CHRIS_CLAREMONT DARICK_ROBERTSON DAVID_LOPEZ DIMITRIOS_FRAGISKATOS EMANUELA_LUPPACHINO MARIA_LAURA_SANAPO NICOLA_SCOTT TRINA_ROBBINS NICOLA SCOTT La toute première fois que j'ai vu Wonder Woman, c'est aussi la première fois que je voyais un super-héros. J'avais quatre ans, je regardais la télé l'après-midi et la série TV avec Lynda Carter est apparue. Et je n'avais jamais rien vu de tel. Ca m'a renversé. A partir de là je suis devenue mordue à 100%. Avant de regarder cette série je ne savais même pas que ça existait les super-héroïnes. C'était vraiment la première fois que je voyais un super-héros. Pas longtemps après ça, ils ont diffusé le dessin animé Superfriends et je me suis dit "Oh mon Dieu, c'est encore Wonder Woman !" MARIA LAURA SANAPO Il est certain que la super-héroïne qui me plait le plus est Wonder Woman. Elle a marqué mon enfance. Parce que quand j'étais petite j'ai découvert Lynda Carter. J'adore vraiment Lynda Carter. Sa beauté, son élégance. Parce que c'est une femme à la fois forte et élégante. Et donc j'adore cette Wonder Woman que j'ai vue petite fille. Elle m'est chère. Tandis que la version moderne de Gal Gadot, je l'aime bien aussi mais pas au même point. EMANUELA LUPPACHINO Disons qu'au cours de ma carrière j'ai pu travailler majoritairement sur les super-héroines car je crois que ce sont avec elles que je peux m'exprimer de la meilleure façon possible. Et puis le public apprécie cette vision que je donne des femmes super-héroïnes. Mais cela ne veut pas dire que je ne suis pas aussi une grande passionnée de la représentation du corps de l'homme chez les super-héros, par exemple Conan. MARIA LAURA SANAPO Disons que Miss Fury on pourrait la considérer comme une sorte de Catwoman. Mais en réalité elle était là avant. TRINA ROBBINS Quand Miss Fury est apparue, elle a devancé Wonder Woman dans les kiosques. Elle a été lancé six mois avant Wonder Woman. Elle a été créée en 1941, par une femme. Cela fait d'elle la première femme a avoir été une héroine costumée créée, écrite et dessinée par une femme, Tarpé Mills. Et il se trouve qu'elle ressemblait exactement à son héroïne. MARIA LAURA SANAPO C'est une femme très riche, c'est à dire riche mais aussi très forte. C'est un personnage très humain, qui combat le crime. Elle possède une peau de panthère et puis elle se met à la porter. Elle l'enfile au début pour plaisanter et puis les choses font qu'elle démontre certaines aptitudes et qu'elle devient une super-héroïne. TRINA ROBBINS Cette image, en particulier, est une pin-up faite pour les troupes, pendant la guerre. Il y avait beaucoup de fans de Miss Fury. Et les G.I. lui écrivaient des lettres de fans. Alors elle a fait imprimer cette image, qu'elle leur renvoyait dédicacée. MARIA LAURA SANAPO Miss Fury, c'est une héroïne que j'ai la chance de dessiner en ce moment. Quand on me l'a proposé, j'ai accepté tout de suite. Parce qu'elle n'a pas été seulement dessinée mais aussi entièrement pensée par une femme dans les années quarante. C'est une femme qui a réussi en tant que dessinatrice de Bd dans les années quarante. Et clairement ca m'a inspiré, parce que depuis les années 2000 il y a beaucoup de dessinatrices qui sont devenues fameuses. Mais dans les années quarante c'était beaucoup plus difficile. Surement une autre raison pour laquelle j'ai dit oui à ce projet c'est que c'était l'occasion de parler de June Tarpe Mills, qui est donc la créatrice de Miss Fury. Parce que la pauvre est morte dans la solitude, dans la pauvreté, et ce n'est pas juste, c'est pas juste que cette femme soit oubliée, parce qu'elle était talentueuse. TRINA ROBBINS Wonder Woman a été créée par William Moulton-Marston, sous le pseudonyme de Charles Moulton. Et il voulait spécifiquement cibler les filles. On lui prête les mots "mêmes les filles ne veulent pas être des filles". Parce qu'on ne les laissait pas faire des trucs si marrant que les garçons. Alors il a voulu créer un modèle pour les filles, pour leur montrer qu'elles pouvaient être aussi bien ou meilleures que les garçons. Il suffisait de s'entraîner. Il suffisait de travailler pour ça. Elles pouvaient le faire. Nous pouvions toutes être Wonder Woman. TRINA ROBBINS Wonder Woman était différente des autres super-héroïnes. Elles étaient géniales. Toutes les super-héroines sont des personnages géniaux. Mais c'étaient des personnages mineurs. Alors que Wonder Woman... c'était une amazone. Aucune des autres ne l'était. Et elle était là au bon moment, quand l'Amérique entrait en guerre. Juste quand les hostilités commençaient elle est apparue. Et elle débarque dans le monde des hommes avec Steve Trevor, pour affronter les méchants et les forces de l'Axe. Elle tombait pile. Elle était une amazone. A l'époque elle ne pouvait pas voler et n'avait pas de pouvoirs. Elle avait son entrainement d'amazone, ce qui faisait d'elle la meilleure athlète possible. Elle courrait, elle sautait. Elle faisait des mouvements merveilleux. Et en plus elle était belle mais c'était aussi une princesse. EMANUELA LUPPACHINO C'est un concept qui m'a été souligné à plusieurs reprises alors qu'en étant immergé dedans je ne le perçois pas consciemment. Beaucoup de collègues américains me disent "c'est une grande chance que tu sois né dans un pays si riche en art, en Histoire ancienne, en culture". Parce que c'est quelque chose qui nous aide, de grandir un peu immergé dans ce sentiment de beauté de grandeur. Et donc dessiner Wonder Woman et toute l'île de Themyscira ça a été relativement simple. TRINA ROBBINS Dès que j'ai su traverser deux rues pour aller au magasin de bonbon, qui vendait des comics, j'ai regardé tous les comics sur les présentoirs. Une fois par semaine j'achetais des Bd avec mon argent de poche. Et j'achetais chaque Bd mettant en vedette une femme. Dès qu'une Bd avait une femme ou une fille sur la couverture, qui était puissante, pas quelqu'un attachée à une chaise attendant qu'un héros la libère, mais une femme qui était autonome, sa propre héroine, dès la couverture. Et c'était encore mieux si la revue portait son nom. Je n'achetais pas que Wonder Woman. J'achetais Sheena Reine de la Jungle. C'était vraiment ma préférée, parce que mon rêve était de vivre en haut des arbres avec mon propre chimpanzé, dans la jungle et habillée en peau de léopard. Et j'aime encore la peau de léopard. TRINA ROBBINS Je lisais Mary Marvel. C'était une fillette nommée Mary Batson. Et il lui suffisait de dire le mot magique Shazam pour devenir Mary Marvel. Et Mary Marvel pouvait voler. Elle faisait plein de trucs et elle avait une poigne de fer. Et elle n'avait que 12 ans. Ca voulait dire qu'on n'avait pas besoin d'être une femme. Même si vous n'étiez qu'une fillette vous pouviez avoir des superpouvoirs. Alors j'achetais tous les comics avec des personnages féminins. TRINA ROBBINS Supergirl était.. elle était fade en fait. Son cousin Superman l'avait convaincu que le monde ne devait rien savoir d'elle. Alors elle vivait cachée. Sa vie privée c'était pensionnaire dans un orphelinat, bon sang. Elle ne m'a jamais intéressée. TRINA ROBBINS La guerre était terminée. Elle était passée depuis 20 ans. Et... Et les femmes avaient été renvoyées. Toutes ces choses qu'elles faisaient, conduire des camions, faire tourner les usines, fabriquer des navires ou des avions. C'était terminé. On les avait revoyées à la cuisine. Les mecs étaient revenus et avaient repris leur boulot. CHRIS CLAREMONT Je pense que que le raisonnement de base était... Je regardais toutes ces équipes. J'ai regardé les Quatre Fantastiques, la Justice League. J'ai regardé... les Avengers. Et c'étaient tous majoritairement des hommes blancs. Avec une fille. Et c'était toujours une fille. Marvel Girl. Supergirl. Aquagirl. Invisible Girl ! TRINA ROBBINS Il n'y avait toujours qu'une seule fille. Et elle était la moins puissante. Elle ne courrait pas, ne sautait pas, ne donnait pas le moindre coup de poing. CHRIS CLAREMONT Réfléchissons un peu. Les Quatre Fantastiques sont le groupe central de l'univers Marvel. Ils sont la fondation à partir de laquelle tous les autres sont dérivés. Mister Fantastic ! Il est brilliant, il s'étire, il est cool ! La Chose ! C'est un monstre géant et le pilier du quatuor ! Johnny Storm, lui, s'enflamme et peut voler pour sauver le monde. Et Sue... Que fait Sue Storm ? Elle devient invisible. Elle s'efface. Elle disparait. Que ce soit intentionnel ou pas, c'est une puissante métaphore de comment le monde voyait les femmes en général ou sur dans le monde du travail à cette époque ! TRINA ROBBINS C'est comme un résumé de la place des femmes dans les années 60. Elles étaient invisibles. Ou comme la Guêpe, des personnages microscopiques. Et elles faisaient quoi ? Du shopping toute la journée. On voit ca dans les Bd de l'époque. Et puis je crois que Stan Lee et Jack Kirby pensaient tous les deux qu'ils décrivaient des femmes modernes. Ils en étaient réellement convaincus. Mais c'étaient des mecs. Aucune femme n'était impliquée ! TRINA ROBBINS Mon seul rôle dans la création de Vampirella a été de concevoir son costume. Au passage le costume que j'ai inventé n'était pas aussi minuscule que cet espèce de ruban rouge qu'elle porte de nos jours. En fait ce n'était pas un comic mais un magazine de Bd, publié par Jim Warre. C'était le premier de ce genre à avoir pour vedette une femme, Vampirella, qui présentait les histoires. C'était vraiment révolutionaire pour la Bd, en 1969. TRINA ROBBINS Il faut comprendre qu'elle a été exagérée, puis exagérée et encore exagérée au fil des années. Elle n'a pratiquement plus de ressemblance, aujourd'hui, en ce qui me concerne, avec le costume que j'ai çonçu. Elle était superbement dessinée par des artistes espagnoles et philippins. Pour l'époque elle était révolutionnaire. Vous savez, dans ces Bd ils n'abordaient pas beaucoup la question du sexe mais elle était vraiment une créature sexy. Et il y avait vraiment un élément de romance. TRINA ROBBINS Rosie The Riveteer, vous savez de nos jours elle est assez connue. Elle est célèbre. Ici tout le monde la connait. A l'époque les gens l'avaient oubliée. Mais elle représentait la force des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale, quand les femmes sont sorties du foyer pour aller travailler dans les usines, fabriquer des avions, des navires, parfois même piloter des avions. C'est pourquoi elle représente cette période de la guerre où les femmes étaient aussi fortes que les hommes. Elles faisaient des choses précédemment réservées aux hommes. CHRIS CLAREMONT Quand je suis arrivé chez Marvel, 10 ans plus tard. En gros 10 ans plus tard. Peu de choses avaient changé. Les femmes restaient à la traîne. CHRIS CLAREMONT Ce que je veux dire c'est que je connais des femmes qui sont courageuses et intelligentes, qui ont tout pour être des super-héros à l'exception d'une chose. Leur genre. Alors je me suis dit... Personne ne le fait, je vais essayer et voir ce qui se passe. Et j'ai trouvé avec les X-Men, et en particulier les X-Men créés par Dave Cockurm et Len Wein dans Giant Size numéro 1, pas seulement une diversité de sexe avec Ororo et Jean mais aussi de genres sociétaux et raciaux. CHRIS CLAREMONT A la base j'ai donné de la personnalité à Tornade de la même manière qu'avec les autres héros. Je les regarde et j'essaie d'imaginer qui sont ces gens. Ororo a passé son adolescence en haut du Kilimandjaro ou d'une montagne du même genre, au Kenya, où elle était adorée comme déesse. C'est éloigné de la réalité du Kenya mais... c'est comme ca dans les comics. Et soudainement elle est déracinée, amenée en Occident. DIMITRIOS FRAGISKATOS Elle était différente parce qu'elle était leader des X-Men. Même si c'était intéressant de voir les autres X-Men, c'était fascinant de voir une femme dans un rôle de leader, avec autant de pouvoir. CHRIS CLAREMONT Avec Ororo c'est un peu plus personnel car son père était de New York. Elle met du temps avant de réaliser ce que cela signifie. John Byrne et moi avons fait une histoire où elle retourne à ce dont elle se souvient comme sa maison à New York City, dans Harlem. Mais ce dont elle se souvient comme son foyer est devenu un squat, plein d'ados accros à la drogue et à l'héroïne. C'est un voyage initiatique. Pour elle comme pour les autres héros. Je les écris comme j'imagine que de vraies personnes géreraient ces situations. DAVID LOPEZ Oui, il y a aussi Kitty Pryde et Rachel Summers, de la série Excalibur. L'image que je me fais des personnage féminins est assez proche des scénarios de Chris Claremont. CHRIS CLAREMONT La réaction des lecteurs était variée. Certains disaient "Pourquoi écrivez vous tant de filles ?". DAVID LOPEZ J'ai travaillé sur une Bd des X-Men où il n'y avait que les X-Women. J'ai eu tant de chance de travailler sur cette version des X-Men car on nous a laissé utiliser un groupe presque entièrement féminin. Le seul type dans le groupe c'était Colossus. Je n'ai pas eu à faire beaucoup de croquis pour trouver my version de Tornade, de Psylocke ou de Malicia. Elles étaient déjà là. En fait je me souviens que j'ai fait quelques épisodes sur Kitty Pryde et Rachel Summers, qui sont mes deux membres favoris des X-Men. Et c'est venu tout seul. CHRIS CLAREMONT L'idée a toujours été de regarder ces personnages non pas comme de simples personnages, pas comme des archétypes mais comme des personnes, qui peuvent grandir, changer et vous surprendre. CHRIS CLAREMONT Jean est devenue Phénix. Phénix, 8 épisodes après cette transformation, a sauvé tout l'univers. Ce n'est pas une petite chose. Elle a sauvé chaque être vivant qui existait à cette époque. Aucun héros n'avait fait ça. Cependant en l'espace de 25 numéros Phénix devient le Phénix Noir et a détruit un monde. Elle a tué huit... six milliards d'êtres. Cette action a eu des conséquences. Ca ne comptait plus qu'elle ait sauvé l'univers. Elle avait commis l'irréparable. Il y avait un prix à payer. La chose intéressante avec les personnages féminins c'est qu'ils étaient nouveaux et que les lecteurs n'en attendaient rien. Leur évolution pouvait progresser de façon plus spectaculaire. Alors que changer Cyclope était un défi parce qu'il existait dix ans avant que j'arrive. Tandis qu'Ororo était totalement nouvelle. Jean, quand j'en ai eu fini, avait été réinventée comme Phénix. Kitty était nouvelle. Malicia était nouvelle. Elles étaient des opportunités de changement, pour décrire une nouvelle réalité autour du groupe, une réalité qui a trouvé un écho parmi différentes parties du public, des gens qui n'avaient jamais vu quelque chose leur ressemblant dans les X-Men. Les minorités se sont identifiées de façon spectaculaire. CHRIS CLAREMONT Vous aviez ce Captain Marvel mâle de Jim Starlin, avec le meilleur costume dans les comics, pour un super-héros. Il était génial. Mais pour Ms. Marvel ils ont juste posé ce costume sur une femme. Sauf que c'est là que ça déraille un peu. Si vous regardez un homme, un corps d'homme dans les comics, c'est un parfait triangle. Il y a de larges épaules et puis cette descente dingue vers les hanches. Et whoa, vous vous dites "ce type est canon". Mais quand vous mettez ce même design sur un corps de femme, vous avez un problème. La vérité c'est qu'elle a 29 ans. Alors voilà cette femme qui a été agent secret, puis chef de la sécurité au centre spatial Kennedy, puis virée de l'armée de l'Air. Elle devient ensuite la rédactrice-en-chef de Woman Magazine. Elle fait en une demi-douzaine d'années ce que la plupart d'entre nous n'arriverait pas à faire une carrière entière, en toute une vie. Et elle n'a pas trente ans ! TRINA ROBBINS Oui, j'ai été la première femme a dessiner la Bd de Wonder Woman. Pourquoi ca a pris tant de temps ? Parce que les comics sont traditionnellement orientés vers les hommes. Je veux dire qu'elle a été créée par un homme. C'était un super-féministe, William Moulton-Marston. Et il pensait... Je crois qu'il pensait réellement que les femmes valent mieux que les hommes. Un vrai super-féministe. Reste qu'elle a été créée par un homme. Et écrite et dessinée par des hommes. Parce que c'était la tradition des comics. Et je me suis juste trouvée là au moment où cette tradition commençait à s'effronder et où les femmes, finalement, doucement, arrivaient dans les comics. NICOLA SCOTT Donc j'ai pris la décision de dessiner des comics, sans rien savoir du milieu ou de comment faire le job, où même l'art de la narration. Du coup pour que ça arrive j'ai dû être dure avec moi-même, apprendre aussi vite que possible, m'assurer que je ne me ménageais pas, posant beaucoup de questions, parfois des questions stupides, de manière à être informée, devenir meilleure. Je dessinais en permanence, essayant de m'en tenir à des petits boulots pour pouvoir évoluer vite. Je m'assurais d'être visible, pas timide ou embarassée, plutôt même arrogante en ce qui concernait mon potentiel. Je ne sais pas si c'était difficile de débuter en temps que femme. Je sais que mon histoire est un peu unique. Parce que je connais beaucoup de femmes pour qui ca a été un peu plus dur, voir carrément plus dure. Pour moi je pense qu'il y avait une combinaison d'être un peu plus vieille quand j'ai débuté. J'étais déjà vers la fin de la vingtaine, au début de la trentaine. Et puis il y a le fait d'être une australienne en Amérique, ca rajoutait une sorte de diversion, plutot qu'être une fille débutante, j'étais une fille australienne. Et puis je suis grande gueule, bornée et grande. Alors les gens étaient un peu surpris de me voir. DAVID LOPEZ J'ai dessiné Catwoman pendant 30 numéros d'affilée, à raison de 22 pages... Ca fait.. 440 ? Non, 660 pages de Catwoman. J'ai produit toutes ces pages en deux ans et demi. C'était mon boulot quotidien et c'était super-cool. MARIA LAURA SANAPO Je me souviens du film de Tim Burton, avec Michelle Pfeiffer. Elle était super super sexy mais élégante. Parce que la chose qui m'a intéressée le plus avec les super-héroïnes c'est qu'elles sont à la fois élégantes et fortes. DAVID LOPEZ Ma compréhension du personnage est qu'elle est la reine de Gotham. Elle peut battre les héros parce qu'elle est une méchante. Mais elle peut battre les méchants puisqu'elle est une héroine. Et c'est la seule que Batman ne frappe pas. Parce qu'il est amoureux d'elle. Et il affronte des fous furieux. Mais la seule personne saine à Gotham City c'est Selina Kyle. Et elle fait semblant d'être cinglé quelques fois mais elle maitrise tout. Et j'aime ça à propos d'elle, c'est plutôt fin. NICOLA SCOTT Vous savez quelqu'un comme Catwoman vous pouvez exploiter son sex-appeal. C'est un personnage que je dessinerai sans hésitation de manière sexuelle ou suggestive. Mais pas en la compromettant, car elle controle toujours la chose. DIMITRIOS FRAGISKATOS Et puis entre la fin des années 90 et le début des années 2000, le dessinateur Darwyn Cooke a travaillé sur Catwoman, sans changer son histoire mais dans une version moins sexualisée, plus utilitarienne. Chaque partie de son costume avait une fonction. Au lieu de porter des talons aiguilles, elle a mis des bottes. Elle portait des choses qu'une voleuse utiliserait. Comme des lunettes, pour voir dans le noir. On peut voir Catwoman évoluer et elle est un reflet de l'époque où elle évolue, comme les autres personnages. DAVID LOPEZ Catwoman est une héroine sexy mais elle le sait. Elle s'en sert. C'est toute la différence. Elle n'est pas un objet, mais le moteur. Oui, elle est sexy mais elle sait l'utiliser pour séduire les hommes comme les femmes. DAVID LOPEZ Quand je dessine des personnages jeunes, j'essaie d'être très respectueux. Car nous avons un sérieux problème en tant que société, je pense, avec l'hypersexualisation des femmes et des ados. Nous avons des top-models qui ont 14 ans. Ce sont des gosses. Elles ne connaissent pas la vie. Elles n'ont même pas le droit d'acheter et on les utilise pour vendre des choses. DAVID LOPEZ Nous avons des standard de beauté qui sont totalement impossibles. Je me souviens de Cindy Crawford, la top model des années 90, qui disait qu'elle adorerait ressembler à Cindy Crawford. C'est impossible. Il y a une chanson par Ladytron où ils chantent "Tu es drôle tant que tu as 17 ans. Quand t'en as 21 tu n'est plus fun". Et nous encourageons ça ! En temps que société ce n'est pas normal. Et en temps que dessinateur de comics, vous devez savoir comment vraiment dessiner une femme de 16 ans. DAVID LOPEZ Je sais que Power Girl, chez Dc Comics, se reconnaît à sa forte poitrine. Et donc, oui, on la dessine avec cette poitrine. Mais nous sommes à un moment de notre Histoire où nous devons savoir ce avec quoi nous jouons. Et nous jouons avec les sentiments de 50% de la population mondiale. Ce n'est pas juste. DAVID LOPEZ Chaque fois qu'une femme dans notre société s'éloigne des standards de beauté, de nos impossibles standards de beauté... Quand une femme est dans cette position elle est dévalorisée. C'est absurde ! NICOLA SCOTT Je pense qu'il y a certains personnages féminins pour lesquels le sex-appeal fait partie de leur personnalité. Pour ces héroïnes, ca m'intéresse de chercher les différents aspects de la sexualité et de la sensualité féminine, qui vont avec ce personnage spécifique. Mais pour d'autres héroïnes je trouve ça totalement inapproprié. NICOLA SCOTT Un personnage comme Wonder Woman, qui est belle et sexy, imposante, ce n'est pas quelqu'un où je verrais la nécessité de faire un gros plan sur ses fesses car elle représente une forme totalement différente de pouvoir, de sexualité féminine et de sex-appeal. MARIA LAURA SANAPO J'ai dessiné les héroïnes de Dc Bombshells pour Dc Comics. C'est un projet très particulier car ce n'est tous les jours qu'on vous demande d'improviser des héroïnes des années quarante, de dessiner quelque chose qui est supposé fonctionner dans les années 40. EMANUELA LUPPACHINO Quand j'ai commencé à travailler pour Dc Comics, le projet Bombshells était encore un gestation. Je l'ai vu naître, grandir sous mes yeux. Donc tous les super-héros de l'univers Dc ont été réinventés, avec des vêtements, des contextualisations se réfèrant également à une période historique qui va des années 1920 aux années 1950 plus ou moins et donc tout ce que nous trouvons dans le monde des Bombshells est déterminé par une certaine période historique. Et la chose sympathique c'est chaque personnage est également réiventé par rapport à son rôle spécifique. MARIA LAURA SANAPO Ca a été une super expérience de travailler sur les Bombshells parce que les héroines des années 40 sont pour la plupart oubliées. A part pour Wonder Woman, qui a duré bien au delà de cette époque. Et puis nous avons injecté des héroines modernes, qui ont été réiventées pour les adapter aux années 40. EMANUELA LUPPACHINO J'ai eu le privilège de pouvoir créer les designs de certains de ces personnages à partir de zéro, avec Ant Lucia, un très bon collègue, qui est impliqué dans la création de tout l'univers Dc Bombshells. Et donc à ce moment, j'ai commencé à dessiner ces personnages totalement nés de mon imagination, de la vision des personnages. On m'a proposé de faire aussi des statues et aussi des bustes version Dc Bombshells de Supergirl, Mera et Wonder Woman, revisités dans un concept particulier, évoquant les différents secteurs de l'armée américaine. Une des caractéristiques qu'on trouve chez les Bombshells fait référence, par analogie, au poster de Rosie The Riveter. On retrouve ça dans la statue de Supergirl et Wonder Woman, avec ce geste classique de montrer le bras avec un poing fermé, en signe de courage, pour véhiculer l'idée qu'on peut tout faire. C'est un concept indissociable des Bombshells. Leur tâche est d'encourager l'enthousiasme, d'envoyer un message de positivité aux gens le message que nous pouvons tous retrousser nos manches et avancer à n'importe quel moment de notre vie, se confronter à n'importe quelle difficulté. Et je pense que la combinaison de Supergirl et Wonder Woman est parfaite pour exprimer ce concept. Je pense que c'est peut-être l'illustration que j'affectionne le plus et qu'elle représente pleinement l'esprit des Bombshells. DARICK ROBERTSON En ce qui concerne la façon dont les femmes sont traitées dans la Bd de The Boys, l'idée de départ du scénariste Garth Ennis est inspirée d'histoires vraies des années trente, sur la promotion canapé qui sévissait à Hollywood et la façon dont on traitait les femmes. Queen Maeve n'est pas Wonder Woman. Elle fait juste les mêmes choses avec ses pouvoirs. Mais elle n'est pas Wonder Woman. Parce que Wonder Woman a du coeur, une belle âme et elle prend soin des gens, tandis que Queen Maeve est du côté sombre. Dans les comics, il y a une conversation entre Starlight et Queen Maeve ont, quand elles se recontrent dans les toilettes ou Starlight vient de vomir. C'est inspiré d'une vraie conversation entre Marilyn Monroe et Bette Davis que Garth avait lu. Marilyn Monroe a dit à Bette Davis "Oh, je suis si heureuse de vous rencontrer, je suis votre plus grande fan !". Bette Davis lui a dit d'aller se faire voir.. Dans la série télé, ils se débrouillent très bien pour mettre à jour ce concept dans un monde socialement plus responsable, où Starlight se rebiffe un peu plus et n'es plus autant victimisée. Et Queen Maeve est un peu plus sensible au fait que, vous savez, elle ne va pas lui rendre les choses faciles mais en même temps Maeve a un peu plus d'empathue avec ce que Starlight subit. DAVID LOPEZ Quand j'ai travaillé sur Captain Marvel, j'ai parlé avec la scénariste Kelly Sue Deconnick. Elle s'est bougée pour la transformer, d'héroïne mineure à quelque chose d'énorme. Pendant deux ans, peut-être trois, elle est allée à tous les festivals possibles. Elle voulait un personnage qui respire le pouvoir de façon positive. Quelques fois les gens comparent Captain Marvelk et Wonder Woman. Mais c'est une erreur. Captain Marvel est Superman. Dans cette comparaison elle est la plus forte, la plus équitable, la meilleure personne possible. Et elle sait que si elle a cette puissance elle doit bien l'utiliser. C'est comme "A grand pouvoirs, grandes responsabilités". DAVID LOPEZ Elle n'est pas menaçante, sauf si elle le doit vraiment. Elle sait que les gens peuvent échouer. Parce qu'elle a échoué parfois. Je pense qu'elle est un bon exemple pour les gens. Et pas seulement les femmes. Un héros ce n'est pas quelqu'un qui vole. C'est quelqu'un qui, quand il échoue, sait se relever. Vous n'êtes battus que si vous ne vous relevez pas. Et c'est ce qui caractérise Captain Marvel. Elle a été alcoolique, elle a connu plein de problèmes dingues. EMANUELA LUPPACHINO La première superhéroine que j'ai suivi quand j'étais enfant, c'était She-Ra. Je pense que tout le monde se souvient des Maîtres de l'Univers, où elle est apparue. Pour moi, la première super-héroïne était She-Ra. Je suis devenu tellement passionnée par ce genre, ce genre fantastique mais dans lequel le protagoniste n'était pas une princesse à sauver mais la personne qui était en charge de ses actions et qui avait le pouvoir de sauver d'autres. C'est quelque chose qui, je pense, m'a donné une vision de la femme sans limite dans ce qu'elle peut-faire. EMANUELA LUPPACHINO Supergirl est la première superhéroine importante de ma vie. Parce que le premier titre important sur lequel j'ai travaillé pour Dc Comics, c'est Supergirl. Ele m'a ouvert la porte du panorama de l'univers Dc. Et c'est une super-héroïne que j'ai aimé dès le début, peut-être parce qu'au moment où j'ai commencé à la dessiner nous avions alors plus ou moins le même âge de Supergirl et moi. Elle était pour moi qu'elle est un personnage très clair, que je comprenais bien parce que Supergirl avait cet âge et j'ai supposé qu'elle pourrait faire les mêmes choses que moi, fréquenter les amis avec qui je trainait. Pour moi, la représenter me venait presque des tripes puisque je n'avais pas à étudier beaucoup. DIMITRIOS FRAGISKATOS En même temps il y a beaucoup de super-héroïnes qui n'ont pas ce standard, ces proportions inhumaines qu'elles avaient dans les années 90. Et elles trouvent une audience. Par exemple, Ecureillette, c'est une lycéenne qui est actuellement dessinée avec des rondeurs, pas la taille de guêpe qu'on lui aurait donné il y a quelques années. DAVID LOPEZ Quelques fois un personnage peut reprendre l'identité d'un héros. On l'a vu avec Thor, on l'a vu avec Wolverine. Le fait est qu'il y a un mouvement réactionnaire contre le fait de montrer des femmes puissantes, la puissance qu'elles méritent. Et ces gens s'énervent parce qu'une femme peut être Wolverine. Mais ils ne se plaignaient pas quand Thor était une grenouille. Et Thor a été une grenouille pendant des mois. Personne n'a réagit ! Je pense que c'est OK tant que l'histoire est bonne. Et All-New Wolverine était une bonne histoire. EMANUELA LUPPACHINO Je pense qu'au fil des ans l'image de perfection du super-héros a été un peu redimensionné. Les super-héros ont commencé à être créés un peu plus humain en termes d'apparence, je me souviens de Miss Marvel qui au fil des ans a été totalement révolutionnée pour se rapprocher d'un concept de la personne que nous pouvons rencontrer dans notre quartier, la personne que nous pouvons rencontrer au supermarché et je pense que c'est une chose très belle. DIMITRIOS FRAGISKATOS Peut-être qu'une jeune fille musulmane partagera plus facilement les histoires de Ms. Marvel que celle de Captain America et compagnie. Mais j'aime cette évolution et cela devrait n'être qu'un début. DIMITRIOS FRAGISKATOS Nous avons commencé ici avec une clientèle plus féminine que masculine, en 2017. Et depuis quelle qu'ait été la direction prise par les comics, nous avons bénéficié du fait que nous étions ouverts les uns aux autres. NICOLA SCOTT Je pense que la représentation des femmes dans les comics, tant comme personnages de Bd que parmi les auteurs, a été problématique dans le passé mais ca va de mieux en mieux. DIMITRIOS FRAGISKATOS Le lectorat ne se limite plus au lecteur mâle traditionnel. NICOLA SCOTT Le public a vraiment changé ces dix dernières années. Je pense que vers 2009/2010 il y a eu une grosse évolution parmi le lectorat, avec une majorité de femmes présentes. NICOLA SCOTT Il y a beaucoup de femmes scénaristes ou dessinatrices, beaucoup d'éditrices. NICOLA SCOTT Il y a un énorme public féminin. Et je pense que c'est super. Ca rend les comics meilleurs. DIMITRIOS FRAGISKATOS Je pense qu'il existe maintenant une grande variété de super-héros, d'ethnies différentes, d'âge différents, de sexes différents mais je crois que nous n'en sommes qu'au début.