COMMANDANT_PRINSTER CONTROLEUR_AERIEN COPILOTE_HOGG ENQUETEUR ENQUETEUR_NTSB ENQUETEUR_TECHNIQUE GREG_PHILLIPS HARRY_POLYCHRON HOMME JOHN_GOGLIA LYLE_HOGG NARRATEUR PAUL_HAINSWORTH TECHNICIENNE_LABO WILLIAM_GARVEY NARRATEUR Un scénario catastrophe se produit à 1200 mètres d’altitude. LYLE HOGG Des flammes sortaient du plancher du cockpit. On commençait à être brûlés. NARRATEUR Le feu a pris dans le vol 458 de Pilgrim Airlines. WILLIAM GARVEY Cet avion s’est transformé en piège mortel. HARRY POLYCHRON C’était une question de vie ou de mort. NARRATEUR Les pilotes n’ont que quelques secondes pour faire atterrir l’avion. LYLE HOGG A perte de vue, je ne voyais que des arbres. COMMANDANT PRINSTER Accrochez-vous ! LYLE HOGG Ça n’allait pas être un atterrissage en douceur. NARRATEUR Onze des douze personnes à bord s’en sortent vivantes. Mais le feu détruit toutes les preuves de son origine. ENQUETEUR NTSB L’avion s’est entièrement consumé. NARRATEUR Un pilote survivant ouvre une brèche aux enquêteurs du NTSB. COPILOTE HOGG Quand j’ai allumé l’interrupteur, j’ai vu de la fumée à la base de la colonne des commandes. JOHN GOGLIA Pour un enquêteur, c’était une information très précieuse. NARRATEUR Il y a dix passagers à bord du vol 458 de Pilgrim Airlines. COPILOTE HOGG (aux passagers) Bonjours à tous. Nous allons bientôt décoller, alors vérifiez que vos ceintures sont bien attachées. COMMANDANT PRINSTER Bien joué. NARRATEUR Juste après 15H, le Twin Otter s’élance sur la piste. COPILOTE HOGG 111 km/h. COMMANDANT PRINSTER 111 km/h. NARRATEUR Le vol 458 décolle de Groton, dans le Connecticut, à destination de Boston, 140 km au nord. COPILOTE HOGG Bon rythme. COMMANDANT PRINSTER Volets rentrés. COPILOTE HOGG Volets rentrés. NARRATEUR Aujourd’hui, c’est Thomas Prinster, trente-six ans, qui est aux commandes de l’avion. Il travaille pour cette compagnie depuis trois ans. LYLE HOGG Tout le monde aimait bien Tom. Il nous montrait comment piloter cet avion, ce qu’on pouvait faire et ne pas faire. C’était un vrai plaisir de voler avec lui. COPILOTE HOGG Températures et pressions dans le vert. Pilgrim 458 franchit trois cents mètres. CONTROLEUR AERIEN Pilgrim 458, bien reçu, passage à trois cents mètres. NARRATEUR Le copilote Lyle Hogg, vingt-sept ans, fait partie depuis quelques mois seulement de la compagnie. LYLE HOGG Avant d’entrer à Pilgrim Airlines, j’avais environ 1500 heures de vol. Et depuis mon arrivée jusqu’à ce vol 458, j’avais volé à peu près 400 heures. NARRATEUR Les pilotes sont aux commandes d’un De Havilland Dash 6 Twin Otter, un avion turbopropulsé fréquemment utilisé sur les lignes régionales. WILLIAM GARVEY C’était un bimoteur turbopropulsé qui servait principalement pour les vols courts. Un appareil très apprécié en son temps. Il a été un leader de la révolution aérienne au niveau régional, et à l’époque, il était utilisé dans le monde entier. CONTROLEUR AERIEN Pilgrim 4-5-8, montez à 1200 mètres. Positionnement VOR. NARRATEUR Le vol pour Boston ne dure que quarante minutes. Il n’y a pas d’hôtesse de l’air à bord. L’un des passagers de ce vol est Harry Polychron, un ingénieur de l’US Airlines. Il se rend à Boston pour prendre son prochain service. HARRY POLYCHRON Comme mon vol à partir de Boston était le lendemain matin tôt, j’avais prévu d’arriver le dimanche soir et de prendre une chambre d’hôtel, de façon à être prêt à partir. NARRATEUR Paul Hainsworth, conseiller en affaires, doit prendre un autre avion à Boston. PAUL HAINSWORTH Dès que nous avons commencé à prendre de l’altitude, j’ai penché la tête sur le côté, fermé les yeux, et j’ai somnolé ; j’étais fatigué. NARRATEUR L’avion atteint 1200 mètres, son altitude de croisière. LYLE HOGG Il faisait un temps typique d’un mois de février en Nouvelle-Angleterre : des nuages à neuf cents mètres, et une bruine verglaçante. CONTROLEUR AERIEN Pilgrim 4-5-8, comment ça se passe ? COPILOTE HOGG Vol régulier. NARRATEUR Avec une température extérieure de moins trois degrés, la pluie givrante forme une couche de glace sur le pare-brise. COPILOTE HOGG On ramasse un peu de givre. LYLE HOGG C’est pareil que du givre sur un pare-brise de voiture ; cela fait une couche un peu rugueuse et opaque. COMMANDANT PRINSTER C’est comment sur les ailes ? COPILOTE HOGG Pas de givre. COMMANDANT PRINSTER Très bien. Essayons de nettoyer ce pare-brise. COPILOTE HOGG D’accord. NARRATEUR Les pilotes veulent être sûrs qu’ils pourront dégivrer le pare-brise au moment d’atterrir. LYLE HOGG On l’a testé juste pour s’assurer qu’il fonctionnait. On ne voulait pas actionner la pompe durant tout le trajet parce que ça aurait consommé trop d’alcool. Il fallait s’en servir au moment opportun, c’est-à-dire quand on serait proche de l’aéroport. COPILOTE HOGG Je n’ai rien, de mon côté. LYLE HOGG Quand j’ai actionné l’interrupteur, très peu de liquide est sorti de mon côté du pare-brise. COPILOTE HOGG Et de ton côté ? COMMANDANT PRINSTER Un peu, mais pas grand-chose. LYLE HOGG Au deuxième essai, j’ai maintenu l’interrupteur sur « ON » un peu plus longtemps pour voir si la pompe envoyait assez de liquide de dégivrage sur le pare-brise. COPILOTE HOGG Toujours rien. C’est bizarre. J’arrête d’essayer. LYLE HOGG Peu de temps après, on a senti une odeur dans le cockpit ; comme une odeur d’alcool. A ce moment-là, il n’y avait pas d’urgence, mais dans nos têtes, on a commencé à se demander comment on allait gérer ce problème. COPILOTE HOGG Ça sent la fumée. COMMANDANT PRINSTER Oui. LYLE HOGG On a remarqué que c’était une odeur âcre. Comme Tom avait fumé, et que le cendrier se trouvait dans le bas du manche, on s’est penché pour regarder, mais il n’y avait pas de fumée qui sortait du cendrier. NARRATEUR Dans l’habitacle, Harry Polychron se pose des questions. HARRY POLYCHRON J’étais plongé dans la paperasse quand, soudain, j’ai senti une odeur d’alcool. NARRATEUR En tant que mécanicien navigant, Polychron sait que l’odeur peut être signe d’un problème grave. HARRY POLYCHRON En principe, il n’y a pas de raison de sentir une odeur d’alcool dans un avion. COMMANDANT PRINSTER Ça vient de là, en bas. NARRATEUR Les pilotes voient alors des volutes de fumée pénétrer dans le cockpit. LYLE HOGG Au début, c’était une légère fumée blanche, mais avant qu’on ait eu le temps de réagir, elle est devenue plus épaisse. NARRATEUR Quelque chose brûle quelque part, et la situation s’aggrave. LYLE HOGG Le feu à bord est quelque chose de terrible. On ne peut pas juste se ranger sur le côté de la route. Il faut agir très vite. COMMANDANT PRINSTER Quonset, Pilgrim 4-5-8. Direct sur Providence réclamé. Il y a urgence. NARRATEUR Le commandant veut se poser sur l’aéroport le plus proche, celui de Providence, à dix-neuf kilomètres sur la droite. LYLE HOGG Le choix de Providence s’imposait, parce qu’on savait exactement où on était par rapport à l’aéroport. CONTROLEUR AERIEN Pilgrim 4-5-8, que demandez-vous ? COMMANDANT PRINSTER Direct sur Providence, SVP. C’est une urgence. Il y a le feu à bord. CONTROLEUR AERIEN Bien reçu, Pilgrim 4-5-8. Compris. Tournez à droite, cap sur 1-5-0 pour vecteurs d’approche de Providence. COMMANDANT PRINSTER OK. On va essayer de se poser. COPILOTE HOGG Virage à droite. 1-5-0. Je vais chercher la piste. NARRATEUR Le feu ayant pris quelque part dans l’avion, les pilotes ont très peu de temps pour atterrir. COMMANDANT PRINSTER Je suis au max ! Au max ! NARRATEUR La fumée se répand dans le cockpit, et il est pratiquement impossible de voir dehors à cause des nuages et du givre sur le pare-brise. COMMANDANT PRINSTER Il faut sortir de ces foutus nuages ! LYLE HOGG Il fallait se poser au plus vite. Le virage a donc été assez abrupt, et la descente quasi en piqué. CONTROLEUR AERIEN Pilgrim 4-5-8, combien de personnes à bord ? NARRATEUR Les contrôleurs se préparent à un atterrissage d’urgence à Providence. COPILOTE HOGG Nous avons dix personnes à bord. WILLIAM GARVEY Lyle a dit qu’ils étaient dix. Il pensait aux passagers, il n’a pas compté Tom et lui. COPILOTE HOGG C’est de pire en pire. COMMANDANT PRINSTER Mais bon sang ! D’où ça vient ? WILLIAM GARVEY La fumée était telle que les pilotes ne voyaient rien et suffoquaient. Ils ne voyaient rien à l’extérieur, rien à l’intérieur. Et ils étaient dans les nuages. NARRATEUR La fumée se répand peu à peu dans la cabine. HARRY POLYCHRON Dès que la fumée noire s’est infiltrée dans l’habitacle, on a eu de plus en plus de mal à voir et à respirer. PAUL HAINSWORTH J’ai aussitôt attrapé le bas de mon pull, j’ai craché dedans, je l’ai remonté et placé devant ma bouche et mon nez, pour que ça me serve de filtre. NARRATEUR Les pilotes aussi suffoquent. L’appareil Twin Otter n’étant pas pressurisé, ils peuvent ouvrir leurs hublots pour avoir un peu d’air frais. LYLE HOGG Comme à ce moment-là, je n’arrivais même plus à distinguer Tom, j’ai ouvert la fenêtre de mon côté. NARRATEUR Mais dans la cabine, les hublots ne s’ouvrent pas. Les passagers suffoquent. HARRY POLYCHRON Où trouver de l’air ? C’était une question de vie ou de mort. NARRATEUR Les passagers et l’équipage du vol Pilgrim Airlines 458 luttent pour leur survie. HARRY POLYCHRON J’avais une raquette de tennis. Boum ! J’ai explosé un hublot. La fumée a pu sortir, et ensuite j’ai continué en frappant les autres hublots du côté droit de l’avion pour que la fumée s’évacue. PAUL HAINSWORTH J’étais en admiration devant sa présence d’esprit. HARRY POLYCHRON Ça va aller ! La fumée commence à sortir ! PAUL HAINSWORTH Je me suis dit alors que c’était une sacrée bonne nouvelle, non seulement pour moi, mais pour toutes les autres personnes dans l’avion. NARRATEUR En plus de l’épaisse fumée, les pilotes sont maintenant confrontés aux flammes qui sortent du plancher. LYLE HOGG J’ai tenté d’attraper l’extincteur, qui était derrière mon siège, un peu au-dessus du sol. NARRATEUR Mais à cause de l’intense chaleur dégagée par le feu, Hogg n’y parvient pas. LYLE HOGG C’est là que nous avons commencé à être brûlés. La première réaction est d’ignorer la douleur ; l’instinct vous dicte qu’il faut d’abord et avant tout faire atterrir l’avion. NARRATEUR Alors qu’ils sont encore à dix-huit kilomètres de Providence, les pilotes livrent une course contre la montre pour parvenir à poser leur avion en feu. LYLE HOGG On effectuait une descente d’urgence sur Province, sans savoir si on pourrait l’atteindre. NARRATEUR Le mécanicien navigant hors service Harry Polychron se dirige vers le cockpit pour rendre compte aux pilotes de la situation en cabine. HARRY POLYCHRON On avait du mal à tenir debout. L’avion tanguait en tous sens, avec des soubresauts ; c’était une véritable tourmente, on basculait de droite à gauche. Quand j’ai passé la tête dans le cockpit, il était envahi par un nuage de fumée. Ils ne voyaient pas leurs instruments, et ils ne voyaient rien à l’extérieur. Qu’ils aient réussi à maintenir cet avion en vol m’épate. Je voulais juste qu’ils sachent que les passagers allaient bien, et leur dire de tenir bon, qu’ils faisaient un sacré bon boulot. Je leur ai dit : « Continuez ce que vous faites, les gars. A l’arrière, on gère. » Mon intention était juste de leur montrer qu’on les soutenait dans cette épreuve quasi surhumaine. NARRATEUR Les flammes gagnent maintenant l’habitacle. Le temps presse ; il est plus qu’urgent d’atterrir. WILLIAM GARVEY Ils étaient dans une situation extrêmement effrayante, douloureuse, dangereuse, qui s’aggravait à chaque seconde. NARRATEUR Les pilotes ne se voient plus, et avec les hublots ouverts, ils ne s’entendent pas. LYLE HOGG Je voulais être sûr que Tom était encore en mesure de piloter l’avion, et j’ai posé ma main sur le manche pour suivre ses mouvements. NARRATEUR Le commandant Prinster poursuit une rapide descente, mais il n’a aucune idée de l’endroit où il va se poser. LYLE HOGG On était encore dans les nuages, je ne voyais pas de site d’atterrissage adéquat. NARRATEUR Les passagers se préparent au pire. PAUL HAINSWORTH Je me suis assis bien droit sur mon siège, j’ai pris ma ceinture de sécurité et j’ai vérifié qu’elle passait bien autour de mes hanches et non pas mon estomac, et je l’ai attachée en la serrant autant que j’ai pu. NARRATEUR A quatre cent cinquante mètres du sol, la chaleur dégagée par le feu dans le cockpit est devenue si intense que les casques des pilotes commencent à fondre. LYLE HOGG Il fallait que j’enlève ce casque en caoutchouc. WILLIAM GARVEY La situation était désespérée. Les pilotes avaient bien conscience que l’avion s’était transformé en piège mortel. NARRATEUR L’avion devrait approcher de l’aéroport de Providence. CONTROLEUR AERIEN Pilgrim 4-5-8, vous pouvez aller direct à Providence VOR. NARRATEUR Sans casques, les pilotes ne peuvent plus communiquer avec la tour de contrôle. WILLIAM GARVEY L’un des pilotes agrippait si fort le manche que son pouce a appuyé sur le bouton qui actionnait le micro. Résultat : les contrôleurs aériens entendaient les hurlements. CONTROLEUR AERIEN Pilgrim 4-5-8… Pilgrim 4-5-8, vous me recevez ? Je ne vous reçois pas. NARRATEUR A trois cents mètres au-dessus du sol, le Twin Otter perce les nuages. LYLE HOGG Par le hublot, je ne voyais rien d’autre que des arbres. Tom effectuait un virage. Je ne le voyais pas, mais je sentais qu’il était en train de tourner sur la gauche. NARRATEUR Les pilotes doivent absolument atterrir avant que le feu n’atteigne le réservoir de combustible hautement inflammable, situé dans le ventre de l’avion, juste sous les passagers. PAUL HAINSWORTH Je me suis demandé à ce moment-là si on allait être capable d’atterrir ou si l’avion allait exploser en vol. Soyez prêts ! COMMANDANT PRINSTER Oh, mon dieu ! Aaahhh… LYLE HOGG En regardant dehors, je ne voyais plus des arbres mais les rives d’un plan d’eau gelé ; j’ai alors aussitôt pensé qu’on allait s’en sortir. NARRATEUR Les pilotes ont repéré le réservoir Scituate, près de Providence, un lac artificiel qui s’étend sur treize kilomètres carrés. WILLIAM GARVEY C’était une large étendue plate, dépourvue d’arbres ou de tout autre obstacle. Il n’y avait que de l’eau gelée. Une aubaine. NARRATEUR Les pilotes dirigent leur appareil en feu vers le réservoir. LYLE HOGG Il n’y avait plus qu’à se poser au plus vite, et sortir de l’avion. On ne s’est même pas demandé si la glace pourrait supporter le poids de l’avion. NARRATEUR Dans la cabine du vol Pilgrim Airlines 458, les passagers s’attendent à un atterrissage d’urgence. HARRY POLYCHRON J’ai regardé par le hublot et j’ai vu que l’impact était imminent. Je voulais m’attacher solidement, mais comme le siège était brûlant, je me suis collé à la cloison. NARRATEUR Le vol 458 est sur le point de s’écraser sur le lac gelé. COMMANDANT PRINSTER Accrochez-vous ! LYLE HOGG Il fallait poser cet avion, coûte que coûte. Ça n’allait pas être un atterrissage en douceur. COMMANDANT PRINSTER Préparez-vous à l’impact ! PAUL HAINSWORTH Tout à coup, il y a eu un énorme bang ! NARRATEUR Paul Hainsworth et Harry Polychron perdent connaissance. L’avion se brise alors qu’il dérape sur la glace sur cent cinquante mètres. PAUL HAINSWORTH Quand j’ai repris connaissance, l’avion était arrêté, et tout était silencieux. NARRATEUR Les pilotes ont réussi à faire atterrir leur avion en feu sur le lac gelé. Ils doivent encore s’assurer que tout le monde puisse en sortir avant que le feu ne le consume entièrement. LYLE HOGG On se retrouvait au milieu de cette étendue blanche et glaciale. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? PAUL HAINSWORTH J’ai défait ma ceinture et je me suis dirigé vers la porte de l’avion, mais il était impossible de l’ouvrir parce que le fuselage s’était compressé. C’est alors que j’ai repéré une fente juste derrière la porte. J’ai aussitôt entrepris d’agrandir cette brèche dans le fuselage afin que nous puissions sortir. PAUL HAINSWORTH Par ici ! Il y a un trou à l’arrière par lequel on peut sortir. NARRATEUR Hainsworth sait qu’il faut agir vite. PAUL HAINSWORTH J’avais très peur que l’avion n’explose d’une seconde à l’autre. J’ai sauté dehors le premier, et ensuite j’ai aidé les autres. NARRATEUR Harry Polychron est encore à l’avant de l’avion, gravement blessé. HARRY POLYCHRON J’étais sous le choc et chargé d’adrénaline. Je m’étais démis l’épaule. Je m’étais blessé au genou. J’avais une jambe brûlée. Mon premier instinct a été de sortir de cet avion. Je me suis dirigé vers l’arrière, et j’ai entendu une jeune femme dire « est-ce que quelqu’un peut m’aider ? » HARRY POLYCHRON Venez ! On va sortir par l’arrière. Ça va aller ? Vite ! J’ai pris la jeune femme par le bras et je l’ai tiré vers l’ouverture. Je crois bien que j’ai été le dernier à sortir. COPILOTE HOGG Ça va aller ? COMMANDANT PRINSTER Oui, oui… Oui, je crois que je vais y arriver. LYLE HOGG Au point où on en était, il n’était plus question de procédures à suivre. COPILOTE HOGG Sortons d’ici. COMMANDANT PRINSTER Oui. NARRATEUR Les deux pilotes, ainsi que neuf des dix passagers, sont sortis de l’avion et se dirigent vers la terre ferme. Quelques minutes plus tard, le Twin Otter est entièrement détruit par le feu. PAUL HAINSWORTH Je pense que c’est un véritable miracle si je suis encore en vie. Je suis profondément reconnaissant au pilote, au copilote, et aussi à l’autre pilote passager, pour tout ce qu’ils ont fait qui était absolument hors du commun. NARRATEUR Un passager est décédé, asphyxié par les fumées. Tous les autres, blessés à des degrés divers, sont transportés à l’hôpital. Les deux pilotes sont gravement brûlés. WILLIAM GARVEY Lyle a été brûlé sur 25% du corps, et le commandant sur plus de 75% de son corps – dont une grande partie au troisième degré. NARRATEUR Des volontaires sont chargés de retirer du lac les pièces essentielles de l’épave, afin qu’elles puissent être examinées par les enquêteurs. HOMME (Interview journaliste) Nous procédons à une opération de nettoyage. Nous disposons d’un groupe électrogène et de lampes. On va éponger le fioul et attendre que les représentants de la FAA arrivent. NARRATEUR S’il est évident que l’appareil a été détruit par le feu, on ne sait pas pourquoi. GREG PHILLIPS Savoir qu’il y avait le feu à bord ne suffit pas. Il faut comprendre ce qui s’est passé exactement, comment c’est arrivé, quand, et comment l’équipage a pu piloter l’avion avec le feu à bord. NARRATEUR Les deux pilotes étant trop gravement blessés pour faire une déclaration, les enquêteurs se tournent vers le contrôleur aérien. ENQUETEUR Qu’est-ce qu’ils vous ont dit ? CONTROLEUR AERIEN Juste qu’il y avait le feu à bord et qu’ils devaient atterrir en urgence. ENQUETEUR Et quand vous l’ont-ils signalé ? CONTROLEUR AERIEN L’appel a été reçu à 3H29, soit moins de vingt minutes après le décollage. GREG PHILLIPS Qu’est-ce qui peut provoquer un feu à bord ? On cherche une source inflammable, une source d’ignition. ENQUETEUR Eh bien, on va avoir du mal à trouver quelque chose d’utile là-dedans. NARRATEUR Les enquêteurs examinent les manomètres du cockpit du vol 458, en espérant trouver des indices sur l’origine du feu. GREG PHILLIPS Suite à un incendie après impact, ces instruments sont très souvent si endommagés que cela demande un travail considérable pour en tirer quelque chose. Et parfois ça ne donne rien, parce qu’il est impossible d’interpréter ce qu’ils disent. ENQUETEUR Un instant… NARRATEUR L’horloge de l’avion est encore lisible, arrêtée au moment du crash. ENQUETEUR 3H34. On ne sait pas ce qui est arrivé, mais c’est arrivé vite. NARRATEUR Moins de cinq minutes après avoir signalé l’urgence, les pilotes ont percuté le réservoir gelé. Les enquêteurs en concluent que la situation s’est dégradée rapidement. ENQUETEUR TECHNIQUE Incendie du moteur ? NARRATEUR Le Pilgrim 458 n’étant pas équipé d’un enregistreur de vol, les enquêteurs vont devoir travailler sur les sources les plus probables d’un feu à bord. GREG PHILLIPS Cela complique un peu l’enquête, et cela demande un peu plus de temps. Cela ne nous empêche pas d’enquêter, mais cela augmente encore la somme de travail nécessaire pour clore une enquête. NARRATEUR Ils examinent ce qu’il reste des moteurs pour voir s’ils ont joué un rôle dans l’accident. ENQUETEUR TECHNIQUE Les deux moteurs tournaient au moment de l’impact. GREG PHILLIPS La meilleure façon de savoir si les moteurs tournaient au moment de l’impact, c’est de regarder s’ils sont endommagés, regarder si les hélices sont tordues ou pliées, et dans ce cas, regarder dans quel sens et dans quelle proportion. Il apparaissait clairement que les deux moteurs déployaient de la puissance au moment de l’impact. NARRATEUR Le fait que les moteurs tournaient à l’impact prouve qu’ils n’étaient pas à l’origine du feu. ENQUETEUR Tous parlent de la même chose : la fumée. NARRATEUR En attendant que les pilotes se rétablissent, l’interview des passagers fournit un indice important : une épaisse fumée en provenance du cockpit a envahi la cabine. GREG PHILLIPS Si les passagers disent qu’ils ont vu de la fumée durant le vol, cela nous permet de nous concentrer sur la source de cette fumée, et le moment où elle est apparue. NARRATEUR Ils examinent l’épave calcinée de l’avion pour tenter de découvrir où le feu a pris. ENQUETEUR TECHNIQUE Le feu a bien dû prendre quelque part. GREG PHILLIPS On cherche des points de concentration de chaleur qui nous permettraient de localiser la source du feu. ENQUETEUR L’avion a entièrement brûlé. ENQUETEUR TECHNIQUE C’est le plancher du cockpit, ici, qui a le plus souffert. Je dirais que le feu a pris quelque part sous le cockpit. NARRATEUR L’avion s’est consumé après avoir atterri sur la glace. Il est impossible de déterminer l’origine précise de l’incendie à bord. GREG PHILLIPS On savait en gros dans quelle zone le feu avait pris, mais on devait encore trouver de potentielles sources inflammables. NARRATEUR Les pilotes sont désormais en mesure de faire leurs déclarations. JOHN GOGLIA Les pilotes sont les personnes à bord les plus expérimentées, et ils peuvent nous parler des événements qui sont survenus autour d’eux au moment où cela s’est produit. Tout ce qu’ils ont vu, entendu, ou ressenti peut servir à l’enquête. ENQUETEUR Merci d’accepter cet entretien. Pouvez-vous me dire ce dont vous vous souvenez ? LYLE HOGG A la fin de la semaine, on m’a demandé si je voulais bien parler au NTSB, et j’ai accepté. COPILOTE HOGG On a essayé de dégivrer le pare-brise, mais il n’y avait pas de liquide. Et presqu’aussitôt, j’ai senti une odeur d’alcool, puis de fumée. Et ensuite j’ai vu la fumée, au début légère et blanche ; elle sortait de la base de la colonne de contrôle. Il s’est passé peu de temps avant que cette fumée devienne épaisse et noire. Quelques instants plus tard, on ne pouvait plus respirer, et on a commencé à brûler. ENQUETEUR Combien de temps entre le dégivrage et les premiers signes de fumée ? COPILOTE HOGG Tout s’est passé très vite. Je ne sais pas… Peut-être une minute, ou moins. ENQUETEUR C’est à ce moment-là que vous avez appelé pour urgence ? COPILOTE HOGG Oui. Et on a commencé à descendre tout de suite après. JOHN GOGLIA Il a actionné l’interrupteur pour faire sortir le liquide de dégivrage et nettoyer le pare-brise, et très peu de temps après, il y a eu ce qu’il décrit comme une fumée blanche avec une odeur d’alcool. C’était une déclaration très importante pour un enquêteur qui travaille sur un incendie. ENQUETEUR Donc, tout a commencé là, avec le dégivrage. NARRATEUR L’interrogatoire du copilote conduit les enquêteurs à se focaliser sur le système de dégivrage de l’avion. GREG PHILLIPS On allait pouvoir chercher dans les restes de l’avion des indices de ce système de dégivrage, et commencer une enquête parallèle pour savoir s’il y avait déjà eu des problèmes avec ce système. ENQUETEUR TECHNIQUE Le réservoir contient cinq litres et demi de liquide anti-dégivrage. La pompe de 28 volts est activée par un interrupteur situé sur la console supérieure. Un tuyau en plastique flexible relie la pompe au spray. ENQUETEUR C’est un système assez basique. JOHN GOGLIA Le liquide de dégivrage chimique était utilisé depuis les années 20. Ce n’était donc pas un système récent ou inconnu. NARRATEUR Les enquêteurs espèrent retrouver une partie des composants du système de dégivrage. JOHN GOGLIA Evidemment, s’ils avaient trouvé la pompe et les fixations, cela leur aurait montré d’où venait le problème. ENQUETEUR TECHNIQUE C’est tout ce qu’il reste. Aucune trace de la pompe. Et les attaches ont fondu. NARRATEUR La seule partie du système qui a survécu au feu, c’est un morceau à moitié consumé du réservoir en plastique. ENQUETEUR Ça ne peut pas nous servir. NARRATEUR Les pilotes ayant noté une odeur d’alcool, les enquêteurs étudient un échantillon du liquide de dégivrage utilisé par Pilgrim Airlines pour savoir à quel point il est inflammable. ENQUETEUR TECHNIQUE De l’isopropyle à 87%… un produit assez inflammable. NARRATEUR Ils sont maintenant à peu près certains que le liquide de dégivrage du vol 458 s’est enflammé, déclenchant un incendie. Mais ils ne savent toujours pas comment. JOHN GOGLIA Nous n’avions jamais entendu parler d’un système pareil ayant mis le feu à bord d’un avion. NARRATEUR Ils se reportent à la déclaration du copilote concernant le démarrage du feu. ENQUETEUR Il a dit que le système ne fonctionnait pas très bien. COPILOTE HOGG La première fois que j’ai actionné l’interrupteur, je n’ai eu qu’un tout petit peu de liquide de mon côté. Et quand j’ai réessayé, plus rien. ENQUETEUR Alors, qu’avez-vous fait ? COPILOTE HOGG C’est là que j’ai senti une forte odeur d’alcool, alors j’ai cessé d’essayer. Quelques secondes après, on a senti la fumée. NARRATEUR Les enquêteurs doivent maintenant déterminer quelle partie du système de dégivrage aurait pu être à l’origine du feu qui a détruit l’appareil. Les enquêteurs relisent les rapports de maintenance pour voir si le système de dégivrage a déjà occasionné des problèmes. ENQUETEUR Ils parlent de fuites. NARRATEUR Selon les rapports, le tuyau en plastique s’est déjà fendu et séparé de la pompe. Les mécaniciens de Pilgrim ont résolu le problème en coupant le tuyau et en le ré-attachant avec des colliers de serrage. JOHN GOGLIA Quand l’alcool entre en contact avec ce tuyau, cela change les propriétés du tuyau ; il a tendance à durcir et se gonfler, si bien qu’à l’endroit du raccord le contact se fait moins bien. NARRATEUR Ils relisent l’historique de l’avion en cherchant ce qui pourrait expliquer comment le système de dégivrage a pu conduire à un incendie. ENQUETEUR Il y a quelques mois, ils ont détecté une fuite sur cet avion. La maintenance a découvert que le tuyau était trop court pour atteindre la pompe. ENQUETEUR TECHNIQUE Ils avaient coupé et reconnecté le tuyau si souvent qu’il n’était plus ajusté. NARRATEUR A force de raccourcir le tuyau fissuré, il a fini par ne plus être en contact avec la pompe. JOHN GOGLIA Au fil du temps, vous n’auriez plus assez de longueur de tuyau pour le fixer correctement et vous seriez obligé de le changer. ENQUETEUR TECHNIQUE Apparemment, la même chose se soit produite sur cet avion juste trois jours avant l’accident. Une assez grosse fuite, à ce qu’il semble. NARRATEUR Les pilotes ont remarqué une fuite lors d’un arrêt à New Haven. ENQUETEUR TECHNIQUE Ils ont essayé de ré-attacher le tuyau à la pompe, mais il était trop court. Ils l’ont signalé, et un mécanicien s’en est occupé un peu plus tard dans la journée. NARRATEUR Le mécanicien a réparé le tuyau, il l’a reconnecté, serré, puis il a re-rempli le réservoir. ENQUETEUR TECHNIQUE Il dit qu’après avoir attaché le tuyau à la pompe, il a considéré l’anomalie comme réparée. Mais trois jours plus tard, l’avion prend feu quand les pilotes essaient de dégivrer. NARRATEUR Les enquêteurs pensent que les tuyaux dans lesquels circule le liquide n’ont pas été correctement sécurisés et se sont détachés de la pompe après la réparation. GREG PHILLIPS Il y a de grandes chances que ce tuyau n’ait pas été aussi long qu’il aurait dû l’être, qu’il tirait sur la pompe, et qu’il s’est détaché parce qu’il était mal serré. COPILOTE HOGG Toujours rien. NARRATEUR Si le système de dégivrage sur le vol 458 n’a pas fonctionné à cause d’une mauvaise réparation, cela n’explique pas pour autant l’incendie. JOHN GOGLIA Afin de connaître l’effet que ce système aurait pu avoir sur un incendie – soit en le démarrant, soit en y contribuant -, les enquêteurs du NTSB ont pris dans le laboratoire un réservoir et une pompe, et ils ont branché le système sur une alimentation électrique pour voir ce que cela donnerait. NARRATEUR Ils veulent savoir quelle quantité du liquide hautement inflammable se serait concentrée sous le cockpit si le tuyau s’est bien détaché – comme ils le pensent. TECHNICIENNE LABO Voyons voir… Même sans brancher le système, cela fuit quand le tuyau n’est pas attaché. NARRATEUR Ils mesurent la quantité de liquide perdu au niveau de la pompe. JOHN GOGLIA Le test a révélé que la pompe perdait près de quatre-vingt dix millilitres de liquide par minute. Ainsi, petit à petit, le réservoir de cinq litres et demi pourrait se vider complètement. NARRATEUR Le test montre que si le tuyau s’était détaché de la pompe, une grande flaque de liquide inflammable se serait formée le cockpit, avant même que les pilotes tentent de dégivrer le pare-brise. TECHNICIENNE LABO Voyons ce que cela donne si on branche le système… Deux mètres. ENQUETEUR Incroyable ! NARRATEUR Lorsque Hogg a essayé de brancher le système de dégivrage, la pompe aurait pulvérisé le liquide à deux mètres dans le compartiment sous le cockpit. JOHN GOGLIA Compte tenu de ce qu’il y a dans cet endroit, les conséquences peuvent être très graves. ENQUETEUR TECHNIQUE La pompe de dégivrage devient très chaude quand elle fonctionne. L’air expulsé de la conduite de prélèvement d’air est à 65 degrés Celsius. La décharge du silencieux envoie de l’air chaud dans le cockpit. Et le moteur électrique qui actionne les volets pourrait lui aussi enflammer le liquide. NARRATEUR Les enquêteurs relèvent que plusieurs composants auraient pu enflammer le jet de liquide de dégivrage. JOHN GOGLIA Les enquêteurs n’ont jamais été en mesure d’identifier avec précision ce qui avait enflammé le liquide, parce qu’il y avait beaucoup de choses là-dedans. Cela aurait pu être la chaleur dégagée par la pompe hydraulique, ou bien son moteur. Cela aurait pu être n’importe quel composant de l’avion à l’arrière du tableau de bord. COMMANDANT PRINSTER Direct pour Providence, SVP. Il y a urgence. On a le feu à bord. NARRATEUR Une fois le liquide enflammé, il ne faut pas longtemps pour que le feu se propage. GREG PHILLIPS Les anciens avions étaient moins résistants au feu. Si l’alcool du système de dégivrage se répandait dans l’appareil, il risquait de prendre plus facilement feu qu’avec les nouveaux matériaux. ENQUETEUR Ils ont piloté pendant des années une bombe à retardement, et personne ne s’en est inquiété ? GREG PHILLIPS C’est étonnant de découvrir quelque chose de nouveau au cours d’une enquête, surtout à propos d’un avion en service depuis si longtemps et avec de bons antécédents. NARRATEUR Les enquêteurs se posent maintenant une dernière question. ENQUETEUR Comment diable, ont-ils fait pour réussir à se poser ? NARRATEUR Ils étudient la façon dont les pilotes ont répondu à la situation d’urgence à bord du vol 458. ENQUETEUR Au premier signe de fumée noire, ils ont averti la tour de contrôle. Aussitôt après, ils ont changé de cap pour un atterrissage d’urgence à Providence. WILLIAM GARVEY Il a poussé le manche en avant pour faire descendre l’avion très vite. Ils étaient encore dans les nuages et l’avion descendait en flèche. CONTROLEUR AERIEN Tournez à droite, et pointez 1-5-0 pour vecteurs d’approche de Providence. COMMANDANT PRINSTER On va essayer de se poser. NARRATEUR Les pilotes entament une rapide descente de 1200 mètres tout en virant à droit vers Providence. GREG PHILLIPS Leur obsession : poser l’avion au plus vite. ENQUETEUR A ce moment-là, l’avion est en proie au feu et rempli d’une épaisse fumée noire. Et que font ces gars ? Ils collent le nez au hublot pour tenter de sortir des nuages. NARRATEUR Bien qu’ils ne soient plus en mesure de voir ou de respirer, et gravement brûlés, les pilotes se battent pour amener l’avion en-dessous des nuages. GREG PHILLIPS Alors qu’ils étaient brûlés sur tout le corps, ils n’ont jamais quitté leur poste ; ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour garder le contrôle de l’avion et le faire atterrir sur le lac gelé. C’est insensé. WILLIAM GARVEY Malgré la douleur et l’angoisse, ces pilotes sont restés accrochés aux commandes. Ils étaient déterminés à poser l’avion sans encombre, au mépris de leurs atroces souffrances. ENQUETEUR Ils signalent leur sortie des nuages à 300 mètres. Rapide virage à gauche. Atterrissage en quelques secondes. LYLE HOGG Quand il y a un incendie, la règle cardinale c’est d’amener l’avion au sol le plus vite possible, et c’est ce que nous avons fait. Cela n’a pas été facile, mais on l’a fait. On a atterri et presque tout le monde a survécu. ENQUETEUR Six minutes pour sortir des nuages, trouver un endroit où atterrir et se poser, dans un avion en feu. NARRATEUR Les enquêteurs félicitent les deux pilotes pour leur action héroïque face à la situation d’urgence. GREG PHILLIPS On a là l’exemple d’un équipage qui a fait preuve de tout son professionnalisme pour sauver la vie de toutes les personnes à bord. COMMANDANT PRINSTER Oui… oui. COPILOTE HOGG Sortons d’ici. HARRY POLYCHRON D’autres auraient laissé tomber. Eux n’ont rien lâché. Ils se sont battus comme de beaux diables jusqu’à la fin. Et c’est grâce à cela je suis encore là aujourd’hui. NARRATEUR Les passagers louent aussi le courage du mécanicien navigant Harry Polychron. PAUL HAINSWORTH Si le passager assis devant moi n’avait pas eu le réflexe de casser le hublot avec une raquette de tennis, je suis persuadé que d’autres personnes auraient perdu la vie dans ce crash. NARRATEUR Le NTSB conclut que l’incendie à bord du vol 458 a été dû à une mauvaise conception du système de dégivrage du pare-brise. LYLE HOGG Je ne savais pas à quel point l’alcool isopropylique était inflammable. Je pense que l’industrie a été surprise d’apprendre que ça pouvait déclencher un feu dévastateur aussi rapidement. NARRATEUR Les enquêteurs ont recommandé de remplacer le système de dégivrage, sur tous les Twin Otters, par un pare-brise chauffé électriquement. GREG PHILLIPS Le système à l’alcool a été abandonné suite à cet accident, et parce qu’ils se sont rendu compte que les risques étaient trop élevés. NARRATEUR Mais ce qui restera dans l’histoire du vol 458, c’est l’héroïsme et le professionnalisme des deux pilotes qui ont surmonté de terribles obstacles pour faire atterrir leur avion et sauver les passagers. LYLE HOGG Je ne me considère pas comme un héros. Je considère que nous avons fait ce à quoi on était entraîné ; nous avons fait ce qu’il fallait pour survivre. NARRATEUR Les pilotes Prinster et Hogg ont reçu de nombreuses marques d’honneur pour leur bravoure. Aujourd’hui, à Scituate, dans le Rhode Island, un parc situé près de l’endroit où ils ont atterri, porte leurs noms et abrite un monument commémoratif. Quarante-et-un an après, les héros du vol 458 réfléchissent aux dures leçons apprises ce jour-là. HARRY POLYCHRON Vous avez tous les deux fait preuve d’une extraordinaire force mentale en restant aux commandes. C’est ce qu’on appelle du courage. LYLE HOGG Je pense que le corps prend le dessus et qu’on s’accroche. HARRY POLYCHRON C’est bien que, quand les choses s’enveniment vraiment, on soit capable de faire abstraction de tout le reste pour rester tendu sur une seule chose. Je crois qu’on était tous dans cet état d’esprit. LYLE HOGG Ah là là ! Quelle journée ! HARRY POLYCHRON Oui.