EDDIE NATALIE NATALIE Vous vous souvenez de moi? A une �poque, j'�tais l'une des personnes les plus d�test�es d'Am�rique. Scandales dans la presse people, manifestations, premi�res de couverture, interviews, paparazzi, et m�me menaces de mort... Vous croyez tout savoir sur moi. Mais c'�tait une fiction cr��e par les media. Vous pensez conna�tre Octomom, mais vous ne savez rien sur moi. NATALIE C'est vrai. J'avais d�j� eu six enfants par P.M.A avant d'avoir les huit. J'avais essay� par la voie naturelle. Avec mon compagnon j'ai tent� de tomber enceinte, mais �a n'a jamais abouti. J'ai lutt� contre l'infertilit� pendant un long moment. Il trouvait �a difficile, et il s'est senti un peu utilis�, en tant qu'homme. J'avais une vocation pour la maternit�, pas pour le couple. Nous nous sommes s�par�s et j'ai trouv� un sp�cialiste en fertilit� qui a pu r�aliser mon r�ve, et m'a fait avoir mes six premiers enfants. Ne me jugez pas. Attendez encore un peu. f EDDIE Je vais t'attraper! EDDIE EDDIE EDDIE Oh, laisse-les s'amuser! EDDIE Oh, si! Tout... Tout me manque, en Irak! EDDIE Etre interpr�te, c'est un m�tier difficile et extr�mement d�licat. EDDIE Je me dois de rester tr�s concentr� sur mon travail. Si je fais une erreur, des gens meurent. EDDIE Ah tiens! Je t'ai rapport� un petit cadeau, Nadya. EDDIE EDDIE Pourquoi donc? C'est ma fille, courageuse et brillante, et elle m�rite qu'on la g�te. EDDIE Angela! EDDIE NATALIE Je pense que j'�tais dans le d�ni. De quel droit j'allais ajouter sept enfants � mes six autres? Treize enfants en tant que m�re c�libataire? Il fallait absolument chasser la peur de mon esprit, supprimer mes �motions. J'ai trait� cette nouvelle grossesse comme les pr�c�dentes. En faisant... Comme si de rien n'�tait. NATALIE Mon hospitalisation avant la naissance des octupl�s a �t� le plus long mois de toute ma vie. La nounou amenait les enfants pour me voir. Trois un jour, les trois autres le lendemain. A ce qu'elle m'a dit, ma m�re ne s'est jamais d�plac�e. Quand j'attendais les six, j'avais des envies de viande. Mais avec ces nouveaux b�b�s, je voulais des fruits frais, de l�gumes et des hectolitres d'eau. J'avais... de terribles migraines chaque jour, mais je refusais de prendre quoi que ce soit. J'�tais d�termin�e � faire ce qu'il fallait pour garder mes b�b�s en bonne sant�. Y compris en travaillant sur ma propre sant� mentale. J'ai combattu l'angoisse pendant toute ma vie. C'�tait le sport qui me permettait de tenir, habituellement. Mais ce n'�tait plus possible. Alors je me suis tourn�e vers l'�criture et la pri�re. NATALIE Je souffrais horriblement apr�s la c�sarienne, et j'�tais dans le brouillard, impossible de reprendre mes esprits. Je refusais les antalgiques parce que je tirais mon lait au maximum pour nourrir mes b�b�s au sein, et la pression constante de la douleur nourrissait mon angoisse. J'avais du mal � dormir et ce n'�tait jamais un sommeil r�parateur. J'�tais en permanence dans un �tat second, comme une somnambule. Toutes mes pens�es �taient pour mes enfants. J'avais h�te de rentrer � la maison et de repartir pour une vie normale. J'�tais loin de deviner que la vie que j'avais connue �tait finie. NATALIE Oui. Je regrette de l'avoir couvert. Mais j'�tais bombard�e d'hormones, et je ne savais pas ce que je sais aujourd'hui. Il a fini par avouer au comit� m�dical qu'il avait, en r�alit�, implant� douze embryons. Il a racont� au comit� que c'est moi qui l'avais suppli�. Il a avou�, un peu plus tard, qu'il avait proc�d� � la f�condation in vitro apr�s avoir d�couvert des cellules anormales chez une autre patiente. Il s'est av�r� que cette femme avait un cancer de stade trois. Il fallait lui retirer l'ut�rus et les ovaires avant de lui faire suivre une chimio. Il a dit que cela avait distrait son attention et qu'il �tait accapar� par cette patiente. En deux mille onze, le docteur Kamrava a �t� radi� par l'ordre des m�decins, pour faute professionnelle et n�gligence grave. Il lui est interdit de pratiquer la m�decine dans l'ensemble des Etats-Unis. Je m'en veux beaucoup d'avoir menti pour lui. Et je regrette de ne pas l'avoir poursuivi. NATALIE On ne m'a pas forc� la main, mais toutes les d�cisions que j'ai prises les jours qui ont suivi l'accouchement n'�taient vraiment pas les bonnes. J'�tais �prouv�e physiquement et �motionnellement. J'ai choisi de parler � Ann Curry, mais �a a tourn� � l'interrogatoire, durant six heures. Je n'�tais pas pr�par�e pour ce genre de choses. Si vous avez eu des enfants, vous le savez. Apr�s l'accouchement, votre corps subit un gros changement hormonal: NATALIE hormones post-partum, oestrog�nes, progest�rone, prolactine, ocytocine, cortisol... Tous ces changements hormonaux sont tr�s intenses lorsque vous avez... un seul b�b�. Alors, multipliez tout cela... par huit. EDDIE Je suis revenu parce que ma fille et mes petits-enfants avaient besoin de moi. Ces journalistes font peur aux enfants. EDDIE Oui, je l'ai eue. Elle a vraiment h�te de voir les enfants, et toi. EDDIE Est-ce que tu lui as parl� depuis qu'elle a eu les b�b�s? EDDIE Elle dit que c'est pour la s�curit�. EDDIE Elle a l'air tr�s fatigu�e. EDDIE Je pense qu'elle ne dit que ce qu'on lui dit de dire. EDDIE J'emm�ne Elijah et Amerah voir les b�b�s, et les autres, ce week-end. NATALIE Je ne dis pas que je n'ai pas pris de tr�s mauvaises d�cisions. Mais de parfaits inconnus voulaient me tuer, et tuer mes b�b�s. Essayez de r�aliser... Ils voulaient notre mort... simplement parce que nous existions. J'ai toujours �t� sujette � l'angoisse, mais l� c'�tait devenu fou. Il y avait des manifestations contre moi, et les b�b�s. J'�tais harcel�e, des gens dormaient devant chez mes parents... J'�tais compl�tement asphyxi�e. Et comme si ce n'�tait pas assez compliqu�, ma m�re a renvoy� toutes les nounous que j'avais engag�es. J'avais vraiment l'impression que le monde entier �tait contre moi. NATALIE Un sentiment de haine s'est d�velopp� contre moi au fur et � mesure que je participais � des �missions. Le public croyait que j'�tais l� pour la gloire, mais j'ai un scoop pour vous. Ce n'�tait pas pour �tre c�l�bre. Je faisais �a pour l'argent. Et �a a march�. Gr�ce � ce qu'on me payait pour ces interviews, j'ai pu d�m�nager de chez ma m�re et prendre ma propre maison. Les b�b�s sortaient de la maternit� deux par deux, et j'avais h�te qu'on soit enfin tous r�unis pour s'installer et prendre un nouveau d�part. Si on m'avait dit...! Le choc a �t� rude. NATALIE J'ai commis �norm�ment d'erreurs, et j'en ai fait l'exp�rience en temps r�el. Mais je crois que la pire de mes erreurs a �t� de ne pas lire mes contrats. J'�tais toujours un peu pay�e pour ce que je faisais, mais les producteurs gardaient les droits, et ont gagn� des fortunes avec mes projets. J'ai �t� exploit�e et j'�tais malheureusement trop fatigu�e pour traiter le probl�me correctement. J'avais beau accepter des contrats de plus en plus humiliants je n'arrivais jamais � boucler les fins de mois. Et finalement, j'ai d� faire appel � l'aide sociale pour nourrir ma famille. Je commen�ais � ressembler au portrait factice que les media avaient fait de moi. J'ai sacrifi� mon int�grit�, de mauvais choix en mauvais choix. Je n'�tais plus moi-m�me. J'�tais litt�ralement devenue Octomom... Et c'�tait un vrai cauchemar. NATALIE C'�tait difficile d'assister � �a... Et pire de le vivre. Plus j'�tais d�sesp�r�e, et plus j'�tais exploit�e dans les projets. J'ai travaill� avec plusieurs agents pr�dateurs - leurs vrais noms n'ont pas d'importance. Mais je pouvais bien vendre autant de fausses histoires qu'on voulait, je n'arrivais pas � me sortir du gouffre, financi�rement. C'�tait une spirale tr�s dangereuse, et j'allais probablement perdre ma maison. J'avais accept� toutes ces choses �pouvantables pour survivre et prot�ger mes enfants, mais mes enfants �taient en train de payer pour mes erreurs. Qu'est-ce que je faisais? En jouant le r�le qu'on m'avait donn�, au m�pris de ma dignit�, est-ce que j'aidais mes enfants? Ou est-ce que je n'avais pris que de mauvaises d�cisions, depuis le d�but de l'histoire? D�sol�e. Et j'ai fini par... accepter de faire ce que j'avais dit que je ne ferais jamais. J'ai jou� dans un film solo pour adultes. NATALIE �a peut para�tre bizarre, mais je suis maladivement timide dans la vraie vie. Je n'ai jamais voulu �tre dans la lumi�re. Tout ce que j'ai fait � cette �poque contrariait ma nature profonde, et en participant � cette vie invent�e, je suis devenue une mauvaise m�re, malgr� toutes les excuses que je me donnais pour le faire. Je trouvais mille raisons pour me justifier, mais la v�rit�, c'est que je ne pouvais pas me lib�rer de la honte. Je ne croyais pas que je m�ritais le bonheur, apr�s tout ce que j'avais fait. Le centre m'a r�ellement sauv� la vie. Parce que c'est l� que j'ai su que j'en avais assez des mensonges que je racontais au public, et plus important encore, de ceux que je me racontais � moi-m�me. EDDIE Il faut que... j'aille faire une course. EDDIE Je voulais te dire... Je crois que je vais me faire aider, pour la boisson. Tu crois que je vais y arriver? EDDIE Et moi je suis fier de toi! EDDIE Alors, cette pizza? EDDIE Elle est bonne? Avec du fromage? Et des olives! EDDIE EDDIE O� est-ce que �a pousse, les olives? EDDIE Eh oui! Sur des arbres tr�s jolis. EDDIE Oui, les oliviers. EDDIE Mmh EDDIE Tu en veux encore un peu? NATALIE Ma m�re est morte dans mes bras en novembre deux mille quatorze. En unit� de soins palliatifs. Le moment venu, j'ai d� lui dire qu'elle pouvait partir, qu'on saurait tous se d�brouiller. Comme moi, vous avez peut-�tre connu �a. �a a �t� l'exp�rience la plus douloureuse et la plus �prouvante que j'ai v�cue, mais je me sens tr�s chanceuse d'avoir enfin pu �tablir avec ma m�re la relation dont j'ai r�v� toute ma vie. J'avais voulu une famille pour combler le vide laiss� par le manque d'amour de ma m�re. Mais j'ai pu me rendre compte qu'elle m'avait aim�e, et �a a �t� une b�n�diction pour moi. Je m'appelle Natalie Suleman, et ma m�re m'a appris � me montrer forte et r�siliente. Ainsi qu'� aimer sans aucune condition. �a a �t� un �change.