DONALD_HENDERSON DRUIN_BURCH ERIC_SIDEBOTTOM JOSEPH_LOMBARDINO MICHAEL_MOSLEY THOMAS_FRIEDEN WALTER_SNEADER MICHAEL MOSLEY Le samedi 14 décembre 1799, George Washington, l'un des pères fondateurs des États-Unis d'Amérique, est mourant. Quelques jours plus tôt, il a fait une balade à cheval par un temps froid et humide, qui a déclenché un mal de gorge. Le samedi matin, il dit à son épouse : « Je me sens bien malade. » MICHAEL MOSLEY Quelques heures plus tard, ses médecins personnels arrivent. Ce sont les meilleurs du pays, la fine fleur de la profession. Les suggestions ne manquent pas, quant à la cause de sa maladie. Ses humeurs étaient déséquilibrées, à moins qu'il ait respiré des miasmes, ces airs nocifs. MICHAEL MOSLEY Les médecins lui administrent le traitement médical standard pour quelqu'un d'aussi gravement malade que lui. MICHAEL MOSLEY Ils saisissent un couteau, trouvent une veine et le saignent à plusieurs reprises. Ils lui prélèvent ainsi plus de quatre pintes de sang. MICHAEL MOSLEY Quand arrive le soir, Washington est de plus en plus faible. Il dit à ses médecins : « Je me meurs mais je n'ai pas peur de partir. » Plus tard, dans la soirée, mourra le premier président des États-Unis. MICHAEL MOSLEY Washington est sûrement mort d'une simple infection. À la fin du XVIIIe siècle, que l'on soit indigent ou président, cela ne fait aucune différence. On ne peut compter que sur des remèdes de grand-mère. Mais cela est sur le point de changer. De l'autre côté de l'Atlantique, de nouvelles idées commencent à s'imposer aux esprits les plus moyenâgeux. Cette émission raconte la quête de substances réellement efficaces. Des médicaments qui permettent d'éliminer la douleur. MICHAEL MOSLEY C'est tellement étrange de faire ça ! MICHAEL MOSLEY Des poisons d'origine naturelle dont on peut tirer avantage. DRUIN BURCH Tous les poisons sont des médicaments potentiels. MICHAEL MOSLEY Dans ce numéro, je vais raconter l'extraordinaire histoire de ceux qui ont combattu un ennemi armé jusqu'aux dents, plus dévastateur que tout ce qu'on peut imaginer. ERIC SIDEBOTTOM Les gens mouraient à cause d'infections comme la fièvre puerpérale. Les femmes mouraient après avoir accouché. WALTER SNEADER Durant la Première guerre mondiale, il y a eu plus de soldats morts à cause d'une plaie infectée que frappés par les tirs ennemis. MICHAEL MOSLEY Voici comme nous sommes arrivés à contre-attaquer, et ainsi, à changer le cours de l'histoire de l'humanité. MICHAEL MOSLEY Ce bâtiment renferme parmi les plus grands fléaux jamais réunis en un seul endroit... Cette bactérie est responsable de la peste. La chair meurt, se décompose, alors que vous êtes encore vivant... Au XIVe siècle, la peste noire décime un quart de la population européenne... Il y a également la tuberculose, cet assassin qui tue à petit feu... Il crée des abcès suintants aux poumons. Le poète John Keats, les trois sœurs Brontë et Chopin font partie des artistes qui en ont été victimes. MICHAEL MOSLEY Voici aussi la gangrène, causée par des infections bactériennes tapies dans la saleté des munitions, des scalpels et des salles d'accouchements... Certaines bactéries n'ont même pas besoin d'une plaie pour pénétrer votre corps. Elles sont déjà là, à attendre patiemment... Elles attendent que nos défenses faiblissent, puis elles attaquent. C'est certainement ce qu'il s'est produit pour George Washington. Mais ses médecins vous auraient sûrement rit au visage si vous leur aviez dit que c'est une vie microscopique qui le tuaient. Ils s'accrochaient encore à des théories héritées de la Grèce antique. WALTER SNEADER Ils pensaient que les maladies étaient dues à un déséquilibre des humeurs. Si vous aviez de la fièvre, c'était à cause d'un excès de glycémie. C'est ce qui rendait les joues rouges. MICHAEL MOSLEY Alors pourquoi cela a-t-il changé ? Comment avons-nous traqué, piégé, détruit et isolé nos ennemis ? Pendant la deuxième moitié du XIXe siècle, deux scientifiques européens vont démontrer que c'est tout un univers de microbes invisibles qui nous rend malades. C'est la théorie des germes. Quand le chimiste français Louis Pasteur observe dans son microscope un vin au goût aigre, il y voit des colonies de microbes. Il en conclut que ce doit être eux qui gâtent le vin. MICHAEL MOSLEY Puis, dans l'Allemagne des années 1870, un médecin nommé Robert Koch décide d'aller encore plus loin. Il veut prouver que les bactéries sont responsables des maladies chez les êtres vivants... Avec l'aide d'un boucher du coin, il met la main sur des organes appartenant à un animal mort du charbon, une maladie courante chez les moutons, au XIXe siècle. MICHAEL MOSLEY Il a donc de la matière animale infectée que lui a donnée le boucher. Il en prélève un échantillon, qu'il étale sur une lame. Puis il observe dans le microscope. Si l'on sait si précisément ce qu'il y a vu, c'est parce qu'il l'a dessiné. Voici ses croquis originaux. Ces petites particules qui ressemblent à des graines, ce sont les bacilles du charbon. C'est très malin, mais ce qu'il lui faut à présent prouver, c'est que c'est bien cette bactérie qui a tué l'animal. Mais comment va-t-il se débrouiller ? MICHAEL MOSLEY Pour cela, Koch prélève la bactérie sur cette viande infectée et l'injecte dans les yeux de l'animal, où elle prolifère, dans cette substance gélatineuse épaisse. Quand il en obtient une dose mortelle, il injecte délibérément dans une souris la bactérie qui a proliféré dans l'œil, et il attend. La souris meurt, et avec elle, la théorie des miasmes, cette idiotie ancestrale qui veut que ce soit disant mauvais air soit la cause des infections. Ce n'est pas l'air qui a tué la souris, mais bien une bactérie. MICHAEL MOSLEY La théorie des miasmes est remplacée par la théorie des germes, et un nouveau regard est porté sur la maladie. Quand des bactéries hostile envahissent un organisme vivant, elles se multiplient rapidement, produisent des toxines et des enzymes qui empoisonnent et détruisent les tissus qui les entourent. Si les défenses naturelles du corps sont dépassées, cela peut même entraîner la mort. DRUIN BURCH Le rôle de Koch a été crucial car il a découvert les micro-organismes responsables de ces maladies, mais aussi parce qu'il a généré un véritable engouement. La médecine allait enfin pouvoir aborder les problèmes face auxquels l'humanité était impuissante, et ce depuis notre apparition sur cette planète. MICHAEL MOSLEY À la fin du XIXe siècle, Pasteur et Koch sont, à eux deux, parvenus à identifier un grand nombre des microbes responsables des pires maladies. Du charbon à la fièvre typhoïde, en passant par le choléra et la tuberculose. MICHAEL MOSLEY Mais ce qu'il nous manque encore, c'est un médicament permettant de traiter l'infection de manière sûre et fiable. La solution va venir d'une source des plus inattendues. MICHAEL MOSLEY Et un traitement serait le bienvenu... À l'aube du XXe siècle, certaines maladies associées au Moyen-Âge font encore rage. La syphilis, par exemple. Depuis des siècles, les médecins utilisent du mercure pour la soigner, mais comme c'est un élément extrêmement toxique, il a tendance à tuer les patients. C'est alors dans ce manoir de Francfort qu'un scientifique nommé Paul Ehrlich entreprend de trouver un traitement sûr et efficace contre la syphilis. C'est un défi de taille, mais pour lui, c'est une véritable obsession. WALTER SNEADER Paul Ehrlich a étudié la médecine au début des années 1870, mais il passe beaucoup plus de temps dans son laboratoire que dans la clinique où il est censé exercer. MICHAEL MOSLEY Entre autre, Ehrlich manipule des colorants artificiels. Le premier a été découvert en 1856, et très vite, les gens ne jurent plus que par la teinture. MICHAEL MOSLEY Sa couleur favorite est le bleu de méthylène, et c'est avec celle-ci qu'il va faire une découverte remarquable, grâce à laquelle il finira par passer à la postérité. DRUIN BURCH Ehrlich nous a montré comment, grâce à des colorants, il était possible d'éclairer ce monde si secret. Un simple microscope ne nous permet pas de le voir. Le seul moyen d'en observer le fonctionnement, c'est de les teinter à l'aide de colorants. WALTER SNEADER Il passe un temps fou à manipuler et à colorer des morceaux de tissu biologique. MICHAEL MOSLEY Quand Ehrlich vers une goutte de bleu de méthylène sur un tissu infecté de bactéries, il remarque une chose incroyable : seule la bactérie est teintée de bleu, pas le tissu qui l'entoure. DRUIN BURCH Pour mettre en évidence ces microbes, il faut la teinte exacte. Mais une fois obtenue, et ces bactéries apparaissent sous vos yeux, avec des couleurs incroyables. MICHAEL MOSLEY Qu'un colorant artificiel teinte telle bactérie et pas une autre, c'est déjà remarquable. Mais c'est ce que Ehrlich va faire par la suite qui est réellement révolutionnaire. DRUIN BURCH Après avoir noté que certains composés sont toxiques, il se demande s'il ne pourrait pas créer une toxicité ciblée. Ainsi, on peut donner à un patient un composé qui détruit ce qui le rend malade tout en le laissant indemne. S'inspirant du folklore allemand, il parle alors de « munitions magiques ». C'est ce qu'on essaie encore de faire aujourd'hui. MICHAEL MOSLEY Nombreux sont ceux qui pensent qu'Ehrlich perd son temps. Mais il reste convaincu que ces « munitions magiques » existent et qu'il les découvrira. Au départ, il tente de trouver un remède à la maladie du sommeil. Mais avec l'aide de son assistant japonais, Sahachiro Hata, il décide d'étudier un pathogène bien plus courant en Allemagne, dont les porteurs peuvent être affreusement défigurés : la syphilis. MICHAEL MOSLEY Le stade final de la syphilis est effroyable : paralysie, folie, puis vient la mort. Il n'existe, à l'époque, aucun remède, et le seul traitement, le mercure provoque la chute des cheveux et des dents, avant de détruire intégralement le système nerveux. MICHAEL MOSLEY Ehrlich espère trouver une munition magique qui sera plus ciblée, empoisonnera la bactérie, mais pas le reste du corps. MICHAEL MOSLEY Il pense que l'arsenic peut être efficace contre la syphilis. L'arsenic est connu pour sa toxicité, mais le chimiste allemand en a réalisé des centaines de composés différents. Ehrlich demande donc à son assistant Hata de les tester les uns après les autres, en espérant que parmi eux, se trouve celui qui sera efficace et sans danger. MICHAEL MOSLEY Hata a trouvé un moyen d'inoculer la syphilis à des lapins. Il lui incombe ensuite de tester les composés d'arsenic les uns après les autres... Certains composés tuent la bactérie ET le lapin. D'autres ne tuent aucun des deux. Hata teste des centaines et des centaines de composés et finit par en trouver qui sort du lot. MICHAEL MOSLEY Le composé 606 a tué la bactérie, mais surtout, il a laissé indemne ce pauvre lapin. Voilà la munition magique qu'ils attendaient. DRUIN BURCH Le salvarsan, ou 606, prouve que Ehrlich avait raison. Ces composés existaient, ils étaient là. Pour les trouver, il suffisait simplement de les analyser méthodiquement. Cela a démontré la puissance d'un criblage méthodique d'un grand nombre de composés. Il aura fallu enchaîner 606 composés ! MICHAEL MOSLEY C'est dans ce bâtiment-même, il y a 100 ans, que grâce à une combinaison de chance, de logique et de persévérance, ils finissent par trouver un remède à la syphilis, une maladie qui a détruit la vie de millions de personnes. MICHAEL MOSLEY Dans les années 1920, le salvaran est devenu le médicament le plus demandé, surtout par les hommes. Mais Ehrlich, qui espérait que ce n'était que le premier d'une longue lignée de « munitions magiques », va être déçu. On ne pouvait toujours rien contre les infections causées par des blessures infimes. ERIC SIDEBOTTOM Les gens mouraient à cause d'infections comme la fièvre puerpérale. Les femmes mouraient après avoir accouché. MICHAEL MOSLEY Les dortoirs d'hôpital sont des lieux épouvantables, remplis de malades, de mourants et de cas désespérés. ERIC SIDEBOTTOM Il y avait des malades souffrant de graves infections chroniques. Ils y passaient parfois des semaines, avec des bassines sous leur lit pour drainer le pus qui coulaient de leurs abcès ou de plaies infectées. MICHAEL MOSLEY Le nettoyage des plaies remplies de pus était le seul moyen pour les médecins, ou plutôt les infirmières, de combattre l'infection. Le pus est composé de débris laissés par les globules blancs de notre système immunitaire lorsque ils combattent les bactéries venues nous envahir. Mais il peut aussi devenir un nid douillet pour les bactéries, et donc une constante source de réinfection. En drainant le pus, les médecins cherchent à empêcher les infections d'atteindre le sang, car si cela arrive, il y a alors peu d'espoir de guérison. MICHAEL MOSLEY La moitié de ceux qui seront admis dans ce genre de dortoirs n'en sortiront pas vivants. Mais cela va changer grâce à la découverte accidentelle, en 1928, d'une moisissure aux propriétés antibactériennes remarquables, la pénicilline. MICHAEL MOSLEY Beaucoup d'entre vous ont appris à l'école que c'est à Alexander Fleming que nous devons la pénicilline. Ce n'est qu'en partie vrai. ERIC SIDEBOTTOM Alexander Fleming était originaire d'Écosse. C'était un étudiant brillant qui a remporté une bourse pour l'école médicale de Saint Mary's Hospital où il a fait toutes ses études. S'il est resté là-bas, c'est parce que c'était un grand sportif. Il était particulièrement bon tireur et l'équipe de tir le réclamait. MICHAEL MOSLEY Quand il ne tire pas, Fleming passe le plus clair de son temps au laboratoire à étudier des staphylocoques, des bactéries souvent présentes sur la peau. MICHAEL MOSLEY Au mois d'août 1928, Fleming part en vacances. À son retour, il examine des boîtes de Petri dans lesquelles il a déposé des bactéries. Il remarque une chose étrange. MICHAEL MOSLEY Une moisissure s'est invitée. MICHAEL MOSLEY Normalement, les bactéries fabriquent de nouvelles parois cellulaires avant de se diviser. Mais la moisissure a produit une substance qui empêche la construction de ces parois cellulaires. Les bactéries sont incapables de se diviser et finissent par éclater comme des ballons. Fleming a eu de la chance. Il est possible que la pénicilline soit venue par les airs depuis un laboratoire adjacent qui étudiait les moisissures. Mais contrairement à la légende, il n'ira pas au bout de son incroyable découverte. ERIC SIDEBOTTOM Il ne se rendait pas bien compte. Dans son premier article à ce sujet, il a remarqué très succinctement que l'on pourrait peut-être en injecter dans des foyers infectieux, mais il ne l'a jamais fait. Il n'y a donné aucune suite. Pour moi, il a un sens de l'observation aigu, mais ce n'est pas le génie pour lequel on a voulu le faire passer. MICHAEL MOSLEY En outre, c'est un orateur sans aucun talent, incapable de captiver son auditoire. Voilà pourquoi la moisissure la plus salvatrice que le monde ait jamais connue attendra dans la pénombre pendant bien des années. MICHAEL MOSLEY Elle y restera jusqu'en 1938 quand des chercheurs du département de pathologie d'Oxford redécouvrent la pénicilline. À l'origine une curiosité médicale, ils feront d'elle un médicament qui sauvera un nombre inimaginable de vies. MICHAEL MOSLEY Les nuages noirs de la Seconde guerre mondiale commencent à assombrir l'Europe, vingt ans après la fin de la Grande Guerre. WALTER SNEADER Durant la Première guerre mondiale, il y a eu plus de soldats morts à cause d'une plaie infectée que frappés par les tirs ennemis. MICHAEL MOSLEY En Allemagne, des scientifiques ont découvert les propriétés antibactériennes des sulfamidés. En prévision du carnage à venir, une petite équipe se réunit à Oxford pour trouver un bactéricide britannique. MICHAEL MOSLEY L'équipe est tombée sur l'article de Fleming concernant la pénicilline, et le hasard faisant bien les choses, cette moisissure est présente dans le bâtiment. L'équipe, composée de trois personnages très différents, est dirigée par un docteur australien au caractère bien trempé, Howard Florey. Voici son bureau. ERIC SIDEBOTTOM Florey était un excellent chef d'équipe, très doué dans la conception des expériences. C'est lui qui a monté son équipe et a su trouver les talents nécessaires. MICHAEL MOSLEY Il a recruté deux assistants que tout oppose : Ernst Chain, un réfugié juif nerveux qui a fui les nazis, et Norman Heatley, un marin enthousiaste venu du Suffolk. ERIC SIDEBOTTOM À l'origine, Chain avait fait ses études à Berlin. C'était un biochimiste qui jouissait d'une excellente réputation. Heatley était expert en microtechnique. Il était doué pour fabriquer du matériel rien qu'avec des bouts de bois et des morceaux de caoutchouc. MICHAEL MOSLEY En 1939, la guerre éclate en Europe. Les soldats britanniques blessés meurent en France, et la pression monte pour l'équipe d'Oxford. Il faut qu'ils apportent des réponses. Malheureusement, la pénicilline n'est pas simple à cultiver, et encore moins à purifier. Contrairement à Fleming, l'équipe de Florey est parvenue à en extraire l'ingrédient actif. Après l'avoir testée sur des bactéries, il faut à présent la tester sur une créature vivante. MICHAEL MOSLEY Dans ce laboratoire, en mai 1940, ils réalisent leur première expérience vraiment importante. Ils se procurent huit souris et leur injectent une dose mortelle de streptocoque, une bactérie tueuse. Puis ils injectent de la pénicilline à quatre de ces souris et attendent de voir le résultat. Norman Heatley a tenu un journal. Voici ce qu'il a écrit. « Je suis resté au laboratoire jusqu'à 3 heures 45. À ce moment-là, les quatre animaux témoins étaient déjà morts. Cependant, ceux à qui l'on avait administré de la pénicilline étaient toujours vivants. » Heatley est conscient de l'ampleur de cet événement, puisqu'il écrit ensuite : « J'ai vu que j'avais mis mon slip à l'envers. C'était bon signe. » MICHAEL MOSLEY Florey, lui, ne cache pas sa joie. Pour lui, ça a tout l'air d'un miracle. On peut comprendre sa réaction. Jamais un bactéricide aussi efficace n'avait si peu provoqué d'effets secondaires. Mais à présent, l'équipe doit trouver un moyen d'en produire suffisamment pour pouvoir la tester sur l'homme. ERIC SIDEBOTTOM Florey déclare que les humains sont 3 000 fois plus gros que les souris. Il va donc leur falloir 3 000 fois plus de pénicilline que ce qu'ils avaient. MICHAEL MOSLEY Alors, pendant l'été 1940, tandis que l'Allemagne prend le dessus sur la France et que le Royaume-Uni craint d'être envahi, tout le département de pathologie d'Oxford est réquisitionné pour fabriquer de la pénicilline, grâce, notamment, à des bassins hygiéniques. MICHAEL MOSLEY Tenter de fabriquer de grosses quantités de pénicilline dans ce bâtiment, en temps de guerre et avec très peu de moyens, est un véritable cauchemar. Avec quel matériel vont-ils pouvoir le faire ? Il va falloir improviser. WALTER SNEADER Ils se rendent compte qu'ils peuvent cultiver de la pénicilline dans des bassins hygiéniques. ERIC SIDEBOTTOM C'est fait de bric et de broc. Il y a une baignoire, des pots à lait, une vieille étagère, qui vient, apparemment, de la bibliothèque Bodléienne, et ça avance vite. MICHAEL MOSLEY En février 1941, ils pensent avoir suffisamment de pénicilline pour soigner leur premier patient. À quelques mètres du laboratoire, dans l'hôpital local, un homme lutte pour sa survie... Tout a commencé cinq mois plus tôt. MICHAEL MOSLEY Albert Alexander, un agent de police de 43 ans, fait du jardinage lorsqu'une épine de rose lui égratigne le côté du visage. Enfin, c'est ce que l'on a dit. MICHAEL MOSLEY Quelle qu'en soit la cause, cette blessure est très vite gravement infectée, et Albert se retrouve dans l'un de ces effrayants dortoirs d'hôpital. MICHAEL MOSLEY Voici Albert, un beau jeune homme en bonne santé, et là, voici Albert à l'hôpital. Il ne ressemble plus à rien. Son œil gauche a disparu, il est couvert d'abcès et ses poumons sont remplis d'une matière purulente. Cet instrument draine le pus qui sort de son œil droit. Il n'a plus qu'un seul espoir, la pénicilline. MICHAEL MOSLEY Le 11 février 1941, Albert reçoit sa première dose... Florey et son équipe le surveillent en permanence, en attente de la moindre amélioration. ERIC SIDEBOTTOM Il commence à se rétablir de manière spectaculaire. Sa température baisse, il se met à manger, je crois même qu'il sort du lit. Il va beaucoup mieux. MICHAEL MOSLEY Indubitablement, la pénicilline fait effet, ce qui est formidable. Malheureusement, ils n'en ont pas suffisamment. En désespoir de cause, ils récupèrent son urine et en extraient la pénicilline que son corps n'a pas utilisée. Malheureusement, il est trop tard. Un mois après le début de son traitement, Albert Alexander décède. MICHAEL MOSLEY Aussi triste soit la mort d'Albert, son spectaculaire rétablissement initial suggère que la pénicilline pourrait être le remède miracle dont a besoin le pays. Mais il faut veiller à ce qu'elle ne se retrouve pas entre les mains des Allemands. MICHAEL MOSLEY La pénicilline est exceptionnelle, mais le contexte l'est tout autant. Le Royaume-Uni craint sérieusement d'être envahi. Si c'est le cas, ils devront détruire tout leur travail plutôt que de le laisser tomber entre les mains de l'ennemi. Ils enduisent donc l'intérieur de leur veste de spores. ERIC SIDEBOTTOM Si jamais ils doivent fuir Oxford, ils pourront prendre la moisissure avec eux et recommencer leurs travaux. Cela montre bien à quel point ils prenaient au sérieux ce qu'ils faisaient. DRUIN BURCH Ils sont convaincus que leur découverte est tellement importante qu'elle pourrait changer le cours de la Seconde guerre mondiale. MICHAEL MOSLEY Mais si, au bout d'un mois de travail, ils n'ont même pas obtenu suffisamment de pénicilline pour sauver un seul homme, alors ils ne peuvent pas aller bien loin. ERIC SIDEBOTTOM C'est là que Florey se rend compte de l'importance d'augmenter la production. Mais il ne peut pas faire appel à l'industrie pharmaceutique britannique. Elle contribue déjà pleinement à l'effort de guerre. Alors, bon gré, mal gré, il décide de se rendre aux États-Unis. MICHAEL MOSLEY En juillet 1941, Florey et Heatley arrivent à New York, avec à la main, une serviette contenant la pénicilline. À la douane, ils déclarent être venus pour raison médicale... Avec l'aide de l'institut Rockefeller, Florey et Heatley, ils intègrent la plus grosse entreprise pharmaceutique du pays qui, contrairement à son homologue britannique, prend rapidement conscience du potentiel de ce produit. JOSEPH LOMBARDINO La guerre entraînait des blessures, qui causaient des infections, qui, à leur tour, causait la mort. La pénicilline était très clairement la solution. Mais allait-on pouvoir en fournir à temps, et en quantité suffisante ? MICHAEL MOSLEY Ils se retrouvent avec trois problèmes à résoudre. Tout d'abord, ils doivent trouver dans quoi la moisissure peut se multiplier. Puis il leur faut trouver une souche de pénicilline plus puissante. Enfin, ils doivent améliorer les méthodes de production. Le premier problème est vite résolu, car il s'avère que la pénicilline adore ce liquide : le sirop de maïs, sucré et visqueux. Elle l'aime presque autant que nous, et heureusement, les Américains en ont en quantité énormes. Mais les deux autres problèmes sont un peu plus délicats. MICHAEL MOSLEY Le problème de la pénicilline qu'ils utilisent, c'est qu'elle a encore pour base la moisissure originelle de Fleming. Peut-être existe-t-il des moisissures plus puissantes qui pourraient donner encore plus de pénicilline. Une recherche est menée à l'échelle mondiale, et des échantillons de moisissure provenant de la planète entière sont envoyés aux laboratoires américains grâce à l'armée... Les scientifiques travaillent sans relâche, mais aucun ne donne les résultats espérés. Une souche plus puissante n'existe peut-être tout simplement pas. MICHAEL MOSLEY Mais là, l'inattendu se produit. Apparemment, une femme nommée Mary Hunt, qui travaille pour le ministère de l'Agriculture américain, a pris l'habitude de se balader au milieu des marchés au fruits, non pas à la recherche de produits frais, mais d'un fruit bien pourri. Un beau jour, elle tombe sur ça : un melon moisi. Les chercheurs décident de le tester, et ils se rendent compte que c'est une source de pénicilline extrêmement puissante. À tel point que pendant toute une période, c'est la source de pratiquement toute la pénicilline du monde entier. MICHAEL MOSLEY Mais malgré ces progrès, les méthodes de production sont encore trop peu efficaces, et en 1943, il a été cultivé tout juste assez de pénicilline pour soigner uniquement quelques chanceux. JOSEPH LOMBARDINO La technique standard était d'utiliser des récipients larges. Comme on ne produisait qu'une seule couche de moisissure à chaque fois, les résultats étaient minimes. MICHAEL MOSLEY Et la demande de pénicilline n'a jamais été aussi urgente. Le débarquement des troupes alliées en Normandie est prévu pour dans quelques mois. Les pertes s'annoncent colossales. DRUIN BURCH La pénicilline était le deuxième projet prioritaire de l'armée américaine, après le projet Manhattan, l'armement nucléaire. MICHAEL MOSLEY C'est alors qu'entre en scène une petite entreprise pharmaceutique basée dans cet immeuble de Brooklyn, Pfizer. Aujourd'hui, Pfizer est plus connu pour son médicament luttant contre les troubles de l'érection, le viagra. Mais à l'époque, ils produisaient de l'acide citrique, utilisé dans les boissons gazeuses. Comme tout le monde, ils se sont rendu compte qu'il est trop fastidieux de cultiver la pénicilline uniquement à la surface d'un liquide. Il faut parvenir à la cultiver dans tout le liquide. Malheureusement, la pénicilline a besoin d'oxygène pour grandir. Alors ils proposent une solution qui, ils l'espèrent, devrait fonctionner. JOSEPH LOMBARDINO L'oxygénation s'effectue grâce à un tube que l'on plonge dans le liquide, et qui souffle de l'air. Mais il ne faut en mettre ni trop ni trop peu. Il faut donc trouver quelle est la quantité exacte nécessaire. MICHAEL MOSLEY Rien ne garantit que cette technique va fonctionner. Mais l'entreprise choisit de prendre ce risque. À cause des pénuries causées par la guerre, il leur faut convertir une ancienne fabrique de blocs de glace de Brooklyn, ils mettent la main sur une chaudière dans l'Indiana et un monte-charge à Long Island... À deux petits mois du débarquement, ils installent quatorze cuves à fermentation géants. Puis ils ajoutent le sirop de maïs et la moisissure de melon, avant d'introduire l'air. MICHAEL MOSLEY Les résultats sont spectaculaires. Très vite, ils produisent cinq fois plus de pénicilline qu'originalement prévu. En juin 1944, pour le débarquement en Normandie, il y a suffisamment de pénicilline pour chaque soldat blessé, et elle est produite en majorité ici même, dans l'usine Pfizer de Brooklyn. DRUIN BURCH La pénicilline a eu une influence considérable sur l'issue de la Seconde guerre mondiale. MICHAEL MOSLEY Pour les soldats alliés, fini les hospitalisations interminables pour cause d'infections. En quelques semaines beaucoup d'entre eux peuvent retourner au front, un fusil à la main. Les cas plus graves, eux, ne sont plus condamnés par ces blessures. MICHAEL MOSLEY L'espoir renaît, et l'on comprend aisément pourquoi. Ces images montrent une petite fille sauvée d'une mort certaine, qui retrouve le sourire en quelques jours. MICHAEL MOSLEY Jamais plus une épine de rose ou une petite coupure n'entraînera une mort abominable. Tout a commencé avec Alexander Fleming et son coup de chance, mais sans Florey et l'équipe d'Oxford, combien de temps aurait-il fallu pour faire de cette moisissure un traitement sûr et efficace ? ERIC SIDEBOTTOM Pour moi, le travail de l'équipe de Florey, et particulièrement Florey, Chain et Heatley, a entraîné l'une des plus grandes avancées médicales du XXe siècle, et nous a offert un nouveau regard sur le traitement des maladies infectieuses. MICHAEL MOSLEY La pénicilline va annoncer le début de l'ère des antibiotiques. De nouveaux antibiotiques vont être découverts, rendant ainsi soignable ce qui était incurable. Ce qui pouvait autrefois vous être fatal n'est plus qu'une maladie bénigne. 10.34.00 10.34.01 DRUIN BURCH Avant les antibiotiques, avant la pénicilline, nous vivions dans un monde où l'on pouvait être jeune et en bonne santé un jour, attraper un rhume le lendemain et mourir avant la fin de la semaine. MICHAEL MOSLEY Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous semblons avoir le dessus sur les germes. Mais la bataille contre les bactéries ne représentent qu'une portion de notre combat contre les infections. Les antibiotiques, aussi spectaculaires soient-ils, ne peuvent rien contre les virus. Et à bien des égards, les virus représentent un défi encore plus considérable. MICHAEL MOSLEY Il y a encore un peu plus d'un siècle, personne ne connaissait l'existence des virus. Ce n'est que dans les années 1930, avec l'invention du microscope électronique, qu'il devient possible de les observer. MICHAEL MOSLEY Les virus sont jusqu'à cent fois plus petits que les bactéries, et sont, en apparence, beaucoup plus simples. Ce ne sont que des petits bouts de matériel génétique entourés d'une coque de protéines. Ce sont les entités biologiques les plus nombreuses sur cette terre. Ils sont capables d'infecter des animaux, des plantes, et même des bactéries. Mais ils ne peuvent exister seuls. Il leur faut envahir une cellule vivante et la reprogrammer, pour pouvoir se répliquer. MICHAEL MOSLEY De nombreux scientifiques ne considèrent pas les virus comme des créatures vivantes, mais ils n'en sont pas moins dangereux pour autant. MICHAEL MOSLEY Voici le virus de la grippe. Passé maître dans l'art du camouflage, il est capable de tromper notre système immunitaire en se transformant constamment. Celui-ci, en particulier, a provoqué une hécatombe sur un laps de temps particulièrement court. C'est le virus de la grippe espagnole. Entre 1918 et 1920, on estime qu'il a tué 50 millions de personnes, soit cinq fois plus que la Première guerre mondiale n'a fait de victimes. Voici également la polio, qui frappe le système nerveux et s'attaque principalement aux plus jeunes. Des poumons d'acier était nécessaires car les victimes de polio les plus touchées ne peuvent respirer par elles-mêmes. MICHAEL MOSLEY Mais il y a ici, aux Centres pour le contrôle et la prévention des maladies d'Atlanta, un virus qui a tué plus qu'aucun autre, et ce, de manière particulièrement effroyable. Il a tué des empereurs japonais et des rois d'Europe. Il a décimé 90 % des Aztèques et a entraîné la chute de leur empire. Il est responsable de la mort d'au moins 300 millions de personnes rien qu'au XXe siècle. C'est évidemment la variole. DONALD HENDERSON L'histoire de la variole remonte à au moins 3 500 ans. C'est le virus le plus dévastateur que l'humanité ait connu. Le taux de mortalité des personnes infectées était d'environ 30 %. MICHAEL MOSLEY Le virus de la variole est détenu dans un laboratoire de type P4, au niveau de sécurité maximal. Je ne suis pas autorisé à aller au delà. Mais étant donné les horreurs qu'a causées cette maladie, je n'ai aucune envie de m'en approcher de plus près. MICHAEL MOSLEY Ceux qui ont eu le malheur d'attraper cette maladie qui se propage par l'air étaient souvent affreusement défigurés et souffraient le martyre. DONALD HENDERSON Cela commence avec des tout petits boutons, puis l'individu se retrouve couvert de ces lésions pustuleuses, surtout au visage, aux bras et aux jambes, mais aucune partie du corps n'était épargnée. Dans la bouche et sur la langue, aussi, ce qui les empêchait de boire. On ne pouvait rien faire pour soulager la douleur. MICHAEL MOSLEY Aucun traitement n'existe, et les antibiotiques n'ont aucun effet contre elle. La variole est un cauchemar. MICHAEL MOSLEY Mais heureusement, ce cauchemar est aujourd'hui terminé. La variole est la première maladie de l'histoire de l'humanité que nous sommes parvenus à éradiquer. Mais comment se débarrasse-toi d'un monstre qu'on ne peut tuer ? MICHAEL MOSLEY Comme avec Pasteur et Koch, c'est à la campagne que se trouve la réponse. Tout commence plus d'un siècle avant la découverte des virus. MICHAEL MOSLEY Dans sa jeunesse, Edward Jenner, un médecin anglais du XVIIIe siècle entend une laitière se vanter que jamais elle n'attrapera la variole car elle a auparavant contracté la vaccine. MICHAEL MOSLEY La vaccine est une forme bénigne de la variole. Les symptômes incluent des pustules et des ampoules sur les mains. Jenner n'est pas le premier médecin à observer qu'il se pourrait que la vaccine protège de la variole. Mais si tous les honneurs lui reviennent, c'est grâce à son expérience cruciale. Expérience qui, aujourd'hui, serait considérée comme contraire à l'éthique, lui vaudrait d'être radiée et de finir derrière les barreaux. MICHAEL MOSLEY Jenner prend un petit garçon de 8 ans nommé James Phipps et lui inocule délibérément la vaccine. La fièvre monte chez le garçon. Alors Jenner saisit un scalpel, lui taillade le bras, puis il y frotte du pus appartenant à une victime de la variole. Je me demande ce qu'il a bien pu raconter au garçon ou au père de celui-ci, mais Jenner devait savoir que si l'expérience échouait, le garçon deviendrait aveugle et mourrait dans d'atroces souffrances. MICHAEL MOSLEY Heureusement, la laitière n'a pas menti. La vaccine immunise bien contre la variole, et jusqu'à preuve du contraire, James vivra heureux, pendant encore longtemps... Jenner appellera sa découverte la vaccination, du latin vacca, la vache. Elle repose sur un seul principe. MICHAEL MOSLEY Le vaccin aide notre système immunitaire à se préparer à l'invasion d'un agent infectieux en particulier. En quelque sorte, il nous donne un avant-goût de l'envahisseur et permet à notre système immunitaire d'adapter sa défense. Un vaccin fait en sorte que si le corps se trouve infecté, il sera prêt à fabriquer autant d'anticorps que nécessaire. Notre arsenal médical s'agrandit un peu plus, mais surtout, Jenner vient de rallumer une flamme. DRUIN BURCH Ils savaient qu'il serait possible de changer le monde. Alors que nous étions impuissants face à la maladie, désormais, nous pourrions nous défendre. Nous avions pris le dessus et nous allions pouvoir les tenir à distance. MICHAEL MOSLEY Jenner aurait été bien déçu d'apprendre que plus de 150 ans après son expérience, la variole sévit encore. Elle tue et mutile dans plus de 60 pays. DONALD HENDERSON Il y avait chaque année 10 millions de cas dans le monde, dont 2 millions de décès. Très clairement, le problème n'était pas réglé. MICHAEL MOSLEY En 1966, l'Organisation mondiale de la santé crée une unité spéciale. Sa mission : l'éradication totale de la variole en moins de 10 ans, ou, comme ils l'appellent, l'objectif zéro. Mais elle a failli ne jamais voir le jour. DONALD HENDERSON C'est passé de justesse. Ça s'est joué à deux voix. MICHAEL MOSLEY L'équipe est dirigée par Donald Henderson, un épidémiologiste. Mais même lui a de sérieux doutes. DONALD HENDERSON En théorie, oui, on peut stopper une maladie dans un grand nombre de pays, à l'échelle planétaire. MICHAEL MOSLEY Mais peut-on vraiment mettre un terme à une maladie aussi répandue? Peut-on réellement vacciner chaque personne sur terre ? MICHAEL MOSLEY De nombreux scientifiques pensent que c'est impossible. C'est un projet trop compliqué à mettre en œuvre. Encore un joli rêve utopique issu des années 60 qui se soldera par un échec. DONALD HENDERSON Les gens croient qu'il faut vacciner tout le monde, mais c'est faux. Il ne faut pas oublier que la variole se transmet d'une personne à une autre. L'idée, c'était donc de constituer une équipe. Il fallait se rendre dans les zones où se trouvaient les cas et vacciner les personnes qui se trouvaient tout autour. On allait ainsi créer des barrières qui empêcheraient la variole de se propager. MICHAEL MOSLEY L'équipe de Henderson se rend dans les endroits les plus reculés de la planète pour trouver des cas de variole avant qu'ils ne se propagent. MICHAEL MOSLEY Pour réussir, Henderson sait qu'il est crucial de coopérer avec les autochtones. DONALD HENDERSON De véritables liens de camaraderie se sont tissés entre tous les gens. Nous avons eu en tout près de 800 personnes qui ont œuvré à un moment ou un autre. Ils venaient de pays différents et ont tout plaqué. Ils ont laissé leur famille et se sont rendus sur le terrain, dans les pires endroits imaginables. J'ai le privilège d'avoir fait partie de cette armée. Ce sont eux les vrais héros. MICHAEL MOSLEY Au milieu des années 1970, la victoire est à portée de main. La variole n'existe plus que dans quelques foyers isolés. Mais l'équipe sait que si une épidémie se déclare, alors leur travail n'aura servi à rien. MICHAEL MOSLEY En octobre 1977, l'équipe réagit au signalement d'un cas de variole dans la ville portuaire de Merka, en Somalie. À leur arrivée, ils rencontrent Ali Maalin, 23 ans, qui souffre de la maladie. Il est immédiatement isolé, et tous ceux qui ont été en contact avec lui depuis l'apparition de la variole sont localisés et vaccinés. Ils attendent dans l'angoisse l'annonce d'un nouveau cas, mais cela n'arrivera pas. Ali Maalin est la dernière victime de la variole au monde. Et il y a survécu. MICHAEL MOSLEY En un peu plus de dix ans seulement et contre toute attente, Henderson et son équipe ont atteint l'objectif zéro. DONALD HENDERSON L'éradication de la variole a été salué comme un véritable triomphe. Soudain, il y a eu des récompenses, une reconnaissance... C'était un moment décisif. Avec ce programme international, nous nous étions fixé un objectif, avec des délais à respecter, et nous avons réussi. MICHAEL MOSLEY Je pense sincèrement que l'éradication de la variole est l'une des plus grandes réussites que l'humanité ait accomplies. Encore plus que d'avoir mis un homme sur la lune ou d'avoir fissionné l'atome. C'est un triomphe de la science et de la coopération internationale. MICHAEL MOSLEY Mais si la maladie a été éradiquée, ce n'est pas le cas du virus. THOMAS FRIEDEN Les États-Unis et la Russie possèdent les deux seuls laboratoires autorisés par l'Organisation mondiale de la santé à détenir le virus de la variole. Si nous avons fait ça c'est parce que si elle doit revenir, alors nous l'attendons de pied ferme. MICHAEL MOSLEY Mais certains craignent qu'un pays mal-intentionné ou un terroriste mette la main sur le virus et s'en serve en tant qu'arme biologique... Henderson est convaincu que nous avons déjà extrait tout ce qui peut nous être utile de l'ADN du virus pour combattre un retour potentiel de la maladie. Selon lui, il est trop risqué de conserver quelque chose d'aussi dangereux. DONALD HENDERSON Depuis 1995, ma position est très claire. Nous devons détruire le virus. MICHAEL MOSLEY Quoi qu'il en soit, l'éradication de la variole a été le catalyseur de quelque chose de bien plus grand. DONALD HENDERSON Elle a ouvert la voie à d'autres campagnes d'immunisation massives, avec d'autres vaccins. Et ça a donné ce que beaucoup appellent « l'ère de la vaccination. » THOMAS FRIEDEN Mieux vaut prévenir que guérir. Les vaccins sont de puissants outils. Nous continuons d'en créer de nouveaux, toujours plus forts, pour lutter contre les maladies, que ce soit l'hépatite C, le papillomavirus humain, la rougeole ou la polio. WALTER SNEADER À l'époque victorienne, avant l'existence des vaccins, le taux de mortalité infantile était faramineux. C'était en grande partie dû aux infections. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas parce que les bébés sont immunisés. THOMAS FRIEDEN L'espérance de vie a augmenté, les maladies infectieuses sont en mauvaise posture, mais si nous baissons la garde, alors nous courons un grave danger. MICHAEL MOSLEY Quand George Washington meurt en 1799, dans de nombreuses villes occidentales, l'espérance de vie est d'environ 35 ans. Aujourd'hui, elle a plus que doublé. Depuis deux siècles, une combinaison d'analyses précises, d'obstination et de pur hasard a permis à la science d'identifier les microbes qui causent les infections et de les combattre avec des antibiotiques et des vaccins. Les bactéries et les virus ont battu en retraite... Pour l'instant. DRUIN BURCH Il est devenu très rare de mourir à un très jeune âge. MICHAEL MOSLEY Mais les maladies ne se sont pas encore avoué vaincues. Dans ce monde mobile et de plus en plus peuplé, nous sommes de plus en plus vulnérables face aux pandémies. DONALD HENDERSON Nous sommes sous la menace d'agents provenant des forêts tropicales ou de fièvres hémorragiques virales telles que l'ébola ou le marburg. S'ils se propageaient, ils pourrait faire des ravages. MICHAEL MOSLEY Et il y a un danger bien réel, celui d'un virus de la grippe qui peut muter pour devenir encore plus dangereux. THOMAS FRIEDEN Les agents pathogènes évoluent. Des gènes s'échangent entre le porc, l'oiseau et l'homme. On peut se retrouver avec une situation aussi grave que la pandémie de 1980. MICHAEL MOSLEY Et avec l'arrivée de bactérie résistant aux antibiotiques, nos munitions magiques risquent de tirer à blanc. WALTER SNEADER Je crois que c'est l'un des plus gros problèmes auxquels va faire face la médecine. MICHAEL MOSLEY Certains croient que si l'on ne prend pas garde, nous pourrions retourner au Moyen-Âge, où les opérations, les accouchements et les blessures les plus bénignes entraînaient une mort dans d'atroces souffrances. Je ne le crois pas. Nos connaissances sont trop vastes et nous apprenons en permanence. Partout dans le monde, dans les laboratoires, des scientifiques séquencent des agents pathogènes, surveillent la moindre épidémie et cherchent de nouveaux moyens de combattre les maladies infectieuses. Je suis optimiste. MICHAEL MOSLEY Je pense que grâce à ce que nous avons appris ces 200 dernières années, nous sommes bien placés pour affronter les armées de microbes à venir.