MICHAEL_MOSLEY MICHAEL MOSLEY Le samedi 14 décembre 1799, George Washington, l'un des pères fondateurs des États-Unis d'Amérique, est mourant. Quelques jours plus tôt, il a fait une balade à cheval par un temps froid et humide, qui a déclenché un mal de gorge. Le samedi matin, il dit à son épouse : « Je me sens bien malade. » Les médecins lui administrent le traitement médical standard pour quelqu'un d'aussi gravement malade que lui. Quand arrive le soir, Washington est de plus en plus faible. Il dit à ses médecins : « Je me meurs mais je n'ai pas peur de partir. » Plus tard, dans la soirée, mourra le premier président des États-Unis. C'est tellement étrange de faire ça ! Voici comme nous sommes arrivés à contre-attaquer, et ainsi, à changer le cours de l'histoire de l'humanité. Il a donc de la matière animale infectée que lui a donnée le boucher. Il en prélève un échantillon, qu'il étale sur une lame. Puis il observe dans le microscope. Si l'on sait si précisément ce qu'il y a vu, c'est parce qu'il l'a dessiné. Voici ses croquis originaux. Ces petites particules qui ressemblent à des graines, ce sont les bacilles du charbon. C'est très malin, mais ce qu'il lui faut à présent prouver, c'est que c'est bien cette bactérie qui a tué l'animal. Mais comment va-t-il se débrouiller ? Pour cela, Koch prélève la bactérie sur cette viande infectée et l'injecte dans les yeux de l'animal, où elle prolifère, dans cette substance gélatineuse épaisse. Quand il en obtient une dose mortelle, il injecte délibérément dans une souris la bactérie qui a proliféré dans l'œil, et il attend. La souris meurt, et avec elle, la théorie des miasmes, cette idiotie ancestrale qui veut que ce soit disant mauvais air soit la cause des infections. Ce n'est pas l'air qui a tué la souris, mais bien une bactérie. Mais ce qu'il nous manque encore, c'est un médicament permettant de traiter l'infection de manière sûre et fiable. La solution va venir d'une source des plus inattendues. Sa couleur favorite est le bleu de méthylène, et c'est avec celle-ci qu'il va faire une découverte remarquable, grâce à laquelle il finira par passer à la postérité. Qu'un colorant artificiel teinte telle bactérie et pas une autre, c'est déjà remarquable. Mais c'est ce que Ehrlich va faire par la suite qui est réellement révolutionnaire. Le stade final de la syphilis est effroyable : paralysie, folie, puis vient la mort. Il n'existe, à l'époque, aucun remède, et le seul traitement, le mercure provoque la chute des cheveux et des dents, avant de détruire intégralement le système nerveux. Il pense que l'arsenic peut être efficace contre la syphilis. L'arsenic est connu pour sa toxicité, mais le chimiste allemand en a réalisé des centaines de composés différents. Ehrlich demande donc à son assistant Hata de les tester les uns après les autres, en espérant que parmi eux, se trouve celui qui sera efficace et sans danger. Le composé 606 a tué la bactérie, mais surtout, il a laissé indemne ce pauvre lapin. Voilà la munition magique qu'ils attendaient. C'est dans ce bâtiment-même, il y a 100 ans, que grâce à une combinaison de chance, de logique et de persévérance, ils finissent par trouver un remède à la syphilis, une maladie qui a détruit la vie de millions de personnes. Beaucoup d'entre vous ont appris à l'école que c'est à Alexander Fleming que nous devons la pénicilline. Ce n'est qu'en partie vrai. Au mois d'août 1928, Fleming part en vacances. À son retour, il examine des boîtes de Petri dans lesquelles il a déposé des bactéries. Il remarque une chose étrange. En outre, c'est un orateur sans aucun talent, incapable de captiver son auditoire. Voilà pourquoi la moisissure la plus salvatrice que le monde ait jamais connue attendra dans la pénombre pendant bien des années. Elle y restera jusqu'en 1938 quand des chercheurs du département de pathologie d'Oxford redécouvrent la pénicilline. À l'origine une curiosité médicale, ils feront d'elle un médicament qui sauvera un nombre inimaginable de vies. L'équipe est tombée sur l'article de Fleming concernant la pénicilline, et le hasard faisant bien les choses, cette moisissure est présente dans le bâtiment. L'équipe, composée de trois personnages très différents, est dirigée par un docteur australien au caractère bien trempé, Howard Florey. Voici son bureau. Dans ce laboratoire, en mai 1940, ils réalisent leur première expérience vraiment importante. Ils se procurent huit souris et leur injectent une dose mortelle de streptocoque, une bactérie tueuse. Puis ils injectent de la pénicilline à quatre de ces souris et attendent de voir le résultat. Norman Heatley a tenu un journal. Voici ce qu'il a écrit. « Je suis resté au laboratoire jusqu'à 3 heures 45. À ce moment-là, les quatre animaux témoins étaient déjà morts. Cependant, ceux à qui l'on avait administré de la pénicilline étaient toujours vivants. » Heatley est conscient de l'ampleur de cet événement, puisqu'il écrit ensuite : « J'ai vu que j'avais mis mon slip à l'envers. C'était bon signe. » Tenter de fabriquer de grosses quantités de pénicilline dans ce bâtiment, en temps de guerre et avec très peu de moyens, est un véritable cauchemar. Avec quel matériel vont-ils pouvoir le faire ? Il va falloir improviser. Albert Alexander, un agent de police de 43 ans, fait du jardinage lorsqu'une épine de rose lui égratigne le côté du visage. Enfin, c'est ce que l'on a dit. Voici Albert, un beau jeune homme en bonne santé, et là, voici Albert à l'hôpital. Il ne ressemble plus à rien. Son œil gauche a disparu, il est couvert d'abcès et ses poumons sont remplis d'une matière purulente. Cet instrument draine le pus qui sort de son œil droit. Il n'a plus qu'un seul espoir, la pénicilline. Indubitablement, la pénicilline fait effet, ce qui est formidable. Malheureusement, ils n'en ont pas suffisamment. En désespoir de cause, ils récupèrent son urine et en extraient la pénicilline que son corps n'a pas utilisée. Malheureusement, il est trop tard. Un mois après le début de son traitement, Albert Alexander décède. La pénicilline est exceptionnelle, mais le contexte l'est tout autant. Le Royaume-Uni craint sérieusement d'être envahi. Si c'est le cas, ils devront détruire tout leur travail plutôt que de le laisser tomber entre les mains de l'ennemi. Ils enduisent donc l'intérieur de leur veste de spores. Ils se retrouvent avec trois problèmes à résoudre. Tout d'abord, ils doivent trouver dans quoi la moisissure peut se multiplier. Puis il leur faut trouver une souche de pénicilline plus puissante. Enfin, ils doivent améliorer les méthodes de production. Le premier problème est vite résolu, car il s'avère que la pénicilline adore ce liquide : le sirop de maïs, sucré et visqueux. Elle l'aime presque autant que nous, et heureusement, les Américains en ont en quantité énormes. Mais les deux autres problèmes sont un peu plus délicats. Mais là, l'inattendu se produit. Apparemment, une femme nommée Mary Hunt, qui travaille pour le ministère de l'Agriculture américain, a pris l'habitude de se balader au milieu des marchés au fruits, non pas à la recherche de produits frais, mais d'un fruit bien pourri. Un beau jour, elle tombe sur ça : un melon moisi. Les chercheurs décident de le tester, et ils se rendent compte que c'est une source de pénicilline extrêmement puissante. À tel point que pendant toute une période, c'est la source de pratiquement toute la pénicilline du monde entier. C'est alors qu'entre en scène une petite entreprise pharmaceutique basée dans cet immeuble de Brooklyn, Pfizer. Aujourd'hui, Pfizer est plus connu pour son médicament luttant contre les troubles de l'érection, le viagra. Mais à l'époque, ils produisaient de l'acide citrique, utilisé dans les boissons gazeuses. Comme tout le monde, ils se sont rendu compte qu'il est trop fastidieux de cultiver la pénicilline uniquement à la surface d'un liquide. Il faut parvenir à la cultiver dans tout le liquide. Malheureusement, la pénicilline a besoin d'oxygène pour grandir. Alors ils proposent une solution qui, ils l'espèrent, devrait fonctionner. Les résultats sont spectaculaires. Très vite, ils produisent cinq fois plus de pénicilline qu'originalement prévu. En juin 1944, pour le débarquement en Normandie, il y a suffisamment de pénicilline pour chaque soldat blessé, et elle est produite en majorité ici même, dans l'usine Pfizer de Brooklyn. Jamais plus une épine de rose ou une petite coupure n'entraînera une mort abominable. Tout a commencé avec Alexander Fleming et son coup de chance, mais sans Florey et l'équipe d'Oxford, combien de temps aurait-il fallu pour faire de cette moisissure un traitement sûr et efficace ? Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous semblons avoir le dessus sur les germes. Mais la bataille contre les bactéries ne représentent qu'une portion de notre combat contre les infections. Les antibiotiques, aussi spectaculaires soient-ils, ne peuvent rien contre les virus. Et à bien des égards, les virus représentent un défi encore plus considérable. Il y a encore un peu plus d'un siècle, personne ne connaissait l'existence des virus. Ce n'est que dans les années 1930, avec l'invention du microscope électronique, qu'il devient possible de les observer. De nombreux scientifiques ne considèrent pas les virus comme des créatures vivantes, mais ils n'en sont pas moins dangereux pour autant. Le virus de la variole est détenu dans un laboratoire de type P4, au niveau de sécurité maximal. Je ne suis pas autorisé à aller au delà. Mais étant donné les horreurs qu'a causées cette maladie, je n'ai aucune envie de m'en approcher de plus près. Mais heureusement, ce cauchemar est aujourd'hui terminé. La variole est la première maladie de l'histoire de l'humanité que nous sommes parvenus à éradiquer. Mais comment se débarrasse-toi d'un monstre qu'on ne peut tuer ? Dans sa jeunesse, Edward Jenner, un médecin anglais du XVIIIe siècle entend une laitière se vanter que jamais elle n'attrapera la variole car elle a auparavant contracté la vaccine. La vaccine est une forme bénigne de la variole. Les symptômes incluent des pustules et des ampoules sur les mains. Jenner n'est pas le premier médecin à observer qu'il se pourrait que la vaccine protège de la variole. Mais si tous les honneurs lui reviennent, c'est grâce à son expérience cruciale. Expérience qui, aujourd'hui, serait considérée comme contraire à l'éthique, lui vaudrait d'être radiée et de finir derrière les barreaux. Jenner prend un petit garçon de 8 ans nommé James Phipps et lui inocule délibérément la vaccine. La fièvre monte chez le garçon. Alors Jenner saisit un scalpel, lui taillade le bras, puis il y frotte du pus appartenant à une victime de la variole. Je me demande ce qu'il a bien pu raconter au garçon ou au père de celui-ci, mais Jenner devait savoir que si l'expérience échouait, le garçon deviendrait aveugle et mourrait dans d'atroces souffrances. De nombreux scientifiques pensent que c'est impossible. C'est un projet trop compliqué à mettre en œuvre. Encore un joli rêve utopique issu des années 60 qui se soldera par un échec. Au milieu des années 1970, la victoire est à portée de main. La variole n'existe plus que dans quelques foyers isolés. Mais l'équipe sait que si une épidémie se déclare, alors leur travail n'aura servi à rien. En un peu plus de dix ans seulement et contre toute attente, Henderson et son équipe ont atteint l'objectif zéro. Je pense sincèrement que l'éradication de la variole est l'une des plus grandes réussites que l'humanité ait accomplies. Encore plus que d'avoir mis un homme sur la lune ou d'avoir fissionné l'atome. C'est un triomphe de la science et de la coopération internationale. Je pense que grâce à ce que nous avons appris ces 200 dernières années, nous sommes bien placés pour affronter les armées de microbes à venir.