ALLEMANDE_1 ALLEMANDE_2 ALLEMANDE_3 ALLEMANDE_4 ALLEMANDE_5 ALLEMANDE_6 ALLEMAND_1 ALLEMAND_2 ALLEMAND_3 BRESILIEN BRESILIENNE_1 BRESILIENNE_2 BRESILIENNE_3 ENFANT_ITALIENNE ITALIEN KENYANE_1 KENYANE_2 KENYAN_1 KENYAN_2 KENYAN_3 MAROCAINE MAROCAIN_1 MAROCAIN_2 NARRATEUR TURC NARRATEUR Depuis 2007, pour la première fois de notre histoire, c'est en périphérie urbaine que vivent la plupart des gens, et non plus à la campagne. NARRATEUR Autrefois, nous étions tous bergers ou fermiers. Aujourd'hui, nous sommes devenus des citadins... Mais certaines choses ne disparaissent pas si facilement. Voilà pourquoi nous nous remettons à faire pousser des légumes et autres plantes, même dans une tour en béton, dans la grisaille d'une ville. ALLEMANDE 1 On a tous besoin de fleurs. Les fleurs nous permettent d'ouvrir notre cœur. Elles sont parfaites pour le chakra du cœur. Les fleurs nous transmettent tellement d'amour... Et puis tout ce qui n'est bâti, construit, qu'à partir de matériaux à base de pierre est froid. Les fleurs, et les plantes en général, nous donnent de l'oxygène. C'est la base de la vie. ALLEMANDE 1 J'apporte du bonheur. Les abeilles peuvent fabriquer leur miel. C'est bon pur toutes les étapes de la vie. Les plantes sont formidables. ALLEMANDE 1 On peut en refaire une. Oui, une nouvelle journée verte. Parfait. À bientôt. Au revoir. ALLEMANDE 1 Un soir, j'ai découvert un bout de terrain abandonné, et j'ai décidé de me l'approprier... Je suis revenue avec des plantes. Un rosier pour rendre l'endroit plus beau, mais aussi de la menthe. Je me disais que si ça voulait bien prendre, alors tout le monde pourrait se faire du thé à la menthe ou mettre des herbes aromatiques dans sa salade. ALLEMANDE 1 Puis j'ai repiqué des plantes feuillues, histoire de mettre un peu de verdure. C'est comme ça que ça a commencé. J'y allais la nuit, je plantais, j'arrosais. Toujours avec de l'eau que je récupérais. Comme je travaille dans un restaurant, je prenais l'eau usée du lave-vaisselle, et au lieu de la jeter dans les canalisations, je m'en servais pour arroser les fleurs. Et puis, un jour, un grillage est apparu. Alors j'ai fait une banderole avec un vieux drap sur lequel j'ai écrit : « Militez et faites pousser des plantes en ville. » ALLEMANDE 1 Nous devons prendre nous-mêmes les choses en main. Nous avons le devoir de rendre notre ville plus belle... De prendre soin de nos concitoyens, au lieu de ne penser qu'à nous enrichir. Le partage est une chose merveilleuse. ITALIEN L'isolation thermique et acoustique est un sujet qui me passionne. Alors, j'ai voulu mettre en pratique mes connaissances et j'ai fini par réaliser mon propre jardin suspendu. En dix ans, cette terrasse typique de ce qu'on trouve en ville a fini par abriter un environnement qui ressemble beaucoup à ce qui se fait spontanément dans la nature. Je trouve ça intéressant de prendre l'initiative de faire pousser des plantes sur une terrasse. ITALIEN Les théories actuelles conseillent d'avoir un sol bien plus profond que ce que j'ai ici. Ici, dans l'espace qui se trouve derrière moi, entre l'étang et les arbres... le sol fait au maximum 40 centimètres de profondeur. Ça contredit complètement ce que disent les agronomes. Avec un sol aussi peu profond, de toute évidence, même de grands arbres arrivent à survivre sans problème. ITALIEN La question de la classification des plantes m'intéresse beaucoup. Je possède plus ou moins 2 000 arbres et plantes, avec 200 variétés de plantes différentes, même si parfois, elles ne se distinguent que par leur couleur... On se croirait presque dans un jardin botanique, ici. ENFANT ITALIENNE Les feuilles de menthe sont en dents de scie, alors que les feuilles de romarin ressemblent plus à des aiguilles de pin. Mais elles, elles sont parfumées. Elles sentent toutes les deux, mais elles sont pas pareilles. ENFANT ITALIENNE Cette fleur, elle me fait penser à un bateau sur la mer. Il faut pas arroser les feuilles... Les feuilles de tomate ont pas une forme régulière. NARRATEUR Les gens inventent des milliers de méthodes pour faire pousser leurs fleurs et leurs plantes, partout en ville. Dans les métropoles, on trouve tous types de jardins. C'est le meilleur moyen d'être sûr de toujours avoir quelque chose dans son assiette. Aux quatre coins de la planète, sous toutes les latitudes, et dans des contextes très différents, les fermiers des villes veulent avoir à portée de main des aliments sains. NARRATEUR Pour une parfaite indépendance, chacun doit avoir droit à une alimentation abondante, équilibrée et accessible à tous. BRESILIEN À la base, la population de Teresina se méfiait de l'hydroponie. Ils n'étaient pas convaincus. « Pourquoi faire appel à la culture hors-sol dans une région où la terre ne manque pas ? » Mais en réalité, il ne faut pas perdre de vue que tout le monde n'a pas accès à ces terres. Il y en a en grande quantité, mais elles sont entre les mains d'une poignée de privilégiés. Et puis il faut aussi penser à la qualité du terrain. BRESILIEN L'hydroponie peut être utilisée là où la terre est pauvre, rocailleuse, dans des coins arides. Et puis c'est une technique qui donne des résultats que l'on ne pourrait jamais obtenir avec les méthodes traditionnelles. BRESILIEN Un avantage considérable, c'est que ça permet d'économiser une grande quantité d'eau. Jusqu'à 60 %. C'est grâce au système hydroponique qui fonctionne en circuit fermé... On donne également aux plantes une solution nutritive, pour favoriser leur croissance. Au moment idéal, elles en reçoivent une quantité bien précise qui les aide à bien grandir. BRESILIEN Nous nettoyons aussi les rues en ramassant les bouteilles en plastique. C'est la cause principale d'inondation, dans la région. On obtient également un nombre de récoltes bien plus important. Au lieu de quatre ou cinq par an, ça peut monter jusqu'à douze. Et puis surtout, ça aide toute la famille à avoir une meilleure hygiène de vie. BRESILIEN Comme je le dis souvent, avant, ils mangeaient du riz aux haricots et des haricots au riz. Mais ce projet leur a permis d'introduire des légumes dans leur alimentation, et aussi d'acheter des biens matériels pour leur famille grâce à la vente d'une partie des récoltes. Toute la famille bénéficie de ce projet. BRESILIEN La carbonisation des balles de riz, c'est une étape indispensable. Il faut qu'elles soient carbonisées, et pas brûlées. Autrement, ce ne serait plus que de la cendre. Elles doivent former une couche compacte qui facilite l'écoulement de l'eau et qui soit suffisamment poreuse pour la plante . BRESILIEN La technique hydroponique est un système simple qui est à la portée de tous. BRESILIENNE 1 Je suis mariée et j'ai deux filles. Ma première maison était faite en pisé, avec un toit en paille. Ensuite, j'ai eu une autre maison en pisé, mais avec un toit en tuile, cette fois. Et puis, trois ans plus tard, j'ai construit cette maison en briques. Je vis en face du potager, et ce que j'y gagne m'aide aux dépenses de la maison. BRESILIENNE 1 Il y a dix mères de famille qui travaillent ici. On a été plus nombreuses, mais là, on est six. On a une coordinatrice qui nous dit à quelle heure ont lieu les réunions, chaque semaine. Le mercredi, on récolte les légumes, et le jeudi, on se réunit. On se retrouve aussi pour planter les semis. BRESILIENNE 1 Ça me plaît beaucoup de travailler ici. J'ai d'autres activités, mais j'ai toujours hâte de venir travailler au potager. J'en tellement pris l'habitude, que je crois que je pourrais plus m'en passer. BRESILIENNE 1 Teresina, c'est une ville agréable... Un centre commercial a ouvert, récemment. Je suis contente qu'on ait ça... Ils vendent des choses pas chères. BRESILIENNE 2 Tu veux de la laitue, pour faire une bonne salade ? BRESILIENNE 3 Elle est jolie. Parfait. NARRATEUR Avec l'agro-industrie, les aliments deviennent des biens comme les autres et se retrouvent dans les places boursières du monde entier... En entrant dans un supermarché, on ne sait plus où donner de la tête... Autour de nous, les rayons débordent de nourriture. Les aliments se retrouvent vidés de leur sens. L'industrialisation de l'agriculture et de la transformation des aliments, leur distribution sur cinq continents en dépit des cultures locales, l'hégémonie du prix et le libre-échange ont fait du secteur de l'alimentation l'une des activités humaines les moins stables. MAROCAIN 1 Je m'appelle Chnini Abdellah, fils de Mohammed... Je suis né en 1933 à Oued El Maleh, et c'est là que j'ai appris à travailler la terre. Une fois que j'ai bien appris, le propriétaire de cette maison m'a engagé en tant que contremaître. C'était en 1958. MAROCAIN 1 J'ai cultivé du mieux que j'ai pu, et puis je me suis marié en 1963. Je gagne ma vie grâce à la ferme, et en faisant des petits boulots à droite et à gauche. C'est comme ça que j'arrive à manger. Mes enfants sont nés ici et ils y vivent encore aujourd'hui. MAROCAIN 1 Il y avait six ou sept petites fermes, ici, avant. Il y en avait une qui appartenait au docteur Khatib, une autre à mon propriétaire, encore une autre à un Italien qui vit ici, et une à monsieur Hsenn Chelh, en direction de Lbbirat. Mais elles sont plus cultivées. Il y a plus que des pierres. MAROCAIN 1 Les camionnettes auraient pas leur place ici. Je fais pousser des pommes de terre, des artichauts, de la coriandre, du persil et c'est tout. MAROCAIN 1 J'ai deux fils mariés, deux filles mariées, et les autres le sont pas encore. Nous continuons pour pouvoir les nourrir et qu'ils apprennent, jusqu'à ce qu'ils soient autonomes. Alors nous pourrons mourir en paix. MAROCAIN 1 Depuis que nous sommes ici, nous ne manquons de rien. C'est grâce à Allah. MAROCAIN 2 Ces présents viennent de notre seigneur. Il a sauvé un couple de chaque espèce. Notre seigneur a créé le mâle et la femelle. MAROCAIN 1 Il est mûr. MAROCAINE Laisse-le encore un peu... Tu as pesé les pommes de terre ? MAROCAIN 1 Où est Bouchaib ? MAROCAINE Sûrement chez lui. Fais ce que tu peux pour les familles qu'on connaît. Les Brahim, les Keltoum, les Jabbar, les familles de Moustafa et de Mahjouba, et aussi les familles de Zohra, Abdelaziz et Jaddouj. On fait comme d'habitude. On en donne à tout le monde, comme toujours. Le reste, ce sera pour nous. MAROCAIN 1 Si ça ne suffit pas, on en fera pousser d'autre. MAROCAINE Tous nos proches ont le droit de manger ce que nous offre la terre. On n'oubliera personne. La famille, les amis, les voisins. Tout le monde. Et béni soit celui à qui ont doit tout ça. Merci au prophète. MAROCAIN 2 Le grand Allah a créé l'homme sur terre et lui a permis de vivre de cette terre, qui lui donne de quoi manger. Allah a dit à l'homme de travailler dur et lui a appris à tirer profit des cadeaux de la terre, à semer, en prendre soin et faire pousser. NARRATEUR Les fermiers urbains sont les nouveaux pionniers des villes. Leurs limites ne se trouvent plus dans la terre mais dans les arrière-cours, des lieux qui leur apporte un bonheur imprévu. NARRATEUR Le jardin est unique, toujours le même. Dans tous les pays, sous toutes les latitudes. C'est un symbole de notre humanité, notre humilité. Le jardin de l'homme est un lieu de démocratie. Sans l'aide de personne, son succès ne cesse de grandir. Dans les centres-villes et en périphérie, les jardins réconcilient l'homme et la nature et lui rappellent qu'un aliment nécessite du travail et un engagement quotidien. L'effort et le sacrifice permettent de retrouver un goût et des valeurs. ALLEMANDE 2 Le lieu où nous nous trouvons était autrefois l'aéroport Tempelholf de Berlin. Notre groupe contient entre dix et vingt personnes. Nous sommes des militants du jardinage urbain et nous nous sommes rencontrés grâce à divers jardins communautaires berlinois. Nous avons demandé officiellement ces 5 000 mètres carrés, et ils nous ont été accordés. ALLEMANDE 2 Ils sont à disposition de tous. C'est ça que l'on veut, que les gens s'investissent. C'est notre objectif principal. Que ce terrain situé en plein cœur de Berlin soit accessible à tous les citoyens. On veut rendre public ce lieu collectif. Le message qu'on cherche à faire passer, c'est que s'il appartient à tous le monde, alors tout le monde doit mettre la main à la pâte. Il a donc fallu trouver un mode d'organisation autant à l'échelle collective qu'individuelle, pour parvenir à faire fonctionner ce lieu. ALLEMANDE 2 Il existe beaucoup d'espaces verts communautaires de tout type, à Berlin. On pourrait même aller jusqu'à dire que Berlin est la capitale des espaces verts communautaires, mais bien sûr aussi des jardins privés. La particularité de notre ville, c'est qu'il existe énormément d'espaces vides entre les bâtiments, contrairement à ailleurs. ALLEMANDE 3 Tout a commencé quand Michael t'a dit qu'un mouvement citoyen cherchait à réorganiser cet endroit. ALLEMAND 1 Avant, cela appartenait à un hôpital. ALLEMANDE 3 Et tu as eu l'idée de créer un potager de subsistance. ALLEMANDE 4 Non, il a eu l'idée avant. C'est une longue histoire. On avait déjà commencé à faire des recherches pour savoir s'il existait un lieu où l'on pourrait jardiner. On avait demandé à droite et à gauche. ALLEMAND 1 Oui, tous les deux, on avait cherché par là-bas. ALLEMANDE 5 Nous étions un peu moins nombreux, au début. Il faut dire qu'il y avait encore du béton partout. Personne n'arrivait à visualiser un jardin ici. Nous étions très peu, à ce moment-là, mais ensuite, quand ça s'est transformé en terrain réellement cultivable, alors d'un seul coup, les gens sont arrivés en masse. ALLEMAND 1 Nous n'étions pas d'accord avec ce qui était prévu, que le terrain soit divisé en parcelles et qu'elles soient distribuées à chacun. Mais qui allait décider à qui reviendrait chaque parcelle ? Alors on a dit : « Mettez votre nom sur un panneau en bois et plantez-le là où vous voulez commencer à jardiner. » C'est comme ça que ça a commencé. Au début, c'était un peu chaotique. Moi, j'ai démarré là, Barbara était là-bas. ALLEMANDE 5 Naomi était là. ALLEMAND 1 Oui, c'est vrai. Elle était là... Nous n'avions pas de plan d'ensemble. On est partis de rien, et ensuite, tout s'est enchaîné à merveille. C'est inconcevable, pour des architectes. ALLEMAND 1 Je ne sais pas si vous le saviez, mais le mur de Berlin se trouver juste là, de l'autre côté. C'était l'angle le plus éloigné de Kreuzbgerg. ALLEMANDE 3 Mais en 2008, il n'y avait plus rien. ALLEMAND 1 Non, c'est vrai. ALLEMANDE 5 Ça faisait déjà 20 ans. ALLEMAND 1 Ah, vous le saviez ? C'est bien. C'est important. ALLEMANDE 5 Là, c'était Berlin-Est. ALLEMANDE 4 Oui, c'est de ce côté-là. ALLEMAND 1 Elle vient de Berlin-Est ALLEMANDE 5 C'est de là que je viens. ALLEMAND 2 Ici, c'est Prinzessinnengarten, près de Moritzplatz, dans Kreuzberg. Après 1945, c'est devenu un terrain vague. Il y avait un gigantesque entrepôt qui a été démoli, et puis après, plus rien. Parfois, un marché aux puces, ou un cirque. Le mur était juste derrière. On s'est installés en 2009. On a abattu pratiquement tous les robiniers pour mettre en place cette structure. On a commencé à faire pousser dans des boîtes, pour pouvoir repiquer les plantes ailleurs, parce qu'on n'a le droit d'utiliser ce terrain que temporairement. On ne sait pas combien de temps on va pouvoir rester. ALLEMAND 2 L'objectif, ce n'est pas de nourrir tout le monde avec ce que nous faisons pousser ici. Ce ne serait pas possible, il n'y a pas assez de place et on n'a pas assez de légumes. Nous ne disons pas non plus que tout doit être bio, même si, dans les faits, tous nos légumes le sont. Nous trouvons plus judicieux de cuisiner un chou-fleur provenant du Brandebourg plutôt qu'un chou-fleur bio qui vient du Pérou, ou, en hiver, d'acheter des fraises bio du Chili. ALLEMANDE 6 La commande numéro 16 ! ALLEMAND 2 J'ai ici de la fleur de fenouil... Là, de la bourrache. Des fleurs de bourrache... De la sauge sclarée...Des fleurs d'hysope... Des fleurs de coriandre... Des bleuets... J'ai aussi du thym citron... Du thym normal... Et des fleurs de moutarde de Chine, la Red Giant. ALLEMAND 2 Parfois, on utilise ces fleurs juste pour décorer les plats, mais la plupart du temps, on cuisine avec. La semaine dernière, j'ai préparé un risotto aux petits pois frais, et à la fin, j'y ai ajouté une poignée de fleurs. D'habitude, ces fleurs coûtent très cher, mais ici, on en a en grande quantité. TURC Nous sommes dans le centre de Berlin, à Kreuzberg... Ici, c'est mon jardin. On a commencé en 1986... Ça devait être au mois de mars, ou en mai. TURC Avant, ici, c'était plein d'ordures et d'épaves de voitures. Quand quelqu'un avait une épave, il venait la jeter ici... Ça sentait mauvais, alors on s'est dit qu'on allait faire du propre... et créer un jardin, pour que ce soit plus vert, faire quelque chose de bien, qui plaise aux gens. On a commencé par nettoyer, et ensuite on s'est mis à jardiner. C'est plus tard qu'on s'est rendu compte que le terrain appartenait à personne. TURC Mais avant ça, quand on ne savait pas que ça n'appartenait à personne, on se demandait comment les autorités allaient pouvoir réagir. Ce n'était pas très habituel, comme démarche... Mais par la suite, on a su que le terrain n'avait pas de propriétaire, ni à l'est, ni à l'ouest. Il était là, tout simplement. Alors on s'est servi. TURC Un jour, un soldat qui se trouvait de l'autre côté du mur a grimpé à une échelle, et il a regardé ce qu'on faisait. Il nous a demandé : « C'est quoi, ce bazar ? » et je lui ai répondu que je faisais un jardin, pour avoir un peu de verdure. Mais il me croyait pas. Alors, je lui ai dit de revenir un mois plus tard et qu'il verrait bien. Cette année-là, j'ai eu un millier de tournesols. Tout le monde en a pris un. Même le soldat en a pris quatre ou cinq. Je les ai coupés et je les lui ai donnés. Alors il a dit que c'était d'accord, on pouvait continuer. TURC La famille et les voisins viennent le week-end. Parfois, il y a vingt personnes. D'autres fois, dix, ou même cinq. Nous, on est toujours là, le week-end. Tout le monde a besoin de quelque chose. Des oignons, du chou-rave, du chou frisé. Ils choisissent ce qu'ils veulent, ma femme le leur donne et ils peuvent le manger chez eux, en famille. C'est bio, c'est rien que des bonnes choses. TURC Le chou frisé provient des rives de la mer Noire. C'est de là qu'on vient... C'est notre spécialité culinaire. À Berlin, beaucoup de gens se sont inspirés de nous. Maintenant, il y a des milliers d'endroits où on peut trouver du chou frisé. Mais à l'époque, il n'y avait qu'ici. J'ai fait venir les graines de Turquie. KENYAN 1 Ici, on est à Mathare, qu'on appelle aussi Mathare Vietnam. KENYAN 1 Ces sacs nous permettent d'aider de nombreux habitants de notre bidonville... Beaucoup de gens sont sans emploi, ici, à Mathare. Il n'y a rien qu'ils puissent faire. Mais grâce aux légumes qu'on cultive, on peut gagner de l'argent, et ça nous aide beaucoup. KENYANE 1 Si on n'arrache pas ça, le semis va pourrir. Ça va ressembler à un buisson. KENYAN 2 Il faut tout arracher. KENYANE 1 Si vous ne faites pas ça, alors le semis va produire d'autres pousses, et la plante va finir par mourir parce qu'elle ne sera pas assez forte pour supporter les nouvelles pousses qui vont sortir. KENYANE 1 Je préfère enseigner en ville plutôt qu'à la campagne, parce qu'en ville, pour la plupart des gens, c'est une première. Ils trouvent ça amusant. Ils font ça à côté d'autre chose. C'est agréable. On voit que ça leur fait vraiment du bien. Le potager leur apporte vraiment quelque chose. KENYANE 1 Si vous vous êtes baladés à Nairobi, vous avez dû constater que les femmes sont beaucoup plus actives que les hommes. Ce sont elles les chefs de famille. Alors quand on vient présenter de nouvelles méthodes, de nouvelles idées, qu'on propose de leur montrer comment cultiver la terre, dans la majorité des cas, ce sont les femmes qui se lancent. Il y a aussi certains hommes qui s'y intéressent, mais ils sont en minorité. En proportion, cela donne 70 % de femmes pour 30 % d'hommes. KENYAN 1 Grâce aux sacs de choux, on peut manger et nourrir toute sa famille. Même une famille de six. On peut les nourrir pendant toute une année, et aussi vendre ce qu'on fait pousser... Dans les sacs, on met du fumier, on ajoute de la terre rouge qu'on trouve dans la forêt, et on mélange avec du sable de la rivière. KENYAN 3 Tout le monde veut avoir son propre sac pour pouvoir faire pousser des légumes. Ça coûte pas cher, ça nécessite très peu de travail, moins d'eau, et l'avantage, c'est qu'on n'utilise pas beaucoup de pesticides. Partout à Mathare, il ne se passe pas une semaine sans avoir de légumes à manger. Les gens en mangent une à deux fois par semaine. KENYANE 2 C'est une excellente idée qu'a eue ce jeune homme, parce que dans un seul sac, on a 45 semis, alors que dans un petit jardin, on ne peut en avoir que quatre. En plus, ça nous a permis de cuisiner des légumes pour les 300 élèves de l'école des « petites abeilles ». L'espace que vous voyez ici était autrefois un terrain vague dans lequel les gens jetaient des sacs en plastique, des ordures, n'importe quoi. Il a fallu du temps pour en faire un potager. KENYANE 2 Aujourd'hui, nous sommes un groupe de trente femmes et nous avons eu l'idée de créer une école informelle, parce que les enfants traînaient et n'allaient pas à l'école... Certains n'ont pas de parents, ils sont orphelins. D'autres vivent seuls avec leur mère, et d'autres encore vivent avec leur grand-mère. Une fois que l'on a créé cette école, nous nous sommes dit que nous devions bien nourrir ces enfants. ALLEMAND 3 Cette villa est vieille d'environ un siècle. C'est une véritable oasis, au milieu des autres maisons et des routes... Je suis une sorte de jardinier privé. Je m'occupe du jardin, des arbres, des plantes, de la verdure. Je prends aussi soin des animaux sauvages. C'est mon travail. ALLEMAND 3 J'ai toujours jardiné. J'ai commencé quand j'étais petit. Mon père était le jardinier de cette villa, et ça m'a toujours semblé normal de l'aider. Je crois que j'ai commencé à tailler l'herbe à l'âge de 4 ans. Et puis quand j'ai eu 17 ou 18 ans, il est décédé et j'ai hérité de son poste... Petit à petit, j'ai pris conscience que ce jardin est le reflet de ma personnalité. J'ai grandi avec lui. C'est l'incarnation de ce que je suis. C'est pour ça que j'ai toujours été jardinier et que jamais je ne voudrai quitter cet endroit. ALLEMAND 3 Je trouve le terme de « guérilla verte » un peu ridicule. C'est artificiel. Par essence, chaque être humain est un jardinier. On ne peut pas empêcher les gens de faire ce qui leur vient naturellement. Quand un enfant, une vieille dame ou un monsieur plante une fleur quelque part, ça ne sert à rien de leur coller une étiquette. Il ne faut avoir qu'une envie, celle de planter une fleur. Ça n'a rien de révolutionnaire. C'est la nature humaine. ALLEMAND 3 Je veux rendre le monde plus vert. En tout cas, mon petit monde à moi. Celui qui m'entoure, ici à Berlin. ALLEMAND 3 À l'âge de 14 ans, j'étais assis dans ma chambre et j'ai décidé que j'allais devenir artiste. Je me suis promis de peindre chaque jour. À présent, j'ai 40 ans, et cela fait 25 ou 26 ans que je peins tous les jours. Je crois que quand on prend l'initiative de faire pousser des plantes, ça peut être une forme d'art. C'est un geste qui combine le jardinage et l'art. Ce que l'on cherche à accomplir, c'est un mélange de ces deux domaines... Quand on plante des fleurs dans un endroit comme celui-ci, les gens le remarquent. ALLEMAND 3 Une fleur est un signal. Quand quelqu'un plante quelque chose quelque part, il envoie un signal aux autres. Il montre qu'il est possible de prendre possession d'une parcelle de terrain, que chaque être humain a le droit d'avoir une terre rien qu'à lui, un jardin qui lui donne de quoi manger. En tant qu'artiste, voilà comment je vois les choses. Pour moi, la société est une œuvre d'art, une création. ALLEMAND 3 Un jardin est entretenu, ordonné, mais il peut aussi être sauvage, un peu fou. La vie, c'est la même chose. C'est un objet. Et quand on est artiste, ou jardinier, on ne peut faire qu'une chose, c'est être artiste ou jardinier. On vit comme dans un rêve. On oublie le côté révolutionnaire et on va directement au paradis. NARRATEUR Nous sommes à l'aube d'une ère nouvelle. Si ces nouveaux modèles d'agriculture à petite échelle continuent de se répandre partout dans le monde, ils pourraient bien modifier les projets d'urbanisme, les mode de vie et les rythmes de travail, avec un impact considérable sur les aspects écologiques et environnementaux de nos villes. Cela ne tient qu'à nous.