DREW_MCCONAGHY EMILY_PELPHREY JACK_KERN JASON_MACKIE LAWRENCE_WHITNEY MARK_GEIGER NARRATEUR PAUL_SCARSELLA SCOTT_DAVIS NARRATEUR Derrière chaque enquête se cache une histoire. Derrière chaque procès se cache la vérité. Voici la justice à l’américaine. PAUL SCARSELLA En novembre 2011, quatre hommes aux profils similaires ont répondu à la même annonce pour un petit boulot dans une ferme. MARK GEIGER Mon frère Ralph s’est rendu à l’entretien. Et je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles. JACK KERN On a dit à Tim qu’il était embauché. C’est la dernière fois qu’on l’a vu vivant. SCOTT DAVIS L’instant d’après, je me suis fait tirer dessus. Le regard de cet homme était vide. DREW MCCONAGHY C’étaient des crimes odieux. JASON MACKIE On avait affaire à des tueurs en série. Ils étaient deux. PAUL SCARSELLA C’était la plus importante enquête pour homicide de toute ma carrière. EMILY PELPHREY C’était terrifiant. Combien de cadavres allait-on retrouver ? SCOTT DAVIS Est-ce que je devais m’inquiéter pour ma vie ? JASON MACKIE Le soir du 6 novembre, un homme est sorti d’une forêt, dans le sud-est de l’Ohio. Il est allé frapper à la porte d’une maison et a demandé de l’aide. Quand notre shérif est arrivé sur les lieux, Scott Davis lui a raconté son histoire. Après s’être rendu à un rendez-vous, il s'était fait tirer dessus. On l’avait poursuivi dans les bois pendant des heures, jusqu’à ce qu’il parvienne à s’échapper. Le shérif ne l’a pas cru, sur le coup. Il pensait qu’il s’agissait d’un trafic de drogue qui avait mal tourné. Ce n’est pas le genre d’affaires que l’on rencontre régulièrement dans le comté. SCOTT DAVIS Je ne m’en remettais pas. J’avais survécu dans les bois pendant sept heures, malade comme un chien, et j’avais perdu beaucoup de sang. Si l’arme ne s’était pas enrayée, je ne serais pas là devant vous. Le shérif n’a pas cru un mot de mon histoire. NARRATEUR Scott Davis est emmené à l’hôpital, où il est soigné pour sa plaie au coude. Puis il raconte tout aux enquêteurs. SCOTT DAVIS Ça faisait à peu près 15 ans que je vivais en Caroline du Sud. Ma mère m’a demandé de la rejoindre en Ohio. Arrivé ici, j’ai commencé à chercher du boulot. Je ne voulais pas rester sans rien faire. On m’a conseillé de m’inscrire sur un site de petites annonces. Je suis tombé sur le message d’une personne qui cherchait quelqu’un pour s’occuper de 280 hectares de terrain dans le sud de l’Ohio. C’était payé 300 dollars la semaine, logement compris. Ça me paraissait idéal. J’ai répondu et j’ai commencé à échanger par mail avec l’auteur, Jack. On a fini par s’appeler et on a parlé moto. J’avais une Dyna Low Rider. Il m’a dit qu’il y aurait de la place dans la grange pour la garer. Il m’a conseillé d’apporter ce que je voulais en matière de divertissement, comme une télé ou une stéréo. Il voulait que je comprenne que j’allais être seul. J’ai décidé d’accepter le poste. Le matin du 6 novembre, je suis arrivé vers huit heures. J’ai rejoint Jack dans un café. Il était avec un jeune homme, qu’il m’a présenté comme son neveu. On a pris le petit-déjeuner. NARRATEUR Après le repas, les trois hommes montent dans la voiture de Jack pour faire le tour du terrain dont Scott s’occupera. SCOTT DAVIS On a pris la route vers la ferme. C'était une départementale goudronnée. Puis on a tourné sur un chemin de terre. On a roulé un moment. On était au milieu de nulle part. Il n’y avait pas de réseau. Jack a regardé son neveu et il lui a dit : « Tu te souviens du cerf de la semaine dernière ? Gare-toi sur le bas-côté. » Je suis descendu de la voiture avec Jack et on s’est enfoncés dans la forêt. Plus on avançait, moins le chemin était tracé. Un moment, il n’y en a plus eu du tout. J’ai entendu un « clic ». Je connaissais ce bruit. Son arme s’était enrayée. Mes poils se sont hérissés, je me suis retourné et j’ai levé le coude. Et il m’a tiré dans le bras. Je lui ai demandé ce qui lui prenait. J’ai levé la tête. Ses yeux étaient éteints. Le regard de cet homme était vide. Il n’y avait aucune émotion. NARRATEUR Scott se met à courir, tandis que Jack continue de tirer dans sa direction. SCOTT DAVIS J’ai cru entendre cinq coups de feu. Son arme s’était enrayée une fois. Il avait dû tirer toutes ses balles. Pendant que je courais, ma casquette est tombée. Je n’arrêtais pas de trébucher. J’ai aperçu une grosse souche d’arbre qui avait été déracinée. Je me suis glissé dessous pour ne pas être visible depuis la route. J’ai entendu la voiture de son neveu s’approcher. Ils roulaient très doucement. Ils ont fait plusieurs allers-retours. Ils m’ont cherché pendant une heure, puis je ne les ai plus entendus. NARRATEUR Scott reste caché pendant des heures. La nuit arrive enfin et il sort de la forêt, jusqu’à trouver une maison. SCOTT DAVIS J’avais peur et j’étais sous le choc. Je venais d’échapper à quelqu’un qui avait tenté de me tuer. Il était encore dans la nature. J’ai frappé chez ces gens. Ils ont appelé le shérif et les secours. JASON MACKIE Le matin du 7 novembre, j’ai commencé mon enquête. Scott nous a donné les clés de sa moto et indiqué l’endroit où elle était garée. Il nous a dit qu’on y trouverait les preuves des mails qu’il avait échangés avec son futur employeur, Jack. On a tout de suite repéré sa moto. NARRATEUR Jason Mackie y découvre les échanges entre Scott et Jack, imprimés sur des feuilles de papier. Il y a également le reçu de leur repas. JASON MACKIE Scott avait rencontré ses employeurs le matin de l’attaque. J’ai eu accès à la vidéosurveillance du café. Sur les enregistrements, on voyait Scott Davis attendre dans l’entrée. Il y avait également un homme plus grand et plus âgé, accompagné d’un jeune homme. NARRATEUR Les enquêteurs pensent reconnaître le plus âgé des deux hommes. JASON MACKIE Les Marshals nous avaient prévenus qu’ils étaient à la poursuite d’un fugitif, qui avait passé sa vie à faire des séjours en prison plus ou moins longs. Sur l’enregistrement, l’homme faisait la même taille et avait la même carrure. Il y avait de grandes chances que l’homme qui se faisait passer pour Jack était en réalité Richard Beasley. NARRATEUR Richard Beasley est un criminel en cavale. La police tente de le localiser depuis des mois. EMILY PELPHREY Richard Beasley était originaire de l’Ohio. Il avait été écroué au Texas pour possession d’arme à feu et pour cambriolages. Il n’a pas respecté sa conditionnelle. JASON MACKIE Il a replongé dans le vol, la drogue et le proxénétisme. PAUL SCARSELLA C’était un véritable escroc. Il avait toujours une arnaque sur le feu. JASON MACKIE Un mois ou deux avant l’agression de Scott Davis, j’ai rejoint l’opération qui visait à appréhender Richard Beasley. On savait que Richard avait au moins un ou deux amis dans la région. Les Marshals ont monté une équipe et organisé des planques. Mais ça n’a rien donné. NARRATEUR S’il s’agit bien de Richard Beasley, les autorités locales vont avoir besoin d’aide. Elles font appel au FBI. DREW MCCONAGHY Je me suis rendu dans le comté de Noble. Jason Mackie m’a emmené sur les lieux de l’agression de Scott Davis. JASON MACKIE Les indications de Scott m’ont permis de trouver la zone où il s’était fait agresser. Mais la forêt est grande et il y avait des kilomètres carrés à inspecter. NARRATEUR Tandis que Scott est à l’hôpital, les forces de l’ordre commencent à fouiller les bois en quête d’indices. Le 14 novembre, ils finissent par trouver quelque chose. JASON MACKIE Quand Scott s’est fait tirer dessus, il a pris la fuite et sa casquette est tombée. C’est cette casquette que l’on a retrouvée. On a également repéré des traces de pas qui allaient vers l’intérieur de la forêt et d’autres empreintes très profondes qui laissaient penser qu’on avait essayé d’en sortir. En s’éloignant de l’endroit où Scott avait fait tomber sa casquette, on est arrivés près d’une tombe vide, qui avait l’air d’avoir été creusée à la main. C’était très perturbant. Ça faisait froid dans le dos. NARRATEUR Les forces de l’ordre supposent que cette tombe était destinée à Scott Davis. SCOTT DAVIS Ma mère ne m’a pas laissé regarder la télé. Elle a fait en sorte que je n’apparaisse pas aux infos. Je n’avais aucune idée de ce qu’il se passait. Quand ils m’en ont enfin parlé, j’étais sous le choc. Ils m’ont dit qu’ils avaient même préparé ma tombe. J’ai remercié les enquêteurs, mais je ne voulais surtout pas en savoir plus. NARRATEUR Les forces de l’ordre continuent de chercher Richard Beasley et la rumeur de l’agression de Scott se répand. JASON MACKIE Deb Bruce m’a appelé. Elle avait lu dans le journal l’agression dont Scott avait fait l’objet. Deb nous a raconté que son frère, David Pauley, avait répondu à une annonce presque identique trouvée sur Internet. C’était pour une exploitation agricole qui semblait se trouver aussi dans le comté. David n’allait pas bien et était déprimé ces derniers temps. Il avait donc décidé de s’installer dans l’Ohio pour prendre un nouveau départ. Il était arrivé avec toutes ses affaires dans un camion de déménagement. DREW MCCONAGHY On lui a demandé quel genre d’objets il aurait pu prendre avec lui. Elle nous a dit qu’il adorait les fêtes, et en particulier, Halloween. Il possédait tout un tas de décorations, qu’il avait emportées dans un grand bac en plastique. JASON MACKIE Selon Deb, David était parti aux alentours du 22 octobre. Et elle n’avait plus eu de nouvelles. DREW MCCONAGHY Cela s’était passé environ deux semaines avant l’agression de Scott Davis. On était presque certains, à ce moment-là, qu’il y avait une autre victime. PAUL SCARSELLA La police a compris que ça ne s’arrêtait pas à l’agression de Scott Davis. JASON MACKIE Personne n’aurait pu prévoir que l’enquête allait partir dans cette direction. NARRATEUR La police de l’Ohio soupçonne le criminel Richard Beasley d’avoir tenté de tuer Scott Davis et d’être à l’origine de la disparition de David Pauley. Les deux hommes ont été engagés sur Internet pour un emploi identique. DREW MCCONAGHY J’ai appelé la brigade de cybercriminalité de Columbus. Je leur ai demandé de prendre contact avec le site de petites annonces où l’offre d’emploi avait été postée. Le site leur a fourni l’adresse IP de l’ordinateur utilisé pour mettre en ligne l’annonce. Une adresse IP correspond à un numéro assigné à chaque ordinateur, qui permet d’en identifier le propriétaire, et donc, sa localisation. On est parvenus à obtenir une adresse postale pour Richard Beasley dans la ville d’Akron, dans l’Ohio. NARRATEUR Le propriétaire de la maison en question est un dénommé Joe Bais. DREW MCCONAGHY Vers 20 h, à la nuit tombée, l’équipe surentraînée du SWAT est entrée dans la maison avec l’intention d’arrêter Richard Beasley. Mais ils ont fait chou blanc. Une fois la maison bouclée, on a échangé avec le propriétaire, Joe Bais. Il avait loué la chambre située dans son sous-sol à un homme qui lui avait dit se prénommer Dutch. NARRATEUR Après avoir vu une photo de Richard, Joe Bais confirme qu’il s’agit du même homme. DREW MCCONAGHY On soupçonnait Richard Beasley d’avoir posté une annonce en ligne depuis l’ordinateur de Joe Bais. Selon lui, Dutch avait déménagé trois ou quatre jours avant la descente de police. Il ne savait pas où il se trouvait. NARRATEUR Les enquêteurs fouillent la maison à la recherche du moindre indice. Ce qu’ils y trouvent les interpelle. DREW MCCONAGHY On a trouvé des objets qui appartenaient à David Pauley, et notamment des décorations d’Halloween, des costumes, des guirlandes et des boules de Noël. On avait maintenant un lien direct entre David Pauley et Richard Beasley. JASON MACKIE Étant donné les informations que l’on avait sur David Pauley et le temps écoulé depuis qu’il avait répondu à l’annonce, j’étais presque certain qu’il était déjà mort. NARRATEUR Le jour suivant, les enquêteurs retournent dans la forêt où Scott Davis s’est fait attaquer. Cette fois-ci, ils cherchent un corps. JASON MACKIE Nous avons emmené des chiens de recherche sur les lieux. Un endroit en particulier les a attirés. Au fur et à mesure qu’ils grattaient la boue, du sang est apparu à la surface des flaques d’eau. On a retourné toute la zone. On a trouvé le corps d’un homme blanc, enterré sur le ventre, à peut-être trente ou quarante centimètres de la surface. Il avait une lésion à l’arrière du crâne, qui semblait avoir été causée par une arme à feu. On a retrouvé une gourmette. Je l’ai récupérée et j’ai appelé Deb Bruce. DREW MCCONAGHY Deborah Bruce, sa sœur, nous a confirmé que c’était sa gourmette, qu’il n’enlevait jamais. Cela nous confortait dans l’hypothèse que David Pauley était l’homme enterré dans ce trou. EMILY PELPHREY Nous sommes donc passés d’une tentative d’homicide à l’encontre de Scott Davis à l’homicide volontaire de David Pauley. Les deux avaient répondu à une annonce sur Internet. Nous étions inquiets de la présence potentielle d’autres victimes. NARRATEUR Tandis que les enquêteurs passent la forêt au peigne fin, la famille de Ralph Geiger, 56 ans, commence à s’inquiéter. MARK GEIGER Ralph a toujours été bricoleur. Il touchait à tout et il savait tout faire. Mais il a vécu une période un peu difficile, au cours de laquelle il a perdu son domicile. Il était à Akron, dans l’Ohio, et il a vu passer une annonce pour un petit boulot dans une ferme. Il a appelé le numéro et il est parti dans le sud de l’État pour essayer de décrocher le job. NARRATEUR Ralph commence à travailler en août 2011. Sa famille n’a pas de nouvelles, mais ça n’a rien d’inhabituel. MARK GEIGER Ça lui arrivait de ne pas répondre au téléphone quand on l’appelait. Et il ne nous passait jamais de coup de fil. Il pouvait s’écouler des mois sans qu’on puisse le joindre. On y était habitués. Mais en novembre 2011, personne dans la famille ne lui avait parlé depuis longtemps. Notre sœur, Kathy, a contacté des amis communs pour savoir s’ils l’avaient vu récemment. NARRATEUR La police d’Akron tente d’arrêter Richard Beasley avant qu’il ne tue de nouveau. EMILY PELPHREY On a passé en revue les éléments trouvés à la dernière adresse connue de Richard Beasley. Et parmi ceux-ci, on a découvert un traitement prescrit à Ralph Geiger. JASON MACKIE On a trouvé le nom de Ralph Geiger. Ça commençait à faire beaucoup. On ne savait pas combien de personnes étaient impliquées, ou affectées par cette histoire. Il fallait absolument mettre Richard Beasley en garde à vue. NARRATEUR Plus tard, ce jour-là, les enquêteurs font une découverte cruciale. DREW MCCONAGHY Le 15 novembre, on a retrouvé la femme et la fille de Richard Beasley. JASON MACKIE On leur a montré la vidéosurveillance du café. Elles ont immédiatement reconnu Richard. Elles connaissaient également le jeune homme qui l’accompagnait. Il s’agissait de Brogan Rafferty. C’était un ami de Richard. Ils allaient ensemble à l’église. DREW MCCONAGHY Selon Mme Beasley, Brogan Rafferty avait entre seize et dix-sept ans. NARRATEUR Le même jour, les enquêteurs font une autre découverte. DREW MCCONAGHY Joe Bais nous a appelés le lendemain de la perquisition. Pendant son absence, l’homme dont il connaissait maintenant le véritable nom était passé chez lui. Richard Beasley. JASON MACKIE Richard lui a laissé un mot en lui disant qu’il avait appris que la police était venue. Il lui a laissé son numéro de portable. DREW MCCONAGHY Nous avions maintenant un numéro de téléphone actif que l’on pouvait localiser et qui appartenait certainement à Richard Beasley. On a demandé à Joe Bais de le garder aussi longtemps que possible au téléphone si jamais il l’appelait. Il nous fallait cinq à dix minutes pour localiser l’appel avec nos appareils. JASON MACKIE Plus tard dans la journée, on était à environ 30 minutes d’Akron quand on nous a informés que Richard Beasley était en communication. NARRATEUR Dix jours après l’attaque de Scott Davis et le lendemain de la découverte du cadavre de David Pauley, la police, qui recherche Richard Beasley, localise son téléphone à Akron. DREW MCCONAGHY J’ai appelé le SWAT et je les ai envoyés sur place. Avec Jason Mackie, on s’est rendus à toute vitesse à Akron. L’équipe sur les lieux a repéré Richard Beasley qui marchait dans la rue. Ils l’ont interpellé. JASON MACKIE On est arrivés au moment où Richard Beasley se faisait menotter. C’était la première fois que je me retrouvais face à face avec ce tueur. NARRATEUR Les enquêteurs informent Scott de l’arrestation de Richard Beasley. SCOTT DAVIS Est-ce que je devais encore m’inquiéter pour ma vie ? Ils m’ont dit qu’ils avaient attrapé mon agresseur et que je n’avais plus de soucis à me faire. JASON MACKIE On l’a rapidement emmené en salle d’interrogatoire. Dès qu’on a commencé à le questionner sur les hommes qui avaient disparu et sur sa petite annonce, il a demandé un avocat. L’interrogatoire a dû s’arrêter là. NARRATEUR Avec Richard Beasley en garde à vue, les enquêteurs se tournent maintenant vers le jeune Brogan Rafferty. Ils le trouvent dans son lycée, dans une ville en périphérie d’Akron. DREW MCCONAGHY Il a admis qu’il connaissait Richard et qu’ils étaient amis. Il était comme un mentor pour lui et ils avaient passé pas mal de temps ensemble ces derniers mois. Mais Brogan a revendiqué son droit au silence. NARRATEUR Au cours de la même journée, les enquêteurs obtiennent un mandat de perquisition pour la maison de Brogan. DREW MCCONAGHY On s’apprêtait à entrer dans la maison quand Brogan est revenu du lycée avec des amis. Dix minutes plus tard, son père est rentré et est tombé nez à nez avec les agents du FBI qui fouillaient son domicile. On l’a pris à part et on lui a expliqué la raison de notre enquête. NARRATEUR Au cours de la perquisition, Brogan avoue avoir emmené Scott Davis dans les bois. Il prétend ne pas savoir ce qui s’est passé ensuite. EMILY PELPHREY Tandis que Brogan essayait de s’expliquer, les enquêteurs ont trouvé dans sa chambre un petit kit du meurtrier, composé d‘un pistolet de calibre 22 et d’un couteau. DREW MCCONAGHY Nous avons également trouvé un fusil de chasse, qui, d’après notre conversation avec Deborah Bruce, appartenait à David Pauley. NARRATEUR Brogan prétend ne pas savoir d’où vient le fusil. JASON MACKIE Il n’arrivait pas à justifier la présence dans sa maison d’un objet qui appartenait à David Pauley. Ça n’avait aucun sens. EMILY PELPHREY Les enquêteurs avaient désormais assez d’éléments pour l’arrêter pour complicité de meurtre et tentative d’homicide dans les affaires Pauley et Davis. Il a été envoyé en détention en attendant sa comparution. NARRATEUR Le lendemain, Brogan est interrogé une troisième fois. JASON MACKIE L’interrogatoire n’a pas duré longtemps, mais il a avoué qu’il savait que des crimes allaient être commis. Ça ne faisait plus aucun doute. On avait affaire à des tueurs en série. Ils étaient deux. DREW MCCONAGHY Au milieu de tout ça, on a reçu un nouvel appel, celui d’une certaine Mme Kern. NARRATEUR Tina Kern est l’ex-femme de Tim, 47 ans, père de trois enfants. Il vit à côté d’Akron. JACK KERN C’était un batteur. Il avait la coupe de cheveux et le look typique du musicien des années 70 et 80. Tim était un père fantastique, il était fou de ses fils. Ils étaient toute sa vie. En 2011, Tim a divorcé de sa seconde femme. Il a vécu une période un peu sombre où il vivait dans sa voiture. Il cherchait du travail et il a trouvé sur un site de petites annonces une offre d’emploi dans une ferme. Il gagnerait 300 dollars par semaine tout en ayant un endroit où vivre. C’était parfait. Le seul problème, c’est qu’il n’y avait pas de réseau dans ce coin. Il pensait vraiment que ça allait tout arranger. Il a passé l’entretien et il a été embauché. Les garçons étaient très fiers de leur papa. NARRATEUR Quelques jours plus tard, la famille de Tim voit passer un article sur l’agression de Scott Davis. JACK KERN Ils racontaient dans le journal que Scott Davis avait répondu à une annonce pour travailler dans une ferme du comté de Noble. Tim avait postulé à la même offre. DREW MCCONAGHY Mme Kern nous a signalé sa disparition. Elle lui avait parlé pour la dernière fois le 12 novembre. JASON MACKIE Elle nous a raconté qu’il avait postulé à une annonce sur Internet. Ça nous a beaucoup inquiétés. Timothy Kern avait disparu aux alentours du 12 et Scott Davis s’était fait attaquer le 6. Les suspects avaient pu commettre d’autres crimes pendant qu’on tentait de leur mettre la main dessus. PAUL SCARSELLA Quatre hommes aux profils similaires avaient répondu à la même annonce pour un petit boulot dans une ferme. PAUL SCARSELLA Ralph Geiger, que l’on n’avait pas encore retrouvé à ce moment-là, David Pauley, Scott Davis, et maintenant, Tim Kern. NARRATEUR Avec un cadavre et deux disparus sur les bras, les enquêteurs se tournent vers le complice présumé de Richard, Brogan Rafferty. JASON MACKIE On savait qu’on allait devoir faire parler Brogan et établir un dialogue avec lui. PAUL SCARSELLA C’était quitte ou double. Si l’on voulait des réponses, il fallait les obtenir à ce moment-là. NARRATEUR Brogan Rafferty, 16 ans, avoue enfin son rôle dans la série de meurtres qu’il est soupçonné d’avoir commis avec Richard Beasley, 52 ans. PAUL SCARSELLA Brogan nous raconte alors que Richard n’a jamais eu de propriété dans le comté. La ferme n’existe pas. JASON MACKIE Brogan m’a dit que Ralph Geiger était sans-abri. Il ressemblait beaucoup à Richard Beasley. Ils avaient la même carrure et le même âge. Brogan et Richard avaient contacté Ralph en lui proposant du travail, que Ralph avait fini par accepter. NARRATEUR Quand Ralph arrive pour son premier jour de travail, Richard et Brogan l’emmènent dans les bois, où la ferme est prétendument située. JASON MACKIE Après l’avoir tué, Richard Beasley a vécu sous le nom de Ralph Geiger pendant des mois. PAUL SCARSELLA Ça lui permettait d’échapper à la police. NARRATEUR Après le meurtre de Ralph Geiger, les intentions de Richard changent. EMILY PELPHREY Il a imaginé cette idée de petite annonce pour recruter des victimes par Internet. Selon Brogan, Richard a tué David Pauley pour se faire de l’argent. DREW MCCONAGHY Brogan nous a raconté qu’ils avaient attiré David Pauley pour lui voler ses biens de valeur et tout ce qu’il possédait. JASON MACKIE Cela faisait partie de la combine. Une fois qu’ils avaient tué leurs victimes, ils revendaient leurs affaires. David Pauley est mort pour le contenu de son camion de déménagement. EMILY PELPHREY David Pauley n’avait pas emporté assez d’affaires pour leur assurer un revenu confortable. Ils ont dû recommencer, encore et encore. JASON MACKIE Ce qui les intéressait chez Scott Davis, c’était sa moto, ses appareils électroniques et ses outils. EMILY PELPHREY Ça aurait été le plan parfait pour Richard et Brogan. Mais Scott ayant survécu, ils ont dû continuer. PAUL SCARSELLA Il leur fallait juste un peu d’argent pour passer l’hiver. Ils s’en sont pris à Tim Kern. DREW MCCONAGHY Brogan nous a raconté qu’ils étaient allés chercher Tim. Il était très heureux et enthousiaste d’avoir trouvé cet emploi. Sur la route de la forêt, Richard lui a demandé combien d’argent il avait sur lui. Tim était vraiment sur la paille. Il n’avait que les vêtements qu’il portait sur lui et un billet de cinq dollars. Ça ne les a pas empêchés de le tuer plus tard dans la matinée. PAUL SCARSELLA Ce n’était plus une question d’argent. Le meurtre de Tim Kern est le plus insensé que j’aie vu de ma carrière. JASON MACKIE On a demandé à Brogan pourquoi il avait accepté de s’embarquer là-dedans. Il nous a dit qu’on l’avait menacé, lui et sa famille, et qu’il avait peur de Richard Beasley. Mais moi, je n’y croyais pas. EMILY PELPHREY Il l’a regardé tuer des hommes et il ne l’a jamais dénoncé. De notre point de vue, il était tout aussi responsable de ces homicides que Richard. NARRATEUR Son interrogatoire terminé, Brogan Rafferty dessine un plan des deux endroits où Ralph Geiger et Tim Kern sont enterrés. JASON MACKIE On s’est rendus dans une autre zone boisée du comté de Noble. On a pu localiser et exhumer le corps de Ralph Geiger. MARK GEIGER Je me rappelle le coup de fil. On m’a appris que Ralph était mort, et ce, depuis un moment. Ça m’a fait un choc. Ils m’ont dit que mon petit frère, que j’avais imaginé en train de remonter la pente ces derniers temps, n’était plus en vie. C’était une idée si brutale et douloureuse que j’ai eu du mal à l’encaisser. NARRATEUR Dans un sous-bois derrière un centre commercial abandonné, les enquêteurs exhument le corps de Tim Kern. JACK KERN L’officier m’a dit que son identité avait été confirmée. Il s’agissait bien de Timothy. J’ai prévenu ma femme. Je lui ai dit : « Helen, ils ont retrouvé Tim. » Et on est restés là, assis, à se consoler l’un l’autre. C’était dur. NARRATEUR La police analyse les balles retrouvées dans le corps de Tim Kern. Elles correspondent à celles du pistolet de Brogan Rafferty. PAUL SCARSELLA Avec ces deux nouvelles victimes, c’était la plus importante enquête pour homicide de toute ma carrière. NARRATEUR Dans les mois qui suivent, le bureau du procureur décide de requérir la peine de mort pour Richard Beasley. Le procès de Brogan Rafferty se déroule en premier. Il comparaît en tant qu’adulte. PAUL SCARSELLA On avait quatre victimes, quatre hommes qui ne demandaient qu’une seconde chance. Il fallait leur rendre justice comme ils le méritaient. NARRATEUR Le procès de Brogan Rafferty débute près de 11 mois après son arrestation. Il est notamment poursuivi pour homicide, usurpation d’identité et enlèvement. PAUL SCARSELLA On savait que la défense allait faire passer Brogan Rafferty pour une victime qui avait été embarquée de force et menacée. On a donc décidé de diffuser la totalité de ses aveux, et pas seulement quelques extraits. Il fallait que le jury l’entende. EMILY PELPHREY La diffusion de ses aveux suffisait à prouver qu’il ne s’agissait pas d’un enfant sous l’influence d’un adulte. NARRATEUR Brogan ne laisse transparaître aucune émotion durant la présentation du ministère public. C’est ensuite au tour de la défense, qui l’appelle à la barre. EMILY PELPHREY Leur argument, c’était qu’il était jeune, sans défense et sous l’influence d’un escroc cruel et sans pitié. PAUL SCARSELLA Il a prétendu qu’il l’avait menacé. Mais on pouvait retourner cet argument contre lui. EMILY PELPHREY Je ne pense pas que le témoignage de Brogan ait convaincu les jurés. Il ne suscitait aucune compassion et ne parvenait pas à se faire passer pour quelqu’un qui avait agi sous la contrainte. NARRATEUR Après 10 jours de témoignages, les délibérations commencent. Il faut quatre jours au jury pour rendre son verdict. Brogan Rafferty est jugé coupable d’homicide, de vol et d’enlèvement. Il est condamné à la perpétuité. MARK GEIGER J’étais à la fois rassuré qu’il ne puisse plus faire de mal à personne et désolé pour lui de s’être retrouvé embarqué là-dedans. JACK KERN Ce qui m’a dérangé, c’est qu’après le verdict, il n’a pas eu un mot pour les familles. Il ne nous a pas présenté ses excuses. Il n’avait pas de remords. PAUL SCARSELLA J’ai surtout ressenti du soulagement. Et je savais aussi qu’on allait avoir encore beaucoup de travail avec le procès de Richard Beasley. NARRATEUR Quatre mois après la condamnation de Brogan Rafferty, Richard Beasley est jugé pour les homicides de trois hommes et la tentative d’homicide d’un quatrième, Scott Davis. EMILY PELPHREY Il fallait absolument que Richard soit reconnu coupable. On pouvait demander la peine de mort. PAUL SCARSELLA Dans ce genre de dossier, les enjeux sont encore plus importants. On a fait en sorte de construire un argumentaire aussi solide que possible. NARRATEUR Les avocats de Beasley savent que la bataille va être difficile. LAWRENCE WHITNEY Je connaissais l’importance des présomptions qu’il y avait dans cette affaire. Si l’on ne parvenait pas à mettre en doute cette montagne de preuves, Richard serait jugé coupable. On voulait faire comprendre au jury que l’histoire ne se résumait pas à ce que le procureur avait raconté. EMILY PELPHREY L’accusation se devait de décrire la situation de la manière la plus simple et directe possible. Les victimes tentaient de se reconstruire. Et Richard était arrivé, comme un loup déguisé en agneau. NARRATEUR Scott Davis est l’un des premiers témoins à être appelé à la barre. EMILY PELPHREY Pour moi, Scott a fait preuve d’un courage remarquable. Non seulement il a témoigné à la barre, mais il a parlé au nom de tous. Il a repris le pouvoir sur son agresseur. SCOTT DAVIS Je me suis mis dans la tête qu’il ne fallait pas que ce type s’en sorte comme ça. Sans lâcher son regard, j’ai dit qu’il m’avait tiré dessus. Ça m’a fait un bien fou. NARRATEUR Au cours des jours qui suivent, l’accusation continue de présenter son dossier. Mais Richard Beasley s’apprête à donner une version totalement différente de l’histoire. PAUL SCARSELLA On n’avait aucune idée de ce qu’il racontait. Et ça nous a pris de court. NARRATEUR Le procès du tueur en série présumé Richard Beasley se poursuit. L’accusation présente les détails lugubres de chaque meurtre. EMILY PELPHREY L’un des moments les plus durs du procès, ça a été la lecture des messages que les fils de Tim Kern lui avaient envoyés le jour de son meurtre. Il leur avait promis qu’il les appellerait une fois arrivé à la ferme. Les messages disaient : « On est très fiers de toi. Tu es bien arrivé ? Tu es où ? Tout va bien ? » Mais à ce moment-là, il était déjà mort. PAUL SCARSELLA Tim ne voulait pas laisser ses fils. Excusez-moi. Il ne voulait pas partir loin de ses fils. Mais ils avaient tous l’espoir que c’était une étape vers un avenir meilleur. La lecture de leurs messages a été très éprouvante. NARRATEUR Le 6 mars, c’est au tour de la défense. Les avocats appellent Richard Beasley à la barre. LAWRENCE WHITNEY Il fallait donner un contexte au jury, notamment à cause de la quantité de preuves à l’encontre de Richard. Il a dit au jury qu’il volait, qu’il usurpait des identités, qu’il revendait des biens, mais qu’il n’était pas un meurtrier. Et il n’avait pas tenté de tuer Scott. NARRATEUR Au lieu d’avouer sa culpabilité, Richard Beasley avance que Scott Davis fait partie d’un gang de motards qui cherche à le tuer. Richard Beasley raconte aux jurés que Scott et son gang de motards sont responsables des trois meurtres. PAUL SCARSELLA Mine de rien, le jury écoutait quand même ses propos et essayait de les prendre en considération. Richard Beasley sait faire plein de choses, y compris raconter des histoires. SCOTT DAVIS Il a essayé de duper tout le monde. Il m’a fait passer pour le méchant, tout ça parce que j’avais une moto et les cheveux longs. Il m’a tout mis sur le dos. PAUL SCARSELLA On a appelé à la barre le chef du groupe de motards. Il a réfuté presque tous les arguments dont Richard Beasley s’était servi pour leur imputer la responsabilité des meurtres. EMILY PELPHREY Le 12 mars, après trois semaines de procès, nous avons présenté notre plaidoyer final. L’objectif, c’était de prouver que personne d’autre que Richard Beasley n’aurait pu commettre ces meurtres. NARRATEUR Le soir du 12 mars, le jury rend son verdict. Richard Beasley est reconnu coupable de 26 des 29 chefs d’accusation. EMILY PELPHREY Après la lecture du verdict, on s’est tournés vers les familles assises derrière nous. Elles nous ont remerciés. MARK GEIGER J’étais vraiment soulagé que cet homme parte en prison. Il n’en sortira jamais et il ne pourra plus faire de mal à quelqu’un. SCOTT DAVIS On m’enlevait un poids énorme des épaules. J’avais l’impression d’être plus léger. NARRATEUR Trois semaines plus tard, Richard Beasley est condamné à la peine de mort. JASON MACKIE Dans cette affaire, plus de 70 personnes avaient répondu à cette annonce. Si Scott Davis n’avait pas réussi à s’enfuir, qui sait combien de victimes il y aurait aujourd’hui ? SCOTT DAVIS Je ne peux pas pardonner à Richard Beasley ce qu’il a fait à ces pauvres familles, et ce qu’il m’a fait à moi. C’est impossible. EMILY PELPHREY La plus grosse erreur qu’a commise Richard Beasley, ça a été de penser que les victimes qu’il choisissait n’avaient personne dans leur vie. Il s’est trompé du tout au tout. Ces hommes avaient tous une famille. Ils étaient chéris. JACK KERN Ma femme est morte il y a un an et demi. À certains moments, je voyais qu’elle pensait à Tim. Que serait-il devenu ? On ne le saura jamais. MARK GEIGER Les souvenirs que j’ai de Ralph me rendent heureux. Quand je pense à lui, je me dis qu’il a toujours été un ami exemplaire. On apprenait beaucoup de lui et il s’intéressait toujours aux autres. SCOTT DAVIS Je me sens coupable d’avoir survécu. Ces familles ont perdu un proche aux mains d’un homme cruel.