BILL_NEWMAN BUELL_FRAZIER CLINT_HILL GAYLE_NEWMAN PAUL_LANDIS RUSTY_ROBINS SID_DAVIS CLINT HILL J�ai ans. Et cette ann�e, �a fera �ans. On n�est plus tr�s nombreux � avoir �t� t�moins de ce jour. Je m�en souviens comme si c��tait hier. C�est encore tr�s clair dans ma t�te. Comme les images d�un film. CLINT HILL Je travaillais pour le Secret service, l�agence qui assure la protection du Pr�sident des �tats-Unis, de son �pouse et de ses enfants. Et j��tais charg� de la s�curit� de Madame Jacqueline Kennedy. Avant, les Premi�res dames se contentaient de faire du shopping, d�assister � des ballets, de jouer au canasta, un jeu de carte... Et les agents qui �taient affect�s � leur protection les accompagnaient dans ces activit�s. Moi, j�aspirais � autre chose. Je voulais �tre au c�ur de l�action. J�avais peur de m�ennuyer au service de Madame Kennedy. Mais il s�est av�r� que j�avais tort. Elle participait peu � la vie politique. Elle n�aimait pas la politique. Mais elle a d�cid� d�aller au Texas avec lui. Elle �tait d�termin�e � faire tout ce qu�elle pouvait pour l�aider � �tre r��lu en . Ils voulaient entrer en campagne avant les autres. PAUL LANDIS �a fait remonter beaucoup de souvenirs � la surface. Je me souviens de chaque d�tail. C��tait un r�ve qui se r�alisait. J�avais toujours voulu travailler pour le Secret service. Mon nom de code �tait Debut. Probablement parce que j��tais tr�s jeune. Clint, lui, c��tait Dazzle. Il connaissait Madame Kennedy par c�ur. On �tait deux � assurer sa s�curit� � ce moment-l�, et on faisait tout ensemble. � force, on commen�ait � avoir la m�me fa�on de penser. PAUL LANDIS Tout le monde voulait la voir. La foule scandait� ��Jackie, Jackie, Jackie�!�� C��tait un couple de stars. Et le Pr�sident en jouait un peu. Quand on est arriv�s � Fort Worth, il �tait h. Il y avait encore beaucoup de monde devant l�h�tel. On �tait tous de bonne humeur. On trouvait que l�accueil �tait plut�t amical. SID DAVIS J��tais correspondant � la Maison-Blanche pour la Westinghouse Broadcasting Company, et je couvrais tous les d�placements du Pr�sident. Quand on a appris qu�il allait se rendre � Dallas, on s�est dit que �a pouvait �tre int�ressant. Le Texas �tait un �tat assez hostile � Kennedy, et on se demandait comment il allait �tre accueilli. SID DAVIS C��tait quelqu�un d�inspirant. M�me quand on n��tait pas d�accord avec ses id�es, on ne pouvait pas s�emp�cher de l�appr�cier. ��Nous irons sur la Lune dans les dix prochaines ann�es, et ram�nerons nos astronautes sur Terre, sains et saufs��. Tout le monde se disait� ��Il est fou.�� SID DAVIS Lui, il savait prendre des risques. Il avait ce que les Espagnols appellent des cojones. Il devait assister � un petit d�jeuner, ce matin-l�, avec pr�s de �convives. Il voulait que Jackie l�accompagne. Le Texas �tait un �tat important, et il avait le sentiment que si elle �tait � ses c�t�s, il avait de meilleures chances de gagner. CLINT HILL Madame Kennedy avait indiqu� qu�elle ne souhaitait pas assister � ce petit d�jeuner. Et quand je suis entr� dans sa chambre, elle �tait sur le point de sortir. CLINT HILL Le t�l�phone a sonn�, et c��tait l�agent qui se trouvait au petit d�jeuner avec le Pr�sident. Il a dit� ��Clint, le Pr�sident veut que tu am�nes Madame Kennedy.�� J�ai r�pondu� ��Ah bon�? C�est qu�elle n�avait pas l�intention d�y aller.�� Il a dit� ��Tu n�as pas bien compris, c�est un ordre, pas une suggestion.�� J�ai r�pondu� ��Ok, message re�u.�� La porte s�est ouverte, elle est entr�e, et la salle a exult�. SID DAVIS Lorsqu�elle est entr�e dans la salle, les gens se sont lev�s et se sont mis � applaudir. Elle portait un tailleur rose. Comme je n�y connais pas grand-chose, j�ai demand� � une journaliste� ��C�est du rose�?�� La journaliste a r�pondu� ��Madame Kennedy ne porterait jamais du rose.�� J�ai dit� ��Au temps pour moi, comment vous appelez �a�?�� Elle a r�pondu� ��Fraise, ou framboise.�� Et j�ai opt� pour ��framboise��. SID DAVIS Elle traversait une terrible �preuve. Son b�b�, Patrick Bouvier Kennedy, �tait d�c�d� quatre mois plus t�t, en ao�t. Elle commen�ait tout juste � remonter la pente, et c��tait sa premi�re sortie officielle depuis le drame. Alors les gens se r�jouissaient de la voir, a fortiori avec le sourire. CLINT HILL En temps normal, ils n�avaient jamais de geste d�affection en public. Mais depuis le drame, ils �taient beaucoup plus d�monstratifs. Ils se tenaient la main, ils s�enla�aient. �a a chang� leur relation. Ils �taient m�tamorphos�s. SID DAVIS Je ne l�avais jamais vue aussi radieuse. CLINT HILL On �tait pr�ts � quitter Fort Worth, et on s�est rendus � la base a�rienne Carswell. L� on est mont�s dans l�avion pr�sidentiel qui devait nous mener � Dallas. PAUL LANDIS Le jour du d�part pour Dallas, on s�est r�unis pour que chacun prenne connaissance de ce qu�il devait faire. Et � cette occasion, j�ai appris que Dallas avait un surnom� ��la Ville de la Haine��. Je n�en avais jamais entendu parler. Pour moi, c��tait une ville riche. La ville des fr�res Hunt, du p�trole, des grandes fortunes. J��tais surpris d�apprendre que c��tait un environnement politique hostile. BUELL FRAZIER J�avais �ans et j�habitais Dallas. Je n�avais jamais vu de cort�ge pr�sidentiel. D�ailleurs, je ne savais pas bien ce que c��tait. Ma seule pr�occupation, c��tait d�aller au travail, de faire ce que j�avais � faire et de rentrer chez moi. C��tait un vendredi matin comme les autres. J�ai emmen� Lee Harvey Oswald au travail parce qu�il n�avait pas de voiture. On a �cout� la radio. Il n��tait pas tr�s bavard, il lan�ait rarement la conversation. Et quand il parlait, c��tait principalement de son enfant. � un moment donn�, j�ai jet� un coup d��il sur la plage arri�re, et j�ai remarqu� qu�il y avait un paquet. Je lui ai demand� ��Qu�est-ce que c�est�?�� Il a r�pondu� ��Des tringles de rideau��. Et puis on est arriv�s au d�p�t de livres scolaires, o� on travaillait. Lee est sorti de la voiture, il a pris son paquet, et il est mont�. D�habitude, on entrait ensemble, mais pas ce matin-l�. Son comportement ne m�a pas paru �trange � ce moment-l�. GAYLE NEWMAN Quand on est arriv�s � Love Field, l�a�roport �tait noir de monde. Les gar�ons avaient mis leurs v�tements du dimanche, on s��tait mis sur notre trente-et-un. On �tait surexcit�s. Les enfants n��taient qu�un pr�texte, en fait, c�est nous qui avions envie de voir le Pr�sident et la Premi�re dame. Ils ne savaient pas qui c��tait. BILL NEWMAN Gayle et moi, on �tait contents d��tre l�. Ce n�est pas tous les jours qu�un Pr�sident des �tats-Unis vient au Texas. On l�attendait sur le tarmac de l�a�roport, o� il devait arriver. CLINT HILL Ils �taient attendus par une foule de gens. Monsieur Kennedy est tout de suite all� � leur rencontre. En g�n�ral, Madame Kennedy restait en retrait, mais cette fois-ci, elle a d�cid� de le suivre, alors je lui ai embo�t� le pas. On savait qu�il y avait un groupe de personnes, � Dallas, qui n��tait pas d�accord avec les positions du Pr�sident. Mais jusqu�o� ils �taient pr�ts � aller pour manifester leur opposition, �a, on l�ignorait. Et ils pouvaient �tre dans le public. GAYLE NEWMAN Les gens poussaient, ils se bousculaient, et on ne pouvait pas aller plus loin. Impossible de s�approcher. Alors Bill a dit� ��On pourrait peut-�tre prendre de l�avance sur le cort�ge et se positionner � un endroit o� on verrait mieux.�� CLINT HILL Il avait eu une l�g�re pluie, mais c��tait fini. Au moment de quitter l�a�roport, on a re�u l�instruction d�ouvrir le toit. Le Pr�sident a insist� pour rouler � d�couvert parce qu�il voulait �tre proche de la foule. Il ne voulait pas qu�il y ait de barri�re entre lui et les gens. On a commenc� � traverser la banlieue de Dallas. Je surveillais la foule. J�inspectais les environs pour rep�rer les sources de danger potentiel. Les gens montaient sur tout ce qu�ils pouvaient pour tenter d�apercevoir le Pr�sident et son �pouse. J��tais debout sur le v�hicule qui suivait, et j�ai saut� sur la limousine pr�sidentielle pour me rapprocher de Madame Kennedy. La foule �tait vraiment tr�s proche, et j�avais peur de ce qui pouvait se passer. SID DAVIS J��tais dans le bus de presse. �a me permettait d��tre assis � l�avant et de voir ce qui se passait dehors. Il y avait quelque chose de magique dans l�air. Et je pense que c��tait la pr�sence de Jackie. Comment dire� J�avais chang� d�avis sur Dallas. Ce n��tait pas une ville hostile. La pr�sence de Jackie changeait tout et elle a re�u un accueil extr�mement chaleureux. Les gens se r�jouissaient de voir cette Premi�re dame qui n��tait jamais venue au Texas. Mais comme on le sait, sa vie a bascul� ce jour-l�. CLINT HILL Je me sens coupable. J�aurais d� �tre capable de faire plus. Je n�ai pas �t� assez rapide. Je n�ai pas r�ussi � �tre plus rapide que la balle. CLINT HILL Madame Kennedy hurlait� ��Ils a re�u une balle dans la t�te�! Je t�aime, Jack�!�� SID DAVIS On �tait sur Dealey Plaza. Les gens couraient dans tous les sens. J�ai vu des femmes retirer leurs chaussures pour fuir. J�ai vu un p�re mettre son petit gar�on par terre et le couvrir de son corps. GAYLE NEWMAN On �tait � quelques m�tres quand il a �t� abattu. J�ai tout de suite pens� � prot�ger mes enfants. Quand je m��tais lev�e, ce matin-l�, je n�avais pas imagin� une seconde que j�allais vivre quelque chose d�aussi horrible. CLINT HILL Je hurlais au chauffeur� ��Il faut aller � l�h�pital�! Il faut aller � l�h�pital�!�� Madame Kennedy �tait sous le choc. La t�te du Pr�sident reposait sur ses genoux. Quand on est arriv�s � l�h�pital, Madame Kennedy �tait cramponn�e au corps du Pr�sident. Je lui ai dit� ��S�il vous pla�t Madame, laissez-nous aider le Pr�sident.�� Elle n�a pas r�agi et j�ai compris qu�elle n�arrivait pas � le l�cher. Alors j�ai enlev� ma veste et je l�ai pos�e sur le Pr�sident de mani�re � recouvrir tout le haut de son corps. Et l�, elle l�a l�ch�. PAUL LANDIS On est arriv�s dans la salle o� il se trouvait. Les gens de derri�re poussaient et je me suis retrouv� au niveau de ses pieds. Je n�arrivais pas � le regarder. Je ne me sentais pas bien, et je savais que si je le regardais, j�allais m��vanouir. Je me r�p�tais int�rieurement� ��Tu peux y arriver, Paul.�� Ils avaient besoin de moi. Il fallait que je tienne. Un m�decin a dit� ��Laissez-moi passer. Laissez-moi passer.�� Puis ils ont demand� � tout le monde de sortir. Quelques instants plus tard, un membre de l��quipe m�dicale est sorti pour nous demander si on connaissait le groupe sanguin du Pr�sident. Madame Kennedy s�est lev�e et elle a dit� ���a veut dire qu�il est encore en vie�?�� Il y a eu un lourd silence. CLINT HILL Mon sup�rieur a hurl� ��Clint, prends un t�l�phone, ouvre une liaison avec la Maison-Blanche et informe-les de ce qui se passe.�� L�op�ratrice a dit� ��Monsieur Hill, Robert Kennedy est au bout du fil et il veut vous parler.�� J�ai r�pondu� ��Passez-le moi. Monsieur le Procureur g�n�ral, que puis-je faire pour vous�?�� Il a dit� ��Clint, qu�est-ce qui se passe�?�� ��Quelqu�un a tir� sur le Pr�sident et le gouverneur.�� ��Et comment vont-ils�?�� ��Tr�s mal.�� Et il a raccroch�. Madame Kennedy savait. Je suis s�r qu�au moment o� il s�est effondr� sur elle, elle a su qu�il ne pouvait pas �tre vivant, qu�il �tait mort. CLINT HILL Je suis intimement convaincu que les �tats-Unis ont perdu leur innocence le �novembre . RUSTY ROBINS Pendant que les gens s�enfuyaient, la police s�est pr�cipit�e vers le b�timent. SID DAVIS Elle a dit� ��Je veux qu�ils voient ce qu�ils ont fait.��