BARBARA_DUNN BOB_MACINTOSH BRADLEY_CURTIS COMMENTAIRE COMMENTAIRE_FRANCIS CONTROLEUR_AERIEN ENQUETEUR_AMERICAIN ENQUETEUR_SAOUDIEN FRANCIS MOHAMMED_ALI_KHOWYTER RON_SCHLEEDE SAMI_ABDULLAH_HASANAIN SHAWN_PRUCHNICKI VOIX_MACHINE COMMENTAIRE Peu après leur départ de Riyad, les pilotes du vol Saudia 163 apprennent une nouvelle terrifiante. FRANCIS Au feu, il y a le feu en cabine ! SHAWN PRUCHNICKI Un feu qui se déclare en cabine peut s'étendre très vite. CONTROLEUR AERIEN Les équipes de pompiers sont déjà en place. BARBARA DUNN On imagine la terreur des passagers. COMMENTAIRE L'avion parvient à revenir à l'aéroport. SAMI ABDULLAH HASANAIN On coupe les réacteurs et on évacue. COMMENTAIRE Mais quelques minutes plus tard... CONTROLEUR AERIEN 1 6 3, vous me recevez ? COMMENTAIRE Tout le monde à bord est mort. SHAWN PRUCHNICKI C'est incompréhensible. COMMENTAIRE L'enquête révèle des indices cruciaux sur la boîte noire phonique du cockpit. BRADLEY CURTIS Ça fume juste un peu au fond. ENQUETEUR AMERICAIN Il n'a fait que minimiser. BARBARA DUNN S'il avait quitté le cockpit pour constater la situation lui même, ça se serait peut être passé autrement. COMMENTAIRE Il est 21 heures 20 mais il fait encore chaud sur l'aéroport international de Riyad, en Arabie Saoudite. CONTROLEUR AERIEN Saudia 1 1 2, au départ. Vous pouvez quitter Riyad via Durma. Suivez le cap 3 5 0 en montée, vous virerez à gauche après le décollage. COMMENTAIRE Dans la tour, les contrôleurs aériens régulent un grand nombre de vols. La plupart sont prévus après le coucher du soleil, lorsque la chaleur redescend. Tout se passe pour le mieux. SAMI ABDULLAH HASANAIN Riyad, de Saudia 1 6 3. COMMENTAIRE Jusqu'à l'appel d'un vol Saudia parti depuis peu. CONTROLEUR AERIEN Je vous écoute. SAMI ABDULLAH HASANAIN 1 6 3, on rentre à Riyadh. COMMENTAIRE Soudain, tout bascule. CONTROLEUR AERIEN Autorisation de faire demi tour vers Riyad. Quel est le motif ? SAMI ABDULLAH HASANAIN Saudia 1 6 3, il y a le feu en cabine, alertez les pompiers. SHAWN PRUCHNICKI Cela est extrêmement dangereux, on ne peut pas imaginer situation plus grave qu'un feu dans l'avion. C'est le pire cauchemar de n'importe quel pilote. CONTROLEUR AERIEN Vous pouvez faire demi tour, à l'altitude de votre choix. SAMI ABDULLAH HASANAIN 1 6 3, on choisit notre altitude. BARBARA DUNN Lorsque un avion signale un feu à bord à la tour de contrôle, les contrôleurs écartent le reste du trafic pour lui laisser le champ libre afin qu'il puisse atterrir en priorité absolue, et que l'appareil puisse être évacué une fois parvenu au sol. COMMENTAIRE Parti de Karachi, au Pakistan, ce vol prévu à destination de Djeddah a d'abord fait escale à Riyad, où il doit à présent retourner. CONTROLEUR AERIEN Vous êtes prioritaires. SAMI ABDULLAH HASANAIN 1 6 3. COMMENTAIRE L'appareil du vol Saudia 163 est un Tristar L 1011. SHAWN PRUCHNICKI Le L 1011 est un appareil triréacteur à fuselage large destiné aux vols longs courrier. Il a été conçu pour transporter des centaines de personnes sur de très longues distances, c'est un avion très performant et d'une grande fiabilité mécanique. COMMENTAIRE 287 passagers sont présents à bord, dont certains à l'arrière de la cabine ont des difficultés à respirer. C'est d'abord la fumée qui pousse les pilotes à signaler un feu à la tour de contrôle. BARBARA DUNN On imagine la terreur des passagers, cet appareil doit être ramené au sol dans les plus brefs délais. COMMENTAIRE Le pilote de l'appareil est le commandant de bord Mohammed Ali Khowyter. Âgé de 37 ans, il travaille depuis 15 ans pour la Saudia, et c'est à présent lui qui va devoir rapatrier l'avion et ses occupants au sol. Son copilote de 26 ans, Sami Abdullah Hasanain, échange avec la tour de contrôle. CONTROLEUR AERIEN Combien de passagers à bord ? SAMI ABDULLAH HASANAIN L'avion est plein. BRADLEY CURTIS Pour moi, il y a urgence. MOHAMMED ALI KHOWYTER Oui. COMMENTAIRE L'américain Bradley Curtis est le mécanicien navigant. SHAWN PRUCHNICKI Il n'aurait pas été possible de faire voler un avion tel que le L 1011 sans un mécanicien navigant pour superviser l'ensemble des équipements de bord, qui sont contrôlés automatiquement sur les appareils modernes. COMMENTAIRE Le vol 163 est à moins de 4 minutes de l'aéroport. FRANCIS Mesdames et messieurs, merci de rester assis. COMMENTAIRE Au sol, les secours sont déployés. SAMI ABDULLAH HASANAIN Riyad de Saudia 1 6 3, 10 nautiques en approche, piste en vue. Peut on atterrir ? CONTROLEUR AERIEN 1 6 3, autorisation d'atterrir. Vent 3 2 0, 5 nœuds. SAMI ABDULLAH HASANAIN On atterrit, les pompiers ont été alertés ? CONTROLEUR AERIEN Affirmatif. SAMI ABDULLAH HASANAIN Merci Riyad, Saudia 1 6 3. COMMENTAIRE En cabine la fumée se fait plus dense, et la chef de cabine s'efforce de préparer les passagers à l'atterrissage. FRANCIS Placez vos mains derrière la tête, la tête entre les jambes. COMMENTAIRE À bord du vol Saudia 163, le feu est actif depuis au moins 17 minutes. SHAWN PRUCHNICKI Un feu qui se déclare en cabine peut s'étendre très vite. Il peut s'avérer très difficile à contenir, cela devient une course contre la montre. CONTROLEUR AERIEN Saudia 1 6 3, Les équipes de pompiers sont déjà en place. SAMI ABDULLAH HASANAIN Dites leur de se poster près de la queue de l'appareil après l'atterrissage. CONTROLEUR AERIEN Entendu. VOIX MACHINE 30 pieds... 20 pieds, 10 pieds. COMMENTAIRE 15 minutes après le signalement du feu, le L 1011 touche la piste. SAMI ABDULLAH HASANAIN Tour de contrôle, est ce que la queue de l'avion est en feu ? CONTROLEUR AERIEN Un instant. La queue est elle en feu ? COMMENTAIRE Le contrôleur interroge les secours au sol. POMPIER1 Négatif, pas de flammes en vue. CONTROLEUR AERIEN Pas de feu... Ils me disent qu'ils ne voient pas de feu. SAMI ABDULLAH HASANAIN 1 6 3. COMMENTAIRE Le Saudia 163 rejoint une voie de circulation, puis s'immobilise. BARBARA DUNN Une fois que l'appareil est à l'arrêt, il devrait théoriquement être évacuable en un temps inférieur à 90 secondes. CONTROLEUR AERIEN Saudia 1 6 3, vous rejoignez votre aire, ou vous coupez tout ? SAMI ABDULLAH HASANAIN Un instant. On coupe les réacteurs et on évacue. CONTROLEUR AERIEN Saudia 1 6 3, vous restez sur place, compris. SAMI ABDULLAH HASANAIN Affirmatif, on évacue. BARBARA DUNN Quand il y a un feu en cabine, l'oxygène disponible est consommé très rapidement. Les passagers ne peuvent plus respirer, ils se retrouvent entourés de fumées et de gaz toxiques. Les portes doivent être ouvertes et les personnes évacuées. COMMENTAIRE Les portes de l'avion restent closes, tandis que le feu s'étend. POMPIER2 La queue est en feu ! Dites lui de couper les réacteurs ! COMMENTAIRE Les pompiers ne peuvent pas approcher l'avion. SHAWN PRUCHNICKI Sur un appareil de ce gabarit et même s'ils tournent au ralenti, les réacteurs restent assez puissants pour qu'une personne se fasse aspirer à l'intérieur. CONTROLEUR AERIEN Le commandant a dit qu'il coupait les réacteurs et qu'il évacuait, éteignez le feu. POMPIER2 On ne peut pas, les réacteurs tournent toujours ! Ils tournent, j'entends le bruit qu'ils font ! SHAWN PRUCHNICKI À mesure que des substances toxiques telles que le monoxyde de carbone s'accumulent quelque part, les individus qui y sont exposés perdent conscience avant de finir par mourir. CONTROLEUR AERIEN 1 6 3 vous me recevez ? 1 6 3 vous me recevez ? Si vous me recevez, coupez les réacteurs. COMMENTAIRE Aucune réponse du cockpit, et aucun signe d'évacuation. SHAWN PRUCHNICKI C'est incompréhensible. COMMENTAIRE 3 minutes et 15 secondes après son arrêt sur la voie de circulation, l'appareil est envahi par les flammes. Nul n'en sortira. BARBARA DUNN C'est une fin atroce. COMMENTAIRE Le lendemain matin, l'ampleur du désastre apparaît clairement. Le feu a consumé la partie supérieure du fuselage, de la queue au cockpit. Ses 301 occupants sont morts. C'est alors la seconde catastrophe aérienne la plus meurtrière de l'histoire. BOB MACINTOSH Cela a été une tragédie, personne n'avait imaginé qu'une telle chose se produirait. COMMENTAIRE Aux enquêteurs à présent de fouiller l'épave carbonisée afin de comprendre ce qu'il s'est passé. BOB MACINTOSH Avec le vol 163, les enquêteurs font face à 2 questions. La première est : "Pourquoi l'appareil une fois immobile n'a pas évacué ses passagers ?" Quant à la seconde, c'est : "Pourquoi un feu s'est il déclaré à bord de l'appareil dans un premier temps ?" COMMENTAIRE Le NTSB le conseil de sécurité des transports américain et Lockheed, le fabriquant de l'appareil, dépêchent des enquêteurs à Riyad pour aider les Saoudiens à établir la cause de l'incendie catastrophique du vol 163. RON SCHLEEDE En vertu des règles internationales, les Saoudiens dirigent l'enquête. Mais n'ayant qu'une expérience limitée des accidents aériens d'envergure, ils vont être assistés par le NTSB. ENQUETEUR AMERICAIN Juste un peu de suie sur les boîtes noires. ENQUETEUR SAOUDIEN Les pilotes étaient à leur poste, mais voici où étaient les passagers et une partie de l'équipage. COMMENTAIRE Les enquêteurs découvrent que les passagers se sont regroupés vers l'avant, près des portes. BOB MACINTOSH Une fois l'appareil à l'arrêt, une grande confusion a dû régner à bord. ENQUETEUR AMERICAIN Ont ils tenté d'ouvrir les portes ? ENQUETEUR SAOUDIEN On ne dirait pas, les poignées d'urgence n'ont pas été tirées. BARBARA DUNN Le fait que personne n'ait tenté d'ouvrir les portes depuis l'intérieur me conduit à penser que les passagers étaient déjà trop affaiblis pour être en état de les actionner, ils n'ont pas réussi à le faire. COMMENTAIRE Ils examinent la cabine dévastée pour comprendre comment le feu s'est déclaré. ENQUETEUR AMERICAIN Quelqu'un a dû chercher à l'éteindre. RON SCHLEEDE Le toit du fuselage a disparu, de même que les parois latérales, tout a été consumé. Hormis la structure des sièges, toutes les garnitures ont brûlé. En cabine, tout est détruit. ENQUETEUR SAOUDIEN Il y a quelque chose à l'arrière, venez. ENQUETEUR AMERICAIN Ouah. Qu'est ce que c'est que ça ? RON SCHLEEDE Lorsque on arrive au niveau de l'arrière de l'appareil, dans l'allée de gauche, on découvre un trou dans le plancher. ENQUETEUR SAOUDIEN Le feu semble être venu de ce trou. ENQUETEUR AMERICAIN [Mhm] COMMENTAIRE Ce trou est le premier indice quant à l'origine du feu. ENQUETEUR AMERICAIN Il faut qu'on y descende. RON SCHLEEDE Cela donne l'impression que l'incendie s'est déclaré sous ce trou, parce qu'un feu se propage bien entendu du haut vers le bas, et non l'inverse. À partir de là, on veut savoir ce qu'il y a sous ce trou. ENQUETEUR SAOUDIEN Prudence. COMMENTAIRE Les enquêteurs examinent la soute à bagages, sous la cabine arrière. ENQUETEUR SAOUDIEN On dirait que le feu a fait un trou dans le plafond de la soute. ENQUETEUR AMERICAIN Les conduites de carburant ont brûlé. ENQUETEUR SAOUDIEN Les câbles des gaz et des gouvernes aussi. COMMENTAIRE Sur le Tristar, les câbles des gouvernes et des gaz ainsi que les conduites de carburant sont contenues dans un vide sanitaire situé au dessus de la soute. Le feu a t il été causé par l'explosion d'une conduite de carburant ? BOB MACINTOSH Quand on enquête sur un incendie, on envisage d'abord les scénarios les plus évidents. On passe en revue les défaillances structurelles ou mécaniques ayant pu provoquer le départ de feu et on tente de les éliminer une à une des causes possibles. COMMENTAIRE Les enquêteurs découvrent aussi un trou calciné du côté gauche de la soute. ENQUETEUR SAOUDIEN Une conduite hydraulique a cédé, des câbles ont fondu. ENQUETEUR AMERICAIN Peut être un court circuit.... À moins qu'une fuite ait déclenché le feu. RON SCHLEEDE Une fois à l'intérieur de la soute, on se retrouve face à toutes sortes de causes envisageables pour ce départ de feu. COMMENTAIRE Les composants mécaniques calcinés sont prélevés pour de plus amples examens. RON SCHLEEDE Dans cette enquête, il y a plusieurs causes qu'on cherche à éliminer d'emblée, à commencer par l'hypothèse d'une défaillance électrique. Il faut aussi écarter une éventuelle défaillance des systèmes hydrauliques ou d'une autre pièce mécanique. COMMENTAIRE Si cet avion a été victime d'une défaillance technique, alors le reste de la flotte mondiale des Tristar, soit 200 appareils, court aussi un risque. ENQUETEUR AMERICAIN On a les résultats. COMMENTAIRE Les circuits carburant, électriques et hydrauliques du vol Saudia 163 sont analysés en laboratoire. ENQUETEUR AMERICAIN Pas d'indice de fuite dans le circuit carburant. ENQUETEUR SAOUDIEN Et le circuit électrique ? ENQUETEUR AMERICAIN Non, pas de court circuit. Et le circuit hydraulique n'a rien. RON SCHLEEDE Les analyses que nous avons effectuées indiquent que toutes les défaillances des circuits constatées ont été causées par le feu, et que ce ne sont pas elles qui l'ont déclenché. ENQUETEUR AMERICAIN Le feu a donc dû se déclarer dans la soute à bagages. Peut être une bombe. RON SCHLEEDE On fait venir du Royaume Uni un expert en explosifs, dont le rôle va consister à établir si des explosifs ou des engins incendiaires ont été utilisés. COMMENTAIRE Neuf mois plus tôt, la Grande mosquée de la Mecque est tombée aux mains de rebelles appelant au renversement des dirigeants d'Arabie Saoudite. Des centaines de fidèles y laisseront la vie. Des extrémistes auraient ils posé une bombe dans la soute de ce vol à destination de la Mecque ? ENQUETEUR SAOUDIEN Pas de trace d'un système de retardement. pas de dommages structurels suggérant une explosion. Pas de petits fragments dans la structure. Donc pas de bombe. RON SCHLEEDE L'expert en explosifs procède à un examen exhaustif de l'épave, y compris sur le plan électrique, mais ses investigations révèlent qu'aucun explosif ni aucun engin incendiaire n'a été utilisé. ENQUETEUR SAOUDIEN Cherchons les causes des précédents feux de soute. ENQUETEUR AMERICAIN Bonne idée. COMMENTAIRE Les feux semblables à celui du vol 163 pourront ils livrer des indices ? RON SCHLEEDE On étudie les précédents incendies en vol, en particulier ceux survenus dans les soutes à bagages, dans l'espoir que ce qui les a causés puisse nous aiguiller dans la bonne direction. ENQUETEUR AMERICAIN Des allumettes. ENQUETEUR SAOUDIEN Des allumettes ? ENQUETEUR AMERICAIN Regardez. L'an dernier, les autorités britanniques ont relevé 3 incidents distincts où des allumettes ont mis le feu à des bagages chargés en soute. ENQUETEUR SAOUDIEN Ça paraît impossible. RON SCHLEEDE Dans l'un de ces incidents, un bagage avait été jeté à l'intérieur de la soute où il a ensuite commencé à fumer, avant de prendre feu. À l'époque, il n'y avait pas que des allumettes de sécurité. Aujourd'hui, une allumette ne prend feu que si on la frotte contre une surface spécifique. ENQUETEUR AMERICAIN Prêt ? COMMENTAIRE Les enquêteurs évaluent avec quelle facilité s'enflamment ces allumettes. RON SCHLEEDE Il suffisait qu'elles subissent un choc violent, et elles prenaient feu. Ce n'était pas des allumettes de sécurité. On a été surpris qu'elles puissent s'enflammer si facilement, c'était un risque majeur. COMMENTAIRE L'hypothèse que des allumettes aient pu déclencher le feu semble plausible. Et les passagers de ce vol précis étaient plus à même d'en avoir dans leurs bagages. RON SCHLEEDE Bon nombre des passagers de l'avion partaient en pèlerinage à la Mecque. On peut penser qu'ils avaient avec eux des réchauds pour faire la cuisine sur leur lieu de campement, et il leur fallait des allumettes pour allumer ces réchauds. ENQUETEUR SAOUDIEN C'est la cause la plus probable. ENQUETEUR AMERICAIN [mhm] RON SCHLEEDE On n'a retrouvé aucune trace indiquant que des allumettes ont provoqué le feu, car elles auraient été détruites. Mais on a de bonnes raisons de penser qu'on tient l'explication. COMMENTAIRE Mais si des bagages ont pris feu, cela a t il suffi à venir à bout d'un jet aussi sophistiqué ? ENQUETEUR AMERICAIN Un feu en soute n'est pas censé pouvoir s'étendre ailleurs. ENQUETEUR SAOUDIEN La soute aurait dû se confiner et le priver d'oxygène. ENQUETEUR AMERICAIN Peut être une défaillance du système anti incendie ? COMMENTAIRE Contrairement aux soutes étanches à l'avant de l'avion, destinées aux conteneurs en aluminium, la soute dite "vrac" est conçue à la fois pour les bagages des passagers et pour leurs éventuels animaux de compagnie. SHAWN PRUCHNICKI La soute vrac était différente de toutes les autres que comportait ce modèle d'appareil car elle avait été conçue pour accueillir des animaux vivants. À cette fin, elle était pressurisée et l'oxygène y était renouvelé. COMMENTAIRE Un ventilateur de recirculation et 3 clapets assurent la circulation de l'air. Mais si de la fumée déclenche l'un des détecteurs ou les deux, le ventilateur s'arrête et les clapets se ferment. La soute vrac se confine et l'oxygène n'y est plus admis. BOB MACINTOSH Dans le cas du vol 163, il est clair qu'une partie du dispositif d'extinction d'incendie n'a pas fonctionné, et que le feu a continué à se propager. ENQUETEUR AMERICAIN Voyons s'ils fonctionnent. COMMENTAIRE Les enquêteurs testent les deux détecteurs de fumée de soute pour vérifier s'ils fonctionnent correctement. ENQUETEUR SAOUDIEN Okay, celui ci fonctionne. Et l'autre ? ENQUETEUR AMERICAIN Les détecteurs fonctionnaient. ENQUETEUR SAOUDIEN L'oxygène a continué à nourrir le feu pour une autre raison. ENQUETEUR AMERICAIN Peut être à cause de la soute en elle même ? ENQUETEUR SAOUDIEN Possible. Regardons ça. RON SCHLEEDE Les détecteurs de fumée ont fonctionné normalement. Pourtant le feu s'est propagé alors que le dispositif anti incendie aurait dû l'éteindre. Mais pourquoi ? ENQUETEUR AMERICAIN Le manuel technique. COMMENTAIRE Les enquêteurs examinent les caractéristiques techniques de la soute vrac du vol Saudia 163, afin de mieux comprendre comment il est supposé contenir les départs de feu. ENQUETEUR AMERICAIN Selon le manuel, cette soute est considérée comme étant de classe D. ENQUETEUR SAOUDIEN D'après les certifications, une soute de classe D fait moins de... 14 mètres cubes. Quelle taille a la soute vrac du L 1011 ? ENQUETEUR AMERICAIN La soute vrac du L 1011 a un volume de... 20 mètres cubes. COMMENTAIRE La soute vrac du L 1011 dépasse de 6 mètres cubes la limite de la certification. RON SCHLEEDE On parvient à établir que les certifications des soutes à bagages de classe D ont été pensées pour des appareils plus petits. COMMENTAIRE Au cours des 3 décennies écoulées depuis 1950, la conception des avions a évolué. Leur taille est devenue supérieure et celle des soutes de classe D aussi. ENQUETEUR SAOUDIEN Une soute plus grande contient plus d'oxygène. ENQUETEUR AMERICAIN Ça a pu nourrir le feu au lieu de l'éteindre. BOB MACINTOSH Il ressort que la taille des soutes a augmenté avec celle des appareils, sans que des modifications aient été apporté à leur dispositif anti incendies. COMMENTAIRE Les enquêteurs reconstituent une soute à bagages correspondant aux caractéristiques de la soute vrac du Saudia 163 pour tester son dispositif anti incendie. Des allumettes et un allumeur sont placés à l'intérieur pour déclencher le feu depuis une distance de sécurité. ENQUETEUR AMERICAIN Très bien, voyons ce qui se passe. ENQUETEUR SAOUDIEN Est ce que le feu va s'éteindre ? ENQUETEUR AMERICAIN Il progresse vite. COMMENTAIRE Comme les enquêteurs le pensaient, le feu ne s'éteint pas. RON SCHLEEDE Dans une soute de classe D normale, un feu de petite taille aurait fini par s'éteindre faute d'oxygène. Mais dans une soute plus grande, ça ne se passe pas comme ça car il y a trop d'oxygène. ENQUETEUR SAOUDIEN Ça brûle le revêtement coupe feu. BOB MACINTOSH La construction du L 1011 avait prévu pour ses soutes un revêtement fait d'un matériau ignifugé semblable à celui qui équipe les tenues de pompiers. Ce revêtement était censé protéger la soute et entraîner l'extinction des départs de feu. ENQUETEUR AMERICAIN Le feu ne s'est pas éteint, il a traversé le revêtement. En 2 minutes et 59 secondes. ENQUETEUR SAOUDIEN Voilà pourquoi le feu s'est propagé. RON SCHLEEDE Les résultats de nos tests sur le revêtement ignifugé sont une surprise. Il n'a pas du tout rempli son rôle et a permis au feu de se propager bien plus vite qu'on avait imaginé. COMMENTAIRE L'excédent d'oxygène de cette soute plus grande a nourri le feu suffisamment et assez longtemps pour venir à bout du revêtement ignifugé avant de gagner les parois et le plafond puis d'endommager la structure de l'avion. Au même moment, de la fumée s'échappe de la soute et s'insinue dans les bouches d'aération de la cabine. Des flammes finissent par surgir du plancher de la cabine. Mais pourquoi les pilotes tardent ils ensuite à arrêter l'avion et à couper les réacteurs, ce qui aurait empêché le feu de ravager l'appareil ? C'est le plus grand mystère entourant le vol 163. BOB MACINTOSH Pourquoi n'y a t il pas eu d'arrêt immédiat, ni de tentative d'évacuer les passagers ? Tout cela nous est incompréhensible. ENQUETEUR SAOUDIEN Comment avez vous compris qu'il y avait un problème ? COMMENTAIRE Les enquêteurs se tournent vers le contrôleur aérien pour en savoir plus. CONTROLEUR AERIEN À la 12ème minute de vol, l'équipage a demandé à revenir pour un feu en cabine. SAMI ABDULLAH HASANAIN Riyad, de Saudia 1 6 3. CONTROLEUR AERIEN Je vous écoute. SAMI ABDULLAH HASANAIN 1 6 3, on rentre à Riyad. CONTROLEUR AERIEN Autorisation de faire demi tour vers Riyad. Quel est le motif ? SAMI ABDULLAH HASANAIN Saudia 1 6 3, il y a le feu en cabine, alertez les pompiers. ENQUETEUR SAOUDIEN Et ensuite ? CONTROLEUR AERIEN Leur approche a été normale, l'atterrissage aussi. ENQUETEUR SAOUDIEN Ils avaient l'air comment ? CONTROLEUR AERIEN La communication semblait normale, même après leur arrêt en voie de circulation. CONTROLEUR AERIEN Saudia 1 6 3, vous rejoignez votre aire, ou vous coupez les réacteurs ? SAMI ABDULLAH HASANAIN Un instant... On coupe les réacteurs et on évacue. ENQUETEUR SAOUDIEN Et vous n'avez pas vu le feu ? CONTROLEUR AERIEN Pas avant qu'ils s'immobilisent. Les réacteurs de l'avions sont restés allumés 3 minutes. Et quand ils ont fini par les couper... Il était trop tard. COMMENTAIRE Il n'est pas clair pourquoi les réacteurs n'ont pas été coupés plus tôt. Ni pourquoi l'avion ne s'est pas arrêté sur la piste juste après l'atterrissage. BARBARA DUNN En n'arrêtant pas l'avion pour l'évacuer aussitôt après l'atterrissage, le commandant s'est montré selon moi inconscient et irresponsable. Il était impératif d'évacuer les passagers de l'appareil le plus vite possible. COMMENTAIRE Les enquêteurs ne sauront jamais pourquoi les réacteurs n'ont pas été coupés à temps, mais quelque chose aurait il empêché les pilotes d'arrêter l'avion dès son atterrissage sur la piste ? ENQUETEUR AMERICAIN Rien d'anormal ici. COMMENTAIRE Ils examinent les données de la boîte noire. ENQUETEUR AMERICAIN Le vol semble normal. ENQUETEUR SAOUDIEN On a les données du système de freins ? Ils ont pu lâcher. ENQUETEUR AMERICAIN Les voici. COMMENTAIRE Les freins hydraulique ont ils eu une défaillance empêchant les pilotes de stopper l'avion ? ENQUETEUR AMERICAIN Regardez. RON SCHLEEDE Notre examen de l'appareil révèle que le système de freinage fonctionnait normalement et que le pilote aurait facilement pu stopper l'avion sur la piste. ENQUETEUR SAOUDIEN Ils ont piloté cet avion comme s'il n'y avait pas eu le feu. SHAWN PRUCHNICKI Pourquoi ont ils laissé l'appareil avancer jusqu'au bout de la piste avant de l'engager sur une voie de circulation, et pourquoi ont ils attendu plus de 3 minutes pour couper les réacteurs ? Aucune de ces décisions ne correspond à la manière dont l'immense majorité des équipages aériens réagirait dans une telle situation d'urgence. ENQUETEUR SAOUDIEN Il faut savoir ce qu'il s'est passé dans le cockpit. ENQUETEUR AMERICAIN Je vais voir si l'enregistreur phonique est prêt. COMMENTAIRE L'enquête repose à présent sur le contenu de l'enregistreur phonique de la boîte noire. Pourra t il expliquer pourquoi les pilotes ont abordé cet atterrissage comme une manœuvre normale, et non comme une urgence ? ENQUETEUR SAOUDIEN Vous avez entendu la boîte noire ? ENQUETEUR AMERICAIN Oui, mais je vous laisse écouter. COMMENTAIRE Les enquêteurs vont découvrir comment l'équipage du vol Saudia 163 a réagi au feu. ENQUETEUR AMERICAIN Commençons quand les détecteurs de fumée se déclenchent, à la 7ème minute. BRADLEY CURTIS La soute arrière B ? Le détecteur de fumée s'y est déclenché. Le A, maintenant. C'est les deux. ENQUETEUR SAOUDIEN Un instant. L'alarme se déclenche bien avant qu'ils signalent un feu. BOB MACINTOSH Bien que deux détecteurs de fumée se soient déclenchés, ils ont attendu 5 minutes et 30 secondes avant de faire demi tour. ENQUETEUR SAOUDIEN Pourquoi ce délai ? MOHAMMED ALI KHOWYTER On a de la fumée ? COMMENTAIRE Le commandant semble sceptique. BRADLEY CURTIS Je dirais que oui. MOHAMMED ALI KHOWYTER Que dit la checklist dans ce cas ? Ça ne fait pas partie des procédures d'anomalies ? BRADLEY CURTIS Il n'y a rien. ENQUETEUR SAOUDIEN Mettez en pause. Ils perdent du temps à vérifier la procédure avant de faire demi tour ? ENQUETEUR AMERICAIN D'autant qu'ils regardent la mauvaise checklist, il s'agit d'une procédure d'urgence. BOB MACINTOSH Il y a eu une confusion manifeste entre les checklists, celle des procédures d'urgence requière une action immédiate. La checklist des procédures en cas d'anomalies rassemble quant à elle des actions à effectuer pour éviter la survenue d'une situation d'urgence. ENQUETEUR SAOUDIEN Ils ne mesurent pas l'urgence. BRADLEY CURTIS Je vais voir si ça sent la fumée en cabine ? MOHAMMED ALI KHOWYTER Oui, d'accord. BRADLEY CURTIS Si je vois ou que je sens quelque chose, on devrait faire demi tour. MOHAMMED ALI KHOWYTER Bien sûr. COMMENTAIRE Quarante secondes plus tard... BRADLEY CURTIS Oui, il y a le feu à l'arrière. MOHAMMED ALI KHOWYTER Ah oui ? BRADLEY CURTIS Oui. MOHAMMED ALI KHOWYTER D'accord. Préviens la tour qu'on fait demi tour. COMMENTAIRE Le commandant est surpris d'apprendre qu'un feu s'est déclaré. Ce n'est qu'à ce moment qu'il fait demi tour vers Riyad, 5 minutes et demie après la première alerte. BRADLEY CURTIS Pour moi, il y a urgence. MOHAMMED ALI KHOWYTER Oui. CONTROLEUR AERIEN Autorisation de faire demi tour vers Riyad. Quel est le motif ? SAMI ABDULLAH HASANAIN On déclare une urgence ? FRANCIS Au feu, il y a le feu en cabine ! ENQUETEUR SAOUDIEN Après le mécanicien, la chef de cabine lui confirme qu'il y a le feu. ENQUETEUR AMERICAIN Le commandant ne déclare pas l'état d'urgence. C'est encore le cas ensuite... reprenez la lecture à 22 heures 50, 15ème minute de vol. BRADLEY CURTIS On est en état d'urgence ? MOHAMMED ALI KHOWYTER Négatif. BRADLEY CURTIS D'accord. Mais les camions de pompiers nous attendent ? MOHAMMED ALI KHOWYTER Oui. ENQUETEUR SAOUDIEN Le commandant minimise. BARBARA DUNN Dans les années 1980, le commandant de bord est considéré comme un dieu quand il est aux commandes de son appareil, il n'est à aucun moment question pour lui d'inclure le reste de l'équipage dans ses décisions. L'excès de confiance du commandant a sans doute joué un rôle important dans ce drame. ENQUETEUR AMERICAIN C'est encore plus dérangeant quand on lui parle d'évacuation. Reprenez. FRANCIS Doit on évacuer ? ENQUETEUR AMERICAIN De nouveau la chef de cabine. FRANCIS Peut on évacuer tous les passagers ? MOHAMMED ALI KHOWYTER Volets à 10. COMMENTAIRE Le commandant ignore la question de la chef de cabine. BRADLEY CURTIS Une fois au sol, oui. SAMI ABDULLAH HASANAIN Volets à 10. BARBARA DUNN En tout, le commandant de bord s'est vu demander à 7 reprises si une évacuation de l'appareil allait avoir lieu. Et à chaque fois, il a ignoré la requête qui lui était adressée. ENQUETEUR SAOUDIEN Et les deux autres, que faisaient ils ? ENQUETEUR AMERICAIN Le copilote, pas grand chose. BRADLEY CURTIS Pour moi, il y a urgence. MOHAMMED ALI KHOWYTER Oui. CONTROLEUR AERIEN Autorisation de faire demi tour vers Riyad. Quel est le motif ? SAMI ABDULLAH HASANAIN On déclare une urgence ? ENQUETEUR AMERICAIN Il n'a jamais tenu tête au commandant. BOB MACINTOSH Le copilote demeure silencieux et passif. Le commandant fait totalement abstraction de lui dans sa prise de décision, et il poursuit son vol. ENQUETEUR SAOUDIEN Et le mécanicien ? COMMENTAIRE Les enquêteurs sont troublés par la transcription des échanges dans le cockpit. ENQUETEUR AMERICAIN Il a même empiré les choses. ENQUETEUR SAOUDIEN Comment ? ENQUETEUR AMERICAIN Il n'a fait que minimiser la situation, en répétant : "pas de souci". COMMENTAIRE Il y a moins d'une minute que le mécanicien a signalé du feu en cabine lorsque le commandant lui demande d'aller revérifier. Cette fois, son constat sera différent. BRADLEY CURTIS Ça fume juste un peu au fond. MOHAMMED ALI KHOWYTER D'accord. On rentre à Riyad. BRADLEY CURTIS Très bien, ça marche. À l'arrière, c'est la panique. Mais il n'y a pas de souci. Aucun souci. SHAWN PRUCHNICKI Minimiser la gravité de la situation peut bien évidemment avoir pour conséquence de fausser la perception que le commandant de bord aura de ce qu'il se passe réellement dans l'appareil. ENQUETEUR SAOUDIEN Et au sol ? ENQUETEUR AMERICAIN Dur à dire.... On reprend à la phase d'approche. VOIX MACHINE 500 pieds. SAMI ABDULLAH HASANAIN 500 pieds. MOHAMMED ALI KHOWYTER Freins hydraulique ? BRADLEY CURTIS Pression basse sur le 2, mais ça va. MOHAMMED ALI KHOWYTER Dites leur de ne pas évacuer. FRANCIS Placez vos mains derrière la tête, la tête entre les jambes. BRADLEY CURTIS Pas besoin, tout va bien. Pas de souci, pas de souci. VOIX MACHINE Approche finale. 100 pieds. MOHAMMED ALI KHOWYTER 100 pieds. BRADLEY CURTIS 100 pieds. VOIX MACHINE 50 pieds. BRADLEY CURTIS 50. VOIX MACHINE 40 pieds. BRADLEY CURTIS 40. VOIX MACHINE 30 pieds. BRADLEY CURTIS 30. ENQUETEUR AMERICAIN Le feu est si intense qu'il a atteint le câblage de la boîte noire. COMMENTAIRE Juste avant l'atterrissage, le feu détruit le câble d'alimentation de l'enregistreur phonique. C'est un coup dur pour les enquêteurs. BOB MACINTOSH On se retrouve privé de tout moyen de savoir quel genre de chaos peut régner à l'intérieur du cockpit à partir de ce moment. ENQUETEUR SAOUDIEN Il a perdu 5 minutes avant de faire demi tour. Il a refusé de déclarer une urgence alors qu'on lui avait signalé un feu en cabine. Et il n'a pas évacué les passagers. ENQUETEUR AMERICAIN Et les autres n'ont rien fait pour le raisonner. ENQUETEUR SAOUDIEN Comment ont ils été formés aux urgences ? ENQUETEUR AMERICAIN Examinons leur dossier. COMMENTAIRE Les enquêteurs examinent le parcours des membres d'équipage du vol 163 pour établir s'ils ont été correctement formés à réagir à un feu. ENQUETEUR AMERICAIN Ça s'annonce mal. Le copilote a été renvoyé de l'école d'aviation avant d'y être réintégré 2 ans plus tard suite à un recours en commission. Un recours ? RON SCHLEEDE Il y a une autre manière de parler de ces recours en commission : ça s'appelle se faire aider par ses amis ou sa famille. Il voulait devenir pilote et pour qu'il parvienne à ses fins, quelqu'un l'a aidé. ENQUETEUR SAOUDIEN Ce n'est rien à côté du mécanicien navigant. Après avoir tenté sans succès de devenir commandant et copilote, il n'a été engagé comme technicien qu'en payant sa formation de sa poche. RON SCHLEEDE Le mécanicien navigant était lui aussi incompétent. Après avoir échoué à compléter sa formation, il l'a payée de sa poche pour se voir accorder le titre de technicien de bord. ENQUETEUR AMERICAIN La formation du commandant ne vaut pas mieux. COMMENTAIRE Le dossier du commandant montre que ses qualifications à lui aussi sont douteuses. ENQUETEUR SAOUDIEN "Lent à apprendre, il a eu besoin d'une formation rallongée. Il peine à sortir des schémas établis." RON SCHLEEDE Le dossier académique du commandant indique qu'il était indécis et lent, ce qui a transparu dans la manière dont s'est déroulée cet accident. Ces 3 membres d'équipages avaient en commun une grande faiblesse de caractère. Aucun d'entre eux n'aurait dû se trouver dans un cockpit, et certainement pas tous les 3 ensemble. BOB MACINTOSH Avec un tel équipage, un accident ne pouvait qu'arriver tôt ou tard. Il était évident qu'à la première situation inhabituelle, ces 3 individus allaient sombrer dans la confusion la plus totale, et c'est exactement ce qu'il s'est passé. COMMENTAIRE L'enregistreur phonique ayant cessé de fonctionner juste avant l'atterrissage, le rapport d'enquête ne pourra pas établir pourquoi le commandant n'a pas ordonné l'évacuation. Mais ses actions sont citées comme un facteur ayant contribué au drame. BARBARA DUNN Il est possible que le commandant ait été dans le déni quant à la gravité du feu qui régnait en cabine. S'il avait quitté le cockpit pour constater la situation lui même, ça se serait peut être passé autrement. SHAWN PRUCHNICKI Il y a aussi un autre aspect à prendre en compte : tout équipage est conscient qu'immobiliser un appareil sur une piste d'atterrissage a pour conséquence de paralyser l'aéroport. Une telle décision peut menacer la carrière d'un pilote, et qui sait ce que cet homme a pu se dire. Une chose est claire en tout cas : ce commandant de bord n'a en aucun cas été à la hauteur de l'urgence d'une telle situation. COMMENTAIRE Bien que ne pouvant confirmer que des allumettes ont été à l'origine du feu, les enquêteurs recommandent que des améliorations soient apportées sur toutes les soutes. RON SCHLEEDE Pour rendre les soutes à bagages plus sûres, il fallait y intégrer des extincteurs, en plus des détecteurs de fumée. Et c'est la recommandation qu'on a faite. COMMENTAIRE Ils recommandent aussi de retirer le revêtement ignifugé. BOB MACINTOSH L'équipe des enquêteurs s'est tournée vers l'avionneur, qui a travaillé sur une manière d'améliorer la résistance des soutes à bagages. La solution retenue a consisté à remplacer le revêtement ignifugé par un système capable de venir activement à bout des départs de feu. COMMENTAIRE L'aviation civile américaine prend acte de ces recommandations. Mais il faudra attendre 1998, soit près de 2 décennies, pour qu'elle modifie ses régulations. Aujourd'hui, toutes les soutes à bagages des vols commerciaux doivent être équipés à la fois de détecteurs de fumée et d'extincteurs. À la suite du drame, la compagnie aérienne Saudia demande à Bob McIntosh de repenser ses procédures et formations de sécurité. BOB MACINTOSH On m'a engagé pour constituer au sein de la compagnie aérienne un département sécurité, que j'ai eu le plaisir de mettre en place au cours des 6 années que j'y ai passé. SHAWN PRUCHNICKI On a tiré de nombreux enseignements de cet épisode en terme de conception des soutes à bagages. Et des matériaux ignifugés bien plus efficaces sont en outre désormais employés dans toute la cabine. Cet accident a rendu l'aviation civile bien plus sûre. BOB MACINTOSH Toutes ces avancées sont une conséquence très positive d'une situation terriblement tragique.