AGENT_DE_POLICE AL_CARLISLE AVOCAT BILL_HAGMAIER BOB_MARTINEZ CHERYL_THOMAS DAYLE_HINMAN DEBBIE_CICARELLI ELEANORE_NASLUND FEMME_BLONDE FEMME_LUNETTES_PROCÈS GREFFIER HOMME_JT JOURNALISTE_FEMME JOURNALISTE_HOMME JUGE_COWART KATHLEEN_MCCHESNEY KEN_KATSARIS KEVIN_SULLIVAN LARRY_SIMPSON LOUISE_BUNDY MANIFESTANT_EXÉCUTION MICHELE_WOOD MIKE_FISHER MIKE_MINERVA NANCY_YOUNG NARRATION NITA_NEARY PRODUCTEUR ROBERT_KEPPEL TED_BUNDY PRODUCTEUR C’est une journée difficile ? DEBBIE CICARELLI Oui, c’est le moins qu’on puisse dire. NANCY YOUNG Nous avons des histoires similaires, mais elles diffèrent parce que nos souvenirs sont différents. CHERYL THOMAS Je n’ai pas honte de ce que je suis. Je suis fière d’avoir survécu. CHERYL THOMAS Ça va ? Que je suis contente de te voir ! NANCY YOUNG Moi aussi. CHERYL THOMAS Ça fait quarante ans, c’est fou. NANCY YOUNG Viens là. DEBBIE CICARELLI Il était temps. CHERYL THOMAS Ça, oui. DEBBIE CICARELLI On a tellement de choses à se dire. CHERYL THOMAS Pourquoi Ted Bundy m’a choisie ? Je n’en ai pas la moindre idée. KATHLEEN MCCHESNEY L’affaire Ted Bundy est unique dans l’histoire criminelle américaine. Il ne s’agit pas d’une seul affaire, ça englobe plusieurs récits. Il y a celui des médias… JOURNALISTE HOMME (A) Bundy est un tueur en série cultivé et séduisant, qui charmait ses victimes grâce à son physique avantageux et sa sensibilité. KATHLEEN MCCHESNEY Celui des forces de l’ordre… KEN KATSARIS Il savait très bien ce qu’il faisait. C’était un monstre. KATHLEEN MCCHESNEY Ceux des victimes… CHERYL THOMAS Si vous m’aviez pas appelée à ce moment-là, je serais morte. KATHLEEN MCCHESNEY Tous ces récits se rejoignent. Mais au cœur de cette affaire, il y a des vies qui ne seront plus jamais les mêmes, parce qu’un seul homme a commis des actes barbares. AL CARLISLE Ted Bundy est un des assassins les plus inhumains et les plus monstrueux de l’histoire criminelle américaine. ELEANORE NASLUND (A) La chaise électrique, c’est un châtiment trop doux pour lui. Il devrait subir ce qu’il a fait vivre à toutes ces filles. LARRY SIMPSON C’était la première fois qu’un procès d’une telle ampleur était diffusé à la télévision. KATHLEEN MCCHESNEY Les femmes le voyaient comme un homme séduisant et cultivé. JOURNALISTE HOMME (A) Il vous fascine ? FEMME BLONDE PROCÈS(A) Oh, oui. BILL HAGMAIER Lors de son procès, Ted Bundy a assuré sa propre défense. KEVIN SULLIVAN Ses connaissances en droit n’étaient pas assez approfondies. En fait, il en savait juste assez pour s’enfoncer. BILL HAGMAIER Il s’était évadé de prison à deux reprises. ROBERT KEPPEL Il a réussi à duper tout le monde, mais ce n’était pas le grand génie du crime qu’on s’imagine. BILL HAGMAIER Il avait toujours un coup d’avance sur les forces de l’ordre. KEVIN SULLIVAN Il a fait beaucoup d’erreurs idiotes. Mais c’était un étudiant en droit, un beau républicain… Rien à voir avec les types qui éveillaient les soupçons. TED BUNDY (A) Je ne suis pas coupable. Il faut aussi que j’avoue la fois où j’ai volé une BD quand j’avais cinq ans ? MICHELE WOOD S’il s’en est tiré aussi longtemps, ce n’est pas parce qu’il était plus intelligent. C’est seulement parce que tout le monde s’attendait à ce qu’il ait le physique d’un monstre. FEMME LUNETTES PROCÈS (A) Je n’ai pas peur de lui. Il ne ressemble pas à un assassin. MICHELE WOOD Les monstres ne ressemblent pas à Ted Bundy. MICHELE WOOD Le 15 janvier 1978, le campus d’une université tranquille a changé à jamais. DEBBIE CICARELLI Cheryl Thomas, Nancy Young et moi, on était colocataires en 1978. Elles étaient élèves à l’école de danse. Cheryl avait un talent fou. NANCY YOUNG Ce soir-là, Cheryl avait un rendez-vous amoureux. DEBBIE CICARELLI Nancy et moi, on est rentrées vers 2 heures du matin. Dans la chambre de Cheryl, la lumière était éteinte. NANCY YOUNG On est allées se coucher. DEBBIE CICARELLI Pendant la nuit, j’ai été réveillée en sursaut par un bruit sourd. NANCY YOUNG On a entendu des bruits. Ça se déplaçait vers l’entrée de la maison. Et puis, le silence est revenu. JOURNALISTE HOMME (A) Une nuit de terreur à l’université d’État de Floride. DEBBIE CICARELLI À l’époque, on n’a pas compris qu’on avait failli mourir. DAYLE HINMAN Quand Ted Bundy est arrivé sur le campus, il a tout saccagé sur son passage. KEVIN SULLIVAN Il était pris d’une frénésie. Il a défoncé le crâne de ses victimes à coup de gourdin. Il était très sûr de lui. Ce qu’il faisait, on ne l’avait jamais vu ailleurs : en une nuit, il tuait plusieurs femmes au même endroit. DAYLE HINMAN En examinant les éclaboussures de sang, je me suis demandé comment on avait pu faire une chose pareille. BILL HAGMAIER J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec plusieurs tueurs en série, mais Ted Bundy était différent des autres. Il était diplômé en psychologie, il avait suivi des études de droit, il avait réussi à s’évader de prison deux fois… Aux États-Unis, Bundy est devenu le standard auquel on compare les autres tueurs en série. Je m’appelle Bill Hagmaier, je suis un ancien profileur du FBI, et j’ai passé environ 200 heures à interroger Ted Bundy. BILL HAGMAIER (A) Nous sommes le 13 février 1986, je suis Bill Hagmaier. Je me trouve à la prison d’État de Floride pour interroger Theodore Robert Bundy. BILL HAGMAIER Je n’étais pas là pour enquêter ou résoudre une affaire. Mon rôle, c’était de voir ce qu’il pouvait nous dire de son enfance et de sa psychologie. TED BUNDY (A) Qu’est-ce qui amène quelqu’un à réaliser ses fantasmes ? Qu’est-ce qui le pousse à passer du fantasme à l’acte physique ? Si vous arrivez à résoudre ce mystère, vous aurez tout compris. KEVIN SULLIVAN Ted Bundy était le fils d’une fille-mère. Il est né dans le Vermont en 1946. Après sa naissance, sa mère est retournée vivre avec ses parents et ses sœurs. Je m’appelle Kevin Sullivan. Je suis journaliste et j’ai étudié la vie de Ted Bundy de sa naissance à son exécution. Enfant, celui qu’on appelait le petit Teddy avait l’air normal. Mais une de ses tantes a raconté qu’un matin à son réveil, elle avait trouvé un couteau que Ted avait posé sur son lit, la pointe dirigée vers elle. C’était la première fois que la famille voyait un signe inquiétant chez l’enfant. MICHELE WOOD En grandissant, Ted Bundy a développé des fantasmes très violents, où les femmes étaient maltraitées. Je m’appelle Michele Wood. Je suis enquêtrice criminelle et j’ai mené de longues recherches sur Ted Bundy. À l’âge adulte, il a réalisé les fantasmes de son adolescence. BILL HAGMAIER Très tôt, Ted s’est intéressé aux magazines criminels. Il aimait lire des articles sur les crimes violents et la façon dont les coupables avaient échappé à la justice. AL CARLISLE La fiction lui procurait énormément de plaisir sexuel. C’était un adolescent solitaire. Quand on se sent seul, on a besoin de trouver une source de satisfaction pour rétablir un équilibre. Je m’appelle Al Carlisle. Je suis psychologue et j’ai fait une évaluation de Ted Bundy. Bundy a développé un côté sombre. Quand il se sentait seul, en colère ou déprimé, il basculait de l’autre côté. KEVIN SULLIVAN Chez lui, le désir de tuer était toujours présent. 07’2 TED BUNDY (A) Imaginez que dans vos fantasmes, vous rêviez d’enlever une femme. Qu’est-ce qui vous ferait dire un jour : « Je suis prêt, je vais enfin tuer quelqu’un. » ? KEVIN SULLIVAN Il débordait d’agressivité. Mais ce n’était pas encore un prédateur. MICHELE WOOD À l’âge de 21 ans, il a rencontré sa première petite amie à l’université de Washington. Diane était intelligente et très fortunée. Tout ce qu’il n’était pas. KEVIN SULLIVAN Ted Bundy avait grandi dans une famille modeste. Il ne se sentait pas à l’aise dans cette relation. Et Diane a fini par rompre avec lui. MICHELE WOOD Cette rupture l’a anéanti. Quand Diane l’a rejeté, son ego en a pris un sacré coup. NARRATION Malgré des résultats médiocres à l’université, Ted Bundy obtient son diplôme et entre en faculté de droit. Il cherche désespérément à se faire une place dans le monde des érudits et des privilégiés, par lesquels il se sent rejeté. KEVIN SULLIVAN S’il avait pu épouser Diane, il aurait pris ça comme une grande victoire. NARRATION La rupture avec Diane est un déclencheur pour Ted Bundy. Plus tard, il choisira de s’en prendre à des jeunes femmes qui, d’après lui, ne se seraient jamais intéressées à lui. MICHELE WOOD Diane était une femme belle et intelligente avec de longs cheveux châtains. C’était le portrait craché de presque toutes les victimes de Ted Bundy. KATHLEEN MCCHESNEY Dans les années 70, Seattle était une ville où on se sentait en sécurité. On était en pleine révolution sexuelle. Les femmes se sentaient de plus en plus libres : elles s’exprimaient, prenaient leur indépendance et voyageaient à travers le monde. Les plus jeunes faisaient facilement confiance, et Ted Bundy en a profité. Je m’appelle Kathleen McChesney. Je faisais partie de la police du comté de King et j’ai enquêté sur Ted Bundy. En janvier 1974, Karen Sparks vivait près de l’université d’État de Washington. Un homme est entré dans sa chambre. Il l’a frappée. Visiblement, il avait essayé de la tuer. MICHELE WOOD Karen Sparks a été attaquée dans son sommeil avec un objet métallique. Cet objet a servi à l’agresser sexuellement. Elle a survécu, mais elle a gardé des séquelles à vie. KEVIN SULLIVAN Pour moi, il est parti en la croyant morte. Il ne voulait pas répéter la même erreur. BILL HAGMAIER En fac de droit, il avait été bénévole dans une permanence téléphonique pour les crimes sexuels. Il avait longuement parlé avec des victimes, et il s’est certainement servi de ce qu’il avait appris pour s’en prendre à ses propres victimes. En entretien, Ted Bundy m’a dit qu’il aimait que les femmes soient détendues. Il voulait passer un bon moment avec elles avant de les tuer. NARRATION Si certains considèrent l’intérêt de Ted Bundy pour le droit comme une preuve de son intelligence supérieure, d’autres la voient au contraire comme une mascarade. Une manière de créer le personnage d’un homme intelligent et accompli, qui lui a permis de duper à la fois ses victimes et les enquêteurs. MICHELE WOOD Ted Bundy avait un QI tout à fait dans la moyenne. Il avait eu du mal à entrer en fac de droit, et il n’est jamais allé au bout du cursus. Il voulait se faire passer pour ce qu’il n’était pas. KEVIN SULLIVAN Il avait l’air d’un homme talentueux, cultivé et sain. Il avait ce qu’on appelle « le masque de la normalité ». Il y avait deux Bundy : le Ted de façade, et celui qu’il était au fond de lui. On n’a aucun moyen de savoir à quel moment l’un a pris l’ascendant sur l’autre. Ce qu’on sait, c’est qu’il a choisi de dédier sa vie au crime. NARRATION Au printemps 1974, Ted Bundy quitte l’école de droit pour se consacrer à la politique locale. Au même moment, des jeunes femmes disparaissent dans la région nord-ouest des États-Unis. KATHLEEN MCCHESNEY Lynda Ann Healy vivait à environ un kilomètre de chez Karen Sparks. Elle a été enlevée. KEVIN SULLIVAN Donna Gail Manson était étudiante à l’université d’Evergreen et a disparu à Olympia, dans l’État de Washington. MICHELE WOOD Sa quatrième victime s’appelait Susan Rancourt. Elle était étudiante à la Central Washington University. KEVIN SULLIVAN Cathy Parks avait 22 ans. Elle a disparu le 6 mai dans l’Oregon. MICHELE WOOD Brenda Ball a été sa sixième victime. KATHLEEN MCCHESNEY En juin 1974, Georgann Hawkins a disparu à son tour à Seattle. Le plus compliqué, c’est qu’on avait énormément d’enlèvements, mais… On n’avait pas de corps. BILL HAGMAIER Ted Bundy s’est bien préparé pour échapper à la police. Il a étudié la psychologie parce qu’il s’intéressait aux mécanismes comportementaux. Plus tard, il est entré en fac de droit pour comprendre les méthodes utilisées dans la traque des suspects. NARRATION Ted Bundy aurait-il suivi des études spécifiquement pour commettre ses crimes en toute impunité ? BILL HAGMAIER Il avait toujours un coup d’avance sur les forces de l’ordre. NARRATION Ou est-ce plutôt son masque d’étudiant brillant qui l’a aidé à passer sous les radars ? KEVIN SULLIVAN C’était un jeune homme tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il était beau, étudiant en droit… Chez lui, rien n’était susceptible d’éveiller les soupçons. En fin de compte, les seules à avoir vu le vrai Ted Bundy, c’étaient ses victimes. Avec elles, le masque tombait. NARRATION À suivre. Celles qui ont échappé à Ted Bundy racontent leur histoire. DEBBIE CICARELLI J’ai été réveillée par un bruit sourd. Quelque chose n’allait pas. NANCY YOUNG La police encerclait la maison. Des enquêteurs armés sont descendus de voiture en courant, ils ont frappé à sa porte, mais elle ne répondait pas. NARRATION En juin 1974, Ted Bundy, un beau jeune homme qui vient de quitter l’école de droit, est l’étoile montante du parti Républicain dans l’État de Washington. Au même moment, six étudiantes de la région sont toujours portées disparues. KEVIN SULLIVAN Bundy était un jeune homme éduqué, il s’exprimait bien et les femmes le trouvaient beau. Quand il a commencé à travailler pour le gouvernement, il s’est particulièrement intéressé aux enquêtes criminelles. Il voulait savoir si les postes de police communiquaient entre eux. Par exemple, est-ce que la police de Seattle était en contact régulier avec celle d’Olympia ? Si oui, quelles informations circulaient entre les deux ? NARRATION Pour certains, Bundy est un génie du crime. La preuve : il s’est renseigné en amont pour échapper à la justice. BILL HAGMAIER Il s’est bien préparé avant de passer à l’acte. Il était diplômé en psychologie, il avait fait des études de droit et il était au courant des failles dans la communication entre les différentes agences des forces de l’ordre. C’était quelqu’un d’intelligent. NARRATION Pour d’autres, c’est un simple escroc qui a réussi à éviter les soupçons en donnant une image de garçon de bonne famille. KEVIN SULLIVAN Beaucoup de gens étaient persuadés que Ted Bundy irait loin dans la vie. Il était beau, intelligent, éduqué… Ce n’est pas comme ça qu’on imagine un tueur en série. MICHELE WOOD S’il a échappé aux forces de l’ordre, ce n’est pas grâce à son intelligence. C’est parce que les gens se font une image très précise de ce à quoi les monstres doivent ressembler. Mais Ted Bundy ne ressemblait pas au monstre qui était en lui. Jusqu’aux meurtres du Lac Sammamish. KATHLEEN MCCHESNEY C’était le 14 juillet 1974. Le lac Sammamish est très beau et propose plein d’activités aquatiques. Alors ce jour-là, beaucoup de gens étaient au bord du lac. KEVIN SULLIVAN Il y avait 4 000 visiteurs. La plage du lac était bondée. KATHLEEN MCCHESNEY La particularité de ces meurtres, c’est qu’il y avait des témoins. Les gens ont vu Janice Ott quitter la plage accompagnée d’un jeune homme avec un bras en écharpe. Tout le monde s’accordait à dire qu’elle ne le connaissait pas et qu’il était venu lui demander de l’aide. On ne l’a plus jamais revue vivante. Quelques heures plus tard, un homme correspondant à la même description a abordé Denise Naslund. Il lui a demandé de venir l’aider sur la parking. Et elle a disparu. BILL HAGMAIER Quand Bundy cherchait une victime, il choisissait toujours le même profil. Toutes les femmes avaient une ressemblance physique avec sa première petite amie. C’étaient toujours de jeunes femmes blanches, entre 18 et 25 ans, et très jolies. Pour lui, c’était un jeu. Il aimait mettre son intelligence à l’épreuve de l’éducation de ses victimes, qui avaient appris à se méfier des inconnus. KEVIN SULLIVAN Quand on étudie bien ses meurtres, on se rend compte que Bundy a fait des erreurs idiotes. Il était persuadé qu’il échapperait toujours à la justice, quoi qu’il fasse. Mais il a commis une erreur, au lac Sammamish : il a dit qu’il s’appelait Ted. Pas seulement aux jeunes femmes qu’il a enlevées, mais aussi aux témoins qui étaient autour. KATHLEEN MCCHESNEY Un témoin a identifié une voiture comme étant la sienne : une coccinelle de couleur beige avec un porte-bagages. MICHELE WOOD La police a obtenu cette piste parce que Bundy a laissé son égo prendre le dessus. Ça l’excitait d’agir en plein jour sans risquer d’éveiller les soupçons. Mais cette fois, les enquêteurs savaient qu’il s’appelait Ted et qu’il conduisait une coccinelle. Et surtout, ils avaient une description physique, qui a ensuite servi à établir un portrait-robot. Vous trouvez toujours que c’est un génie ? KATHLEEN MCCHESNEY Ce portrait-robot a été diffusé à la télévision et dans les journaux. Ça nous a permis de recevoir des milliers de témoignages. NARRATION En comparant la victimologie, la chronologie et le mode opératoire, les enquêteurs parviennent à établir un lien entre les huit disparitions. ROBERT KEPPEL On s’attarde souvent sur la fait que les victimes étaient belles, avec les cheveux longs et une raie au milieu. Je m’appelle Robert Keppel. J’ai été enquêteur pour le bureau du shérif du comté de King. MICHELE WOOD La police avait une centaines de suspects, mais deux témoignages avaient attiré leur attention. KEVIN SULLIVAN Le premier était celui d’un professeur d’université, il s’appelait Serazon. Il a parlé d’un étudiant de sa classe qu’il trouvait étrange. Il s’appelait Ted et il conduisait une coccinelle. Ça a été la première piste sérieuse dans l’enquête. KATHLEEN MCCHESNEY On a aussi été contactés par une femme qui fréquentait un homme du nom de Ted. KEVIN SULLIVAN Une certaine Elizabeth a appelé la police après avoir vu le portrait-robot. Son compagnon ressemblait au suspect, et il était propriétaire d’une coccinelle. MICHELE WOOD Le professeur et la jeune femme décrivaient la même personne. KATHLEEN MCCHESNEY Il s’appelait Theodore Robert Bundy, mais tout le monde l’appelait Ted Bundy. Sa compagne avait du mal à y croire. Comme n’importe quelle autre femme à sa place, elle ne pouvait pas admettre que l’homme qu’elle aimait ait pu commettre des actes aussi atroces. AL CARLISLE Il avait deux personnalités et deux comportements différents. Devant témoins, il avait l’air normal. Mais en réalité, il était capable des actes les plus monstrueux. KATHLEEN MCCHESNEY Ted Bundy était sur la liste des suspects, mais à ce stade de l’enquête, on ne pouvait pas se concentrer sur un seul individu. S’attacher à une théorie dès le début des investigations, c’est une erreur pour la suite. ROBERT KEPPEL Malheureusement, on a reçu 3 500 témoignages. On nous a parlé de plusieurs Ted, pas seulement de Ted Bundy. NARRATION Malgré les preuves contre lui, Ted Bundy n’est pas considéré comme suspect. BILL HAGMAIER Il était convaincu d’être plus malin que les enquêteurs. À certains égards, il avait peut-être raison. KEVIN SULLIVAN Beaucoup d’indices convergeaient vers Ted Bundy. Mais quand on est face à quelqu’un d’aussi normal, on n’imagine pas une seconde qu’il puisse être un tueur en série. MICHELE WOOD Après les enlèvements du lac Sammamish, huit femmes étaient portées disparues. Comme on n’avait pas découvert de corps, la police gardait espoir de les retrouver vivantes. Mais en septembre 1974, l’enquête a pris un tournant beaucoup plus sombre. On a découvert des crânes humains. NARRATION En juillet 1974, le nom de Ted Bundy est évoqué au cours d’une enquête sur la disparition de huit jeunes femmes enlevées dans l’État de Washington. Aujourd’hui encore, les experts sont partagés : Bundy a-t-il été plus malin que les forces de l’ordre ? Ou son image si éloignée des suspects habituels a-t-elle poussé les enquêteurs à mal interpréter les indices ? JOURNALISTE HOMME (A) Ce matin, la police judiciaire a découvert ce qui ressemble à des restes humains. KEVIN SULLIVAN Janice Ott et Denise Naslund ont disparu le 14 juillet 1974 au lac Sammamish. Deux mois plus tard, leurs cadavres ont été retrouvés sur un site de la ville d’Issaquah, dans l’État de Washington. ROBERT KEPPEL En général, les affaires de disparition ne sont pas une priorité pour les enquêteurs. Mais quand on a retrouvé des ossements, tout a changé. KATHLEEN MCCHESNEY On a retrouvé sur un seul et même site des mâchoires, des dents et des ossements de victimes entre lesquelles on n’avait pas établi de lien. La conclusion était claire : elles avaient été amenées sur le site par le même individu, qui avait trouvé cet endroit discret. C’était l’idéal pour dissimuler les victimes, peut-être même pour les tuer. NARRATION Sur les huit jeunes femmes portées disparues dans l’État de Washington, les enquêteurs pensent avoir retrouvé les corps de sept victimes. Mais les cadavres sont dans un état de décomposition si avancé que les victimes ne seront jamais identifiées formellement. BILL HAGMAIER Ted Bundy avait un mode opératoire très précis. Souvent, il choisissait l’endroit où il se débarrasserait d’un corps plusieurs jours ou plusieurs semaines avant de choisir sa victime. Parfois, il laissait le corps d’une victime à un endroit et ses vêtements 300 kilomètres plus loin. Pour les enquêteurs, c’était un vrai casse-tête. NARRATION Bundy manipule-t-il les scènes de crime pour brouiller les pistes auprès des enquêteurs ? AL CARLISLE Pour lui, le plaisir ne venait pas du meurtre en lui-même, mais du fait de posséder sa victime après sa mort. Chez les tueurs en série, le fantasme joue un rôle central. En général, le fantasme s’arrête au moment de la mort de la victime. Mais pour Ted Bundy, il continuait bien après. BILL HAGMAIER Ted Bundy m’a raconté qu’au moment où il commençait à s’attaquer aux cadavres des victimes, en les mordant ou en les mutilant, par exemple, il s’obligeait à passer à autre chose. Il avait cédé à son instinct primitif et il n’arrivait plus à se contrôler. C’est dans ces moments-là qu’il risquait de commettre des erreurs et de se faire prendre. TED BUNDY (A) Je vais parler à la troisième personne. Plus la victime est récente, plus il a de chances de revenir la voir. Je ne pense pas qu’il revienne par envie de voir les ossements, mais je ne peux pas l’exclure. MICHELE WOOD Ted Bundy a avoué des actes absolument macabres. Il gardait des souvenirs de ses meurtres, il retournait sur les scènes de crime pour mettre du maquillage à ses victimes, il prenait part à des actes de nécrophilie, ce qui consiste à avoir des rapports sexuels avec des cadavres. Quand on analyse son rituel, tout reposait sur un désir de pouvoir et de domination. NARRATION Ted Bundy quitte Seattle peu de temps après les meurtres du lac Sammamish. BILL HAGMAIER À l’époque, il y avait peu de communication entre les différents postes de police. Bundy allait de ville en ville, souvent à une centaine de kilomètres de distance. Il était en mouvement permanent. NARRATION Peu de temps après la découverte des cadavres dans l’État de Washington, de nombreuses jeunes femmes sont portées disparues en Utah. KEVIN SULLIVAN Melissa Smith était la fille du chef de la police de Midvale, en Utah. Elle a disparu le 18 octobre 1974. MICHELE WOOD Deux semaines après la disparition de Melissa Smith, Laura Aime a été enlevée en sortant d’un café. KEVIN SULLIVAN Ces jeunes femmes ont disparu alors que Ted Bundy rôdait. Elles sont montées dans sa voiture, certainement de leur plein gré. BILL HAGMAIER Pour chacune de ses victimes, il essayait de déterminer la meilleure approche possible. Il avait le choix entre deux modes opératoires. Quand il jouait la carte de l’empathie, il se mettait le bras en écharpe ou il enfilait un plâtre à la jambe, et il abordait des femmes qui lui semblaient serviables. Quand il sentait qu’une femme était plus méfiante, il utilisait ce qu’il appelait « son approche officielle ». Il se contentait de sortir un faux badge de policier. MICHELE WOOD Les ossements de Melissa et de Laura ont été retrouvés plusieurs semaines après leur disparition. On sait qu’elles ont été violées, sodomisées et étranglées à l’aide de bas en nylon. NARRATION Aux États-Unis, il faudra attendre 1986 pour que l’ADN puisse servir de preuve dans une enquête criminelle. Alors en 1974, la police est dans l’impasse. Jusqu’au jour où les enquêteurs trouvent une piste cruciale. KEVIN SULLIVAN Le 8 novembre 1974, Bundy a abordé une certaine Carol DaRonch à Murray, en Utah. Il s’est présenté comme un agent de police du nom de Roseland. Il était au volant de sa coccinelle. La victime a trouvé ça étrange, mais elle est montée quand même. Il s’est arrêté au bout de la rue… Et il l’a agressée. Elle s’est débattue, elle a tout fait pour se défendre. Bundy a brandi un pied de biche et une paire de menottes. MICHELE WOOD Il a réussi à menotter un bras de la victime. Mais il a mis la deuxième boucle sur le même poignet par erreur, et elle a réussi à s’enfuir. KEVIN SULLIVAN Il a essayé de la poursuivre. Mais un couple est arrivé en voiture à ce moment-là. Carol s’est précipitée pour monter dans la voiture du couple. Et Bundy s’est enfui. Au poste de police de Murray, la victime a pu décrire précisément son agresseur : sa coupe de cheveux, sa corpulence… Elle a dit qu’il était bien habillé, très propre sur lui. Bundy était extrêmement frustré. Pour lui, il n’était pas question de rentrer chez lui sans avoir tué. MICHELE WOOD Quand Carol DaRonch lui a échappé, Ted Bundy s’est rendu devant une école. Ce soir-là, les élèves jouaient une pièce, il y avait du monde. Il a abordé plusieurs jeunes filles, et il a attiré Debbie Kent jusqu’au parking. Elle avait 17 ans. On ne l’a plus jamais revue vivante. KEVIN SULLIVAN Quand Bundy a quitté l’État de Washington, les meurtres se sont arrêtés. Et il a repris le même mode opératoire à son arrivée en Utah. Quand les jeunes femmes ont commencé à disparaître en Utah, les enquêteurs étaient aussi perdus que leur collègues de l’État de Washington. NARRATION Après les enlèvements de Melissa Smith, Laura Aime et Debbie Kent, huit autres femmes disparaissent entre l’Utah, le Colorado et l’Idaho. En juin 1975, 19 femmes ont été victimes de Ted Bundy dans cinq États de l’ouest américain. MICHELE WOOD En Utah, les enquêteurs travaillaient sur deux ou trois disparitions sans aucun lien avec les ossements découverts dans l’État de Washington. De leur côté, les enquêteurs autour de Seattle n’avaient plus assez d’éléments pour poursuivre les investigations. Mais un coup de chance était sur le point de tout faire basculer. NARRATION En juin 1975, 19 jeunes femmes ont été portées disparues ou retrouvées mortes dans cinq États de l’ouest américain. L’histoire présente Ted Bundy comme un génie du crime qui aurait échappé à la police pendant des années. Mais est-ce vraiment le cas ? Certains spécialistes estiment que la technologie et l’absence de communication de l’époque ont simplement retardé son arrestation. KATHLEEN MCCHESNEY En tout, on a reçu plus d’un millier de signalements. Sur les mille suspects, on a réussi à réduire la liste à une centaine de noms. On avait commencé à enquêter très sérieusement sur chaque suspect de cette liste quand Ted Bundy a été arrêté en Utah. KEVIN SULLIVAN Ted Bundy a été arrêté le 16 août 1975 dans la petite ville de Granger, en Utah. KATHLEEN MCCHESNEY Un soir, en pleine nuit, un officier en patrouille a vu une coccinelle qui roulait très lentement, tous phares éteints, dans un quartier résidentiel. L’individu s’est identifié sous le nom de Theodore Robert Bundy. Dans son véhicule, il transportait des objets susceptibles de servir à commettre un crime. KEVIN SULLIVAN Il avait une cagoule, un pic à glace, un câble électrique qui lui servait à étrangler ses victimes, et de la corde pour leurs attacher les pieds et les mains. KATHLEEN MCCHESNEY En Utah, les enquêteurs savaient qu’un tueur en série sévissait autour de Seattle. Quand ils ont appris que Ted Bundy était originaire de l’État de Washington, ils nous ont contactés. Ils nous ont envoyé des photos de ce qui avait été trouvé dans sa voiture pour savoir ce qu’on en pensait. KEVIN SULLIVAN Bundy était persuadé que ça n’arriverait jamais, mais les informations ont fini par circuler. Il avait juste gagné du temps. NARRATION Les enquêteurs se rendent compte que le « Ted » soupçonné dans les enlèvements du lac Sammamish ressemble étrangement à l’agresseur de Carol DaRonch, lui-même soupçonné de plusieurs meurtres en Utah. Les déplacements de Ted Bundy collent parfaitement à la chronologie des meurtres, et les victimes des cinq États correspondent au même profil. MICHELE WOOD Les victimes avaient toutes entre 15 et 25 ans et présentaient des ressemblances physiques. Elles avaient toutes été retrouvées nues, la plupart avaient été frappées, agressées sexuellement et mutilées. Les policiers de l’époque avaient de bonnes raison de croire que Ted Bundy était coupable des 19 affaires de meurtres sur lesquels ils enquêtaient. ROBERT KEPPEL Ce qui me fascinait le plus, c’était d’entendre ce que les gens disaient de lui. À en croire sa famille et ses amis, c’était quelqu’un de très bien. LOUISE BUNDY (A) On n’arrive pas à y croire. Ce n’est pas possible. Notre fils est quelqu’un d’exceptionnel ! C’est un garçon sain et actif. NARRATION On dit souvent de Ted Bundy qu’il a utilisé son intelligence et son charme pour échapper aux soupçons. Et visiblement, cette image de gendre idéal a dupé ses proches autant que tous les autres. KEVIN SULLIVAN Quand Bundy a été arrêté, beaucoup de gens étaient persuadés que c’était une erreur. Il était étudiant en droit, c’était une étoile montante de la politique dans l’État de Washington… Pourquoi ce serait devenu un tueur en série ? BILL HAGMAIER Ted Bundy vous dirait que les tueurs en série sont des êtres humains comme les autres. Ils ont les mêmes peurs, les mêmes désirs que nous. Mais ils compartimentent certains aspects de leur vie parce qu’ils aiment tuer. KATHLEEN MCCHESNEY C’est très frustrant d’identifier un suspect dont on est sûr qu’il est coupable, mais de ne pas avoir assez de preuves matérielles pour le faire condamner. MICHELE WOOD Ted Bundy avait laissé des preuves sur les scènes de crime. Ce n’était pas le génie du crime qu’on nous décrit aujourd’hui. Mais en 1975, il n’y avait pas de base de données pour comparer les profils ADN. On ne pouvait se reposer que sur les témoins oculaires. La tentative d’enlèvement de Carol DaRonch était la seule affaire dans laquelle les enquêteurs avaient assez de preuves pour le traduire en justice. NARRATION En février 1976, le procès de Ted Bundy pour l’enlèvement et l’agression de Carol DaRonch s’ouvre en Utah. Il est reconnu coupable des deux chefs d’accusation. MICHELE WOOD Le juge l’a condamné à 15 ans de réclusion dans une prison d’État. On parle d’un homme soupçonné d’avoir assassiné 19 femmes. C’est surréaliste. TED BUNDY (A) Évidemment que je suis en colère. Je n’aime pas qu’on me tourne autour en me regardant fixement comme une bête curieuse. Ce n’est pas ce que je suis. BILL HAGMAIER Bundy détestait entendre dire qu’il était fou. Il ne supportait pas qu’on le compare à un animal. TED BUNDY (A) Ça ne me plaît pas d’être enfermé alors que je n’ai rien fait. Ça ne me plaît pas d’être privé de liberté. AL CARLISLE Il niait toute implication dans quel crime que ce soit. La plupart de ses amis et de ses collègues disaient que ça ne lui ressemblait pas. KEVIN SULLIVAN Al Carlisle était psychologue à la prison où Bundy était incarcéré. Il a eu la chance incroyable de travailler avec lui. AL CARLISLE Comme je n’arrivais pas à déterminer son degré de violence, j’ai essayé de savoir s’il avait des tendances violentes. Pendant l’évaluation, il m’a dit : « Al, vous pensez que j’ai tué ces filles ? » J’ai répondu que je n’en savais rien, mais que s’il les avait tuées, j’étais sûr qu’il recommencerait. Il m’a regardé quelques secondes… Il s’est tourné et il est retourné dans sa cellule. Sans dire un seul mot. MICHELE WOOD Au moment où Ted Bundy purgeait sa peine de prison en Utah, les enquêteurs de quatre États différents cherchaient à l’inculper pour meurtre. Le problème, c’est qu’ils manquaient de preuves matérielles. Ils avaient besoin d’obtenir des aveux. Mais ils savaient que Bundy n’avouerait jamais. TED BUNDY (A) Je ne suis pas coupable. Il faut aussi que j’avoue la fois où j’ai volé une BD quand j’avais cinq ans ? Je ne suis pas coupable de ce dont on m’accuse. AL CARLISLE En étudiant l’évolution de sa vie, je l’ai vu passer d’un petit garçon comme les autres à un homme en colère. J’en ai conclu qu’il avait assez de violence en lui pour commettre les crimes dont il était soupçonné. Le plus intéressant dans tout ça, c’est qu’on peut avoir deux facettes différentes. On peut être très sociable et bien s’entendre avec les gens d’un côté, et de l’autre être un monstre obsédé par le désir de tuer. MICHELE WOOD Ted Bundy a été condamné en juin 1976 pour l’enlèvement de Carol DaRonch. Il a fallu quatre mois aux enquêteurs pour rassembler les preuves nécessaires à son inculpation dans une autre affaire. NARRATION En s’appuyant sur un ticket de caisse, un cheveu retrouvé dans sa voiture et un témoin oculaire, les autorités inculpent Ted Bundy pour le meurtre de Caryn Campbell, portée disparue dans le Colorado et retrouvée nue dans une station de ski en févier 1975. Afin d’être jugé dans le Colorado, l’accusé est transféré dans une prison d’Aspen en janvier 1977. KEVIN SULLIVAN Avant que tout le monde sache que c’était un tueur de femmes, et même après, Bundy a toujours fait en sorte de s’attirer les faveurs des gens avec qui il était en contact. C’est comme ça qu’il s’est mis dans la poche les employés du tribunal et de la prison d’Aspen. Il était agréable, très poli, les gens l’appréciaient et lui faisaient confiance. Ses avocats ont autorisé Bundy à les aider, et il a eu accès à la bibliothèque du tribunal. MICHELE WOOD Normalement, les détenus doivent ressembler à des détenus. Ils sont menottés en permanence. Mais Ted Bundy a réussi à être dispensé de cette règle. Il lui arrivait souvent de rester seul pour préparer sa défense. KEVIN SULLIVAN Cet homme était accusé de crimes extrêmement violents. Mais comme c’était un homme beau, affable et charismatique, les gardiens oubliaient de se méfier de lui. JOURNALISTE HOMME (A) Vous pensez sortir d’ici un jour ? TED BUNDY (A) Oui. Légalement, évidemment. MICHELE WOOD Le 7 juin 1977, pendant une suspension d’audience, Ted Bundy s’est rendu à la bibliothèque, au premier étage du tribunal. Et il a sauté par la fenêtre ouverte. KEVIN SULLIVAN Il s’est évadé. NARRATION 7 juin 1977. Alors que le juge vient de suspendre l’audience dans le procès pour le meurtre de Caryn Campbell, l’accusé Ted Bundy saute par la fenêtre de la bibliothèque du tribunal, située au premier étage du bâtiment. KEVIN SULLIVAN Il s’est blessé, mais il ne s’est rien cassé. Il s’est évadé. NARRATION Les spécialistes sont partagés : l’évasion de Ted Bundy est-elle un signe de son intelligence hors-norme, ou simplement de ses talents d’escroc qui lui ont permis de duper enquêteurs, avocats et gardiens de prison ? ROBERT KEPPEL Il n’a eu aucun mal à s’évader, dans le Colorado. Il lui a suffi de convaincre les gardiens de le laisser seul dans une pièce sans chaînes ni menottes. BILL HAGMAIER Il était convaincu d’être plus malin que les enquêteurs. À certains égards, il avait peut-être raison. KEVIN SULLIVAN Cet homme était accusé de crimes extrêmement violents. Mais comme c’était un homme beau, affable et charismatique, il a pu s’évader très facilement. MICHELE WOOD En sautant par la fenêtre, Ted Bundy s’est foulé la cheville. Mais ça ne l’a pas empêché de marcher jusqu’à la station d’Aspen Mountain. Il s’est introduit dans une cabane de chasseurs pour voler des vivres, des vêtements et un fusil. Quelques jours plus tard, il a réussi à voler une voiture, mais sa blessure à la cheville rendait la conduite difficile. Il a fini par être arrêté sur la route et il a été placé en détention. JOURNALISTE HOMME (A) Rattrapé au bout de six jours. Bundy n’aura pas réussi à disparaître dans la nature. De nouveau entre les mains de la justice, Ted Bundy affiche un sourire narquois. AL CARLISLE Quand Ted a été capturé, j’ai fait partie des premières personnes qu’il a contactées. J’ai enregistré notre conversation téléphonique. Il m’a parlé de son évasion. Quand je lui ai demandé s’il avait eu peur de se faire prendre, il m’a dit que non. AL CARLISLE (A) Qu’est-ce qui vous passait par la tête ? Pourquoi vous êtes-vous évadé ? TED BUNDY (A) Je sais pas trop. Ce jour-là, j’ai sérieusement pensé à m’évader mais je n’étais pas sûr d’avoir le cran d’aller jusqu’au bout. Le gardien est sorti fumer une cigarette, le bâtiment était désert et les fenêtres ouvertes laissaient entrer l’air frais. Je me suis dit que j’étais prêt à sauter par la fenêtre. (rires) AL CARLISLE Il dupait tout le monde. Il s’exprimait bien, il était agréable, il discutait facilement avec les gens… Mais même un homme à l’apparence normale peut cacher un monstre incapable de ressentir la moindre empathie. KATHLEEN MCCHESNEY Les enquêteurs sont parvenus à retracer assez précisément ses faits et gestes pendant ses six jours de cavale. Ils étaient presque certains que Bundy n’avait pas commis d’autre meurtre, ce qui était un grand soulagement. AL CARLISLE À ce moment-là, il n’avait aucun intérêt à tuer puisqu’il était concentré sur sa survie. Une nouvelle victime ne lui aurait procuré aucun plaisir. TED BUNDY (A) C’était une expérience exceptionnelle. Je suis quelqu’un d’assez déterminé. Mais à ce moment-là, je me sentais fort physiquement et faible d’esprit. Je ne voulais pas me faire prendre, mais je savais que ça finirait par arriver. J’étais fatigué et je me suis dit « Advienne que pourra ». Ils m’ont capturé sur un coup de chance. NARRATION Après son évasion en juin 1977, Ted Bundy est incarcéré une nouvelle fois à Glenwood Springs, dans le Colorado. Il y attendra son procès pour le meurtre de Caryn Campbell. KATHLEEN MCCHESNEY Quand un détenu s’est évadé une fois comme Ted Bundy, il présentera toujours un risque d’évasion. On savait qu’il pouvait tenter de recommencer. KEVIN SULLIVAN Dans le Colorado, Bundy a été placé dans une cellule avec un panneau mal fixé au plafond. Les autorités pénitentiaires ont dit que le trou était trop étroit pour passer. Alors Ted Bundy s’est mis au régime. Les détenus des cellules voisines ont prévenu les gardiens. La nuit, ils entendaient Bundy ramper au-dessus de leur tête avant de retourner dans sa cellule. Vous croyez qu’ils auraient réagi ? Non. Personne n’a rien fait. MICHELE WOOD Quelques jours après Noël 1977, la plupart des gardiens de la prison étaient en famille. Bundy est sorti de sa cellule en passant par un trou dans le plafond. KEVIN SULLIVAN Cet homme pensait à tuer en permanence. Il pensait à sa prochaine victime, au moment et à l’endroit idéal pour la tuer. Il a rampé dans le faux-plafond au-dessus des cellules pour s’introduire dans l’appartement d’un gardien, enfiler des vêtements et quitter la prison. JOURNALISTE HOMME (A) À la prison du comté de Garfield, Ted Bundy s’évade une nouvelle fois. L’ancien étudiant en droit est passé par un trou au plafond de sa cellule pour quitter la prison. BILL HAGMAIER Il m’a dit plusieurs fois que de nombreux tueurs en série s’étaient fait prendre parce que leur égo leur avait fait commettre des erreurs. Il m’a toujours dit qu’il avait été très prudent. NARRATION L’histoire se souvient de Ted Bundy comme d’un génie du crime, évadé de prison pas une fois, mais deux. KATHLEEN MCCHESNEY Il avait une intelligence au-dessus de la moyenne. Et il savait comment fonctionnait la police. NARRATION Mais était-il vraiment brillant ? Ou seulement chanceux ? MIKE FISHER (A) Les deux évasions auraient pu être évitées. On aurait dû tirer des leçons de la première évasion. JOURNALISTE HOMME (A) Les enquêteurs du Colorado, comme Mike Fisher, ont perdu la partie. KEVIN SULLIVAN Il n’aurait jamais dû s’évader de cette prison. Soyons clairs : si les autorités pénitentiaires du Colorado avaient fait leur boulot, il n’y aurait pas eu de victimes en Floride. NARRATION Après sa seconde évasion, Ted Bundy parcourt près de 3 000 kilomètres vers le sud pour échapper aux forces de l’ordre. Alors qu’une immense chasse à l’homme s’organise dans l’ouest américain, le tueur en série passe inaperçue à Tallahassee, en Floride. DAYLE HINMAN À Tallahassee et dans le comté de Leon, le taux de criminalité était relativement bas. La plupart des crimes rapportés étaient des vols de vélos ou de sacs à dos et quelques infractions routières. Je m’appelle Dayle Hinman et j’étais enquêtrice au bureau du shérif du comté de Leon. L’université d’État de Floride était très calme. Les gens sortaient à toute heure du jour et de la nuit. KEVIN SULLIVAN Il faut garder en tête qu’après son évasion dans le Colorado, son but premier était la survie. Bundy devait mettre de la distance entre ses poursuivants et lui. Une fois installé à Tallahassee, dans le quartier universitaire, il s’est de nouveau senti en sécurité. C’est à ce moment-là que les pulsions meurtrières ont refait surface. Il n’a jamais voulu arrêter de tuer. MICHELE WOOD Le 15 janvier 1978, le campus d’une université tranquille a changé à jamais. DAYLE HINMAN Au sud du campus de l’université d’État de Floride, la rue était une succession de résidences réservées aux sororités. À côté de la résidence Chi Omega, il y avait un bar étudiant qui s’appelait Sherrod’s. Parfois, un homme entrait dans le bar, mais il n’y semblait pas à sa place. Il invitait des jeunes filles à danser, elles exceptaient un slow et elles partaient. Il n’arrivait jamais à ses fins. MICHELE WOOD L’hypothèse des enquêteurs, c’est que Ted Bundy suivait les femmes qui sortaient du bar, mais qu’il perdait leur trace. DAYLE HINMAN Chez les Chi Omega, les jeunes filles étaient deux par chambre. Il y avait beaucoup d’arbres dans le jardin et à l’arrière de la maison, il y avait des piles de rondins de bois. KEVIN SULLIVAN Il s’est introduit dans la maison par une porte non-verrouillée. DAYLE HINMAN Il est entré. Il est monté directement à l’étage pour passer de chambre en chambre. KEVIN SULLIVAN Il était pris d’une frénésie. Il n’avait rien d’organisé. Il avait pris une bûche dans le jardin et il s’en est servi pour défoncer le crâne de ses victimes. DAYLE HINMAN Tout est allé très vite. Il a tout saccagé sur son passage, comme s’il cherchait quelqu’un ou quelque chose sans vraiment savoir quoi. Les choses auraient été bien pire… Si Nita Neary n’était pas rentrée en laissant la porte claquer derrière elle. C’est ça qui a fait fuir Bundy. KEVIN SULLIVAN Elle était dissimulée dans la pénombre. Elle a vu un homme descendre les escaliers, vêtu d’un manteau bleu marine et d’une casquette. Elle a remarqué qu’il avait quelque chose à la main. DAYLE HINMAN Il avait un gourdin enveloppé dans un tissu. Évidemment, elle a tout de suite eu très peur. KEVIN SULLIVAN En arrivant en bas des marches, il a hésité une seconde. Il n’a pas vue la jeune fille et il est sorti de la maison. DAYLE HINMAN À ce moment-là, une des victimes est sortie de sa chambre. Elle était couverte de sang. Je crois qu’en quittant la résidence, Bundy était persuadé d’avoir tué les quatre étudiantes. S’il avait pu rester plus longtemps, il serait sûrement passé dans toutes les chambres de la maison, cette nuit-là. NARRATION À suivre. À la surprise générale, le juge accède à une demande de Ted Bundy. MIKE MINERVA Il a été autorisé à interroger des témoins. DEBBIE CICARELLI J’étais une gamine de 20 ans. J’avais peur. NARRATION Celles qui ont échappé à Ted Bundy se réunissent après des décennies. CHERYL THOMAS Si vous m’aviez pas appelée à ce moment-là, je serais morte. NARRATION Deux semaines après s’être évadé de prison pour la deuxième fois, Ted Bundy attaque quatre étudiantes de l’université d’État de Floride dans leur sommeil. Deux d’entre elles meurent sur le coup, tandis que les deux autres sont retrouvées inconscientes. KEN KATSARIS Le 15 janvier 1978, j’ai été appelé pour plusieurs meurtres dans une sororité universitaire. Je m’appelle Ken Katsaris, j’étais le shérif du comté de Leon, en Floride. J’étais sur place pour mener l’enquête sur les meurtres de Ted Bundy en Floride. On n’avait pas seulement affaire à plusieurs meurtres sur le campus. C’était surtout un assassin très particulier. En examinant les victimes, on savait qui avait été attaqué en premier, qui était la deuxième, la troisième ou la quatrième. La première avait été battue extrêmement violemment. On avait l’impression que le tueur s’était progressivement vidé de son énergie. Il s’épuisait à chaque victime. DAYLE HINMAN On avait beaucoup de chance que Nita Neary ait vu l’assassin sortir de la résidence. Elle n’avait aperçu que son profil, mais elle avait fait une description générale du tueur, qui a été diffusée à tous les agents chargés de l’enquête de proximité. BILL HAGMAIER L’apparence de Ted Bundy était tout sauf menaçante, et il savait se fondre dans la masse. D’après ce qu’il m’a raconté, quand les secours sont intervenus à la sororité, Bundy était dans la foule avec une bière à la main1. TED BUNDY (A) Je n’ai jamais eu peur d’être identifié. Quand on se comporte normalement, personne ne pense à se méfier. Plus on est sur ses gardes et plus on a de chances de se faire prendre, parce qu’on agit différemment. KEVIN SULLIVAN Pour Bundy, le campus était l’endroit idéal. Il se voyait y accomplir de grandes choses. Le soir des meurtres de la sororité Chi Omega, il a voulu s’attaquer à une autre jeune femme. Et il a trouvé une victime. DAYLE HINMAN Cheryl Thomas vivait dans une petite maison mitoyenne à quelques centaines de mètres de la résidence Chi Omega, tout près du campus. Elle occupait une partie de la maison, et l’autre partie était louée par deux jeunes femmes. DEBBIE CICARELLI Je m’appelle Debbie Cicarelli Touchton. NANCY YOUNG Je m’appelle Nancy Young. DEBBIE CICARELLI Cheryl Thomas, Nancy Young et moi, on était colocataires en 1978. Elles étaient élèves à l’école de danse. C’étaient deux filles magnifiques, mais Cheryl avait un talent fou. NANCY YOUNG Ce soir-là, Cheryl avait un rendez-vous amoureux. On était tous au même bar. DEBBIE CICARELLI C’était le soir du 14 janvier. On était chez Big Daddy’s, le bar où on allait tout le temps. Cheryl est partie avant nous, vers minuit, je crois. Nancy et moi, on est rentrées vers 2 heures du matin. Dans la chambre de Cheryl, la lumière était éteinte. NANCY YOUNG On s’est dit qu’elle était rentrée de son rendez-vous plus tôt que prévu et qu’elle dormait. On est allées se coucher. DEBBIE CICARELLI D’habitude, j’ai le sommeil très lourd. Mais ce soir-là, je ne me suis pas endormie pas profondément. Pendant la nuit, j’ai été réveillée en sursaut par un bruit sourd. NANCY YOUNG Debbie m’a réveillée en disant : « Nancy, c’est quoi ce bruit ? » Elle vivait avec moi depuis à peine deux mois, alors elle dormait par terre. C’est peut-être pour ça qu’elle a entendu les bruits avant moi. En tendant l’oreille, j’ai entendu des bruits de lutte. J’ai dit : « Je sais pas ce que c’est ». C’est difficile à admettre, mais j’étais presque agacée. Je voulais dormir. DEBBIE CICARELLI On ne savait pas ce qui se passait dans la résidence Chi Omega. Mais au fond de moi, je sentais que quelque chose n’allait pas. NANCY YOUNG Debbie a décidé d’appeler son petit ami. DEBBIE CICARELLI Il m’a dit de laisser Cheryl tranquille, qu’elle devait être avec un garçon. J’ai dit : « Non, ça ressemble pas à Cheryl. » NANCY YOUNG Cheryl et moi, on avait un pacte. Où qu’on soit, quelle que soit l’heure ou la personne avec qui on était, si le téléphone sonnait, on s’était promis de répondre. Au cas où l’une de nous ait besoin d’aide. Alors j’ai dit à Debbie : « Si tu t’inquiètes, appelle-la. Elle répondra. » DEBBIE CICARELLI J’ai appelé Cheryl. On entendait la sonnerie du téléphone dans sa chambre, on entendait Cheryl gémir, mais elle ne répondait pas. NANCY YOUNG Et puis, on a entendu des bruits. Ça se déplaçait vers l’entrée de la maison, et ça retournait dans la chambre en passant par la cuisine. Ensuite, le silence est revenu. J’ai dit : « Raccroche et appelle les secours. » KEN KATSARIS J’étais devant la sororité quand j’ai reçu un appel radio. Une agression potentielle venait d’avoir lieu à quelques centaines de mètres. C’était probablement le même suspect, même si ça me semblait inconcevable qu’il ait frappé deux fois dans un périmètre aussi réduit. Mais après tout, pourquoi pas ? NANCY YOUNG En quelques secondes, j’étais devant la porte d’entrée. La police encerclait la maison. Des enquêteurs armés sont descendus de voiture en courant, ils ont frappé à la porte de Cheryl, mais elle ne répondait pas. Alors ils ont défoncé la porte. On les entendait crier « Pas un geste ! » à chaque fois qu’ils entraient dans une pièce. DEBBIE CICARELLI On avait peur, on ne savait pas ce qui se passait. J’ai regardé Nancy, elle n’en revenait pas. NANCY YOUNG Les policiers sont entrés dans la chambre de Cheryl et l’un d’eux a crié « Elle est vivante ! » À ce moment-là, je me suis effondrée. KEVIN SULLIVAN Cheryl Thomas était gravement blessée. Bundy l’avait frappée avec le gourdin qu’il avait utilisé dans la résidence Chi Omega. DAYLE HINMAN C’était le chaos le plus total. Les enquêteurs devaient être sur deux scènes de crime à la fois. DEBBIE CICARELLI On a été interrogées par plusieurs enquêteurs. Ça m’a paru interminable. DAYLE HINMAN On ne savait pas si l’assassin était toujours sur le campus ou s’il avait pris la fuite. DEBBIE CICARELLI On nous a dit que la police avait relevé des empreintes sur les deux portes d’entrée de la maison. L’agresseur avait laissé ses empreintes sur la poignée de porte de Cheryl, et sur la nôtre aussi. Ça, c’était difficile à avaler. NARRATION Sur les cinq femmes attaquées cette nuit-là, trois sont admises au service des soins intensifs de l’hôpital le plus proche. Les deux autres victimes, Margaret Bowman et Lisa Levy, ont succombé à leurs blessures. KEN KATSARIS La violence des meurtres m’a frappé quand je suis allé à la morgue pour voir les deux victimes décédées. En pensant à mes deux filles, j’en ai eu froid dans le dos. Je me suis dit : « Il faut que ce type paie pour ce qu’il a fait. » J’ai examiné les corps des victimes personnellement. Je voulais voir si quelque chose me sautait aux yeux. Le tueur avait mordu une des victimes, et je me suis accroché à ça. Ce n’était pas une simple morsure : on voyait bien les deux marques de la mâchoire. C’était presque une signature. DAYLE HINMAN Mon supérieur m’a demandé d’aller à l’hôpital avec un bloc-notes et de ne pas quitter les victimes une seule seconde. Il s’est dit que si elles se réveillaient et qu’elles avaient le moindre souvenir, elles seraient plus à l’aise pour se confier à une autre jeune femme. Leurs blessures étaient extrêmement graves, surtout sur le visage. C’étaient des miraculées. Un coup de plus, et elles seraient mortes. NANCY YOUNG On avait des nouvelles de Cheryl tous les jours, mais on ne pouvait pas lui rendre visite aux soins intensifs. Au bout de cinq jours, un policier nous a demandé d’aller voir Cheryl à l’hôpital. Elle n’arrêtait pas de demander ce qui lui était arrivé, et elle savait qu’il y avait d’autres victimes. Les médecins disaient qu’elle ne se rétablissait pas aussi bien qu’ils le souhaitaient. Ils étaient persuadés qu’elle avait peur d’apprendre qu’on avait été attaquées, nous aussi. Son médecin tenait à ce qu’on aille la voir, alors… C’était un moment très fort, son état s’est amélioré. CHERYL THOMAS Pourquoi Ted Bundy m’a choisie ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je n’ai aucun souvenir de ce qui m’est arrivé. Je m’appelle Cheryl Thomas et j’ai survécu. NARRATION Le 15 janvier 1978, la police de Tallahassee fait face à deux des crimes les plus monstrueux de son histoire. Trois des victimes sont entre la vie et la mort. DAYLE HINMAN Kathy Kleiner, Karen Chandler et Cheryl Thomas ont été transportées à l’hôpital de Tallahassee. Leurs blessures étaient extrêmement graves, surtout sur le visage. C’étaient des miraculées. Un coup de plus, et elles seraient mortes. CHERYL THOMAS Je n’ai aucun souvenir de mon agression. Quand on se réveille dans une chambre qu’on ne reconnaît pas, c’est très angoissant. Au début, personne n’a voulu me décrire l’étendue de mes blessures. Ma mère m’a raconté qu’à chaque fois qu’un homme entrait dans ma chambre, je me sentais mal. La police m’a demandé qui aurait pu s’en prendre à moi, mais je ne voyais pas ce que j’avais pu faire pour mériter cette agression. NANCY YOUNG Ses blessures étaient horribles à voir. Elle avait des bleus partout, on la reconnaissait à peine. DEBBIE CICARELLI C’était l’horreur absolue, de la voir dans cet état. Elle avait pris tellement de coups que son visage était violet. Les médecins avaient dû lui sceller la mâchoire. Elle avait les cheveux longs jusqu’en bas du dos, et ils étaient pleins de sang. Sur son lit d’hôpital, ses cheveux étaient étalés autour de son visage, rouges de sang. CHERYL THOMAS J’étais danseuse. Et du jour au lendemain, je n’ai plus été capable de danser. Je me suis dit que ça ne pouvait pas définir le reste de ma vie. DEBBIE CICARELLI Cheryl voulait devenir danseuse étoile. C’est lui qui l’en a empêchée. À cause de lui, elle n’a pas pu réaliser son rêve. CHERYL THOMAS J’ai été obligée d’accepter, il fallait tourner la page. KATHLEEN MCCHESNEY Dans le cas d’un crime grave, comme celui de l’université d’État de Floride, la police envoie un télégramme dans tous les États-Unis. À l’époque, c’est comme ça qu’on communiquait les informations. Quand on a su, on a tout de suite compris qu’il s’agissait de Ted Bundy. ROBERT KEPPEL J’ai contacté les agents qui enquêtaient sur les meurtres de la résidence Chi Omega pour leur parler de Ted Bundy. Je voulais les prévenir qu’il était certainement en Floride. KEN KATSARIS J’ai été contacté par des enquêteurs de tout le pays. On me parlait de détenus en cavale, on m’a même parlé d’un certain Ted Bundy qui s’était évadé deux fois de prison. Mais c’était un nom parmi d’autres. On m’en avait donné plein ! NARRATION Bien que les autorités locales aient été prévenues de la présence potentielle de Ted Bundy en Floride, le fugitif continue sa cavale pendant plus d’un mois après les meurtres de Chi Omega. BILL HAGMAIER C’était un vrai caméléon : il savait transformer ses attitudes et son apparence. Il se laissait souvent pousser la barbe, ou alors il se la taillait de plusieurs façons différentes. Parfois, il se faisait des teintures. Ça lui a été très utile pendant sa cavale. MICHELE WOOD Je ne le qualifierais pas de caméléon. Il se contentait de se laisser pousser la barbe ou de changer de coupe de cheveux. BILL HAGMAIER Il avait toujours un coup d’avance sur les forces de l’ordre. MICHELE WOOD Il n’avait rien d’un maître du camouflage. Mais dans les années 70, les monstres avaient un physique de monstre. Ils ne ressemblaient pas à Ted Bundy. Trois semaines après le début de sa cavale, Bundy a volé une voiture pour se rendre à 150 kilomètres à l’est de Tallahassee. KEVIN SULLIVAN Il s’est arrêté devant une école de Lake City. Il était en pleine chasse. Devant l’établissement, il a vu une fillette. Elle s’appelait Kim Leach, elle avait 12 ans. Bundy l’a enlevée. Un homme l’a vu, mais il a cru à un père en colère qui venait récupérer sa fille à l’école. ’06 Ça a été sa dernière victime. MICHELE WOOD Le 15 février 1978, vers une heure du matin, Ted Bundy a été arrêté par une patrouille de police près de la frontière entre l’Alabama et la Floride. DAYLE HINMAN Ted Bundy ne conduisait pas très bien. Quand il a vu une voiture de patrouille derrière lui, il a essayé de semer les agents en grillant quelques feux rouges. Résultat : les policiers l’ont arrêté au bord de la route pour le faire descendre de voiture. NARRATION Manquant de prudence, Ted Bundy prend une mauvaise décision qui précipite sa chute. ROBERT KEPPEL Bundy a essayé de s’enfuir, l’agent l’a poursuivi, il a réussi à le plaquer au sol, et… C’était fini pour Ted Bundy. Avec le recul, je trouve dommage que l’agent n’ait pas sorti son arme pour l’abattre. MIKE MINERVA Quand Bundy a été arrêté, il a d’abord donné un faux nom : Kenneth Misner. Il avait une pièce d’identité à ce nom. Je m’appelle Mike Minerva. J’étais avocat commis d’office et j’ai défendu Ted Bundy. La police a contacté le vrai Misner, qui n’était évidemment coupable de rien. Alors les agents ont voulu connaître la véritable identité de l’homme qu’ils avaient arrêté. Il a fini par avouer : Il s’appelait Ted Bundy. Sur le moment, les enquêteurs n’ont pas reconnu son nom. Ted Bundy était connu dans l’ouest des États-Unis, mais pas en Floride. NARRATION Après avoir formellement identifié Ted Bundy, les enquêteurs se renseignent sur son passé criminel. DAYLE HINMAN Tous les enquêteurs du nord de la Floride travaillaient jour et nuit pour en savoir plus sur lui. Plus les jours passaient, plus la liste de ses crimes s’allongeait. On n’en revenait pas. MIKE MINERVA Quand les enquêteurs ont appris que Bundy était sur la liste des 10 personnes les plus recherchées par le FBI, ils ont cherché quels crimes il avait pu commettre depuis son arrivée en Floride. BILL HAGMAIER Bundy lisait attentivement les journaux. Quand il commettait un meurtre, il avait hâte de voir comment les médias allaient traiter l’affaire. MICHELE WOOD Bundy correspondait à la description de l’homme aperçu dans la résidence Chi Omega. DAYLE HINMAN Dans le véhicule volé, on a trouvé des cheveux et des fibres qui correspondaient à ceux de Kimberly Leach et de Ted Bundy. NARRATION Les enquêteurs comprennent qu’en plus d’avoir capturé l’auteur de quatre agressions et deux meurtres en Floride, ils avaient enfin arrêté l’un des assassins les plus recherchés des États-Unis. DAYLE HINMAN On était tous très fiers. TED BUNDY (A) Vous m’avez dit que vous vouliez me choper. C’est bien ce qu’il m’a dit. Voilà, vous avez votre acte d’accusation, vous n’aurez rien de plus. Allez, lisez-le. KEN KATSARIS Ted Bundy ne se comportait pas comme un psychopathe. Il était charismatique et très intelligent. ROBERT KEPPEL Ce n’était pas le tueur rusé que tout le monde s’imaginait. Il a fait des erreurs, et il s’est fait prendre. KEN KATSARIS Il y a une question que je mourais d’envie de lui poser : « Vous êtes soupçonné de 36 meurtres dans quatre États différents, qu’est-ce que ça vous fait ? » Il s’est adossé à son siège, il a levé les yeux au ciel et il a dit : « Ken, quand vous aurez identifié le vrai coupable de tous ces meurtres, le nombre de meurtres s’élèvera à trois chiffres, commis à travers six États. » NARRATION Le 15 février 1978, Ted Bundy, le criminel le plus recherché des États-Unis, est arrêté en Floride. Mais est-ce son intelligence, ou simplement son talent d’escroc, qui a aidé Bundy à échapper à la justice pendant des années ? KEN KATSARIS Ted Bundy ne se comportait pas comme un psychopathe. Il n’avait rien d’étrange. C’était un type charismatique, charmant, drôle… Mais c’était une machine à tuer. LARRY SIMPSON Après l’arrestation de Ted Bundy en Floride, j’ai été contacté par les autorités de l’État du Colorado. On me demandait de l’extrader vers le Colorado pour qu’il soit jugé. J’ai répondu que pour le moment, il était chez nous, et qu’il y resterait tant qu’on ne l’aurait pas jugé pour ses crimes. Je m’appelle Larry Simpson. J’ai poursuivi Ted Bundy pour l’agression de Cheryl Thomas et les meurtres de la résidence Chi Omega. MICHELE WOOD Le juge a décidé qu’il y aurait un seul et même procès pour l’agression de Cheryl Thomas et les meurtres de Chi Omega. Plusieurs choses permettaient d’affirmer que les deux crimes avaient été commis par la même personne : la proximité des scènes de crime, la chronologie et l’arme du crime. Le procès pour le meurtre de Kimberly Leach devait avoir lieu plus tard. MIKE MINERVA On savait qu’on n’avait pas d’argument de défense solide, comme un alibi. La meilleure solution, c’était de passer un accord avec le procureur. LARRY SIMPSON Étant donné la nature des crimes, l’accord passé avec les avocats de Ted Bundy stipulait qu’il devait plaider coupable de tous les chefs d’accusation. La peine devait être de 75 ans de prison sans possibilité de libération conditionnelle. MIKE MINERVA Il passerait sa vie en prison, mais il ne risquait pas la peine de mort. LARRY SIMPSON Mais à l’audience, alors que Ted Bundy était censé plaider coupable, il s’est mis à critiquer tous ceux qui étaient impliqués dans le dossier. Alors on a retiré notre offre. Par la suite, j’ai dit à Mike Minerva que son client était passé à côté de la chance de sa vie. NARRATION Cette obstination à refuser une négociation de peine est la première d’une série d’erreurs qui coûteront cher à Ted Bundy. Des erreurs qui seront plus tard mises, à tort, sur le compte de son intelligence hors-norme. MICHELE WOOD Il a refusé la proposition du procureur par pur égo. Il tenait à aller jusqu’au procès. S’il avait accepté, il serait certainement encore en vie aujourd’hui. MIKE MINERVA Pendant tout le procès, Bundy a voulu s’invertir dans sa défense. Il avait fait des études de droit et il voulait montrer ses talents au tribunal. Il voulait être plus malin que le juge et le procureur en étalant ses connaissances. Finalement, le juge l’a autorisé à s’asseoir sur le banc des avocats. MICHELE WOOD Ted Bundy n’était jamais allé au bout de son cursus de droit, mais le juge l’a laissé se représenter lui-même. Bundy aimait se croire plus intelligent qu’il ne l’était vraiment. MIKE MINERVA C’était étrange, mais ça correspondait bien au personnage. Pour moi, ça a été un enfer, d’essayer de le défendre. NARRATION Pendant les mois qui précèdent l’ouverture du procès, Ted Bundy prépare sa défense depuis la prison du comté de Leon. Mais cette fois, les forces de l’ordre ne prennent aucun risque. KEN KATSARIS Il était incarcéré au centre de détention de mon comté. Il s’était déjà évadé deux fois, il n’était pas question qu’il s’évade de la prison du comté de Leon. MIKE MINERVA Les autorités ne lâchaient rien. Tout était bouclé, il ne pouvait aller nulle part. KEN KATSARIS Sa cellule était fermée par une grille en acier. Il y avait trois verrous fermés par trois clés, chacune portée par un garde différent. Au plafond, on a bouché toutes les issues. Il n’avait nulle part où se faufiler, ramper ou grimper. Il m’a même poursuivi en justice pour ses conditions de détention ! TED BUNDY (A) La source lumineuse de la cellule ne permet pas de lire. Le seul moyen de lire, c’est de passer le bras par les barreaux de la cellule pour mettre le document à la lumière du couloir. Ces conditions m’empêchent de participer à la préparation de ma défense. KEN KATSARIS J’ai perdu un seul procès dans ma vie : celui que m’a intenté Ted Bundy. GREFFIER (A) Veuillez vous asseoir. L’audience va commencer. NARRATION En juin 1979, Bundy est jugé à Miami pour les meurtres de Chi Omega et l’agression de Cheryl Thomas. JOURNALISTE HOMME (A) Le procès se tiendra à Miami. Le juge Cowart a estimé l’attention des médias trop présente à Tallahassee, où l’inculpation avait eu lieu. NARRATION C’est le premier procès télévisé de l’histoire des États-Unis. L’événement est couvert par les journalistes de cinq continents. LARRY SIMPSON Les caméras étaient toutes neuves. C’était la première fois qu’un procès d’une telle ampleur était diffusé à la télévision. Ça semblait fou. JOURNALISTE HOMME (A) Chaque jour, la salle d’audience est remplie de curieux, attirés par une fascination pour Ted Bundy, ou par les détails des crimes. FEMME LUNETTES PROCÈS (A) Je n’ai pas peur de lui. Il ne ressemble pas à un assassin. MICHELE WOOD On a dit que c’était le tueur en série le plus sexy de tous les temps. Assassiner des femmes n’a rien de sexy. BILL HAGMAIER Bundy n’était pas comme les autres tueurs en série. Il s’est représenté lui-même au cours de ses procès. KEVIN SULLIVAN Il était persuadé d’être plus malin que ses avocats, mais il n’aurait jamais dû assurer sa propre défense. Ses connaissances en droit n’étaient pas assez approfondies. En fait, il en savait juste assez pour s’enfoncer. MIKE MINERVA Bundy était son propre pire ennemi, il a fini par aider l’accusation à le faire condamner. Sa place sur le banc des avocats lui permettait d’interroger les témoins. LARRY SIMPSON Monsieur Bundy a décidé de procéder lui-même au contre-interrogatoire d’un agent de police de l’université d’État de Floride. Il voulait lui poser des questions sur la scène de crime à la résidence Chi Omega. TED BUNDY (A) Dans la chambre, avez-vous vu du sang ailleurs qu’aux endroits que vous avez évoqués tout à l’heure ? AGENT DE POLICE (A) Il y avait beaucoup de sang au-dessus de la tête de la victime, et des éclaboussures sur les murs. MIKE MINERVA Bundy lui a fait décrire tous les détails les plus sordides de cette scène de crime. LARRY SIMPSON Les avocats de la défense savent qu’il ne faut jamais accentuer les détails d’un crime, à moins d’y être obligés. Mais Bundy s’est enfoncé tout seul. AVOCAT (A) Vous savez ce qui vous est arrivé ? CHERYL THOMAS (A) On m’a raconté. AVOCAT (A) Mais de votre point de vue personnel… CHERYL THOMAS (A) Dans mes souvenirs ? AVOCAT (A) Oui. CHERYL THOMAS (A) Non. DEBBIE CICARELLI On a toutes dû aller à Miami pour témoigner au procès de Ted Bundy. J’étais une gamine de 20 ans, j’avais peur. NANCY YOUNG C’était très étrange, comme situation. Parce qu’il se défendait lui-même. CHERYL THOMAS J’étais stressée à l’idée que Ted Bundy soit assis en face de moi. DEBBIE CICARELLI Les femmes le trouvaient beau. Moi, sachant ce qu’il avait fait, je ne lui trouvais rien de beau. Il prenait des notes. Il écrivait frénétiquement, sans jamais lever les yeux vers moi. Après avoir témoigné, Nancy Young a dit la même chose. NANCY YOUNG Pendant mon témoignage, je n’ai pas eu un seul contact visuel avec lui. Je crois que je ne l’intéressais pas. DEBBIE CICARELLI Mais quand Cheryl était à la barre des témoins, il la regardait droit dans les yeux. Il l’a fixée du regard jusqu’à ce qu’elle quitte la salle d’audience. MICHELE WOOD Lors du procès, l’accusation a présenté trois arguments majeurs. Le premier, c’était la présence de témoins qui avaient vu Ted Bundy près des scènes de crime le soir des agressions. LARRY SIMPSON Bundy a été aperçu au Sherrod’s, ce soir-là. C’était un bar juste à côté de la résidence Chi Omega. MICHELE WOOD Le deuxième argument clé, c’était le témoignage de Nita Neary, qui avait vu l’assassin sortir de la maison après les agressions. AVOCAT (A) Vous souvenez-vous de l’homme que vous avez vu à la porte de la résidence Chi Omega ? NITA NEARY (A) Oui. AVOCAT (A) Vous voulez bien nous le montrer ? NITA NEARY (A) Avec le costume à rayures et la cravate rouge. AVOCAT (A) Pas d’autres questions. MICHELE WOOD Mais le témoignage le plus probant de ce procès, ça a été celui du dentiste. MIKE MINERVA Lors du meurtre de Lisa Levy, l’assassin avait mordu la fesse de la victime. LARRY SIMPSON J’ai demandé une comparaison entre les empreintes dentaires de monsieur Bundy et celles retrouvées sur la victime. À ma connaissance, ça n’avait jamais été fait, mais il n’y avait pas de raison pour que ça ne soit pas possible. KEN KATSARIS Un soir, après la tombée de la nuit, je suis allé dans sa cellule et j’ai dit : « Monsieur Bundy, je vous emmène quelque part. » Il avait peur, on ne l’avait jamais fait sortir après la tombée de la nuit. Quand on est arrivé au cabinet du dentiste, il a compris ce qu’on avait en tête. Il s’est mis à hurler : « Où est mon avocat ? Je veux voir mon avocat ! » Je lui ai dit de s’asseoir, que j’avais un mandat à lui lire. Le docteur Suveron avait des écarteurs. C’est ce qui sert à maintenir la mâchoire ouverte en cas de prise d’empreintes dentaires post-mortem. Je lui ai dit : « Montrez à monsieur Bundy ce qu’on va devoir utiliser s’il ne se laisse pas faire. » Ted Bundy m’a regardé, il s’est assis sur le siège, il a ouvert la bouche et il a dit : « Ken, vous savez bien que je ne suis pas quelqu’un de violent. » Je crois que c’était la première fois de l’histoire qu’un mandat permettait de prendre les empreintes dentaires d’un homme. MIKE MINERVA L’accusation a essayé d’utiliser les empreintes dentaires de la même manière que les empreintes digitales, en expliquant que chaque empreinte était unique. LARRY SIMPSON La défense s’est battue bec et ongle pour nous empêcher de présenter ces preuves. MIKE MINERVA L’expert qui témoignait à charge a conclu que seules les dents de Ted Bundy avaient pu laisser ces traces sur le corps. GREFFIER (A) Veuillez vous asseoir. L’audience va commencer. NARRATION À l’été 1979, le procès de Ted Bundy, le tueur en série le plus célèbre des États-Unis, passionne la population américaine. FEMME BLONDE PROCÈS(A) À chaque fois qu’il se retourne, je me dis « Oh non, c’est moi la prochaine. » JOURNALISTE HOMME (A) Pourtant, il vous fascine… FEMME BLONDE PROCÈS(A) Oui. NARRATION Lors de ses procès, Bundy assure sa propre défense. Sa position lui permet de véhiculer l’image d’un criminel intelligent et charmeur, qui perdurera longtemps après sa mort. BILL HAGMAIER Bundy se voyait comme un homme très beau et extrêmement brillant. Il se sentait capable de tout faire. Il m’a dit plusieurs fois : « Vous savez, je pourrais très bien être à votre place. » MIKE MINERVA Le procès a duré près d’un mois. LARRY SIMPSON C’était loin d’être gagné d’avance, on n’avait aucune preuve directe. On savait que c’était un procès risqué. Notre rôle, c’était de présenter les preuves en espérant que le jury voie les choses du même œil. MIKE MINERVA Nous, les avocats de la défense, nous avons essayé d’attaquer les arguments de l’accusation. On a soulevé des contradictions, discrédité des témoins et avancé des arguments logiques pour montrer que la condamnation n’était pas possible dans la mesure où il restait un doute sur la culpabilité de l’accusé. LARRY SIMPSON Le jury a délibéré pendant un peu plus de six heures. On n’avait aucune idée du verdict. JOURNALISTE HOMME (A) Avant d’annoncer la condamnation, le juge Edward Cowart a autorisé Bundy à faire une déclaration. TED BUNDY (A) Je ne vous demande pas la clémence. Je trouve absurde de demander la clémence pour des actes dont je suis innocent. JUGE COWART (A) Le jury condamne l’accusé Theodore Robert Bundy à la peine capitale. MIKE MINERVA Ted Bundy a été condamné à mort. Parmi les jurés, 7 étaient pour, 5 étaient contre. LARRY SIMPSON J’étais très soulagé. Nous avions réussi notre mission. DEBBIE CICARELLI C’était une très bonne nouvelle, mais je ne me sentais pas complètement en sécurité. Il s’était déjà évadé deux fois, je savais qu’il risquait de recommencer. Il connaissait mon nom. J’ai vécu dans la peur jusqu’au jour de son exécution. NARRATION En janvier 1980, Bundy est jugé au tribunal du comté d’Old Orange, à Orlando, pour le meurtre de Kimberly Leach. MIKE MINERVA Bundy a été jugé pour le meurtre de Kimberly Leach environ un mois après sa condamnation pour les meurtres de Chi Omega. Là encore, il a été déclaré coupable et condamné à mort. NARRATION Après sa condamnation, Ted Bundy est incarcéré dans le couloir de la mort d’une prison de Floride en attendant la date de son exécution. Bill Hagmaier, profileur du FBI, est chargé de dresser le profil de l’un des tueurs les plus célèbres des États-Unis. BILL HAGMAIER Quand on a affaire à quelqu’un comme Ted Bundy, qui a un égo surdimensionné, la meilleure stratégie reste l’écoute. Bundy adorait s’écouter parler. Peu importe le quotient intellectuel, on a tous nos faiblesses et nos défauts. En général, tout découle de l’égo. Les trois premières années, il n’a rien avoué. Il me parlait souvent de ses crimes sans jamais dire « Moi, Ted Bundy, j’ai commis ces meurtres. » Il s’exprimait à la troisième personne, il parlait « d’un tueur en série ». Et puis, plus tard, il s’est mis à parler à la première personne pour avouer plusieurs meurtres. KEVIN SULLIVAN C’était un moyen de négocier. Pour éviter la peine de mort, il était prêt à avouer le nom de ses victimes, la façon dont il les avait tuées, et l’endroit où il avait caché les corps. BOB MARTINEZ (A) Le fait qu’il négocie les corps de ses victimes pour rester en vie, je trouve ça abject. MIKE MINERVA C’était une stratégie. Il s’est dit qu’en attisant la curiosité de la police en donnant assez d’informations, il éviterait l’exécution. BILL HAGMAIER Bundy était soupçonné de meurtre dans chacun des 50 États américains. Tout le monde voulait l’interroger. Mais seules les autorités de l’État de Washington, de l’Utah, du Colorado et de l’Idaho ont pu le voir. ROBERT KEPPEL Bundy espérait qu’on plaide sa cause auprès du gouverneur et du procureur général de Floride. Mais on savait qu’il n’était pas question de le gracier. BILL HAGMAIER (A) Je suis à la prison d’État de Floride, il est tard. Depuis ce matin, monsieur Bundy essaie d’aider les autorités à classer des affaires non-résolues. Ted, dans combien de meurtres êtes-vous impliqué ? TED BUNDY (A) On en a compté trente. BILL HAGMAIER (A) Vous pouvez me dire dans quels États et à quelle époque vous avez tué ? TED BUNDY (A) En Californie, en Oregon, dans l’État de Washington, en Idaho, en Utah, au Colorado et en Floride. Entre 1973 et 1978. ROBERT KEPPEL Ce qu’il m’a raconté de plus fou, c’est le meurtre de Georgann Hawkins, une des étudiantes de l’université de Washington. Il m’a expliqué en détails comment il l’avait enlevée et emmenée sur le site d’Issaquah. Il m’a même dit où se trouvait le crâne de la victime. BILL HAGMAIER (A) Vous nous avez expliqué que dans certains cas, vous aviez décapité les victimes. Ça concerne combien de meurtres sur les trente ? TED BUNDY (A) Je dirais entre 5 et 10. ROBERT KEPPEL On a envoyé des équipes pour fouiller la zone, mais on n’a jamais trouvé son crâne. KATHLEEN MCCHESNEY C’est très compliqué. Certains assassins comme Ted Bundy ont tendance à faire traîner les choses le plus longtemps possible, en faisant croire aux enquêteurs qu’ils ont encore des informations à donner. Tant qu’on les laisse faire, ils manipulent les autorités pour gagner du temps. ROBERT KEPPEL Quand il affichait un sourire narquois, je savais qu’on était sur le point de découvrir quelque chose qu’il essayait de nous cacher. Mais il refusait de parler tant qu’on n’avait pas assez d’informations pour le coincer. Quand j’ai compris que je n’avais plus rien à tirer de mes interrogatoires avec lui, j’ai tout arrêté. BILL HAGMAIER À ce moment-là, plus personne n’aurait pu le sauver. Il savait qu’il allait mourir. NARRATION Alors qu’il a avoué avoir tué au moins trente jeunes femmes à travers les États-Unis entre 1973 et 1978, Ted Bundy, un des tueurs en série les plus prolifiques de l’histoire des États-Unis, doit être exécuté par électrocution le 24 janvier 1989. Célèbre dans le monde entier pour ses crimes, le tueur en série est aussi présenté dans le presse comme un homme extrêmement intelligent, jouissant d’un charme ravageur. JOURNALISTE HOMME (A) À 42 ans, Ted Bundy est un homme séduisant qui s’exprime particulièrement bien. Ancien membre des scouts, étudiant en droit et militant républicain, il est également l’objet d’un déferlement de haine à travers les États-Unis. HOMME JT (A) Personnellement, ça va me faire un bien fou de voir Ted Bundy mourir. BILL HAGMAIER J’étais dans le bureau du directeur de la prison. J’attendais que ce soit fini. On a su qu’il était mort en entendant tout le monde hurler de joie. MANIFESTANT EXÉCUTION (A) Installe-toi bien Ted ! BILL HAGMAIER Les gens tiraient des feux d’artifice. Il y avait plus de 1 000 personnes devant la prison. Pour eux, la justice avait été rendue. ATTACHÉ DE PRESSE PRISON (A) Theodore Bundy a été exécuté à 19 heures 16, sur la chaise électrique de la prison d’État de Floride. KEN KATSARIS Ted Bundy méritait la peine de mort. ELEANORE NASLUND (A) La chaise électrique, c’est un châtiment trop doux pour lui. Il devrait subir ce qu’il a fait vivre à toutes ces filles. MANIFESTANT EXÉCUTION (A) C’est un animal. Les chiens enragés, on les abat. KEN KATSARIS Même des gens qui étaient contre la peine de mort m’ont dit : « Cette fois, ça ne me dérange pas. » CHERYL THOMAS Un, deux, trois, quatre, cinq. Cheryl Thomas. PRODUCTEUR Merci. NARRATION Quarante ans après sa violente agression à l’université de Floride, Cheryl Thomas est sur le point de revoir ses anciennes colocataires pour la première fois depuis le procès de Ted Bundy. CHERYL THOMAS Je n’ai pas honte de ce que je suis. Je suis fière et reconnaissante d’avoir survécu. Laisser cette agression me définir, ce serait donner du pouvoir à Ted Bundy. PRODUCTEUR Comment vous vous sentez ? CHERYL THOMAS Stressée. CHERYL THOMAS C’est ce qui me fait tenir. Je ne veux pas être sa victime. La vie continue. CHERYL THOMAS Coucou Debbie ! Comment ça va ? DEBBIE CICARELLI Bien, et toi ? CHERYL THOMAS T’es toute belle ! DEBBIE CICARELLI Toi aussi. Je suis contente de te voir. CHERYL THOMAS Je suis contente qu’on se retrouve ! DEBBIE CICARELLI Ça fait un bail. Coucou, toi ! CHERYL THOMAS Ça va ? Que je suis contente de te voir ! NANCY YOUNG C’est dingue. DEBBIE CICARELLI Il était temps. NANCY YOUNG Je pleure déjà ! Il me faut des mouchoirs. DEBBIE CICARELLI On a tellement de choses à se dire. CHERYL THOMAS Ça fait quarante ans, c’est fou. NANCY YOUNG C’est fou qu’on se soit pas vues depuis si longtemps. CHERYL THOMAS Oui. NANCY YOUNG C’est à toi, ça ? CHERYL THOMAS Oui, je les ai apportés. NANCY YOUNG J’avais jamais vu ces photos. DEBBIE CICARELLI Oh, c’est notre maison ! CHERYL THOMAS Voilà l’avant de la maison. Votre porte d’entrée était sur la droite et la mienne était à gauche. NANCY YOUNG Oui, je m’en souviens. CHERYL THOMAS Là, c’est moi dans ma chambre. DEBBIE CICARELLI Ça revient à la mode, les mini-shorts et les débardeurs courts. CHERYL THOMAS Oui ! DEBBIE CICARELLI Je risque pas de porter ça, aujourd’hui ! CHERYL THOMAS On était où, là ? C’était à Miami ? Après le procès ? NANCY YOUNG Oui, c’était avant d’aller à l’aéroport. CHERYL THOMAS Si c’était à Miami, ça veut dire que c’est la dernière fois qu’on s’est vues. DEBBIE CICARELLI On n’a pas changé, hein ! CHERYL THOMAS Pas du tout ! DEBBIE CICARELLI On a le droit de rêver ! CHERYL THOMAS Là, c’est le studio de danse. C’est le spectacle qu’on répétait juste avant mon agression. NANCY YOUNG Tu avais le rôle principal et j’étais ta doublure. Les profs ont dû se dire qu’on ferait un bon binôme… CHERYL THOMAS Parce qu’on était proches ! NANCY YOUNG Tout le monde le savait. Et c’est moi qui ai récupéré le rôle. CHERYL THOMAS C’était génial. NANCY YOUNG Oui, c’était super. CHERYL THOMAS J’ai celle-là, aussi. C’est le shérif Katsaris. C’était quelqu’un de très gentil. DEBBIE CICARELLI Oui, très. NANCY YOUNG On avait plein d’amis policiers et avocats. DEBBIE CICARELLI C’est vrai qu’on connaissait du monde, dans la police. C’était une période traumatisante, c’était bien de savoir qu’on avait des gens sur qui compter. CHERYL THOMAS Vous savez, la police a toujours dit que vous m’aviez sauvé la vie. Si vous m’aviez pas appelée à ce moment-là, je serais morte. NANCY YOUNG C’est normal, tu es notre amie. CHERYL THOMAS Je voudrais vous remercier. Je suis tellement contente que vous ayez été mes voisines et mes amies. NANCY YOUNG On est amies. DEBBIE CICARELLI Tu es notre famille. Pour toujours. CHERYL THOMAS Oui, surtout après tout ce qu’on a traversé ensemble. NANCY YOUNG C’est vrai. DEBBIE CICARELLI Oui. On est des survivantes. CHERYL THOMAS Exactement. Des survivantes. KATHLEEN MCCHESNEY On sait que Bundy a fait au moins trente victimes. Mais il a dit qu’il y en avait beaucoup plus. MICHELE WOOD On a raconté que c’était un génie… ROBERT KEPPEL Au Colorado, il n’a eu aucun mal à s’évader. MICHELE WOOD Un maître du camouflage… BILL HAGMAIER C’était un caméléon. Il changeait d’attitude et d’apparence. MICHELE WOOD Qu’il avait échappé aux forces de l’ordre en ne laissant jamais aucune trace derrière lui… DAYLE HINMAN Maintenant, on a les analyses ADN, l’identification des cheveux et les caméras infrarouges. MICHELE WOOD Les gens ont tendance à idéaliser Ted Bundy. La vérité, c’est que cet homme était un monstre. FEMME LUNETTES PROCÈS Il ne ressemble pas à un assassin. KEVIN SULLIVAN Ce n’était pas le genre d’homme à éveiller les soupçons. Ça lui a permis d’échapper à la police. BILL HAGMAIER Il était unique en son genre, mais il m’a dit quelque chose qui m’a marqué : « Si vous avez une fille, protégez-la. Je ne suis pas le seul tueur en série au monde. » Évidemment qu’il y a d’autres Ted Bundy. JOURNALISTE FEMME (A) Avez-vous déjà agressé quelqu’un ? TED BUNDY (A) Si j’ai déjà agressé quelqu’un ? Non. Non. MICHELE WOOD Le mythe qui présente Ted Bundy comme un homme charmant et intelligent est très dangereux. CHERYL THOMAS On a tendance à présenter Ted Bundy comme un symbole de sensualité, au point d’en oublier les victimes. Je ne veux surtout pas tomber dans ce piège-là. 1 P2 si la référence à l’alcool est interdite : « D’après ce qu’il m’a raconté, quand les secours sont intervenus à la sororité, Bundy était dans la foule avec un verre à la main. » --------------- ------------------------------------------------------------ --------------- ------------------------------------------------------------