ACTOR_OF_MAJOR_AKBAR_KHAN AKBAR_KHAN_TESTIMONY ARCHIVE_VO CHAUDRY_WALI_MOHAMMAD_TESTIMONY DIYA_GUPTA DOREEN_STEVENS GHEE_BOWMAN INTERVIEWER MAJOR_AKBAR_KHAN_MEMOIRS MEMOIR_OF_TOM_HEXLEY MOHAMMAD_ZUBAIR MOHAMMED_ZUBAIR NARRATEUR PROFESSEUR_MARCUS_COX SAHID_KHAN SHAHID_KHAN SIDDIQ_AHMED_EXCERPT STEPHEN_WOODSON SYED_HASHMI TESTIMONY_OF_INDIAN_SOLDIER TITRE_SÉRIE TITRE_ÉPISODE YOHURU_WILLIAMS YVONNE_LATTY ZEENUT_ZIAD MAJOR AKBAR KHAN MEMOIRS Dunkerque est désormais en ruines. Il n'y a pas eu de préparation. Les Français auraient dû mieux planifier, les Britanniques auraient dû mieux planifier. NARRATEUR Au cœur de ce chaos, se trouve un groupe d'hommes dont vous n'avez probablement jamais entendu parler. Un régiment indien de l'armée britannique, l'unité K6. Son altruisme et ses exploits sur cette plage de Dunkerque contribueront à sauver les Alliés d'une défaite écrasante. MAJOR AKBAR KHAN MEMOIRS Je refuse de me laisser guider par les peurs. Et j'ai cru à la lutte pour la liberté, quel qu'en soit le prix. NARRATEUR Plus de 8 millions de personnes de couleur ont servi dans les rangs Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. YOHURU WILLIAMS Troupes indiennes, afro-américaines, asiatiques... NARRATEUR Mon grand-père était l'un de ces hommes. Un soldat de couleur dont le rôle dans la guerre n'a jamais été honoré. GHEE BOWMAN Ces soldats ont vraiment littéralement été occultés de l'histoire. NARRATEUR Ainsi, nous avons recherché leurs descendants et exhumé des archives oubliées afin de redonner à ces héros méconnus la place qui leur revient. DOREEN STEVENS Ils n'étaient pas censés consigner les faits lorsqu'ils étaient dans l'armée, mais lui l'a fait quand même. Il nous a apporté des preuves de ce qui s'est réellement passé. NARRATEUR Cette série réexamine quatre des plus grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale. Et pose la question : qui étaient ces hommes ? STEPHEN WOODSON Ce sont des hommes qui ont été au-delà de leur devoir. NARRATEUR Quel a été leur rôle dans la guerre la plus importante des temps modernes ? YVONNE LATTY Leurs histoires méritent d'être valorisées et non effacées. NARRATEUR Et comment leurs expériences ont-elles façonné notre monde actuel ? TITRE SÉRIE TITRE ÉPISODE NARRATEUR C'est une cargaison spéciale qui sort de ce navire. Elle est destinée à approvisionner les troupes en première ligne soumises à la rigueur de l'hiver français. Ce sont ces hommes qui gèrent cet équipement. L'unité K6 de l'Armée indienne britannique. Ce sont des volontaires, originaires de la région du Punjab, dans l'actuel Pakistan. Ils vont combattre sur la ligne de front au sein du corps expéditionnaire britannique contre l'Allemagne nazie. Cette cargaison est constituée de mules de guerre. SYED HASHMI Mon arrière-grand-père disait : "une mule n'est pas comme un chien. Elle a son propre esprit". Ce sont des animaux précieux qui ont parcouru un long chemin. Ils ne sont pas facilement remplaçables. Les mules sont très résistantes et l'armée britannique des Indes avait une grande expertise en matière d'approvisionnement des zones inaccessibles à l'aide de ces mules. YVONNE LATTY L'acheminement des fournitures est un travail périlleux. Il se déroule au cœur des zones de combat. Ces bêtes étaient indispensables à l'approvisionnement. Elles contribuaient à garder les hommes en vie. NARRATEUR Malgré le rôle crucial qu'elle a joué, l'unité K6 n'est pas évoquée dans le récit officiel de l'histoire de Dunkerque. Mais grâce aux archives de guerre et aux journaux intimes, nous avons reconstitué l'histoire de quatre hommes. Leurs écrits se sont transmis de génération en génération et nous restituons leurs paroles à travers des acteurs. NARRATEUR Voici le capitaine Anis Khan, officier anglophone et aristocrate. Cet homme s'appelle Siddiq Ahmed. En Inde, il est assistant chirurgical dans un hôpital. Et voici Chaudry Wali Mohammed, âgé d'à peine 22 ans lorsqu'il débarque en France. Et enfin le major Akbar Khan, un vétéran de la Première Guerre mondiale et le seul homme du groupe à avoir effectué du service actif. SYED HASHMI Je m'appelle Syed Hashmi. Je suis l'arrière-petit-fils aîné du général de division, Mohammed Akbar Khan. Voici une photo de mon arrière-grand-père avec les hommes de son régiment. Je me le représente ainsi, entouré des gens qui lui tiennent à cœur, les hommes de son unité, fiers et professionnels. C'est ce qui me frappe sur cette photo. Je me souviens qu'il était la personne la plus majestueuse que j'aie jamais rencontrée. C'était aussi un homme de très grande taille. Pour nous, c'était littéralement un géant. Ce qui est intéressant à propos de mon arrière-grand-père, c'est qu'il est monté en grade. Il a commencé comme simple recrue, au plus bas de l'échelle, puis il est devenu officier et a été appelé à se rendre en France. AKBAR KHAN TESTIMONY L'unité indienne K6 a été le premier renfort à partir de l'Inde vers la France. Il s'agissait d'une formation nouvelle et unique. Elle n'existait pas en temps de paix. NARRATEUR Au cours des six mois qui vont suivre, l'expérience de ces hommes dans le chaudron de la bataille va affecter non seulement la trajectoire de cette guerre, mais aussi le destin d'un empire. DIYA GUPTA Selon le mythe répandu, la Grande-Bretagne a combattu seule dans cette guerre. Mais en réalité, elle a été menée par l'Empire britannique. Lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté, l'Inde vivaiit sous un régime colonial depuis près de deux siècles. C'était une colonie pauvre et les hommes s'engageaient parce qu'ils avaient accès à de meilleurs soins, à la médecine, à une meilleure alimentation et à davantage d'opportunités d'emploi pour subvenir aux besoins de leurs familles. Deux millions et demi d'hommes originaires d'Inde se sont engagés. On considère généralement qu'il s'agit de la plus grande armée de volontaires au monde. NARRATEUR Alors, à quoi ces hommes sont-ils confrontés lorsqu'ils arrivent en Europe ? L'Allemagne a déjà progressé vers l'est et se tourne maintenant vers la France. La Grande-Bretagne rassemble donc un corps expéditionnaire pour combattre les nazis. En ce qui concerne le régiment K6, les unités d'Akbar et de Chaudry Wali sont envoyées de Marseille à la périphérie de Lille. Le capitaine Anis et l'infirmier Siddiq reçoivent l'ordre de se diriger directement vers l'ennemi, à proximité des fortifications alliées, la célèbre ligne Maginot. Leur mission est cruciale et périlleuse. GHEE BOWMAN Les chars, l'artillerie, l'infanterie... avaient besoin de matériel, de munitions, de nourriture. Avec ses hommes et ses mules, l'unité K6 participe donc à cet énorme déploiement logistique jusqu'à la ligne de front. NARRATEUR Mais sur le terrain, des hommes expérimentés comme le major Akbar commencent à douter des défenses alliées. Il comprend à quel point ses hommes sont exposés au danger. SYED HASHMI Dans ses écrits, mon arrière-grand-père trouvait les Français suffisants. Il pressentait ce qui allait arriver et il doutait de leur préparation. GHEE BOWMAN Le 10 mai 1940, la guerre éclair commence. Les Allemands attaquent simultanément les Pays-Bas, la Belgique et la France. Plutôt que d'affronter la ligne Maginot, ils la contournent. Les chars filaient à grande vitesse en direction du chenal. C'était la panique générale. PROFESSEUR MARCUS COX Les Britanniques et les Français étaient censés combattre en tant qu'unité. Les Britanniques au nord, les Français au sud. Mais les Allemands ont coupé entre les deux armées et les ont divisées. GHEE BOWMAN Les choses se sont passées incroyablement vite. En l'espace de quelques jours, l'armée française a été complètement décimée et la décision a donc été prise de rapatrier la majorité de l'armée britannique de l'autre côté de la Manche, en Angleterre. NARRATEUR Churchill disait : "les guerres ne se gagnent pas par des évacuations". Mais celle-ci allait devenir l'une des opérations les plus déterminantes de tout le conflit. L'évacuation de Dunkerque. GHEE BOWMAN Le major Akbar a reçu l'ordre de quitter ses positions et de se diriger vers la côte en direction de Dunkerque. Tout en étant parfaitement conscient de la présence de la Luftwaffe dans le ciel et des chars allemands à proximité. NARRATEUR Depuis son camp dans le nord de la France, Akbar s'emploie à trouver le moyen de se frayer un chemin dans la hiérarchie de l'armée britannique pour sortir ses hommes de cet enfer. DIYA GUPTA L'armée indienne sous les Britanniques était soumise à une structure fondamentalement raciste. Au départ, il n'y avait pas d'officiers indiens, tous les officiers étaient britanniques et blancs. L'armée reposait donc sur une dynamique de pouvoir très asymétrique. À partir des années 20 et 30, on assiste à une véritable poussée vers l'indianisation. Il s'agissait d'hommes indiens éduqués, issus de la classe moyenne, qui disaient : "Nous méritons aussi notre place dans la classe des officiers". NARRATEUR L'ascension du major Akbar peut être reconstituée grâce aux récits qu'il a faits à nombre de ses descendants. SHAHID KHAN Je m'appelle Shahid Hasan Khan et je suis le petit-fils du général de division Mohammad Akbar Khan. Sur cette photo, on remarque qu'il s'impliquait pleinement auprès de ses hommes. Il dînait avec eux. Contrairement aux officiers britanniques de l'époque, qui étaient très hautains, Akbar Khan considérait chacun des soldats comme sa propre famille et c'était sans doute l'une des raisons principales de son succès en tant que commandant. Il était le seul officier de couleur. Très peu d'entre eux ont réussi à gravir les échelons et à être reconnus comme quelqu'un d'important. Mon grand-père a écrit qu'il était responsable de la sécurité de 300 hommes. Ce fût l'expérience la plus troublante qu'il ait jamais vécue. Il avait déjà combattu en tant que soldat pendant la Première Guerre mondiale. Il avait vu les ravages de la guerre, il avait vu le sang couler. Il savait à quoi s'attendre, c'était un vrai défi. Pourtant, il était déterminé à ne pas laisser ses hommes derrière lui et à les épargner autant que possible. SYED HASHMI Lorsque les Allemands ont envahi la France, si vous lisez les mémoires de mon arrière-grand-père, il raconte : "Vers 16 heures, j'ai reçu l'ordre de dire à mes hommes d'abandonner leurs armes, afin qu'ils essaient de rejoindre sur le champ les plages de Dunkerque". En gros, de fuir pour sauver leur peau. MAJOR AKBAR KHAN MEMOIRS Je ne pouvais pas croire ce que j'avais entendu. Comment pouvait-on déposer les armes et se rendre à l'ennemi tout en échappant au châtiment prévu pour un déserteur ou un lâche ? En tant que musulman, je refusais de me laisser guider par les peurs et je croyais en la lutte pour la liberté, quel qu'en soit le prix. ACTOR OF MAJOR AKBAR KHAN Compagnie ! SYED HASHMI Il a donc réuni ses hommes et leur a dit : "Nous sommes dans le même bateau, nous allons nous en sortir ensemble". Il n'y avait pratiquement aucune implication de la part de ses supérieurs, de sorte qu'il s'est retrouvé seul, dans un pays étranger, avec des mules. Il y a une expression qui dit que l'on ne se rend pas dans une fusillade armé d'un couteau. Il avait des mules quand des chars d'assaut étaient à ses trousses. NARRATEUR Au lieu de se disperser, Akbar et ses hommes entament une retraite ordonnée vers le port de Dunkerque, situé à environ 80 kilomètres, pour y être évacués. Mais l'autre unité K6 se trouve à environ 400 kilomètres de là. L'infirmier Siddiq Ahmed et le capitaine Anis Khan sont au cœur de l'action. NARRATEUR Anis propose un plan pour échapper aux Allemands. Mais son commandant s'y oppose farouchement. Ils restent donc sur place, malgré le risque d'être capturés, ou pire encore. Anis est un exemple rare. Il fait partie d'une poignée d'Indiens formés à la célèbre académie des officiers britanniques de Sandhurst, en Angleterre. Un environnement difficile qui l'expose au mépris général. Pour autant, il ne s'est jamais découragé. MEMOIR OF TOM HEXLEY La gravité de la situation commence à être perçue par tous, mais l'attitude des hommes demeure intacte. ZEENUT ZIAD Je m'appelle Zeenut Ziad et je suis la plus jeune enfant du général de division Sahibzada Anis Ahmad Khan. On pourrait définir mon père par deux mots : intégrité et dignité. Il avait un sens aigu de la justice. Et quel stoïcisme ! Il ne se plaignait jamais. Sur cette photo classique, il apparaît comme un père de famille heureux, entouré de ses enfants. Une semaine après cette photo, il a été mobilisé. Sa vie a changé à jamais. NARRATEUR Il faut imaginer la situation du major Anis. Un officier formé qui doit suivre les ordres même s'il pense que ces ordres mettent en danger la vie de ses hommes. Avec l'épuisement progressif des réserves, leurs options se restreignent. GHEE BOWMAN Il est probable qu'Anis et les hommes de cette compagnie avaient la sensation grandissante d'être coupés du monde, et que cela ne faisait qu'accroître leurs doutes en cette période de grande incertitude. Comment allaient-ils s'extraire de ce terrible pétrin ? ARCHIVE VO En juin 1940, Hitler perce les défenses occidentales et envahit la France. DIYA GUPTA À ce stade, la France avait capitulé devant l'Allemagne. Elle entamait des négociations de paix avec l'occupant, dont les forces avaient réellement pris le dessus. GHEE BOWMAN La France a été vaincue en quelques semaines. Personne ne s'attendait à ça. NARRATEUR L'ordre d'évacuer l'unité de Siddiq Ahmed et du capitaine Anis Khan finit par arriver. Mais il est trop tard pour rejoindre Dunkerque. Ils doivent donc se diriger vers la Suisse neutre, soit un périple de 160 kilomètres à travers une terre occupée par l'ennemi. De nombreuses autres unités alliées s'échappant vers la Suisse sont interceptées. PROFESSEUR MARCUS COX Des milliers de soldats britanniques ont malheureusement été capturés. Les prisonniers de guerre étaient détenus dans des camps qui s'étendaient de la Pologne à l'Italie. ZEENUT ZIAD Ils n'avaient aucune idée de ce que les Allemands allaient faire à leurs prisonniers de guerre. Certains d'entre eux avaient été massacrés. Ce courrier est adressé à ma mère : "Chère Madame, le message câblé suivant a été reçu par ce bureau de la Croix-Rouge internationale, à Genève. J'ai le regret de vous informer que le capitaine Anis a été fait prisonnier." NARRATEUR Anis et Siddiq ont presque réussi. Ils sont capturés à quelques jours de la frontière suisse. Nous reviendrons sur leur histoire plus tard. Akbar et Chaudry Wali ne sont plus qu'à 30 kilomètres de leur lieu d'évacuation sur les plages de Dunkerque. Mais les dangers auxquels ils sont confrontés face à l'ennemi qui se rapproche augmentent d'heure en heure. SYED HASHMI L'une des choses qui ressort des mémoires de mon arrière-grand-père c'est l'aspect éprouvant de leur périple. Une fois, ses hommes ont marché presque sans interruption pendant 36 heures. La Luftwaffe pilonnait la zone. Au fil de leur progression, leurs réserves s'amenuisaient. Il n'y avait rien pour le protéger, lui et ses hommes. Ils étaient livrés à eux-mêmes. NARRATEUR Des conditions effroyables pour un homme comme Chaudry Wali, si jeune. On connaît les détails de cet épisode grâce au récit qu'il en a fait à sa famille. MOHAMMAD ZUBAIR Mon père était Chaudry Wali Mohammad. Il s'est engagé dans l'armée très jeune. Il n'avait que 17 ans. Il venait d'un petit village et il n'avait sans doute aucune idée de ce que représentait l'Europe. Il nous racontait beaucoup d'histoires quand j'étais jeune. Les Allemands multipliaient les bombardements de nuit, ce qui provoquait beaucoup d'incendies. À tel point que le ciel était éclairé comme en plein jour. Tout était en feu. Ça devait être très effrayant de se retrouver si loin de son pays et de sa famille, dans une région inconnue. GHEE BOWMAN Ils ont rejoint Cassel, une ville de taille moyenne sur le chemin. Ils n'étaient manifestement pas préparés à ce qui allait se passer. La route était jonchée de cadavres et d'animaux morts. Ils avaient atteint la ligne de front et subissaient les attaques Allemandes. SYED HASHMI Mon arrière-grand-père a dû prendre une décision difficile. Il menait un long cortège d'hommes et de mules qui constituaient une cible facile pour l'ennemi. Les mules rendaient ses hommes plus visibles et plus vulnérables. Il a donc fallu s'en débarrasser. La survie de ses hommes a déterminé son choix. SAHID KHAN Et cela a dû être vraiment déchirant pour Akbar et ses hommes, parce qu'ils étaient attachés à ces animaux. Depuis de très nombreuses années, ils avaient travaillé avec eux, ils s'étaient entraînés avec eux. Ils étaient donc très liés à ces mules. NARRATEUR Il n'y a que peu de place pour les sentiments. Il ne leur reste plus que 29 kilomètres à parcourir, mais il leur faudra un courage extraordinaire pour affronter jour après jour les tirs ennemis. Akbar et Chaudry Wali ont dû se demander s'ils allaient s'en sortir vivants. Lors de l'évacuation de Dunkerque, un soldat sur cinq est capturé et emprisonné. PROFESSEUR MARCUS COX L'Allemagne nazie a exploité plus d'un millier de camps de prisonniers. La vie dans ces camps était particulièrement difficile. GHEE BOWMAN Anis a passé toute la guerre dans des camps de prisonniers. Soit près de cinq ans dans différents stalags. Ce n'étaient pas des conditions enviables. ZEENUT ZIAD On sait que de nombreuses personnes sont mortes de la tuberculose dans les camps. Mon père a perdu la plupart de ses dents. Sa vue s'est affaiblie. La famine, le froid, le manque d'installations médicales. Ça devait être très dur. NARRATEUR À cette époque, Anis est l'un des rares officiers indiens prisonnier des Allemands. DIYA GUPTA Je suis convaincue que des hommes comme Anis ont été témoins de préjudices quotidiens. Je repense au récit d'un autre officier indien en Europe, qui disait que les plus grandes dissensions auxquelles il avait été confronté ne provenaient pas tant de ses gardes allemands, mais des officiers britanniques blancs qui n'appréciaient pas sa présence et le considéraient comme un imposteur. NARRATEUR Les prisonniers de même nationalité sont généralement enfermés ensemble. Mais à cause de ses compétences, Siddiq est transporté d'un camp à l'autre. GHEE BOWMAN Siddiq était considéré comme un médecin. On les traitait différemment. Ils devaient travailler en tant qu'infirmiers et se déplaçaient certainement dans différents camps de prisonniers. NARRATEUR À présent, Siddiq attend son heure. Comme tout bon héros, il a un plan. GHEE BOWMAN Siddiq et deux autres officiers se trouvaient dans le sud de la France, tout près des Pyrénées et de la frontière espagnole. L'Espagne était un pays neutre pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils savaient que s'ils parvenaient à franchir ces montagnes, ils seraient libres. SIDDIQ AHMED EXCERPT J'ai reçu l'ordre de partir en train pour le Stalag 232, dans la région de Bayonne. Auparavant, j'avais prévu de m'évader lorsque l'occasion se présenterait. Je possédais 500 francs que j'avais cousus dans la couture de mes bottes. À 4 heures du matin, notre train de prisonniers de guerre s'est arrêté dans une petite gare appelée Sainte-Marie. À ce moment-là, les gardes dormaient. Lorsque le train est sorti de la gare, nous avons réussi à sauter et à nous enfuir sans être vus. GHEE BOWMAN Pour des soldat indiens, s'évader en France en 1943 n'était pas chose aisée. En outre, ils ne se fondaient pas vraiment dans le décor. Ils n'avaient rien à manger, les Allemands les recherchaient et ils ne savaient pas où ils allaient. GHEE BOWMAN C'était un sacré pari. SIDDIQ AHMED EXCERPT Le temps était extrêmement froid et nous avions du mal à nous procurer de la nourriture. Nous avons vécu pendant trois jours avec seulement deux pommes de terre chacun. De là, nous avons tracé notre propre chemin à pied. Après un périple d'une dizaine de jours, nous avons finalement atteint Andorre, où les propriétaires de l'hôtel local nous ont nourris et logés. Nous avions réussi à atteindre la liberté. NARRATEUR Le peu que nous savons de la remarquable évasion de Siddiq provient d'un récent travail d'investigation. GHEE BOWMAN Il était originaire d'un village situé juste à l'extérieur de Delhi, et je n'ai jamais réussi à retrouver l'un de ses parents qui vivrait encore aujourd'hui. Pourquoi cette histoire est-elle si cachée ? Pourquoi n'a-t-elle pas été écrite, ou rendue publique ? Elles sont pourtant là, on peut les trouver dans les archives. Les documents existent, mais ils n'apparaissent pas dans le discours public, dans la mémoire collective de ce pays. NARRATEUR Au-delà de cette aventure, il n'y a pas grand-chose dans les archives au sujet de Siddiq. Il est mentionné qu'il a embarqué sur un bateau pour l'Inde via le Caire. Souhaitons qu'il a revu sa famille et qu'il a eu une belle vie. Retour en France. Après huit jours de route, l'unité d'Akbar arrive enfin sur la côte nord de l'Hexagone. La ville est attaquée. Devant eux, c'est le chaos. La suite sera communément appelée "Le miracle de Dunkerque". SYED HASHMI Lorsque mon arrière-grand-père et son unité ont atteint Dunkerque, la folie régnait. Il y avait de la peur, du désespoir. C'était déchirant. GHEE BOWMAN La Luftwaffe bombardait la plage. Les Allemands étaient partout. Il régnait une sensation d'apocalypse... CHAUDRY WALI MOHAMMAD TESTIMONY Tout était en feu. Tout Dunkerque était en flammes. Le navire sur lequel nous devions embarquer avait été coulé. NARRATEUR Il est clair pour Akbar qu'il n'y a pas assez de bateaux pour évacuer les plus de 300 000 hommes qui vont se presser sur la plage. À ce stade, le courage dont il va faire preuve est extraordinaire. GHEE BOWMAN Ils n'avaient pas d'équipement. Ils n'avaient que leurs uniformes et peut-être leurs gourdes d'eau, et ils marchaient le long de la plage, en rang, comme une seule unité, comme un seul groupe. J'imagine les Tommies britanniques et les Français observant cette extraordinaire démonstration de résilience, de force et de ténacité face à cette situation dantesque. NARRATEUR Bien sûr, cet acte de leadership exemplaire n'a pas été filmé, et les archives de Dunkerque ne peuvent donc pas refléter le tableau complet. Les attaques ennemies se poursuivent par vagues. Akbar attend jour après jour, parmi des milliers d'autres sur la plage, l'ordre d'évacuation. Dans l'intervalle, lui et ses hommes risquent leur vie pour un objectif plus noble, celui d'aider le plus grand nombre de soldats à se mettre en sécurité. SYED HASHMI Alors qu'ils sont déjà sur cette plage depuis six jours, un lieu d'enfer, ils ne s'enfuient pas, ils ne rompent pas les rangs, ils laissent les autres les précéder. AKBAR KHAN TESTIMONY Mes hommes, au nombre d'environ 300, se sont comportés de façon exemplaire jusqu'au moment de leur embarquement. Ils étaient ordonnés, donc plus rapides et plus faciles à embarquer. Notre régiment s'est révélé être un excellent ambassadeur de l'Inde. SYED HASHMI Mon arrière-grand-père a aidé à l'embarquement d'autres troupes, puis de la sienne. Si ce n'est pas de l'héroïsme, alors le sens de ce mot m'échappe. PROFESSEUR MARCUS COX Dunkerque a fini par devenir un symbole d'espoir. En sauvant ces hommes, ils ont gagné du temps et ont pu se battre un jour de plus. Ce temps a fait la différence entre la victoire et la défaite. NARRATEUR Le Premier ministre britannique, Winston Churchill, aura ce mot célèbre sur les évacuations de Dunkerque, saluant ce " miracle de la délivrance". Les actions de l'unité K6 sont un exemple méconnu de l'héroïsme qui s'est manifesté sur cette plage. Akbar et Chaudry Wali doivent être soulagés d'atteindre enfin les côtes de l'Angleterre. Ils vont maintenant découvrir la vie dans la mère patrie de l'Empire britannique. DIYA GUPTA Il est intéressant de se demander comment ces hommes se sont adaptés à la vie ordinaire en Grande-Bretagne, à cette époque. GHEE BOWMAN De la Grande-Bretagne ils ne connaissaient que les gens qu'ils avaient rencontrés en Inde, c'est-à-dire les militaires et cette vaste classe moyenne. Ils étaient habitués à une situation où les Britanniques blancs dirigeaient et où les Indiens étaient soumis. Or là, ce n'était pas le cas. MOHAMMED ZUBAIR Ils ont dû voir la façon dont les gens vivaient, au Royaume-Uni, et ont dû être très surpris de constater qu'ils n'étaient pas différents de ceux de leur pays d'origine. DIYA GUPTA Le fait de percevoir les Blancs comme vos égaux peut vraiment vous amener à penser que vous méritez l'égalité des droits. NARRATEUR Dans un premier temps, ils sont sous les feux de la rampe et leurs contributions sont reconnues. Nous avons trouvé cette séquence cachée dans les archives. Akbar Khan présente fièrement son unité à l'inspection. Mais ces images relèvent plus de la manipulation que de la reconnaissance. GHEE BOWMAN La raison de leur présence, c'est qu'ils étaient considérés comme des ambassadeurs de l'Empire britannique, des ambassadeurs de l'Inde. DIYA GUPTA La Grande-Bretagne recrutait donc à travers l'ensemble de l'Empire britannique, et l'on a vraiment le sentiment qu'il fallait augmenter le nombre d'hommes si la Grande-Bretagne voulait survive à la guerre. NARRATEUR Au cours de la guerre, la mise en valeur d'actes comme ceux accomplis par l'unité K6 incite des millions d'hommes de l'Empire à s'engager. PROFESSEUR MARCUS COX En 1943, les premières victoires alliées de la Seconde Guerre mondiale commencent à se dessiner. Les forces alliées regroupent des soldats du monde entier qui remplissent de nombreuses fonctions et obtiennent d'excellents résultats. NARRATEUR C'est ainsi que, sur les champs de bataille, sont semées les graines de l'indépendance pour de nombreuses nations de l'empire. La lutte contre l'oppression nazie se transforme en une lutte contre une oppression plus large. Pour l'Inde, cela signifie affronter directement les colons britanniques au pouvoir. DIYA GUPTA Les gens avaient cru que des négociations étaient possibles avec les Britanniques, qu'ils pourraient obtenir des droits politiques et que certaines libertés leur seraient accordées. Mais dans les faits, la situation s'est aggravée. NARRATEUR À l'image de ses soldats, l'Inde se transforme après la guerre. DIYA GUPTA Ils sont certainement revenus avec un sens accru de ce qui leur était dû, de leurs droits et de leurs demandes légitimes. SYED HASHMI Ainsi, 2,5 millions de soldats avaient découvert le monde, et mon arrière-grand-père a décrit comment ses propres hommes avaient été transformés par cette guerre. Ils s'étaient battus pour des droits auxquels ils n'avaient pas accès dans leur propre pays. NARRATEUR En 1946, c'est un sentiment partagé par de nombreux membres d'un puissant mouvement de libération de l'Inde. TESTIMONY OF INDIAN SOLDIER J'étais sorti indemne d'une guerre. Une guerre menée pour mettre fin à la domination nazie. J'ai commencé à me poser des questions. De quel droit les Britanniques régnaient-ils sur notre pays ? NARRATEUR Pour ces anciens prisonniers de guerre, la question de savoir ce qui rend un homme vraiment libre devient essentielle. ZEENUT ZIAD Mon père est l'officier indien qui est resté le plus longtemps prisonnier de toute la Seconde Guerre mondiale. Leur retour en Inde après le conflit a accéléré l'indépendance. Je pense que les Britanniques avaient vu les signes avant-coureurs. DIYA GUPTA Le mouvement "Quittez l'Inde" a donc été le point culminant de la protestation anticoloniale de l'époque, en Inde. Ce pays aussi vaste était très divisé par classe, par sexe, par profession, ce qui affectait la façon dont les gens envisageaient des choses comme la liberté politique. NARRATEUR Bien entendu, chacun des principaux groupes religieux de l'Inde, sikhs, hindous, musulmans, a une idée différente de ce qu'est l'indépendance. Lorsque les Britanniques déclarent qu'ils vont diviser le pays selon des critères religieux, il s'en suit une partition désastreuse. DIYA GUPTA La Partition est donc le partage de l'Inde occupée par les Britanniques en trois États-nations : l'Inde moderne, le Pakistan et le Bangladesh, qu'on appelait alors le Pakistan oriental. Et cela a conduit à des niveaux effroyables de violences communautaires. SYED HASHMI La manière dont la Partition a été gérée, le départ brusque des Britanniques, c'est l'une des grandes tragédies de l'histoire. DIYA GUPTA Des communautés qui avaient vécu ensemble dans une relative harmonie ont été forcées de se considérer comme différentes. Et souvent, la ligne de démarcation traversait un village. Des millions de personnes ont été déplacées. Elles ont perdu leurs biens, leurs terres, l'endroit qu'elles appelaient leur maison. Le nombre exact de morts n'est pas connu, mais il se situe entre un et deux millions. Nous vivons avec l'héritage de ce qui a été accompli durant cette époque tumultueuse. C'est une façon tragique de concrétiser les espoirs et les rêves après deux siècles de domination coloniale. SYED HASHMI Mon arrière-grand-père voulait la liberté pour l'Inde, et il pensait que ses luttes, ses sacrifices tendaient vers cet objectif. Toutes les épreuves qu'il avait endurées visaient à construire un monde meilleur. Il avait vu la violence de près et je pense, que, quelque part en lui, il éprouvait un profond sentiment de gâchis que les événements aient pris un tour si sanglant, que les fratries s'entretuent. Cette tragédie l'a certainement affecté. ZEENUT ZIAD Mon père a décidé de rester en Inde. Mais il avait perdu ses illusions et, comme beaucoup de musulmans, il est parti au Pakistan. Les souffrances psychologiques et émotionnelles ont dû avoir un impact sur son cœur. Il a eu une crise cardiaque foudroyante. Il n'est resté qu'un jour à l'hôpital avant de s'éteindre. Il n'avait que 62 ans. INTERVIEWER Il vous manque ? ZEENUT ZIAD Oui... Encore à ce jour. J'ai eu beaucoup de chance d'avoir un tel père, je pense que peu de gens ont cette chance. MOHAMMAD ZUBAIR Mon père a mené deux guerres, il a non seulement libéré l'Europe, mais aussi l'Inde. Il avait 104 ans lorsqu'il est décédé. Il a eu une bonne vie, une longue vie, en très bonne santé. Il en a profité. SYED HASHMI Je comprends mieux qui il était et ce qu'il a fait. Il a combattu pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale, et il a fait tous ces sacrifices parce qu'il voulait construire un monde meilleur. Plus les années passent, plus j'ai conscience de me tenir sur les épaules d'un géant. NARRATEUR Après leur retour au pays, les histoires des hommes de l'unité K6 à Dunkerque tombent dans l'oubli. Tandis que l'Empire britannique s'effondre, leurs contributions s'estompent. GHEE BOWMAN Il me paraît important de faire émerger ces faits de l'ombre et de les mettre en lumière pour que les gens les connaissent, en entendent parler et en soient fiers. NARRATEUR Se souvenir de ces hommes aujourd'hui est un hommage à tous ceux qui se battent pour la liberté.