. SUZIE Oui. STEVEN Une flamme et �a repart. SUZIE Oui. Parfait, on a d�j� tout notre plan d�action. NARRATEUR De son c�t�, Sonnaz s�appr�te � remonter le fauteuil de Michelle. Elle va commencer par choisir les ressorts, qui seront d�terminants autant pour la forme de l�assise que pour le confort de l�utilisateur. SONNAZ C�est un choix tr�s important. Les ressorts sont class�s en diff�rentes cat�gories, en fonction de s�ils sont plus ou moins fermes ou rebondissants. Tout ce qu�on a l�, c�est des ressorts de cat�gorie , ce qui veut dire qu�on a une certaine souplesse, et une fermet� plus limit�e. L�objectif ultime, c�est que ce fauteuil retrouve tout son confort, pas qu�il soit trop dur. Maintenant que j�ai plac� tous les ressorts dans le coussin, je vais les attacher. Il y a plusieurs choses � v�rifier� le n�ud ne doit pas bouger du tout, donc �a doit �tre bien serr�, et les �carts doivent �tre les m�mes � chaque fois pour �viter que les ressorts ne partent dans tous les sens. C�est la mani�re traditionnelle de faire. La le�on la plus importante, dans ce travail, c�est que chaque �tape peut avoir des r�percussions sur celle d�apr�s. Je n�ai pas le droit � l�erreur, donc je ne peux pas faire les choses � moiti�. Alors avant de passer � la suite, je v�rifie que tout est � sa place, bien droit, bien �gal, que mes n�uds tiennent, et caetera. NARRATEUR Une fois le probl�me des ressorts r�gl�, Sonnaz peut s�attaquer au rembourrage. SONNAZ Voil� � quoi ressemble l�int�rieur de mon assise, maintenant. Je l�ai fourr�e avec du crin de cheval, mais c�est une question de go�ts. Chaque tapissier a son rembourrage de pr�dilection. Ensuite, je vais coudre du calicot dessus pour couvrir le tout, et c�est seulement apr�s �a que je poserai le tissu que j�ai choisi pour l�ext�rieur. C�est une couche interm�diaire, et encore une fois, c�est un choix personnel. Je trouve que �a rend mieux comme �a, en g�n�ral. C�est vrai que �a peut para�tre beaucoup, en termes de temps, de r�flexion et d�effort, pour un simple rembourrage de fauteuil. On dirait que je perds beaucoup d��nergie sur des d�tails. Mais je tiens vraiment � ce que Michelle s�y sente aussi bien que possible. Vu ce qu�elle m�a racont� � propos de son grand-p�re, j�imagine qu�elle va y passer de longues heures, � penser � lui et � se perdre dans ses souvenirs. Donc je pense que �a vaut le coup de faire tout ce que je peux pour que �a soit absolument parfait, et qu�elle s�y sente vraiment bien. NARRATEUR Sonnaz replace le rembourrage dans le coussin et coud la couche de tissu interm�diaire. Il ne lui reste plus que la derni�re �tape, mais c�est aussi celle qui l�inqui�te le plus. SONNAZ Je suis tr�s nerveuse. Quand Michelle va retrouver son fauteuil, j�ai peur qu�elle n�aime pas le tissu que j�ai choisi. Elle a bien pr�cis� qu�elle ne voulait pas que �a soit trop diff�rent d�avant, donc je dois rester fid�le � ses souvenirs. Si j��tais partie sur quelque chose de flash, avec du bleu et du vert vif comme le tissu d�origine l��tait � la base, �a aurait fait trop neuf. Ce n�est pas ce que Michelle m�a demand�. � la base, il y avait aussi un tr�s joli cordon qui bordait l�assise du fauteuil. J�ai d�cid� de le remplacer par une version l�g�rement plus grosse, pour que la ressemblance avec l�original saute vraiment aux yeux, autant en termes de couleurs que de motif. Et c�est l�� Que les deux bouts se rejoignent. Une fois que le cordon a fait le tour de l�assise et qu�il est revenu au point de d�part, �a d�passe, ce n�est pas tr�s joli. Du coup, j�ai fait ce petit rabat pour cacher les extr�mit�s dedans. Et voil�, comme si de rien n��tait. Parfait. �a rentre pile poil, quel soulagement. Et c�est tr�s joli. J�esp�re juste que Michelle sera d�accord avec moi. NARRATEUR Deux nouveaux clients font leur entr�e � l�Atelier� Joanna Fay et son demi-fr�re, Julian Rowe. Ils ont un objet � confier � la c�ramiste Kirsten Ramsey. JULIAN Bonjour. Comment �a va�? KIRSTEN Tr�s bien. JULIAN Julian. KIRSTEN Kirsten. JOANNA Jojo. KIRSTEN Salut, Jojo. JULIAN Tu le sors de la bo�te�? JOANNA Et voil�. KIRSTEN Fascinant. JOANNA Il est beau, hein�? NARRATEUR Ce vase appartient � la maman de ans de Joanna et Julian, Patricia. JOANNA Allez-y. KIRSTEN Je vois qu�il est cass� au niveau de l�anse. C�est triste. JOANNA Oui, ma m�re l�a fait tomber en faisant la poussi�re. On a essay� de le r�parer nous-m�mes, mais sans grand succ�s. KIRSTEN Racontez-moi son histoire. JOANNA C��tait le vase de mon p�re. Il est mort beaucoup trop t�t. Dans une explosion de gaz tragique. Aujourd�hui, c�est le seul souvenir physique que j�ai de lui, il ne me reste rien d�autre. KIRSTEN Donc c�est pr�cieux. JOANNA Tr�s. KIRSTEN Oui. JOANNA On a tout perdu dans l�explosion. KIRSTEN Oh non. JOANNA Tout, sauf ce vase. KIRSTEN �a remonte � quand�? JOANNA � mes onze ans. KIRSTEN Je vois. JOANNA Voil� pourquoi on y tient autant. KIRSTEN Je comprends, oui. Vous avez des souvenirs en particulier�? JULIAN Il fait presque partie du buffet. KIRSTEN D�accord. JULIAN Il a toujours �t� l�. KIRSTEN Wouah. Il a �t� cass� et r�par� il y a longtemps, non�? JOANNA Effectivement. JULIAN ans. KIRSTEN D�accord. Et la propri�taire du vase, votre maman, elle sait qu�il est l�? JULIAN Oui. JOANNA Techniquement, oui. JULIAN Mais elle ne s�en souviendra pas quand on le ram�nera. Elle est atteinte de d�mence, avec perte de m�moire � court terme. KIRSTEN Je vois. JULIAN Mais elle se souviendra toujours du vase et de ce qu�il s�est pass�. KIRSTEN Oui. JULIAN Donc quand on le lui ram�nera, tout beau tout neuf, elle n�en reviendra pas. On sait d�j� qu�elle nagera dans le bonheur, pas vrai�? JOANNA Elle sera ravie. �a l�a d�truite quand elle l�a cass�. KIRSTEN Je comprends. Donc vous dites que c�est un objet important pour plusieurs personnes. JULIAN Oui. KIRSTEN De diff�rentes fa�ons. Quelle pression. C�est une grosse responsabilit� pour mes petites �paules. JOANNA Il n�y a qu�� vous qu�on fait confiance. JULIAN Personne d�autre. Ma m�re a eu le c�ur bris� quand elle l�a cass�, je m�en souviens comme si c��tait hier. JOANNA Ce n�est pas juste un objet, c�est le seul souvenir que j�ai de mon p�re. Il est beaucoup trop important � mes yeux. Je ne pouvais pas me r�soudre � l�abandonner. JULIAN On le fait pour toute la famille. NARRATEUR Ce pr�cieux vase a �t� fabriqu� � Budapest au milieu du �me si�cle, et con�u par Ignaz Fischer, connu pour son travail remarquable en poterie d�corative. JAY Dis donc, �a brille. �a m�a attir�. KIRSTEN T�es une vraie pie. JAY Exactement. KIRSTEN Oui. JAY Il sert � quoi, ce vase�? � mettre des bouquets de fleurs s�ch�es�? KIRSTEN Non, il est purement d�coratif. Il a ce fond couleur cr�me et ce travail en perc� typiques du vase en majolique hongrois. JAY Je peux toucher ? J�ai demand�, cette fois. KIRSTEN Sauf que tu l�as d�j� touch�. JAY C�est vrai�? KIRSTEN Oui. D�s que t�es arriv�. JAY Je perds pas de temps. KIRSTEN Moi qui croyais t�avoir �duqu�. JAY Jamais, on n��duque pas un rebelle. Il est cass� ici, c�est �a�? KIRSTEN Bien comme il faut. Il y a m�me un trou. JAY Un trou�? KIRSTEN Oui, juste ici. Il manque un bout. �a fait tout le tour. Et il y a d�autres fissures, l� et l�. Et encore l�. Partout o� mes yeux se posent, en fait. JAY Il y a du travail... Oui, je l�ai retouch�. NARRATEUR Nous retrouvons une Suzie aux prises avec la poign�e ab�m�e de sa cravache. JAY Alors, Suzie�? �a avance�? SUZIE Tu arrives pile au bon moment. J�allais juste commencer � enlever la colle. JAY Super. SUZIE Je vais retirer toute cette couche. JAY OK. JAY J�y crois pas, la colle a d�j� fondu ? SUZIE Oui, c�est l�effet colle de sabot. Donc je vais enlever tout le cuir, qui a bien souffert, et le remplacer par du cuir de porc. Je vais devoir le teindre de la m�me couleur que le reste. JAY Ils avaient fait pareil pour l�original�? On dirait pas la m�me couleur. SUZIE Oui, c��tait s�rement une teinte plus claire. JAY Je vois. SUZIE Et elle a encore d� s��claircir et se patiner avec le temps. Mais moi, je n�ai pas le temps, donc je vais reproduire cet effet avec la teinture. Tu vois la couture riquiqui, l�? JAY Oui, et j�ai aucune id�e de comment on proc�de. T�es en train de me dire que tu vas la refaire. Directement sur la tige. SUZIE Oui, c�est �a. JAY Mais comment ? SUZIE La tige va en s��paississant. Donc je dois faire attention � coudre parfaitement droit m�me si elle ne l�est pas. JAY OK mais je sais toujours pas comment. SUZIE C�est magique. JAY Ah oui�? SUZIE H� oui. JAY Je peux regarder ton spectacle de magie�? SUZIE Je t�en prie. JAY Super. SUZIE Mais �a risque de s��terniser. JAY Je sais que tu vas faire des merveilles. SUZIE C�est gentil, merci. JAY � plus tard. SUZIE Oui, �a marche. � plus tard. NARRATEUR Alors qu�elle d�fait le cuir us�, Suzie fait une d�couverte int�ressante. SUZIE Steve�? Tu viens voir ce que je viens de trouver�? STEVEN Qu�est-ce que c�est�? SUZIE Tu sais que je devais enlever le cuir ab�m�. STEVEN C�est pas vrai. SUZIE J�ai commenc� par la premi�re couche, et il y avait du papier en-dessous. Un bout est parti avec le cuir. Du coup, je vais gratter le reste� pour voir ce qui est �crit sur la feuille. L�, je lis ���curie��. STEVEN Oui. SUZIE �a va probablement �tre une histoire de gestion, si on part du principe que cette cravache a �t� fabriqu�e chez le sellier de l�arm�e. STEVEN Je vois. SUZIE Ils ont juste pris ce qui leur est tomb� sous la main. STEVEN Incroyable. SUZIE Oui. STEVEN Tiens-moi au courant� de ton avanc�e. SUZIE �a marche. STEVEN �a m�intrigue. SUZIE Moi aussi. NARRATEUR Mais cette t�che m�ticuleuse ne tient pas ses promesses� pas de secret militaire en vue. SUZIE Ici, c�est un proc�s-verbal d�assembl�e g�n�rale des copropri�taires. Et tout l�-haut, l��curie qu�on avait rep�r�e plus t�t, �a m�a tout l�air d��tre une simple publicit�, en fait. Regarde, il y a son nom qui est r�p�t� partout, ��Lemay��, je crois. STEVEN De la pub. Oui. SUZIE Oui. Je voulais que tu le voies avant de le recouvrir pour les cent prochaines ann�es. STEVEN T�en es o��? SUZIE Avant �a� J�ai plus qu�� tout astiquer. �a sera vite fait. Et une fois que c�est propre� STEVEN Oui. SUZIE Je pourrai poser le cuir. STEVEN Oui. SUZIE Et toi, tu peux t�occuper du pommeau. STEVEN Oui, d�ailleurs, il y a une fissure. SUZIE J�avais pas vu. STEVEN Elle est juste ici, je l�ai resserr�e. SUZIE Tant mieux. STEVEN Et je vais combler l�espace restant avec du m�tal. SUZIE Ah oui ! STEVEN Tu la vois ? SUZIE Oui. STEVEN �a, c�est juste le motif, mais l�, c�est �br�ch�. SUZIE D�accord. STEVEN Donc pour renforcer tout �a, je vais couler du m�tal dans la fissure, puis souder le tout. SUZIE Parfait. STEVEN On y est presque. SUZIE Je sais. NARRATEUR Pendant que Steve s�attelle � la t�che, Suzie se concentre sur le cuir qu�elle va poser sur la poign�e. Trou apr�s trou, elle le pr�pare pour son aiguille. SUZIE Je tire le fil d�un c�t� et je pousse l�aiguille de l�autre, parce qu�il ne faut surtout pas que �a s�emm�le. Sinon, je risque de d�chirer le cuir par accident. C�est un moment d�licat, donc je reste prudente et je prends mon temps. NARRATEUR La moindre erreur pourrait tout g�cher, et lui faire perdre son bout de cuir et des heures de travail. SUZIE L�avantage des pi�ces cousues � la main, c�est qu�elles sont d�une solidit� � toute �preuve. Quand il coud, un humain passe le fil d�un c�t�, le fait ressortir de l�autre, puis il recommence, et une fois la ligne termin�e, il peut m�me repasser par-dessus dans l�autre sens. Alors qu�avec une machine, les fils se rejoignent juste au milieu. NARRATEUR Une fois les ateliers couture et m�tallurgie termin�s, Steve et Suzie peuvent enfin recaler le pommeau sur la cravache. SUZIE �a y est, je suis pr�te. On peut le recoller. STEVEN C�est bien serr�? SUZIE Oui. STEVEN Je mets de la colle dedans. SUZIE Tr�s bien. Et on visse. Oui� Tr�s bien. Parfait. Et voil�. Super. STEVEN C�est magnifique. Bravo. SUZIE Merci beaucoup. STEVEN Et de l�autre c�t�? SUZIE Je vais accrocher cette petite languette. STEVEN Donc t�en as pour cinq minutes�? SUZIE � peu pr�s. C�est presque fini. STEVEN Super. NARRATEUR De l�autre c�t� de l�Atelier, l��il expert de Sonnaz a rep�r� quelque chose. Il semblerait que le fauteuil de Michelle lui r�serve encore quelques surprises� SONNAZ Pendant que je travaillais dessus, j�ai remarqu� quelque chose. Tout indique qu�il y avait un deuxi�me coussin, sur le dossier, � commencer par les clous dans les coins, l� o� il devait �tre attach�. Il y a aussi le fait que le dossier lui-m�me est en excellent �tat, et que �a d�note avec le reste du fauteuil. �a confirme ma th�orie. Et si �a ne suffisait pas, il y a des marques d�usure de chaque c�t�, l� o� le bois n��tait pas prot�g� par le coussin, �a fait une vraie d�marcation. Je pense que �a serait une gentille attention en plus, d�en refaire un pour qu�il retrouve sa place sur le dossier, l� o� il �tait � l��poque, chez le grand-p�re de Michelle. C�est la premi�re fois que je dois fixer un coussin � l�int�rieur d�un dossier de fauteuil, donc c�est une nouvelle exp�rience pour moi. J�aime bien tester des choses. Et j�aime beaucoup le r�sultat, ce contraste entre les diff�rentes mati�res, le cuivre, le velours, le bois. J�ai tellement h�te de voir la r�action de Michelle. Quand je l�imagine se nicher dans ce fauteuil et se rem�morer tous ses souvenirs avec son grand-p�re, �a me remplit de joie. Ils avaient l�air d�avoir une relation merveilleuse. Elle m�a racont� qu�il vivait � Vancouver, comme mon grand-p�re � moi. On �tait tr�s proches, tous les deux, et j�ai gard� des souvenirs tr�s doux des moments qu�on a pass�s ensemble, donc je n�ai aucun mal � comprendre le lien si fort qui unit Michelle � son fauteuil. Je donnerais tout pour avoir un objet comme celui-l� en souvenir de l�un de mes grands-parents, quelque chose de physique qui me rattache � eux. C�est un cadeau unique, incroyablement sp�cial et pr�cieux. �a y est. Le moment que j�ai attendu toute la journ�e� est enfin arriv�. C�est super. Parfait. NARRATEUR Michelle a confi� son fauteuil � l�Atelier apr�s des ann�es de tendresse et d�affection qui l�ont us� jusqu�� la corde. MICHELLE Je ne suis pas s�re de l�avoir d�j� vu en bon �tat, depuis le temps que je le connais. Donc �a risque de me surprendre. Mais j�ai du mal � contenir mon excitation. NARRATEUR Sa m�re, Cecile, est venue voir la transformation spectaculaire de ses propres yeux. CECILE C�est un objet tr�s sp�cial pour ma fille. Quand mon p�re nous a quitt�s, Michelle ne voulait qu�une chose, le fauteuil de papi. Et je pense qu�on n�est pas pr�tes pour ce qui nous attend, elle comme moi. Mais c�est un grand moment. MICHELLE Bonjour. SONNAZ Coucou. MICHELLE �a va�? SONNAZ Super, et vous�? MICHELLE Tr�s bien. Sonnaz, c�est ma maman. SONNAZ Vous vous rappelez � quoi il ressemblait quand vous l�avez amen�? MICHELLE Oui. Il �tait en bien triste �tat. Je l�avais laiss� d�p�rir. SONNAZ Je ne vais pas vous faire attendre plus longtemps. MICHELLE Je tr�pigne sur place. SONNAZ Vous �tes pr�tes�? MICHELLE %. CECILE Oui. C�est exactement le m�me. MICHELLE Pas vrai�? C�est fabuleux. CECILE Incroyable. MICHELLE Je retrouve le fauteuil de mon papi. Merci mille fois. J�en reviens pas. SONNAZ Avec plaisir. MICHELLE Regarde le cordon. Et le dossier, maman, c�est comme avant. CECILE Oui. SONNAZ J��tais terrifi�e � l�id�e que la couleur du tissu ne vous plaise pas. MICHELLE Vraiment ? SONNAZ Oui. CECILE Non, c�est pile ce qu�il fallait. SONNAZ Ce que je voulais en choisissant ce tissu, c�est qu�il fasse �cho � l�original. MICHELLE Oui. SONNAZ Pas que �a fasse neuf. CECILE Non. SONNAZ Vous m�avez dit que vous vouliez le remettre en forme, pas le changer. CECILE C�est �a. MICHELLE En le retrouvant comme �a, aussi fid�le � l�original, j�ai presque l�impression d��tre de retour dans le salon de mon grand-p�re. SONNAZ C�est des souvenirs tr�s pr�cieux. MICHELLE Oui. Et vous en avez pris un tel soin. Je ne sais pas comment vous remercier. SONNAZ Avec plaisir. �a a �t� une mission tr�s sp�ciale pour moi. Pendant tout ce temps, je pensais� MICHELLE Oh, Sonnaz. SONNAZ Pardon. MICHELLE �a vous touche beaucoup, on dirait. Je comprends. C�est toute cette histoire que je vous ai racont�e. SONNAZ Vous aviez une si belle relation avec votre grand-p�re. Et moi aussi, avec le mien. MICHELLE �a a fait remonter vos souvenirs � vous. SONNAZ C�est �a. MICHELLE Je comprends. J�aimerais tellement� que mon grand-p�re soit toujours l�. SONNAZ C�est juste que �a m�a �norm�ment touch�e, ce lien que vous avez avec lui, � travers cet objet qu�il vous a laiss�. MICHELLE Je sais. Merci mille fois. SONNAZ Avec plaisir. MICHELLE Je suis tellement reconnaissante. Au moment o� Sonnaz a d�voil� le fauteuil de mon grand-p�re, j�aurais tellement voulu sentir sa pr�sence � c�t� de moi. Quand on perd quelqu�un, �a laisse un trou dans notre vie qu�on ne peut jamais combler. Et voir Sonnaz si boulevers�e, si investie dans mon histoire, parce qu�elle la renvoie � sa propre relation avec son grand-p�re, c��tait tr�s �mouvant. Je voyais tr�s clairement � quel point elle s��tait attach�e au fauteuil, au-del� de la symbolique. C��tait incroyable. Elle a fait un travail absolument magnifique, j�ai encore du mal � y croire. Je suis tellement contente de lui avoir fait confiance. NARRATEUR Notre c�ramiste, Kirsten, va s�attaquer aux pr�c�dentes r�parations du vase hongrois. KIRSTEN Il a d�j� �t� retouch�, mais si je me souviens bien, c��tait il y a une trentaine d�ann�es. Du coup, avant m�me de pouvoir r�parer quoi que ce soit, je vais devoir commencer par d�faire tout �a, bien nettoyer les pi�ces, et esp�rer qu�il ne manque que des mini bouts. Si tout se passe bien, au bout de ce processus, je pourrai tout r�assembler. NARRATEUR Faire c�der une vieille colle qui fait son travail depuis des dizaines d�ann�es, ce n�est pas une partie de plaisir. Kirsten va devoir faire preuve d�ing�niosit�. JAY Qu�est-ce qu�on a l�? KIRSTEN Mon vase. J�ai un peu du mal � le d�sassembler. Tu te souviens de la vieille colle jaune qu�il y avait partout�? Pour l�instant, j�ai essay� de la dissoudre � l�ac�tone. J�esp�rais que �a la ramollirait un peu, mais �a a �t� un �chec. JAY A�e. KIRSTEN Maintenant, je passe � l�alcool � br�ler industriel. JAY Je vois. KIRSTEN C�est plus prometteur. �a commence � ramollir. JAY Bient�t le vase en deux parties. NARRATEUR C�est le moment de v�rit�. KIRSTEN Incroyable. C�est super. �a a march� du tonnerre, regarde. JAY Ah oui�? KIRSTEN Oui. �a a permis de d�tacher toute cette partie cass�e, qui �tait � l�arri�re du vase. Et �a a bien ramolli la colle. JAY Oui. KIRSTEN Je vais pouvoir l�enlever sans probl�me. JAY Super. KIRSTEN Maintenant que j�ai r�ussi � d�passer �a, tout devrait aller comme sur des roulettes. NARRATEUR Maintenant qu�elle a d�construit le vase, Kirsten va pouvoir le reconstruire� En commen�ant par le n�ud du probl�me. KIRSTEN Fixer une anse, c�est extr�mement difficile. Il faut la tenir en �quilibre et tenir bien droit sans trembler. C�est par �a que j�ai d�cid� de commencer. J�ai pr�par� les morceaux. Je vais utiliser une colle compatible avec la fa�ence, c�est un mat�riau sp�cial et je ne veux pas avoir de probl�me. OK. C�est l� que �a se complique. NARRATEUR Kirsten doit aligner les pi�ces, les coller et les tenir � leur place simultan�ment, tout �a avant que la colle ait eu le temps de s�cher, et avec seulement deux mains. KIRSTEN C�est un moment tr�s d�licat. Je mets juste un point de colle au centre de la pi�ce que je vais fixer, parce que je sais qu�on a tendance � en mettre beaucoup trop. Et apr�s, �a d�borde. Je retiens mon souffle. C�est vraiment bancal. NARRATEUR Kirsten s�autorise un petit coup de pouce de modernit�, et parvient avec un bon scotch � redonner sa forme � ce vase de ans. Mais elle ne prend pas de risques. KIRSTEN Je ne suis pas encore pr�te � l�cher. Je tiens tout en place avec mes mains et avec le scotch. Pas d�effondrement de derni�re minute. NARRATEUR Il est temps de v�rifier si la colle a bien fait son travail. KIRSTEN C�est bon, �a m�a l�air bien stable et solide. C�est un vrai soulagement. Oui, je suis satisfaite. Maintenant, je passe � l�enduit. Celui que j�ai choisi est vraiment pratique, parce qu�il s�che tr�s rapidement. Un autre avantage de cette �tape, c�est que l�enduit va aussi renforcer la structure du vase� en colmatant tous les petits trous. C�est un sacr� boulot. NARRATEUR Le vase est en une seule pi�ce, et Kirsten a enduit et ponc� son �uvre. Elle peut maintenant se concentrer sur la partie d�coration. KIRSTEN Il y a tellement de styles diff�rents pour une seule pi�ce. C�est un m�lange tr�s int�ressant, on retrouve � la fois des rappels du style satsuma, et des touches qui �voqueraient presque un style islamique. Donc pour bien faire mon travail, j�observe tout �a attentivement et j�essaie d�imiter ce que je vois. J�aime beaucoup faire des petites retouches. Je mets ma pancarte ��laissez-moi tranquille�� et je disparais. NARRATEUR Kirsten n�est pas la seule � �tre absorb�e par son travail. Concentr�e depuis des heures sur sa cravache, Suzie voit enfin le bout du tunnel. SUZIE C�est la derni�re �tape. J�attache ma nouvelle claquette en cuir au bout, � la place de la pr�c�dente. C��tait d�j� un remplacement de l�originale, mais elle �tait quand m�me ab�m�e. Je l�ai d�abord coll�e � la tige, puis j�ai fait tenir avec du ruban adh�sif, et maintenant, j�enroule le tout dans du fil de lin que j�ai cir� juste avant. Je serre bien fort mon fil � chaque tour, et puis je le fais remonter. C�est pas si simple avec cette cravache, parce qu�elle n�est pas tout-�-fait droite. Donc en la faisant tourner sous mon bras, je sens qu�il y a un moment o� �a me rentre dans la peau. Une cravache ancienne, c�est tr�s diff�rent d�une cravache moderne. Je fais tout pour marcher dans les pas de la personne qui l�a fabriqu�e. Je veux que la tradition� continue de vivre � travers moi. Je passe le fil dans la boucle� Je resserre bien de chaque c�t� pour l�emprisonner� Et voil�. J�ai plus qu�� couper le bout� Et � figer le tout avec de la colle ou du vernis. Et c�est parti pour durer de nombreuses ann�es. NARRATEUR Ian est de retour, et il a h�te de voir ce qu�il est advenu de la cravache qu�il utilisait il y a si longtemps pour chiper des pommes dans l�arbre du voisin. IAN Elle �tait vraiment dans un �tat lamentable. Je l�ai utilis�e comme jouet pendant des ann�es, et j�ai vraiment envie de voir � quoi elle ressemblait avant, de voir l�objet tel qu�il �tait quand il a �t� fabriqu�, pour sa fonction, pour que ma famille et moi puissions vraiment comprendre. Parce que je pense que quand je l�ai amen� � l�Atelier, �a n�avait plus grand-chose � voir. Salut, Suzie. SUZIE Bienvenue, Ian. IAN Merci. SUZIE Venez, j�ai quelque chose pour vous. IAN J�esp�re bien. SUZIE Vous vous souvenez de l�avant�? IAN Oui, malheureusement. SUZIE Tr�s bien. Voil� l�apr�s. J�ai remplac� tout le cuir de la poign�e, qui �tait bien amoch�. IAN Oui. SUZIE Et vous vous souvenez de la br�che qui �tait juste l�? IAN Oui. SUZIE C�est Steve qui a gentiment r�gl� le probl�me pour nous. Et j�ai aussi chang� le bout, je vous ai mis une nouvelle languette en cuir. J�ai tout cousu � la main, donc j�y voyais un peu flou, � la fin. IAN C�est superbe. SUZIE J�esp�re que vous la mettrez � l�honneur, maintenant. IAN Oui, je lui ai pr�vu une place de choix dans mon salon. Avec des photos de mon grand-oncle, et des copies de ses m�dailles, quand j�aurai r�ussi � les obtenir. SUZIE Un autel en l�honneur d�Albert George. IAN C�est l�id�e. Cette cravache est le seul souvenir tangible qu�on a de cette g�n�ration de la famille. C�est un objet qu�on peut tenir. SUZIE Exactement. IAN En sachant qu�il l�a tenu avant nous. SUZIE Oui. IAN Il y a presque cent ans. SUZIE Gr�ce � vous, son souvenir reste en vie. IAN Ma famille �tait ravie de l�id�e. SUZIE Super. IAN C�est difficile � d�crire, cette �motion qu�on ressent en touchant un tel objet, en sachant qu�il appartenait � notre anc�tre, et qu�il est maintenant � nous. Il est pass� entre nos mains � tous les deux, c�est fascinant. NARRATEUR De retour dans les contr�es de la c�ramique, le dur labeur de Kirsten touche � sa fin. Elle peint quelques derniers d�tails d�licats et m�lange des poudres couleur bronze et or dans son vernis transparent pour unifier le tout. JAY �a y est, c�est termin�? KIRSTEN Oui. JAY Attends, mais t�as fait quoi�? C�est o��? KIRSTEN Alors� JAY C�est un compliment. KIRSTEN Merci. JAY Je ne vois plus les d�fauts, donc c�est r�ussi. KIRSTEN Merci. JAY C�est bluffant. Julian et Joanna ne vont pas en revenir. Vraiment. KIRSTEN Je sais que leur maman est tr�s proche de ce vase �motionnellement, et qu�elle a souffert d��tre loin de lui pendant que je travaillais dessus. Ils doivent avoir h�te de le lui rendre. JAY Tu as fait un travail incroyable. KIRSTEN Merci, Jay. NARRATEUR Gr�ce � Kirsten, ce vase de collection a retrouv� une apparence tr�s proche de l�original. Elle a effac� toute trace des derni�res r�parations b�cl�es, et imit� � merveille les incroyables d�tails d�coratifs qui l�ornent. L�heure a sonn� de rendre cette pi�ce bien-aim�e et tous les souvenirs qu�elle contient � leur propri�taire, Patricia. Joanna n�est pas l�, c�est donc son demi-fr�re Julian qui se charge de cette livraison sp�ciale. JULIAN On est tous surexcit�s. Ma m�re va enfin revoir son vase ador� comme il �tait au tout d�but, apr�s plus de trente ans � le voir tout triste et rafistol�. Elle sentait qu�on lui cachait quelque chose, mais elle ne savait pas quoi. Jusqu�� aujourd�hui. Coucou maman. PATRICIA C�est quoi, �a�? JULIAN Une surprise pour toi. Tu te souviens, cet �t�, quand tu m�as cri� dessus parce que j�avais pris ton vase�? PATRICIA Quoi�? JULIAN Je vais �tre honn�te avec toi, je n�ai pas encore vu le r�sultat. Mais j�esp�re, j�esp�re tellement fort. On va regarder �a ensemble. PATRICIA Mon Juju. JULIAN Le voil�. PATRICIA Mon vase�! JULIAN Prends-le. PATRICIA J�ai peur de le toucher. JULIAN Mais non, vas-y. PATRICIA Julian, c�est parfait. JULIAN T�es contente�? PATRICIA Bien plus que �a, Julian, tu n�imagines pas. Je suis submerg�e de bonheur. C�est merveilleux, tout simplement. Merci, du fond du c�ur. JULIAN Avec grand plaisir, maman. PATRICIA Merci pour ce cadeau fabuleux, mon ch�ri. JULIAN Je t�aime. PATRICIA Je t�aime aussi. Quelle attention adorable de votre part. Jojo n�est pas l�, mais tu sais que ce vase est le seul souvenir qu�elle a de son p�re. C�est la derni�re chose qui la rattache � son souvenir. Elle gardera un lien avec lui tant qu�elle pourra le toucher, le voir, le sentir � travers ce vase. Ils ont fait un travail inou�. J�en crois pas mes yeux. T�as pas int�r�t � le l�cher. JULIAN Promis, je le tiens bien. PATRICIA Tu vas le poser�? Il en aura v�cu, des aventures. JULIAN Ici�? PATRICIA Oui, c�est parfait. Merci, mon ch�ri. NARRATEUR Retrouvez-nous dans le prochain �pisode, o� nous sauverons d�autres objets abandonn�s� WILL Il n�est pas en tr�s bon �tat. On dirait qu�il a �t� balanc� dans les escaliers. NARRATEUR Et r�veillerons des souvenirs endormis� � l�Atelier.