BILL_MERCER CLINT_HILL PAUL_LANDIS PEGGY_SIMPSON RUSTY_ROBBINS SID_DAVIS SID DAVIS Les choses auraient pu �tre tellement diff�rentes si Lee Harvey Oswald n�avait pas fait ce qu�il a fait. Je n�oublierai jamais ce son. . Il a appuy� m�thodiquement sur la g�chette, il a sciemment tu� le Pr�sident des �tats-Unis. CLINT HILL Dans l�avion qui nous ramenait � Washington, on n�avait le temps de pleurer ou de r�fl�chir � tout �a. On devait continuer � faire notre travail. Et c�est ce qu�on a essay� de faire. Madame Kennedy �tait en �tat de choc. Elle ne pouvait pas s�arr�ter pas de pleurer. Elle �tait veuve, avec deux enfants � charge. Sa famille avait vol� en �clats. Bobby Kennedy a mont� les marches en courant et il s�est pr�cipit� � l�arri�re de l�appareil, o� se trouvaient Madame Kennedy et le cercueil. Il �tait en pleurs. C��tait un spectacle d�chirant. Mais je ne pouvais pas me permettre de craquer. PAUL LANDIS Je crois que j�ai pleur� sur tout le chemin du retour. J�ai aid� � d�charger le cercueil. On �tait fatigu�s, la journ�e avait �t� longue. Il s��tait pass� beaucoup de choses, et j�avais �t� compl�tement d�pass�. Aujourd�hui, je r�alise que j��tais en �tat de choc. CLINT HILL J�ai appel� pour savoir o� les enfants �taient. Ils se trouvaient � la Maison-Blanche. Si John et Caroline voyaient l�h�licopt�re arriver, ils allaient croire que c��taient leurs parents. � ce stade, ils n�avaient pas encore �t� inform�s de ce qui s��tait pass� � Dallas. SID DAVIS Je suis retourn� � Washington. Je suis arriv� vers minuit, et je me suis rendu � la Maison-Blanche. Je devais couvrir l�arriv�e du cercueil. SID DAVIS C��tait le Pr�sident des �tats-Unis. Il �tait dans la fleur de l��ge, c��tait le plus jeune pr�sident jamais �lu. On �tait tous en �tat de choc, mais je ne pouvais pas me permettre de r�fl�chir. Si je m��tais arr�t� ne serait-ce qu�un instant pour prendre du recul, je n�aurais pas pu aller jusqu�au bout de mon reportage. SID DAVIS Quand je suis arriv� � la conclusion, j�ai rappel� qu�il aimait beaucoup Robert Frost et que pendant sa campagne, il avait l�habitude de le citer � la fin de chaque meeting. J�avais pr�par� un de ses po�mes dans ma poche et je l�ai lu� ��Les bois sont beaux, sombres et profonds, mais j'ai des promesses � tenir et un long chemin � parcourir avant de dormir.�� BILL MERCER Ce soir-l�, je couvrais l��v�nement. Et comme ils ne pouvaient pas r�pondre � nos questions, ils se sont dit qu�ils allaient organiser une conf�rence de presse avec Oswald. Vous imaginez, aujourd�hui, un journaliste interrogeant un individu suspect� de meurtre�? BILL MERCER Quand je suis pass� devant le bureau des enqu�teurs, l�un d�entre eux est sorti et m�a dit� ��Bill, j�ai une information qui pourrait vous �tre utile. On est en train de remplir les papiers pour inculper Oswald de l�assassinat du Pr�sident.�� BILL MERCER C��tait surr�aliste. Je n�avais jamais assist� � une conf�rence de presse avec un meurtrier pr�sum�. C��tait du jamais vu. BILL MERCER J��tais au pied de l�estrade. Un journaliste, � c�t� de moi, a demand� BILL MERCER Et quand il a tourn� son visage vers moi, je lui ai dit� ��Si, vous avez �t� inculp� de l�assassinat du Pr�sident.�� Il a eu un mouvement de recul de la t�te et il a dit� ��Quoi�?�� J�ai r�p�t� ��Vous avez �t� inculp� du meurtre du Pr�sident.�� BILL MERCER C�est une des rares fois o� il a eu un semblant de r�action. Je crois que j�ai mis fin � ses illusions. Il devait penser qu�il allait s�en tirer � bon compte. BILL MERCER Jack Ruby �tait l� ce soir-l�. Il entretenait de bonnes relations avec la police, il les faisait entrer gratuitement dans son �tablissement, et il �tait toujours dans les parages. Je ne pense pas qu�on lui ait demand� sa carte de presse. C��tait un copain. Tout le monde connaissait Jack Ruby, �a ne fait aucun doute. RUSTY ROBBINS Il �tait propri�taire de plusieurs� ��cabarets��, comme diraient certains. Moi, j�appelle �a des bo�tes de striptease. Il �tait connu pour porter une arme � quand un homme d�affaires portait une arme, � l��poque, c��tait tol�r�. Et peut-�tre que certains d�entre eux ont vu qu�il �tait l�, mais ne l�ont pas signal�. CLINT HILL �a a eu un �norme impact sur leur vie � tous les trois. John �tait tellement jeune. Les agents du Secret Service l�emmenaient jouer dehors et un jour, un photographe du Washington Post s�est approch�. John s�est tourn� vers lui et il lui a dit� ��Pourquoi vous prenez ma photo�? Mon papa est mort�!��. ll savait que son p�re �tait d�c�d�. CLINT HILL Madame Kennedy �tait mont�e � l��tage, avec les membres de la famille. Il a �t� d�cid� d�organiser un office pour les proches, dans la salle Est. Elle a dit� ��Monsieur Hill, j�aimerais voir le Pr�sident. J�ai r�pondu� ��Entendu. Laissez-moi un instant.�� Je suis entr� et j�ai ouvert le cercueil pour m�assurer qu�il �tait pr�sentable, qu�elle n�allait pas �tre traumatis�e. Ils sont entr�s, et ils sont rest�s l� devant le cercueil. Ils pleuraient. Puis elle s�est tourn�e vers moi et elle m�a demand� ��Est-ce que je pourrais avoir une paire de ciseaux�?�� Je n�ai pas vu ce qu�elle faisait, mais j�ai entendu des bruits de ciseaux, et j�ai compris qu�elle �tait en train de couper une m�che du Pr�sident. Puis elle a referm� le cercueil. Je ne saurais pas comment d�crire son attitude. En public, elle arrivait assez bien � se contr�ler. Mais c��tait tr�s douloureux. PEGGY SIMPSON La mort de Kennedy a �t� un choc pour beaucoup de gens. Je n�aurais jamais imagin� que ce soit possible dans notre pays, et encore moins dans ma ville. Mon chef m�a appel�, et il a dit� ��Sois au si�ge de la police � �h. Oswald va �tre transf�r� vers la prison du comt�.�� PEGGY SIMPSON Quand je suis arriv�e au si�ge de la police, il y avait une foule de gens qui attendait � l�ext�rieur. Ils �taient tr�s en col�re. Il y avait une atmosph�re de parano�a dans la ville. Les gens �taient indign�s. Comment est-ce qu�une chose pareille avait pu se produire � Dallas�? Et qui �tait cet homme�? J�ai descendu l�all�e qui menait au sous-sol, et je me suis plac�e au premier rang, avec une trentaine de coll�gues, devant la porte par laquelle Oswald devait sortir. PEGGY SIMPSON Ce weekend-l�, rien ne s�est pass� normalement. �a a �t� une succession d��v�nements sans pr�c�dent, dont on �tait les spectateurs. RUSTY ROBBINS Oswald devait �tre transf�r� � la prison du comt�. C�est ce qui venait d��tre d�cid�. On suivait les �v�nements sur mon petit poste de t�l�vision. On �tait suspendus � l�actualit�. Probablement comme toute l�Am�rique. PEGGY SIMPSON Tout ce que je savais, c�est qu�Oswald �tait gri�vement bless�. La police �tait stup�faite. On pouvait lire l�horrification sur leur visage. C��tait le chaos total, on ne savait pas bien ce qu�il se passait. Mon premier r�flexe a �t� de sortir. Je n�ai pas r�fl�chi. Dans un moment comme �a, on n�a pas le temps de penser. Vous vous mettez en pilote automatique. J�ai fait le tour, et je suis entr�e dans les locaux de la police. PEGGY SIMPSON C��tait l�horreur la plus totale. PEGGY SIMPSON �a paraissait surr�aliste. Comment est-ce que c��tait possible, a fortiori deux jours apr�s l�assassinat du Pr�sident�? Qui �tait cet homme�? Il fallait dig�rer le fait que quelqu�un �tait venu pour tuer Oswald, et qu�il avait r�ussi. BILL MERCER On �tait suspendus � notre poste de t�l�vision et on se disait� ��Ce n�est pas possible�! Qu�est-ce qui va se passer maintenant�? Qui va se faire abattre�?�� C��tait une situation tellement surr�aliste. PEGGY SIMPSON J��tais au t�l�phone avec mon chef, quand les policiers derri�re moi ont dit� ��C�est Jack Ruby��. J�ai dit � mon chef� ��Ils connaissent le meurtrier, c�est Jack Ruby��. Il a fait� ��Quoi�? Je bois des coups dans son bar. Ce n�est pas possible�!�� C��tait quelqu�un de connu. Alors ils ne s��taient pas m�fi�s de lui. RUSTY ROBBINS Quand j�ai compris que Jack Ruby avait tu� Oswald, j��tais sous le choc. J�avais de la peine qu�il ait perdu les p�dales comme �a. Il avait commis une grave erreur. Une erreur qu�on ne pouvait pas effacer et qui allait entrer dans l�histoire. Mais il a fait ce qu�il a fait. Il voulait �tre quelqu�un. Tout le monde aimait le Pr�sident, alors tout le monde d�testait celui qui l�avait tu�. Jack allait �tre un h�ros. BILL MERCER En tuant Oswald, Jack Ruby a emp�ch� la justice de suivre son cours. Tout le monde se demandait pourquoi il avait fait �a. Comme pour Oswald, avec le Pr�sident. Il devait bien y avoir quelqu�un qui tirait les ficelles, il devait bien y avoir quelqu�un qui savait pourquoi il avait fait �a. Et on s�est dit exactement la m�me chose pour Ruby. Il �tait forc�ment � la botte de quelqu�un. On a tout de suite pens� � la mafia, aux communistes, bref, aux coupables habituels. D�apr�s la police, Ruby avait tu� Oswald parce qu�il le d�testait. Il adorait les Kennedy, et il voulait venger le Pr�sident. Alors c�est ce qu�il a fait. SID DAVIS L�assassinat avait eu lieu un vendredi, et je n�avais pas dormi depuis trois jours. Le lundi matin, je me suis r�veill� � l�aube, je voulais assister aux fun�railles. Je suis mont� dans ma voiture, et j�ai pris le boulevard MacArthur pour rejoindre le parcours de la procession. J�ai aper�u une femme qui attendait le bus. Je me suis arr�t� et je lui ai demand� ��Vous allez aux fun�railles�?�� Elle a r�pondu� ��Oui.�� Et elle est mont�e. On a un peu discut�. Elle a dit� ��Je suis r�publicaine. Mais je ne r�alisais pas combien je l�admirais.�� Et je pense que c��tait un sentiment que des millions de personnes partageaient dans le pays. C��tait un homme attachant. M�me si vous n��tiez pas d�accord avec ses opinions, vous ne pouviez pas vous emp�cher de l�appr�cier. CLINT HILL Madame Kennedy �tait d�termin�e � faire en sorte qu�on n�oublie pas son mari. Elle voulait marcher derri�re le cercueil. J�ai essay� de l�en dissuader, je lui ai dit que ce n��tait pas raisonnable, mais elle a insist� ��Laissez-moi au moins marcher de la Maison-Blanche � la cath�drale Saint-Mathieu.�� SID DAVIS Elle a �t� th��trale. Et c��tait intentionnel. Elle voulait lui offrir les adieux qu�il m�ritait. CLINT HILL Les fun�railles ont eu lieu le jour du troisi�me anniversaire de John F. Kennedy Junior. Il y avait beaucoup d��motion. CLINT HILL Quand le cercueil du Pr�sident est sorti de la cath�drale, John a remarqu� que les militaires �taient en position de salut. Madame Kennedy s�est pench�e vers lui pour lui dire quelque chose. Il s�est tourn� en direction du cercueil de son p�re, et il a fait le salut. Tout le monde, les militaires comme les civils, avait les larmes aux yeux. PAUL LANDIS Sur le chemin qui nous menait au cimeti�re, au loin� on entendait tr�s distinctement Air Force One. Le capitaine Swindal a inclin� l�appareil, comme s�il voulait saluer une derni�re fois le Pr�sident. � ce moment-l�, j�ai failli m�effondrer. Ce souvenir m��meut encore beaucoup, comme vous pouvez le constater. SID DAVIS C��tait un pr�sident bienveillant et brillant, qui a su se faire aimer de son peuple. John Kennedy a d�fendu les droits civiques des Am�ricains avec beaucoup d�int�grit�. Il les a encourag�s � changer. Et il a r�ussi, il y a des lois qui le prouvent. Tout n�est pas parfait, on est encore loin du but, mais je pense que les �tats-Unis sont un meilleur pays aujourd�hui qu�ils ne l��taient quand je suis arriv� � Washington. Et c�est en partie gr�ce � Kennedy. PAUL LANDIS Je ne disais m�me pas aux gens que j��tais dans le Secret Service. Ce n�est plus douloureux. �voquer ce souvenir ne me fait plus mal. Je suis parfois �mu, mais c�est une sensation agr�able. CLINT HILL J�ai �t� d�cor�. �videmment, c��tait un grand honneur, et j�en �tais tr�s heureux. Mais j�aurais voulu faire mieux. J�ai toujours eu le sentiment que j�aurais d� �tre capable de faire plus. Si on pouvait revenir en arri�re, je donnerais ma vie pour sauver la sienne.