ARIELA AVI BILAL BINIYAM BRAD CHEYNE CHRIS COOPER EMILY FEMME_1 FEMME_2 FRED GUILLERMO HAEEDA HILLARY HOMME_1 HOTESSE_ACCUEIL JANICE JEN JIBRI JOHN KARA KOBE MAHALA MAX MIKE MIONA MOHAMED PATRICK RONNA SERVEUR SERVEUR_2 SHAEEDA SHAHIDAH TATIANA THAIS THARAN VENDEUR YUSUF YVE ZAYNAH GUILLERMO Précédemment… ARIELA On est à New York, pas vrai bébé ? FRED C’est chez vous ! ARIELA Il se sent déjà chez lui. Mes parents ont proposé de nous aider à nous remettre sur pied, Bini et moi. JANICE Il faudra qu’on discute des différentes charges. ARIELA J’aurais pris un appartement moins cher. Mais ni lui ni moi ne savons comment on va gagner notre vie. BILAL Un câlin de famille ! SHAEEDA Je suis prête à devenir mère. Je vais tout faire pour qu’ils m’aiment. ZAYNAH Tu voudrais qu’on t’appelle comment ? SHAEEDA Peut-être « Oummi », un jour ? ZAYNAH « Oummi », ça veut dire Maman, non ? SHAEEDA Oui. ZAYNAH Franchement, je sais pas trop quoi en penser. MOHAMED Tharan. YVE C’est Mohamed. THARAN Mohamed ? MOHAMED Et oui ! YVE Est-ce que tu serais d'accord de rester ici avec Tharan, les après-midis ? MOHAMED J’ai tout quitté pour venir vivre ici avec Yve. Et pour le moment, j'ai plus l'impression d'être un baby-sitter qu'un fiancé. MIKE Je considère Kara comme ma fille. Ce qui m'importe, c'est (...) la façon dont vous allez prendre soin l'un de l'autre. Parce que là, tu n'as pas de boulot. Ça t'inquiète, ou pas du tout ? GUILLERMO Je sais pas, j'ai l'impression que tout ira bien. RONNA Je pense effectivement que Guillermo et Kara sont un peu naïfs. MIKE Je t’ai à l’œil. MAHALA Désolée, mais le poulet est horrible. JIBRI Miona et moi on a essayé. MIONA Je m’attendais pas à ce qu’ils adorent ça… JIBRI Elle a vraiment donné du sien. MIONA Mais au moins ils savent à quoi s’attendre maintenant. JOHN C'est un rêve qui se réalise. Thaís n'est pas emballée à l'idée de cohabiter avec John. PATRICK C'est un rêve qui se réalise. Thaís n'est pas emballée à l'idée de cohabiter avec John. THAIS Je suis pas venue aux États-Unis pour vivre avec John. Si ça marche pas, tant pis, je retournerai au Brésil. SHAEEDA Bonjour. BILAL T’es magnifique. SHAEEDA Toi aussi. BILAL Et ton odeur… SHAEEDA J’essaie d’être à ta hauteur. BILAL J’adore ! Je t’ai fait un latte. SHAEEDA Oh, merci. SHAEEDA J’ai atterri aux États-Unis il y a quelques jours, et je réalise à peine que je suis là. Mais j’attends toujours que Bilal me donne une réponse claire quant au fait d’avoir d’autres enfants. Je vais pas épouser un homme avec qui je pourrai pas en avoir. SHAEEDA Je vais prendre un peu mon temps, mais clairement, il va falloir qu’on en rediscute. SHAEEDA Je peux le boire ici ? BILAL Bien sûr. SHAEEDA Je voudrais pas en mettre partout. BILAL Tu peux le boire où tu veux, tu sais ? SHAEEDA T’es un peu maniaque, et t’as quelques TOC. BILAL Non, c’est pas… SHAEEDA Si… BILAL C’est pas des TOC. SHAEEDA … si. Je t’assure. BILAL Bébé, y’a juste des trucs qui… tu sais, personne aime arriver dans sa chambre et que les tiroirs aient été reversés par terre. BILAL Donc… ouvre-les normalement, ramasse tes… ramasse tes chaussettes sales, mets-les dans le panier à linge, et ça tout ira bien. SHAEEDA T’es bizarre mais je t’aime. BILAL Moi aussi. Je t’aime. A la folie. Je t’aime tellement ! T’as pas idée. Comme un fou. SHAEEDA En étant ici avec Bilal, je me rends compte qu’il est un peu coincé. Je crois qu’il est resté célibataire trop longtemps. Faut qu’il se détende. BILAL Au fait… ma beauté ? SHAEEDA Oui, chéri ? BILAL Je veux pas te presser, mais je voudrais pas qu’on soit en retard pour Jumah. Pour être honnête, si y’a bien un truc… SHAEEDA Oui ? BILAL … que je déteste, c’est d’être en retard pour Jumah. Donc je voudrais être sûr qu’on arrive à l’heure pour pouvoir en profiter au maximum. SHAEEDA Oui, pas de souci. Je serai à l’heure. BILAL C’est le premier vendredi que Shaeeda passe avec moi, donc je l’emmène fêter Jumah. BILAL Jumah, c’est la prière du vendredi. C’est le moment où on met tout de côté, que ce soit les affaires ou les tracas, pour se consacrer à la prière. C’est un peu comme ce que font les chrétiens le dimanche quand ils vont à l’église. BILAL Ta ceinture est attachée ? SHAEEDA Bien sûr. BILAL Shaeeda a rencontré mes enfants, mes frères et sœurs, et même ma mère. Aujourd’hui, elle va rencontrer ma famille élargie. Les membres de ma communauté, c’est comme une famille à mes yeux. SHAEEDA Je stresse. BILAL Ah oui ? SHAEEDA Tu m’as énormément parlé des membres de ta communauté, et du fait que chacun d’entre eux occupe une vraie place dans ta vie. BILAL C’est vrai. BILAL La mosquée, c’est notre lieu de culte. J’ai grandi en fréquentant cette mosquée. C’est aussi celle que ma mère a toujours fréquenté. Mon père aussi, avant de mourir. Mes enfants, et la mère de mes enfants, mon ex-femme. SHAEEDA Et y’a une personne en particulier, ton ex… j’ai hâte de la rencontrer. BILAL C’est délicat de te dire de pas stresser. Par contre, ce que je peux te dire… BILAL … c’est qu’elle est adorable. SHAEEDA Hm hm… BILAL On a beaucoup de respect l’un pour l’autre. SHAEEDA L’ex-femme de Bilal, c’est la mère de ses enfants, donc elle fera toujours partie de sa famille. Si je suis aussi stressée, c’est parce que c’est important que le courant passe entre nous. SHAEEDA Si elle m’apprécie pas, ça aura forcément un impact négatif sur ma relation avec Bilal, parce que ça déteindra sur leurs enfants et ils me le feront ressentir. Et je veux pas d’une relation qui devienne toxique. SHAEEDA Je sais que dans la vie, il faut pas chercher à plaire à tout le monde. Mais là, pour le coup, j’espère vraiment que tout le monde va m’apprécier. BILAL Je comprends. Je sais ce que c’est, je suis passé par là moi aussi. SHAEEDA Ouais… BILAL J’ai rencontré tes proches avant que tu rencontres les miens. SHAEEDA La différence, c’est que tu étais de passage. Alors que moi, je vais potentiellement rester ici pour toujours, et faire ma vie avec toi. BILAL Je sais. SHAEEDA Ce sont des gens que je vais être amenée à fréquenter quotidiennement, ou du moins très souvent. BILAL Ouais. SHAEEDA Donc c’est pas tout à fait pareil. Je stresse à l’idée de rencontrer ton ex-femme et toi, tu invalides ce que je ressens. BILAL Ce que j’essayais de dire, c’est que je sais ce que tu ressens, que je te comprends. SHAEEDA Bilal pense que j’exagère quand je dis que je suis stressée de rencontrer son ex. Mais j’en tremble, littéralement. Ça me stresse énormément. SHAEEDA Bilal essaie souvent de me faire la leçon. Il faisait déjà ça au téléphone, mais je pensais qu’une fois que je serai ici, ça se calmerait. Mais ça continue, il est constamment dans cette posture. SHAEEDA J’ai pas besoin d’un père ! J’ai besoin de quelqu’un qui me soutient, et qui me traite réellement comme sa fiancée. SHAEEDA C’est que je ressens, et j’ai besoin que tu respectes ça, que tu me dises : « OK, je comprends. » BILAL D’accord. SHAEEDA « T’es stressée parce que c’est la première fois. » BILAL Ouais, mais si tu te souviens de ce que j’ai dit, c’était exactement ça. Que je peux pas te dire comment tu dois te sentir. SHAEEDA OK, c’était pour être sûre… BILAL Par contre… SHAEEDA Quoi ? BILAL … si je peux te donner un conseil… SHAEEDA Ouais ? BILAL … avant que tu la rencontres… SHAEEDA Hmm ? BILAL … tu devrais… enlever cette crotte de nez avant qu’on arrive. SHAEEDA J’ai pas de crotte de nez ! BILAL Si, je t’assure. SHAEEDA N’importe quoi. BILAL Elle est verte et marron… SHAEEDA Mais bien sûr… BILAL On dirait… SHAEEDA Toi, je crois que t’as un truc entre les dents. BILAL … qu’il y a un poil à l’intérieur. SHAEEDA Je crois pas, non. SHAEEDA Tu me saoules avec ta blague de la crotte de nez. Je déteste ce genre de blague. C’est tellement américain. BILAL Bébé, je vais te dire… SHAEEDA Chez moi, ça passe pas, ce genre d’humour. BILAL Je sais pas d’où tu viens, mais de là où moi je viens, on touche pas les gens comme ça. SHAEEDA Je peux pas faire ça ? BILAL Donc s’il te plait… arrête. Tu veux qu’on ait un accident ? BILAL Je suis en train de te dire… SHAEEDA On est des gens tactiles. BILAL Ouais. SHAEEDA On se touche beaucoup, tu le sais. BILAL Ouais, mais fait pas ça avec moi. SHAEEDA On se tape… BILAL De là où je viens, c’est irrespectueux. SHAEEDA … on se donne des coups de coude. BILAL Donc… garde tes mains là où elles sont… HAEEDA Hm hm… BILAL … et fais gaffe à comment tu parles. Parce que je peux aussi très bien m’arrêter sur le bord de la route et te laisser rentrer en Uber. SHAEEDA Tu me ferais pas ça. BILAL Ah bon ? SHAEEDA Quand t’es venu dans mon pays, je t’ai bien traité, pas vrai ? BILAL Hmm… SHAEEDA Je t’ai pas dit… BILAL Tu viens pas… SHAEEDA … des trucs comme… BILAL … de lever la main sur moi ? SHAEEDA Oui, mais c’était… BILAL Plusieurs fois, même. SHAEEDA … c’était pour rigoler. BILAL Même, c’est un manque de respect. SHAEEDA Tu veux voir ce que c’est, un vrai coup ? BILAL OK. BILAL Tu vas descendre ici. SHAEEDA Non, je descendrai pas. BILAL Si. BILAL Shaeeda est violente, et ça me fait la voir d’un tout autre œil. Pour elle, c’est une blague, mais moi, ça me fait pas rire. SHAEEDA Bilal, t’es vraiment taré, si tu t’arrêtes sur le bord de la route… BILAL Ouais, c’est l’autoroute. SHAEEDA … juste pour une tapette sur la tête. BILAL Ouais. Tu pensais que je plaisantais ? YVE Bonjour. MAX Bonjour. YVE Merci d’être venu. MAX C’est le plombier, je viens pour le bidet. YVE Oui. Merci. YVE Mohamed est arrivé il y a quelques jours, et pour l’instant, ça se passe bien. YVE Merci de vous être déplacé. MAX Pas de problème. YVE Je voulais vraiment installer un bidet avant que Mohamed arrive, mais j’ai pas réussi. Donc j’ai fait appel à un professionnel. YVE Voilà les pièces, j’espère qu’il manque rien. MAX J’espère. Sinon, j’en ai aussi. YVE OK, parfait. YVE Vous avez déjà installé des bidets ? MAX Quelques-uns, oui. YVE Salut. MOHAMED Qu’est-ce qui se passe ? YVE On est en train d’installer le bidet. MOHAMED Oh ! MAX Bonjour, ça va ? MOHAMED Ça va, oui. MOHAMED Pourquoi tu m’as pas dit qu’il était là ? YVE Je pensais que t’étais avec Tharan. YVE T’es pas content qu’on installe le bidet ? MOHAMED Si. Bien sûr. Mais tu sais, bébé, tu peux pas être ici seule. YVE Euh… je suis pas seule, t’es là. MOHAMED Alors pourquoi tu m’as pas appelé ? YVE Je savais pas que je devais. MOHAMED Dans l’Islam, ça se fait pas, un homme et une femme doivent pas rester seul à seul. YVE D’accord, je… MOHAMED Si je suis à la maison, tu dois m’appeler. Et si je suis pas là mais que t’as absolument besoin d’un truc, appelle-moi, et je m’arrangerai. YVE OK, et… j’ai le droit de rester dans la maison, si y’a un autre homme à l’intérieur ? Ou pas ? MOHAMED Non. T’as pas le droit. YVE Et je dois aller où ? MOHAMED Tu devrais rester à l’extérieur. YVE A l’extérieur ? MOHAMED Ouais. YVE Tu veux dire, de la pièce ? MOHAMED Ben, à distance, ici, par exemple. YVE OK, comme les mesures barrières, en fait. MOHAMED Dès qu’il y a un inconnu dans une pièce, tu dois rester à distance. YVE Je me suis toujours occupée de tout toute seule. Et je fais ça pour toi. YVE Ça m’agace, parce que j'ai l'impression de m’être fait gronder alors que j'essayais juste de faire quelque chose de gentil pour l'homme que j'aime. MOHAMED C’est la règle, bébé, c’est tout. YVE OK, ben… j’ai pas l’habitude. YVE Je connaissais pas cette règle, et ça m’inquiète un peu. Ça veut dire que j’aurais plus jamais le droit d’être à côté d’un inconnu ? J’ai pas envie de vivre comme ça. Je suis un peu tendue, là. MOHAMED J’ai tout quitté en Égypte pour être ici avec toi. MOHAMED J’ai fait plein de sacrifices, et toi... YVE J’en ai fait aussi. MOHAMED Je comprends. Mais je te le dis, c’est tout. MOHAMED Chez les musulmans, une femme peut pas rester seule avec un inconnu. Parce qu’on connait pas cette personne, on sait pas si c’est un mec bien. MOHAMED Donc je dois être avec elle, elle doit d’abord m’appeler pour que je puisse rester avec elle. J’ai besoin de ça pour me sentir bien. YVE D’accord. Je suis encore en train d’apprendre, je connais pas toutes les règles. Et y’en a tellement, pour le moindre truc. MOHAMED Hé bien, t’en as appris une de plus aujourd’hui. YVE Je ferais mieux de faire une liste si… MOHAMED Ouais. YVE … je veux pas avoir d’ennuis. MOHAMED Fais une liste, vas-y. C’est une bonne idée. YVE C’était une blague, je rigolais. MOHAMED Fais une liste, comme tu viens de dire. YVE J’y crois pas. MOHAMED Si ça peut t’aider, ça me dérange pas. YVE Faut que tu sois un peu plus flexible et que tu comprennes que je suis pas musulmane. MOHAMED Je t’ai pas demandé de l’être. YVE Je suis pas de là-bas, moi. MOHAMED Mais tu sors avec un musulman. YVE Oui, mais on est aux États-Unis. MOHAMED Ça change pas qui je suis. YVE J’ai préparé tout un tas de choses pour que tout soit parfait pour ton arrivée, jusque dans le moindre détail. YVE Tu m’avais rien demandé pour le bidet, mais je me suis décarcassée pour en trouver un. Alors d’accord, c’était pas prêt au moment où t’es arrivé, mais… MOHAMED Je te dis juste ça que tu saches ce qui me met à l’aise et ce qui me met mal à l’aise. YVE D’accord. YVE Je me rends compte que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre sur Mohamed dans les 90 prochains jours. Et s’il est pas prêt à faire preuve d'un peu plus d'ouverture d'esprit quant à la façon dont on vit ici, aux États-Unis, et qu’il essaie trop de me changer, ça pourra pas marcher entre nous. MIONA Je suis arrivée aux États-Unis il y a quelques semaines, et je me sens pas aussi à l’aise que ce que j’espérais, ici. Les parents de Jibri sont sympas mais un peu stricts. MIONA Jibri est parti retrouver son groupe. J’aurais voulu qu’il reste avec moi un peu plus longtemps, avant de partir. MIONA Là, je sais pas trop quoi faire, je connais pas encore bien la ville, donc… je vais probablement m’ennuyer toute la journée. MAHALA Salut ! MIONA Ça va ? MAHALA Oui, ça va. MAHALA Oh, on dirait que tu as fait du rangement ? MIONA Oui, j’ai essayé, en tout cas, mais on a vraiment beaucoup d’affaires. Ce qu’il y a, c’est qu’on a aussi beaucoup moins d’espace, ici, donc ça demande plus d’organisation. MIONA Aux États-Unis, les maisons sont de pleins pieds, j’ai pas l’habitude. La maison des parents de Jibri est carrément plus petite que celle des miens. On a une maison de 3 ou 4 étages, j’ai toujours eu un étage pour moi toute seule. MIONA C’est bizarre, d’ailleurs. Mon père a construit sa maison en 1983 ou 84, et dans certaines pièces, les armoires sont toujours pas assemblées. Les chambres sont pas toutes bien meublées, mais au moins, on a de l’espace. MIONA Tout est tellement différent… MAHALA Justement, j’allais te demander si tu arrives à t’acclimater, non seulement à ce nouveau pays, mais aussi à la vie à ici, dans notre maison ? MIONA Eh ben, c’est pas évident, je dois dire. Et aussi, je suis loin de ma famille, mes parents me manquent. C’est un peu dur. MAHALA Comment ils vivent le fait que tu sois ici ? MIONA Je pense que ça les rend tristes. Mais ils vont s’y faire. MAHALA Je suis navrée. MIONA Ça va aller. MAHALA Ça doit être très dur d’être si loin d’eux. MIONA Ouais. MAHALA Je suis triste que Miona ait du mal à s’acclimater. Je sais que déménager, ça peut être très difficile pour beaucoup de monde. Mais on fait tout ce qu’on peut pour qu’elle se sente à l’aise ici. MAHALA Tu es là depuis un petit moment, tu veux peut-être que je te montre comment utiliser la machine à laver ? MIONA Oui, carrément. MAHALA C’est peut-être différent. MIONA Je sais pas, on va voir. MAHALA D’accord. MIONA Ma famille me manque, la mentalité de mon pays, la gentillesse… Tout à l’air plus authentique là-bas. Ici, j’ai l’impression que les gens font semblant d’être sympas et polis, mais au fond, on a aucune idée de ce qu’ils pensent de nous. MIONA A chaque fois que Mahala vient dans la chambre, j’ai l’impression d’avoir fait une bêtise. MAHALA Bien. Donc pour la machine, c’est cette lessive-là qu’on utilise. D’accord ? MIONA C’est marrant, y’a pas la température, y’a juste « chaud », « tiède » et « froid. » MAHALA C’est peut-être plus simple ici, alors, parce que je saurais même pas quelle température mettre. MIONA C’est simplifié, ici. En Serbie, on a les températures exactes, la vitesse de l’essorage… J’aurais clairement su m’en sortir sans l’aide de Mahala. MAHALA Vas-y, mets tes vêtements, et… MIONA O K. Y’a ça… MAHALA C’est quoi, ça ? MAHALA C’est pour les cheveux ? MIONA Non, c’est un haut. MAHALA Oh… MIONA Il se met comme ça. MAHALA D’accord. Hmm… MIONA Vous l’aimez pas ? MAHALA Je trouve que c’est très court. Mais mets-le dans le tambour. C’est… MIONA OK. MAHALA … c’est marrant de voir ça, parce que quand Jibri m’a montré des photos de toi sur les réseaux sociaux avant que tu arrives, j’étais un peu stressée, je me demandais comment allait se passer ton intégration à Rapid City. Parce qu’ici, y’a pas beaucoup de gens qui portent des vêtements si courts. MIONA Raison de plus pour pas… rester ici, alors. MAHALA Tu sais, je suis contente que vous soyez ici, et que Jibri puisse rester là. Je veux que vous partiez du bon pied dans votre nouvelle vie, que tout se passe bien. MIONA Je veux bien essayer de m’adapter au maximum, mais je veux pas devenir quelqu’un d’autre. Mes vêtements, ça reflète pas qui je suis. On est au 21ème siècle, les gens devraient savoir ça. MAHALA Hm hm. Je pense que tu as raison. Mais pour être honnête, tu as l’air très intelligente. Et j’ai peur que le fait des porter des vêtements comme celui-là puisse détourner l’attention ou faire penser l’inverse. MIONA Je comprends, mais je veux pouvoir m’exprimer comme je le veux et me sentir à l’aise dans mon corps. Le fait de faire ce que je veux de mon corps, ça me donne confiance en moi, et j’emmerde ceux qui pensent que je devrais pas faire ce que je veux de mon corps. MAHALA Je veux pas que Miona se sente mal. Mais si elle refuse de faire un effort sur son style vestimentaire quand elle est chez nous, pour moi, c’est révélateur de quelque chose de plus profond, c’est un manque de respect. Pourquoi ses besoins seraient prioritaires sur ceux des autres ? MIONA Je veux pouvoir m’habiller comme je veux sans me sentir jugée. MAHALA J’entends, et je veux pas te juger. Quand Jibri et toi sortez faire vos activités, libre à toi de porter ce que tu veux, évidemment. Mais dans la maison, et surtout quand Brian est là, j’aimerais… j’aimerais savoir si tu serais d’accord pour… pas forcément changer de tenue, mais pour porter les vêtements de ta garde-robe qui sont un peu plus… disons, couvrants. MIONA D’accord. C’est pas très agréable à entendre, mais je vais y réfléchir. On est chez vous, après tout. Et je respecte ça. MAHALA Je t’en remercie. MIONA Je déteste qu’on me dise ce que je dois faire, ou ce que je devrais porter. Ça me donne l’impression de retomber en enfance. Honnêtement, elle me donne de plus en plus envie de partir d’ici. Et c’est sûr et certain que j’en parlerai à Jibri tout à l’heure, quand il rentrera. MAHALA Au sein d’une famille, il faut parfois parler des sujets qui fâchent, et c’est pas toujours agréable. MIONA Je vois. MAHALA Mais je veux qu’on puisse se dire les choses, et être honnêtes l’une envers l’autre. MIONA Bien sûr. MAHALA D’accord ? MIONA Oui. ARIELA Après un voyage qui nous a paru interminable, Bini et moi, on est enfin arrivés dans notre nouvel appartement, hier soir. ARIELA Bini s’est littéralement effondré dans le lit. Ils prenaient toute la place, avec Avi, je savais pas où me mettre. J’ai dû me faufiler pour trouver une petite place et essayer de chopper le dernier centimètre de couverture. ARIELA Salut. AVI Maman ! ARIELA T’as bien dormi ? BINIYAM Je m’en souviens pas. Je suis K.O. ARIELA T’as encore l’air fatigué. Je t’ai fait un café à l’américaine. Tiens. BINIYAM C’est du café, ça ? ARIELA Tu penses que c’est quoi ? BINIYAM On dirait de l’eau. BINIYAM C’est pas du café, ça. Ça en a la couleur, OK, mais… non. ARIELA C’est pas aussi fort que le café d’Éthiopie, mais au moins, il te donnera pas de palpitations, celui-là. BINIYAM C’est de l’eau chaude. De la bonne eau chaude. ARIELA Qu’est-ce que tu penses de l’appartement ? BINIYAM J’aime bien. Tes parents sont… ils nous aident beaucoup. ARIELA Je sais. Mais ça me stresse, qu’ils veulent qu’on commence à payer le loyer. J’espère qu’on aura les moyens de le garder. Puis y’aura aussi l’électricité, le wifi, tout ça. BINIYAM Si tu penses que c’est trop cher, on peut déménager dans un appartement plus petit. ARIELA J’ai dit à ma mère que je voulais juste une chambre, mais elle a insisté pour qu’on en ait deux. Et ma mère, c’est pas possible de lui dire non. ARIELA Et le bail est déjà signé, pour une durée d’un an. BINIYAM Hm hm. C’est pas grave. Au moins, on a une famille super. Si on a besoin d’aide, on peut leur demander. ARIELA Ouais. BINIYAM C’est comme ça que ça se passe, dans ma culture. Ici, je sais pas. ARIELA Mes parents m’aident beaucoup, bien plus que dans d’autres familles. Mais même comme ça, c’est pas facile. BINIYAM Je comprends. ARIELA Je veux pas te stresser alors que c’est ton premier jour ici, mais j’avais besoin de te dire comment je me sens. ARIELA Dans notre couple, c’est moi qui gère tout ce qui touche aux finances. Quand Bini gagne de l’argent, il me le donne. ARIELA Au début, j’appréciais le fait qu’il me fasse assez confiance pour me laisser gérer ça. Mais au fil du temps, c’est devenu stressant pour moi. Et là, c’est sur moi que ça retombe, maintenant. BINIYAM Je sais que t’es forte, courageuse, intelligente. On sait faire plein de choses, tous les deux. Moi, je veux de devenir combattant de MMA, et j’espère que ça va marcher. C’est mon rêve. BINIYAM En Éthiopie, je suis danseur, chorégraphe et metteur en scène. Je suis aussi coach sportif. Mais… ce que je veux faire, c’est du MMA. C’est mon rêve. BINIYAM En Éthiopie, y’a pas de combattant de MMA. Maintenant que je suis ici, aux États-Unis, je vais pouvoir pratiquer. BINIYAM Il faut rêver grand, pour que ça se réalise. ARIELA T’es tellement optimiste… BINIYAM Ouais. Je sais que je serai un bon combattant. Crois-moi. ARIELA S’entrainer, ça coûte de l’argent. BINIYAM Je vais devoir dois m’entrainer, bien sûr. ARIELA Bini pense que tout est possible, et c’est génial, d’être optimiste. Mais de ce que j’ai lu, les combattants de MMA gagnent que peu d’argent, et ce qu’ils gagnent repart aussitôt dans leurs entrainements. ARIELA Si Bini veut faire ça pour le plaisir, d’accord, mais de penser que ça lui permettra de faire vivre un foyer, ça me parait pas très réaliste. BINIYAM Bon. ARIELA Tu veux visiter ma ville ? BINIYAM Avec plaisir ! Il faut le changer d’abord. ARIELA Je vais chercher une couche. BINIYAM Attends voir. Oh non, un caca. Ça pue. ARIELA Ça pue ! BINIYAM La vache ! Oh ! ARIELA C’est la première fois que tu montes en voiture avec moi. BINIYAM Ouais. J’ai hâte ! ARIELA Ça, c’est la voiture de ma mère. ARIELA J’ai trop hâte de faire découvrir à Bini la ville où j’ai grandi. J’ai envie qu’il connaisse ma culture, qu’il voie d’où je viens. C’est ça qui fait la personne que je suis. ARIELA Ici, tout est plus rapide. Ça se ressent même dans notre façon de parler. Je pense qu’il va falloir un temps d’adaptation à Bini pour accélérer et suivre le rythme. BINIYAM C’est magnifique. ARIELA T’as vu ça ? C’est chez moi, ça, chéri. Là, c’est le centre historique. BINIYAM Le centre historique... ARIELA Y’a un café là-bas, et un bar juste ici. BINIYAM Un bar ? ARIELA J’espère que t’y passeras pas tes soirées. BINIYAM Si tu me fous dehors, c’est peut-être là que j’irai. ARIELA Là, y’a un restaurant de poisson. BINIYAM Hm, j’adore le poisson, tu sais ça. ARIELA Ouais. BINIYAM Y’a tout, ici. ARIELA Tout ce que tu veux, bébé. BINIYAM Si je compare avec l’Éthiopie, c’est super différent. Dans mon pays, les villes sont très denses, y’a du monde partout. Alors qu’ici, c’est paisible, c’est reposant, et… les gens ont l’air d’être vraiment riches. J’adore. ARIELA C’est un endroit super agréable à vivre. BINIYAM Wow, j’adore cette maison, elle est magnifique. ARIELA Dans cette rue, les maisons valent un million de dollar, facile. BINIYAM Sérieux ? ARIELA Ouais. BINIYAM Hm… ARIELA Y’a beaucoup de gens très connus, qui vivent ici. Y’a même eu des anciens présidents. BINIYAM Wow. Je t’achèterai une maison ici, bébé. Fais-moi confiance. ARIELA Cette ville, c’est pour les riches, chéri. BINIYAM D’accord… BINIYAM Ari veut qu’on vienne vivre aux États-Unis pour qu’elle puisse être proche de sa famille. Mais maintenant qu’on est ici, elle est très stressée par l’argent. J’ai du mal à comprendre ce qu’elle veut. Si on n’a pas les moyens de vivre ici, pourquoi on est venus ? BINIYAM Une fois que j’aurai la Carte Verte, tout sera plus facile, je pourrai aider. ARIELA Ouais, je… je sais pas. BINIYAM Ben… c’est ce que j’espère, en tout cas. ARIELA Ouais… PATRICK On y est presque. THAIS Cool ! PATRICK Ça, c’est ma rue. THAIS Wow ! C’est trop beau. PATRICK Plus qu’en photo ? THAIS Ouais, carrément. Wow ! THAIS Je suis enfin aux États-Unis ! Pour l’instant, j’adore. Les maisons, les routes, les rues, tout est différent. Ici, y’a énormément de sorties sur l’autoroute. A Montes Claros, y’a juste une route dans un sens, et une dans l’autre. Y’a pas tout ça. C’est incroyable. THAIS C’est ta maison ? PATRICK Ouais ! THAIS Ah ! PATRICK John est là. THAIS Une chose est sûre, je suis pas venue ici pour vivre avec John. Vivre avec son beau-frère, c’est pas normal, tout le monde à qui j’en parle me dit pareil. THAIS Je comprends même pas pourquoi John vit ici. Je l’ai déjà dit plein de fois à Patrick, mais à chaque fois, il change de sujet. Moi, j’ai pas envie de ça. THAIS La maison est magnifique. Salut, John ! JOHN Salut ! THAIS Bonjour. JOHN Bienvenue. THAIS Comment tu vas ? JOHN Super, merci. T’as vu le chien ? THAIS Oh ! THAIS Coucou, toi ! THAIS Mon bébé ! PATRICK Oh, il t’aime déjà. THAIS Ouais ! PATRICK Avec Thais, on a parlé d'avoir un chiot pendant un moment. Ça serait vraiment bien pour elle, il lui tiendrait compagnie quand je serai au travail. THAIS Il est trop chou. PATRICK Mais je me demande comment Thais va se sentir, ici. Surtout vis-à-vis de John. JOHN Champagne ? PATRICK Tu veux… THAIS Oh ! PATRICK Trois, deux, un ! THAIS Un ! THAIS Ouais ! PATRICK Santé ! JOHN Putain. PATRICK Comme tu dis. JOHN Félicitations. THAIS Félicitations ! A la mienne ! A la nôtre ! JOHN A la nôtre ! JOHN Elle a l’air sympa. Ça met une atmosphère différente. Mais ça peut très bien ou très mal se passer, on sait pas ! JOHN Santé ! THAIS Santé ! JOHN Je suis prêt à faire un max d’efforts pour que ça se passe bien, parce que c’est important pour lui. Et donc pour moi aussi. PATRICK Elle va prendre une douche. JOHN OK. PATRICK Vaut peut-être mieux que t’allumes la télé, ou la radio. JOHN D’accord. PATRICK Hésite pas à mettre fort. JOHN Fort ? PATRICK Ouais. PATRICK Voilà notre chambre. La meilleure chambre. THAIS Wow ! THAIS Se réveiller côte à côte… PATRICK C’est encore mieux que Noël. PATRICK Est-ce que t’as faim ? THAIS Oui. THAIS C’était la première fois qu’on faisait l’amour sur le sol américain, et c’était… c’était génial, j’ai adoré ! PATRICK Une des meilleures fois de ma vie. Elle… THAIS Pardon, je peux pas… THAIS Où est John ? PATRICK Dans le salon, je pense. THAIS Je vais me changer, alors. THAIS Au Brésil, je pourrais me promener toute nue sans le moindre problème. Mais comme John est là, je me sens pas totalement à l’aise dans la maison. PATRICK Ça va ? JOHN Ça va, mec ? PATRICK Ouais. Je vais préparer le petit déj’ pour Thais. JOHN Tu lui fais son petit déj’ ? PATRICK Ouais. JOHN Tu pourrais faire le mien, aussi ! PATRICK Non. Juste le sien. THAIS Salut, John. JOHN Salut ! PATRICK Tu veux des œufs ? THAIS Je veux bien. THAIS C’est quoi, ça, John ? JOHN Ça quoi ? THAIS Une bière ? JOHN Ouais. THAIS Dès le matin ? JOHN Tu sais ce que c’est ? PATRICK Bien sûr, qu’elle sait. THAIS La bière… JOHN C’est… PATRICK Y’a de la bière au Brésil. JOHN J’en sais rien, je demande, c’est tout. THAIS Bon, John… JOHN Non, non, non. JOHN Moi aussi, j’habite ici. THAIS Hein ? JOHN J’habite ici, moi aussi. THAIS C’est les fous… JOHN Quoi ? Fou ? THAIS … qui boivent de la bière dès le matin. JOHN Je suis pas fou. Fais attention. T’as cru que tu pouvais me traiter de fou, comme ça ? Sérieux ? JOHN Non, non. Je t’arrête tout de suite. JOHN Moi je vis ma vie, tranquille, et toi, t’arrives et tu me sors ça ? C’est mort. PATRICK Il est un peu tôt pour la bière. JOHN No bueno [reproduire la VO]. Je sais pas si c’est comme ça qu’on dit, mais… No bueno [reproduire la VO]. PATRICK Hé ben, quelle ambiance… JOHN Salud.[reproduire la VO] JOHN Quel délice. JOHN Si j’ai envie d’une bière à 11 heures ou midi, qu’est-ce que ça peut lui faire ? Pour moi, chacun est libre de faire ce qu’il veut. Et quand on me dit l’inverse… je mords. JOHN Qu’est-ce que tu penses du fait qu’on habite en famille ? THAIS C’est pas facile pour moi. PATRICK On va se donner une chance. Je suis sûr que vous allez bien vous entendre. JOHN Moi, je veux ce qu’il y a de mieux pour toi, point barre. J’ai un steak au frigo, je le fais et on partage ? PATRICK Comme ça, on prend le petit déj’ tous ensemble ? JOHN Ouais, comme une vraie famille. THAIS OK. PATRICK Super. Tu peux t’assoir. PATRICK Je fais pas confiance à Thais pour la cuisson du steak. JOHN Je vois. PATRICK Tiens. THAIS Merci. PATRICK Tu vas te servir de… THAIS Tu fais quoi chéri ? PATRICK Je fais des œufs pour John. PATRICK Il est occupé à faire cuire le steak. JOHN Ouais. C’est pas à elle de te dire ce que tu dois faire. PATRICK Elle veut que je mange avec elle. JOHN Tu fais ce que tu veux, putain, sérieux. PATRICK Ça commence mal. Il faut qu’ils apprennent à se considérer comme les membres d’une famille, qu’ils arrêtent de pointer du doigt tout ce que l’autre fait de travers. PATRICK Et le fait que John boive, ça facilite pas les choses. Il fait pas ça tous les jours, je pense qu’il est juste un stressé par l’arrivée de Thais. Et qu’il essaie de jouer le rôle du grand frère protecteur, où quelque chose du genre. Ça va pas être facile pour moi, tout ça. PATRICK Mince. La fumée de ton steak l’étouffe. PATRICK John, allume la hotte s’il te plait. JOHN C’est comme ça que c’est bon… PATRICK Allume l’aération. JOHN … bordel de merde. C’est rien. PATRICK Et moi je te dis que tu vas tuer ma fiancée. JOHN Quoi ?! PATRICK C’est bon. JOHN T’es sérieux ? JOHN Tout ça pour… THAIS Ah ! PATRICK Qu’est-ce que t’as fait ? THAIS Oh… PATRICK Bravo. JOHN Je l’ai fait tomber par terre. THAIS Faut pas boire le matin, John. JOHN Pourquoi ? C’est mon jour de repos… THAIS C’est pas… JOHN … qu’est-ce que ça peut faire ? Les Brésiliens, vous buvez tout le temps, non ? PATRICK T’as un autre steak ou pas ? JOHN Non, on va manger celui-là. THAIS On peut pas le manger. PATRICK On va pas… JOHN Pourquoi ? THAIS Tu vas pas… JOHN Parce qu’il est tombé par terre ? Y ’a des enfants qui meurent de faim. PATRICK Elle sait, elle vient du Brésil. JOHN Eh ben, justement. Justement. PATRICK Elle est au courant. JOHN Justement. C’est pour ça que tu vas le manger. PATRICK Calme-toi. JOHN Tu veux que je prenne des lingettes désinfectantes à la con, pourquoi faire ? PATRICK Pour le sol, pas pour le steak. JOHN C’est rien du tout. PATRICK Sinon, on le donne au chien. JOHN Si je peux le manger, toi aussi. THAIS John est fou. PATRICK Je le suis aussi, parfois. THAIS Non, pas comme ça. BILAL Tu pensais que je plaisantais ? SHAEEDA Redémarre, s’il te plait. BILAL Tu vas recommencer ? SHAEEDA Tu peux avancer, s’il te plait ? SHAEEDA On est en route pour Jumah, et Bilal est contrarié parce que je l’ai soi-disant frappé. Je l’ai pas frappé, c’était sur le ton de la rigolade, et c’était juste une toute petite tape. SHAEEDA Quand il s’est arrêté, j’ai compris qu’il était sérieux. Moi, je rigole, lui, il est énervé. On est pas du tout sur la même longueur d’onde. BILAL T’es tout le temps violente, comme ça ? SHAEEDA Je suis pas violente. C’était juste pour jouer. BILAL Non, c’était pas pour jouer. SHAEEDA S’il te plait… SHAEEDA T’es en train de casser l’ambiance. BILAL C’est moi qui casse l’ambiance ? SHAEEDA Oui. BILAL Alors que tu m’as frappé ? SHAEEDA Tu t’arrêtes sur le côté en me disant de rentrer en Uber… BILAL OK, mais… je t’avais prévenue. SHAEEDA C’est pas des choses qui se font, Bilal. BILAL Frapper les gens, ça se fait pas non plus. Où t’as été élevée ? SHAEEDA Sérieusement… BILAL Où t’as été élevée ? Vous faites tous ça, à la Trinité ? SHAEEDA Tu perds beaucoup de points, là. BILAL Toi aussi, crois-moi. Je me rends compte que t’es violente. SHAEEDA T’es en train de perdre des points. BILAL Et moi, je veux pas de ça. BILAL Tu dis plus rien ? BILAL Les blagues les plus courtes sont les meilleures. SHAEEDA On y est ? BILAL Ouais. SHAEEDA La tension est tellement palpable qu’on pourrait pu la couper au couteau. SHAEEDA Je comprends pas. Bilal m'a fait cette farce horrible, en me faisant passer une nuit dans son ancienne maison. Je pensais vraiment pas que son sens de l’humour disparaitrait juste à cause d’une petite tape sur la tête. Visiblement, il a de l’humour, sauf quand ça le concerne. SHAEEDA Il récupère ses enfants. La communication, c’est vraiment pas son truc. Il est parti sans rien dire. SHAEEDA Aleykoum Salam. [reproduire la VO] SHAEEDA Aleykoum Salam. [reproduire la VO] YUSUF Aleykoum Salam. [reproduire la VO] SHAEEDA Aleykoum Salam. [reproduire la VO] SHAEEDA Je me sens pas du tout à l’aise, et je suis pas dans la bonne disposition pour rencontrer les membres de sa famille et son ex-femme. BILAL Ma mère a dit que tu pouvais t’assoir à côté d’elle. SHAEEDA D’accord, je vais faire ça. Mais va falloir que tu me guides jusqu’à la section des femmes. BILAL Allez, les enfants. BILAL Je me sens pas respecté, et je suis très agacé. Mais les enfants sont là, et je veux pas que ça se répercute sur eux. BILAL Donc j’essaie de me calmer comme je peux, de faire en sorte de passer une bonne journée, et de célébrer Jumah comme il se doit. Mais pour moi, il va falloir qu’on ait une conversation au sujet de ce qu’il s’est passé tout à l’heure dans la voiture. BILAL C’était notre première célébration de Jumah ensemble, j’avais vraiment hâte. Ça aurait dû être un moment chouette et joyeux. Mais ça a tourné à la catastrophe. BILAL On s’est pas vus pendant quasiment deux ans, et je me rends compte qu’on se connait pas si bien que ça, finalement. BILAL J’ai du mal à passer à autre chose et j’arrive à peine à me concentrer sur la cérémonie de Jumah. BILAL Salam Aleykoum. [reproduire la VO] BILAL Salam Aleykoum. [reproduire la VO] FEMME 1 Aleykoum Salam [reproduire la VO]. Comment allez-vous ? BILAL Ça va, super. Comment va la famille ? BILAL Salam Aleykoum. [reproduire la VO] SHAEEDA Pendant la cérémonie, je me suis sentie seule. Il a salué ses proches, ses amis, les membres de sa communauté. Moi, j’étais seule. SHAEEDA On y va ? BILAL Oui, oui. Allons-y. SHAEEDA OK. BILAL Je te rejoins dehors. SHAEEDA D’accord. BILAL C’est par là. SHAEEDA OK. FEMME 2 Salam Aleykoum. [reproduire la VO] SHAEEDA Aleykoum Salam. [reproduire la VO] BILAL Salam Aleykoum [reproduire la VO]. Tu vas bien ? HOMME 1 Je vais bien, grâce à dieu. BILAL Ça fait plaisir de te voir. SHAEEDA Il fait rien pour que je me sente à l’aise. Il est énervé, et il est froid. SHAEEDA Je sais que je vais bientôt rencontrer son ex-femme, donc j’essaie de déstresser, et de redescendre en pression. BILAL Comment ça va, ma sœur ? Salam Aleykoum. [reproduire la VO] BILAL Shahidah [Shi’hi’da], voici Shaeeda [Shaille-da]. SHAHIDAH Salam Aleykoum. [reproduire la VO] SHAEEDA Aleykoum Salam. [reproduire la VO] BILAL Shaeeda [Shaille-da], voici Shahidah [Shi’hi’da]. SHAEEDA Enchantée. BILAL Et voici la patronne de maison. SHAEEDA Oh ! SHAHIDAH Elle veut un goûter. SHAEEDA Comme Yusuf, c’est elle qui dirige la maison. SHAHIDAH Ouais. SHAEEDA Elle est magnifique. SHAHIDAH Ravie de te connaitre. Tu as fait bon voyage ? SHAEEDA C’était long, très long. C’est… SHAHIDAH Combien de temps ? SHAEEDA 13 heures ! Y’avait pas… SHAHIDAH En effet ! SHAEEDA … de vol direct depuis la Trinité. SHAHIDAH Ah, oui, je vois. SHAEEDA J’ai dû passer par le Panama… SHAHIDAH D’accord ! SHAEEDA … et une fois aux États-Unis, j’ai dû prendre un autre vol. SHAHIDAH Il faut qu’on y aille, on a… BILAL Vous devez… SHAHIDAH … on a des choses à faire, oui. SHAEEDA D’accord. SHAHIDAH Très heureuse d’avoir fait ta connaissance. SHAEEDA Moi aussi. SHAHIDAH J’espère qu’on aura l’occasion de discuter plus longuement. SHAEEDA Bien sûr. Oui. SHAHIDAH Bien. Salam Aleykoum. [reproduire la VO] BILAL Aleykoum Salam. [reproduire la VO] SHAEEDA Aleykoum Salam. [reproduire la VO] BILAL C’est par là. SHAEEDA D’accord. BILAL Allons-y. SHAEEDA Bébé… BILAL Une fois… qu’on sera rentrés… SHAEEDA Oui ? BILAL … il va falloir qu’on parle… de ce qu’il s’est passé dans la voiture. SHAEEDA Je pense que c’est la prochaine leçon qu’il va me donner. Depuis que je suis arrivée ici, il fait que de me faire la leçon. Jusqu’ici, j’ai jamais vraiment eu la possibilité de donner mon avis. J’ai l’impression d’avoir atterri dans son monde à lui, et qu’ici, j’ai pas mon mot à dire. BILAL Je suis encore énervé. SHAEEDA C’est en train de prendre des proportions démesurées, mais d’accord. BILAL Je suis pas de cet avis. BILAL Oh… BINIYAM Calme-toi. On va manger, d’accord ? On va manger… comment t’appelles ça, déjà ? ARIELA Des bagels, chéri. J’ai trop hâte ! BINIYAM Je suis curieux de voir à quoi ça ressemble. ARIELA Ça, c’est le centre commercial. ARIELA Après tout ce temps, j’ai vraiment hâte de manger un bagel avec du saumon fumé. BINIYAM Bagel, bagel ! Bagel, bagel ! Bagel, bagel ! ARIELA Ce plat me rappelle mon enfance et les moments passés avec ma grand-mère juive. Donc je suis contente de partager ça avec Bini. ARIELA Le bagel au saumon fumé, c’est un plat particulièrement typique de la cuisine juive. Bonjour ! BINIYAM Bonjour ! VENDEUR Bonjour. ARIELA On va prendre un bagel au sésame, fromage frais et saumon fumé. Et un bagel avec un œuf, du saumon fumé et du fromage frais. VENDEUR D’accord. ARIELA On s’assoit dehors ? BINIYAM Oui. BINIYAM Je savais même pas ce que c’était qu’un bagel. C’est la première fois que j’en vois un. Je sais pas si c’est sucré ou salé… Aucune idée. Mais en les voyant, ça l’air très bon, et l’odeur me fait envie. Donc j’ai hâte de goûter. Je suis toujours très curieux quand il s’agit de nourriture. ARIELA Je sais pas si y’a des plats qui te rappellent ton enfance ? BINIYAM Si, si. ARIELA Pour moi, c’est le bagel. Ma grand-mère et moi, on était très proches… BINIYAM Hm hm. ARIELA … on allait chez elle tous les weekends... BINIYAM OK. ARIELA … et on mangeait des bagels. BINIYAM C’est comme… ARIELA Ça me rappelle… BINIYAM … un flashback. ARIELA Exactement. ARIELA C’était super important pour mon père que je sois élevée dans la foi juive, pour ne pas perdre cet héritage. Et maintenant que je suis mère à mon tour, je comprends totalement. ARIELA Oh wow ! VENDEUR Œuf, saumon fumé et fromage. ARIELA Ça a l’air délicieux. ARIELA J’ai grandi avec certaines traditions juives. Donc certaines chansons, ou certains plats me rappellent mon enfance. J’en garde de très bons souvenirs, et j’ai envie de transmettre ça à mon fils. ARIELA Merci. BINIYAM Merci. VENDEUR Bon appétit ! ARIELA Merci beaucoup. BINIYAM Merci beaucoup. VENDEUR Régalez-vous bien. BINIYAM C’est du bacon, ça ? ARIELA Du bacon ? Non, on dit « bagel. » BINIYAM Non, je veux dire, à l’intérieur. ARIELA C’est du saumon. BINIYAM Du saumon ? ARIELA C’est du poisson. BINIYAM Oh... ARIELA Du poisson fumé. BINIYAM Du poisson. ARIELA Ça, c’est du fromage. BINIYAM Oh, le truc blanc ? ARIELA Du fromage frais. BINIYAM On dirait du yahourt, ou… ARIELA On appelle ça du fromage frais. BINIYAM D’accord. ARIELA C’est délicieux. BINIYAM T’es sûr que c’est pas du poisson cru ? ARIELA Tu le mangerais pas si c’en était ? BINIYAM On dirait que c’est cru. ARIELA Regarde, je le mange, donc c’est pas du poison. BINIYAM Hm ? Non, je sais. C’est pas une question de ça. BINIYAM Hm hm. ARIELA Quel suspense ! BINIYAM Attends un peu. ARIELA D’accord, j’attends. BINIYAM Encore une bouchée. BINIYAM Hmmm… c’est bon, j’aime bien. ARIELA T’es sûr ? BINIYAM Hm. BINIYAM Au début, j’ai pas réussi à sentir le goût. Mais à la deuxième bouchée, j’ai bien aimé ce petit goût salé. Au début, c’est bizarre, mais j’aime bien essayer de nouvelles choses. Et c’était bon. BINIYAM Donc maintenant que j’ai mangé ça… je suis juif ? ARIELA Pas encore tout à fait. Oh… BINIYAM OK. GUILLERMO C’est mignon, cet endroit. KARA Carrément. KARA J’ai très envie d’un verre. Oh, je les vois. Salut ! GUILLERMO Ah oui. KARA Ce soir, on a rendez-vous avec deux bons amis à moi, Hillary et Cooper, son fiancé. HILLARY Salut ! Enchantée. GUILLERMO Enchanté. KARA De toutes mes amies, Hillary est sûrement la plus sceptique au sujet de Guillermo. HILLARY Vous avez des cocktails à la vodka ? SERVEUR Bien sûr. KARA Donc je sais qu’elle risque de lui poser des questions un peu dures. Elle est assez curieuse, et c’est mon amie, donc elle va vouloir tout savoir. KARA La bière aux fruits de la passion, elle est forte ? SERVEUR Elle fait 6,2 degrés. KARA Oh, je vais être pompette. KARA Guillermo va certainement avoir droit à un interrogatoire. Mais ça m’intéresse de voir comment il va répondre à certaines de ses questions. Je vais peut-être découvrir des choses. KARA Merci. HILLARY On est trop contents de vous voir. KARA Moi aussi, on est enfin réunis. HILLARY Grave ! Tu te rappelles, la dernière fois que t’es rentrée et que tu m’as dit : « je vais me marier » ? J’étais là : « wow ! » KARA Ouais. Genre… COOPER Genre : « sérieux ?! » KARA … « intéressant. » COOPER On s’attendait pas du tout à entendre ça. KARA Je sais. HILLARY C’est clair. KARA Moi non plus, d’ailleurs. Mais les choses changent, quand on rencontre la bonne personne. GUILLERMO Oh, merci. KARA C’est vrai. HILLARY Comment tu vis le fait de te marier ? T’as quel âge, déjà ? GUILLERMO 23 ans. HILLARY 23 ans. Tu te sens prêt ? GUILLERMO Pourquoi ça, pourquoi je le serais pas ? HILLARY Ben, nous… COOPER Nous, à 23 ans, on l’était pas du tout. GUILLERMO Ah ouais ? HILLARY Moi, j’étais une catastrophe ambulante… COOPER Vraiment pas. HILLARY … à 23 ans ! GUILLERMO OK, mais c’est pas mon cas. Tu sais, j’ai vécu plein de choses dans ma vie, déjà, et… HILLARY D’accord. GUILLERMO … j’ai travaillé, j’ai vécu seul, je me suis toujours débrouillé seul… HILLARY Ce que je veux dire, c’est que tout est allé très vite entre vous deux. Vous avez pas le même âge, et… c’est dur de vraiment se connaitre quand on vit pas dans le même pays. HILLARY Est-ce qu’il y a des choses que Kara fait que tu détestes ? GUILLERMO Euh… quand elle boit… HILLARY Ouais ? GUILLERMO … beaucoup, et qu’elle est incapable de s’arrêter de boire. HILLARY Je vois. GUILLERMO C’est triste mais à chaque fois que tu bois, je sais exactement comment ça va finir. HILLARY C’est-à-dire ? GUILLERMO Elle va être bourrée, elle se souviendra plus de rien. KARA Je me rappelle du début, au moins. GUILLERMO D’accord, mais… moi, je préfèrerais qu’on profite jusqu’au bout. HILLARY Kara est super sociable, elle adore sortir avec ses amis, ce qui veut dire qu’elle boit souvent des cocktails ou du vin. Elle mène sa vie comme elle l’entend. HILLARY Et vous vous disputez plus souvent, quand Kara a bu ? KARA Complètement. GUILLERMO C’est un sujet qui revient souvent. Et à chaque fois qu’on en parle, elle me dit un truc du style : « je vais changer. Je vais faire des efforts. » KARA On peut toujours s’améliorer, pas vrai ? GUILLERMO Ouais. HILLARY Et si finalement, elle a pas envie que ça change ? GUILLERMO Je lui dirai rien, mais il faudra qu’elle comprenne que j’ai aussi mes propres limites. GUILLERMO Parfois, alors qu’elle sait que quelque chose me met mal à l'aise, et elle veut quand même le faire. Par exemple, si on sort et que je lui dis que je veux rentrer à la maison… KARA J’ai jamais envie de rentrer. GUILLERMO Elle veut jamais qu’on rentre. KARA Pourquoi faudrait toujours qu’on soit les premiers à rentrer ? Je déteste avoir à partir d’une fête. KARA Quand je sors, je passe de supers moments. J’adore parler aux gens, j’adore m’amuser, etc. Mais on apprend au fur et à mesure. HILLARY C’est quoi, la plus grande dispute que vous ayez eue ? GUILLERMO Je dirais que c’est quand elle a jeté mes vêtements par la fenêtre, en République Dominicaine. KARA C’était la fois où je suis tombée sur le message de cette fille ? GUILLERMO Oui, peut-être. HILLARY Quelle fille ? KARA Il est sorti avec une canadienne. HILLARY Quoi ? KARA Avant moi. HILLARY Hein… KARA Une fois, il m’a envoyé une photo de la lune, en me disant un truc super mignon, du genre : « j’aimerais que tu sois là, avec moi, pour regarder la lune ensemble. » J’étais là : « oh, c’est si romantique, il voudrait que je sois là, avec lui. » Et un jour, en regardant dans son téléphone, j’ai vu qu’il lui avait déjà sorti exactement la même chose. GUILLERMO Pas exactement la même chose. HILLARY Je vois. KARA Du coup, ça a pas du tout la même valeur. COOPER Tu fouilles dans son téléphone ? KARA Pas de manière active. Donc, non… COOPER D’accord. KARA … pas vraiment. HILLARY Est-ce que vous diriez que vous vous faite confiance ? KARA Je sais pas, tu fouilles plus souvent dans mon téléphone que moi dans le tien. HILLARY Ah, toi aussi, tu fais ça ? GUILLERMO Quand je le fais, je le fais devant elle. Parce que… HILLARY Tu veux qu’elle sache que tu lui fais pas confiance ? GUILLERMO Si je prends son téléphone là, tout de suite… HILLARY Ouais ? GUILLERMO … que j’allume l’écran, que je regarde les notifications, et qu’elle me le retire des mains d’un coup, je sais qu’il y a quelque chose. C’est aussi simple que ça, tu vois ce que je veux dire ? KARA Il me teste. HILLARY Ils fouillent dans leurs téléphones respectifs, ils mentionnent encore leurs ex, ils se disputent au point de jeter leurs affaires par la fenêtre… HILLARY J’ai pas l’impression qu’ils se sentent en confiance l’un avec l’autre. HILLARY Qu’est-ce que vous vous dites, au sujet de tous ces problèmes à régler ? KARA Une partie de moi me dit : « t’inquiète, ça va aller, » et l’autre me dit : « on a des putains de problèmes à régler. » KARA Et ce truc des 90 jours avant le mariage, ça laisse pas beaucoup de temps… HILLARY Non. KARA … pour résoudre ce genre de problèmes. KARA Y’a forcément des choses sur lesquelles on est pas d’accord, et 90 jours, c’est court pour s’en rendre compte. Et j’ai pas envie de réaliser le jour du mariage que mon futur mari et moi, on est pas sur la même longueur d’onde. BINIYAM Oh… il fait chaud. ARIELA T’es prêt pour New York ? BINIYAM Je suis prêt. ARIELA Ça fait quelques jours qu’on est aux États-Unis, et pour l’instant, on sait pas vraiment comment on va s’en sortir financièrement. Mais j’essaie de pas me focaliser sur le négatif et de rester positive. ARIELA Prêt ? BINIYAM Ouais ! Je suis trop content. J’ai hâte. ARIELA Bini est impatient de visiter New York. Ma mère garde Avi, et moi… j’ai hâte de lui montrer la ville. ARIELA Viens, chéri. ARIELA Aie pas peur, prend ma main, je vais te montrer. BINIYAM Les seules choses que je connais de New York, c’est ce que j’ai vu dans les films. Les musées, les bâtiments, les newyorkais et leur accent… j’ai hâte de découvrir ça de mes propres yeux. BINIYAM Wow… c’est la première fois que je prends le train. ARIELA C’est cool, hein ? ARIELA Le train passe sous l’eau et sous le sol. BINIYAM Sous l’eau ? ARIELA Ouais. BINIYAM On est sous l’eau ? Y’a de l’eau au-dessus de nous ? ARIELA Non, pas encore. C’est le ciel, ça. BINIYAM Je sais, c’est pour ça que je dis ça. ARIELA On y est. BINIYAM Wow ! ARIELA On est chez moi ! Attends, fais voir mon téléphone, faut que je prenne une photo ! BINIYAM Regarde, je suis un newyorkais, maintenant. ARIELA Je sais, c’est fou ! BINIYAM New York… Je me croirais dans un film. Y’a tellement de monde partout, ça grouille littéralement. Et les bâtiments sont gigantesques. BINIYAM C’est ouf ! ARIELA T’as vu ! BINIYAM J’ai mal au cou, à force de lever les yeux pour les regarder. Mais je m’en lasse pas. BINIYAM Tout le sous-sol de New York est comme ça ? 01.00.01 ARIELA Ouais, y’a des métros partout. BINIYAM C’est fou. 01.00.02 BINIYAM Je suis tellement content, j’en ai la chair de poule. BINIYAM C’est comme ça qu’on danse ici ? BINIYAM Oh… wow. J’adore. BINIYAM C’est quoi, ça ? ARIELA Une fontaine à eau. T’as jamais vu ça ? BINIYAM Non, c’est quoi ? ARIELA C’est pour boire. BINIYAM Je peux boire ? ARIELA Ouais. BINIYAM En Éthiopie, on a pas de fontaine à eau, on boit dans la rivière ! On a l’habitude de ça. BINIYAM Donc boire l’eau de cette fontaine, c’est une nouvelle expérience pour moi. ARIELA Sérieux, t’avais jamais vu de fontaine à eau ? BINIYAM Non. Jamais. ARIELA Wow… C’est fou. BINIYAM C’est un nouveau monde, pour moi. BINIYAM Imagine, si je vivais à New York… ça serait ouf ! ARIELA C’est au fond. HOTESSE ACCUEIL Bonsoir, bienvenue. ARIELA Bonsoir. BINIYAM Merci. SERVEUR 2 De rien. ARIELA Alors, qu’est-ce que tu penses de New York ? BINIYAM Ben… c’est incroyable. ARIELA Ça change d’Addis-Abeba, pas vrai ? BINIYAM Complètement. BINIYAM Je nous verrais bien vivre ici. T’en penses quoi ? ARIELA Tu veux vivre à New York ? La vie coûte cher, ici. Les loyers valent une fortune. BINIYAM Les loyers sont chers, mais les salaires sont plus élevés. ARIELA On a même pas encore de travail. BINIYAM Oui, bien sûr, mais on pourrait chercher du travail ici justement. ARIELA Tu viens juste d’arriver. Je suis très contente que New York te plaise, mais t’y as seulement passé une journée et tu veux déjà déménager ? ARIELA Moi aussi, j’adorerais vivre ici, mais je sais déjà pas comment on va s’en sortir financièrement. ARIELA Et je trouve que… c’est pas très sympa pour mes parents. Ils nous ont trouvé ce super appart, ils ont signé un contrat d’un an, et toi tu veux déjà partir. BINIYAM Hé, calme-toi. Écoute. ARIELA Je déteste quand tu me dis de me calmer. Je déteste ça, putain quand tu me dis de me calmer. ARIELA Je te parle sérieusement, là. Si on… BINIYAM Écoute-moi… j’ai dit ça comme ça. Y’a pas de quoi s’énerver. ARIELA Je crois que tu réalises pas à quel point c’est stressant de penser à tous les trucs qu’on doit payer, à tout ce qu’on doit faire. ARIELA J’ai passé quasiment toute ma vie d’adulte à l’étranger. J’ai jamais loué d’appartement ou payé de facture aux États-Unis. Même si je viens d’ici, c’est quelque chose de nouveau pour tous les deux, de vivre ici. Et j’ai l’impression que tout repose sur moi. BINIYAM On va pas se disputer, si ? On a passé une bonne journée, donc gâche pas tout, s’il te plait. ARIELA C’est moi qui t’ai amené ici. Tout ça, c’est grâce à moi, et tu dis que je gâche ta journée ? J’y crois pas, putain. BINIYAM Non, non. C’est juste que j’ai pas envie qu’on se dispute, ou de stresser pour des trucs qui… ARIELA T’as pas envie de stresser… toi, y’a jamais rien qui te stresse, mais moi, si. BINIYAM Je sais. ARIELA Et… je porte toute cette famille sur mes épaules. C’est pas facile. BINIYAM Ari est très stressée par l’argent. Et à cause de ça, un rien la met en colère, même des petits trucs. C’est pas juste pour moi. BINIYAM Je sais que t’es stressée. C’est juste qu’à chaque… au moindre tout petit truc, tu… ARIELA Quoi ? C’est pas un petit truc ! Si pour toi c’est rien, je suis peut-être pas si importante à tes yeux et on devrait peut-être pas se marier. BINIYAM Ouh… ARIELA Parfois, c’est difficile de lui faire comprendre mon point de vue. Surtout que lui et moi, on est vraiment des opposés. Et comme il est tout le temps en train de rêver, je dois contrebalancer en restant terre à terre. ARIELA Et je passe tellement de temps à le ramener sur terre, que ça m’empêche d’avoir des rêves, moi aussi. ARIELA Même s’il peut pas contribuer financièrement, il pourrait au moins me soutenir. Sinon, je pense pas que notre relation survivra. MAHALA Viens. MAHALA Allez, viens. Bonjour. JIBRI Salut maman. JIBRI Tu peux fermer l’autre porte aussi, s’il te plait ? MAHALA D’accord. Ça va pas ? JIBRI Si, ça va. MAHALA Qu’est-ce qui se passe ? JIBRI Je vais pas y aller par quatre chemins, je suis saoulé. Les choses se passent du tout pas comme je l’espérais. JIBRI Miona est mal à l’aise parce que t’as passé en revue ses vêtements lorsqu’elle faisait sa lessive. C’est totalement irrationnel, et c’est déplacé. MIONA Quand j’ai mis mes vêtements dans la machine à laver, et elle m’a dit des trucs du style : « c’est quoi ce haut ? » JIBRI Pourquoi elle fait ça ? MIONA Elle m’a dit : « j’ai pas envie que tu te promènes dans la maison habillée comme ça. » Elle a même dit qu’elle voulait pas que Brian me voit habillée comme ça. JIBRI Wow… MIONA C’était hyper bizarre. JIBRI Elle va trop loin. JIBRI Ça m’embête de voir que ma mère teste Miona, qu’elle lui rentre dedans. Je peux pas accepter ça. JIBRI Miona a un fort tempérament, et si ma mère la pousse à bout, j’ai peur qu’on en arrive à un point où les dégâts seraient pas réparables. MAHALA Je pense qu’il y a un malentendu sur ce qu’il s’est passé, j’ai absolument pas passé son linge en revue. JIBRI Elle a l’impression que tu essaies de la changer. Je sais pas si tu fais ça pour me surprotéger, mais j’ai plus 15 ans, tu sais. MAHALA Je sais vraiment pas de quoi tu parles. Quand je discutais avec Miona, elle avait pas l’air contrariée. Est-ce qu’elle faisait semblant ? MAHALA Jibri me dit que Miona se sent attaquée ou mal à l'aise, ce qui me fait craindre que Miona soit fausse avec nous. Parce qu’à moi, elle m’a rien dit. Donc comment je peux apprendre à la connaitre si elle partage pas ce qu’elle ressent et qu’elle dit pas ce qu’elle pense ? JIBRI Je comprends, je respecte, et tout ce que tu veux. Mais elle vient d’arriver. Et moi, je suis stressée. Donc vas-y doucement avec les questions, les règles, et tout le reste. JIBRI Je me marie dans 90 jours. C’est beaucoup de pression. Elle voudra pas se marier ici si ça se passe mal. Toute cette situation est super stressante, et toi, tu me traites comme un ado, avec des réflexions du genre : « ses vêtements sont trop comme-ci, trop comme-ça ». MAHALA Jibri, qu’est-ce qui te met dans cet état ? De ce que je vois, le problème est plutôt la manière dont ça se passe entre Miona et toi dernièrement. JIBRI Ouais, elle est putain d’exigeante et elle a du mal avec les compromis. Elle veut pas rester ici plus d’un mois. Là, je suis carrément en train de me demander si elle m’a pas raconté des salades juste pour qu’on parte d’ici plus vite. J’en sais rien. C’est trop… trop de pression, vraiment. MAHALA Est-ce qu’elle te met toujours autant la pression ? JIBRI Maman, tu m’as encore retourné le cerveau, avec tes trucs de psy. JIBRI Ma mère est très douée en matière de psychologie et de thérapie. Elle sait tout. Mais j’ai pas envie qu’elle fasse ça avec moi. Dans des moments comme celui-là, j’ai besoin qu’elle soit juste ma mère, et pas ma psy. MAHALA Jibri, si je te pose ces questions, c’est parce que je veux ton bien, que je veux que tu sois heureux dans ta vie, et que tu sois avec quelqu’un qui soit bien pour toi. MAHALA Pas parce que je te fais pas confiance, mais parce que l’amour nous aveugle un peu, parfois. On a du mal à voir certaines choses. Et parfois, des années plus tard, on se dit : « mon dieu, comment j’ai pu m’embarquer là-dedans ? » JIBRI Pourtant, je prends mon temps cette fois-ci. MAHALA Se marier en 90 jours, c’est rapide. JIBRI OK, mais tu sais quoi ? Moi, je vis à 1000 à l’heure. MAHALA Je vois. Donc… JIBRI Depuis toujours. Et là, pour une fois, j’y vais doucement. MAHALA En vivant comme ça, forcément, les gens qui se soucient de toi et qui t’aiment peuvent avoir de quoi s’inquiéter, quand ils ont l’impression que tu fonces dans le mur. JIBRI Si je me prends le mur, qu’est-ce qui va se passer ? Je vais me relever, me dépoussiérer et continuer à courir. Parce que la vie pourrait très bien s'arrêter demain. MAHALA Jibri, c’est… c’est si irrespectueux de ta part. JIBRI Non, c’est pas irrespectueux. MAHALA Ça l’est, parce que… JIBRI Je suis comme ça, maman. MAHALA Parce que quand on tombe et qu’on se fait mal, ça fait du mal aux gens qui nous aiment. MAHALA C’est pour ça qu’on te pose toutes ces questions. C’est pour ça qu’on est inquiets. JIBRI Je comprends. MAHALA D’accord ? JIBRI Mais tu seras pas toujours là pour m’aider à me relever. MAHALA Non, je sais. JIBRI Faut que j’y arrive seul. MAHALA Donc… JIBRI Je dois apprendre à le faire. MAHALA Si c’est Miona qui va devoir endosser ce rôle et te soutenir le moment venu, j’ai besoin de savoir qu’elle en est capable. JIBRI Capable de quoi ? MAHALA D’être là pour toi. Qu'elle va pas rester là à attendre que quelqu’un le fasse à sa place, en se contentant d’être jolie ou de montrer ses seins. JIBRI Maman… MAHALA Jibri… MAHALA Je suis pas certaine de cautionner le mariage de Jibri et Miona, à l’heure qu’il est. Ni dans les 90 jours qui viennent, parce que je connais pas encore Miona. Je me pose des questions sur sa sincérité avec les gens, et j’aimerais être sûre que Jibri connaisse la vraie Miona. S’il l’épouse, il doit être absolument sûr et certain de savoir qui elle est réellement. JIBRI Laisse-moi commettre des erreurs. Si tu penses que c’en est une, et c’est l’impression que j’ai, laisse-moi la faire. PATRICK Tu te prépares ? THAIS A ton avis ? PATRICK Toujours aussi belle. THAIS Ah… PATRICK T’as déjà joué au minigolf ? THAIS Jamais. PATRICK Sérieux ? THAIS Oui. C’est la première fois. PATRICK Ce matin, c’était catastrophique, donc j’essaie de trouver un moyen d’arranger les choses. J’ai décidé d’emmener John et Thais jouer au minigolf. J’espère qu’on va passer un bon moment. PATRICK Je sais que… t’es un peu énervée contre John, mais ce soir, j’aimerais bien que t’essaies de mettre ça de côté, et d’être un peu plus douce, d’être de bonne humeur. THAIS Il a été dur avec moi, je lui ai seulement répondu. PATRICK Je sais, et j’en discuterai avec lui aussi… THAIS Ah… PATRICK … quand on sortira. THAIS D’accord. THAIS Je vais faire un effort pour toi, alors. PATRICK Merci. THAIS Tu te prépares pas ? PATRICK Si. THAIS OK. PATRICK Je vais me changer. THAIS OK. PATRICK Je vais me faire beau pour toi. PATRICK J’aimerais que John et Thais arrêtent d’être sur leur garde et commence à créer du lien. PATRICK John ? PATRICK On y va. JOHN J’arrive. PATRICK Parce qu’au-delà du fait qu’on habite ensemble, ce sont deux personnes très importantes dans ma vie. Ce sont ma famille. PATRICK Prêts pour le golf ? THAIS Oui ! JOHN Oui ! JOHN Je vous en prie, messieurs, dames. THAIS Merci John. THAIS J’espère que John se comportera mieux avec moi ce soir. Qu’il sera pas méchant comme ce matin. Ça passera pas une deuxième fois. PATRICK Santé ! THAIS Santé. JOHN Santé. THAIS Mais Patrick m’a promis qu’il parlerait à John, et je vais essayer de lui donner une deuxième chance. PATRICK Là, c’est le parcours numéro 9, c’est pas lui qu’on cherche.   THAIS Ah, il fait froid ici ! PATRICK C’est le un ? THAIS Quoi ? PATRICK Il est où, le numéro un ? PATRICK C’est celui-là ? Non, c’est le deux. THAIS Deux. JOHN On commence où ? PATRICK On commence par le numéro un, mais je sais pas où il est. JOHN Je sais, mais on y est pas du tout. PATRICK John, tu m’aides pas là. THAIS Numéro un. JOHN Ouais, on se refait pas, tu sais. PATRICK Tu vois le un ? PATRICK Pourquoi c’est si compliqué ? Non, c’est pas celui-là. THAIS Ah, j’ai froid ! PATRICK Tu m’aides pas du tout à trouver ce trou, ou c’est moi ? JOHN C’est toi qui nous guides. Moi je te suis. PATRICK Bon. Les femmes d’abord. PATRICK Vas-y. C’est toi qui… THAIS D’accord. PATRICK … commences. THAIS OK. THAIS Il fait trop froid ici ! PATRICK C’est là. THAIS OK. PATRICK Au Brésil, vous avez pas ça, si ? THAIS Non. Non ! PATRICK Allez, mon cœur ! PATRICK Non ! THAIS Ah ! JOHN Bravo, ça commence bien ! JOHN C’est à moi de jouer ? PATRICK Ouais, vas-y. JOHN Le violet dans le violet ! Hasta mañana [reproduire la VO], bordel de merde ! THAIS Oh ! JOHN Vous avez vu ça ! Oh wow. JOHN Regardez- moi ça ! PATRICK Bien joué, John. JOHN J’aurais pas pu faire pire, si ? Non. THAIS Comme ça ? PATRICK Moi, je suis juste là pour regarder tes fesses. PATRICK Et merde ! THAIS Oh ! JOHN Je fais comment maintenant, moi ? JOHN Moi, Thais et Pat, on pourrait faire une bonne équipe, ça pourrait bien se passer. Et si elle est prête à faire des efforts, alors j’en ferai aussi. THAIS Non, non ! JOHN Adios ! [reproduire la VO] JOHN Mais… on verra bien. JOHN OK, je m’incline. PATRICK C’est Thais qui gagne. JOHN Tu vas prendre cher. THAIS Bébé, je vais aux toilettes. Et j’ai déjà gagné, donc je vous attends à l’intérieur. Appelle-moi quand vous avez fini, OK ? PATRICK Non, t’as pas gagné ! THAIS Si, j’ai gagné ! PATRICK Non, pas du tout ! PATRICK On va attendre qu’elle revienne. On s’assoie ? JOHN Tu perds rien pour attendre. PATRICK J’ai parlé à Thais ce matin, et je voulais te dire la même chose, à toi aussi. T’as été un peu dur avec elle. Et j’aimerais bien que tu y ailles plus doucement. JOHN C’est comme ça qu’elle l’a pris ? PATRICK Oui. C’est… JOHN Elle aurait pu me le dire directement. PATRICK Je me retrouve au milieu de vous deux, parce qu’elle parle pas… JOHN Je vois. PATRICK … anglais. JOHN Donc il me faut un interprète. PATRICK Je suis là. Malheureusement… JOHN Attends, si j’ai besoin de me défendre… je te fais pas confiance, j’ai besoin d’avoir mon propre interprète. PATRICK Non. PATRICK C’est en mon nom que je te parle, là. JOHN Et je t’écoute. PATRICK Je pourrai pas être là à chacune de vos interactions. Je prends parti pour personne, je veux juste que ça marche entre nous. J’ai pas envie de devoir choisir entre vous deux. PATRICK Ça serait le pire scénario pour moi. PATRICK Donc va falloir que chacun y mette du sien. JOHN Je le ferai. Pour de vrai. JOHN Ensemble, on a vécu… des bons et des mauvais moments… et c’est mon frère, putain. Et je l’aime. JOHN Si je pouvais plus vivre avec lui, ça serait très dur pour moi. Je sais pas… je sais pas ce que je ferai, sérieusement. Donc j’espère sincèrement que ça arrivera pas. PATRICK Je veux qu’elle puisse voir que t’es quelqu’un de bien, et que le type qui s’enfile un pack de bière avant midi, c’est pas vraiment toi. JOHN Ouais… PATRICK Une fois qu’elle aura appris à te connaitre, elle t’aimera, comme moi. PATRICK John fait le dur à cuire. Mais en même temps, c’est comme ça qu’on a été élevés. On a pas grandi dans une famille très aimante. C’était dur. Et aujourd’hui, c’est difficile pour lui de laisser les gens s’approcher de lui. PATRICK Il a sa propre personnalité et sa propre façon de gérer les choses, et je sais que pour certaines personnes, ça peut être agaçant. Mais si Thais arrive à comprendre ça… PATRICK Quand on comprend comment quelqu’un a grandi…  PATRICK … ça… ça change beaucoup de choses. PATRICK Je veux qu’on devienne une vraie une famille. JOHN Moi aussi. PATRICK Quand on aime une personne, il faut comprendre son passif et l’accepter. Et moi, j’ai besoin qu’elle apprécie John. JOHN Je t’aime. PATRICK Moi aussi. JOHN Pour toujours. BILAL A tout à l’heure. BILAL Salam Aleykoum. [reproduire la VO] SHAEEDA Salam Aleykoum. [reproduire la VO] SHAEEDA Pendant la cérémonie de Jumah, je me sentais pas à ma place. C’est la première fois que j’allais dans sa mosquée, et je l’ai senti très distant envers moi. SHAEEDA J’aurais aimé qu’il me présente aux gens, mais je suis restée seule, dans mon coin. Il a l'air d’avoir besoin d’espace, parce qu’il m’a déposée à la maison, pendant qu’il amène les enfants à l'entraînement. SHAEEDA Le yoga, ça m’aide à me détendre et à lutter contre le stress et l’anxiété. J’espère que je me sentirai mieux après et qu’on pourra discuter, avec Bilal. SHAEEDA Il est contrarié, distant… ça fait beaucoup. Je suis à des milliers de kilomètres de mon pays. Je peux pas juste prendre un taxi et rentrer chez moi. Je suis ici, donc il faut qu’on règle le problème. BILAL Salam Aleykoum. [reproduire la VO] SHAEEDA Aleykoum Salam. [reproduire la VO] BILAL T’es belle. BILAL Je suppose que tu t’es habillée comme ça parce qu’on était censés sortir tous les deux, ce soir. BILAL Mais je… BILAL … je suis pas certain d’en avoir envie, pour être honnête. Je suis toujours perturbé par ce qu’il s’est passé dans la voiture. SHAEEDA Hm hm… SHAEEDA C’était un jeu, je rigolais. C’était pas sérieux. BILAL J’aurais compris que c’était le cas si tu l’avais fait juste une fois. J’étais pris au dépourvu, du genre : « OK, est-ce qu’elle vient vraiment de faire ça ? » BILAL Et après t’avoir dit que j’aimais pas ça, que dans ma culture, c’est un manque de respect, tu as recommencé. T’as même essayé d’attraper mon visage, alors que je conduisais… SHAEEDA C’était pour rire. BILAL … et de tourner ma tête. SHAEEDA C’était pour rire. Je plaisantais. BILAL Alors que c’était dangereux. Et quand je t’ai dit : « si tu recommences, je m’arrête, » là encore, t’as recommencé. Tu m’as frappé à trois reprises. SHAEEDA C’est comme ça que je suis avec mon beau-frère, c’est rien de sérieux. On se chamaille, on se donne des petits coups de coude… BILAL Ça, c’est une chose, et y’a pas de souci, j’ai rien contre. SHAEEDA … des tapettes derrière la tête… BILAL Vous vous frappez sur la tête ? SHAEEDA … pour jouer. Est-ce que je t’ai frappé pour de vrai ? BILAL Sur la tête, c’était fort. SHAEEDA C’était pas fort. Comment étaient mon visage, mes expressions ? J’avais l’air en colère ? Ou est-ce que je souriais et que je cherchais à rire ? SHAEEDA Je pense que c’est juste une différence de culture. C'était pas pour t’offenser, sinon, j’aurais jamais recommencé. BILAL Je t’ai clairement dit, que je me sentais offensé. Moi aussi, j’adore les plaisanteries, j’adore rigoler, faire des blagues, etc. Mais là, c’est pas pareil, quand on te dit : « tu sais quoi, t’as dépassé mes limites », plutôt que de dire : « OK, désolée, c’était pas mon intention »… tu continues, encore et encore. SHAEEDA Je réalise que Bilal et moi, on a manifestement pas le même sens de l’humour. Il m’a fait une farce quand je suis arrivée, c’était pas très drôle, mais j’ai pris ça à la légère. Là, il me fait venir ici, j’ai travaillé dur pour ça, et… je m’attendais pas à ça, à ce qu’il puisse se montrer aussi intransigeant sur quelque chose de si minime. SHAEEDA J’ai l’impression que Bilal est assez susceptible. De là où je viens, on se dit les choses, et même si on se vexe, on passe à autre chose. SHAEEDA Si je m’attendais à une telle réaction, j’aurais jamais fait ça. BILAL Moi, si je faisais quelque chose de déplaisant ou qui t’avait blessé, une blague, ou quoi que ce soit, je m’excuserais auprès de toi de manière sincère. SHAEEDA C’était pour rire, mais je comprends que pour toi, c’était blessant, donc je le referai plus. Mais en même temps, après ça, je me suis sentie isolée et complètement ignorée. Je suis restée à l'extérieur de la mosquée pendant un bon moment avant que tu reviennes. Je suis pas chez moi, c’est pas mon pays… BILAL Je cherchais pas à te faire pleurer, mais ça m’a fait du mal. Et parfois, la meilleure chose à faire dans ce genre de situation, c’est de se taire. Donc j’ai préféré ne rien dire et réfléchir, pour pouvoir en discuter à froid. SHAEEDA Et maintenant, notre soirée est annulée, j’ai l’impression d’être punie. BILAL J’ai pas dit ça, j’ai simplement dit que j’avais plus très envie d’y aller et qu’il fallait qu’on discute. C’est juste que… la journée s’est pas du tout passée comme je l’espérais. SHAEEDA Je suis sincèrement désolée, et je recommencerai plus. BILAL J'ai grandi en jouant à la bagarre, en me chamaillant, et c’est ce que je fais avec mes enfants. Donc pour moi, c’est pas ça, le sujet. Ce qui est problématique, c’est sa réaction quand on lui dit : « arrête, j’aime pas ça et je trouve que c’est irrespectueux. » BILAL Si c’est sincère… SHAEEDA Je suis sincère. BILAL … alors j’accepte tes excuses, et je suis content qu’on ait pu en discuter. SHAEEDA Moi aussi. BILAL Les excuses de Shaeeda sont sincères, mais ce qu’il y a, c’est qu’on a besoin de passer plus de temps ensemble et d’apprendre à mieux se connaitre. Pour le moment, on est pas du tout prêts pour le mariage. GUILLERMO Dans les prochains épisodes… JIBRI La grand-mère la plus cool du monde ! J’espère vraiment qu’elle va bien aimer Miona. JIBRI Viens-là, toi. CHEYNE Alors, qu’est-ce que tu penses de Rapid City ? MIONA J’ai pas du tout envie de rester ici. JIBRI Mais c’est un bon endroit pour économiser de l’argent, donc parle pas pour nous deux. CHRIS Comment tu t’appelles ? GUILLERMO Enchanté. Guillermo. KARA Ce soir, on fait une soirée entre anciens élèves de mon lycée. J’ai pas revu Chris, mon ex, depuis au moins 10 ans. CHRIS On était très amoureux. GUILLERMO Qu’est-ce qui s’est passé ? CHRIS Je suis tombé sur des messages qui disaient : « c’était trop bien de te voir, ce baiser était incroyable. » J’ai jamais pu refaire confiance à une nana. EMILY C’est ma voiture, je conduis. KOBE C’est insulte, que tu me dises de pas conduire. EMILY Bon, tu vas monter dans cette voiture ou pas ? KOBE La Emily que j’ai connu en Chine était beaucoup plus gentille. Elle a beaucoup changé. KOBE Je commence à me demander ce que je fais ici. EMILY Oh la la… BILAL A quoi tu penses ? SHAEEDA Je me sens tellement comblée et heureuse. J’ai le sentiment d'avoir rencontré la bonne personne. BILAL Je vois. SHAEEDA Tu vois de quoi je parle ? BILAL Peut-être que mon âme sœur… n’existe pas. BINIYAM Enchanté. BRAD Salut, ça va ? BINIYAM Super. ARIELA Ma famille a une certaine appréhension envers Bini, parce qu’ils ont vu à quel point les choses allaient mal, avant. BINIYAM Ma famille me dit que même si Ari veut pas de moi, elle peut quand même signer les papiers pour la Carte Verte. TATIANA Si je comprends bien, elle peut plus porter de bikini. JEN Ça, ça te fait peur par exemple ? TATIANA Y’en a de quoi faire, en plus. YVE Quand on s’est connus, la première photo que t’as vu de moi, j’étais en bikini. MOHAMED Tu m’as dit que tu allais changer. YVE Non, j’ai pas dit ça. MOHAMED Si, t’as dit ça. YVE C’est faux, c’est des conneries, Mohamed. MOHAMED Tu préfères renoncer à moi plutôt qu’au bikini ?