COMMENTAIRE Le jeudi 6 mai 1937, le Hindenburg, le plus grand dirigeable jamais construit, atteignit les États-Unis. COMMENTAIRE De la taille du Titanic, il faisait la fierté de l'Allemagne nazie. COMMENTAIRE 4 caméras des actualités étaient présentes pour filmer l'arrivée de l'aéronef. COMMENTAIRE Ce qui allait se produire ensuite resterait comme l'un des plus grands mystères du 20ème siècle. COMMENTAIRE 97 personnes se trouvaient à bord. Miraculeusement, certaines parvinrent à réchapper du brasier. COMMENTAIRE Ceci est l'histoire vraie de l'investigation qui s'est déroulée les jours suivant la tragédie. COMMENTAIRE Elle est racontée au fil d'une reconstitution minutieuse des événements. COMMENTAIRE Grâce à des témoignages directs... LIEUTENANT MAY Le dirigeable a semblé s'effondrer sur lui-même... COMMENTAIRE Aux souvenirs des survivants... WERNER DOEHNER VIEUX VIEUX Elle m'a empoigné et jeté dehors. Mais ma sœur pesait trop lourd pour elle. COMMENTAIRE Et à l'interprétation de scientifiques contemporains. GRAHAM DORRINGTON Si quelqu'un voulait le détruire, c'était assez facile à faire. PRUSS Qu'est-ce que c'était ? COMMENTAIRE Qui ou quoi a eu raison du dirigeable ? COMMENTAIRE Une personne était décidée à le découvrir : le docteur Hugo Eckener, l'homme qui avait conçu et construit le Hindenburg. ECKENER VO Comment quiconque a pu survivre à cet enfer ? ECKENER VO Les survivants méritaient que je donne un sens à cette tragédie. COMMENTAIRE La réponse qu'il apporterait allait semer le trouble. GARÇON Butch ! COMMENTAIRE Le dernier vol du Hindenburg allait être analysé dans les moindres détails. COMMENTAIRE Rien n'y personne n'échapperait à la suspicion des enquêteurs, pas même le mauvais temps. CAMÉRAMAN C'est comme ça que tu écris "Hindenburg" ? COMMENTAIRE Le dirigeable était attendu à 6 heures du matin, mais des tempêtes avaient retardé l'atterrissage. Comme à leur accoutumée, les reporters rongeaient leur frein. REPORTER 1 Mon commandant ! Ils arrivent bientôt, nos amis les allemands ? ROSENDAHL Je vous tiendrai au courant. REPORTER 1 Je croyais que les allemands étaient des gens efficaces. REPORTER 2 Les boches... COMMENTAIRE Le commandant Rosendahl était l'officier en charge de la base aéronautique de Lakehurst. COMMENTAIRE C'était lui qui devait donner l'autorisation d'atterrir. Il portait une grande responsabilité sur ses épaules. Le Hindenburg devait repartir pour l'Allemagne le soir-même. JEAN Les reporters commencent à trépigner. ROSENDAHL Il n'y a pas qu'eux. J'ai 70 passagers qui attendent d'embarquer pour le vol de retour. ROSENDAHL Tu devrais peut-être rentrer. Je ne sais pas quand le temps sera assez clément pour un atterrissage. ROSENDAHL Je vais consulter les relevés météo. COMMENTAIRE Sa femme Jean Rosendahl était venue accueillir l'équipe de commandement du dirigeable. COMMENTAIRE Herbert Morrison était sur les lieux pour commenter l'arrivée du Hindenburg à ses auditeurs radio. Son reportage allait devenir l'un des plus célèbres documents radiophoniques. MORRISON Bonjour à tous, je me trouve aujourd'hui à la base aéronavale de Lakehurst, New Jersey, d'où je vous commenterai l'atterrissage de l'aéronef géant Hindenburg. MORRISON Il devait atteindre les États-Unis à l'aube, au terme de la première traversée transatlantique de l'année 1937. COMMENTAIRE Ce retard suscita l'inquiétude sur la base aéronautique, mais plus encore dans la cabine de pilotage du Hindenburg. COMMENTAIRE À la barre, le capitaine Max Pruss, responsable de l'atterrissage. À la tête d'un équipage de 61 personnes, il effectuait sa première traversée en tant que commandant de bord. Ses décisions présentes avaient une importance critique. PRUSS La tempête s'éloigne. Nous atterrirons à 18 heures ou peu après. LEHMANN Douze heures de retard. COMMENTAIRE Pruss était sous le contrôle étroit d'Ernst Lehmann, directeur des vols de la société Zeppelin, qui construisit le Hindenburg. COMMENTAIRE Le Hindenburg était l'appareil volant le plus luxueux de l'époque, proposant un confort équivalant à un grand paquebot pour une vitesse deux fois supérieure : depuis l'Allemagne, il ralliait les États-Unis en 2 jours et demi. COMMENTAIRE Un seul ticket coûtait 1200 reichsmarks, l'équivalent du salaire moyen allemand. Les 36 passagers appartenaient à l'élite économique allemande et américaine. MATHILDE DOEHNER Ça se couvre. MARGARET MATHER Heureusement qu'on arrive. COMMENTAIRE Il ne reste aujourd'hui que 2 survivants du désastre. L'un deux était le plus jeune passager de l'appareil, Werner Doehner. COMMENTAIRE Il se souvient encore de l'excitation du départ. WERNER DOEHNER VIEUX VIEUX Mon père a choisi de nous faire voyager à bord du Hindenburg parce qu'il avait voyagé 3 ans auparavant à bord du Graf Zeppelin, et que ça lui avait beaucoup plu. WERNER DOEHNER VIEUX VIEUX Il voulait nous faire plaisir en nous payant ce voyage. Et aussi se faire plaisir à lui. COMMENTAIRE Alors que le dirigeable survolait le New Jersey, Werner, son frère Walter et sa sœur aînée Irene découvraient avec fascination les paysages américains. COMMENTAIRE À 17 heures 45, Joseph Spah, l'un des passagers, se mit à filmer à l'aide de sa caméra. La bande réchappa miraculeusement à la catastrophe. COMMENTAIRE Pour certains, ce sont leurs derniers moments qui sont saisis sur la pellicule. Les survivants devraient plus tard expliquer en détails leurs faits et gestes à bord. COMMENTAIRE L'espace dédié aux passagers comportait un fumoir, le seul endroit où il était autorisé de fumer. NELSON MORRIS Un petit dernier pour la route ? BURT DOLAN Avec plaisir. NELSON MORRIS Steward ? NELSON MORRIS La même chose. COMMENTAIRE Cette cabine était pressurisée. Une précaution indispensable, car la moindre étincelle constituait un danger. COMMENTAIRE Au-dessus des passagers s'étendait une galerie métallique de 243 mètres de long, autour de laquelle étaient stockés 200 000 mètres cubes d'hydrogène. COMMENTAIRE C'est à ce gaz que le dirigeable devait sa légèreté. Mais mélangé à l'air ambiant, il devenait extrêmement inflammable. COMMENTAIRE Les allemands utilisaient l'hydrogène de cette manière depuis 30 ans. SPAH Ulla ! COMMENTAIRE La confiance de l'équipage en la sécurité du dirigeable était telle que Joseph Spah fut même autorisé à se rendre dans la galerie centrale. SPAH Tu vas bientôt pouvoir gambader en Amérique. SPAH Attends de voir les biscuits pour chiens qu'ils ont là-bas ! Tout est plus gros chez les Américains. SPAH Surtout leurs têtes. COMMENTAIRE Le Hindenburg n'avait jamais connu d'incident en vol. Le matin du 6 mai 1937, chacun vaquait donc sereinement à ses occupations. KUBIS Werner ! KUBIS Dépêche-toi d'aller laver la vaisselle. Tout doit être prêt pour le retour. On doit être reparti à minuit. WERNER FRANZ JEUNE Alors je verrai pas New York ? KUBIS La prochaine fois, c'est promis. COMMENTAIRE Pour Werner Franz, le garçon de cabine, c'était la 5ème traversée. C'est le seul autre survivant à être encore en vie. WERNER FRANZ VIEUX J'avais 14 ans, c'était une expérience extraordinaire. Je venais de finir l'école, je n'avais pas de travail. J'étais découragé, et soudain cette opportunité s'est présentée. WERNER FRANZ VIEUX C'était un véritable don du ciel. COMMENTAIRE À 19 heures 11, le Hindenburg arriva en vue de Lakehurst. OBSERVATEUR Le voilà ! COMMENTAIRE C'était déjà la 11ème fois que le dirigeable se rendait aux États-Unis, mais les badauds ne se lassaient pas de voir un appareil de la taille d'un paquebot flotter aussi élégamment dans le ciel. ROSENDAHL Équipes au sol en position ! COMMENTAIRE Les minutes qui allaient suivre feraient l'objet d'une enquête acharnée. MORRISON L'appareil se prépare à la phase d'atterrissage. Je vais sortir pour continuer de commenter l'événement en extérieur. Je vais devoir m'interrompre le temps de changer d'emplacement. MORRISON Nombre de personnalités se trouvent à bord. Le nouveau commandant, Max Pruss, est assurément très fier d'être en charge de l'aéronef. MORRISON C'est en effet la première fois qu'il commande le Hindenburg. Au cours des vols précédents il était second du capitaine Lehmann. PRUSS Tous aux postes d'atterrissage. SAMMT Tous aux postes d'atterrissage. MORRISON Quelle vision magnifique que cet appareil qui descend du ciel. Il se dirige vers nous et vers le mât d'appontage. MORRISON Ses gros moteurs Diesel viennent de rugir, les hélices expulsent derrière elles des tourbillons d'air grisâtre. MORRISON Équipé d'aussi puissants moteurs, on comprend que ce palace volant file à une telle allure. COMMENTAIRE Tout le monde était excité. Tout semblait normal. MORRISON Le soleil se reflète à présent sur les vitres de la cabine d'observation, qui scintillent comme des diamants sur un fond de velours noir. MORRISON De temps à autre, des rayons de soleil se reflètent comme des disques dorés sur la surface polie des hélices. MORRISON Des cordes descendues depuis la proue de l'appareil sont à présent empoignées par le personnel de la base. MORRISON Le dirigeable est presque immobile... MORRISON Il recommence maintenant à pleuvoir. La pluie avait cessé un moment. COMMENTAIRE Ce qui arriva ensuite ne fut remarqué que par un seul témoin, un marin faisant partie des équipes au sol. MARIN 1 Regarde ! Qu'est-ce que c'est ? MORRISON Les hélices arrière de l'appareil continuent de tourner, juste assez pour l'empêcher de... MORRISON Il a pris feu ! PRUSS Qu'est-ce que c'était ? LEHMANN Oh non... MORRISON Il a pris feu et il tombe, il va s'écraser au sol. Faites attention, ne restez pas là ! MORRISON Filme la scène Charlie, filme ! Il est en feu, il va s'écraser, c'est horrible ! Ne restez pas là, je vous en prie ! MORRISON Il brûle, il est en flammes ! Il tombe sur le mât d'appontage. C'est une tragédie, il n'y a aucun doute là-dessus. C'est la catastrophe la plus terrible de tous les temps ! MORRISON Oh mon Dieu ! Les flammes montent à 100 ou 150 mètres dans le ciel. Le choc a été très violent, mesdames et messieurs. Cette fumée, et ces flammes... La structure s'affaisse au sol, non loin du mât d'appontage. MORRISON Oh, tous ces gens ! Tous ces passagers qui hurlent devant moi ! Je ne peux plus continuer à parler... Je n'y arrive plus, mesdames et messieurs... ROSENDAHL Allez-y ! COMMENTAIRE La catastrophe du Hindenburg reste encore gravée dans la mémoire de Max Coleman, le seul membre de l'équipe au sol encore vivant. Son courage a permis de sauver des vies ce jour-là. MAX COLEMAN Dès qu'il a touché le sol, on a fait demi-tour... en direction de l'appareil. MAX COLEMAN Je ne serais jamais allé chercher l'homme que j'ai vu devant moi dans le brasier d'où il s'était extirpé. Je l'ai littéralement vu émerger d'un mur de feu. MAX COLEMAN C'est incroyable qu'il ait trouvé la force de s'éloigner de la carcasse. MAX COLEMAN Il avait du mal à enjamber une poutrelle qui lui arrivait au genou. Je lui ai pris la main, et je lui ai dit de grimper par-dessus. Il a réussi à passer par-dessus, ensuite je l'ai empoigné pour l'éloigner de l'appareil. MAX COLEMAN Une fois à l'écart, je me suis rendu compte qu'il n'avait plus de vêtements, le feu les avait brûlés. MAX COLEMAN J'ai passé le doigt dans sa ceinture, elle est tombée en poussière, comme de la cendre. Une odeur tenace est restée sur mes mains pendant plus d'une semaine. MAX COLEMAN Une odeur de chair brûlée. MORRISON Je vous l'ai dit, je ne suis plus capable de rien dire... MORRISON C'est horrible... COMMENTAIRE Ceux qui ont survécu à l'incendie du dirigeable se souviennent encore de l'horreur qu'ils ont vécue. WERNER FRANZ VIEUX Le pire, c'était cette mer de flammes, qui a continué de brûler pendant des heures et des heures. WERNER FRANZ VIEUX Certaines parties de la carcasse étaient encore en train de brûler le lendemain matin. Je suis retourné en courant vers la carcasse de l'appareil, mais naturellement je n'ai pas pu faire quoi que ce soit. J'ai vu la silhouette des blessés qui sortaient des flammes, ils étaient atrocement brûlés. WERNER DOEHNER VIEUX VIEUX Je ne me souviens pas avoir été jeté, et je ne me souviens pas de ma chute. Mais je me souviens d'avoir été étendu sur le sable. Walter est venu vers moi et il m'a dit : "Lève-toi, il faut partir d'ici !" COMMENTAIRE Le commandant Rosendahl fut profondément ébranlé. ROSENDAHL Il nous faut plus d'hommes ici ! COMMENTAIRE Un instant plus tôt, il supervisait l'atterrissage ; à présent, il était entouré d'un carnage. COMMENTAIRE La confusion régnait. COMMENTAIRE Le seul homme capable d'élucider ce mystère se trouvait à 6500 kilomètres de là : le docteur Hugo Eckener, le pionnier de l'aviation qui avait conçu le Hindenburg. COMMENTAIRE Il raconta dans ses mémoires le moment où il apprit la nouvelle. ECKENER VO On me téléphona à mon hôtel, à 1 heure 30 du matin. ECKENER Oui ? ECKENER VO Je participais à une conférence de 3 jours sur les bienfaits du transport aérien. ECKENER Quoi ? ECKENER Est-ce qu'il y a des survivants ? ECKENER Mon dieu. ECKENER VO C'est un reporter du New York Times qui m'avait appelé. ECKENER VO Il m'apprit que la carcasse avait brûlé pendant 3 heures. ECKENER VO Le commandant Rosendahl, un de mes amis proches, dut installer un hôpital de fortune dans le hangar censé abriter le Hindenburg. ECKENER VO Il n'y avait pas assez de médecins ni d'infirmières pour s'occuper des blessés et des agonisants. ECKENER VO Sur les 97 personnes qui étaient à bord, 35 moururent, ainsi qu'un membre du personnel au sol. ECKENER VO Je crois que ce jour-là, les portes de l'enfer se sont entrouvertes à Lakehurst. ECKENER Excusez-moi, je... Je dois joindre Berlin. ECKENER VO Il fallait que je me rende aux États-Unis. Herr Goering envoya une voiture pour me conduire au port de Cherbourg. Je n'eus même pas le temps de passer chez moi dire au revoir à ma femme. ECKENER VO Naturellement, la presse autrichienne cherchait déjà à obtenir une explication. REPORTER 3 HerrECKENER, avez-vous une déclaration sur l'explosion du Hindenburg ? REPORTER 3 Croyez-vous qu'il peut s'agir d'un sabotage ? ECKENER Je ne sais pas pourquoi le dirigeable a explosé. Le sabotage est peut-être une possibilité. ECKENER VO Goering s'était montré très clair : il ne fallait pas parler de sabotage. Mais je n'étais pas le genre à suivre la ligne du parti. Je devais découvrir par moi-même ce qui avait détruit mon appareil. ECKENER VO Je n'écarterais pas la piste du sabotage avant de connaître les faits. ECKENER VO Mais 6 jours allaient s'écouler avant que je n'arrive aux États-Unis. ECKENER VO Six jours à me demander "pourquoi ?", encore et encore. ECKENER VO J'avais consacré ma vie à l'aéronautique, et le Hindenburg était ma plus grande réussite. À présent, je me demandais s'il n'allait pas falloir tirer un trait sur tout cela. ECKENER VO Je devais découvrir la vérité. COMMENTAIRE La nouvelle de la catastrophe fit très vite le tour du monde. COMMENTAIRE L'explosion du Hindenburg était inexpliquée. COMMENTAIRE Chacun voulait comprendre ce qui s'était passé. COMMENTAIRE Certains survivants étaient dans un état très critique. ROSENDAHL Puis-je voir le capitaine Lehmann ? COMMENTAIRE Le matin qui suivit l'explosion, le commandant Rosendahl commença à interroger les blessés les plus graves. COMMENTAIRE Il était convaincu que l'équipage du Hindenburg lui apporterait des réponses. COMMENTAIRE À l'article de la mort, le capitaine Ernst Lehmann parvint à lui parler malgré la gravité de ses brûlures et la grande quantité de morphine qu'on lui avait administré. ROSENDAHL Le médecin m'a dit que vos poumons étaient en bon état. ROSENDAHL Vous respirez sans tousser, c'est bon signe. LEHMANN Combien de morts ? ROSENDAHL Je ne sais pas encore. ROSENDAHL On amène encore des blessés. ROSENDAHL C'est un miracle qu'il y ait des survivants. ROSENDAHL Mon dieu, c'était... LEHMANN C'était une machine infernale. ROSENDAHL Quoi ? LEHMANN Une machine infernale. ROSENDAHL Vous voulez dire une bombe ? COMMENTAIRE Les mots de Lehmann - "une machine infernale" - conduisirent le commandant Rosendhal à considérer le sabotage comme l'origine la plus probable de l'explosion. COMMENTAIRE La destruction sur une base de l'armée américaine d'un dirigeable de l'Allemagne nazie souleva de nombreuses suspicions. Une commission d'enquête fut aussitôt diligentée. COMMENTAIRE Moins de quatre jours après le désastre, le commandant Rosendhal mit sur pied une investigation officielle à Lakehurst. COMMENTAIRE Les opérations furent dirigée par un juge militaire, le colonel SouthTrimble. On commença par entendre le témoignage du personnel de la base. TRIMBLE Cette investigation se concentrera sur deux questions : ... TRIMBLE Premièrement, le dirigeable a-t-il été la cible d'un acte criminel ? TRIMBLE Deuxièmement, un concours de circonstances matérielles ou autres a-t-il permis à un feu de se déclarer ? TYLER Même en imaginant que les allemands aient aient eu l'intention de gagner du temps par tous les moyens possibles... LIEUTENANT MAY Le dirigeable a semblé s'effondrer sur lui-même, et j'ai entendu un bruit de métal tordu... COMMENTAIRE Dès les premiers témoignages, il parut évident que l'atterrissage avait été précipité. ANDREWS Il a changé subitement de direction, car le vent avait tourné... TÉMOIN 1 D'où j'étais, j'en voyais les deux tiers... COMMENTAIRE Plusieurs hypothèses furent envisagées. Mais plus les témoignages s'accumulaient, moins on s'expliquait le drame. TÉMOIN 2 À un moment, la proue a eu l'air d'éclater... COMMENTAIRE Les pièces du puzzle allaient devoir être assemblées une à une par quelqu'un qui connaissait le dirigeable dans ses moindres recoins. COMMENTAIRE Ces images furent filmées pour les actualités le jour même où le bateau du docteur Eckener était attendu à New York. Dans le port, Allemands et Américains rendaient hommage aux dépouilles des Allemands sur le point de retourner en Allemagne. COMMENTAIRE À Lakehurst, l'investigation en était à son troisième jour. COMMENTAIRE La catastrophe avait eu lieu à peine une semaine plus tôt. Chacun était encore sous le choc, y compris le commandant. MARIN 2 Vous, là-bas ! ROSENDAHL Ça va, je connais cet homme. ECKENER Mon commandant. ROSENDAHL Docteur Eckener. ROSENDAHL Je suis désolé de ce qui est arrivé. Mais rassurez-vous, nous trouverons ceux qui ont fait ça. J'ai parlé au FBI. ECKENER Le FBI ? ROSENDAHL Ça ressemble à un sabotage. ECKENER Avez-vous trouvé des preuves ? ROSENDAHL Les recherches ne sont pas encore terminées, mais je suis sûr qu'on en trouvera. COMMENTAIRE Eckener savait que pour élucider le désastre, il devait garder l'impassibilité d'un véritable enquêteur. COMMENTAIRE Voici 70 ans que les experts étudient le mystère du Hindenburg. L'historien Rick Zitarosa, rattaché au musée de la base aéronautique de Lakehurst, est l'un de ceux qui s'y sont intéressés de plus près. RICK ZITAROSA D'une certaine manière,Eckener est ce que l'on appellerait aujourd'hui un maniaque. Même quand il n'était pas là, il finissait toujours par tout savoir, il vérifiait le moindre détail. RICK ZITAROSA L'une des choses qu'il aimait répéter, c'était : "Il ne faut rien supposer, tout doit être vérifié". Ce fut l'une des clés de la réussite de l'entreprise Zeppelin, jusqu’au 6 mai 1937. COMMENTAIRE Eckener savait que c'était à lui de comprendre ce qui s'était passé. RICK ZITAROSA Eckener devait découvrir la vérité. Il était déterminé à expliquer la mort de 13 des passagers, 22 des membres de l'équipage et un des apponteurs de la base. RICK ZITAROSA Il ne faut pas oublier qu'il s'agissait des premières victimes sérieuses dans l'histoire de la société Zeppelin, sachant qu'ils avaient quand même transporté des passagers depuis les premiers vols commerciaux, aux alentours de 1910. ECKENER VO Le commandant Rosendahl m'apprit que les enquêteurs travaillaient sans relâche. Ils s'installèrent dans le bâtiment même qui avait servi de morgue la nuit de la catastrophe. ROSENDAHL Repos. ROSENDAHL Je vous ferai remettre les compte-rendus des premiers témoignages. Il n'en ressort rien pour l'instant. ECKENER VO L'ensemble de la base me faisait l'effet d'un cimetière. ROSENDAHL Voici les objets récupérés de la carcasse. ECKENER Lehmann est en vie ? ROSENDAHL Non, il l'était. Mais ses brûlures étaient trop importantes. ROSENDAHL Je suis navré, docteur. SOLDAT Mon commandant, un appel pour vous. ROSENDAHL Veuillez m'excuser. ECKENER VO Où se trouvait l'explication ? Cela faisait 30 ans que je construisais des dirigeables. J'avais mis au point le meilleur modèle possible : une structure rigide en aluminium abritant 16 réservoirs de gaz individuels, reliés entre eux par un réseau de câbles métalliques. ECKENER VO Les réservoirs contenaient bien de l'hydrogène pur, mais je maîtrisais la conception d'un dirigeable sûr utilisant ce gaz. J'en avais construit pendant 30 ans sans le moindre incident. ECKENER VO Une seule chose sur le Hindenburg différait des plans que j'avais dessinés : les swastikas de 15 mètres de haut qui s'étalaient sur ses dérives. ECKENER VO Je fus soulagé de voir deux survivants de l'équipage : Heinrich Kubis... ECKENER Merci. Repos. ECKENER VO Et Werner Franz, garçon de cabine de 14 ans. KUBIS Était-ce une bombe, Docteur Eckener ? ECKENER Il faut examiner chaque éventualité. ECKENER Tu as eu beaucoup de chance, Werner. WERNER FRANZ ENFANT Oui, Docteur Eckener. ECKENER Depuis quand fais-tu partie de l'équipage ? WERNER FRANZ ENFANT Depuis un peu plus d'un an. ECKENER HerrKUBIS, est-ce que le comportement d'un passager vous aurait paru anormal pendant le vol ? KUBIS Non, je n'ai rien vu. ECKENER Et rien d'anormal non plus avant le vol ? KUBIS Tout était normal, Docteur Eckener. ECKENER Racontez-moi votre vol dans les moindres détails, depuis le début. KUBIS La journée avait commencé normalement... KUBIS VO J'avais hâte d'embarquer. C'était quand même la première traversée de l'année, et c'était toujours excitant d'aller en Amérique. WERNER FRANZ ENFANT On fait la course, Herr Kubis ? KUBIS Économise tes forces pour ton travail, mon garçon. COMMENTAIRE Werner Franz se souvient encore de l'immensité de l'appareil. WERNER FRANZ VIEUX La première fois que j'ai pénétré à l'intérieur du hangar, je n'ai même pas réussi à discerner à quel endroit se trouvait l'appareil. WERNER FRANZ VIEUX Il occupait absolument tout le volume du hangar. KUBIS Il mesure 245 mètres de long, ce qui ne fait que 9 mètres de moins que le Titanic. Il est recouvert d'une enveloppe externe faite de 34 100 mètres carrés de tissu. WERNER FRANZ VIEUX Je me suis retrouvé face à ce que je pensais être une espèce de grand mur gris. Il m'a fallu un bon moment pour que je comprenne que c'était le dirigeable lui-même que j'avais devant les yeux. KUBIS Chacune des dérives mesure 41 mètres de haut. KUBIS Il renferme au total 200 000 mètres cubes d'hydrogène. WERNER FRANZ JEUNE 200 028 mètres cubes, monsieur. KUBIS N'ayez crainte monsieur, vous pourrez fumer pendant le voyage. KUBIS Une cabine sert de fumoir, elle est isolée du reste de l'appareil. COMMENTAIRE Werner Doehner aussi se souvient d'avoir eu le souffle coupé. WERNER DOEHNER VIEUX On nous a fait visiter le Hindenburg à l'intérieur du hangar. Tout était énorme. J'ai été stupéfait par la taille des roues qui se trouvaient sous la nacelle et sous la queue, et la taille des hélices qui prolongeaient les moteurs. COMMENTAIRE Une bombe avait-elle pu être introduite à bord ? COMMENTAIRE Eckener savait qu'elle aurait dû franchir la douane de l'aérodrome de Francfort, ce qui faisait de chaque passager un suspect. ECKENER VO Un des passagers a-t-il eu un comportement suspect ? KUBIS VO Je connaissais monsieur Morris, il avait voyagé à bord du Graf Zeppelin. KUBIS VO Les Doehner étaient très excités, surtout les deux garçons. KUBIS VO C'était le premier vol de madame Mather. Elle parlait beaucoup, peut-être par nervosité. MARGARET MATHER J'aime beaucoup vos chaussures ! IRENE Merci. J'aime aussi les vôtres. MARGARET MATHER Elles sont italiennes. KUBIS VO Le protocole d'embarquement fut appliqué à la lettre, comme d'habitude. Il y a tout de même eu un passager qui... Comment dire... SPAH Attendez-moi! Attendez-moi ! KUBIS Il sortait du lot. Je me souviens qu'il est arrivé en retard. OFFICIER Vous avez votre ticket ? SPAH Oui, bien sûr. KUBIS Il s'appelait Joseph Spah. Il allait rejoindre sa famille aux États-Unis. OFFICIER Qu'y a-t-il dans la boîte ? SPAH C'est un cadeau pour ma fille. OFFICIER Pouvez-vous l'ouvrir ? SPAH Il le faut ? Il est emballé. OFFICIER Veuillez ouvrir cette boîte. KUBIS VO Monsieur Spah était un comique, un comique professionnel. KUBIS VO On l'a laissé embarquer avec son chien, une première à bord du Hindenburg. SPAH Je vous confirme que c'est une fille. Vous voulez fouiller mon chien ? OFFICIER Est-ce qu'il cache quelque chose ? SPAH Je ne sais pas, demandons-lui. Tu caches quelque chose ? SPAH Il dit que non. KUBIS VO Cela ne fit pas rire les douaniers. SPAH Ulla ! Ulla ! ECKENER Et après le décollage ? KUBIS Tout a été normal. KUBIS VO Une fois l'embarquement terminé, l'appareil fut prêt à décoller. Nous avons attendu le soir, car c'est le moment où il y a le moins de vent. Il pleuvait un peu, mais le décollage fut tranquille, comme d'habitude. MARGARET MATHER Vous permettez ? NELSON MORRIS Bien sûr, installez-vous.Nelson Morris. MARGARET MATHER Margaret Mather. COMMENTAIRE L'un des riches passagers pouvait-il être un saboteur ?Eckener devait tout envisager. PRUSS Démarrez les moteurs. SAMMT Démarrez les moteurs. NELSON MORRIS Vous rentrez chez vous ? MARGARET MATHER Je vais voir de la famille. Mais je ne peux pas prendre le bateau, ça me donne le mal de mer. PRUSS Prêts à quitter le mât. SAMMT Prêts à quitter le mât. NELSON MORRIS "Voler en dirigeable, cela revient à se laisser porter dans les bras des anges". MARGARET MATHER Êtes-vous poète, monsieur Morris ? NELSON MORRIS Hélas non. J'ai lu ça dans la brochure. PRUSS En route ! SAMMT En route ! KUBIS VO Il y eut l'effervescence habituelle. Monsieur Spah filma les autres passagers avec sa caméra. Personne ne s'en offusqua, heureusement. En dehors de notre comique, tout était normal, Docteur Eckener. COMMENTAIRE Eckener ne devait écarter aucun suspect. COMMENTAIRE À son arrivée à Lakurst, Eckener demanda à visionner les images du drame filmées pour les actualités. C'était la première fois qu'une catastrophe de ce genre était filmée. COMMENTAIRE Toutes les caméras avaient filmé le dirigeable en flammes, mais curieusement aucune n'avait capturé le moment de l'explosion. ECKENER 34 secondes, entre le début de l'incendie et le moment où le dirigeable s'est écrasé. 34 secondes... ECKENER Vous pouvez me le repasser ? ECKENER Regardez à quelle vitesse le feu se propage. Il se déclare à la poupe, puis s'étend le long de la galerie centrale jusqu'à ce qu'une gerbe de feu émerge de la proue, et tout cela en un rien de temps. ECKENER Tout s'est passé si vite... ROSENDAHL Veuillez m'excuser. ECKENER Ça suffit. Merci. ECKENER VO Ces images étaient très dures, mais aussi très précieuses. ECKENER VO Pour découvrir la vérité, je devais examiner le moindre indice. ECKENER Quel temps faisait-il le jour de l'atterrissage ? ROSENDAHL Il y a eu des orages, qui s'étaient dissipés quand j'ai donné l'autorisation d'atterrir. ECKENER J'aimerais consulter le registre météo. ROSENDAHL Très bien. Il vous sera transmis demain matin. ECKENER Merci. ECKENER VO Le commandant Rosendahl et sa femme m'invitèrent à séjourner chez eux pendant la durée de l'investigation. À mon arrivée, je fus surpris d'apprendre que Rosendahl était déjà en rapport avec le FBI. ROSENDAHL Docteur, j'aimerais pouvoir vous soumettre mes notes. ROSENDAHL Rosendahl. JEAN J'avais dressé la table, ce soir-là. Charles avait invité l'équipe de commandement à dîner avant leur retour vers l'Allemagne. ROSENDAHL Est-ce que le FBI est au courant ? JEAN À notre retour, quand j'ai vu cette table qui allait rester vide, je me suis sentie plus triste que jamais. ROSENDAHL Ils vont devoir prendre ça au sérieux... JEAN Croyez-vous que ce soit un sabotage ? D'après Charles, le capitaine Lehmann était sûr qu'il y avait une bombe. ECKENER Il faut d'abord examiner tous les indices, et ensuite on saura. ROSENDAHL Tenez-moi au courant. ROSENDAHL Il y a du nouveau. ROSENDAHL On a trouvé des traces de pas autour de la grille d'enceinte. Le FBI va jeter un œil, mais sans ouvrir d'enquête. ECKENER Le FBI n'enquête que quand un crime a été commis, n'est-ce pas ? ROSENDAHL Le capitaine Lehmann a dit qu'il y avait une bombe. ECKENER Je regrette, mais quel rapport y a-t-il avec les traces de pas ? ROSENDAHL Il a peut-être eu un complice. ECKENER Qui ? Qui a eu un complice ? ROSENDAHL Le saboteur. ECKENER En admettant qu'il y en ait eu un. JEAN Le docteur Eckener a sûrement envie de se coucher. ECKENER Merci, c'est vrai que je suis fatigué. Merci. JEAN Tu vas ressortir ? ROSENDAHL Je ferai vite. Il faut y aller avant qu'il repleuve. JEAN Je vais vous conduire à votre chambre. COMMENTAIRE Le FBI n'enquêterait qu'en cas d'indices probants de sabotage. Le commandant Rosendahl pensait en avoir trouvé. COMMENTAIRE Ce soir-là, il emmena l'agent Devereux examiner des traces de pas aux abord de la base de Lakehurst. COMMENTAIRE Un dirigeable rempli d'hydrogène était une cible facile pour un attentat. COMMENTAIRE Graham Dorrington est l'un des experts à avoir étudié les diverses manières dont le Hindenburg aurait pu être saboté. GRAHAM DORRINGTON Si quelqu'un voulait le détruire, c'était assez facile à faire. Il n'y aurait pas eu besoin de bombe, il aurait suffi de quelque chose d'assez petit, comme un flash photographique de l'époque. GRAHAM DORRINGTON Si quelqu'un avait déchiré les réservoirs en seulement deux endroits, cela aurait été suffisant pour faire embraser l'hydrogène, et pour entraîner la catastrophe qui a suivi. GRAHAM DORRINGTON Si les réservoirs avaient été percés de l'intérieur, cela expliquerait qu'on ait rien vu avant l'apparition des flammes. COMMENTAIRE Le dirigeable avait-il été détruit par une bombe ? Eckener savait que c'était possible, mais il était résolu à s'en tenir aux faits. ECKENER VO En arrivant sur les lieux de l'investigation, je savais que j'allais me retrouver face aux survivants de la catastrophe. ECKENER VO Des 61 membres de l'équipage, 21 s'en étaient tirés. Mais beaucoup d'autres restaient entre la vie et la mort. ECKENER VO Plus vite une explication serait trouvée au désastre, plus vite chacun trouverait sans doute la paix. Mais cette explication serait-elle vraie ? WILLIAM BISHOP Les premières flammes sont apparues à bâbord. WILLIAM BISHOP VO Elles m'ont semblé provenir de l'intérieur de la structure, au-dessus et à l'arrière du moteur de queue bâbord et devant l'aileron bâbord. ECKENER VO Au cours de l'audition du personnel de la base, un témoignage en particulier retint mon attention. MARIN 1 Quelques secondes avant l'incendie, j'ai remarqué un tremblement de l'enveloppe extérieure, sur la partie supérieure bâbord. MARIN 1 VO Dans un premier temps, aucune fumée ni aucun autre phénomène n'accompagna ce tremblement. C'était une ondulation, mais qui n'était pas provoquée par le mouvement des hélices. MARIN 1 Ça me faisait plutôt penser à un gaz qui se rependait et qui cherchait à s'échapper. ECKENER VO Pour moi, c'était un élément-clé pour élucider l'enchaînement des événements. ECKENER VO Mais les journalistes n'eurent pas l'air très convaincus. REPORTER 1 Tout ça est trop technique. Ce qu'on veut, c'est le coupable. REPORTER 2 Il paraît que le FBI tient une piste. Des bolcheviques auraient été vus dans les parages. ECKENER Pardonnez-moi, messieurs : à quoi ressemblent les bolcheviques ? Ont-ils un uniforme ? Comment les reconnaît-on ? REPORTER 1 Je ne fais que répéter ce que j'ai entendu. ECKENER Je croyais qu'un journaliste devait s'en tenir aux faits. REPORTER 2 Les faits c'est bien, un scoop c'est mieux. REPORTER 1 Tu l'as dit. COMMENTAIRE Sur les lieux de l'investigation, on avait disposé sur une table les objets sortis de la carcasse, parmi lesquels une petite voiture jouet. À ce stade de l'enquête, tous les indices étaient pertinents. KUBIS Elle appartenait à un des enfants Doehner. J'ai dû la lui confisquer, parce que les roues faisaient des étincelles. KUBIS Frau Doehner, je suis désolé de vous interrompre, mais... WERNER DOEHNER VIEUX Avant le départ, ma grand-tante m'avait fait cadeau d'une petite voiture. Elle avait un mécanisme pour la faire rouler toute seule sur le sol, mais quand on la remontait elle faisait des étincelles à l'avant. WERNER DOEHNER VIEUX Quand Kubis a vu ça, il me l'a prise. Ce genre de choses était interdite à bord du dirigeable. MADAME DOEHNER Werner, Walter, je veux que vous donniez cette voiture au monsieur. MADAME DOEHNER Walter. KUBIS Je promets que j'en prendrais soin. Je te la rendrai dès que possible. KUBIS Merci. ECKENER VO HerrKUBIS avait raison. La moindre étincelle représentait un danger. L'ensemble de l'équipage était pleinement conscient des risques à éviter. ECKENER VO Après tout, ils étaient suspendus au-dessus de l'Atlantique sous 200 000 mètres cubes d'hydrogène. ECKENER VO Au terme de chaque journée d'auditions, je menais ma propre enquête non-officielle, interrogeant à mon tour les survivants de l'équipage du Hindenburg. ECKENER VO Chacun avait sa théorie. SAUTER Des étincelles d'échappement ont-elles pu traverser l'enveloppe ? ECKENER Ces étincelles ne sont pas assez chaudes pour embraser l'hydrogène. La température des gaz d'échappement ne dépasse pas 250 degrés centigrades. La température d'ignition de l'hydrogène est 700 degrés. KUBIS Et la foudre, docteur Eckener ? ECKENER D'après ce qu'on m'a dit, les orages s'étaient éloignés bien avant l'atterrissage du dirigeable. COMMENTAIRE Mais Eckener savait qu'il était trop tôt pour écarter l'une ou l'autre hypothèse. ECKENER Est-ce que l'un d'entre vous se souvient de la moindre chose qui ait été inhabituelle au cours du vol ? KUBIS Tout ce qui nous contrariait, c'était de ne pas aller plus vite. KUBIS VO J'ai entendu que durant une partie du trajet, nous ne volions qu'à 40 nœuds, deux fois moins que notre allure normale. KUBIS VO Cela a dû créer des tensions dans la nacelle, surtout quand on a rencontré des orages au-dessus de l'Atlantique. LEHMANN Il faut rattraper le temps perdu. PRUSS Je n'ai jamais vu de vents de face si violents. En contournant l'orage, on accédera peut-être à une zone plus calme. PRUSS Merci, Werner. LEHMANN Non ! On va bientôt dîner, enfin ! SAMMT Il semble avoir l'esprit ailleurs. PRUSS Son fils est mort d'une pneumonie récemment. PRUSS Il avait deux ans. COMMENTAIRE Werner Franz, le garçon de cabine, se souvient des orages qu'ils ont traversé. WERNER FRANZ VIEUX On s'est retrouvé dans une assez forte tempête. Nous avons commencé à perdre lentement de l'altitude. Mais grâce à sa taille impressionnante, le dirigeable parvenait à rester malgré tout parfaitement stable. ECKENER VO Combien de temps ont duré les orages ? KUBIS VO Toute la nuit. Les passagers étaient un peu nerveux, comme toujours dans ces cas-là. PRUSS Ne vous inquiétez pas pour les orages. On peut les contourner, on peut même les traverser. Si la foudre nous frappe, la charge sera absorbée par le dirigeable. MARGARET MATHER C'est plutôt rassurant. NELSON MORRIS Et la morale de cette histoire sordide, messieurs, c'est... NELSON MORRIS De ne jamais épouser une actrice ! DOLAN Nelson a le chic pour attirer les filles à problèmes ! SPAH Pour ma part, j'ai la très grande chance d'avoir trouvé la femme idéale. SPAH Il ne me reste qu'à le dire à mon épouse ! COMMENTAIRE La foudre inquiétait les passagers, mais le Hindenburg n'avait rien à en craindre. COMMENTAIRE La foudre circulerait le long de l'enveloppe extérieure et dans la structure métallique sans entrer en contact avec l'hydrogène des réservoirs. À moins que l'un d'entre eux n'ait été percé, une hypothèse peu probable. COMMENTAIRE Les orages durèrent 12 heures, ce qui entraîna un retard important. MARGARET MATHER Je croyais que les dirigeables étaient censés être ponctuels. PRUSS Oui, c'était vrai jusqu'ici. Mais les violents vents de face qui soufflent depuis le départ nous ont valu un retard important. PRUSS Après l'atterrissage, nous devrons repartir vers l'Allemagne aussi vite que possible. De nombreux passagers ont prévu de se rendre à Londres pour assister au couronnement du roi. WALTER DOEHNER ENFANT Pourquoi l'Allemagne n'a pas de roi ? PRUSS Nous avons un chancelier à la place. MARGARET MATHER Qui se comporte comme un roi. SPAH Messieurs... SPAH Je dois aller nourrir mon chien. SPAH Il est allemand, il doit manger à heures fixes. COMMENTAIRE Alors qu'Eckener cherchait à comprendre cette ultime traversée, une idée revenait sans cesse dans les esprits. LAU Si c'était un sabotage ? LAU Bien des gens s'en prendraient à un symbole du Reich. ECKENER Herr Goering ne croit pas à un sabotage. SAUTER Je regrette monsieur, mais ce n'est qu'une déclaration politique. LAU Quand même, à qui profite le crime ? ECKENER Que suggérez-vous ? LAU C'est évident, non ? Qui est-ce qui dirige le monde ? KUBIS Bien sûr, les juifs tirent toutes les ficelles ! Ne les lancez pas là-dessus, docteur. LAU Il paraît qu'il y a eu une lettre. Elle disait que le dirigeable allait subir un attentat. ECKENER On a toujours reçu ce genre de lettres. Le monde est rempli de gens malades. LAU Assez malades pour faire sauter un dirigeable ? KUBIS VO J'ai vu le capitaine Lehmann dans la galerie centrale pendant la traversée. KUBIS VO Cherchait-il des bombes ? ECKENER VO J'en doute. Il vérifiait sûrement que les orages n'avaient rien endommagé. ECKENER VO J'étais au courant pour la lettre. J'aurais dû accorder plus d'attention aux menaces de sabotage. Quant à mon ami le commandant Rosendahl, je crois qu'il comptait toujours sur le FBI. ROSENDAHL L'ambassade allemande à New York a reçu une lettre avant le départ du Hindenburg. Elle annonçait qu'il y aurait une bombe à bord. AGENT DU FBI Oui, nous sommes au courant. ROSENDAHL Que comptez-vous faire ? AGENT DU FBI C'est sûrement un canular. On étudie la piste. ROSENDAHL J'espère bien. ROSENDAHL L'autre jour, on a sorti un morceau de métal de la carcasse, il était couvert d'un résidu jaune. Vous devriez l'analyser. AGENT DU FBI Je vais le faire pour vous, commandant Rosendahl, mais le FBI n'est pas autorisé à ouvrir d'enquête criminelle. ROSENDAHL Et les traces de pas ? AGENT DU FBI Elles ne mènent nulle part. ROSENDAHL C'est de l'humour d'agents du FBI ? AGENT DU FBI Pas du tout, mon commandant. Les badauds se rassemblent souvent autour de la base quand un dirigeable atterrit. Ce serait bizarre qu'il n'y ait pas de traces de pas. ROSENDAHL Il y a autre chose que vous devriez tirer au clair. Mais à voir votre attitude, je doute que vous preniez ça au sérieux. AGENT DU FBI Qu'est-ce que c'est ? ROSENDAHL J'ai appris qu'un des passagers a eu accès à des zones réservées au personnel. Il avait un chien en soute, qu'on lui a permis d'aller nourrir. Ce qui est assez curieux, c'est que... ROSENDAHL c'est un acrobate. ROSENDAHL Il aurait pu se faufiler dans le câblage pour poser une bombe. AGENT DU FBI Pourquoi aurait-il fait ça si lui-même se trouvait à bord ? ROSENDAHL Le dirigeable avait 12 heures de retard. En arrivant à l'heure, il aurait été très loin au moment de l'explosion. ROSENDAHL Le nom de ce passager.. ROSENDAHL Est Joseph Spah. KUBIS Je ne devrais pas vous laisser venir ici, monsieur. SPAH Je vous remercie. Mon chien ne mange que si je le nourris moi-même, je l'ai toujours trop gâté. Un biscuit pour chien ? KUBIS Non merci. SPAH Quand même, c'est quelque chose, ce dirigeable. KUBIS En effet. Par ici, monsieur. SPAH Ulla ! C'est l'heure de manger, ma petite. SPAH Lui, c'est oncle Kubis. Dis bonjour à oncle Kubis ! KUBIS Je vais devoir vous laisser, monsieur. SPAH Dis "au revoir". "Au revoir" ! ECKENER Que pensez-vous de Joseph Spah ? KUBIS Il m'inspirait confiance. ECKENER Vous ne vous êtes pas dit qu'il cachait quelque chose ? Que faisait-il en soute ? Les passagers n'avaient pas le droit de s'y rendre. KUBIS Il venait nourrir son chien. KUBIS Il ne cachait rien, j'en suis sûr. SPAH C'est Hitler qui... SPAH visite un asile de fous. SPAH Tous les patients sont alignés à côté de leur lit, et au fur et à mesure qu'Hitler passe devant eux, ils le saluent : "Heil Hitler ! Heil Hitler !" SPAH Tous, à l'exception d'une personne. SPAH Hitler est furieux : "Et alors? Pourquoi ne me saluez-vous pas ?". Et le gars répond : ... SPAH "Je regrette, mais je travaille seulement ici. Je ne suis pas fou, moi !" KUBIS Il m'inspirait confiance. KUBIS Je vous laisse, messieurs, je suis très fatigué. ECKENER VO Spah pouvait-il être un saboteur ? Ses déplacements non accompagnés dans la galerie centrale lui avaient donné l'occasion de poser une bombe. Si l'explosion avait eu lieu en Allemagne, les autorités locales lui auraient sûrement arraché une confession. ECKENER VO Lorsqu'on retrouva sa caméra dans la carcasse, le film sembla être l’œuvre de quelqu'un qui se contente de profiter de sa traversée. Filmer les autres passagers et les icebergs s'apparente mal au profil d'un saboteur. Sauf si c'est un saboteur de génie. COMMENTAIRE Une décision d'Eckener fit du Hindenburg la cible potentielle d'un attentat. Il permit qu'on place sur les dérives des swastikas de 15 mètres de haut : le prix à payer pour le soutien financier du parti Nazi. RICK ZITAROSA Eckener ne portait pas le parti nazi dans son cœur, mais cela lui a permis de financer la construction du Hindenburg, qui allait constituer un symbole très fort du renouveau de l'Allemagne. RICK ZITAROSA Les nazis voulaient profiter de ce prestige, et Eckener avait besoin d'argent. Il a en quelque sorte conclu un pacte avec le diable, mais il lui fallait cet argent pour construire son dirigeable. RICK ZITAROSA Hugo Eckener a compris que son dirigeable était devenu un symbole politique, plutôt malvenu. COMMENTAIRE Eckener était ingénieur, pas homme politique. Mais quelle que soit la cause de l'explosion, il savait qu'il devrait en assumer une grande part de responsabilité. COMMENTATEUR RADIO Au cours de ce discours, le chancelier Hitler demande au peuple allemand de choisir entre coopération et isolationnisme. Mais tout porte à croire qu'Hitler lui-même a encore du mal à se décider entre les deux... ROSENDAHL Vous n'arrivez pas à dormir ? ECKENER Non. ROSENDAHL Moi non plus. ROSENDAHL Vous voulez un remontant ? ROSENDAHL C'est notre ami... ECKENER Autrefois, les Zeppelins étaient bienvenus aux États-Unis. Depuis qu'Hitler est au pouvoir, tout a changé. ROSENDAHL Les Américains sont assez intelligents pour faire la différence entre un dirigeant et son peuple. ECKENER Vous vous souvenez de la première fois qu'un Graf Zeppelin s'est posé ici ? 250 000 personnes sont venues le voir. ECKENER Il a fallu la journée pour sortir de la base. ROSENDAHL Les routes étaient bondées. ECKENER C'était vraiment la.. Comment dites-vous... ECKENER La "pagaille" ! ECKENER Ce jour-là, je'ai cru jeter un pont au-dessus de l'Atlantique. Un pont fraternel, qui célébrerait ce que l'humanité a de meilleur... ECKENER En voyant la carcasse du Hindenburg, j'ai compris que tous mes rêves étaient partis en fumée. ECKENER J'y ai vu quelque chose d'autre, et ça m'a glacé le sang. ECKENER J'ai vu l'Allemagne. RICK ZITAROSA Les Allemands ont utilisé de l'hydrogène parce que ça ne coûtait pas cher, que c'était facile à produire et que c'était le gaz qui avait servi à gonfler la plupart des montgolfières et des dirigeables depuis le 18ème siècle. RICK ZITAROSA De son côté, l'hélium était un gaz ininflammable et plus léger que l'air, des qualités importantes dans l'aéronautique. Mais il était légèrement plus lourd que l'hydrogène et il coûtait une véritable fortune. Son prix était environ 10 fois plus élevé que celui de l'hydrogène. ECKENER VO L'investigation en était rendue à sa deuxième semaine. ECKENER VO Y découvrirait-on la vérité ? ECKENER VO La vérité ? Peut-être le véritable moment de vérité avait-t-il eu lieu il y a 8 ans, lors de mon entrevue avec de hauts fonctionnaires américains. Ce jour-là, j'aurais pu changer le cours des choses. SECRÉTAIRE DocteurECKENER ? ECKENER VO Je n'aurais jamais cru que les décisions que j'avais prises à cette occasion reviendraient me hanter. ECKENER VO L'hydrogène. Pendant plus de 30 ans, nous avions perfectionné la manière la plus sûre de l'utiliser. Nous étions confiants, convaincus que nos rêves pouvaient vaincre les lois de la nature... REPORTER 1 Les boches vont dire que c'est de notre faute, qu'on aurait dû leur donner de l'hélium. REPORTER 1 Docteur, pensez-vous que cette catastrophe aurait été évitée si vous aviez utilisé de l'hélium au lieu d'hydrogène ? EKCENER En tout cas, il est exact que l'hélium ne brûle pas. REPORTER 1 Si les États-Unis avaient assoupli l'embargo sur l'hélium, les victimes auraient-elles été épargnées ? ECKENER Il est trop tôt pour tirer des conclusions. ROSENDAHL C'est tout merci. C'est tout. REPORTER 1 Merci, docteur. TRIMBLE Messieurs, nous allons commencer. COMMENTAIRE C'était au tour du commandant Rosendahl de témoigner. Tous les regards étaient braqués sur lui. COMMENTAIRE C'était lui qui avait autorisé l'atterrissage, en s'appuyant sur son interprétation de la météo. TRIMBLE Mon commandant, veuillez décliner votre identité. ROSENDAHL Charles Emory Rosendahl, commandant de la marine américaine. TRIMBLE Votre affectation ? ROSENDAHL Je suis le commandant de la base aéronautique de Lakhurst, New Jersey. TRIMBLE Mon commandant... ROSENDAHL J'espère que cette commission ne me reprochera pas le caractère brouillon de mon témoignage. Je n'ai pas eu l'occasion d'organiser mes notes comme je l'aurais souhaité. ROSENDAHL La venue du Hindenburg aux États-Unis s'inscrivait dans une série de 18 voyages aller-retour aux dessus de l'Atlantique Nord. ROSENDAHL VO Le programme de la saison 1937 avait été calculé pour que l'arrivée à la base s'effectue à 6 heures du matin, heure d'été sur le fuseau de New-York. ROSENDAHL VO Le dirigeable devait survoler les terres depuis le Maine, puis suivre la côte est vers le sud. C'était l'itinéraire qu'avait déjà emprunté le Hindenburg lors des 10 traversées précédentes entre Francfort et Lakehurst. LEHMANN Quelle est notre vitesse ? SAMMT 68 nœuds. PRUSS Ernst, nous poussons déjà les moteurs autant qu'il est possible de le faire. PRUSS Contactez Lakhurst. Dites-leur que nous aurons du retard. COMMENTAIRE L'annonce du retard fut très mal accueillie parmi les passagers. Cette clientèle de luxe estimait avoir droit à une arrivée ponctuelle. MARGARET MATHER Quand donc atterrirons-nous ? KUBIS Je crains que nous n'ayons un peu de retard. MARGARET MATHER C'est-à-dire ? KUBIS Je ne sais pas précisément, madame. Mais le capitaine Pruss tente de rattraper le temps perdu. SPAH Ils vont faire un tirage au sort. Les perdants seront jetés à la mer pour alléger le dirigeable. ROSENDAHL VO Le dirigeable envoya un message pour fixer sa nouvelle heure d'arrivée à 18 heures, soit 12 heures plus tard que prévu. ROSENDAHL VO En raison de ce retard et parce que le dirigeable devait repartir au plus vite pour l'Allemagne, nous voulions que l'atterrissage soit effectué le plus tôt possible. ROSENDAHL Les conditions météo étaient incertaines sur toute la côte Est. À 14 heures, on nous informa que le Hindenburg survolait New York. COMMENTAIRE Le survol de Manhattan était considéré comme le temps fort du voyage. IRÈNE DOEHNER Maman, papa ! WERNER DOEHNER VIEUX Nous avons vu l'Empire State Building. Les bateaux du port faisaient mugir leur sirène sur notre passage. On ne pouvait pas les entendre, mais on voyait la vapeur qui s'échappait. WERNER FRANZ VIEUX Ce fut un très beau voyage pour moi aussi. La plupart du temps, je n'avais pas grand chose à faire. J'avais fini tout mon travail à l'arrivée à New York. WERNER FRANZ VIEUX J'ai pu observer toute la ville. Nous avons d'abord survolé la banlieue, et ensuite nous sommes passés au-dessus des gratte-ciels de Manhattan. Ces images m'ont laissé un souvenir impérissable. COMMENTAIRE La vie des passagers du Hindenburg allait bientôt changer à jamais. PRUSS Pleins gaz sur Lakehurst, Herr Sammt. SAMMT Plein gaz sur tous les moteurs. ROSENDAHL VO Le Hindenburg suivit la côte vers le sud, en direction de Lakehurst. À 16 heures, la pression descendit sur la base. Le front de la perturbation se rapprochait, accompagné d'averses et d'orages. COMMENTAIRE Le dirigeable avait alors déjà 10 heures de retard. REPORTER 1 Mon commandant ! Ils arrivent bientôt, nos amis les allemands ? ROSENDAHL Je vous tiendrai au courant. REPORTER 1 Je croyais que les allemands étaient des gens efficaces. REPORTER 2 Déjà 10 heures de retard. REPORTER 1 Je tiens mon papier. REPORTER 1 "Nos amis allemands ont inventé une belle machine volante. Mais quelques gouttes de pluie, et ils ne respectent plus leurs horaires. Mieux vaut traverser l’Atlantique en bateau : c'est deux fois moins cher et deux fois plus efficace." ROSENDAHL VO À la base, le ciel est resté orageux de 15 heures 40 à 16 heures 45. La visibilité était réduite. ROSENDAHL VO À 17 heures 43, j'ai envoyé le message suivant au Hindenburg : "Conditions incertaines, recommandons de retarder l'atterrissage jusqu'aux prochains relevés..." SAMMT "Retarder l'atterrissage jusqu'aux prochains relevés. Communiquez-nous votre décision." PRUSS Informez Lakehurst que nous attendrons que le temps s'améliore. LEHMANN Des passagers comptent sur le vol vers l'Allemagne pour se rendre à Londres. Je doute que l'Angleterre décale le couronnement de son roi pour le Hindenburg. PRUSS Ces Anglais changent de roi comme de chemise. Il y aura un autre couronnement bientôt. ROSENDAHL Nous avons reçu une réponse du Hindenburg : " Nous attendrons que vous jugiez les conditions meilleures". ROSENDAHL À 18 heures 15, j'ai envoyé un autre message : "Recommandons atterrissage immédiat, conditions en nette amélioration." ROSENDAHL La foudre frappait encore au loin vers le sud et le sud-ouest, mais sur la base, le temps s'était grandement amélioré et se prêtait parfaitement à un atterrissage. COMMENTAIRE Rosendahl se sentait obligé d'autoriser l'atterrissage. MARIN 2 Mon commandant, "temps couvert, pluies éparses, orages résiduels à l'ouest". On dirait que ça se dégage. ROSENDAHL Dieu merci. Où est le Hindenburg ? MARIN 2 À Forked River, mon commandant. À environ 22 kilomètres. ROSENDAHL Contactez le dirigeable : "Conditions propices à l'atterrissage". COMMENTAIRE C'est à Rosendahl que revenait la responsabilité d'autoriser l'atterrissage. SAMMT "Conditions nettement meilleures. Recommandons atterrissage au plus tôt". LEHMANN Pourrons-nous préparer le dirigeable à repartir avant minuit ? PRUSS Il faudrait être plus rapides que nous ne l'avons jamais été. LEHMANN Il y a toujours moyen de faire mieux. COMMENTAIRE À 19 heures 11, le Hindenburg arriva aux abords de la base. TÉMOIN Le voilà ! ROSENDAHL VO Le dirigeable s'est élevé légèrement et a fait un virage assez serré à tribord, mais sa manœuvre ne sortait pas de l'ordinaire. ROSENDAHL VO L'approche du Hindenburg a été normale. Le dirigeable a fait descendre ses filins de poupe à 19 heures 21, heure d'été du fuseau de New York. 4 minutes environ après la descente des filins de poupe, j'ai remarqué l'apparition de flammes à l'arrière. ROSENDAHL VO Je me suis tout de suite dit que le dirigeable était condamné. TRIMBLE Merci, mon commandant. TRIMBLE La session journalière est terminée. Merci. ECKENER VO Le commandant livra un compte-rendu objectif et direct des événements. Il ne fit allusion ni à son désarroi au moment de la catastrophe ni à ses soupçons de sabotage. ECKENER VO Son témoignage fut déterminant. ECKENER VO Je commençais à douter de l'interprétation que Rosendahl avait fait de la météo, ce jour-là. ROSENDAHL Eckener a prit beaucoup de notes pendant que je parlais. JEAN C'est assez normal, non ? ROSENDAHL J'ai eu l'impression de passer un examen, sans le réussir. JEAN Vous le voyez tous comme le pape du vol en dirigeable. ROSENDAHL C'est le meilleur. ROSENDAHL Personne ne veut le décevoir. JEAN Charlie, tu as toujours été à la hauteur. JEAN C'est ce qui t'a valu ta médaille. ECKENER VO Je ne faisais plus confiance au jugement de mon ami. ECKENER VO C'était à Rosendahl qu'il avait incombé d'interpréter la météo. Comme tous les autres, il avait jugé que les orages s'étaient éloignés longtemps avant l'arrivée du Hindenburg à Lakehurst. MARIN 2 Monsieur, le commandant Rosendahl m'a dit de vous remettre le registre météo. ECKENER Ah oui. Merci. ECKENER À quelle heure le personnel de la base a été déployé ? MARIN 2 Vers 17 heures, monsieur. ECKENER Quel temps faisait-il à cette heure-là ? MARIN 2 La perturbation était passée. On a été soulagés, le commandant voulait effectuer l'atterrissage au plus vite. ECKENER D'accord. ECKENER Merci. ECKENER VO Le registre météo mentionnait bien que le front de la perturbation s'était éloigné longtemps avant la catastrophe. Le commandant avait dit la vérité, mais je découvris une chose dans le registre qu'il n'avait pas remarqué ce jour-là. ECKENER VO Les relevés anémométriques et barométriques indiquaient la présence d'un orage plus petit au moment où le dirigeable arrivait en vue de la base, ce que personne au sol ne remarqua. Comment s'en étonner : chacun était en effervescence pour l'atterrissage. RICK ZITAROSA À l'époque, la météo aéronautique n'en était encore qu'à ses balbutiements. Mais Eckener avait un don presque surnaturel pour deviner le temps qu'il allait faire. RICK ZITAROSA On le considérait comme le pape de la météo parmi les officiers et les aviateurs des forces aéronavales allemandes. Son aptitude à interpréter les variations du temps et à saisir les moindres paramètres qui affectaient un vol était légendaire. ECKENER VO Le petit orage consigné dans le registre n'avait peut-être pas produit d'éclairs, mais il avait sans doute chargé l'atmosphère d'assez d'électricité pour créer des décharges électrostatiques. ECKENER VO Et si de l'hydrogène échappé d'un réservoir avait été enflammé non par un éclair, mais par une étincelle à la surface du dirigeable - une étincelle d'électricité statique, pourquoi pas ? ECKENER VO Je ne suis pas physicien, mais j'ai vu de mes propres yeux des hommes projetés à plusieurs mètres par une décharge électrostatique pour avoir saisi un filin trop tôt. ECKENER VO Cela est dû à l'électricité statique que le dirigeable accumule en vol, et qui a ensuite besoin de s'équilibrer avec le sol. Le personnel de la base le savait bien, en ayant plusieurs fois fais les frais. MAX COLEMAN Lorsque les filins, qui étaient le plus souvent des câbles métallique, étaient descendus, il valait mieux ne pas se tenir trop près de l'endroit où ils touchaient le sol, sinon... MAX COLEMAN Ça pouvait vous secouer, et même vous assommer. GRAHAM DORRINGTON Cette démonstration tente de montrer différentes manières d'embraser un mélange d'hydrogène et d'air ambiant. GRAHAM DORRINGTON Ceci est une bobine Tesla, elle envoie des décharges de 30 000 volts, telles qu'il s'en produit dans l'atmosphère. GRAHAM DORRINGTON Je sens un picotement sur mon doigt, ça suffirait à embraser le gaz. ECKENER VO S'il s'était agi d'une décharge d'électricité statique, l'explosion aurait dû avoir lieu au moment où les filins avaient touché le sol. Mais elle ne s'était produite que 4 minutes plus tard. ECKENER VO L'électricité statique n'était qu'une pièce de plus dans un puzzle qui me laissait encore perplexe. ECKENER VO À la fin de la deuxième semaine d'investigation, ce fut au tour de l'équipage du Hindenburg de témoigner. Helmut Lau fut entendu le premier. Il s'était trouvé à quelques mètres de l'endroit de l'explosion. ECKENER VO Sa survie tenait du miracle. Les journalistes espéraient entendre des anecdotes sensationnelles. TRIMBLE Monsieur Lau, quel poste occupiez-vous à bord du Hindenburg ? LAU J'étais timonier. TRIMBLE Où étiez-vous avant l'atterrissage ? LAU J'étais à la poupe, près de la dérive inférieure. TRIMBLE Monsieur Lau, veuillez nous décrire ce que vous avez vu. LAU J'étais sur la galerie annexe, sur le côté bâbord de la dérive. LAU J'ai entendu une détonation étouffée au-dessus de moi, et j'ai levé la tête. LAU À tribord, j'ai vu à travers un réservoir de gaz une lueur vive qui provenait de l'avant du réservoir numéro 4. LAU Tout à coup, la chaleur a fait disparaître le réservoir. Les flammes sont devenues aveuglantes, et le feu a commencé à s'étendre, surtout à tribord. LAU VO J'ai vu des morceaux d'aluminium et de tissu voler. Au même moment, l'arrière du réservoir 4 et le réservoir voisin ont pris feu à leur tour. LAU VO Des morceaux de poutrelles, de l'aluminium fondu et des lambeaux de tissu se sont alors mis à tomber d'en haut. Tout cela a duré à peine une fraction de seconde. LAU VO Le dirigeable perdait beaucoup d'altitude. TRIMBLE Merci, monsieur Lau. LAU Merci. ROSENDAHL Si Lau ne se trompe pas, le feu a pris à l'intérieur. Il a pu être causé par une bombe incendiaire ! ECKENER VO Rosendahl avait peut-être raison. Une seule personne pouvait m'aider à lever ce mystère. Mais cette personne était à l'hôpital dans un état critique. COMMENTAIRE Les décisions prises au cours des dernières minutes précédant le drame étaient cruciales pour l'investigation. COMMENTAIRE L'équipe de commandement du Hindenburg connaissait le déroulement des événements. L'état de santé des deux officiers encore vivants était préoccupant, mais le capitaine Sammt accepta de témoigner depuis son lit d'hôpital. ECKENER VO Le capitaine Sammt était un homme capable, qui aurait été appelé à commander le Hindenburg si le destin ne s'en était pas mêlé. ECKENER VO Son témoignage allait s'avérer d'une importance décisive. TRIMBLE Capitaine Sammt, veuillez décliner votre poste à bord du Hindenburg. SAMMT J'étais le capitaine en charge de l'atterrissage. TRIMBLE Commandiez-vous le dirigeable ? SAMMT C'est le capitaine Pruss qui commandait. J'étais son second. TRIMBLE Capitaine, décrivez-nous votre dernier quart d'heure à bord du dirigeable. SAMMT Après avoir survolé le terrain d'atterrissage une première fois, nous avons viré au sud... SAMMT Et nous avons laissé l'orage... SAMMT À tribord. SAMMT VO On nous a signalé que l'orage était juste au-dessus du terrain d'atterrissage. Au nord, il y avait encore quelques averses, alors nous avons dévié vers l'ouest pour les contourner. SAMMT VO Près de Lakehurst, nous avons eu de la pluie. Nous avons survolé la base à une altitude de 50 mètres, mais nous avons vu que le personnel au sol n'était pas encore prêt à l'atterrissage. SAMMT VO Nous avons donc de nouveau survolé la base, puis faire demi-tour en réduisant les gaz de moitié. SAMMT VO Nous étions un peu trop légers, on a donc lâché du gaz pendant une vingtaine de secondes. SAMMT VO Le dirigeable s'est retrouvé déséquilibré : un peu trop lourd à l'arrière, et trop léger à l'avant. SAMMT VO On a envoyé 6 ou 7 membres de l'équipage du milieu vers l'avant pour lester la proue. SAMMT VO À l'approche du mât d'appontage, le vent a changé de direction. Nous avons dû corriger le cap en virant vers la droite, puis nous avons coupé les moteurs. SAMMT Les moteurs arrière marchaient à rebours, et ceux de devant étaient au point mort. SAMMT VO Nous avons largué environ 600 kilos de ballast pour alléger la poupe. SAMMT VO L'appareil s'est immobilisé, et nous avons descendu les filins. SAMMT Nous n'avions plus qu'à attendre que le personnel de la base tire le dirigeable jusqu'au sol. TRIMBLE Merci, capitaine. ECKENER VO Les déclarations de Sammt étaient essentielles à mon enquête, mais elles me laissaient perplexe. ECKENER VO Il était clair que le dirigeable avait été déséquilibré, trop léger à l'avant et trop lourd à l'arrière. ECKENER VO Ce qu'avait dit Sammt ne pouvait signifier qu'une chose : de l'hydrogène s'était échappé depuis plusieurs minutes. ECKENER VO Mais comment l'expliquer ? Sammt m'avait-il vraiment tout dit ? Une telle catastrophe avait pu jouer des tours à sa mémoire. ECKENER Messieurs. ECKENER Je crois qu'il a dû se produire une étincelle qui a embrasé une accumulation de gaz à la poupe de l'appareil. SAUTER Mais comment du gaz serait sorti d'un réservoir ? KUBIS Si c'était un sabotage ? LAU On en a discuté des centaines de fois. ECKENER Nous nous reverrons demain aux auditions. Vous êtes l'équipage le plus valeureux à avoir volé à bord d'un de mes dirigeables. Je suis fier de vous... ECKENER Et de vos camarades décédés. KUBIS Merci docteur Eckener LAU Merci docteur Eckener. SAUTER Merci docteur Eckener. LAU Tu crois que le vieux a trouvé la réponse ? SAUTER Je crois qu'il est tout aussi perdu que nous. ECKENER VO Dans quelques heures j'allais être entendu, mais je cherchais encore des explications. Je me faisais l'effet d'un imposteur. ECKENER VO Contrairement aux autres, ma déposition ne reposerait pas sur une expérience directe de la catastrophe. Mais les morts et les survivants méritaient que je donne un sens à cette tragédie. ECKENER VO La réponse était à trouver dans les minutes qui avaient précédé l'explosion. MORRISON Il a pris feu et il tombe, il va s'écraser au sol. Faites attention, ne restez pas là ! Filme la scène Charlie, filme ! Il est en feu, il va s'écraser, c'est horrible ! Il tombe sur le mât d'appontage. C'est une tragédie, il n'y a aucun doute là-dessus... ECKENER Revenez au début, s'il vous plaît, à l'arrivée de l'appareil. MORRISON Je suis maintenant à l'extérieur du hangar. Quelle vision magnifique que cet appareil qui descend du ciel. Il se dirige vers nous et vers le mât d'appontage... ECKENER VO Et voilà le dernier virage... La phase d'approche de l'appareil avait quelque chose d'incontrôlé. Moi qui avait piloté ce dirigeable à maintes reprises, j'avais la sensation que sur ces images, sa structure était déformée à bâbord, avant que sa poupe ne s'alourdisse brusquement. GRAHAM DORRINGTON En observant la phase d'approche, il semble évident qu'il y a eu une fuite d'hydrogène dans la partie arrière du dirigeable. Cette fuite aurait conduit de l'hydrogène à se mélanger à l'air des galeries. GRAHAM DORRINGTON Nous savons cela parce que le capitaine a demandé à 6 hommes de venir à l'avant. Il a pris cette décision pour conserver l'équilibre du dirigeable, qui commençait à devenir trop lourd à l'arrière. GRAHAM DORRINGTON La fuite a dû être assez importante, pour entraîner un tel déséquilibre à l'arrière. GRAHAM DORRINGTON Pour vous donner une idée de sa vitesse, il lui fallait environ 8 secondes pour parcourir sa propre longueur, et environ 20 fois sa longueur pour s'immobiliser. GRAHAM DORRINGTON Les virages étaient des manœuvres délicates à effectuer. Le pilote devait s'y prendre longtemps à l'avance et virer avec beaucoup de douceur. On ne pouvait pas changer de cap au dernier moment, tout était très lent sur un dirigeable. Des forces énormes entrent en jeu sur un appareil de cette taille. ECKENER VO Quelque chose me disait que c'était cette dernière manœuvre qui avait causé la perte du Hindenburg. LIEUTENANT MAY J'ai trouvé qu'il arrivait assez vite... ANDREWS À ce moment, il a fait un virage serré... SAMMT À l'approche du mât, nous avons viré sur la droite... ECKENER VO Je devais retourner interroger le capitaine Sammt au sujet de ce dernier virage. SAMMT Docteur Eckener ? ECKENER Veuillez m'excuser... ECKENER Mais pourriez-vous me décrire la manœuvre d'approche encore une fois ? SAMMT À l'approche du mât, le vent a changé de direction. SAMMT Il a fallu corriger le cap. SAMMT Le vent a tourné, il souffle sud-ouest. PRUSS À tribord toute. SAMMT À tribord toute ! SAMMT VO Nous avons viré à droite... ECKENER De quelle manière ? SAMMT Normalement. ECKENER Certains membres d'équipage parlaient d'un virage serré. ECKENER Continuez. SAMMT On a de nouveau lâché du gaz 2 minutes plus tard, puis encore une fois deux minutes après. Mais l'arrière de l'appareil restait trop lourd. SAMMT On a largué 300 litres d'eau. SAMMT Puis de nouveau 500 litres près du mât. PRUSS Lâcher de gaz, 15 secondes... SAMMT On a de nouveau libéré du gaz, des réservoirs 11 à 16. SAMMT 10 secondes... SAMMT 5 secondes... SAMMT Fin du lâcher. ECKENER Donc l'arrière était encore trop lourd à l'approche du mât d'appontage ? SAMMT Oui. PRUSS Envoyez 6 hommes vers l'avant. SAMMT Les cuisines, 6 hommes vers l'avant. PRUSS Tous les moteurs, arrière toute. SAMMT Tous les moteurs, arrière toute ! PRUSS Moteurs avant, avant lent. SAMMT Moteurs avant, avant lent ! PRUSS Moteurs arrière, arrière lent. SAMMT Moteurs arrière, arrière lent ! ECKENER Le déséquilibre vers l'arrière ne vous a pas préoccupé ? SAMMT Il ne m'a pas semblé excessif. SAMMT On avait brûlé beaucoup de carburant à cause des vents de face de l’Atlantique. SAMMT On s'attendait à être légers. ECKENER VO Il ne me restait plus que quelques heures avant mon audition. ECKENER VO Il fallait réfléchir. À 19 heures 17, le dirigeable virait brutalement à tribord. Et quelques minutes plus tard, l'arrière devenait plus lourd. ECKENER VO Il avait dû se produire une fuite de gaz, mais comment ? ECKENER VO La réponse était là, quelque part... MARIN 1 Quelques secondes avant l'incendie, j'ai remarqué un tremblement de l'enveloppe extérieure, sur la partie supérieure bâbord. ECKENER VO Puis les filins ont été descendus. Quatre minutes plus tard, le Hindenburg prit feu. Et le monde bascula. ROSENDAHL Où estECKENER ? JEAN Il est parti tôt. ROSENDAHL Hier soir, il n'a rien dit à ce sujet. JEAN Il va être entendu, aujourd'hui. il voulait sûrement rassembler ses pensées. ROSENDAHL J'espérais qu'on se parlerait avant. JEAN Il a une théorie ? ROSENDAHL Il ne m'a pas dit, mais il doit avoir quelques idées. JEAN Tu manges quelques chose? ROSENDAHL Non, pas ce matin. Je n'ai pas faim. COMMENTAIRE Chacun voulait entendre la déposition de Eckener. COMMENTAIRE L'homme qui avait donné vie à ce dirigeable allait énoncer les causes de sa mort. COMMENTAIRE Il savait que sa version ne plairait pas à tout le monde. ECKENER VO Par mes mots, je risquais de mettre en cause l'équipage, et mes collègues. Toute vérité n'est pas facile à entendre. ROSENDAHL Vous avez reçu les analyses de la poudre jaune ? AGENT DU FBI C'était des résidus provenant d'un extincteur. ROSENDAHL Et pour les lettres ? AGENT DU FBI On continue d'enquêter dessus. Mais encore une fois, les drames attirent toutes sortes de malades. ROSENDAHL Je sais que c'était un sabotage. ROSENDAHL À tout à l'heure. TRIMBLE DocteurECKENER, êtes-vous prêt à être entendu ? ECKENER Oui. TRIMBLE Que le docteur prête serment. ECKENER Étant donné les circonstances mystérieuses qui ont entouré cet événement, il va de soi qu'il est de notre devoir d'envisager toutes les hypothèses possibles. ECKENER Nous savons tout de même une chose : chacun s'accorde à dire que le feu s'est déclaré à la poupe, sur la partie supérieure du dirigeable. ECKENER Nous pouvons donc en conclure qu'il s'était formé auparavant une accumulation anormale de gaz à l'arrière de l'appareil. ECKENER Ce gaz dont nous supposons la présence a dû être embrasé par une étincelle. ECKENER Il a été envisagé que la foudre ait pu être à l'origine de cet embrasement. Mais des témoins ont affirmé que le feu s'est propagé comme une vague, sur le dessus de l'appareil. ECKENER Selon moi, ce phénomène n'a pas pu être causé par la foudre. ECKENER Personne n'a d'ailleurs vu d'éclair aux alentours du dirigeable. Je pense que le gaz n'a pas été embrasé par la foudre, mais par une étincelle d'électricité statique. Je m'explique : ... ECKENER J'ai appris qu'un orage avait traversé la base juste avant qu'on donne l'ordre au dirigeable d'atterrir. ECKENER Mais si l'on examine plus en détail le registre météo - les relevés d'anémométrie, de barométrie et de températures -, on ne peut qu'en conclure que cet orage a été suivi par un autre, plus petit que le premier. ECKENER Il n'y a rien d'étonnant à ce que personne sur la base ne l'ait remarqué, car tout le monde était focalisé sur les manœuvres d'atterrissage et le guidage du dirigeable. ECKENER J'affirme donc catégoriquement qu'il s'est produit une perturbation orageuse résiduelle à la suite du premier orage, fournissant les conditions nécessaires à l'apparition d'étincelles électrostatiques. ECKENER Si l'on accepte cette explication, il peut paraître étrange que l'embrasement ne se soit pas déclenché à l'instant même où les filins ont été descendus. ECKENER Car c'est à ce moment-là que la décharge électrostatique du dirigeable aurait dû avoir lieu, quand les filins ont touché le sol. Or nous savons que l'explosion ne s'est produite que 4 minutes plus tard. Je crois qu'il existe une explication très simple à ce phénomène. ECKENER Les filins devait être très secs, et donc très mauvais conducteurs. ECKENER Mais peu à peu, la pluie qui tombait toujours s'est mise à les humidifier. La différence de potentiel entre le dirigeable et le sol s'est ainsi lentement annulée. Le Hindenburg était à présent une sorte de gigantesque cerf-volant à proximité d'une perturbation orageuse. ECKENER La différence de potentiel entre l'appareil et les masses d'air environnantes était devenue suffisante pour générer des étincelles électrostatiques. Il n'y eut pas d'éclair, rien qu'une petite étincelle suffisante pour embraser de l'hydrogène au contact de l'air ambiant. ECKENER Je vais maintenant parler de l'accumulation de gaz qui s'est produite à l'arrière du dirigeable. ECKENER Je suis convaincu que seule une fuite a pu être à l'origine d'une accumulation de gaz aussi anormalement importante à l'arrière de l'appareil. ECKENER Mon hypothèse est confirmée par un fait très singulier qu'a rapporté l'un des témoins. ECKENER Il remarqua "un tremblement de l'enveloppe extérieure, sur la partie supérieure bâbord..." ECKENER "une ondulation étrange qui donnait l'impression que du gaz circulait à cet endroit." ECKENER Si je devais proposer une hypothèse pour expliquer cette fuite, je ne pourrais avancer que l'explication suivante : ... ECKENER Le dirigeable venait d'effectuer un virage serré durant sa manœuvre d'approche. SAMMT Le vent a viré, il souffle sud-ouest. PRUSS Tribord toute. SAMMT Tribord toute ! ECKENER Cela a probablement généré d’énormes tensions à l'arrière de l'appareil et en particulier aux alentours des dérives, qui ne sont maintenues en place que par de simples câbles. ECKENER La tension extrême provoquée par le virage serré à tribord a parfaitement pu entraîner la rupture d'un de ces câbles, qui a lui-même déchiré la paroi de l'un des réservoirs d'hydrogène. ECKENER De l'hydrogène s'est alors échappé du réservoir déchiré et s'est répandu entre la paroi du réservoir et l'enveloppe extérieure, ce qui explique le déséquilibre du dirigeable vers l'arrière. ECKENER Cette accumulation de gaz a fini par s'embraser au contact d'une étincelle électrostatique. ECKENER VO Tout s'est apparemment produit durant les 5 ou 6 dernières minutes, soit au moment du virage serré qui a précédé la manœuvre d'atterrissage. TRIMBLE Avez-vous envisagé d'autres hypothèses ? ECKENER D'un point de vue strictement spéculatif, il existe plusieurs autres théories. On peut par exemple imaginer que la destruction du dirigeable s'explique par la présence d'une machine infernale. ECKENER Mais une telle machine aurait dû être installée à bord à Francfort. Non seulement aucune preuve n'accrédite une telle hypothèse, mais c'est une éventualité que je me refuse personnellement à prendre en considération. TRIMBLE Merci à vous. ECKENER VO Mon amitié avec le commandant Rosendahl ne fut plus jamais la même. Il était persuadé que le drame du Hindenburg résultait d'un sabotage ; je pensais qu'il était la conséquence d'horaires trop serrés. ECKENER VO Rosendahl avait autorisé l'atterrissage ; et face à l'insistance d'Ernst Lehmann, le capitaine Pruss avait effectué un virage trop court. ECKENER VO Je pense que ce câble n'aurait pas cédé si les impératifs d'horaires n'avaient pas pesé aussi lourd sur les épaules. ECKENER VO C'était le symptôme de notre époque : tout n'était que ponctualité, rapidité, rentabilité. ECKENER L'absence totale d'accident nous avait rendus orgueilleux. Mais en ce jour tragique, le monde des affaires avait sous-estimé les lois de la nature. RICK ZITAROSA Eckener a longuement hésité avant de livrer ses conclusions. RICK ZITAROSA Son raisonnement n'épargnait ni le capitaine Pruss, ni le commandant Rosendahl, ni Ernest Lehmann. RICK ZITAROSA Ce qu'il avait vu, c'était un dirigeable lancé dans une manœuvre d'approche très peu orthodoxe et précipitée, qui se terminait par un virage très serré. Selon lui, la brutalité de cette manœuvre d'atterrissage avait pu compromettre l'intégrité de l'appareil. COMMENTAIRE Mais Eckener réservait ses reproches les plus durs à la seule personne qui d'après lui avait été en position d'éviter le drame. COMMENTAIRE Au terme de l'investigation, il se tint lui-même pour responsable. COMMENTAIRE Formulée il y a plus de 70 ans, la théorie du docteur Eckener prévaut encore aujourd'hui : une faiblesse mécanique associée à une erreur de pilotage et aux étincelles électrostatiques d'un orage. COMMENTAIRE Trois hommes jouèrent un rôle décisif dans la catastrophe : Rosendahl, qui autorisa l’atterrissage ;PRUSS, qui effectua le virage trop court ; et Lehmann qui répéta à Pruss de tenir les horaires. COMMENTAIRE Leurs actes s'inscrivirent dans une improbable suite d'événements. ECKENER VO Les journalistes ont dû être un peu déçus : pas de saboteur, pas de bombe, pas d'arme du crime. REPORTER 1 DocteurECKENER ! REPORTER 1 J'ai écouté votre déposition avec beaucoup d'attention, mais je vais être honnête. Je dois me placer du point de vue de l'homme de la rue, et j'ai trouvé tout ça un peu trop technique. REPORTER 1 N'y a-t-il rien que vous voudriez dire aux familles des victimes ? Quelque chose de moins scientifique ? ECKENER Que pourrais-je bien dire qui puisse les réconforter ? REPORTER 1 Merci. Je veillerai à ce que mes lecteurs sachent combien ce drame vous attriste. ECKENER VO Que pouvais-je dire ? Peut-être aurais-je dû évoquer mon entrevue avec des représentants du gouvernement des États-Unis, 8 ans plus tôt. Il avait été question de l'embargo américain sur l'hélium. Tout aurait pu être si différent... SECRÉTAIRE DocteurECKENER ? ECKENER VO On m'avait proposé de me fournir de l'hélium. J'aurais pu rendre cela possible. ECKENER VO Le capitaine Lehmann était la seule personne que j'aie mise au courant de l'issue de la réunion. De retour de Washington, je lui ai dit que l'hélium était à portée de main. ECKENER VO Il était certes membre du parti nazi, mais il comprenait comme moi l'investissement énorme que représentait la construction du plus grand dirigeable de tous les temps. ECKENER HerrLEHMANN. LEHMANN Herr Doktor. LEHMANN Votre voyage aux États-Unis a été fructueux ? ECKENER Oui, ils se sont montrés très avenants. Ils m'ont même fait savoir qu'ils pouvaient me fournir de l'hélium. LEHMANN C'est une excellente nouvelle ! ECKENER Oui, mais tout n'est pas si simple. Nous ne disposons pas encore en Allemagne des installations nécessaires au stockage et au transport de l'hélium. ECKENER Du coup, ça rendrait le dirigeable beaucoup plus onéreux. LEHMANN Mais alors, que proposez-vous ? ECKENER Ce qu'il nous faut de la part des Américains, c'est des fonds. Il nous faut un partenariat solide avec les États-Unis. LEHMANN Et... D'ici là ? ECKENER Entre temps, il faut montrer de quoi nous sommes capables. Nous devons prouver au monde entier que des vols commerciaux Zeppelin au-dessus de l'Atlantique sont à la fois sans danger et rentables... ECKENER Sans hélium. ECKENER VO J'ai décidé de continuer à utiliser de l'hydrogène. Avec de l'hélium, le dirigeable n'aurait pas brûlé, et je ne serais pas en ce moment à Lakehurst face au nom des 36 victimes. LEHMANN Herr Doktor. ECKENER VO 36 noms qui me rappelaient ma faute. MORRISON Des cordes descendues depuis la proue de l'appareil sont empoignées par des hommes de la base. Le dirigeable est presque immobile... MORRISON Il recommence à présent à pleuvoir. La pluie avait cessé un moment... MARIN 1 Regarde ! Qu'est-ce que c'est ? PRUSS Qu'est-ce que c'était ? LEHMANN Oh non... COMMENTAIRE C'est un miracle que quiconque ait survécu au brasier. En 34 secondes, il ne restait rien du Hindenburg. COMMENTAIRE Pour les passagers, la différence entre la vie et la mort a tenu au hasard : l'endroit où ils se trouvaient et leur réaction à l'explosion. MORRISON Il a pris feu et il tombe, il va s'écraser au sol. Faites attention, ne restez pas là ! Filme la scène Charlie, filme ! Il est en feu, il va s'écraser, c'est horrible ! MORRISON Ne restez pas là, je vous en prie ! Il brûle, il est en flammes ! Il tombe sur le mât d'appontage. C'est une tragédie ! COMMENTAIRE Au moment de l'explosion, Joseph Spah était prêt d'une fenêtre, qu'il brisa avec sa caméra pour s'échapper. MAX COLEMAN C'est un miracle qu'il y ait eu des survivants. MAX COLEMAN Même aujourd'hui, je ne sais pas combien de personnes pourraient s'en sortir, s'ils étaient confrontés aux mêmes conditions. COMMENTAIRE Tombé de 15 mètres,Spah se brisa la cheville. SPAH Il faut sauter ! COMMENTAIRE Mais il survécut. COMMENTAIRE Il fut suivi 3 secondes plus tard par Kubis, le chef steward, qui aida d'autres passagers après sa chute. MAX COLEMAN Une femme a jeté son bébé, il y avait 15 mètres de haut. MAX COLEMAN Elle l'a tenu au dehors, et elle l'a laissé tomber en chute libre. MAX COLEMAN Il a rebondi en touchant le sol. MAX COLEMAN Il a pleuré, mais ça allait. COMMENTAIRE Cet enfant, c'était le petit Werner Doehner. WERNER DOEHNER VIEUX On devait être près de la fenêtre. Ma mère s'est emparé du premier de ses enfants qu'elle a vu. C'était Walter, et elle l'a fait passer par la fenêtre. WERNER DOEHNER VIEUX Ensuite elle m'a empoigné pour me jeter au dehors, mais la première fois je suis retombé à l'intérieur. WERNER DOEHNER VIEUX Finalement, elle y est arrivée. C'est sûrement à ce moment là que je me suis fait la plupart de mes brûlures. Ensuite elle a essayé de jeter ma sœur, mais elle était trop lourde pour elle. COMMENTAIRE La chaleur était insupportable. La mère de Werner dut choisir entre rester avec sa fille et s'échapper à son tour. WERNER DOEHNER VIEUX Elle a essayé de se réceptionner sur ses jambes, et c'est ce qui lui a valu sa fracture du bassin. COMMENTAIRE Quant à son père, il était encore pris au piège dans l'appareil. COMMENTAIRE Des 6 hommes envoyés à la proue du Hindenburg, 3 survécurent par miracle. Les flammes s'étendirent à l'avant en quelques instants. WERNER FRANZ VIEUX Le point de départ de la catastrophe a été extrêmement soudain. J'ai d'abord ressenti un choc très violent qui s'est propagé dans tout l'appareil. C'est ensuite que j'ai entendu l'explosion. WERNER FRANZ VIEUX J'ai tout de suite compris que le dirigeable était perdu, et que je devais trouver un moyen de m'échapper. WERNER FRANZ VIEUX Juste après, j'ai reçu des trombes d'eau sur la tête. Cela provenait d'un des réservoirs d'eau, qui venait de céder juste au-dessus de moi. Je me suis retrouvé trempé des pieds à la tête. C'est peut-être ça qui m'a aider à garder les idées claires. WERNER FRANZ VIEUX Je me suis précipité jusqu'à une trappe, que j'ai réussi à enfoncer avec le pied. Juste après, j'ai vu le sol qui arrivait vers moi à toute vitesse. WERNER FRANZ VIEUX Une fois au sol, je n'ai pas couru tout de suite. Je suis retourné vers le dirigeable, je me suis faufilé sous l'enveloppe et je me suis enfui par l'autre côté. WERNER FRANZ VIEUX C'était la bonne chose à faire, parce que le vent poussait les flammes contre le côté droit, j'aurais sûrement été rattrapé par le feu si j'avais choisi de partir dans l'autre direction. WERNER FRANZ VIEUX Mais je m'en suis sorti en passant du côté gauche, le côté qu'avaient choisi la plupart de ceux qui avaient survécu. MORRISON Le choc a été très violent, mesdames et messieurs. Cette fumée, et ces flammes... La structure s'affaisse au sol, non loin du mât d'appontage. COMMENTAIRE Helmet Lau, l'un des timoniers, se trouvait à quelques mètres de l'endroit de l'explosion. COMMENTAIRE Dès qu'il vit l'hydrogène prendre feu, il courut jusqu'à une trappe de secours proche de la dérive. Par chance, ce fut la poupe qui toucha le sol en premier. MORRISON Oh, tous ces gens ! Tous ces passagers... ROSENDAHL Allez-y ! WERNER DOEHNER VIEUX Je me souviens d'avoir été étendu sur le sable. Walter est venu vers moi et il m'a dit : "Lève-toi, il faut partir d'ici !". Nous avons vu notre mère quelques mètres derrière nous. WERNER DOEHNER VIEUX Un steward est passé près d'elle, et elle lui a demandé d'aller chercher ma sœur. Il est retourné la chercher dans la carcasse, mais elle était mal en point. Il a dû la porter dans ses bras. MORRISON Leurs amis sont à l'intérieur... COMMENTAIRE Les officiers de la nacelle fuirent dès que le dirigeable fut au sol. Seuls 3 d'entre eux en réchappèrent. COMMENTAIRE Une fois parvenu à s'extraire de la carcasse,Sannt vit Pruss qui aidait des passagers à se dégager. Il était grièvement brûlé. SAMMT Pruss... Est-ce que c'est vous ? PRUSS Oui. PRUSS Ma parole, vous avez mauvaise mine ! SAMMT Vous n'avez pas fière allure non plus. COMMENTAIRE Sammt et Pruss survécurent. COMMENTAIRE Le capitaine Lehmann eut moins de chance. LEHMANN Je ne comprends pas. COMMENTAIRE Il resta en vie jusqu'au lendemain, mais ses brûlures étaient trop importantes. COMMENTAIRE La passagère qui s'en tira sans doute le mieux fut Margaret Mather. Elle resta calmement assise dans un fauteuil pendant toute la chute du dirigeable. MARIN 3 Madame, il faut sortir d'ici. MARGARETH MATHER Je veux prendre mon sac. COMMENTAIRE Elle fut conduite en lieu sûr sans la moindre égratignure. COMMENTAIRE Deux des passagers avaient bu bien plus que de raison durant la traversée. L'un d'eux,Nelson Morris, réussit à s'extraire de la salle à manger, écartant les poutrelles incandescentes à mains nues. COMMENTAIRE Son amiBURT DOLAN fut moins chanceux. Il suivait Morris de près, mais fut écrasé par la chute d'une poutrelle. WERNER FRANZ VIEUX Personne n'arrivait à parler, et surtout pas moi. WERNER FRANZ VIEUX J'étais en train de pleurer, quand le chef steward est venu vers moi et m'a serré dans ses bras. WERNER FRANZ VIEUX Il m'a dit : "Allez, ressaisis-toi. Va voir si quelqu'un a besoin de toi". Du coup, je suis retourné en courant vers la carcasse de l'appareil, mais naturellement je n'ai pas pu faire quoi que ce soit. COMMENTAIRE Le commandant Rosendahl réagit courageusement à la catastrophe, mais l'ampleur du drame allait le hanter jusqu’à la fin de ses jours. Sur les 97 personnes présentes à bord du Hindenburg, 35 moururent, ainsi qu'un membre du personnel au sol. ROSENDAHL Vous ! Laissez ces gens tranquilles ! Laissez-les ! MADAME DOEHNER Mes enfants... KUBIS Vos garçons sont ici, je les ai vus. MADAME DOEHNER Et ma fille ? MADAME DOEHNER Et ma fille ? KUBIS Je n'en sais rien. KUBIS Je suis sûr qu'elle va bien. COMMENTAIRE Irene, la fille de madame Doehner, fut extraite des flammes en vie. Elle respirait encore quand elle arriva à l'hôpital, mais ses poumons étaient trop atteints. COMMENTAIRE Le corps de son père fut retrouvé le lendemain matin. WERNER DOEHNER VIEUX Il ne faisait aucun doute pour mon frère et moi que mon père ne s'en était pas sorti. Il était très loin des issues au moment de l'explosion, il n'avait aucun moyen de s'échapper, alors... WERNER DOEHNER VIEUX On n'a même pas posé la question. WERNER FRANZ VIEUX Après avoir réussi à me tirer de l'enfer où je m'étais retrouvé, j'ai considéré ma survie comme un véritable don du ciel. WERNER FRANZ VIEUX Je m'en étais tiré en vie, et rien n'était plus important que ça. À la suite du drame, j'ai appris à vivre plus intensément qu'avant, à mieux profiter de chaque jour de mon existence. WERNER FRANZ VIEUX J'ai compris à quelle vitesse tout pouvait basculer. WERNER FRANZ VIEUX Je suis reconnaissant de tout ce que j'ai eu la chance de vivre depuis. ECKENER VO Après ma déposition, je décidai de rentrer aussitôt en Allemagne. ECKENER VO La piste du sabotage continua d'être explorée. Le FBI enquêta sur Joseph Spah, l'acrobate, mais pas l'ombre d'un indice ne put être retenu contre lui. ECKENER VO J'avais élucidé la mort de mon Hindenburg. Mais au fond, à quoi bon ? Il n'en restait plus que des poutrelles calcinées. ROSENDAHL Votre théorie est brillante. ECKENER On ne saura jamais ce qu'il en a été. ROSENDAHL Vous pensez que j'aurais dû attendre ? ECKENER Le dirigeable était en retard, je comprends que le capitaine Pruss et vous ayez agi de la sorte. ROSENDAHL Mais vous, vous auriez attendu. ECKENER Vous ne pouviez pas savoir qu'il y avait une fuite de gaz. ROSENDAHL Ce journaliste avait raison. Si on vous avait donné de l'hélium, rien de tout ça ne serait arrivé. ECKENER Peut-être que nous nous reverrons dans de meilleures circonstances. ROSENDAHL Au revoir, docteur. ECKENER Au revoir, mon commandant. ECKENER VO Je ne revis le commandant Rosendahl qu'après la guerre. Il ne cessa jamais de penser que le Hindenburg avait été saboté. Peut-être se sentait-il coupable d'avoir autorisé l'appareil à atterrir. ECKENER VO Qui fut le vrai coupable ? Je n'ai jamais parlé au commandant de mon entrevue avec les hauts fonctionnaires de Washington, ni de leur offre de me fournir de l'hélium. ECKENER VO Après l'accident, les gens perdirent confiance en Zeppelin. Les investisseurs retirèrent leurs capitaux et des avions plus modernes offrirent un confort digne des dirigeables. ECKENER VO Avec le Hindenburg, j'avais espéré jeter un pont au-dessus de l'Atlantique pour unir l'Europe et l'Amérique. Mais de ce pont, il ne restait que des ruines. ECKENER VO J'avais dit au commandant Rosendahl que j'avais vu l'Allemagne dans la carcasse du Hindenburg. Quelques années plus tard, l'histoire me donnerait raison. ECKENER VO L'ère des dirigeables était révolue. Le ciel serait bientôt traversé par des silhouettes bien plus inquiétantes.