ANA_PARDO_DE_VERA ANA_ROMERO ANDREW_ROSENTHAL CORINNA ERNESTO_EKAIZER JAIME_PENAFIEL JAVIER_AYUSO JOSE_MANUEL_VILLAREJO JOSE_MARIA_IRUJO JOSE_MARIA_OLMO MARIO_CONDE PAUL_PRESTON PHILIP_ADKINS REBECA_QUINTANS_LOPEZ SELINA_SCOTT VICTOR_KHRAPOUNOV JAIME PENAFIEL Il a �t� un monarque extraordinaire pendant ans. Le meilleur roi de toute lhistoire de lEspagne. Puis il a tout g�ch�. ANA PARDO DE VERA Le magazine Forbes la �valu�e � deux milliards de dollars. Pour le New York Times, c�tait un , milliard. ANDREW ROSENTHAL Il d�pense ce quil veut, tant que �a reste l�gal. Mais do� vient largent�? On tombe vite dans la corruption. SELINA SCOTT Des millions et des millions �taient entre ses mains. Je voyais cet homme n�gocier. Je voyais la fortune amass�e. Je voyais quil savait faire ami-ami avec les plus grands chefs d�tat. Mais quest-ce quil pouvait faire de tout cet argent�? PHILIP ADKINS Corinna et le roi ont pass� un accord. CORINNA Jai pris lavion pour Gen�ve. Cest l�-bas quon ma inform�e du montant qui allait m�tre donn�. C�tait consid�rable et jai trouv� �a plus que g�n�reux. PHILIP ADKINS Au bout du compte� � cest elle qui a tout empoch�. JAIME PENAFIEL La folie de largent. Des millions et des millions. C�tait compl�tement fou. Il y avait de quoi consulter. Quand Franco �tait encore vivant, jai rejoint le magazine Hola. �a a sans doute �t� la d�cision la plus lucrative de lhistoire du journalisme. Juan Carlos ma fait venir au palais royal. Je pensais quil voulait que je linterviewe. Dans cet entretien, il ma confi� quel �tait son salaire mensuel : � pesetas, l�quivalent de euros. C�tait tout ce quil avait pour couvrir les voyages, ses d�penses personnelles et m�me le coiffeur de la reine. �a se r�sumait � �a. Il vivait dans la pauvret� la plus totale. Et ce manque dargent, �a la marqu� � vie. ANA PARDO DE VERA Ses soutiens pr�tendent que ce traumatisme date de Franco, qui le tenait en laisse. REBECA QUINTANS LOPEZ Franco sest assur� que Juan Carlos aille � l�cole pr�s de El Pardo. C�tait un moyen pour lui de faire en sorte quil soit prot�g� par le r�gime. Franco �tait presque comme un p�re pour lui. PAUL PRESTON Ce jeune gar�on de ans est quasiment enlev� par un dictateur, sans que son p�re et sa m�re ninterviennent. Il y a de quoi causer une blessure profonde. L�ducation dont il b�n�ficie suit les pr�ceptes du franquisme. Apr�s avoir �t� s�par� de ses parents d�s son enfance, il vit une adolescence terriblement stricte et p�nible. Tout ce qui lui arrive et tout ce quil fait, cest pour accomplir son devoir, le devoir de la famille. �a explique beaucoup de choses. �tant donn�e son enfance, c�tait presque comme un d�, pour lui. � ses yeux, il le m�ritait. ANA PARDO DE VERA On dit que cest � ce moment-l� que son attrait pour largent sest �veill�. Mais il est important de faire la distinction entre vivre une vie confortable et amasser des millions en se croyant au-dessus des lois. Il ne montrait pas lexemple et il ne faisait pas preuve de transparence. Ce sont les deux conditions qui justifient une monarchie. Le p�trole �tait un moyen pour lui de se faire de largent. On en trouve dans les pays du Golfe. JAIME PENAFIEL Le g�n�ral Franco g�rait les commissions per�ues lors des ventes. Au moment du choc p�trolier de , Juan Carlos est envoy� par Franco conclure un accord avec le roi dArabie saoudite, pour �viter que lEspagne ne se retrouve � court dessence. Juan Carlos �tait tr�s respect� des Saoudiens, qui lui ont garanti que lEspagne aurait toujours du p�trole. Cest l� que Franco a autoris� le roi � prendre quelques centimes sur chaque baril de p�trole import� dArabie saoudite. Une commission. C�tait l�gal, mais ce n�tait pas �thique. REBECA QUINTANS LOPEZ Ce syst�me a perdur� pendant plusieurs d�cennies. Juan Carlos sest entour� de toute une �quipe dhommes daffaires et de banquiers, avec qui il collaborait r�guli�rement. Le roi, avec laide de son bras droit Manuel Prado, sest copieusement enrichi au fil des ann�es. ANA PARDO DE VERA Les gens se rapprochaient de lui pour b�n�ficier de sa protection et de son statut. MARIO CONDE On dit souvent que les rois ont beaucoup damis. Mais� il pouvait compter sur moi� Cest vrai. On se parlait tous les jours. On �tait tr�s proches. Presque comme des fr�res. Beaucoup demandaient des services en �change de leur amiti�. Moi, je ne voulais rien. Certains, qui se pr�tendaient ses amis, ne cherchaient qu� utiliser le roi. ANA PARDO DE VERA Manuel Prado soccupait des affaires du roi. Concr�tement, �a voulait dire tenir pour lui des mallettes pleines de billets. REBECA QUINTANS LOPEZ Lautre personnalit� importante proche de Juan Carlos, c�tait Mario Conde. MARIO CONDE Jai d�di� sept ans de ma vie � la banque Banesto, jusqu� ce quon me renvoie, sur d�cision du gouvernement et de lopposition. Il �tait huit heures du matin. Le t�l�phone a sonn�. Le roi �tait au bout du fil. La tension montait en Espagne � cause de mes liens avec Banesto. Furieux, il ma dit�: ��Je viens de raccrocher avec le pr�sident. Banesto va avoir droit � une inspection.�� Puis il sest tu. Je mattendais � ce quil continue. Mais comme il ne disait plus rien, jai r�pondu�: ��Ne vous m�lez pas de la politique, monsieur.�� Cest ce jour-l� que je me suis rendu compte de la distance qui s�tait cr��e entre nous. Je connaissais la suite. C�tait difficile. Il nallait pas intervenir. Et je savais parfaitement que �a allait me mener en prison. Jai purg� une peine de sept ans. � ma sortie, jai r�ussi � reprendre ma vie en main. C�tait atroce. ANA PARDO DE VERA Il ne pouvait pas compter sur le roi. D�s quil �tait question de prison dans une affaire o� il �tait responsable, Juan Carlos fuyait. Combien de personnes se sont enrichies�? Il y avait les chefs dentreprise, les banquiers et le roi aussi. Tout le monde est tomb�. Sauf le roi. CORINNA Il y avait toujours des gens pr�ts � laider. Il a du charme, il sait convaincre. Il lui suffit de demander de largent, une voiture, une montre ou un yacht pour quon le lui donne. Que ce soit une Ferrari, une Bentley, une Rolls-Royce� tout. Il recevait des cadeaux de tous les gens quil rencontrait. Vous reconnaissez probablement le logo de la marque Maybach. Le roi a d� choisir une voiture que Dieter Zetsche voulait lui offrir. Il lui �crit�: ��Je suis honor� dapprendre que votre voiture vous pla�t. Jesp�re quelle r�pondra � vos attentes.�� L�, ils d�voilent la voiture. Et sur celles-ci, on les voit dedans. Il profitait dun syst�me tr�s �labor� de revente de ses cadeaux. Il y avait tout un groupe dhommes daffaires espagnols � la recherche dune voiture de luxe qui puisse avoir ce genre de pedigree. Elles avaient appartenu au roi, qui les avait re�ues dun chef d�tat. Ces hommes daffaires �taient tr�s heureux den faire lacquisition. �a ma surprise, au d�but. Mais jai fini par mhabituer. SELINA SCOTT Cest lui qui n�gociait des accords pour son pays. Il savait comment vendre lEspagne et impressionner les autres. Il mettait en avant lexpertise industrielle du pays aupr�s de lArabie saoudite ou de lAm�rique latine. Il n�gociait. Pourquoi je lui ai pos� cette question�? Je ne me rappelle plus bien. Je crois que c�tait juste de lintuition. Je voyais cet homme n�gocier. Je voyais la fortune amass�e. Je voyais quil savait faire ami-ami avec les plus grands chefs d�tat. Je savais quil c�toyait des souverains arabes. Je connaissais leur fortune. Mais m�me � cette �poque, je ne pensais pas que �a irait jusque-l�. ANA PARDO DE VERA Le magazine Forbes la �valu�e � deux milliards de dollars. Pour le New York Times, c�tait un , milliard. On na aucun moyen de savoir r�ellement � quel montant sa fortune s�l�ve. JAVIER AYUSO Le correspondant du New York Times en Espagne est venu me voir. Il ma dit quils avaient des informations concernant le patrimoine de Juan Carlos, et quils souhaitaient les v�rifier aupr�s de nous. Jai sugg�r� � Juan Carlos de sentretenir avec le r�dacteur en chef du journal. ANDREW ROSENTHAL Ils sont entr�s dans la pi�ce. Ils �taient tr�s beaux. Ils avaient des cheveux impeccables, comme tous les riches. Ils prenaient des notes avec des stylos en or. Je nen avais jamais vu daussi magnifiques. Juan Carlos voulait nous dire quil n�tait pas riche � millions et quil n�tait pas corrompu. On lui a donc pos� les questions qui nous venaient � lesprit. Sil ne sagissait pas de corruption, il nous fallait voir ses comptes. Impossible. Ses sources de revenus, alors ? Pas question. Son patrimoine s�levait � , milliard. Do� venait largent�? Il d�pense ce quil veut, tant que �a reste l�gal. Mais do� vient largent�? On tombe vite dans la corruption. VICTOR KHRAPOUNOV En , le roi Juan Carlos est venu au Kazakhstan en visite officielle. Notre pr�sident, monsieur Nazarba�ev, ma appel� pour me demander de lui montrer la ville dAlmaty. Je lai emmen� faire le tour des quartiers. Sur cette photo, je lui offre un sabre. Cest cens� �tre un symbole de virilit�. Cette arme �tait incrust�e de nombreuses pierres pr�cieuses. C�tait un cadeau qui avait une grande valeur. Le pr�sident Nazarba�ev a d�cid� demmener Juan Carlos chasser. La chasse, cest vraiment une activit� qui cr�e des liens. On boit de lalcool, on pique-nique et on chasse. CORINNA Il allait au Kazakhstan tr�s r�guli�rement. Il y chassait avec son ami, le pr�sident. M�me si je naimais pas quil aille l�-bas parce quil semblait passer des soir�es avec de nombreuses jeunes femmes, je ne pouvais pas faire grand-chose� � dans ce genre de situation. VICTOR KHRAPOUNOV On ne peut pas nier que Juan Carlos et Nazarba�ev �taient extr�mement proches. Leur relation �tait bas�e sur des int�r�ts communs. �a sautait aux yeux. Selon le protocole, lune de mes missions �tait de raccompagner le roi jusqu� la�roport. Je suis arriv� sur le tarmac quelques minutes avant son d�part. Cest l� que jai vu que lon chargeait des troph�es de chasse dans la soute de son avion. Il y avait des t�tes de mouflons et un b�lier avec de grandes cornes. Voil� les deux amis. Quand jai vu cette photo pour la premi�re fois, quelque chose mest revenu � lesprit. Je me suis demand� sil ne portait pas la fourrure du l�opard des neiges que Juan Carlos avait rapport� en Espagne. �a ma rendu triste. Vraiment. Le pr�sident mavait dit�: ��Le roi est connu dans le monde entier, mais il est tr�s pauvre. Cest pour cette raison que je laide.�� Je les ai vus charger des mallettes dans lavion. Au d�part, je me suis dit que c�taient s�rement des documents. Mais en r�alit�, c�tait de largent que le pr�sident du Kazakhstan avait fait pr�parer pour aider le roi. Et l�, toutes les pi�ces du puzzle se sont imbriqu�es. Jai compris que c�tait la technique utilis�e par Nazarba�ev pour �tablir des relations durables avec les chefs d�tat europ�ens. Peu de temps apr�s, on a appris que notre pr�sident figurait sur la liste des invit�s du mariage de Felipe, le fils du roi Juan Carlos. Il sest rendu � la c�r�monie et � la r�ception accompagn� de la plus jeune de ses filles, Aliya. Ils faisaient partie des invit�s, et surtout, du petit nombre de chefs d�tat que le roi avait invit�s au mariage. CORINNA Le roi revenait de nombreux voyages avec des mallettes dargent. Du Kazakhstan, mais aussi dautres pays. Jen �tais r�guli�rement t�moin. Cest � la�roport militaire de Torrejon que larm�e de lair espagnole d�colle et atterrit. �videmment, il ny a pas de douanes. Il b�n�ficiait de limmunit�. Les avions appartenaient � l�tat. Personne ne v�rifie ce quils importent. Visiblement, tout le monde le laissait faire ses combines. Quand jai pris conscience de lampleur de cet enrichissement permanent� jai commenc� � me dire que �a tenait presque de lobsession. Il ne sen cachait pas. Il en parlait facilement. Il voulait me faire visiter le palais, toutes les pi�ces, ses appartements� Il tenait particuli�rement � me montrer sa pi�ce secr�te. Cette pi�ce secr�te �tait une pi�ce remplie dargent liquide. J�tais presque g�n�e dy passer du temps. Javais limpression quon allait me surprendre en train de contempler des billets. C�tait un moment assez particulier. Quand on vous donne cinq millions deuros dans un sac, il faut bien les ranger quelque part. Dans cet endroit, ils avaient une compteuse de billets. De nombreuses transactions se faisaient en liquide, et ce, pour toute la famille. Sa femme, ses filles, tout le monde allait se servir en liquide pour payer des voyages ou r�gler des d�penses. Leurs budgets �taient assez importants. REBECA QUINTANS LOPEZ La c�r�monie de mariage de Felipe et Letizia sest d�roul�e au moment o� le pays �tait plong� dans une crise �conomique majeure. Il a �t� annonc� au grand public quils iraient en voyage de noces pas tr�s loin de Madrid, dans la ville de Cuenca. Ce nest que plus tard que lon a appris, gr�ce � une fuite de documents, quils �taient partis en secret faire un deuxi�me voyage de noces bien plus luxueux. CORINNA Le roi Juan Carlos ma demand� si je pouvais leur organiser ce voyage. Jai pens� � une magnifique petite �le priv�e qui appartenait � des amis � moi, les propri�taires de la marque Fiji Water. Les jeunes mari�s ont pass� une partie de leur voyage de noces sur l�le de Wakaya. Plus tard, la compagnie a�rienne et lh�tel mont adress� leurs factures. Il me suffisait de les faire suivre au roi. Cest comme �a quelles ont �t� pay�es. J�tais loin de me douter quils pr�sentaient aux Espagnols limage dun voyage de noces tr�s modeste. Le reste aurait paru trop extravagant. Personne ne la appris� � pendant plusieurs ann�es, parce quon a r�ussi � garder �a pour nous. PHILIP ADKINS Corinna a toujours �t� tr�s int�ress�e par largent. Elle savait parfaitement comment sy prendre. Sa demande de divorce ma pris de court. Je me rappelle que j�tais dans ma chambre dh�tel. Jattendais quon me serve mon petit-d�jeuner. Quelquun a frapp� � ma porte. C�tait un avocat qui mapportait les papiers du divorce. C�tait assez brutal. Je lui ai demand� ce quelle voulait. Elle ma dit�: ��Un million.�� Voil�. Je me plais � penser que cest comme �a quelle sest lanc�e. Elle a encaiss� le ch�que et elle est partie refaire sa vie. JOSE MARIA IRUJO Quand Corinna Larsen a d�but� sa relation avec le roi en , elle travaillait pour une prestigieuse armurerie situ�e dans le centre de Londres. Elle organisait des s�jours de chasse pour la haute soci�t� londonienne qui prenaient la forme de safaris. Elle avait de nombreuses relations avec laristocratie britannique. �a sarr�tait l�. CORINNA Merci. JOSE MARIA IRUJO Cest � partir de ce moment-l� que Corinna Larsen est devenue consultante internationale pour de nombreuses entreprises saoudiennes et internationales. Elle a m�me travaill� pour Lukoil, le fournisseur russe de p�trole. Ce nest pas tout � fait le m�me m�tier. ANA PARDO DE VERA C�tait son associ�e. Ils se compl�taient bien. Elle savait parfaitement comment les commissions fonctionnaient. Le couple id�al. Elle avait lexp�rience et lui, les contacts. Il suffisait dun coup de fil pour avoir les chefs d�tat en ligne directe. Ils appelaient les �tats-Unis et ils avaient Clinton. C�tait parfait. Ils avaient tout lappareil de l�tat � leur service. Ils faisaient leurs petites affaires, tous les deux, pas pour le bien de lEspagne, mais dans leur propre int�r�t. ERNESTO EKAIZER Lukoil �tait assez mal vu en Europe. Il ny avait pas de place pour eux. ANA PARDO DE VERA L�tat �tait dans une situation p�rilleuse. Larriv�e dans le pays dun g�ant russe du p�trole �quivalait � donner le contr�le total de l�nergie espagnole aux Russes. Il fallait �tre fou. ERNESTO EKAIZER Le probl�me sest ensuite pos� de faire du lobbying pour que Lukoil puisse prendre le contr�le. Le march� russe et les grandes entreprises se sont tourn�s directement vers Juan Carlos. C�tait la premi�re fois que le roi prenait position de mani�re aussi ouverte. Et bien s�r, en prenant en compte le fait que Corinna �tait consultante chez Lukoil� Il �tait �vident que leur relation amoureuse leur profitait� � tous les deux. CORINNA On na jamais n�goci� � deux. Il ma souvent demand� de pr�senter certains de mes contacts � ses amis. Et jy ai consenti. Mais je ne lai jamais fait contre de largent, et jai toujours accept� de partager mon r�seau. PHILIP ADKINS Elle se prend pour une philanthrope, cest �a�? Mais cest surtout de la philanthropie auto centr�e. Corinna et le roi ont pass� un accord. Le roi dArabie saoudite a donn� une grande quantit� dargent � Juan Carlos, alors roi dEspagne. Mais Corinna sest mis dans lid�e quelle pouvait lui �tre utile. Elle avait pour projet dimaginer une structure dans laquelle ils pourraient placer la majorit� du capital du roi, dabord pour pouvoir le prot�ger, et dans un second temps, pour lui permettre de r�gler les futures d�penses de la famille royale. O� est pass� largent�? Cest l� quil �tait. CORINNA Jai �t� convoqu�e par lavocat de Juan Carlos. Il ma demand� de le rejoindre � Gen�ve pour le rencontrer et parler de ce dont j�tais d�j� au courant. Le roi nous avait r�serv� quelque chose, � moi et Alexander. Jai pris lavion et je me suis rendue � Gen�ve. Cest l�-bas quon ma inform�e du montant qui allait m�tre donn�. C�tait consid�rable et jai trouv� �a plus que g�n�reux. La seule question que javais, c�tait si le roi attendait quelque chose en retour de ce cadeau. Je lui ai pos� la question. C�tait quand m�me une somme impressionnante. Il ma r�pondu que c�tait l�quivalent de ce que sa femme avait per�u au fil des ann�es. C�tait son explication. Selon lui, il nattendait rien de moi en �change de cet argent. MARIO CONDE Je le connais bien. Ce n�tait pas un simple cadeau. Sil s�tait agi de cent euros, daccord. Mais plus de mille, jamais de la vie. PHILIP ADKINS Au bout du compte, cest elle qui a tout empoch�. Et la v�rit�, cest quelle lui avait promis que la moiti� lui reviendrait toujours. Cest �a, laccord quelle a pass�. Je suis heureux de le dire publiquement. JOSE MARIA IRUJO Ces soixante-cinq millions restent pour moi une �nigme. Des proches de Juan Carlos mont assur� que cette fameuse somme n�tait rien de plus quun cadeau. Le roi lui a donn� de largent dans lespoir de la reconqu�rir. Il �tait amoureux delle. Il avait envisag� une solution qui consistait � abdiquer, quitter ses fonctions de monarque, l�pouser et commencer une nouvelle vie. ANA ROMERO Quand il a fini son discours et que tout �tait termin�, il sest tourn� et il a dit�: ��Je mappr�te � passer le coup de t�l�phone le plus difficile de ma vie.�� Au bout du fil, c�tait Corinna, � New York. Elle ne savait rien. CORINNA Je suis arriv�e � New York la veille de labdication de Juan Carlos. Je me suis r�veill�e ce matin-l�. Des amis mont appel�e dEurope�: ��Tu as vu les infos�?�� Cest l� que jai appris que le roi avait abdiqu�. Jai �t� compl�tement prise de court. On mavait d�lib�r�ment cach� quil allait abdiquer. M�me plus que �a, le roi mavait dit quil pr�voyait des visites officielles. Le g�n�ral Sanz Roldan mavait donn� des consignes strictes. Je devais lencourager � remplir son devoir de roi. Jai �t� la derni�re mise au courant. Je ne le savais pas et je n�tais pas la raison de son abdication. ANA ROMERO Je crois que c�tait la premi�re fois que javais de la peine pour lui. Je voyais cet homme en mauvaise sant�, qui se retrouvait isol� dans le palais royal. Pour seule compagnie, il avait son t�l�phone portable et les conversations avec la femme quil aimait. Je crois quil pensait quil allait finir ses jours avec elle. CORINNA Le seul sentiment qui ma anim�e pendant toutes ces ann�es, c�tait celui d�tre une amie loyale et fid�le. JOSE MARIA IRUJO Le temps n�tait plus � lamour. Le projet dune vie � deux a �t� abandonn�. Juan Carlos souffrait parce quil ne pouvait pas reconqu�rir la femme quil aimait. Il lui a donc demand� son argent. CORINNA � l�t� , il a d� se rendre compte que pour maintenir le style de vie auquel il �tait habitu�, il lui fallait beaucoup dargent. C�tait un gros probl�me pour lui. Et cest l� quil a commenc� � faire pression sur les gens de son entourage, moi y compris, pour quon finance les d�penses quil navait jamais d�clar�es. Et si lon acceptait de laider en toute connaissance de cause, on devenait complice de fraude fiscale. Moi, je voulais bien tout lui rendre, � condition quon d�pose largent sur un compte � son nom, d�clar� � ladministration fiscale. Mais il ne voulait pas quon lui rende largent. Il voulait pouvoir y acc�der. Ce sont deux choses diff�rentes. Cest pr�cis�ment pour cette raison que jai refus� de laider. Chyknell Hall, cest une maison que jai achet�e pour mon fils Alexander. C�tait une sorte de cadeau pour lui. Je my sentais bien et en s�curit�. Jai donc d�cid� den faire lacquisition. Selon les rumeurs, il aurait dit � Mohammed ben Salman que javais vol� largent quil lui avait offert. Vous imaginez les cons�quences�dun tel mensonge ? Il aurait aussi demand� � ce que je sois mise sur liste noire. �tre sur une liste noire en Arabie saoudite et se retrouver en conflit avec une figure aussi puissante et dangereuse que Mohammed ben Salman, il y a de quoi faire peur. On se retrouve dans un �tat dangoisse permanent. Je souffrais de palpitations et de migraines affreuses dues au manque de sommeil. Les cons�quences sont importantes. On est oblig� dy penser tous les jours. Si le roi cherchait mon attention et souhaitait que je pense � lui� c�tait plus que r�ussi. Javais clairement besoin daide. J�tais dans une situation d�sesp�r�e. J�tais terrifi�e et javais peur pour mes enfants. Cest l� que jai re�u un appel de Juan Villalonga. C�tait le mari dune bonne amie � moi. Il avait quelque chose dimportant � me dire. Juan �tait espagnol et avait �t� le PDG dune grande entreprise de t�l�com. Il savait parfaitement comment le pays fonctionnait. Il avait dans ses contacts une personne qui avait acc�s aux services secrets et aux dossiers de la police. Juan ma fortement sugg�r� de la rencontrer. Juan ma jur� par tous les dieux que M. Villarejo �tait lun de ses plus proches amis et que je pouvais lui faire une confiance aveugle. JOSE MARIA OLMO Villarejo est un personnage inhabituel. Cest un policier qui a pass� de nombreuses ann�es � infiltrer des op�rations et qui a fini par �tre poursuivi par l�tat. Il a voulu se rapprocher de Corinna. JOSE MANUEL VILLAREJO Gr�ce � Juan, cette dame ma fait confiance. Jai r�ussi � la convaincre quelle pouvait compter sur mon aide. On a fini par organiser une rencontre. Elle pensait parler � un avocat � qui la situation ne faisait pas peur. Elle ma donc racont� toute lhistoire, pensant que javais besoin de lentendre pour la conseiller au mieux. JOSE MARIA OLMO Villarejo a enregistr� Corinna sans quelle ne le sache. Elle lui a confi� ce quelle avait appris depuis le d�but de sa relation avec le roi. CORINNA J�tais surtout sur la d�fensive. Je navais aucune id�e que j�tais en train d�tre enregistr�e. On nous a fourni plus tard la piste audio en entier. Lenregistrement a continu� apr�s que jai ferm� la porte. La suite na jamais �t� rendue publique. Les policiers se f�licitaient de mavoir jet�e en p�ture au roi. JOSE MARIA OLMO Cest de ce moment-l� que datent les fameux enregistrements. Quand ils ont �t� rendus publics, en , ils ont permis le d�mant�lement du syst�me mis en place pour permettre � Juan Carlos de dissimuler sa fortune. JOSE MANUEL VILLAREJO Je regrette encore aujourdhui le tort que jai caus� � cette femme. Je ne savais pas que �a allait �tre diffus� dans le monde entier.