BALA_TINGANG BILL_SULLIVAN BOB_BORS CHRIS_ROLLINS FLORA_CARRANZA HAMISH_GRAHAM HOMME_1 HOMME_2 HOMME_3 JUAN_FERNANDO_AGUILAR LEITH_ZAIGER MARG_SULLIVAN MAURICE_KONG NARRATEUR NORIS_LEDESMA RICHARD_CAMPBELL RICK_NAHMIAS SHEEHAN_GOBIN STEPHEN_BRADY HOMME 1 Chez les fruits tropicaux, on trouve des saveur plus variées que dans n'importe quelle autre famille d'aliments. NARRATEUR Les fruits étaient autrefois rares et précieux. Mais c'est devenu une denrée accessible à tous. Les fruits que nous consommons, comme la banane, sont cultivés dans un objectif de rentabilité. La seule variété qui nous est vendue a été conçue pour être produite toute l'année, pour supporter de longs voyages et donner envie de les acheter. C'est une recette juteuse, mais nous courons droit à la catastrophe. Dans quelques années seulement, les bananes telles que nous les connaissons pourraient disparaître. NARRATEUR Mais d'après certains, la solution se trouve dans la diversité des fruits. Pour corriger le tir, il nous faut plus de fruits, plus de variétés. L'espoir pourrait renaître grâce à un réseau international de cultivateurs et de passionnés :... les chasseurs de fruits. STEPHEN BRADY Si j'ai commencé à planter chez moi, c'est pour qu'il y ait toujours quelque chose en fleur ou des fruits qui poussent, 365 jours par an. Il me fallait absolument un jardin d'Éden. STEPHEN BRADY C'est un besoin que j'ai depuis tout petit. Pouvoir faire quelques pas dans son jardin, cueillir un fruit sur un arbre, s'asseoir et le dévorer sur place, pour moi, c'est une nécessité. NARRATEUR À Bornéo, pas besoin d'aller bien loin pour tomber sur un paradis des fruits... Les forêts tropicales de Bornéo font partie des plus anciennes et possèdent l'une des plus vastes biodiversités au monde. Ici, on trouve davantage d'espèces de fruits que n'importe où ailleurs. C'est une oasis génétique, une véritable île aux trésors. NARRATEUR Dans les profondeurs des ces forêts humides vit le peuple punan, l'une des seules tribus nomades encore existantes. NARRATEUR Bala Tingang est un doyen punan. Il connaît sur le bout des doigts les fruits de la forêt et leurs nombreux usages. BALA TINGANG Voici le genre de fruits que nous, les Punans, mangeons depuis des générations... Le peuple punan vit dans cette forêt. Les fruits que nous consommons sont le durian, le bela, le tungen, le jet, le nakan, le tujai. Sans eux, comme parviendrons-nous à survivre ? BALA TINGANG Le tekalet, ce sont les sangliers qui le mangent. Il faut que la forêt continue d'en faire pousser. BALA TINGANG Quand il n'y aura plus de fruits, les animaux ne viendront plus et nous ne pourrons plus les chasser... Voilà le type de fruits que nous mangeons. NARRATEUR L'habitat des Penans est menacé. Plus de la moitié des forêts tropicales de Bornéo a été déboisée ces 50 dernières années... Leur impressionnante diversité est rasée pour y faire pousser un seul type de culture : le palmier à huile, utilisé pour les carburants, la cuisine et les produits cosmétiques. Les Penans, de tradition nomade, sont contraints de se sédentariser. BALA TINGANG C'est une catastrophe ! Un désastre ! Toutes ces forêts, toutes ces montagnes, anéanties. BALA TINGANG Pas un fruit n'a été épargné. Pas une feuille d'arbre... Comment les animaux vont-ils pouvoir rester ?Comment vont-ils se reproduire quand il n'y aura plus de forêt ? Ils veulent se débarrasser des Penans ? NARRATEUR L'exemple de Bornéo est particulièrement alarmant, mais c'est partout dans le monde que la diversité est balayée par l'agriculture intensive. Les conséquences sont visibles dans les étals de n'importe quel supermarché. NARRATEUR De nos jours, nous avons accès à plus de fruits qu'à n'importe quelle autre époque de l'humanité. C'est un accomplissement remarquable... Autrefois, seules les têtes couronnées pouvaient consommer des fruits exotiques. Aujourd'hui, n'importe qui peut acheter un kiwi au supermarché. Mais leur facilité d'accès à un prix : une flagrante absence de choix. La majorité des fruits que nous mangeons provient du greffage, une méthode qui permet aux cultivateurs de reproduire n'importe quel fruit en insérant une branche dans une plante ou un arbre sain. NARRATEUR Cette technique ancestrale permet d'obtenir un résultat parfaitement régulier mais a réduit considérablement le nombre de variétés. Malgré tout, dans les marchés et les bazars du monde entier, les fruits vendus sont infiniment plus variés et insolites... Sur les étals, on peut goûter des saveurs et des textures uniques, que l'on ne trouve pas dans les supermarchés. Avec une telle variété, jamais vous ne mangerez deux fois le même fruit. CHRIS ROLLINS Le jacque est le plus gros fruit qui puisse pousser sur un arbre. C'est comme un mélange de banane, de melon et de chewing gum. Mais là-bas, c'est banal. C'est un fruit de tous les jours, pour ceux qui habitent dans cette ceinture tropicale, en Inde comme aux Philippines. Des millions de personnes en mangent chaque jour. Des millions ! NARRATEUR Mais nous sommes encore plus nombreux à manger des bananes. Plus de cent milliards de bananes sont consommées chaque année. C'est l'un des fruits tropicaux de masse les plus anciens, et le quatrième produit issu de l'agriculture, après le blé, le riz et le maïs. NARRATEUR Savoureuse, avec un coût de production faible et bourrée de vitamines, la banane est, à bien des égards, le fruit idéal... Mais une banane sauvage est beaucoup moins appétissante. Elle est remplie de pépins bons à vous casser une dent. Mais à force de croisements, nous les avons transformées pour finir par les rendre douces et soyeuses... Et les débarrasser de leurs pépins. Leur culture dépend donc du bouturage. NARRATEUR Une fois que la banane parfaite a été obtenue, un commerce mondial a été créé autour de cette unique variété. Depuis le XIXe siècle, les bananes poussent dans de gigantesques plantations industrielles dans des pays tropicaux. Le voyage de la plantation à l'assiette est une prouesse de la mondialisation. NARRATEUR Elles sont emballées, inspectées puis expédiées à des milliers de kilomètres et continuent de mûrir... La chaîne industrielle fournit au monde un stock constant de bananes nutritives et bon marché. Mais ce modèle pourrait bien les mener à leur perte. NARRATEUR Juan Fernando Aguilar cultive des bananes à la Fondation du Honduras pour la recherche agricole... Il a consacré sa vie à la sauvegarde de la banane. JUAN FERNANDO AGUILAR À 5 ans, je me suis intéressé aux plantes. J'adorais les bananes et j'aurais voulu avoir un bananier à la maison... Alors je me suis servi dans la corbeille de fruits de ma mère, j'ai pris une banane et je l'ai plantée directement dans la terre. JUAN FERNANDO AGUILAR J'ai attendu 15 jours pour voir si un bananier allait pousser. Mais ça n'a rien donné... Mon grand-père et mon oncle m'ont donné des graines à planter. Ils m'ont appris comment il fallait faire, comment prendre soin des plantes. Et petit à petit, un bananier a fini par pousser chez nous... C'est comme ça que j'ai décidé de me consacrer à l'agriculture. NARRATEUR La banane que l'on achète au supermarché est de la variété Cavendish... Elle peut se conserver pendant plus de 15 jours après avoir été cueillie. JUAN FERNANDO AGUILAR La Cavendish est la seule variété de bananes plantée partout dans le monde à destination de l'exportation... On appelle cela la monoculture. C'est une pratique agricole extrêmement dangereuse. NARRATEUR Le fruit idéal pour les industriels, la banane Cavendish, est exportée et vendue aux quatre coins du monde. Mais ça n'a pas toujours été cette banane que nous avons mangé. Au début du XIXe siècle, des exportateurs découvrent une variété en apparence parfaite : la Gros Michel. Avec son goût savoureux et sa longévité, elle envahit le monde et bâtit des empires. NARRATEUR Mais dans les années 1920, un champignon mortel, la maladie de Panama, commence à frapper les plantations de Gros Michel. Quarante ans plus tard, presque toutes les bananeraies du monde ont été décimées. Les agriculteurs se tournent alors vers la Cavendish, une variété moins connue mais résistante au champignon... Mais aujourd'hui, la Cavendish court un grand danger. JUAN FERNANDO AGUILAR La banane que nous aimons tant risque d'être frappée par un nouveau fléau, la race 4 de la maladie de Panama. Si cette maladie se déclare au Costa Rica ou au Honduras, les conséquences seront très graves. NARRATEUR Les spécialistes pensent qu'après avoir ravagé les plantations de Cavendish en Asie et en Australie, la maladie de Panama touchera bientôt l'Amérique du Sud, le plus grand exportateur de bananes au monde. JUAN FERNANDO AGUILAR Je peux créer une variété-hybride qui résistera à la maladie de Panama. C'est ma mission. NARRATEUR La quête du fruit parfait, par amour ou cupidité, a toujours poussé les chasseurs de fruits à parcourir le monde... À l'âge d'or des explorations, la découverte d'un nouveau fruit était souvent un bien précieux, qui prenait une valeur considérable au retour des explorateurs. NARRATEUR À la fin du XIXe siècle, se tient une véritable course au fruit. Les nations les plus puissantes envoient leurs botanistes chercher aux quatre coins du monde les plantes les plus insolites qui puissent exister. NARRATEUR David Fairchild est un explorateur pour le compte du Ministère de l'agriculture américain. Lors de ses périples, il rapporte aux États-Unis plus de 2 000 nouvelles plantes... Sans lui, nous ignorerions tout de la cerise, de la nectarine ou de la mangue. NARRATEUR L'héritage de David Fairchild perdure grâce à Noris Ledesma et Richard Campbell. NORIS LEDESMA Regarde ces avocats ! NARRATEUR Horticulteurs et chasseurs de fruits professionnels, Richard et Noris parcourent le monde, en quête de fruits rares. RICHARD CAMPBELL Elles font toujours cette taille ? NORIS LEDESMA Vous les avez fait pousser ? NARRATEUR En véritables détectives, ils remontent à la source du fruit, jusqu'à son arbre. RICHARD CAMPBELL J'aime bien cette acidité. Avec nos palais d'Occidentaux, souvent, on préfère un fruit plus acide. C'est souvent le cas. NORIS LEDESMA Il a un énorme potentiel. NARRATEUR Quand ils trouvent un arbre prometteur, ils en ramènent des boutures à Miami, qu'ils greffent à des arbres existants dans l'espoir qu'elles donnent des fruits... Le jardin botanique Fairchild possède l'une des plus grandes collections de plantes tropicales au monde. C'est un havre de diversité... Richard et Noris sont responsables des fruits tropicaux à Fairchild, où ils prennent soin de plus de 1 000 variétés de fruits, dont plus de 600 types de mangues. RICHARD CAMPBELL Si la diversité est si importante, c'est pour ne pas être pris au dépourvu face aux fléaux à venir. Dans l'industrie agricole, l'absence de diversité est synonyme d'une mort inévitable. Il faut un éclectisme génétique pour survivre aux dangers qui nous guettent... J'ai la chance de pouvoir travailler dans un domaine que j'aime profondément. Je n'aime pas les litchis, par exemple. Les litchis sont froids, ils ne font pas ce qu'on attend d'eux, tandis qu'avec les mangues, il y a une interaction, de l'amour. RICHARD CAMPBELL Ça suffit. NORIS LEDESMA Encore une. RICHARD CAMPBELL Au niveau des saveurs, il n'y a pratiquement aucune limite. Il y a des fruits doux, d'autres plus agressifs, effrayants, intimidants ou dociles. Quand on a goûté à tout ça, on est épuisé. L'amour de la mangue, c'est crevant ! NORIS LEDESMA Pour moi, la mangue, c'est le roi des fruits. C'est un fruit qui suscite la passion et qui éveille tous vos sens. NORIS LEDESMA Tenez, sentez... Ça sent bon, non ? RICHARD CAMPBELL On peut trouver quatre ou cinq variétés de mangue en magasin. Elles sont classées par couleur. Rouge, vert ou jaune. C'est complètement absurde. Il existe des milliers de variétés de mangue. C'est par variété qu'il faut les classer, et pas par couleur. NARRATEUR Pendant que Richard et Noris s'affairent à protéger la diversité, au Honduras, Juan Aguilar tente de sauver de l'extinction la banane la plus consommée. NARRATEUR Juan et son équipe travaillent d'arrache-pied pour créer une banane hybride capable de résister à la maladie de Panama. NARRATEUR La culture de la banane commence tôt le matin. À l'aube, Juan et son équipe recueillent du pollen de bananiers qui possèdent des caractéristiques précises. JUAN FERNANDO AGUILAR Le meilleur moment de la journée pour polliniser, c'est le même que ce qui se fait dans la nature. Les abeilles se mettent au travail et récoltent le pollen à 5 heures du matin. Elles prennent leur envol et partent à la recherche de femelles réceptives. Nous, nous faisons exactement pareil que les abeilles. NARRATEUR Le pollen sert à fertiliser les bananiers réceptifs qui finiront peut-être par produire la remplaçante de la Cavendish. JUAN FERNANDO AGUILAR Nous sommes des spécialistes de l'hybridation... C'est notre travail. NARRATEUR Juan croise des bananiers sélectionnés pour leur saveur et leur parfum, mais aussi pour leur résistance à la maladie. JUAN FERNANDO AGUILAR Quand on pollinise, il est essentiel de le faire avec beaucoup d'amour... C'est comme lorsque on fait l'amour avec sa femme ou sa petite amie. Il faut qu'il y ait du romantisme, une certaine ambiance, avant l'acte sexuel. Pourquoi ? Parce que ça permet à la femme d'être plus réceptive. NARRATEUR Après des mois d'attente, Juan récolte les régimes de bananes dans l'espoir d'y trouver des pépins sains. JUAN FERNANDO AGUILAR Ces bananiers ont un taux de stérilité très élevé. C'est pour cela qu'il est rare de tomber sur un pépin, dans les bananes que l'on trouve dans le commerce. Mais si, au moment de la floraison, on offre des conditions de fertilisation optimales, on peut tomber sur un pépin pour 500 régimes de Cavendish... C'est difficile mais pas impossible. NARRATEUR Trouver un pépin est une tâche titanesque... Pour y parvenir, les ouvriers pèlent et réduisent en bouillie plus de 100 000 bananes par semaine. NARRATEUR En moyenne, ils ne trouvent qu'un minuscule pépin tous les mille régimes. JUAN FERNANDO AGUILAR Il a l'air bien, ce pépin. NARRATEUR À une époque, on pensait que les bananes Cavendish étaient totalement stériles. On les cultivait en prélevant une bouture sur un bananier adulte. De tous les cultivateurs de bananes de la planète, Juan est le seul à avoir réussi à obtenir un pépin de Cavendish. JUAN FERNANDO AGUILAR La première fois que j'ai eu un pépin de Cavendish entre les mains, j'ai demandé à tout le monde de la manipuler comme si c'était de l'or ou un diamant. JUAN FERNANDO AGUILAR Les pépins de banane ne germent pas facilement. Elles ont besoin d'aide. NARRATEUR Ils ouvrent d'abord le pépin en deux et exposent l'embryon de banane. Puis ils le retirent soigneusement et le glissent dans une éprouvette... Là, il pousse pendant 3 mois avant d'être transplanté dans la serre. JUAN FERNANDO AGUILAR Voici la plante en pleine croissance. Si elles nous sont si précieuses, c'est parce que ce sont des hybrides de Cavendish... Elle n'est pas terrible, celle-ci... Elle est en train de se faire manger par des champignons. NARRATEUR L'une de ces pousses remplacera peut-être un jour la Cavendish. Seules les plus résistantes terminent leur croissance dans les champs. JUAN FERNANDO AGUILAR Après 7 années de travail, à force de sélections, nous sommes parvenus à obtenir les premiers hybrides qui pourraient remplacer la Cavendish. NARRATEUR Pour la première fois, il va être possible de produire de nouvelles variétés de bananes à la même texture, au même arôme et à la même saveur que la Cavendish. JUAN FERNANDO AGUILAR La solution, ce n'est pas de remplacer la Cavendish par une seule variété. Il nous en faudrait quatre, cinq ou même six. NARRATEUR Bien qu'il ait trouvé une variété équivalente en goût à la Cavendish, il lui faudra des années avant de savoir si elle résistera à la maladie de Panama... S'il réussit, le marché de la banane pourrait connaître un renouveau grâce à Juan. La banane que nous connaissons bien sera moins vulnérable... Mais d'autres passionnés se sont donné pour mission de créer de nouveaux fruits, plus surprenants les uns que les autres, pour notre plus grand plaisir. NARRATEUR Malgré les nombreuses variétés de fruits qui existent, les supermarchés d'aujourd'hui n'accueillent que celles les plus faciles à produire et à transporter. Depuis quelques années, la diversité de nos étals provient de moins en moins des vergers et de plus en plus des usines et des laboratoires. La mutation qui donne à certaines variétés de pamplemousse tel que le Rio Red, leur couleur vive, est due à une dose de radiation expérimentale. NARRATEUR Il est également possible de perfectionner ou de créer de nouveaux fruits en insérant du matériel génétique issu d'autres espèces. La tomate Flavr Savr a été génétiquement conçue pour résister davantage au pourrissement que les variétés classiques. La pomme Arctic a été modifiée pour ne pas brunir lorsqu'elle est coupée en deux. Les fruits ne seront bientôt plus que des aliments manufacturés comme les autres. NARRATEUR Mais certains agriculteurs refusent ces fruits industrialisés et, comme Juan, utilisent des techniques traditionnelles pour offrir de la variété aux consommateurs. LEITH ZAIGER Notre famille s'est donné pour mission de faire progresser le marché du fruit partout dans le monde. C'est une entreprise familiale. Dès notre plus jeune âge, nous aidons à faire des boutures, à transplanter des arbres. Nous travaillons ensemble. NARRATEUR Depuis quatre décennies, la famille Zaiger cultive de nouvelles variétés de fruits. Ils ont fait pousser des centaines de leurs créations, que l'on retrouve souvent sur nos étals. LEITH ZAIGER L'objectif, c'était d'obtenir de délicieux fruits qui puissent passer sans difficulté de la ferme au marché. Au début, il fallait qu'ils soient plus gros, plus rouges, plus fermes. Aujourd'hui, ces qualités sont toujours très importantes, mais c'est le goût qui est devenu la priorité. NARRATEUR Dans les années 1900, les Zaiger créent leur hybride le plus célèbre : le pluot. Trois quarts de prune japonaise pour un quart d'abricot. LEITH ZAIGER Ils ressemblent encore à des prunes. On le a surtout rendus plus savoureux. NARRATEUR D'autres hybrides Zaiger incluent le plumcot et l'aprium. Les variétés des Zaiger ne sont pas issues de modification génétique. Leur surprenante saveur n'a pas été obtenue artificiellement... Ils préfèrent faire appel à une méthode ancestrale qu'ils appellent «imiter les abeilles ». Des pollinisations croisées de différentes espèces de plantes permettent de créer de nouvelles variétés. FLORA CARRANZA Je m'appelle Flora Carranza et nous sommes en train de polliniser des arbres. On émascule les fleurs, on enlève tous les pétales et les anthères pour ne laisser que le pistil. Ensuite, on pollinise le pistil. FLORA CARRANZA Je fais ça depuis 1968.. On laisse l'organe femelle de la fleur, puis on prend un flacon de pollen et on met le pollen sur le pistil. On féconde le pistil. En fait, je fabrique des bébés... C'est ça, mon travail ! Je fais comme les abeilles. LEITH ZAIGER Nous avons une vision à long terme... J'espère que je serai encore là pour voir certains des projets aboutir. Chaque génération s'étale sur quatre ou cinq ans, et sept ou huit générations sont nécessaires. C'est long ! NARRATEUR Les Zaiger cherchent en permanence à inventer de nouvelles variétés de fruit. À présent, ils travaillent sur un cerisier qui puisse donner des fruits plus longtemps, et supporter des climats froids. Mais il faudra peut-être des années avant que le projet aboutisse. NARRATEUR Si les Zaiger travaille sur des fruits courants, d'autres préfèrent chercher des fruits encore méconnus mais avec un potentiel commercial. La prochaine grande découverte pourrait venir d'un chasseur de fruits canadien... Bob Bors étudie les fruits à l'université de la Saskatchewan. Sa mission : trouver de nouveaux fruits commercialisables. BOB BORS Je me suis intéressé très jeune à l'horticulture, en faisant pousser des tomates et des concombres. Quand j'ai terminé mes études, j'ai été recruté par deux chercheurs qui travaillaient sur les fruits. L'un étudiait les arbres fruitiers et la canopée, et l'autre cultivait des framboises. Je n'en revenais pas. On me payait pour manger des framboises toute la journée. C'était comme ça plusieurs semaines par an. Pour moi, une framboise ne possédait qu'une seule facette, mais elle en a bien plus que ça. NARRATEUR En cultivant les terres de l'université, Bors tombe sur un curieux fruit violacé : la baie de mai. BOB BORS La première fois que je me suis intéressé à la baie de mai, c'était en juin de l'an 2000. On avait une rangée consacrée à tous types de plantes. Dès qu'on trouvait une pousse qu'on ne connaissait pas, on la plantait pour voir si elle résisterait au climat de la Saskatchewan. C'était le début du mois de juin, et elles étaient déjà mûres. Je n'en revenais pas. Je les ai observées puis goûtées, et j'ai voulu en savoir plus. NARRATEUR Il y a plusieurs années, Bors s'est rendu dans les forêts boréales et les zones humides du nord du Canada, où il a trouvé de nombreuses variétés de baies de mai. Le climat froid du nord semblait pafaitement leur convenir. Il a découvert que la combinaison de deux variétés courantes donnait un résultat succulent. BOB BORS L'une de ces baies était sucrée mais sans intérêt. L'autre baie avait plus de goût, mais elle était trop acide. Par curiosité, j'ai croisé les deux plantes pour voir ce que ça pourrait donner. En les associant, on a obtenu un mélange des deux. J'aurais obtenu le même résultat si j'avais pris les deux plantes et que je les avais mises dans un mixeur. BOB BORS Ça ressemble un peu à un mélange de framboise et de myrtille. Mais il y a un petit truc en plus. Elle a du mordant, quelque chose de piquant. Ça doit venir de la vitamine C... Notre mission consiste en partie à trouver un moyen de la faire pousser correctement. Nous travaillons en collaboration avec de nombreux cultivateurs. Peut-être qu'ils trouveront avant nous. NARRATEUR Hamish Graham est fermier dans la Saskatchewan. Il espère être un précurseur et créer un marché de la baie de mai. HAMISH GRAHAM Quand il y a une nouveauté, il faut se lancer et trouver un moyen de passer de quelque chose d'artisanal à une culture à plus grande échelle. J'adore ce genre de défi. HAMISH GRAHAM Bonjour, Marg. Bonjour, Bill. NARRATEUR Hamish travaille avec Marg et Bill Sullivan, de l'association des cultivateurs de baie de mai. HAMISH GRAHAM Tenez. Ça, c'est des borealis. MARG SULLIVAN Il nous a dit : « J'ai découvert quelque chose. Ça va vous plaire. Ça pousse partout, ça convient à la Saskatchewan, ça aime le froid. C'est adapté au climat. » Alors on s'est dit qu'on allait tenter le coup. NARRATEUR Les cultivateurs canadiens espèrent qu'un jour, le monde sera séduit la baie de mai, comme le kiwi en son temps. Ils ont les yeux rivés sur le Japon, où la demande est très élevée. C'est un fruit qui y est consommé pour sa saveur et ses bénéfices sur la santé, grâce à son apport élevé en vitamine C et en antioxydants... Mais les producteurs japonais ne parviennent pas à satisfaire la demande. BILL SULLIVAN Marg et moi, on a rencontré les Japonais en l'an 2000. Ils fabriquent tous types de produits à partir de la baie de mai. C'est un fruit sain et il le savent depuis longtemps. Tout ce qui peut se boire ou se manger, ils le font. NARRATEUR En dehors du Japon la baie de mai est un fruit que peu de personnes connaissent. Hamish et ses confrères ont pour objectif de présenter au marché nord-américain des produits tels que le vin, les conserves et le miel de baie de mai... Ils espèrent créer un engouement mondial, comme pour la baie de goji. BOB BORS Ce qui est sympa, avec la baie de mai, c'est qu'on a vraiment l'impression d'être un pionnier. De nombreuses magasins n'offrent qu'une seule variété de fruit. C'est un peu comme manger un paquet de chips. Chaque bouchée est la même, on finit par se lasser. J'adorerais que les épiceries du futur soient plus diversifiées. Au lieu d'une cagette avec un seule variété, on aurait un choix beaucoup plus varié. NARRATEUR Bob n'est pas seul. Aux quatre coins du monde, des chasseurs de fruits partent à l'aventure, pendant que d'autres cherchent dans leur jardin, pour nous faire partager les bienfaits de la diversité. NARRATEUR Pour être un chasseur de fruits, il ne faut pas nécessairement aller bien loin. Il est possible de trouver des trésors dans son propre jardin. RICK NAHMIAS Je promenais mon chien. Comme il est vieux, il marche lentement. C'est comme ça que j'ai commencé à remarquer toutes ces noix, des noix de pécan, des mandarines. On en voit des montagnes, à chaque saison. NARRATEUR Rick Nahmias est le fondateur de Food Forward, un organisme qui récolte des fruits poussant en milieu urbain et en fait don aux personnes dans le besoin. RICK NAHMIAS J'ai une amie qui habite pas loin. Elle m'a ouvert son jardin pour que j'expérimente avec ses mandarines. Sur trois semaines, on en a récolté 350 kilos. On a commencé avec des banques alimentaires, puis des foyers pour femmes, des associations d'aide aux jeunes défavorisés, des personnes atteintes du SIDA. Chaque semaine, on a une nouvelle demande d'un organisme. NARRATEUR Food Forward se sert dans des centaines de propriétés. Certains arbres sont là depuis des décennies et se sont adaptés aux conditions climatiques. RICK NAHMIAS Ce sont des arbres qui ont 50 ou 100 ans et qui continuent de donner des fruits année après année. Ils n'ont même pas besoin d'être arrosés. Par exemple, il y a quelques mois, j'étais à Studio City et j'ai rencontré un type qui avait un pamplemoussier aussi gros que ce noyer. Un arbre vieux de 40 ans, qu'il avait jamais arrosé. Quand il a acheté la maison, l'arbre était déjà là. 600 kilos de pamplemousses, des oroblancos, sur un seul arbre, en 1 heure et demie. Et sans une goutte d'eau. NARRATEUR Mais il n'y a pas que Food Forward. Le mouvement prend de l'ampleur en Amérique du Nord. Des organismes semblables voient le jour à Toronto, Montréal et Vancouver. NARRATEUR Au Honduras, le travail continue pour Juan, qui veut créer une nouvelle banane. JUAN FERNANDO AGUILAR Il nous faut dix ans pour faire apparaître un nouvel hybride... Mais c'est une mission qui n'a pas de fin. Nous ne pouvons pas offrir au monde qu'une seule variété. Nous allons créer une nouvelle ère dans la production de Cavendish. JUAN FERNANDO AGUILAR C'est en cela que consiste notre travail. Cela demande beaucoup d'observation et il faut toujours garder espoir. Toujours garder espoir. NARRATEUR Grâce à la patience et à la détermination de Juan, il y a de l'espoir pour l'avenir de la banane. Pour plus de variété, les possibilités sont infinies. NARRATEUR Au jardin botanique tropical Fairchild, Noris Ledesma et Richard Campbell cueillent des mangues colorées faisant partie de leur collection. Ils préparent un événement consacré à la diversité. RICHARD CAMPBELL Encore ?... Une autre ? NORIS LEDESMA Deux autres. RICHARD CAMPBELL Deux ? Quelle gourmande. NARRATEUR Le festival de la mangue de Fairchild a lieu chaque année en juillet. Des milliers de personnes viennent de partout dans le monde pour célébrer celui qu'on surnomme le roi des fruits. HOMME 2 Ça vaut le coup ! NARRATEUR Ils peuvent y déguster des mangues provenant de l'immense collection et acheter des manguiers à planter chez eux. NARRATEUR Richard et Noris font partager leur passion et leurs nombreuses variétés avec le reste du monde. Accompagnés de bénévoles, ils leur font découvrir leur fruit chéri. RICHARD CAMPBELL Celles-ci, on les a en accord avec le gouvernement israélien. Voici la préférée de Noris. NORIS LEDESMA C'est la Ruby. La Ruby de Fairchild. Elle a un goût que j'aime beaucoup, très épicé. NARRATEUR Ils donnent des conseils aux producteurs sur les variétés qu'ils ont ramenées de leur périples. Avec un peu de chance, certaines de ces mangues finiront sur l'étal d'un supermarché. RICHARD CAMPBELL Demain, elle sera meilleure. NARRATEUR D'autres chasseurs de fruits, comme Chris Rollins, font également partager leurs connaissances avec d'autres passionnés. CHRIS ROLLINS J'ai grandi à Miami et j'ai toujours mangé des mangues. Ce sont des fruits très courants, par ici. J'ai rencontré les membres d'un organisme nommé le « conseil des fruits rares ». Ils insistaient pour que j'assiste à l'une de leurs rencontres. Ce sont des gens incroyables qui viennent du monde entier et habitent à Miami, où ils font pousser des fruits tropicaux dans leur ferme ou leur jardin. NARRATEUR Les membres du conseil international des fruits rares se réunissent régulièrement pour exposer leurs fruits et partager leurs secrets de fabrique. MAURICE KONG Quand on collectionne les fruits, c'est sans fin. Il y a toujours des nouveautés. HOMME 3 Il faut que je vous montre les miennes. MAURICE KONG L'un de mes fruits, qui a remporté de nombreux concours, c'est la mangue Ice Cream, de Tobago. J'ai également introduit des variétés de mangues de Birmanie. Si elle arrive à pousser ici, alors je la présenterai à des organismes tels que le conseil des fruits rares de Miami. Les membres pourront à leur tour la cultiver et la présenter à des pépinières, qui pourront la présenter au public. SHEEHAN GOBIN Ce que j'aime, c'est trouver des variétés rares, nouvelles, que personne ne connaît en Floride. Je fais ça pour le partage. Je donne à tout le monde. Ma famille, mes amis. Il suffit d'un ouragan ou d'une maladie et plus personne ne pourra en profiter. Si on ne le rend pas accessible, alors il disparaîtra et la collection n'aura servi à rien. Voilà pourquoi je partage avec les pépinières, mes amis, ma famille. Pour que le matériel génétique circule. NARRATEUR Dans les étals de nos supermarchés, c'est l'été, partout, tout le temps, et nous pouvons acheter des fruits en toute saison. Pourtant, la diversité qui rend les fruits si particuliers s'est considérablement réduite... Mais il y a de l'espoir. Avec l'aide des chasseurs de fruits du monde entier, nous pouvons réintroduire cette diversité dans nos vies. Ceux qui ont dégusté un fruit étonnant ou exotique le savent bien : une seule banane ou une seule mangue peut vous rendre accro.