DAVID HOWARD JENNIFER JOHN KRYSTAL NARRATEUR RAYMOND REBECCA STAN WILLIAM NARRATEUR Derrière chaque enquête, se cache une histoire. Derrière chaque procès, se cache la vérité. Voici la justice à l’américaine. [voir ] HOWARD Quelqu’un de violent, de presque obsédé a fait effraction dans ma communauté et s’en est pris à un de mes gamins. JENNIFER Ça ne pouvait pas être April. [voir ] REBECCA On avait l’impression de voir l’innocence même sauvagement attaquée. WILLIAM On s’est retrouvé sans aucune preuve. Aucune trace d’ADN, aucune empreinte digitale. [voir ] RAYMOND  Je n’ai pas cessé de me demander si j’étais en face du tueur. [voir ] WILLIAM C’est son téléphone qui nous a raconté son meurtre DAVID C’était un vrai cauchemar, je ne souhaite ça à personne. NARRATEUR Nous sommes en plein été, dans le petit village d’Armada, dans le Michigan. April Millsap, 14 ans, s’apprête à sortir promener le chien de la famille, Penny. DAVID April et Penny étaient inséparables, elles étaient meilleures amies. J’allais partir travailler, et April m’a dit qu’elle allait se promener avec Penny. « D’accord, amuse-toi bien », je ne vois pas ce que j’aurais pu dire d’autre. JENNIFER C’était une journée ni bonne ni mauvaise, c’était une journée comme une autre. NARRATEUR April promenait souvent Penny sur le Macomb Orchard Trail, une piste cyclable très fréquentée qui traverse Armada. En ce jour d’été, le soleil est encore haut dans le ciel. JENNIFER Elle est sortie vers 5h, 5h et demi. NARRATEUR Près de deux heures plus tard, April n’est toujours pas rentrée. JENNIFER J’ai essayé de l’appeler, mais ça sonnait dans le vide. NARRATEUR Les textos de Jennifer restent également sans réponse. JENNIFER J’ai commencé à me dire qu’il y avait un problème. HOWARD Un jeune couple qui se promenait sur le chemin croise le chien, manifestement très agité, qui court un peu partout. Intrigué par le comportement du chien, le monsieur regarde dans le sous-bois et aperçoit un corps sans vie. NARRATEUR Quelques minutes plus tard, la police arrive sur place. HOWARD J’arrive sur les lieux du crime, et dans le sous-bois, il y a un fossé. D’un côté du fossé, il y a une petite chaussure en toile blanche, et de l’autre côté du fossé, une deuxième chaussure. La jeune fille a l’air d’une toute jeune adolescente. Son buste avait été dénudé, son short et sa culotte baissés sur ses chevilles. Il y avait une violente trace de semelle de chaussure en forme de chevrons qui courait sur sa mâchoire et son cou. C’était pas beau à voir. NARRATEUR Cela faisait 41 ans qu’Armada n’avait pas connu d’homicide. Et soudain, ce village de 1 700 âmes se trouve frappé par un meurtre abominable. HOWARD En tant que chef de la police, je comprends que quelqu’un de violent, peut-être un obsédé, a fait effraction dans ma communauté et s’en est pris à un de mes gamins. Il est donc de mon devoir de retrouver cette personne et de la faire condamner. NARRATEUR Aucun élément ne permet d’identifier la jeune victime, et on ne retrouve pas de téléphone portable. Tandis que la police ratisse les lieux, le chien est emmené dans un refuge pour essayer de retrouver sur lui des traces d’ADN. HOWARD Alors que nous étions en train de nous mettre en relation avec différents services, on voit arriver sur la scène de crime une mère avec un jeune homme. Elle nous dit que sa fille a disparu. NARRATEUR Cette femme, c’est Jennifer Millsap. Elle dit à la police qu’elle et le petit-ami de sa fille sont à la recherche d’April. HOWARD Sa fille était sortie promener le chien, Penny. Elle nous décrit son chien, sa fille, les vêtements qu’elle portait. Il nous apparaît que le chien qu’on avait retrouvé était Penny, et que le corps était celui d’April Millsap, 14 ans. NARRATEUR Comme dans tout début d’affaire, les enquêteurs ne donnent aucun détail quant à la scène de crime ou à la victime. HOWARD Nous ne souhaitions pas divulguer d’informations avant d’avoir pu d’interroger ces personnes. Nous avons conduit la mère et le petit-ami au poste de police, et nous avons commencé à réunir les éléments. JENNIFER Tout ce qu’on savait, c’est que la police avait trouvé quelque chose. DAVID J’étais au travail, Jennifer m’appelle, et elle est dans tous ses états. Je ne comprends pas grand-chose, les seuls mots que je comprends sont « April », « disparue » et « police ». Je vais au poste de police et ils me disent d’attendre dehors, parce que pour l’instant, ils ne veulent pas qu’on se croise. NARRATEUR Arrivée au poste, Jennifer dépose un signalement pour disparition de personne. Elle dit à la police qu’en voyant qu’April ne rentrait pas, elle a appelé Austin, le petit-ami de sa fille. Celui-ci lui a dit qu’il n’avait pas vu April de la journée, mais qu’il avait reçu un étrange texto de sa part à 18h28. Le texto disait : « Je crois que j’ai failli me faire kidnapper ». JENNIFER Comme ils s’étaient un peu brouillés, il n’avait pas pris au sérieux son texto, jusqu’à ce que je lui dise qu’April n’était pas rentrée. NARRATEUR De son côté, la police commence à interroger Austin, 15 ans. Il livre aux enquêteurs un récit similaire. HOWARD Selon le petit-ami, April et lui s’étaient un peu disputés, une petite querelle d’amoureux, et depuis, il l’ignorait. On avait un peu de mal à comprendre comment le petit-ami avait pu recevoir ce message sans essayer de savoir où elle était, ou ce qui lui était arrivé. Il nous a dit qu’il était avec ses amis au cimetière, ce que ses amis ont confirmé. Ils ont également dit qu’ils étaient allés dans un fast-food à Richmond, Michigan. NARRATEUR Le témoignage d’Austin devra être vérifié. C’est un suspect potentiel, mais on l’autorise à rentrer chez lui. Pendant ce temps, le beau-père d’April est devant le poste de police, et attend. DAVID Je suis dans ma voiture, j’écoute la radio, et aux infos, on parle en boucle d’une jeune fille qui a été retrouvée sur le chemin. Mais ça ne fait pas tilt, c’est seulement trois quart d’heure plus tard que je me rends compte qu’on est en train de parler d’April. Mais ils ne donnent pas son prénom, ils parlent juste d’une jeune fille. J’étais un peu, comment dire, sonné ? C’était horrible. Elle avait 6 ans quand je l’ai rencontrée, elle était adorable. On faisait du cerf-volant, on jouait dans le jardin, avec les chiens, on s’amusait à faire de la mini-moto. Elle adorait les animaux, c’était la seule petite fille que je connaisse qui aimait jouer avec les insectes, les araignées, les serpents. Quand je lui montrais une grenouille, elle allait l’attraper. Je l’adorais, et le fait d’attendre sans savoir ce qui s’était passé, c’était l’enfer. NARRATEUR Les enquêteurs demandent au beau-père d’April où il se trouvait dans l’après-midi. David le leur dit, et la police a la confirmation qu’il était bien au travail. Quand il peut enfin voir Jennifer, il ne lui dit pas ce qu’il a entendu aux infos. DAVID Les policiers m’ont demandé de ne rien dire à Jennifer, ils voulaient le lui dire eux-mêmes. Même moi, j’avais du mal à y croire. Ce n’était pas possible. HOWARD Même si ça faisait peu de doute que c’était bien April que nous avions retrouvée sur le Macomb Orchard Trail, il fallait qu’on en sache plus. JENNIFER On est resté là-bas presque toute la nuit, on sentait que c’était grave. NARRATEUR Le lendemain matin à 8h, les parents d’April peuvent enfin rentrer. Très vite, ils reçoivent une visite du FBI. DAVID Quand elle nous a montré une photo, je me suis complètement effondré. Ça a été le pire moment de ma vie. JENNIFER J’ai l’impression de vivre un cauchemar éveillé, quand je me dis qu’elle ne reviendra jamais. NARRATEUR Tandis que la nouvelle de ce drame continue à se répandre, des policiers arrivent en renfort à Armada. En une nuit, ce village jusqu’ici tranquille et sans histoire a basculé dans l’inquiétude et l’angoisse. HOWARD Les habitants de ce village se sont sentis violés. Un meurtre avait été commis chez eux, et c’était insupportable. REBECCA Tous les habitants se sont mis à craindre pour leurs enfants. Ce qui était le plus inquiétant, c’est qu’on ne savait pas qui avait fait cela, et s’il allait recommencer. Il fallait qu’on retrouve ce tueur, et qu’on le retrouve vite. NARRATEUR Quelques heures après la découverte du corps sans vie d’April Millsap, 14 ans, sur un chemin fréquenté, les renforts continuent d’affluer vers le petit village d’Armada. RAYMOND À mon arrivée, j’ai pu avoir davantage d’informations sur ce qui était s’était passé. A l’époque, il se trouve que j’avais moi aussi une fille de 14 ans, ce qui me touchait d’autant plus. Comment voulez-vous ne pas vous mettre à la place des parents, à vous demander comment vous auriez réagi, ce que vous auriez fait, si ça avait été votre fille. REBECCA En la regardant, on avait l’impression de voir l’innocence même qui avait été sauvagement attaquée par une sorte d’animal, c’était horrible à voir, horrible. Et on avait du mal à comprendre comment un prédateur avait pu faire ça à cet endroit, surtout quand on sait le nombre de personnes qui empruntaient ce chemin. HOWARD Le médecin légiste a conclu à une mort par asphyxie et par traumatisme contondant. On lui avait écrasé le cou tellement fort que sa trachée en avait été fracturée. Tout cela témoignait de la brutalité de cette attaque. RAYMOND Ça avait été tellement fort qu’elle en avait gardé la trace, sur son cou et son visage, de la semelle d’une chaussure. Tout portait à croire que c’était une sorte de monstre qu’il fallait chercher. REBECCA La trace de la chaussure était tellement nette qu’on pourrait facilement la faire correspondre à celle du tueur, si on la retrouvait. Et comme son t-shirt, son soutien-gorge, son pantalon lui avaient été arrachés, on s’est dit qu’elle avait été violée. HOWARD On a donc fait des prélèvements, mais les résultats étaient longs à obtenir. NARRATEUR La police donne des photos d’April Millsap aux médias, confirmant ainsi que c’était bien son corps qui avait été retrouvé sur le chemin. Le petit village d’Armada fait la une des infos. JOHN C’était affreux. April était si gentille. J’étais conseiller d’orientation au collège d’Armada, je la connaissais donc bien. Elle était souriante, agréable. Elle aimait l’école, ses amis. Nous avons créé un lieu au collège où les élèves pouvaient venir s’exprimer. Ça a été un moment très fort, très émouvant. HOWARD Il y avait de la douleur, mais il y avait aussi de la peur. DAVID Les gens ont commencé à fermer leur porte à clé, les enfants rentraient par deux, plutôt que tous seuls, et on ne les entendait plus jouer dehors. C’est pas censé arriver, et ça arrive chez vous, qu’est-ce que vous faites ? NARRATEUR La police ouvre une ligne téléphonique, dans l’espoir que quelqu’un puisse donner des informations qui mèneront au tueur. Les recherches se poursuivent pour retrouver le téléphone et le sac d’April. HOWARD Ces objets pouvaient potentiellement nous livrer des traces d’ADN, des empreintes, il fallait les retrouver. NARRATEUR Dans la journée, Penny, le chien d’April, peut enfin rentrer dans son foyer. JENNIFER Elle sautait partout, elle était contente d’être à la maison. Je ne sais pas si elle a vu qu’April n’était plus là. Si Penny pouvait parler, on pourrait savoir exactement ce qui s’est passé. NARRATEUR Les enquêteurs estiment qu’April aurait été tuée peu de temps après avoir envoyé un texto à son petit ami, Austin, à 18h28. Mais ils veulent vérifier où Austin se trouvait à ce moment-là. HOWARD Nous avons pu nous procurer les enregistrements vidéo du fast-food. Nous y voyons Austin arriver au drive-in vers 18h30 ce jour-là, et il était donc impossible qu’Austin ait pu être au fast-food à 18h30 à Richmond, et tuer April à 18h30 à Armada. REBECCA Nous savions donc qu’Austin n’avait pas commis ce meurtre. NARRATEUR Les enquêteurs comptent alors beaucoup sur l’aide des habitants d’Armada. Très vite, les appels se multiplient. REBECCA Une jeune fille nous appelle en nous disant qu’elle était devant sa maison lorsqu’elle a vu une camionnette blanche passer devant chez elle lentement, avec deux passagers à l’intérieur, dont un qui la désignait du doigt. RAYMOND Elle avait trouvé ça tellement bizarre qu’elle avait filmé la camionnette et qu’elle nous en avait parlé. Il fallait absolument retrouver cette camionnette, savoir pourquoi elle était passée là et qui la conduisait. HOWARD Tous les habitants d’Armada étaient inquiets ! Comment retrouver cette camionnette ? NARRATEUR Moins de 24 heures après le meurtre d’April Millsap, les enquêteurs tiennent leur première piste sérieuse. Une étrange camionnette blanche qui semble suivre des jeunes filles. REBECCA C’était une piste qu’il fallait absolument exploiter. Mais comme nous n’avions pas sa plaque d’immatriculation, la recherche s’est révélée assez compliquée. NARRATEUR La police s’en remet alors aux habitants d’Armada et diffuse l’image floue de la camionnette. HOWARD Un entrepreneur en bâtiment nous a appelés en disant que la camionnette que l’on recherchait était la sienne, et que c’était lui qui était dedans. Et ce n’était pas la jeune fille qu’il désignait, mais les maisons qu’il avait construites dans le quartier. NARRATEUR L’homme met sa camionnette à la disposition de la police pour examen, et la police n’y trouve aucune preuve. HOWARD Nous avons pu écarter définitivement cette camionnette et son conducteur de la liste des suspects. NARRATEUR Cette piste étant tombée à l’eau, la police étudie les centaines d’informations donnés par les habitants. REBECCA Nous avons reçu un important indice de la part d’un père et de ses deux filles, qui avaient vu April sur le chemin ce soir-là. HOWARD Les deux filles étaient dans la même école qu’April, elles la connaissaient. Et April était en train de parler à un homme plus âgé, qui était sur une moto bleue et blanche et qui avait un casque noir. REBECCA Le père décrit la moto comme étant une moto tout-terrain, bleue et blanche. Grâce à cette information, nous savions qu’April avait eu une interaction avec une autre personne. NARRATEUR Dans la foulée de cet indice prometteur, une autre piste s’annonce. RAYMOND Il s’agissait d’une mère et de sa fille qui faisaient du vélo sur le chemin le jour du meurtre, et qui, elles aussi, avaient vu un homme sur une moto, genre moto-cross, qui parlait à une jeune fille qui promenait son chien. REBECCA Elles ont continué leur route et fait demi-tour. Mais à leur retour, la jeune fille et son chien n’étaient plus là, et tout ce qu’elles ont vu, c’était la moto garée sur le chemin. Un des témoins a regardé sur le côté, dans les sous-bois, a vu l’homme qui se tenait là, et qui la regardait, sidéré, comme s’il était pris en flagrant délit. HOWARD Les deux femmes ont eu peur, et elles ont continué leur chemin. Ce n’est que le lendemain, quand elles ont entendu les infos, qu’elles ont appelé pour nous communiquer cette information. La question que je me pose, c’est : sont-elles passées pendant que le meurtre était en train d’être commis ? RAYMOND Il fallait absolument retrouver et identifier ce type, parce qu’on commençait à se dire que ça pouvait bien être le tueur. NARRATEUR La police fait venir un portraitiste pour qu’il travaille avec une jeune femme ayant distinctement vu les yeux de l’homme. REBECCA Quand j’ai vu le portrait-robot, je me suis dit que c’était notre homme. Qui était-il et allait-on réussir à le retrouver ? NARRATEUR Les enquêteurs continuent à chercher le téléphone portable d’April, dont le signal est toujours capté par une antenne-relais d’Armada. HOWARD Avec l’aide de plusieurs agences fédérales, nous avons fini par faire venir un radar mobile capable de traquer les signaux téléphoniques. STAN J’ai capté un signal qui m’a indiqué que son téléphone était à proximité immédiate de l’endroit où je passais. J’en ai informé la police de l’état du Michigan afin qu’ils concentrent leurs recherches dans ce périmètre. NARRATEUR Les recherches montrent que le téléphone d’April se trouve dans un épais fourré sur le bas-côté de la route. Un chien policier parvient à le retrouver. STAN J’étais fou de joie qu’on retrouve ce téléphone. Je savais qu’il nous permettrait de retrouver celui qui avait fait ça. NARRATEUR Le téléphone est confié à un laboratoire pour y chercher des empreintes et analyser son contenu. Parallèlement, les recherches de l’homme et de sa moto bleue et blanche s’intensifient. RAYMOND Un peu plus tard dans la journée, je vais déjeuner rapidement chez ma mère qui habite juste à la sortie d’Armada. Et sur le chemin du retour, j’aperçois une moto garée dans une allée, près d’un garage. Je me suis dit que ça pouvait tout à fait être celle du tueur, et que ce serait dommage de ne pas aller y jeter un coup d’œil. Alors je fais demi-tour, je me gare dans l’allée, je prends quelques photos. Et je rentre au centre de commandement. REBECCA En les voyant, je me suis dit qu’il fallait absolument y retourner, pour savoir à qui appartenait cette moto. RAYMOND Grâce à la plaque d’immatriculation de la moto, nous avons trouvé le nom de son propriétaire : James VanCallis. REBECCA Nous avons comparé la photo de son permis de conduire au portrait-robot qui avait été fait, et c’était saisissant. La ressemblance était indéniable. RAYMOND Je les ai regardés et je me suis dit : bon sang, je crois que c’est le même type, il faut qu’on le retrouve au plus vite. NARRATEUR Dès le lendemain du meurtre d’April Millsap, les enquêteurs sont sur la piste d’un propriétaire de moto, que des témoins auraient vu avec April avant qu’elle ne disparaisse : James VanCallis. HOWARD La photo de son permis et le portrait-robot sont tellement ressemblants qu’il fallait absolument aller le voir et discuter avec ce VanCallis. RAYMOND Le soir même, vers 23 heures, je pars, avec un autre enquêteur et un agent en uniforme, pour prendre contact avec James VanCallis. NARRATEUR James VanCallis, 32 ans, habite à une vingtaine de kilomètres d’Armada, à Goodells, dans le Michigan. RAYMOND James a répondu à mes questions. Il m’a dit que la veille au soir, il était à Armada, avec sa moto, qu’il était passé à une station-essence mais qu’il n’avait fait que traverser Armada pour aller rendre visite à son frère. NARRATEUR VanCallis affirme avoir quitté son domicile vers 17h30, être arrivé chez son frère vers 18h et y être resté jusqu’à 19h30. RAYMOND Il reconnait avoir un casque noir. Il me dit qu’il portait une paire de baskets K-Swiss, qu’il va chercher de son plein gré. Puis une jeune femme arrive, dont on apprendra qu’elle est sa compagne. Elle confirme tous les propos de James, y compris au sujet des chaussures qu’il portait. Pendant toute la durée de notre échange, je n’ai pas cessé de me demander si j’étais en face du tueur. J’avais un mauvais pressentiment, il y avait quelque chose qui clochait. NARRATEUR Il s’avère vite que la semelle des baskets ne correspond pas aux empreintes. RAYMOND J’ai tout de suite remarqué que les motifs de la semelle des K-Swiss n’avaient rien à voir avec ceux que nous recherchions. NARRATEUR Pendant ce temps, la police examine le casier judiciaire de James VanCallis. HOWARD Le casier judiciaire de VanCallis n’était pas vierge, mais aucune des condamnations qui y figurait ne montrait qu’il pouvait être violent. NARRATEUR La police vérifie également son alibi. REBECCA VanCallis avait dit à Pechman qu’il avait juste traversé Armada pour aller chez son frère, et qu’il y était arrivé vers 18h. RAYMOND Forts des informations qui nous avaient été fournies par James, nous sommes allés à la station essence d’Armada pour visionner leur vidéo de surveillance. On y voit effectivement un individu conduisant une moto à 18h17 le soir du meurtre. NARRATEUR Les enquêteurs se procurent également la vidéo du système de surveillance de la maison d’un pompier d’Armada. Ce pompier habite à deux pâtés de maison au nord de la scène de crime. La moto bleue et blanche passe devant chez lui à 18h51. HOWARD Nous avons maintenant la preuve digitale qu’en fait, il se trouvait à Armada au moment du meurtre. Nous en déduisons que VanCallis nous cache quelque chose. NARRATEUR Deux jours après le meurtre d’April, tout le village se retrouve pour une veillée aux bougies. JOHN C’était une bonne chose que nous ayons pu nous retrouver, pleurer ensemble, prier ensemble, retrouver ce sentiment d’unité entre nous qui nous avait été retiré. HOWARD Les gens accrochaient des rubans roses partout, et des pancartes qui disaient : « Justice pour April ». JOHN Il y a eu un rassemblement à vélo sur le chemin, pour nous réapproprier ce chemin, pour dire : « C’est notre chemin, comment avez-vous osé vous en prendre à un être cher de notre village ! » DAVID Ça faisait chaud au cœur de voir tout ce monde se réunir pour April. JENNIFER La réaction a été incroyable. April avait touché des gens qu’elle connaissait à peine. NARRATEUR Tandis que les habitants se rassemblent autour d’April, le sergent Pechman retourne chez VanCallis pour vérifier son alibi. RAYMOND Je voulais qu’il me livre sa version précise et minutée de ses faits et gestes, fondée sur les informations qu’il nous avait données la veille. James me répond qu’il est occupé, qu’il a des choses à faire et qu’il me recontacterait en fin de journée, quand il aurait fini. L’après-midi s’achève, et je n’ai pas de nouvelles de VanCallis. Je décide de l’appeler, et là, il a complètement changé d’état d’esprit par rapport au moment où je l’avais vu. Il est furieux, il me crie qu’on lui fait une chasse aux sorcières, et qu’il ne ferait rien de plus pour nous. REBECCA On aurait dit que James avait retourné sa veste. VanCallis ressemblait au portrait-robot. Il avait une moto identique à celle qui avait été vue avec April, et il avait menti sur son heure d’arrivée chez son frère. Tous ces éléments nous ont permis d’obtenir un mandat de perquisition. NARRATEUR 4 jours plus tard, la police fouille le domicile de VanCallis. REBECCA En arrivant chez lui, nous avons découvert qu’il avait une plantation de cannabis dans son jardin, et nous l’avons donc arrêté. Ca nous laissait tout le temps nécessaire pour voir ce qu’on pourrait trouver d’autre chez lui. NARRATEUR Alors que James est sous les écrous, un nouveau témoin fait son apparition avec une révélation choc. KRYSTAL Dès que j’ai su que James avait été arrêté, ça m’a soulagé, parce que je pouvais enfin aller voir la police et leur dire mon secret. NARRATEUR Deux semaines après la perquisition du domicile de James VanCallis, suspecté du meurtre d’April Millsap, sa compagne, Krystal Stadler, entre en scène. KRYSTAL J’ai rencontré James juste après le lycée, à 18, 19 ans. Il était gentil. Mais au fil des ans, il a changé, et il est devenu violent. Il me battait, il me donnait des coups au visage. Quand je lui disais que j’allais le quitter, il menaçait de tuer ma famille, alors je ne pouvais pas partir. C’était dur. NARRATEUR Krystal livre à la police une information importante concernant le soir du meurtre d’April. KRYSTAL Je me souviens que James avait dit aux policiers qu’il portait des K-Swiss ce soir-là. Mais James ne portait ses K-Swiss, il avait ses Nike Air. Je savais qu’il avait menti à la police, mais je ne pouvais rien dire, j’avais peur qu’il m’arrive quelque chose. NARRATEUR Et ce n’est pas sa seule révélation concernant le soir du meurtre. KRYSTAL Je me suis réveillée en pleine nuit, et James était en train de nettoyer ses chaussures avec une chaussette. Il avait du désinfectant pour les mains juste à côté, et il m’a dit qu’il avait fait des taches d’huile sur ses chaussures. Le lendemain, je n’ai plus vu ses baskets. REBECCA Ça a été le moment pivot qui a fait basculer l’enquête. NARRATEUR Les enquêteurs passent au peigne fin les réseaux sociaux de VanCallis. REBECCA Nous avons trouvé une photo de James avec ces baskets noires au pieds. Nous avons fini par acheter une paire identique pour comparer les traces de semelles laissées sur le visage d’April. C’était le même motif en chevron. WILLIAM Ça a été un moment crucial. Je tenais là une preuve massive que je pouvais présenter à un jury en disant : nous avons trouvé le type. NARRATEUR Le motif de cette semelle est une importante preuve pour les enquêteurs, mais les chaussures originales n’ayant pas été retrouvées, ce n’est pas suffisant pour confondre le suspect. REBECCA Nous avions de bonnes preuves circonstancielles, malgré tout, nous n’avions toujours pas de traces d’ADN. NARRATEUR Les prélèvements réalisés sur le corps d’April, sur ses vêtements et sur le casque de moto de VanCallis sont toujours en traitement. Les résultats pourraient mettre des mois à arriver. REBECCA Malgré toutes les preuves que nous avions trouvées, nous ne pouvions pas incriminer VanCallis. WILLIAM Et nous avons fait une découverte. April s’était servi ce jour-là d’une appli sportive qu’elle avait sur son téléphone, et c’est son téléphone qui nous a raconté son meurtre. REBECCA Au moment où elle envoie le texto disant qu’elle avait failli se faire kidnapper, son appli montre qu’elle s’était mise à marcher plus vite. Et peu après, sa trace s’est transformée en zig-zag dans les bois. Ça a duré 10 minutes. RAYMOND Sa trace était toute emmêlée, et on ne peut pas s’empêcher de s’imaginer ce qu’elle était en train de vivre, de penser. Est-ce qu’elle s’est demandé… si elle allait mourir ? WILLIAM Dès l’instant où sa trace revient sur le chemin, on sait que c’est le meurtrier qui a son téléphone, et qui est en train de le transporter. Et la preuve probablement la plus importante de toute cette affaire, c’est le fait que ce téléphone est passé devant la vidéo surveillance du pompier. HOWARD La caméra de surveillance du pompier filme la moto tout-terrain en train de passer devant chez lui à l’heure exacte où le téléphone d’April passe devant cette maison. WILLIAM Là, c’était bon, le téléphone d’April nous avait parlé. Je n’ai peut-être d’ADN, je n’ai pas de sang, mais j’ai le téléphone d’April en sa possession, entre l’endroit où elle a été tuée jusqu’à la caméra de surveillance. Nous avions alors enfin de quoi accuser de meurtre James VanCallis dans l’odieux massacre d’April Millsap. NARRATEUR Une question demeure : pourquoi ? HOWARD James VanCallis se rend donc chez son frère. Il traverse Armada, et il voit April se diriger vers le Macomb Orchard Trail. Il se met à la suivre sur le chemin. REBECCA Nous pensons qu’elle a refusé ses avances, ce qui l’a rendu furieux, au point où il a essayé de l’attraper et de la violer, et qu’il l’a tuée dans le processus. RAYMOND Voyant qu’il n’arrivait pas à ses fins avec April, il a été pris d’un accès de colère, et que cette colère a conduit à cette issue fatale. NARRATEUR 10 semaines après que le corps d’April a été retrouvé sans vie sur l’Orchard Trail, James VanCallis est accusé de meurtre. WILLIAM Nous l’avons accusé de meurtre avec préméditation sur April Millsap, de kidnapping d’April Millsap et de tentative de viol sur April Millsap. DAVID Nous avons été soulagés de savoir qu’il était sous les verrous. JENNIFER J’étais contente que James ait été arrêté, mais ça ne me rendra pas ma fille. NARRATEUR Un an et demi après le meurtre d’April Millsap, débute le procès de James VanCallis. La défense met en avant le manque de preuve physique reliant VanCallis au meurtre, laissant toute place à un doute raisonnable. WILLIAM La défense a très bien fait de relever l’absence de preuve physique, c’était évident et il fallait que je contourne cette absence. NARRATEUR Le ministère public appelle à la barre son témoin. C’est sur le récit de l’ancienne compagne de James VanCallis, Krystal Stadler, que se joue presque toute l’affaire. WILLIAM Mon témoin le plus important est Krystal Stadler. Elle est très proche de VanCallis, elle vit avec lui, elle le connaît depuis plus de 7 ans. RAYMOND Elle se retrouvait confrontée, à 3 mètres d’elle, à celui qui l’avait terrifiée, et dire la vérité. HOWARD Si James VanCallis était acquitté, elle se retrouvait véritablement en danger. NARRATEUR À la barre, Krystal Stadler livre des détails cruciaux au sujet des faits et gestes de son ancien compagnon, James VanCallis, le jour du meurtre d’April Millsap. HOWARD Quand Krystal Stadler est arrivée à la barre, elle était nerveuse. Elle avait peur, parce que l’individu manipulateur qui l’avait tant manipulée était assis dans le fauteuil de l’accusé. JENNIFER Au début, j’avais peur de témoigner contre James, mais comme j’étais du bon côté de la barre, j’ai su que c’est ce que je devais faire. WILLIAM Elle fait le lien entre les chaussures, la moto, tout ce qu’on avait trouvé, toutes les preuves circonstancielles qu’on avait découvertes, et tout vient d’elle. RAYMOND Je crois que pour Krystal, venir à la barre, réussir à témoigner contre James, ça a été le début de la libération de l’emprise que James exerçait sur elle depuis si longtemps. NARRATEUR Lorsque la parole est donnée à la défense, James VanCallis choisit de ne pas venir à la barre. WILLIAM La défense n’a présenté aucun témoin, elle n’a présenté aucune preuve physique au nom de monsieur VanCallis. DAVID On commence à avoir le cœur qui bat, on se demande ce qui va se passer, c’est l’angoisse de l’attente. JENNIFER Ma plus grande peur, c’est qu’on n’ait pas assez de preuves pour qu’il soit jugé coupable et qu’il sorte. REBECCA C’est là que tout se jouait, je n’osais pas imaginer qu’il puisse s’en sortir. NARRATEUR Après 6 heures de délibération, le jury revient avec un verdict. JENNIFER À chaque fois que j’entendais « coupable », c’était un clou qui s’enfonçait dans son cercueil. RAYMOND Je me souviens avoir explosé de joie. Il y a eu des applaudissements, j’ai eu l’impression qu’on avait fait tout ce qu’on pouvait pour April. WILLIAM Meurtre avec préméditation et concomitant d’une infraction majeure, dans le Michigan, c’est la perpétuité. KRYSTAL J’étais ravie qu’il en prenne jusqu’à la fin de ses jours. J’étais contente que Jennifer sache enfin que c’était lui qui avait fait ça. JENNIFER Ça ne me ramènera jamais April, mais justice a été faite. NARRATEUR La défense fait appel par deux fois pour annuler la condamnation, mais la Cour Suprême d’Appel du Michigan rejette chaque appel. James VanCallis finira ses jours en prison. DAVID Je ne sais pas ce qu’est la vraie justice, j’espère juste que sans lui, les rues seront plus sûres pour nos enfants. JOHN Tout le monde a été soulagé. JOHN On pouvait avancer, et c’est ce qu’on a fait. NARRATEUR Les années passent à Armada, mais pour Jennifer et David, la vie sans April ne sera jamais la même. DAVID Oui, il y a un manque dans nos vies, mais il y a aussi une place pour elle dans nos souvenirs. Le seul fait de me rappeler son sourire ou son rire illumine ma journée. HOWARD Tous les 24 juillet et à chacun des anniversaires d’April, j’appelle Jennifer pour lui dire que je pense à elle. Je n’en ferai jamais assez pour lui dire combien je suis désolée de ce qui est arrivé à April. JOHN Il y a un nouveau parc à Armada, le parc April Millsap, et il y a la silhouette de Penny et d’April au bord du chemin. DAVID Elles prenaient soin l’une de l’autre, je suis sûr que Penny n’oubliera jamais April. JENNIFER Elle me manque, tout le temps, tous les jours. Il n’y a pas un jour où je ne pense pas à elle. Je n’oublierai jamais sa gentillesse, son affection, c’était un vrai rayon de soleil.