BELLAMY BRITTANY CHEVIE ELOVIE GILBERT INARA KALEB KATIE KYLE MARIO MARIO J'ai vu beaucoup de traces de lagop�des dans ces petits saules, juste l�. Elles n'ont pas l'air tr�s fra�ches mais c'est dur � dire ici, le vent qui a souffl� a d� les recouvrir, et il manque plein de bourgeons. Je crois qu'il y a eu pas mal de lagop�des qui les ont mang�es, je vais voir si je trouve plus de traces en avan�ant de ce c�t�. J'aurais d� mettre les raquettes. Qu'est-ce que c'est profond... Oh l� l�, toute cette neige. J'arrive � cours du gros gibier que j'ai chass� � l'automne, il me faut du petit gibier pour subsister et c'est le premier hiver o� je pars � l'aff�t des lagop�des. Je vois plein de traces, mais pas d'oiseaux. C'est difficile parce qu'on ne peut pas s'attendre � trouver toute une vol�e d'oiseaux derri�re le moindre arbuste. Il faut se donner du mal. Ces traces-ci sont fra�ches, et m�me tr�s fra�ches. Je ne vois pas d'oiseaux mais ils peuvent s'�tre cach�s dans la neige. Si j'ai de la chance, je pourrais en effrayer un. Cette neige, c'est comme des sables mouvants. M�me en raquettes, on s'y enfonce. Pas �vident de les d�busquer, mais rien n'est jamais gratuit. Vous voyez, les lagop�des aiment se blottir dans ce genre de recoins. Leurs traces de pattes s'y dirigent. Rien l�-dedans. Mais sans chercher, on ne trouve rien. Beaucoup de travail pour rien... Si ce n'est de l'exp�rience. CHEVIE Il y a jours dans l'ann�e, mais il faut parfois se concentrer sur ou jours pr�cis pour accomplir un objectif majeur. Ayant v�cu ici toute ma vie, je sais que choisir le bon moment pour agir est crucial. En route pour le terrain. �a me fait un bout de chemin, et beaucoup de travail pour d�fricher la piste. Je poss�de un terrain � kilom�tres plus en aval. Je veux y b�tir une cabane. D'abord d�gager l'acc�s. Quand ces branches vous fouettent le visage � la fin de l'hiver, il y a de quoi y perdre un �il, et j'en ai assez. Il faut �laguer tout �a, et c'est ce que je vais faire. C'est agr�able de pouvoir profiter du soleil pour travailler. Ce n'est pas rien de r�am�nager une piste, entre la v�g�tation � �laguer et la neige � damer. Mais si je tracte un chargement et qu'il y a peu de lumi�re, je pourrai avancer en confiance. D�s qu'on s'aventure plus en aval sur la rivi�re, on ne peut pas passer plus d'une journ�e sans un abri. On ne peut jamais se reposer ici avec ces saules, ils poussent tellement vite. Un refuge o� se r�chauffer nous permettra de prolonger nos lignes de trappe. On pourrait chasser et p�cher, ici. Et d'�tendre notre champ d'action. Okay... Ici, c'est bon. Allons voir ce que �a donne plus loin. Je dois d�gager ces virages serr�s. Si la piste est nette, �a facilitera les transports lourds. Je ne veux pas que mon tra�neau frotte contre ces branchages au moindre virage. Au travail. Aujourd'hui, je d�gage la piste. Demain, je reviens avec des mat�riaux sur le tra�neau. Et c'est reparti. KATIE Avec Kyle, on se compl�te bien pour concilier le fait de travailler vite et de travailler prudemment. Moi, je pr�f�re avancer doucement. Lui aime que �a aille vite. KYLE Okay. KATIE Pas tr�s maniable. �a va ? KYLE Oui. Tant pis si ce n'est pas tout � fait � niveau, c'est juste une serre. KATIE �a fera l'affaire. KYLE La saison de culture ne dure que jours environ ici, donc on se construit une serre de grande dimension. �a devrait nous donner dans les jours de culture. KATIE Pr�t ? KYLE C'est �norme. , , ! KATIE Okay. Pas mal. KYLE Oui. KATIE Je le tiens. C'est bon. KYLE Super, le premier mur ! KATIE Oui ! KYLE Bon, �a c'est fait. On va encha�ner avec le mur du fond, je n'ai pas envie de m'attaquer � la porte tout de suite, allons au plus simple. KATIE Oui. Je viens de l'�tat de Washington et avant d'arriver ici, je n'avais jamais construit aucune structure. KYLE �a devrait tenir... J'esp�re. KATIE Je fais les petites entretoises. KYLE D'accord. KATIE Depuis notre arriv�e en Alaska il y a ans, on vit en marge du r�seau routier et �lectrique, on vise une autonomie maximale. KYLE Je ne trace jamais de plans, je les ai dans la t�te, je sais en gros � quoi �a doit ressembler. �a fera un porte-�-faux... d'un m�tre. J'avance � l'instinct. Je prends celle-ci. Je m'�viterais s�rement des ennuis en planifiant mes projets, mais je pr�f�re me lancer sans. KATIE On y va ? KYLE Oui, on dresse le second mur. KATIE Okay. KYLE Pr�te ? , , ! KATIE Voil�. KYLE murs debout ! KATIE Oui. KYLE � ce rythme, les deux suivants seront vite finis. KATIE Je me pousse... KYLE Pas mal. KATIE C'est droit. KYLE Un peu plus loin. BELLAMY Je peux venir ? KATIE Oui, tu peux nous rejoindre. KYLE C'est bien ? KATIE Oui, c'est solide. Va aider papa � soulever l'autre c�t�. BELLAMY Oui ! KATIE On y va ? KYLE Oui. Je te laisse tout faire ? BELLAMY Non ! KATIE Courage, Bellamy ! Allez. KYLE � , , ! KATIE Ouh... �a va, de ce c�t� ? KYLE C'est parfait. KATIE Plus qu'un mur. KYLE Plus qu'un. KATIE �a va �tre immense. KYLE C'est s�r. Et �a va �tre lourd. KATIE On a soulev� plus lourd, ici. KYLE Oui. On y va... , , ! KATIE Okay, on est bon. KYLE Oui ! �a p�se son poids. KATIE �a oui. Reste � savoir si je peux le tenir le temps que tu cloues. Il faut que je pousse en m�me temps. Est-ce que �a... bouge ? KYLE Je suis vigilant. KATIE Tant mieux ! KALEB Beaucoup de gens pensent que je suis fou d'habiter ici. Mais la vie ne se r�sume pas � une jungle de b�ton, et j'ai la libert� de faire tout ce que je veux, au moment o� l'envie m'en prend. Je n'ai rien � faire dans une roue de hamster, je trace ma propre route. BRITTANY Quel est le programme ? KALEB J'ai pris ma hache. BRITTANY Bien. KALEB Il nous faut des cannes � p�che, pour les enfants. Tiens, on peut se servir de cette branche. H� ben ! Il y a longtemps qu'on n'a pas p�ch�, et il nous faut une autre source de nourriture. Pour toi, Gilbert. GILBERT Je vais p�cher des petits poissons ! KALEB Et �a... C'est pour Elovie. Bon, on vous fixe des lignes ? GILBERT Oui ! KALEB Pour que la ligne ne glisse pas le long de la branche, je taille une encoche dans l'�corce. Comme le bout est plus fin, �a restera en place. ELOVIE C'est malin. KALEB Il y a plus d'un m�tre. GILBERT Encore un peu. KALEB Je vais aller jusqu'� m�tres. GILBERT Il faudra juste tourner comme �a ? KALEB Oui. mais si �a mord tu tires, pour sortir le poisson de l'eau. Et voil�. ELOVIE Et un coup sur la t�te. KALEB On prend tout �a, et en route. Plus t�t cet hiver, j'ai fabriqu� un abri sur tra�neau pour aller p�cher au chaud. Et aujourd'hui, on va le tester pour la premi�re fois. BRITTANY Je veux du poisson pour le d�ner. KALEB [Uh-uh] BRITTANY Ici on ne peut pas se faire livrer de pizzas. KALEB Mais nous, on te livre � domicile. Pr�ts ? ELOVIE On y va ! KALEB D�marre, Gilbert ! GILBERT Au revoir ! KALEB Ces derni�res ann�es Gilbert a �norm�ment grandi, il est devenu tout � fait capable de conduire une motoneige. Attention ! L'abri de p�che d�rape dans les virages. C'est habituel quand je tracte un tra�neau mais le printemps arrive, et les eaux de fonte commencent � envahir le lac. ELOVIE C'est g�nial ! KALEB Quand il y a plus centim�tres, �a commence � �tre un souci. Attention ! GILBERT Ho ! KALEB Bloqu�. GILBERT Au secours ! KALEB Descends. D'habitude les eaux de fonte ne sont pas un probl�me, mais il y en a tellement que �a n'avance plus. Ne bouge pas, Elovie. ELOVIE D'accord. KALEB Il est assez courant que de l'eau de fonte s'insinue entre les fissures de la glace, pour s'accumuler en une couche liquide dissimul�e sous la neige. Quand c'est profond de plus de centim�tres, �a g�le aussit�t autour de la motoneige. On peut vite se retrouver avec un engin coinc� pour longtemps. Descends. C'est profond. GILBERT Oui ! C'est � cause de l'eau que j'ai �t� bloqu�. KALEB Je sais. Gilbert, fais de ton mieux pour rester sur la piste ! GILBERT Je vais essayer ! KALEB Je sais que c'est dur. Tu t'en tires tr�s bien ! ELOVIE Je peux p�cher ? GILBERT Je veux ma canne � p�che ! CHEVIE-ROWLAND Je pense souvent � la force dont ont d� faire preuve les premiers habitants de l'Alaska. Ici, pas question de se plaindre. Ceux qui ne sont pas � la hauteur n'ont qu'� rentrer chez eux. J'aime ce site de campement. Avant de construire une cabane quelque part, j'aime bien passer quelques nuit sur place pour voir o� le soleil se l�ve et se couche, par o� le vent souffle... C'est un tr�s bon coin. Soit je fais ma cabane l�-bas, soit je d�place ma tente et je la fais ici-m�me. Au travail. Pour ma cabane, je vais faire tr�s simple je vais abattre des arbres des environs et les couper en planches, qui me serviront de mat�riau de construction. Il me faut troncs, c'est-�-dire m�tres de tronc. Quand il y a du charbon de bois sur un arbre, c'est qu'il a �t� br�l�. Tout ce bois a �t� travaill� par M�re Nature, qui l'a �corc�, dess�ch� et durci au feu. Mais je ne sais pas si tout ce bois est encore sain, ou s'il a commenc� � pourrir. Le seul moyen de le savoir, c'est d'en abattre quelques-uns et d'examiner l'int�rieur. Si je ne tron�onne pas ces arbres, ils tomberont d'eux-m�mes et pourriront, pour retourner � la terre. C'est g�nial de pouvoir valoriser ces troncs br�l�s. Attention ! Voil� ce que je voulais voir du bois bien jaune, sans tache marron. Il est bien dur, c'est de la bonne qualit�. J'ai beaucoup d'autres arbres comme celui-ci � abattre, j'esp�re qu'ils seront tous sains. Un arbre mort � la suite d'un incendie est presque � l'�preuve de l'eau. Avoir une parcelle de for�t ravag�e par un feu de for�t va bient�t devenir une b�n�diction. Celui-ci me fera peut-�tre ou m�tres de tronc en plus... Au suivant. Je vais les charger jusqu'� la rivi�re, je vais faire la navette. Je les empile � la cha�ne. Il n'y a encore aucune cabane dans ce secteur, donc c'est tr�s important de faire en sorte d'en cr�er une, pour rester au chaud et se maintenir en vie. C'est bon de voir ces troncs sur la rivi�re. Le but est d'amasser ici le plus gros empilement de troncs possible, ensuite je tracterai ma scierie portative pour les d�biter. Les troncs vont devenir des rondins, et les rondins vont former une cabane. C'est l'id�e. KYLE J'ai d'abord travaill� comme charpentier, j'ai construit ou maisons. C'est comme �a que j'ai appris tout ce qui me sert � mener � bien mes projets de construction actuels. KATIE Tu vas faire quoi de �a ? KYLE Ce sera notre pilier central, pour soutenir les pannes fa�ti�res du toit. Je vais creuser un trou, je remblaierai avec du gravier, et... BELLAMY On y plantera le tronc ! KYLE On y plantera le tronc, oui. C'est parti. Passe-moi la pioche. KATIE Oui. Tiens. KYLE Tu auras bien m�rit� ton d�ner. KATIE Quand ce sera couvert, on pourra cultiver du ma�s. �a ne pousserait pas dehors. D'o� je viens, dans le d�sert je cultivais des courges, des tomates... Tout �a ne pourrait pas pousser ici. KYLE Non. KATIE Pas sans serre. KYLE Tiens. KATIE Je faisais beaucoup de jardinage en milieu d�sertique dans l'�tat de Washington, j'adorais faire pousser des pommiers. Voil�. J'y grimpais pour cueillir les pommes, �a fait partie de mes plus beaux souvenirs d'enfance et je veux que mes enfants vivent �a. KYLE Stop ! KATIE C'est assez. KYLE Allez... KATIE Okay... L�, c'est bon. Oui. Il faut le d�placer jusqu'au centre. Un peu plus loin... KYLE L�, c'est bon. KATIE Oui. KYLE Je verse le gravier ? KATIE Oui. �a stabilisera mieux la base. KYLE Oui. KATIE Je le maintiendrai plus facilement. Bien. C'est en place. KYLE Il est sacr�ment droit, ce tronc ! KATIE Oui. KYLE �a va avoir de l'allure. Maintenant qu'on a fait �a, je vais grimper l�-haut et tailler une encoche � la tron�onneuse. KATIE D'accord. KYLE J'y fixerai les panes avec des chevilles. KATIE Oui. KYLE Pour que �a tienne le tout. KATIE D'accord. KYLE Oui. KATIE Je peux t'aider, d'en bas ? KYLE Oui, encourage-moi. KATIE Je t'encourage ? KYLE "Tu peux le faire !" KATIE Joli ! Bien jou�. KYLE Comment est-ce qu'on s'y prend ? KATIE Aucune id�e. KYLE Bon, voyons... Je la pose sur le pilier central, je la fais glisser jusqu'� l'autre c�t� et toi, tu vas la soutenir d'en bas avec un tasseau, d'accord ? KATIE Non, pas question. KYLE Alors tu montes � l'�chelle. KATIE S�rement pas, j'ai plus de chances de l�cher la poutre. Ma puce, va � l'int�rieur, on va faire quelque chose de dangereux, je ne veux pas que �a te tombe dessus. Merci ! KYLE Je vais la soutenir un peu. KATIE Oui, je ne voudrais pas que si je la l�che par accident, elle vienne heurter ta structure. Tu peux me l'approcher pour que je prenne appui ? KYLE Oui ! KATIE Il faudrait qu'elle s'ins�re dans l'encoche. KYLE Je la soul�ve, �a entre. KATIE A�e ! KYLE C'est bon ! KATIE Tu es s�r ? KYLE Oui. KATIE Je te la rapproche un peu... Attends, je suis coinc�e. Voil� ! KYLE �a va ? KATIE C'est coinc� ! KYLE Okay, j'arrive. KATIE Oh non ! C'est pas vrai ! Tu as vu ? Le tasseau s'est fendu. KYLE Bon sang. KATIE Ce n'est m�me pas une erreur humaine, c'est la faute � ce tasseau qui nous a l�ch� ! KYLE H� ben... j'ai le c�ur qui bat � toute allure ! On ressaie. KATIE Pr�t ? KYLE Oui. C'est bon ? KATIE Oui. Tiens. KYLE Okay, c'est en place de mon c�t�. KATIE Oui. KYLE Ne me tue pas. Mais enfin ! KATIE Elle a gliss�, ce n'est pas moi. KYLE Okay. KATIE Je ne peux pas �tre plus stable. KYLE D'accord... KATIE On recommence, une troisi�me fois ? KYLE Oui ! KATIE Bon. KYLE Allez. KATIE Ne t'approche pas, ma puce. BELLAMY Vous le faites � la mani�re de papa, finalement ! KYLE Okay... �a y est, c'est bon. KATIE Dis donc, c'est malin. KYLE Oui ! Bon, ne bouge pas. KATIE Je tiens bon, je ne bouge pas. KYLE Si �a glisse, �carte-toi. KATIE �a va, elle est coinc�e. KYLE Okay. KATIE Le frottement de la panne fa�ti�re contre l'encoche l'emp�che de glisser. Mais fais attention si je la l�che maintenant, c'est toi qu'elle va frapper. Je dois l�cher, c'est trop haut. KYLE C'est bon. KATIE Tu l'as ? KYLE Oui. KATIE Je m'�carte, je ne veux pas de nouveau risquer de la prendre sur la t�te. Elle a l'air en place, c'est bon ? KYLE Oui. KATIE Ce n'est pas ce que j'ai fait de plus dangereux ici, mais c'est dans le top . MARIO Les martres, les lynx et les loups qui vivent ici ne mangent pas tous les jours. Tout comme eux, je fais partie de la cha�ne alimentaire, et je dois lutter pour me nourrir. Je suis venu tr�s t�t, je compte �tre le plus discret possible pour essayer d'entendre les lagop�des. Des fois quand on tend l'oreille on distingue leurs bruissements d'ailes, comme pour les perdrix. Mais pour �a, il faut �tre tr�s silencieux. Je vais continuer � pied pour faire moins de bruit. Oh ! C'est profond ! Je vais rester sur la piste. L�, il y a des traces r�centes de lagop�des. Ils aiment manger tous ces bourgeons, c'est d'eux qu'ils tirent tous leurs nutriments. Ce petit saule n'en a plus un seul. Je vois tous les bons signaux mais... �a ne me donne pas ce que j'attends. Je me rends compte que je ne comprends pas vraiment les lagop�des, � dire la v�rit�. Ces bourgeons ont �t� mang�s, et on dirait qu'il y a comme un peu d'urine dans la neige. Je n'ai pas encore vu un seul lagop�de. Je ne vois que leurs traces, et c'est un peu frustrant. Bon sang, c'est profond ! Ouah... c'est dingue. C'est en train de m'apprendre une le�on, en tout cas, je dois devenir un chasseur plus patient. Ce n'est qu'en ayant un seuil de tol�rance plus �lev� que je pourrai supporter tous les emb�tements qu'il faut endurer pour un si modeste repas ! J'aimerais suivre leurs traces, mais elles s'en vont dans plein de directions diff�rentes. Oh ! Je crois que j'en vois un. Oh non. Mince... C'est de la neige. Je pensais que c'�tait un lagop�de, mais ce n'est qu'un peu de neige sur une branche. Tout le monde s'imagine que chasser ici est un jeu d'enfant, parce que l'Alaska est immense et qu'elle regorge de faune sauvage... Mais rien n'est moins vrai. Rien. Je reviens sur mes traces. KALEB Je ne veux pas �tre un papa poule qui passe son temps � surprot�ger ses enfants. Je pr�f�re que ce soit la nature qui leur pose des limites, pour que je n'aie pas � leur dire "non" si souvent. GILBERT La glace a l'air fine. KALEB Ici, oui. On est avec l'abri, mais on ne p�che pas dedans parce qu'il fait trop chaud. Elovie, je vais te d�gager ce coin, pour que tu puisses p�cher. Le but de la journ�e, c'est de p�cher de l'omble chevalier. Vous voulez p�cher du poisson ? GILBERT Oui ! ELOVIE Oui ! KALEB Tant mieux. Ce coin de p�che est un site de reproduction du saumon, qui vient ici d�poser des millions d��ufs, et ces �ufs sont la principale source de nourriture de l'omble chevalier. Oh, j'ai d�j� une touche ! Je pense que c'est un poisson �norme qui va mordre � l'hame�on. Je vais mettre un app�t sur ma mouche. �a va faire plus d'un an que je n'ai pas p�ch� un seul omble chevalier. GILBERT Il y a d'autres mouches ? KALEB Oui, tiens. C'est un poisson succulent mais la derni�re fois qu'on a essay� d'en p�cher dans la rivi�re, il n'y en avait pas un seul. Tu as vu un poisson ? ELOVIE Oui, un tout petit. KALEB Attention... Oui, un poisson ! ELOVIE Un gros ? KALEB Il a mordill� la mouche, mais de l'autre c�t�. ELOVIE Super. KALEB Elovie est une vraie petite casse-cou. Le danger ne lui fait pas peur, elle ne s'arr�te que quand elle est all�e trop loin. ELOVIE Papa, est-ce que je peux avoir un morceau de fruit ? KALEB Non il n'est pas midi, va p�cher. GILBERT Tiens. KALEB J'ai l'impression que nos mouches n'int�ressent pas beaucoup les ombles. Tu penses en avoir un ? GILBERT Peut-�tre. ELOVIE [Ahh !] KALEB Ne va pas tomber dans l'eau, bon sang ! Tu es mouill�e ? ELOVIE Oui. KALEB Tu as froid ? ELOVIE Oui, aux jambes. KALEB Tr�s froid ? ELOVIE L'int�rieur de mes bottes est tremp�. KALEB Il ne faut pas que tu t'approches de l'eau. Allonge-toi. ELOVIE Attention, je suis tomb�e ! KALEB Elle est comme �a sans peur, et sans limites. Aujourd'hui, j'esp�re qu'elle a appris qu'il faut se m�fier de la glace quand elle est fine, et qu'il faut bien �tudier le terrain avant de mettre les pieds quelque part. Tes pieds se r�chauffent ? ELOVIE Oui. KALEB C'est bon, Elovie. Et ne t'avise pas de les remettre dans l'eau. ELOVIE D'accord. KALEB Il y a des poissons l�-dessous. Mais ils refusent de mordre. GILBERT Oh l� l� ! ELOVIE Ouah. GILBERT Je l'ai eu dans ton trou. KALEB Un omble commun, on peut le manger. Tu as vu sa grosse nageoire dorsale ? GILBERT Oui. KALEB Bien jou�, �a en fait d�j� un ! GILBERT Il a plein d'�cailles ! KALEB Essayons ailleurs. On fore un trou de plus ? ELOVIE Ici. GILBERT Oh... J'en ai un, et un gros ! KALEB Bien, Gilbert ! GILBERT Il est �norme ! KALEB Mets-le sur le tas. GILBERT J'ai choisi le bon trou. ELOVIE Oui, et le bon app�t. KALEB J'aime le fait que mes enfants soient aussi curieux. Leurs cerveaux sont comme des �ponges, ils absorbent tout ce qui les entoure. Reste l� o� c'est solide. C'est de la p�che sur glace, pas de la p�che au fond de l'eau. Ils sont � un �ge o� ils assimilent une foule d'informations et de savoir-faire qui rendent possible la vie dans cette r�gion. GILBERT J'en ai un ! KALEB Je vois ! �a commence un faire joli tas d'ombles. GILBERT Merci. KALEB Deux chevaliers et un commun, on va pouvoir rentrer. GILBERT Oh ! On le garde, celui-l� ! Un de plus. KALEB beaux poissons, c'est bien pour aujourd'hui. GILBERT Et je les ai tous p�ch�s moi ! KALEB Oui. GILBERT Je vous ai battus ! KYLE Je prends moins de risques depuis que je vis en Alaska. On a toujours a l'esprit que si les choses tournent mal ici, il faudra un bon moment pour se faire �vacuer jusqu'� un h�pital. Le sol a gel�, cette nuit. KATIE Oui, tant mieux. KYLE Ce sera moins boueux. Bon, alors... On va rehausser le pilier central jusqu'� ce que les poutres soient align�es. KATIE D'accord. KYLE On a eu un souci concernant la hauteur du pilier central de la serre. On pourrait clouer un petit tasseau sur le pilier pour le soulever en faisant levier. KYLE Okay, �a devrait tenir. Toi tu soul�ves, moi je tasse le gravier. KATIE J'y vais. KYLE L�che. KATIE �a n'est pas descendu. KYLE Bien, je v�rifie le niveau. KATIE Vas-y. Plus haut ? KYLE Oui. Soul�ve... juste un chouia... C'est bon. KATIE On se demande combien mesure exactement un chouia ! KYLE Tu m'as compris. KATIE Oui ! Alors ? KYLE C'est pile � niveau. KATIE Parfait. Maintenant, on soul�ve le mur. KYLE Pr�te ? KATIE Oui. Vas-y. Tu as la place ? Glisse mes cales. Attention � tes doigts. KYLE Plus haut. Okay. Avec cette serre, on va pouvoir faire pousser toutes sortes de choses. Il aurait mieux valu tout mesurer avant. Tu ne crois pas ? KATIE Si. KYLE Oui. L'int�r�t de vivre ici, c'est de produire une plus grande part de ce qu'on consomme. Non ! Sur ce toit, je pense � ce que je suis en train de faire, pas au vide. J'ai confiance en ma charpente. J'aurais pu l'attraper depuis l'�chelle... Je n'ai pas r�fl�chi. Je peux escalader de ce c�t�, je crois. J'ai eu chaud. KATIE Tu as bien failli tomber du toit. KYLE Oui, j'ai tr�buch�. KATIE Sur le tuyau du cloueur pneumatique, j'ai vu. Je n'ai pas r�agi assez vite ! Tu descends le cloueur ? KYLE Oui, attends... Tiens. KATIE Je l'ai. Dernier �chelon ! KYLE [hou!] Quelle aventure ! KATIE Moi, je serais tomb�e. KYLE Allez, le rev�tement. Je remonte. KATIE C'est un bon moyen de voir si le toit supportera le poids de la neige, en hiver. Tu fais le test avec ton poids ! KYLE Attends. KATIE Non ? KYLE Non, juste une. Je ne peux pas payer un artisan pour me construire une serre, ce serait trop compliqu� pour lui d'apporter son mat�riel jusqu'ici. Ce n'est pas une option. Mes jambes me l�chent. KATIE Je les vois trembler. KYLE J'ai appris � devenir �lectricien, plombier, charpentier, couvreur... Ici, il faut tout faire soi-m�me. KATIE Pense � tout ce qu'on a d�j� construit ensemble depuis qu'on est ici. Je ne sais pas si notre premi�re cabane compte pour un chantier, ou pour ! KYLE Plut�t . KATIE Un c�t� de fait. KYLE Oui, �a a de l'allure. KATIE Et il fait meilleur ici. KYLE Oui. CHEVIE Les efforts que j'investis, la sueur que je verse... tout cela est guid� par la ferme volont� d'�tre autosuffisant. Et quand je peine � la t�che, je n'oublie pas que ce qui a le plus de valeur est ce pour quoi j'aurai lutt�. J'ai mis en place ma scierie. Un autre int�r�t de faire �a maintenant, c'est que le lit de la rivi�re est gel�, ce qui me fournit une surface de travail parfaitement horizontale. C'est pour �a que je me suis install� ici. Quand on m�ne cette vie, c'est � �a que ressemble notre quotidien. Notre corps est habitu� � soulever des troncs. On n'a pas de courbatures, on porte du bois de chauffage depuis qu'on est tout petit. Alors quand on se retrouve ici, on est pr�t. La premi�re planche. Travailler dur, quelle joie. �a me donne le sourire d'avoir ce mat�riel dont je sais me servir. C'est toujours mieux de pouvoir utiliser ses propres ressources naturelles. Quand on se sert de bois issu de ses propres terres, on exploite une ressource qui retournera t�t ou tard � cette m�me terre. J'ai assez de bois pour d�marrer le chantier, je vais charger les chutes qui ne me serviront pas pour la cabane. Je vais les prendre avec moi et choisir un coin strat�gique o� construire des toilettes temporaires. Je pars en reconnaissance, je vais chercher un bon emplacement en for�t. Parfait. Ici, ce serait pas mal. L� ce serait la porte, avec un mur de ce c�t�, et un autre qui partirait comme �a. Il y a une bonne couverture v�g�tale, je pr�voirai un toit mais les arbres intercepteront le plus gros des chutes de neige. On s'y met. Je ne prends pas de mesures, je tron�onne directement. Je ne recherche pas la perfection je coupe et je cloue, simple et efficace. Il y a un �quilibre d�licat � trouver entre la sant�, l'activit�, la motivation. Apr�s plusieurs jours � d�placer des troncs, �a fait du bien de se consacrer � un petit projet sympa, pour rel�cher la pression tout en cr�ant quelque chose d'utile. Mes �paules rentrent juste mais je m'y sens d'autant plus blotti. Je ressens un confort et une protection presque maternelle. C'est un peu comme si je me retrouvais de nouveau dans le ventre de ma m�re. Il y aura peut-�tre besoin d'agrandir un peu l'ouverture. En tout cas, cet endroit remplira bien son r�le. Plus tard, je creuserai un grand trou, mais �a ira comme �a pour l'instant. Au travail. MARIO L'hiver se prolonge en Alaska cette ann�e. D'habitude, il n'y a presque plus de neige � cette date, et �a se r�percute sur la chasse. Mais face � la Nature, on n'a pas son mot � dire. Soit on s'adapte, soit on s'en va. Je vais plus haut. Pour un chasseur, l'id�al est de dominer le terrain. Je vais grimper sur cette petite butte, pour essayer de mieux voir ces bouquets de saules. C'est mieux d'arriver en Alaska en ayant les bases mais je n'ai pas grandi dans ce monde-l� et je n'ai eu personne pour me guider. Ma femme et moi, on se d�brouille seuls. J'exerce mes yeux et mon esprit � rep�rer ces oiseaux. Je ne vois rien depuis cet endroit, donc je vais traverser la poudreuse pour rejoindre le prochain vallon o� poussent les saules. Je n'ai pas encore compris comment trouver les lagop�des... Mais je ne peux pas renoncer. Ici, il n'y a rien d'autre � faire que de lutter. Je sais que ces oiseaux �taient ici ce matin. C'est une vraie petite autoroute. Je crois que j'en entends un. L�. Je le vois. Je crois l'avoir eu. C'est une chance. Je me sens privil�gi� de profiter de ce que la nature a � offrir. C'est beau de voir ses pattes, surtout apr�s avoir pass� tant de temps � ne voir que les traces qu'elles ont laiss�. On dirait presque des pattes de lapin, �a les aide � flotter sur la neige. C'est mon premier lagop�de, c'est sp�cial. J'ai h�te de le d�guster. C'est fantastique de tenir entre mes mains cet oiseau que j'ai eu tant de mal � traquer. Et voil�. Je vais le vider, je ne veux pas que sa chair se g�te. Je garde le c�ur, quant au reste des entrailles... Je les jette. Il me reste les filets, je peux me mettre en route. Je vais bivouaquer avant qu'il ne fasse trop froid. Je rapporte ce lagop�de � la maison, on le mangera demain avec ma femme. Ce genre de moments me rappelle l'�poque o� j'�tais en garnison en Alaska. Il y avait avec moi un soldat dont j'�tais tr�s proche, il a �t� le premier � me faire d�couvrir ce monde arctique. J'ai appris tout r�cemment qu'il n'�tait plus de ce monde. �a m'a fichu un coup. Il r�vait d'habiter en pleine nature en Alaska, et je me dis que c'est son r�ve que je r�alise pour lui. Je sais qu'il me regarde d'o� il est et que plus je couvre de terrain et plus j'arpente ce territoire, plus il est fier de moi. Ce r�ve est celui de beaucoup d'autres avant moi, et c'est aussi pour tous ceux-l� que je pers�v�re, pour tous ceux qui ont cru en moi. Je me sens privil�gi� de vivre ce r�ve non seulement pour moi, mais aussi au nom de tous ceux qui n'ont pas cette chance, au nom de tous ceux qui n'ont pas eu l'occasion d'�tre ici. Il faut continuer � mettre un pied devant l'autre sans jamais rien l�cher, et c'est ce que je fais. BRITANNY-ROWLAND �a a l'air pr�t. KALEB On dirait. Qui veut du poisson ? ELOVIE Moi ! BRITANNY-ROWLAND Moi ! KALEB Un jour, mes enfants devront choisir s'ils veulent rester au fin fond de l'Alaska ou bien aller vivre en ville. BRITTANY Qu'est-ce que tu as pr�f�r�, Elovie ? ELOVIE Euh... Manger. KALEB Je souhaite qu'ils aient toutes les cartes en main pour prendre la meilleure d�cision possible. BRITTANY On profite de ce que vous nous avez p�ch�. ELOVIE Quel super repas ! BRITTANY C'�tait succulent. ELOVIE J'en aurais voulu plus ! BRITTANY Moi aussi, vous devrez y retourner. BELLAMY Tu me les passes, je les passe � papa. KYLE Oui, tu assures. Oui ! Bravo. BELLAMY Et c'est fini ! KATIE C'est presque fini. Tope-l�, merci pour ton aide. KYLE C'est une bonne chose que nos filles nous voient commettre des erreurs. C'est tr�s chouette. Mais on finit par triompher de ces moments d'�checs, et je crois que c'est ce qui fera un jour d'elles des femmes fortes. On voulait une serre, �a te va ? KATIE Oui. Tu as fait des merveilles. KYLE J'avoue qu'elle est sublime. CHEVIE Je crois que c'est le meilleur endroit o� b�tir ma cabane � l'abri du vent, en hauteur. � peu pr�s ici... ce sera mon premier coin. Je mets de l'adh�sif rouge. Droit devant moi... C'est l'est, du c�t� de la rivi�re. La cabane fera m�tres sur m�tres . Les dimensions restent dans les limites de ce qui est faisable, mais �a n'emp�che pas de r�ver. C'est m�me essentiel. Mon plancher sera un peu plus haut que �a, on aura un point de vue d'autant plus dominant sur les environs depuis cette cabane. Il y a eu une �poque o� cette rivi�re a connu une fr�quentation humaine tr�s importante. �a bouillonnait d'activit�, ici, � l'�poque des prospecteurs. Des bateaux � vapeur allaient et venaient. Il y avait des campements tout le long de la rivi�re, o� l'on vendait du bois pour faire avancer les vapeurs et du poisson aux travailleurs. Aujourd'hui tout �a appartient au pass� parce qu'on a chang� d'�poque, et c'est comme �a. Mais cette histoire perdure. Quand on conna�t cette terre, on l'appr�cie plus et on en r�colte mieux les fruits. MARIO Notre premier lagop�de, durement gagn�. CLARE-MORRISETTE-CALVERT Oui, tu as beaucoup travaill� pour l'avoir. BELLAMY J'aurai autant de tomates que je veux. INARA Moi aussi ! CHEVIE Cette terre, c'est la variable qui ne change jamais dans l'�quation. Elle va faire na�tre assez de souvenirs et d'aventures pour toute une vie. - FIN - 3