AGENTE_1 AGENT_1 AGENT_2 ALPHA AMARILLO AMIR ANNE BRIAN CAMERAMAN CLIENTE_1 CLIENTE_2 CLIENTE_3 CLIENTE_4 CLIENT_1 ERIN JORGE JOSH KRISTINE LOCO MARIANA MARIANNA MIGUEL NARRATION PHARMACIENNE PRESENTATEUR_1 PRESENTATEUR_2 PRESENTATEUR_3 PRESENTATRICE_1 PRESENTATRICE_2 PRESENTATRICE_3 PUBLICITE REPORTER SENOR MIGUEL Ces types-là, ils appartiennent au cartel « La Union », et en gros, ils contrôlent toute la ville. Leur QG est à Tepito. C’est l’un des plus grands marchés noirs du monde. Si tu veux acheter un truc, tu le trouveras forcément à Tepito. NARRATION J’ai déjà écrit des dizaines d’articles sur les cartels mexicains. Mais mon ami et confrère journaliste Miguel Angel Vega m’a appelée parce qu’il a des infos sur un commerce clandestin en plein essor, dont j’avais entendu parler mais auquel je n’avais jamais pu accéder… jusqu’à maintenant. Il ne s’agit pas de cocaïne, de marijuana, d’héroïne, ni même d’armes à feu. Il s’agit d’un produit potentiellement mortel qui a commencé à circuler hors du Mexique… et qui envahit peut-être déjà les foyers américains : les médicaments de contrefaçon. Ça va être dangereux, pour nous ? MIGUEL Je sais pas. Je peux pas te répondre. Ils disent toujours : « Nada se mueve, nada respira, sin nuestro permiso. » MARIANA C’est-à-dire « ici, rien ne bouge, rien ne respire sans notre permission » ? MIGUEL C’est ça. MARIANA On ne peut pas aller à Tepito avec des caméras à moins de connaître quelqu’un sur place, c’est ça ? MIGUEL Oui, parce qu’ils ont des guetteurs un peu partout, et on ne peut pas les repérer, ça peut être n’importe qui. NARRATION J’ai travaillé avec Miguel à de nombreuses reprises au cours des dix dernières années, mais je ne l’ai jamais vu aussi stressé. Tu as passé beaucoup de temps à trouver des contacts ici, j’imagine ? MIGUEL Ça n’a pas été facile du tout, mais on a pu contacter un membre de « La Union ». Et il a dit : « Avant toute chose, je veux parler à Mariana, pour vérifier que c’est pas une flic. » MARIANA Comme d’habitude. Et donc là, on va le voir ? MIGUEL Oui, on va voir l’acheteur. C’est plus très loin… On y est. MARIANA D’accord. Et maintenant, tu l’appelles ? MIGUEL Oui, c’est ce qui est prévu. JORGE Oui, allô ? MIGUEL C’est bon, on est au lieu de rendez-vous. JORGE D’accord, on arrive. MIGUEL J’ai l’impression que ça craint un peu, ici. On est en sécurité ? JORGE Oui. Attendez-moi, j’arrive. MIGUEL D’accord. NARRATION « La Union », le cartel que nous avons contacté, est réputé pour sa violence… et il s’intéresse de près aux problèmes du système de santé des États-Unis. PRESENTATEUR 1 Les prix en pharmacie risquent de vous faire un choc. PRESENTATRICE 1 Les frais médicaux sont très élevés dans tous les États-Unis. PRESENTATEUR 2 Les entreprises pharmaceutiques ont discrètement augmenté le prix de centaines de médicaments. NARRATION Les médicaments sur ordonnance coûtent plus cher aux citoyens américains qu’à ceux de la plupart des autres pays. Ces dernières années, les prix ont globalement diminué dans le monde entier, mais aux États-Unis, ils ont explosé. CLIENTE 1 Six cents dollars pour un mois d’insuline. CLIENTE 2 8 591 dollars. CLIENT 1 Combien ? CLIENTE 3 Dix-huit mille. CLIENT 1 C’est exorbitant ! CLIENTE 4 Son ordonnance, c’était mille dollars en tout. Je vais devoir dire à mon fils de neuf ans que je n’ai pas pu la payer. ERIN Contrairement à presque tous les autres pays développés, les États-Unis ont un système de santé dans lequel une erreur de diagnostic peut entraîner la faillite. Mais les autres pays ont un organisme gouvernemental qui est en mesure de négocier ou d’imposer des prix plafonds. Aux États-Unis, le gouvernement ne peut pas intervenir là-dessus, alors les entreprises pharmaceutiques facturent ce qu’elles veulent, tant que le marché tient le coup. NARRATION Tandis que les entreprises médicales et les compagnies d’assurance engrangent des milliards de dollars de bénéfices, les patients ont du mal à payer les médicaments dont ils ont besoin. De nouveaux acteurs, dénués de scrupules, ont ainsi commencé à tirer profit de la demande croissante en médicaments moins chers. Et c’est comme ça que je me suis retrouvée ici, dans le quartier le plus dangereux de tout Mexico. MIGUEL Le voilà. MARIANA C’est lui ? MIGUEL Oui, là-bas. MARIANA Il arrive ? MIGUEL Il va venir ici ? JORGE Oui… Ils vont venir vérifier si tout est OK. MIGUEL En taxi. MARIANA En taxi ? JORGE C’est une couverture. MARIANA Ils se déplacent en taxi pour que personne ne sache qui ils sont vraiment ? MIGUEL Les taxis, c’est très efficace pour guetter. MARIANA Bonjour, je suis Mariana. Tout va bien ? Enchantée. NARRATION C’est un membre de La Union, que nous appellerons Señor T. SENOR On a pris la liberté de se renseigner un peu sur vous… MARIANA Bien sûr. SENOR … pour savoir à qui on a affaire, et si vous n’êtes pas suivie par le gouvernement. MARIANA D’accord. SENOR Maintenant, vous allez me suivre. On y va. MARIANA D’accord. Merci… Bon. C’était un peu flippant. MIGUEL Oui. MARIANA Là, c’est le guetteur, vous voyez ? Il y en a plusieurs avec des motos, ou plutôt des mobylettes. Et maintenant, on doit suivre ce type-là. Ne le perds pas, Miguelito. MIGUEL T’inquiète pas. MARIANA On est escortés par les guetteurs à mobylette… Regarde, il a même ses feux de détresse. MIGUEL Oui. MARIANA Très professionnel. C’est dingue que tout ça se passe dans la capitale, en plein Mexico. MIGUEL Allons-y. MARIANA Je pose toujours cette question, parce que c’est mieux qu’on le sache : vous avez des armes sur vous ? AMARILLO Oui. NARRATION L’associé de Señor T, que nous appellerons Amarillo, est un « sicario », un tueur à gages. Ils veillent tous deux au bon déroulement des activités commerciales de La Union. MARIANA Dès notre arrivée, c’était comme si vous saviez qu’on venait. AMARILLO Oui, on vous suivait déjà. MARIANA Donc vous contrôlez la ville ? AMARILLO On contrôle tout Mexico. MARIANA Quels sont vos domaines d’activité ? AMARILLO Les drogues. La marijuana, le LSD, la cocaïne, le crack, la meth. MARIANA Si on est ici, c’est parce qu’on fait une enquête sur les produits pharmaceutiques illégaux. SENOR Nous, on appelle ça des faux médocs. MARIANA Des faux ? C’est vraiment le terme que vous utilisez ? SENOR Oui, parce que c’est pas des originaux, c’est pas des vrais. C’est des imitations. MARIANA Et vous en vendez aussi ? SENOR Oui, ça fait partie des produits qu’on propose. Les faux médicaments. MARIANA C’est uniquement de la contrefaçon, ou c’est un mélange avec des vrais médicaments ? SENOR Non, c’est de la contrefaçon. MARIANA Entièrement ? AMARILLO C’est ça. MARIANA Avec tout l’argent que vous pouvez gagner grâce aux drogues, pourquoi est-ce que vous vendez aussi des médicaments contrefaits ? AMARILLO On cherche ce qui rapporte le plus. MARIANA Et les médicaments rapportent beaucoup ? AMARILLO Oui. Ça marche du tonnerre. MARIANA Et ça continue de se développer ? AMARILLO Oui, ça continue. SENOR On fait en sorte que ça se développe très vite. Au début, les faux médicaments correspondaient à 10 % de notre activité. Maintenant c’est 70 à 80 %. MARIANA Ça alors. Donc c’est devenu un commerce très important. SENOR Oui. NARRATION La hausse du prix des médicaments légaux fait augmenter la demande en alternatives moins chères, et La Union en profite pour étendre ses opérations. MARIANA Où est-ce que vous vendez les médicaments ? Ils restent ici, ou vous les expédiez au nord ? SENOR On vend des camions et des remorques, qui sont remplis de marchandises… MARIANA D’accord… SENOR … et on les envoie dans d’autres États. MARIANA Et vous les envoyez aussi dans les États frontaliers ? AMARILLO Oui. MARIANA Et aussi aux États-Unis ? AMARILLO À tout le monde. SENOR On a des laboratoires ici et dans d’autres États. MARIANA On pourrait filmer ces laboratoires ? SENOR Non, je pense que les chefs seront pas d’accord. NARRATION Señor T et Amarillo vont demander l’autorisation de me montrer d’autres parties de leur activité, mais ça va prendre du temps. Alors je décide de suivre la piste de leurs faux médicaments vers le nord, jusqu’à la frontière américaine. MARIANA Pharmacie, vente de médicaments, clinique dentaire, cabinet médical… NARRATION La ville frontalière de Los Algodones propose de nombreux services aux citoyens américains malades. MARIANA Tout est en anglais ici, ou presque. NARRATION On y trouve la plus grande concentration mondiale de pharmacies, de médecins, de dentistes et d’opticiens. MARIANA Ah, c’est la frontière, là. De l’autre côté, ce sont les États-Unis. NARRATION Mais ce n’est pas un phénomène isolé : dans de nombreuses villes proches de la frontière et dans les grandes destinations touristiques telles que Cancún et Puerto Vallarta, les pharmacies connaissent un essor considérable. KRISTINE Le cœur, le diabète, la thyroïde. MARIANA Vous en prenez combien par jour ? KRISTINE J’en suis à douze. MARIANA Douze médicaments différents par jour ? KRISTINE Oui. MARIANA Kristine Schachinger , 55 ans, vit à Las Vegas et souffre d’une situation que de nombreux Américains ne connaissent que trop bien. KRISTINE Tous les mois, je me demande : « Est-ce que je vais pouvoir payer ci, payer ça, l’assurance maladie, les médicaments… » Et ça me donne envie de pleurer, parce que si je ne prends pas les médicaments pour faire baisser mon taux de glucose, je risque de finir avec une jambe ou un bras en moins. Mes maladies me tueraient si je n’avais pas ces médicaments. MARIANA Oui, c’est eux. NARRATION Après avoir cherché en vain d’autres solutions, Kristine a décidé de suivre les nombreux « touristes médicaux » qui vont au sud pour y trouver des médicaments moins chers. NARRATION Mais beaucoup d’entre eux ignorent que ces produits tant désirés viennent peut-être des cartels. MARIANA Donc, c’est la première fois que vous venez ici ? KRISTINE Oui, tout à fait. NARRATION Kristine Schachinger est venue au Mexique pour trouver des médicaments moins chers. KRISTINE Je lui ai demandé de me montrer comment ça marche, de me guider dans tout ça. NARRATION L’ami de Kristine, Josh, a déjà fait ce voyage. MARIANA Vous avez aidé combien de personnes à acheter des médicaments comme ça ? JOSH Au fil des années, au moins vingt ou vingt-cinq personnes. MARIANA Eh bien. On dirait une pharmacie américaine. Ils vendent les mêmes produits qu’aux États-Unis, sauf qu’ils ont un rayon avec de la tequila et du mezcal ! KRISTINE Merci. MARIANA Alors, vous avez les médicaments ? KRISTINE Oui ! Je les ai. MARIANA Ça, c’est ce que vous prenez en un mois ? KRISTINE Cette boîte, oui. Là, j’en ai pour quatre mois. NARRATION Aux États-Unis, même avec son assurance santé, Kristine doit débourser 585 dollars pour son stock mensuel de ce médicament. Ici, ça ne lui a coûté que 71 dollars. MARIANA Quelque part, ça vous sauve la vie de pouvoir faire ça. KRISTINE C’est clair. Aux États-Unis, je n’aurais pas pu avoir ce médicament. MARIANA Le seul risque, ce serait de tomber sur des médicaments contrefaits dont vous ignorez la composition exacte. KRISTINE Oui, c’est pour ça que j’ai fait appel à Josh. J’avais peur qu’on me vende des médicaments de contrefaçon… MARIANA Oui. KRISTINE … mais il m’a dit que cette pharmacie était là depuis longtemps et qu’elle n’avait rien de louche. Mais j’imagine que certaines sont beaucoup plus douteuses. NARRATION J’espère que ces médicaments sont conformes à ses attentes et qu’ils ont été fabriqués par une entreprise pharmaceutique légitime. Mais il se peut que ce soient des contrefaçons produites par un cartel comme La Union. Et c’est bien ça, le problème : on ne sait pas. AGENT 1 On perquisitionne deux adresses, aujourd’hui. On va faire les deux simultanément. AGENT 2 Il y a deux semaines, on nous a signalé qu’une supérette vendait des produits pharmaceutiques sans licence. Et c’est une couverture pour vendre des médicaments contrefaits. MARIANA On y est dans combien de temps ? AGENT 2 Trente secondes. On y va, c’est parti. AGENTE 1 Bureau du shérif ! Sortez du bâtiment, les mains en l’air ! AGENT 2 Il y en a un autre qui sort. MARIANA Ils ont passé les menottes à deux suspects qui étaient à l’intérieur. AGENT 2 Porte ouverte sur la gauche. Je te couvre. On commence la perquisition. MARIANA Les agents pensent qu’ils dissimulent des médicaments de contrefaçon. AGENT 2 Oh, regardez-moi ça ! AGENT 1 C’est un double-fond ? AGENT 2 Oui. AGENT 1 Il y a des compartiments secrets. On a un carton plein de médicaments. AGENT 2 C’est du lourd, ça. NARRATION Ce raid a révélé des dizaines de cartons contenant de potentielles contrefaçons de médicaments. Et d’après les agents, ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Dans tout le pays, on constate une augmentation des saisies de médicaments de contrefaçon introduits clandestinement sur le territoire via les transports aériens, terrestres et maritimes. Au bureau du shérif de Los Angeles, une grande partie du sous-sol sert maintenant à stocker les produits médicaux illicites saisis par les agents. MARIANA Donc, ce carton est rempli de médicaments ? BRIAN Oui. NARRATION Brian Wong est un pharmacien qui travaille pour la police en tant qu’expert en médicaments clandestins. BRIAN Regardez : d’après l’étiquetage, il s’agit d’amoxicilline et d’ambroxol. L’amoxicilline est un antibiotique très classique, et l’ambroxol est un expectorant, notamment pour évacuer les glaires quand on tousse. Mais il faut se demander si ces produits contiennent vraiment des agents pharmaceutiques adaptés à ces problèmes de santé. MARIANA Et je suppose que même quand il n’y a pas d’ingrédients toxiques, c’est quand même dangereux si ça ne fournit pas au malade le traitement dont il a besoin. BRIAN Tout à fait. MARIANA Et celui-ci est produit en Inde, c’est ça ? BRIAN Oui. MARIANA Ah oui, c’est écrit là : « fabriqué en Inde ». BRIAN Oui. MARIANA Et vous l’avez trouvé ici, aux États-Unis. BRIAN C’est ça. NARRATION C’est plus fréquent qu’on pourrait le croire. Pour les malades qui ne peuvent pas accéder facilement à une pharmacie mexicaine, il existe un moyen encore plus simple d’acheter des médicaments sans ordonnance. MARIANA « Ordonnance ». Ça donne beaucoup de résultats. NARRATION Actuellement, on compte environ quarante mille pharmacies en ligne dans le monde entier, et la plupart d’entre elles sont illégales. MARIANA Là, c’est écrit : « Il n’est pas nécessaire d’avoir une ordonnance. » Donc ils vendent des médicaments sur ordonnance, sans ordonnance. Et on a une réduction de 10 % si on paie en Bitcoin. NARRATION C’est facile de commander des médicaments, mais c’est beaucoup plus compliqué de trouver où ils sont fabriqués. MARIANA Je vais regarder celui-là. NARRATION Mais en fouillant la page des questions fréquentes d’une de ces pharmacies, je vois à nouveau ce pays apparaître. MARIANA C’est écrit : « Les médicaments sont fabriqués en Inde par une entreprise agréée par l’État. » NARRATION Les acteurs de l’industrie pharmaceutique indienne, qu’ils soient légaux ou non, ont connu une telle expansion ces dernières années qu’on surnomme ce pays la « pharmacie du monde ». MARIANNA Ça alors. Regardez : des deux côtés de la rue, on peut voir des petites pharmacies. Et il y a des dizaines, voire des centaines de rues comme celle-ci dans toute cette zone, avec plein de pharmacies. Et tous ces cartons sont remplis de médicaments qui sont livrés dans les différentes pharmacies. C’est incroyable. Je n’ai jamais vu un endroit pareil. NARRATION 35 % des médicaments contrefaits viennent de l’Inde. Je veux découvrir comment ils sont fabriqués et distribués dans ce qui constitue le plus grand marché noir pharmaceutique du monde. Grâce à un contact local, j’ai rendez-vous avec un homme qui prétend vendre des faux médicaments… et qui semble disposé à nous en parler. MARIANNA Alpha. Vous voulez que je vous appelle Alpha, c’est ça ? ALPHA Oui. MARIANA Ça fait combien de temps que vous êtes dans l’industrie pharmaceutique ? ALPHA Vingt ans. NARRATION D’après nos sources, Alpha vend des médicaments contrefaits. MARIANNA Et quel est votre rôle dans ce milieu ? ALPHA J’ai ma propre entreprise pharmaceutique. MARIANA De contrefaçons ? ALPHA Non, des vrais médicaments… Je n’ai jamais fait de contrefaçons. Tout est authentique. MARIANA D’accord. ALPHA Entièrement authentique. MARIANA D’accord. Mais est-ce que vous connaissez des gens qui travaillent avec les marchés officieux ? ALPHA Non, je n’ai aucun lien avec tout ça. NARRATION Nous savons qu’Alpha nous ment, parce qu’une heure avant cette interview, il a montré à notre contact local un camion plein de médicaments de contrefaçon qu’il voulait vendre. Alors je tente une autre approche. MARIANA Si je voulais assister à la fabrication des produits, il faudrait que j’aille dans quelle région ? ALPHA Ils ont de petites installations dans des coins isolés. MARIANA Ici à Delhi, ou dans d’autres parties de l’Inde ? ALPHA Non, plutôt vers le Himachal Pradesh, l’Uttarakhand… MARIANA Au nord. ALPHA Au nord. Sept mille, huit mille usines. MARIANA De petites usines. ALPHA Oui, au même endroit. MARIANA On est venus spécialement des États-Unis pour explorer le milieu des médicaments contrefaits. Vous auriez des contacts à nous donner ? ALPHA Je peux pas. MARIANA Non ? ALPHA Non. MARIANA D’accord. NARRATION Alpha semble être de plus en plus stressé. ALPHA On peut finir rapidement ? Tout le monde nous regarde. MARIANA Il pense que les gens là-bas nous écoutent. Il est parti, celui qui était là. Alors, comment ça se fait que vous ayez autant d’infos sur les médicaments de contrefaçon ? ALPHA Arrêtez, arrêtez. MARIANA Je pense qu’il a pris peur et qu’il s’est dégonflé, à cause des caméras, et parce qu’on est sur un toit et que des gens pourraient nous observer ou nous écouter. Alors mes contacts locaux sont en train de discuter avec lui pour comprendre ce qui ne va pas, et pourquoi il a changé d’avis. C’est vraiment frustrant. Ah, il revient. Tout va bien ? Bon. Vous êtes prêt à nous parler ? Vous pouvez me regarder. ALPHA Si vous voulez rencontrer certaines personnes… je peux organiser ça. MARIANA Vous pouvez nous mettre en contact avec eux ? ALPHA Oui. MARIANA Donc vous avez des infos, vous connaissez des gens qui font ça ? ALPHA Je connais des gens qui fabriquent des médicaments. MARIANA D’accord. Mais vous ne travaillez pas dans ce milieu-là. ALPHA Non, pas du tout. MARIANA D’accord, merci. C’est frustrant, mais on avance petit à petit. C’est pas vrai ! On vient d’arriver au pied de l’Himalaya, dans une petite ville dont on nous a demandé de ne pas révéler le nom. On s’enfonce de plus en plus dans des zones très reculées de cette région. NARRATION Alpha m’a indiqué une heure et un point de rendez-vous, où je suis censée attendre l’appel d’un fabricant de pilules illégales qu’il appelle « Amir ». Tandis que la nuit tombe, la route laisse place à un petit chemin pavé. Et puis… Amir arrive. Il semble très tendu et il nous demande de ne pas allumer les caméras. Il ne veut pas que nous sachions exactement où il nous emmène, alors il nous fait monter dans sa camionnette. Et après un trajet long et sinueux afin de nous désorienter… MARIANNA Ça tourne ? CAMERAMAN Oui. MARIANA C’est bon ? NARRATION … il nous emmène au fond d’un vieux bâtiment délabré. MARIANNA C’est ça, la machine ? AMIR Oui. MARIANA Je peux regarder ? Vous faites combien de pilules en une nuit ? AMIR Vingt-cinq mille. MARIANA Vingt-cinq mille pilules ? AMIR Oui. MARIANA C’est fou. Et ça, c’est quoi ? AMIR Une commande d’antibiotiques de contrefaçon. MARIANA Et c’est quoi, le nom des pilules ? AMIR C’est de l’amoxicilline. MARIANA Oh, de l’amoxicilline. C’est un antibiotique prescrit sur ordonnance, on voyage avec. NARRATION L’amoxicilline est un antibiotique qui sert à traiter les infections bactériennes classiques, comme l’angine, la pneumonie ou l’otite. MARIANA Je peux en prendre une ? Pour voir ? AMIR Oui, allez-y. MARIANA C’est très poudreux. Est-ce que c’est vraiment de l’amoxicilline ? Ça contient les substances actives ? AMIR Non. MARIANA Non ? AMIR Non. MARIANA Donc vous faites passer ça pour de l’amoxicilline, mais en réalité, ça contient quoi ? AMIR Du calcium. MARIANA C’est du calcium ? AMIR Oui. MARIANA Mais vous le vendez en disant que c’est un antibiotique. AMIR C’est ça. MARIANA Et cette poudre, vous pouvez l’acheter facilement ? AMIR On peut acheter du calcium partout. MARIANA Et vous pouvez donner aux pilules la couleur que vous voulez ? AMIR Oui, on peut changer la couleur pour correspondre à la pilule qu’on veut imiter. MARIANA Et vous utilisez quel produit pour ça ? AMIR Du colorant. MARIANA Du colorant alimentaire ! AMIR Oui. MARIANA Ça alors. Vous mettez du colorant alimentaire pour avoir la couleur souhaitée, et vous vendez les pilules comme si c’étaient de vrais médicaments ? C’est dingue. Vous savez, beaucoup de gens ont eu des problèmes, il y a même eu des morts à cause de faux médicaments. Ça vous perturbe, ça ? AMIR Oui, ça me perturbe. MARIANA Vous vous dites parfois qu’il faudrait arrêter ? AMIR Je sais que je ne devrais pas faire ça. MARIANA Pourquoi vous avez commencé à le faire ? Vous étiez dans une entreprise légale, avant ? AMIR Je travaillais dans une usine. MARIANA Donc c’est là-bas que vous avez appris à fabriquer des pilules. Vous gagnez plus d’argent maintenant que quand vous travailliez dans cette usine ? AMIR Oui. MARIANA Vous vendez les pilules à des pharmacies, à des distributeurs… ? AMIR Parfois à des distributeurs, parfois à d’autres contacts que j’ai. MARIANA Les pilules restent en Inde, ou elles vont dans d’autres pays ? AMIR Je ne sais pas où elles sont envoyées. MARIANA Vous pensez qu’elles pourraient se retrouver aux États-Unis ? AMIR Oui, c’est possible. Elles peuvent aller à l’étranger. NARRATION N’étant soumis à aucune supervision ni aucun contrôle, les fabricants clandestins comme Amir peuvent utiliser n’importe quels ingrédients, ainsi que des appareils à l’hygiène douteuse. Certains médicaments de contrefaçon saisis par les autorités contenaient du mercure, du ciment, voire même de l’arsenic ou de la mort-aux-rats. Les conséquences peuvent être catastrophiques. PRESENTATRICE 2 Quatre médicaments contre la toux fabriqués en Inde pourraient être liés à la mort de soixante-six enfants en Gambie. NARRATION Quelques jours après notre retour aux États-Unis, nous apprenons qu’un sirop contre la toux contaminé en provenance d’Inde pourrait être à l’origine d’une série d’insuffisances rénales, entraînant la mort de soixante-dix enfants. REPORTER Ces médicaments contiennent des substances utilisées dans des produits antigel, ça ne devrait jamais arriver. NARRATION Les scientifiques estiment que plus de 250 000 enfants meurent chaque année suite à des cas de paludisme ou de pneumonie qui ont été traités avec des médicaments factices ou de mauvaise qualité. J’ai vu ce qui peut provoquer ça, lors de mon passage en Inde. Et je viens de recevoir un message qui me propose de visiter l’un des laboratoires d’un cartel mexicain. Je suis de retour à Mexico : les membres du cartel « La Union » ont enfin accepté de me laisser observer un peu plus leurs activités. MARIANA Quel médicament vous fabriquez, là ? LOCO Des antibiotiques. Des gens me fournissent les boîtes et les flacons vides, pour que je les remplisse avec le produit. MARIANA Et quand vous dites « des gens », ce sont des membres du cartel ? LOCO Souvent, moins on en sait, mieux on se porte. NARRATION La Union m’a accordé une entrevue avec le « docteur Loco », un des chimistes du cartel, qui gère également son propre cabinet médical en toute légalité, ici à Mexico. LOCO Naproxène, paracétamol, triméthoprime avec sulfaméthoxazole… NARRATION Il énumère toute une liste de médicaments qu’il fabrique, dont des antibiotiques, des antalgiques, et certains produits de marque très appréciés. LOCO … et le célèbre Viagra. MARIANA Vous fabriquez de vrais médicaments, ou des factices ? LOCO Dans nos produits, on n’a pas les ingrédients chimiques présents dans les antibiotiques ou les antalgiques. Alors on fabrique une sorte de placebo, qui est inoffensif pour le patient. Ça, c’est un placebo. Il est composé de sucre. MARIANA De sucre ? C’est simplement du sucre ? LOCO Oui, oui. MARIANA Du sucre ordinaire ? LOCO Du sucre ordinaire. Ça, c’est de l’amidon. MARIANA De l’amidon. Ça alors. LOCO L’amidon donne du volume au mélange. MARIANA C’est pas néfaste, mais c’est pas bénéfique non plus. LOCO Ça ne soigne personne, parce que ce n’est pas un vrai médicament. C’est du toc, c’est du bluff. Résultat : le patient va prendre un autre rendez-vous pour obtenir une nouvelle ordonnance, et payer une fois de plus. C’est simplement une méthode pour gagner de l’argent, vous voyez ? MARIANA En tant que médecin, vous avez prêté le serment d’Hippocrate, non ? LOCO Oui, tout à fait. MARIANA Mais ce que vous faites, c’est pas bénéfique pour les gens. Qu’est-ce que vous en dites ? LOCO Voilà comment je vois les choses : je préfère éviter de faire du mal aux patients quand je fais ça. MARIANA D’accord. LOCO J’ai connu des gens qui mettaient d’autres médicaments dans leurs produits… MARIANA Je vois. LOCO … ce qui peut être dangereux. Moi, je fais des produits inoffensifs. J’essaie de me dire que je ne fais rien de mal, que je ne fais de mal à personne. NARRATION Le docteur Loco me dit que chaque jour, des milliers de faux médicaments, comme ces gélules, sont fabriqués dans des laboratoires et usines installés dans tout le Mexique. Et lui-même s’assure que chaque pilule et chaque boîte ressemble parfaitement à celles des produits authentiques. MARIANA Ça alors, il y a même le petit sachet à l’intérieur, comme dans un vrai flacon. LOCO Vous parlez de ça ? MARIANA C’est pour l’humidité. LOCO Oui, pour absorber l’humidité. NARRATION Ce souci du détail me fait repenser à Kristine : je me demande si ses achats sont vraiment les médicaments dont elle a besoin. LOCO Il y a des consommateurs partout, dans tout le pays, dans le monde entier. Et ils achètent les produits sans savoir d’où ils viennent. MARIANA Je vois. LOCO C’est ça, le truc. NARRATION J’ai encore du mal à comprendre comment ces médicaments contrefaits arrivent sur le marché. Où et comment sont-ils vendus ? Alors le cartel m’a dit d’attendre ici, devant un autel de la Santa Muerte. Santa Muerte, la « Sainte Mort », est un personnage folklorique très populaire au Mexique et vénéré par de nombreux membres de la pègre. MARIANA Bonjour, ça va ? Je monte ? NARRATION C’est un lieu de rendez-vous très approprié, puisque je vais assister à une transaction commerciale menée par un tueur à gages. s Tu as une moto devant et une autre derrière, pour assurer ta protection ? AMARILLO Pour assurer ma protection, et la tienne aussi. NARRATION Je suis dans la voiture d’Amarillo, un membre de La Union que j’ai rencontré lors de mon dernier passage ici. MARIANA Qu’est-ce qui se passe ? Ça alors, ils bloquent même la circulation pour nous laisser passer. Et on va où ? AMARILLO Dans une pharmacie. MARIANA Bien, tu as ton micro. Tu peux dire quelques mots ? AMARILLO Un, deux, trois. MARIANA Parfait, je t’entends. NARRATION Amarillo ne veut pas que nos caméras le suivent, mais il est d’accord pour garder son micro afin que j’entende la conversation. MARIANA Je vois la pharmacie. Il nous a dit de ne pas la filmer, mais c’est une pharmacie qui fait l’angle. Il est entré dans le bâtiment. Il y a deux ou trois personnes à l’intérieur. AMARILLO Bonjour. MARIANA Il parle. AMARILLO Bonjour. MARIANA Il salue quelqu’un. PHARMACIENNE Bonjour. AMARILLO Je suis là pour te donner des médicaments qu’on fabrique. Si tu ne les vends pas… on brûle ta pharmacie. MARIANA C’est pas vrai… AMARILLO Tu as une semaine pour nous donner l’argent. Que tu le veuilles ou non, tu vas obéir. PHARMACIENNE D’accord. AMARILLO Je te ferai parvenir les produits. MARIANA Il revient. J’ai entendu la conversation. Elle avait l’air très inquiète, la pharmacienne. AMARILLO Oui. MARIANA Et ça se passe toujours comme ça ? En général, les gens acceptent ? AMARILLO La plupart du temps, ils acceptent parce qu’ils savent déjà comment ça fonctionne. MARIANA D’accord… Je vois. NARRATION C’est donc ainsi que La Union distribue ses médicaments de contrefaçon : en obligeant les pharmacies à les vendre. MARIANA Tu lui as dit que si elle n’obéit pas… AMARILLO … on brûle sa pharmacie. MARIANA Et vous le faites vraiment ? AMARILLO Oui. MARIANA Tu l’as déjà fait, toi ? AMARILLO Plein de fois. MARIANA C’est vrai ? Mais étant donné que tu habites ici, tu n’as pas l’impression de causer du tort aux gens de ton quartier, de ta ville, de ton pays ? AMARILLO Non. MARIANA Tu n’es pas inquiet à l’idée que tes voisins, peut-être même tes proches, vont acheter des médicaments contrefaits ? AMARILLO Mon seul souci, c’est de gagner de l’argent… Dans ce boulot, il n’y a pas de place pour les sentiments. MARIANA Et tu m’as dit que les activités de ton cartel ne se limitent pas à la capitale. Vous faites ça dans tout le Mexique. Est-ce que c’est aussi le cas à la frontière ? AMARILLO Oui. MARIANA À Tijuana ? À Mexicali ? AMARILLO On travaille tout le long de la frontière. MARIANA Pourquoi c’est si important pour vous d’avoir une telle présence à la frontière ? AMARILLO Parce que qu’on étend nos activités. Le marché se développe. NARRATION Des patients désespérés et des fournisseurs sans scrupules : les ingrédients parfaits pour déclencher une catastrophe. PRESENTATRICE 3 Une enquête du L.A. Times révèle que plusieurs pharmacies mexicaines vendent des contrefaçons de médicaments sur ordonnance, contenant du fentanyl et de la méthamphétamine. NARRATION Cette nouvelle a fait le tour des médias seulement quelques semaines après notre retour du Mexique. PRESENTATEUR 3 71 % des dix-sept médicaments testés contenaient des drogues illégales. NARRATION Après tout ce que j’ai vu au cours de ce voyage, ça ne me surprend pas vraiment. C’est la spécialité des cartels : s’enrichir facilement et de manière immorale. Et pour vendre leurs médicaments contrefaits, ils n’ont généralement même pas besoin de leur faire traverser la frontière, puisque de nombreux patients américains désespérés sont prêts à venir au Mexique. Bien évidemment, je suis choquée par l’impitoyable cupidité des cartels qui mettent en danger la vie des patients vulnérables. Mais je pense qu’il faut aussi faire face à nos propres responsabilités, en observant ce qui se passe de notre côté de la frontière. Je suis donc venue à Washington pour demander des explications à une industrie qui semble souvent plus intéressée par les bénéfices que par la santé des patients. ANNE Acheter un médicament de contrefaçon revient à jouer à la roulette russe. Ça peut être du diluant pour peinture, de l’antigel, de la mort-aux-rats, du fentanyl, qui est évidemment mortel avec de telles doses. On n’a aucune garantie. NARRATION Je suis à Washington avec Anne Pritchett, la vice-présidente en charge de la politique et de la recherche du groupe PhRMA . Il fait office de représentant pour les plus grandes entreprises pharmaceutiques du pays, dont la plupart ont vu leurs produits contrefaits par des organisations criminelles. ANNE C’est dix fois plus rentable de vendre des médicaments de contrefaçon que de l’héroïne. MARIANA L’une des missions de PhRMA, en partenariat avec les agences de maintien de l’ordre, est d’empêcher les médicaments contrefaits de parvenir jusqu’aux citoyens. Mais je ne peux m’empêcher d’y voir une certaine ironie : c’est en grande partie l’industrie pharmaceutique qui rend les médicaments hors de prix, ce qui favorise le développement du marché noir. PUBLICITE Washington envisage de fixer le prix de certains médicaments, mais ça n’empêchera pas les assurances d’augmenter les prix qu’elles vous facturent. NARRATION Rien qu’en 2022, PhRMA a dépensé 29,2 millions de dollars, soit davantage que n’importe quel autre lobby, et a consacré une grande partie de ce budget à lutter contre la limitation du prix des médicaments. MARIANA Beaucoup de gens nous ont dit que s’ils risquent leur vie en achetant des médicaments au Mexique ou en Inde, c’est parce qu’ils ne peuvent pas les payer aux États-Unis. À votre avis, comment se fait-il que les médicaments coûtent plus cher aux Américains qu’à n’importe qui d’autre ? ANNE Je pense que ce n’est pas vraiment comparable. Tout d’abord, aux États-Unis, nous estimons que le choix du patient et celui de son médecin sont très importants, et que les patients doivent avoir accès aux meilleures innovations qui existent. MARIANA Je vois. ANNE Les États-Unis font partie des leaders mondiaux en recherche biopharmaceutique, et pour nous, ce système a fait ses preuves. MARIANA Vous avez discuté avec des Américains qui n’arrivent pas à payer leurs médicaments ? ANNE Pas personnellement, non. MARIANA Ce n’était pas une question piège, je trouve ça vraiment intéressant, parce que j’ai passé du temps à écouter leurs histoires, et elles sont bouleversantes. Et j’ai bien conscience que c’est une industrie à but lucratif, mais je trouve justement qu’il y a une forme de conflit d’intérêt, et que les citoyens n’ont personne pour défendre leurs droits dans ce contexte. ANNE Je ne parlerais pas de conflit d’intérêt, sachant que nos médicaments sauvent des vies… MARIANA Mais si on ne peut pas les acheter, ils ne sauvent personne. ANNE Pour moi, c’est la preuve que notre système d’assurance ne fonctionne pas correctement, parce que ses acteurs augmentent les coûts de coassurances et les frais non pris en charge, tout en empochant des marges substantielles. Alors pour moi, le fait de simplement reprocher à une industrie d’avoir des prix trop élevés ne constitue pas un argument valable. MARIANA Je ne dis pas que c’est la faute d’une seule industrie, je pense que tout le système est défaillant. Et d’autres pays ont pu trouver des solutions en faisant intervenir le gouvernement pour limiter les prix. ANNE Et donc, limiter la disponibilité et l’accès aux médicaments. Ce n’est pas ce que veulent les Américains. MARIANA Mais j’en reviens à ce que je disais : un médicament n’est utile que si on peut l’acheter. NARRATION Le groupe PhRMA rejette volontiers la responsabilité de ces dysfonctionnements sur les assurances et les politiciens, en ajoutant que les bénéfices de l’industrie pharmaceutique sont réinvestis dans la recherche. Mais les chiffres semblent dire le contraire. En 2021, sept des dix plus grandes entreprises pharmaceutiques ont consacré à leur service commercial et marketing un budget supérieur de 37 % par rapport à celui de la recherche. Et ces dix entreprises ont engrangé 102 milliards de dollars de bénéfices cette même année, soit une augmentation de 137 % par rapport à 2020. ERIN Fondamentalement, le système de santé américain sert les intérêts des sociétés et des industries qui en ont progressivement fait une source de bénéfices. Je pense que d’un point de vue moral, les prix que les entreprises pharmaceutiques se mettent à pratiquer sont clairement excessifs. MARIANA Josh, que pensez-vous du système de santé américain ? JOSH Je pense qu’il est détraqué… C’est quand même fou que dans le pays le plus riche du monde, les citoyens ne puissent pas se payer les médicaments dont ils ont besoin, et qu’ils soient obligés de venir dans ce que beaucoup d’Américains voient comme un pays très pauvre pour pouvoir enfin se les procurer. MARIANA Oui. KRISTINE Je n’ai rien fait pour attraper ces maladies, elles sont génétiques et la plupart ont démarré entre mes dix et mes trente ans. MARIANA Oui. JOSH Alors je pense qu’il faut arrêter de culpabiliser les gens et de considérer que c’est à eux de se débrouiller. Parce qu’on vit dans un système où c’est très dur de retrouver la santé. MARIANA Je vois. NARRATION Tant que les États-Unis feront passer les bénéfices des grandes entreprises pharmaceutiques avant le bien-être des citoyens, nous aurons notre part de responsabilité dans le développement des cartels et du marché noir qui profitent de notre système défaillant pour s’enrichir.