ALEC AMY CHRIS CRISTINA CROQUISTE DIANA EDDIE FEMME_1 FEMME_2 GARON_1 JOE MATT MICHELLE RONALD SAMANTHA SCOTT STEVE AMY C’est le bazar. Beaucoup de gens ont dû mourir ici. ALEC Un employé s’est fait pousser dans les escaliers… J’ai vraiment besoin de vous. Il faut qu’ils nous laissent tranquilles. DIANA Elle se vide de son sang. AMY Elle m’a dit : « Méfiez-vous des hommes, ils vous tueront. » ALEC Ce n’est pas vrai. AMY C’est une personne très malveillante. AMY Je sens de la peur. Je m'appelle Amy Allan. On dirait un hall de gare de l’au-delà. Je vois les morts. Ils ont beaucoup souffert. Je parle aux morts. Elle les hait, profondément. Et ils me répondent. Il n'y a qu'un moyen de savoir si ce que je découvre est vrai. C’est un démon. C’est Satan. Je me repose sur mon partenaire. STEVE Je m'appelle Steve Di Schiavi. Je suis retraité de la police judiciaire de New York. Il y a eu combien de morts ? Je sais que les gens et les maisons ont tous des secrets. GARON 1 Je ne sais pas si c’est un démon, mais en tout cas, ça y ressemble. STEVE Mon boulot, c'est de déterrer les secrets. FEMME 1 J’ai l’impression d’être folle. AMY Steve et moi, on ne se parle jamais. STEVE On ne communique jamais pendant une investigation. AMY Jusqu'à la fin de l'enquête. STEVE Je n’ai pas envie de vous le montrer. On vous dit si vous pouvez rester chez vous… FEMME 2 Je veux protéger ma mère. AMY Ou s'il faut que vous partiez. Vous devez vous en aller. STEVE Je suis à la Nouvelle-Orléans. J’ai reçu un coup de téléphone d’un certain Alec. Il a acheté une vieille église en ville pour en faire le restaurant de ses rêves. Mais les phénomènes y sont si violents qu’il préférerait ne jamais y avoir mis les pieds. Apparemment, les phénomènes empirent de jour en jour et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il y ait un blessé. MATT Je ne peux pas cacher qu’il s’agit d’une église transformée en restaurant… mais je dois tout de même dissimuler les indices comme les symboles religieux, les œuvres d’art et les menus, car ils pourraient influencer Amy. Quand j'aurai terminé, la maison sera prête pour la visite de ce soir. AMY C’est le bazar… Il y a beaucoup de gens. Il y a des gens dans le sol. Je vois des gens se faire tuer… Ça craint. STEVE Alec, je suis content d’être là parce qu’au téléphone, vous n’aviez vraiment pas l’air bien. Racontez-moi. ALEC Les phénomènes paranormaux sont incontrôlables. C’est préjudiciable pour mon entreprise, et je crains aussi que mes employés et mes clients soient en danger. J’ai vraiment besoin de votre aide. STEVE On est dans une ancienne église, pas vrai ? ALEC Oui. STEVE Vous connaissez son histoire ? ALEC Elle a été construite en 1914. Elle a servi d’église aux luthériens, jusqu’à ce qu’elle soit transformée en restaurant en 1977. En 2005, l’ouragan Katrina a frappé. Le resto a été inondé et il a fermé. STEVE Vous êtes ici depuis quand ? ALEC Avec Eddie, mon associé, on a acheté sans visiter fin 2015. STEVE Sans visiter ? ALEC Oui. STEVE Mais pourquoi ? ALEC Cet endroit m’appelait, mais dès que j’y ai mis les pieds, j’ai su qu’il y avait quelque chose d’étrange. J’ai dit à Eddie : « Je crois qu’on a fait une erreur. » STEVE Vous regrettez ? ALEC Très souvent, je regrette. STEVE Quels phénomènes avez-vous observés ? ALEC La plupart d’entre nous se sentent observés. STEVE OK. ALEC Des objets volent dans les airs… On entend des voix… Et on voit des ombres. Beaucoup de gens sentent qu’on les touche. Et honnêtement, on a beaucoup de malchance. STEVE Comment ça ? ALEC Si quelque chose peut mal tourner, ça tourne mal. Quand on est arrivés, on a allumé la clim et elle a explosé. Le réfrigérateur, qui avait seulement deux ans, a explosé. Des tables toutes neuves gondolent alors qu’elles n’ont que six mois. STEVE Vous gérez un restaurant. Ça ne se passe pas toujours bien, c’est la vie. Pourquoi ce serait paranormal ? ALEC On possède quatre autres restaurants. On n’a jamais vu ça ailleurs. Jamais. STEVE Si vous avez d’autres restaurants, vendez celui-ci et concentrez-vous sur les autres. ALEC On y a vraiment mis énormément d’amour et de passion. Il est hors de question qu’on parte. Il faut qu’ils nous laissent tranquilles. AMY Il y a beaucoup de morts... Ils sont en train de courir partout autour de nous. J’ai du mal à respirer… Je… Il y a quelqu’un qui n’arrive pas à reprendre son souffle. Je pense que les vivants le ressentent. Je pense que certaines personnes se sentent submergées par tout ça. Et c’est possible que ça leur cause des crises d’angoisses. STEVE Alors, qu’est-ce qui se passe ici ? ALEC Dès que je suis ici, j’ai l’impression que quelqu’un m’observe. STEVE Vous sentez plutôt un regard curieux ou un regard malveillant ? ALEC Un regard malveillant, qui scrute tous mes faits et gestes. STEVE D’accord. Quoi d’autre ? ALEC Très souvent, quand je suis dans le bureau en train de travailler, d’un coup, je sens qu’on me touche la nuque. STEVE Vous savez si c’est une femme ou un homme ? ALEC Non, je sens simplement une main dans ma nuque. STEVE Ça arrive souvent ? ALEC Ça a dû arriver dix ou quinze fois. STEVE Vous êtes seul quand… ALEC Je suis seul, oui. STEVE Il y a autre chose ? ALEC Oui, quand je descends les escaliers, très souvent, je sens un souffle d’air froid. STEVE Cette sensation de froid dure longtemps ? ALEC Trois ou quatre secondes. STEVE On est dans le sud, il fait chaud. Ce n’est pas la clim ? ALEC On n’a pas de conduit d’aération dans cette zone. Je ne sais pas d’où ça vient. STEVE Quelle est la raison de tout ça ? STEVE Je pense que ceux qui sont là ne veulent pas de nous ici. Ils veulent qu’on parte. AMY Il y a une femme morte... Elle est habillée tout en rouge et elle porte une perruque rouge. Elle dit qu’elle n’aime pas les hommes. Elle a mis son bras gauche autour de moi, elle m’a prise dans ses bras et j’ai senti un courant d’air froid parcourir mon corps. Les vivants doivent le sentir. Cette femme est entourée par la couleur rouge. Du rouge. Elle est couverte de rouge. C’est comme une aura… On dirait l’enfer. STEVE Qu’est-ce qui se passe ici ? ALEC J’ai vu une espèce d’ombre derrière les portes de la cuisine. STEVE Elle ressemblait à quoi ? ALEC À une silhouette de moine. STEVE De moine ? ALEC Oui. STEVE D’accord. Quelqu’un la voit à part vous ? ALEC Mes employés voient des ombres partout. STEVE D’accord. Autre chose ? ALEC Un matin, tous les feux étaient allumés quand je suis arrivé. Tous les feux du piano de cuisine étaient allumés. STEVE Quelqu’un est venu dans la nuit ? ALEC C’est impossible. On a une alarme. On sait si quelqu’un entre ou part. STEVE Vous avez de la chance qu’il n’y ait pas eu de blessé et que votre restaurant n’ait pas explosé ou brûlé. ALEC Oui. STEVE Autre chose ? ALEC Des assiettes se sont envolées de cette étagère... Le chef était juste là quand ça s’est produit... Elles se sont envolées, il s’est retourné et il a paniqué. STEVE Vous voulez éviter les blessés. ALEC C’est la pire chose qui pourrait arriver. J’ai un employé qui s’est fait pousser dans les escaliers. On doit leur offrir un environnement sûr. C’est plus qu’une entreprise. Ils sont comme notre famille. On veut prendre soin d’eux. Il faut qu’on mette fin à cette folie. Il faut à tout prix qu’on règle ce problème. AMY Cette femme en rouge est très méchante. MATT Elle interagit avec les vivants ? AMY Elle se manifeste physiquement. Elle donne des coups de poing, elle tire les cheveux, elle pousse. Elle tente par tous les moyens de les éloigner. Je pense que si elle se sentait sérieusement menacée, elle pourrait être dangereuse. Elle pourrait piquer une crise. Quand elle n’est pas d’humeur, ils doivent passer une sale journée. Cette dame en rouge est entourée par des ombres étranges. Elles ne sont pas humaines, elles sont destructrices. Ce qui se passe, c’est chaotique et destructeur. C’est dangereux. La dame en rouge dit qu’elle veut (foutre) le camp d’ici. C’est pour ça qu’elle fait tout ça… qu’elle sème la pagaille. STEVE Eddie, je me suis entretenu avec Alec. Il pense que cet endroit est dangereux. Vous êtes du même avis ? EDDIE Je suis inquiet. J’ai toujours été sceptique, mais ça fait trois ans que je vois ces phénomènes se produire constamment. Et il n’y a pas d’explication rationnelle. Ce n’est pas normal. STEVE Qu’avez-vous vécu ? EDDIE Disons que tous les autres viennent me raconter ce qu’il leur arrive. STEVE Alors parlons d’eux. EDDIE Un barman m’a appelé pendant un événement. Une canette de bière a volé vers lui et s’est écrasé contre le mur. Il s’est dit que ça venait forcément d’un client. STEVE Est-ce qu’un client buvait cette bière ? EDDIE Aucun client ne buvait cette bière, mais on a des caméras. On a regardé les images, et rien n’indique qu’un client a jeté quoi que ce soit. STEVE D’autres employés ont été victimes de violence ? EDDIE Oui, une employée s’est fait tirer en arrière dans les escaliers. STEVE Vous pensez qu’un truc ici est capable de faire ça ? EDDIE Apparemment. Je n’y aurais pas cru il y a trois ans, mais là, c’est trop récurrent. STEVE Il y a autre chose ? EDDIE On a beaucoup de malchance. Des trucs se cassent, des choses tournent mal. STEVE Alec m’en a parlé. EDDIE On est maudits. Un jour, un critique gastronomique est venu et un verre d’eau est tombé du plateau et s’est renversé sur lui. STEVE Oh, non. EDDIE Parmi tous les clients qu’on avait, il a fallu que ça tombe sur lui. Il a lu sa critique plus tard à la radio. Il a dit qu’on avait renversé un pichet d’eau sur lui. C’est le genre de publicité qu’on préfèrerait éviter. STEVE Vous attendez quoi de nous ? EDDIE J’espère que vous pourrez résoudre ce problème et faire de ce restaurant un endroit sûr. De manière générale, un restaurant est un endroit plutôt dangereux. On a des grills, des couteaux, des assiettes chaudes partout, mais j’ai peur que ce soit encore plus dangereux. AMY Il y a un type qui se balade. J’ai l’impression qu’il porte un costume de bouffon, en plus chic. Il dit que c’est un asile de fous amusant, ici. J’ai l’impression… que ce type… dirige cet endroit… Il est à lui. MATT Comment il interagit avec les vivants ? AMY Il pourrait influencer leurs perceptions, les manipuler pour qu’ils voient ou qu’ils entendent certaines choses. MATT Quel genre de choses ils pourraient voir ? AMY Ils pourraient voir des choses embarrassantes ou humiliantes pour eux... C’est ce qui lui fait prendre son pied... S’il peut embarrasser ou humilier quelqu’un, il va le faire. STEVE J’ai discuté avec Alec et Eddie, mais je veux m’entretenir avec leurs employés. JOE Très souvent, quand je fais quelque chose ici, je sens une présence derrière moi. Je me retourne, mais il n’y a personne. STEVE Ils ont tous vécu des expériences plus étranges les uns que les autres. CRISTINA Je suis arrivée à 8 heures du matin. Et la trousse de secours était ouverte et tout le contenu était étalé par terre. SCOTT Il ne restait plus que moi dans le restaurant. J’ai vu une grande silhouette avec un peignoir bleue, et je me suis enfui. MICHELLE Quand je montais les escaliers et que j’attrapais la rampe avec ma main gauche, je sentais que quelque chose enlevait ma main de la rampe et je trébuchais sur la première marche. STEVE Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est la violence. Ce n’est pas un endroit sûr pour travailler. SAMANTHA J’étais sur le palier de l’escalier, j’ai entendu quelqu’un derrière moi et je suis tombée dans l’escalier. J’ai eu peur et j’ai eu honte, alors je suis partie. AMY Ce bouffon… est très présent… physiquement. Les vivants… en font très certainement les frais. Il leur fait du mal physiquement. Ça peut être des choses toutes bêtes comme tirer la chaise de quelqu’un quand il s’assoit pour qu’il tombe par terre. Ça humilierait ou ça embarrasserait cette personne. Mais ça pourrait aussi être pire. Il pourrait essayer de blesser les gens. Je vois du verre qui se casse et qui blesse quelqu’un... La seule façon qu’il a de prendre du plaisir, c’est de faire du mal aux gens, de les manipuler. C’est la seule chose qui le stimule un tant soit peu. C’est une personne très malveillante... Il est fou. STEVE Si vous vous y connaissez en chefs cuisiniers, vous devez connaître Chris Montero. Il est originaire de la Nouvelle-Orléans et il a commencé dans le restaurant d’Alec. Il connaît toute l’histoire du Vessel, et elle est haute en couleur. Chris, je suis ravi de vous rencontrer. Vous m’avez dit que le restaurant de mon client avait une histoire folle. Je vous écoute. CHRIS À l’origine, c’était une église luthérienne, mais au début des années 1970, une célèbre famille de restaurateurs, la famille Galatoire, l’a achetée et transformée en restaurant. Ils l’ont baptisé « Chez Christian ». STEVE Si je comprends bien, vous y avez travaillé. C’était quand ? CHRIS À la fin des années 80. J’y ai travaillé un an environ. STEVE « Chez Christian » n’existe plus. CHRIS Exact. STEVE Pourquoi ça a fermé ? CHRIS Le restaurant a commencé à perdre en popularité. Puis l’ouragan Katrina a frappé. Et ça a sonné le glas du restaurant. STEVE Katrina, c’était en 2005, c’est ça ? CHRIS Oui. STEVE Vous étiez ici ? CHRIS Absolument, j’étais ici. STEVE C’était comment ? CHRIS C’était la folie. Cet article résume bien la situation. Il n’y avait pas d’eau potable, pas d’essence, pas d’électricité. Et tous les quartiers de la ville étaient plus ou moins inondés. AMY Ici, c’est différent. J’entends des gens crier… Je ressens… un peu de panique. C’est la pagaille. Je ressens de la douleur, des pertes, de la souffrance. Tellement de gens se sentent… tellement… dévastés. STEVE L’ouragan frappe, le resto ferme. À quoi ressemble le quartier ? Racontez-moi. CHRIS On se trouvait dans l’une des zones les plus inondées. Il y avait deux mètres cinquante d’eau dans les rues. Et à l’intérieur du restaurant, il y avait un mètre vingt d’eau. STEVE Et ensuite ? CHRIS Après la tempête, Chez Christian est devenu un lieu de réunion pour les gens qui avaient été déplacés, pour les rescapés de l’ouragan. STEVE Vous savez combien de victimes il y a eu dans ce quartier, le quartier du restaurant de mes clients ? CHRIS On ne sait pas exactement. Mais un incident tragique a eu lieu dans un hôpital à quelques minutes à pied de Chez Christian. Il y a eu une coupure d’électricité. Et comme l’hôpital était inaccessible à cause des inondations, ils ont perdu 19 patients en soins intensifs. STEVE Ça fait beaucoup. CHRIS Il est toujours abandonné et il reste encore de l’eau dans les sous-sols de l’hôpital. STEVE Aujourd’hui ? CHRIS Oui, encore aujourd’hui. AMY Je vois beaucoup de maladie... Je ne me sens pas bien du tout. Je vois plusieurs personnes… Je ressens une horrible, horrible douleur… (putain). Ils sortent des gens sur des brancards… ou ils les portent. Je pense que beaucoup de gens sont morts ici. C’est tellement le bazar que j’ai du mal à comprendre. On dirait qu’un événement marquant a eu lieu ici… J’entends des gens crier, hurler. Je vois une bagarre. C’est quoi, ce (foutoir) ? On dirait une petite émeute. C’est un endroit où il y avait… des gens malades. Les vivants doivent se sentir malades ici, nauséeux même. Je sens encore de la panique. C’est la pagaille. STEVE Quand j’arrive dans une nouvelle ville, je contacte des policiers du coin. Un policier à la retraite vient de me rappeler. Il m’a dit qu’il y avait eu un homicide à côté du restaurant d’Alec. Il est allé me chercher le dossier. Apparemment, c’est une affaire de conflit familial, de tromperie et de folie. Merci d’avoir examiné ce dossier pour moi. Au téléphone, vous m’avez dit qu’il y avait eu un meurtre près de chez mon client. Racontez-moi. RONALD Le 5 septembre 1941, un homme du nom de Louis Royder Senior était au travail. Il a reçu un appel disant qu’il y avait un problème chez lui avec son fils. STEVE Et ensuite ? RONALD Louis Senior est rentré chez lui. Son fils était là, avec deux collègues de travail. STEVE D’accord. RONALD En arrivant, Louis Senior a vu son fils, Louis Royder Junior, un pistolet à la main. STEVE Il avait quel âge ? RONALD Au moment de la fusillade, Junior avait 24 ans. STEVE Qu’est-ce qui s’est passé ? RONALD Junior lui a tiré dessus plusieurs fois. STEVE Où ça ? RONALD Il a reçu trois balles. Une dans la poitrine et deux dans l’abdomen. STEVE Sans prévenir, ce gamin tue son père. Quelle est son histoire ? Il avait des soucis ? RONALD Pendant l’enquête, la police a appris que Junior avait été interné trois fois dans un asyle psychiatrique. Ils ont aussi découvert qu’il avait été rayé du testament de son père. STEVE Il a reçu quelle peine ? RONALD Aucune. À cause de sa capacité mentale. Le juge a considéré qu’il ne pouvait pas faire la différence entre le bien et le mal, il a donc été condamné à passer un certain temps dans un établissement psychiatrique. Et on ne sait pas exactement combien de temps il y a passé. STEVE Il a pu y passer cinq ou dix ans et ressortir ? RONALD Tout à fait. AMY Je vois un type assez jeune. Il est timide. Il est tout chamboulé. Il se sent tout chamboulé dans sa tête. Je pense qu’il est plein de regrets. Il refuse d’assumer… la responsabilité de ce qui s’est passé ici. Je vois une dispute. Je sens une forte douleur au ventre, du côté gauche. Je ne sais pas si c’est un coup de couteau ou une balle, mais un homme s’en est pris à un autre. STEVE Mes clients se font du souci pour la sécurité de leurs employés et de leurs clients. Leur restaurant s’est retrouvé au cœur de l’ouragan Katrina, qui a coûté la vie à près de deux mille personnes. Mais je veux voir s’il n’y a pas autre chose. En parcourant des archives, je découvre que cette propriété appartenait autrefois à une riche baronne, qui a eu beaucoup d’ennuis avec la justice. Je veux en savoir plus sur cette baronne. Je vais rencontrer une historienne de la région. D’après elle, l’histoire de cette femme est tellement extraordinaire qu’on pourrait en faire un film, mais qu’il serait dur à croire. STEVE Diana, au téléphone, vous m’avez dit que cette baronne avait eu une vie rocambolesque. Que savez-vous sur elle ? DIANA Elle s’appelait Michaela Almonester. Elle est née à la Nouvelle-Orléans en 1795. Elle était l’héritière de la fortune des Almonester. Cette fortune comprenait la propriété sur laquelle vous enquêtez. À l’âge de 16 ans… on l’a mariée à son cousin... Peu de temps après, ils ont déménagé en France. C’est là que les problèmes ont commencé. STEVE C’est-à-dire ? Quel genre de problèmes ? DIANA Quand elle s’est mariée, sa mère a fait en sorte qu’elle garde le contrôle de la moitié de sa fortune. Ça a fortement contrarié son beau-père, Joseph Pontalba. Il a passé le reste de sa vie à essayer de lui extorquer l’autre moitié. STEVE Comment est-ce qu’il a fait ? DIANA Il s’est tourné vers la justice, il a entamé un procès contre elle pour récupérer le reste de cet argent. STEVE Est-ce qu’il a tenté d’obtenir la propriété de mes clients ? DIANA Oui, cette propriété était sans doute le bien le plus précieux de sa fortune, parce qu’il aurait pu y collecter des loyers. STEVE D’accord, et il a réussi ? DIANA Non, c’était une formidable battante et elle a gagné le procès qui la visait. STEVE Le beau-père devait être en rogne. DIANA Complètement, et c’est là que ça a dégénéré. Il l’a enfermée dans leur château pendant deux ans. Elle a été confinée, toute seule. STEVE Son mari a tenté de s’y opposer ? DIANA Non, il était sous la coupe de son père et trop velléitaire pour la protéger. STEVE En gros, c’était un lâche. DIANA Oui, c’était un froussard. STEVE D’accord, donc elle reste enfermée deux ans et après ? DIANA Joseph est tellement frustré, tellement en colère qu’il perd la boule. En 1834, il débarque dans sa chambre et il lui tire dessus à bout portant. Il touche une artère. Elle se vide de son sang. Pensant qu’elle est morte, Joseph va dans son bureau, recharge l’arme, la retourne contre lui et se tire une balle dans la tête. STEVE Est-ce qu’elle est morte ? DIANA Non, elle a survécu. STEVE C’était une femme coriace. DIANA Oui. STEVE Donc son beau-père meurt, elle survit et ensuite, elle fait quoi ? DIANA Ensuite, elle retourne… aux États-Unis. Elle parvient à divorcer et elle est enfin libre de reprendre le contrôle de ce qu’elle désirait depuis le début… c’est-à-dire la moitié de sa fortune. STEVE Elle est morte à quel âge ? DIANA 78 ans. STEVE Elle a eu une vie assez longue. DIANA Surtout pour quelqu’un avec une balle dans la poitrine. STEVE Son corps a été ramené ici et enterré à la Nouvelle-Orléans ? DIANA Non, elle a été enterrée en France, dans le mausolée familial, un peu comme ceux-là… STEVE D’accord. DIANA À côté de son mari… et de son beau-père. STEVE Donc si je comprends, elle a passé toute sa vie à essayer de se débarrasser de ces deux hommes et elle a été enterrée avec eux ? DIANA Tout à fait… J’imagine que dans la mort, tout est pardonné. AMY Je vois à nouveau cette dame en rouge. MATT Tu sais qui elle était de son vivant ? AMY Elle a vécu il y a très longtemps, dans les années 1840 ou même avant. Je pense que c’était quelqu’un de bien né, qu’elle s’est mariée… et qu’il s’est passé quelque chose. Quand on est entrés, elle m’a dit qu’elle était venue ici pour se protéger. Il est arrivé quelque chose d’horrible… à cette dame en rouge… et c’est ici qu’elle s’est réfugiée. Il y a un lien entre le bouffon et elle. Je pense qu’elle a eu de très mauvaises expériences avec lui. Je pense qu’il a fait de très, très vilaines choses. Elle dit : « Ne faites pas confiance aux hommes. Ils sont mauvais et ils vous feront du mal ou ils vous tueront. » J’ai vu plusieurs choses perturbantes, mais deux m’ont particulièrement interpelée. Tout d’abord, le bouffon. Il était mince. Très, très pâle. Il avait un visage très long. Ensuite, la dame en rouge et les grandes ombres à ses côtés. C’est une très, très grande d ame. Il y a une sorte de très légère brume autour d’elle. Elle n’a pas de manches. CROQUISTE Amy, c’est ce que vous avez vu ? AMY Oui, c’est ce que j’ai vu. STEVE Maintenant qu'Amy et moi avons terminé nos enquêtes respectives, nous allons révéler nos conclusions à nos clients pour la première fois. Amy, je te présente Alec et Eddie, son associé. Figure-toi qu’ils ont acheté cet endroit sans l’avoir visité. Ils se sont démenés pour en faire le restaurant de leur rêve. Mais depuis qu’ils sont là, les phénomènes paranormaux sont violents et incessants. Ils sont convaincus que leurs clients et leurs employés sont en danger et que quelque chose ici est décidé à leur faire fermer boutique. Maintenant qu’Amy sait qui vous êtes et la raison de votre démarche, je vais la laisser nous parler de sa visite. AMY Alors, à l’extérieur, l’énergie résiduelle est très pesante, et elle est remplie de tristesse. J’ai vu plein de gens courir dans tous les sens, paniqués, en train de crier et de pleurer sans arrêt. J’ai aussi ressenti beaucoup de maladie. Je me suis sentie nauséeuse et j’avais du mal à respirer. J’ai vu des gens sur des brancards... Donc j’imagine que beaucoup de gens sont morts ici… L’atmosphère générale dehors est extrêmement chaotique. C’est une vraie pagaille. ALEC D’accord. Quand je vais dehors, je ressens tout ça… Tout ce que vous décrivez. EDDIE On a envie de vomir. C’est insupportable. STEVE Je vais raconter l’histoire du bâtiment à Amy. ALEC D’accord. STEVE Ça n’a pas toujours été un restaurant. Ça a été une église luthérienne pendant plus de 50 ans. En 1977, c’est devenu « Chez Christian », un restaurant assez populaire. Mais le 28 août 2005, tout le monde a dû évacuer les lieux parce que l’ouragan Katrina approchait. Comme tu le sais, les dégâts causés par cette tempête étaient sans précédents. Et il y a eu jusqu’à un mètre vingt d’eau dans cette pièce. Tu as dit quelque chose qui a retenu mon attention. Tu as vu des gens sur des brancards, des gens malades. Il y a un vieil hôpital à 200 mètres d’ici, au bout de la rue. Malheureusement, ils n’ont pas pu évacuer tous les patients. À cause de la montée des eaux et des coupures de courant, 19 personnes sont mortes… L’hôpital n’a jamais rouvert. Le restaurant, quant à lui, est devenu un lieu de rassemblement où les gens venaient se recueillir après l’ouragan. AMY Ici, j’ai rencontré un individu qui m’a inquiétée… C’était un homme. Il était habillé d’une drôle de façon. La meilleure façon de le décrire, ce serait de dire qu’il ressemblait à un bouffon, mais en plus chic. Je dirais qu’il a vécu ici il y a très longtemps, dans les années 1820 environ. Je n’aime pas cette personne. J’ai eu l’impression qu’il avait possédé cet endroit et qu’il se sentait encore comme le propriétaire des lieux. Je me fais du souci… pour les gens ici… parce qu’il est complètement fou. Il peut donner des hallucinations auditives ou visuelles aux vivants. Il est très présent. Les vivants le voient peut-être. ALEC Juste après avoir commencé à travailler ici, je voyais une ombre. On aurait dit le fantôme d’un moine, ici, et ça arrivait constamment. J’ai cru que j’étais fou, mais ça arrivait très souvent. AMY Il se focalise surtout… sur les femmes. Je le vois, par exemple, tirer une chaise pour que quelqu’un tombe sur les fesses. ALEC Quand on a ouvert, une femme a voulu s’asseoir et c’est comme si quelqu’un avait poussé sa chaise. La chaise est tombée par terre. EDDIE La dame s’est vautrée par terre. Elle est repartie sur une civière. AMY Ce n’est pas vrai !... Il aime embarrasser et humilier les gens. C’est un vrai psychopathe. STEVE Parlez-lui du verre d’eau et du critique. EDDIE Je savais qu’on allait en parler quand vous avez parlé d’embarras. Un jour, on savait qu’un critique gastronomique allait venir, donc tout devait être absolument parfait. Et un verre d’eau s’est renversé sur le critique. Qu’est-ce qui pourrait être plus embarrassant que de renverser de l’eau sur un critique gastronomique ? STEVE Amy, tu as dit que ce type était un psychopathe. Parlez-lui des feux. ALEC On a une check-list pour le soir. Quand les employés partent, ils doivent vérifier que le gaz, les feux et la hotte sont éteints. Et un matin, on arrive et tous les feux sont allumés, alors que le chef les avait tous éteints. AMY Ça craint. J’ai fait faire un croquis. STEVE C’est intéressant. ALEC Quelle horreur ! EDDIE C’est lui qui est à l’origine… AMY Oui. EDDIE De ces problèmes, qui veut embarrasser les gens. AMY Oui, il veut les humilier, les mettre mal à l’aise. Il aime leur faire du mal. STEVE Autre chose ? AMY J’ai rencontré un autre défunt, une femme. C’est elle qui m’inquiète le plus... Elle était habillée en rouge, de la tête aux pieds. J’ai senti qu’elle venait des années 1840, peut-être avant. Elle venait d’une famille fortunée, mais elle a peut-être perdu sa fortune. Elle était mariée, mais elle a dit que quelque chose de très grave s’était passé et que ça l’avait complètement transformée. Elle m’a dit : « Ne faites pas confiance aux hommes parce qu’ils vous feront du mal, ils vous tueront. » Elle a dit qu’elle s’était réfugiée ici pour échapper à des hommes. Des personnes méchantes qui en avaient après elle. L’un de ces hommes l’a peut-être tuée… Je suis sûre que quelqu’un a tenté de la faire disparaître. STEVE Absolument tout ce que vient de dire Amy me fait penser à l’une des premières propriétaires de ces lieux. Il s’agit de la baronne Michaela Pontalba. Elle est née à la Nouvelle-Orléans en 1795 dans une famille très riche. Michaela était la seule héritière de l’immense fortune familiale et de cette propriété. ALEC Bon sang. STEVE Quand elle avait 16 ans, un mariage arrangé a été organisé avec son cousin français, Célestin Pontalba. Voici son portrait. Peu de temps après leur mariage, ils sont partis vivre avec sa famille à Paris. Au moment du mariage, la famille de Michaela a versé à la famille de son mari une dot qui représentait la moitié de sa fortune. Mais ce n’était pas suffisant pour son beau-père, le baron Joseph Pontalba. Joseph estimait qu’il avait le droit à tout son argent… Il a passé toute sa vie à la torturer pour récupérer chaque centime. Son mari était tellement lâche qu’il a laissé faire son père. Tu as dit que quelqu’un avait essayé de faire disparaître la femme que tu as vue. Eh bien, son beau-père, Joseph l’a enfermé dans leur château pendant deux ans. Mais elle refusait toujours de lui donner sa fortune. C’était une femme très coriace. Tu as dit qu’elle avait peut-être été tuée par un homme. Eh bien, c’est presque le cas. Son beau-père était tellement vert de ne pas avoir cet argent qu’il est devenu fou. STEVE Un matin, en 1834, il a déboulé dans sa chambre et il lui a tiré dessus trois fois à bout portant. ALEC Quelle horreur ! STEVE Son beau-père a paniqué et il s’est tiré une balle dans la tête. Par miracle, elle a survécu. Elle est revenue à la Nouvelle-Orléans et elle a demandé le divorce. Voilà à quoi elle ressemblait… Est-ce que c’est la baronne que tu as vue ? AMY Oui, elle a exactement le même visage que la femme que j’ai vue. ALEC Ça prend sens. STEVE J’ai aussi trouvé une photo de son beau-père, Joseph Pontalba. Le voilà. ALEC Ce n’est pas vrai… Il ressemble… à ce type. STEVE Je suis d’accord avec Alec. Ça pourrait être le bouffon ? AMY Ce n’est pas impossible, parce qu’il faisait la même moue avec sa bouche. EDDIE Ils ont tous les deux ce petit rictus. ALEC Oui, ils ont la même bouche. STEVE Est-ce qu’ils ont été confrontés à la dame en rouge ? AMY Oui, elle est très présente et très physique. AMY Elle a mis son bras gauche autour de moi et j’ai senti un courant d’air froid parcourir mon corps. ALEC Il y a un endroit, dans les escaliers, où il n’y a aucune aération, mais dans cette zone, il y a toujours un courant d’air glacial. AMY Elle déteste les hommes. Elle les considère comme une menace. Elle peut les frapper, leur tirer les cheveux, les pousser. Elle est prête à tout pour les éloigner. STEVE Vous m’avez parlé d’un employé qui s’est fait pousser dans les escaliers. EDDIE Oui. STEVE Racontez à Amy. EDDIE Il a trébuché sans raison. Il a senti qu’on attrapait sa cheville et il a trébuché. AMY Le plus inquiétant à son sujet… c’est qu’il y a des ombres… qui la suivent. Elle s’est s’associée avec elles pour se débarrasser des gens. STEVE Vos employés voient des ombres, non ? ALEC Oui, très souvent. STEVE Ils vont ont dit à quoi elles ressemblaient ? AMY J’ai fait faire un dessin. STEVE Des ombres ? AMY Oui. ALEC Ce n’est pas vrai. STEVE Vous avez senti qu’on vous touchait dans le cou, non ? ALEC Plein de fois, dans mon bureau… C’est arrivé plein de fois. Elle veut qu’on parte. AMY Oui. ALEC Elle s’y prend bien, en tout cas. Très bien, même. STEVE La raison pour laquelle la révélation a lieu de jour, c’est parce qu’ils doivent ouvrir le restaurant dans une heure. Est-ce que c’est sans risque ? AMY Je ne sais pas… parce que ces ombres n’ont jamais été humaines.... La baronne ne sait pas à quoi elle a affaire. Ce qu’elle fait pourrait les libérer, leur donner plus de conscience. Ça pourrait devenir grave, très destructeur et incontrôlable. STEVE Et si les ombres avaient une conscience, qu’est-ce qui pourrait se passer ? AMY Elles deviendraient des entités indépendantes. Elles détruiraient tout, ce serait la pagaille. ALEC Ce n’est pas possible. STEVE Alec, Eddie, je suis content que vous nous ayez appelés. Il se passe beaucoup de choses ici et de toute évidence, c’est dangereux. Il est temps de répondre à votre question. Existe-t-il un moyen de mettre fin à ces phénomènes violents, de rendre cet endroit sûr et de sauver cette entreprise que vous aimez tant ? Pour le savoir, je vais me tourner vers Amy. AMY Je pense… que vous pouvez rester. Mais vous allez devoir suivre pas mal d’étapes pour commencer. EDDIE D’accord. ALEC D’accord. AMY Déjà, il faut s’occuper du bouffon, du tortionnaire… Il faut qu’un médium assez grand, assez costaud, assez fort, assez sûr de lui, le remette à sa place et le fasse partir. La semaine suivante, vous devrez faire venir une femme médium, très forte, pour faire partir la baronne. En ce qui concerne les ombres… elles sortiront et elle s’occupera d’elles. STEVE Donc quand la baronne partira, les ombres partiront avec elles ? AMY C’est ça. STEVE J’espère que, quand vous vous serez débarrassés d’eux, vos employés n’auront plus peur de venir travailler… Et que les critiques gastronomiques ne se feront plus arroser. AMY Et sur la terrasse, il y a beaucoup d’énergie résiduelle qu’il faut faire partir. Tout d’abord, il faut faire venir un voyant qui vous montrera comment faire un vrai nettoyage. Il retirera… autant d’énergie résiduelle… que possible… de cette terrasse. EDDIE D’accord. AMY Il faudra aussi que cette personne fasse un vrai blocage. Elle devra mettre en place une barrière pour empêcher quoi que ce soit de revenir ici. STEVE Quand ils auront fait tout ça, il ne devrait plus y avoir de dangers liés au paranormal, pas vrai ? AMY Vous êtes dans un lieu très actif… quoi qu’il arrive, donc il y aura des choses qui viendront de temps en temps. Mais ce ne sera plus aussi grave. STEVE Vous allez faire tout ça ? EDDIE Bien sûr. STEVE D’accord. ALEC On n’a pas vraiment le choix. EDDIE Il faut mettre en place une solution. On ne peut pas continuer comme ça. Mais c’est une belle opportunité. ALEC On a un poids en moins sur les épaules. C’est assez incroyable. EDDIE Merci. ALEC Merci. EDDIE Merci à vous deux. AMY J’espère sincèrement qu’Alec et Eddie suivront mes conseils. S’ils le font, ils pourront continuer à faire tourner ce restaurant qu’ils aiment tant, et surtout, leurs employés et leurs clients seront en sécurité. ALEC On voulait vous raconter ce qui s’est passé après la visite d’Amy et Steve au Vessel. Avant leur visite, chaque jour était un défi. Après notre rencontre avec eux, tout est devenu plus clair. EDDIE On a suivi les conseils d’Amy et Steve. On est à la recherche d’un dernier médium, mais on a des pistes, on est confiants. On aura bientôt quelqu’un. On est très reconnaissants envers Amy et Steve de nous avoir aidés. Ça va beaucoup mieux et on sent qu’un bel avenir nous attend.