APIRAG ARTHUR BRIGITTE GLEN HARRIET JACQUELINE JERAJA LORENA NICOLETTA OLLIE . LORENA En g�n�ral, je me r�veille � h et je prom�ne les chiens.1 Ils occupent une grande place dans ma famille. . LORENA C�est bien. Bon chien. . LORENA Ma fille est � la fac. Mon mari a son entreprise. On aime faire des barbecues dans le jardin. Regarder des films, le soir. En gros, c�est une vie de famille normale. On a une vie agr�able, jusqu�� pr�sent. Je ne peux pas me plaindre. On est heureux. . LORENA Comme beaucoup de gens, dans le monde entier, le savent, j�ai coup� son p�nis. Pas la peine de tourner autour du pot. Voil�, c�est dit. C�est ce qui s�est pass�. . OLLIE J�ai tout de suite su que quelque chose n�allait pas. Je ne voulais pas regarder. J�avais peur de ce que j�allais voir. . ARTHUR Si vous voulez tuer votre p�re, vous le poignardez dans le cou. Couper son p�nis, en g�n�ral, ce n�est pas la premi�re chose qui vient en premier � l�esprit pour d�gommer son p�re. . BRIGITTE Toutes les �motions sont remont�es d�un coup. �a a �t� une journ�e tr�s �prouvante. J�ai fait un tour et j�ai r�alis� que j�avais toujours son p�nis enroul� dans une serviette en papier, � la main. . LORENA Certaines femmes ont dit�: ��Ah enfin, quelqu�un a fait ce que je voudrais faire � un homme��. . GLEN L�id�e d�une femme coupant le p�nis de son mari, c�est, juste avant le meurtre, le pire qu�on puisse faire. . ARTHUR Selon moi, ce n��tait pas une question de vengeance. . BRIGITTE Ils parlent de ce que j�ai fait, mais pas de ce qu�il m�a fait � moi. . JACQUELINE Si Lorena Bobbitt a coup� le p�nis de son mari, c��tait de l�autod�fense. . LORENA Ce n�est pas son p�nis en lui-m�me. Quand vous aurez entendu mon histoire et que vous aurez tous les faits, l�, vous pourrez me juger. . LORENA �a aurait pu arriver un lundi, un mardi ou n�importe quel jour. C�est juste arriv� ce jour-l�, le juin . Je travaillais dans un salon de manucure. J��tais tr�s fatigu�e, �puis�e m�me. On a ferm� le salon � h et je suis all�e manger quelque chose avant de rentrer � la maison et de m�endormir. Ensuite, je me souviens de John sur moi. � moiti� endormie, je me suis demand� ce qui se passait. C�est tout ce dont je me souviens. Je suis all�e me chercher un verre d�eau. Je ne me souviens pas du couteau. Je n�ai aucun souvenir de tout �a. Ensuite, tout ce que je sais, c�est que j��tais au volant de la voiture et que j�avais le p�nis dans une main et le couteau dans l�autre. Je n�arrivais pas � conduire droit. Je ne sais m�me pas comment je suis mont�e dans la voiture. Je ne savais pas ce qui se passait. J�avais son organe dans une main et le couteau dans l�autre. J�ai eu peur et je l�ai jet� par la fen�tre. Son organe. Je n��tais pas dans mon �tat normal. Non, je n�avais pas tout pr�vu. Qui peut pr�voir �a�? Ce n�est pas possible pour moi de me r�veiller le matin et de me dire�: ��Je vais faire du mal � quelqu�un. Je vais faire du mal � mon mari.�� Non, c��tait impossible. Ce n�est pas moi. Donc j�ai appel� ma patronne de l��poque. Elle m�a dit�: ��Qu�est-ce qui se passe�? Qu�est-ce qui est arriv�?�� C�est elle qui a appel� la police et qui m�a dit�: ��Je t�emm�ne � l�h�pital��. Et l�, je suis arriv�e l�-bas et c�est fou, mais il �tait dans une autre aile de cet h�pital. On �tait dans le m�me. Mais lui, forc�ment, il �tait soign� pour autre chose. Il fallait l�op�rer. . GLEN J�ai appris la nouvelle en regardant les d�p�ches. C��tait un fait divers bizarre�: une femme avait coup� le p�nis de son mari. La police �tait arriv�e, elle avait trouv� le p�nis et l�avait mis sur de la glace dans une bo�te � hot-dog�! Et une fois qu�on a remis notre m�choire en place � parce que c��tait vraiment pas banal, c�est le fait divers le plus incroyable que j�ai couvert �, on en a conclu que cette femme �tait forc�ment une psychopathe. . GLEN Je m�appelle Glen Oglaza. J�ai �t� reporter t�l� pendant pr�s de ans sur la cha�ne ITN, puis sur Sky News. En janvier , je travaillais � Washington pour ITN. C��tait il y a seulement ans, mais c��tait une autre �poque. Je n�avais le droit de prononcer le mot ��p�nis�� qu�une seule fois au journal de h. Ensuite on devait utiliser un euph�misme, je crois que notre pr�f�r� �tait ��membre��. On disait ��Le membre de John Wayne Bobbitt��. J�ai couvert les trois premiers jours du proc�s. C��tait la folie totale. Et pas juste un cirque m�diatique, pas seulement les cam�ras de t�l�vision et les camions r�gie du monde entier, d�Allemagne, du Japon, de France, etc. Il y avait une atmosph�re de f�te foraine, avec des stands de nourriture et de boisson, des gens qui buvaient des bi�res. Bien s�r, on vendait des saucisses et des hot-dogs, toutes les r�f�rences lourdes que vous pouvez imaginer. Il y avait des vendeurs de t-shirts, en majorit� en soutien � John Wayne Bobbitt. . GLEN Le mot ��Bobbitt�� est entr� officiellement dans le dictionnaire. C�est un verbe qui veut dire se faire couper quelque chose de vital. �a a suscit� l�int�r�t dans le monde entier, ce qui �tait inhabituel pour un fait divers domestique. Il ne s�agissait pas d�une guerre. L�attention a �t� hors normes. Alors que ce n��tait pas la premi�re ni la derni�re affaire de ce genre. . OLLIE Quand l�affaire Bobbitt a �clat�, le monde entier a �t� au courant. Mais pour moi, personne n�a rien su. C�est arriv� en . Franchement, je ne me souviens m�me plus de notre rencontre. C��tait peut-�tre dans un pub, ou dans une bo�te de nuit. Quand j�ai connu Linda, j��tais c�libataire. Aucune attache. Juste un jeune gars qui vit sa vie. Je la voyais une ou deux fois par semaine. �a n�avait rien de s�rieux, entre nous. Au bout d�un moment, notre relation avait fait son temps, de mon point de vue. C��tait une journ�e comme les autres. Rien de diff�rent des autres fois o� on se voyait. Je suis all� au pub et ensuite, on est rentr�s chez elle. En arrivant chez elle, on est mont�s dans la chambre. C�est l� que tout a commenc�. Et que tout s�est termin�. La lumi�re �tait �teinte, les rideaux tir�s. Je n�ai rien vu. C�est l� qu�elle a sorti un cutter. Je n�ai pas eu mal. C�est surtout le sang que j�ai senti. La premi�re chose que j�ai dite, c�est�: ��mais qu�est-ce que t�as fait�?�� Et elle s�est enfuie. J�ai pens�: ��Je suis dans le p�trin��. Y avait du sang partout. Instinctivement, j�ai tout tenu, je me suis couvert�et je suis sorti. Y avait une cabine t�l�phonique � m�tres. J�ai appel� une ambulance. Les secouristes m�ont embarqu� et j�ai dit�: ��Elle a fait un truc grave��. Ils ont regard� et j�ai vu qu�ils �taient paniqu�s. Encore plus que moi. Elle m�a agress� sans crier gare. Elle a choisi son moment. Et sa cible. Elle l�a fait quand j��tais le plus vuln�rable. . BRIGITTE Mon plan, c��tait juste de l�emp�cher de nuire et de faire du mal. Pour �a, il fallait couper son p�nis. Il n��tait pas un bon p�re. Pas un homme bien. Il �tait violent et alcoolique. Je n�ai pas grand-chose � dire sur lui. J�ai fait des recherches sur une m�thode qui ne serait pas mortelle.�J�ai �tudi� l�affaire Lorena Bobbitt. Et tous les cas que j�ai trouv�s o� la personne avait surv�cu. J�ai d� mettre deux ou trois semaines � tout planifier. J�ai vu que, dans l�affaire Lorena Bobbitt, ils avaient r�ussi � recoudre le p�nis de son mari. Donc j�ai d�cid� de le d�truire, pour �tre s�re qu�on ne pourrait pas le rattacher. Je me souviens avoir achet� des scalpels sur eBay. Je crois que j�ai trouv� les menottes dans une boutique qui vendait des d�guisements. Mais le jour-dit, j�ai cru que je n�y arriverais pas. Il faisait chaud, c��tait l��t�. Il n�y avait pas un seul nuage. Les gens �taient dehors � s�amuser. Moi, j��tais concentr�e. Je me souviens avoir baiss� son pantalon, avoir coup� son p�nis et l�avoir jet� sur le r�chaud pour le br�ler. Et j�ai quitt� la maison. J�avais laiss� un sac avec mes affaires en bas de l�escalier. J�ai appel� une ambulance, j�ai donn� l�adresse, je leur ai dit de venir le chercher. Je suis all�e sur la plage. J�ai fait un tour et j�ai r�alis� que j�avais toujours son p�nis enroul� dans une serviette en papier, � la main. Comme j��tais sur la promenade du front de mer, je l�ai jet� en-dessous. �a a �t� une journ�e �prouvante. . JACQUELINE Des femmes et des hommes sectionnent des p�nis depuis toujours. Je m�appelle Jacqueline Helfgott, je suis professeure � l�universit� de Seattle. Ma sp�cialit� est la psychopathie et les crimes d�imitation. Dans l�histoire mondiale, on a de nombreux exemples d�amputations de p�nis. On a vu des vagues de ce type de crime au Vietnam et au Kenya, par exemple. Dans certains endroits, on a une femme ou une s�rie de femmes qui coupent le p�nis de leur mari. C�est une vague de crimes, peut-�tre par effet de contagion. Les comportements s�apprennent par ce qu�on appelle l�apprentissage social. Les crimes ne font pas exception. . APIRAG Je suis le Dr Apirag Chuangsuwanich . Je travaille dans l�h�pital Siriraj depuis ans. Ma principale activit� est la chirurgie plastique. Au d�but des ann�es , nous avons eu � traiter un cas tr�s particulier. C��tait un patient arriv� � l�h�pital avec le p�nis amput�. Au d�but, j��tais plut�t content, parce que je n�avais jamais vu ce genre de situation. Donc il a fallut �tudier l�anatomie de l�organe sectionn�. Notre principal objectif �tait de recoudre les petits vaisseaux sanguins et les nerfs, pour permettre au p�nis de retrouver ses sensations. Pour rattacher un p�nis, les chirurgiens doivent proc�der � une microchirurgie tr�s avanc�e. Nous avons vu plusieurs patients arriver dans le m�me �tat. Quand ces affaires �taient rapport�es dans les journaux ou � la t�l�vision, c��tait toujours tr�s sensationnaliste, sur le th�me ��d�attaques de la virilit頻. Je pense qu�il y a eu une vague d�imitation. Le minist�re de la sant� a commenc� � diffuser des informations pour la pr�servation des organes amput�s, en imprimant des brochures et des affiches. . JERAJA Je donnais les brochures et formais les b�n�voles qui, ensuite, les distribuaient dans leur quartier. Je m�appelle Jeraja Trakuldit . J�ai eu mon dipl�me d�infirmi�re d��tat en . Ces brochures fournissaient des instructions sur la mani�re de r�cup�rer et de transporter les ��membres�� amput�s jusqu�� l�h�pital, le plus vite possible. Et la consigne �tait d�appliquer une pression, avec la main, pour emp�cher une h�morragie. . APIRAG Chaque cas pr�sentait des difficult�s particuli�res. Par exemple, l��pouse pouvait avoir tent� de d�truire le membre amput� en le jetant dans les toilettes ou aux animaux pour qu�ils le mangent. . JERAJA Il y a une expression, en tha�, qui dit ��Lui couper la queue2 pour les canards��. C�est parce qu�on �l�ve des canards et des poules sous les maisons. Et ces canards mangent n�importe quoi. Ils ne sont pas difficiles. . APIRAG Il y a eu une sorte d��pid�mie d�amputations de p�nis. Environ cas de r�implantations p�niennes en Tha�lande. Je dois dire que �a n�arrive presque plus, mais il reste des cas de temps en temps. L�incident le plus r�cent a eu lieu l�an dernier. . JACQUELINE Dans les endroits o� on voit une explosion de ce type de cas, on peut tout � fait trouver des signes de crime d�imitation. Nous sommes tous le produit de l��poque et de la culture dans lesquelles nous vivons et des m�dias que nous consommons. Les contenus violents se propagent sur toute la plan�te plus que toute autre forme de m�dia, parce qu�on n�a pas besoin de sous-titres pour voir une personne en tuer ou en blesser une autre, ou tout autre type de violence physique. Donc d�s que nous avons des m�dias qui d�crivent ce type d�acte, �a devient public. Et si c�est public, �a se propage. . LORENA Je ne pouvais plus allumer la t�l�vision sans voir mon visage ou des gens qui parlaient de moi. J��tais suivie en permanence. D�s que je sortais de chez moi, c��tait impossible de leur �chapper. . GLEN Alors pourquoi cette affaire a-t-elle autant attir� l�attention�? Il faut se souvenir qu�en , le monde �tait tr�s diff�rent. Les cha�nes d�information en continu venaient tout juste d�appara�tre. Sky News n�existait que depuis trois ou quatre ans. CNN �tait � peine plus ancienne. Aux �tats-Unis, on avait Court TV, qui permettait aux t�l�spectateurs de suivre les t�moignages de Lorena en direct � la t�l�vision. Aujourd�hui, �a nous semble normal, mais � l��poque, c��tait encore tr�s nouveau. Et puis l�id�e d�une femme qui coupe le p�nis de son mari et le balance par la fen�tre de sa voiture, �a semblait tout droit sorti d�un film d�horreur. C�est une image qui marque�! . LORENA Dans le cas de mon ex-mari, il y a eu ��d�tachement de p�nis.�� Je ne sais pas comment le dire autrement� Mais �a a fait beaucoup de bruit. . JACQUELINE Son geste a �t� jug� extraordinairement choquant, ce qui �tait disproportionn�, parce qu�il faut prendre le temps de penser au pourcentage de s�ries t�l� et de films o� le cadavre ou le corps mutil� d�une femme est montr�, sous une forme ou une autre. Alors pourquoi est-ce si choquant quand c�est une femme qui fait du mal � un homme�? Et il y a le fait que ce soit le p�nis. On a vu une obsession totalement malsaine pour ce qui n�est qu�un organe. . GLEN C�est peut-�tre parce qu�� l��poque, les m�dias �taient majoritairement dirig�s par des hommes. Et donc tout le monde s�est focalis� sur le p�nis, au lieu de se demander ce qui avait amen� cette femme � commettre un acte aussi extr�me. . LORENA Je pense que le grand public est pass� � c�t� du fond de toute cette histoire. . JACQUELINE Nous sommes aveugl�s par le mythe du p�nis. Si on y pense, quand on voit un homme marcher dans la rue tout nu, qui s�adonne � l�exhibitionnisme, en g�n�ral, on le voit comme un pr�dateur. C�est un homme mena�ant. Mais si on voit une femme marcher dans la rue toute nue, que pense-t-on�? ��Oh, elle marche toute nue dans la rue, elle se met en situation de victime.�� On le fait m�me si elle porte une jupe tr�s courte, sans aller jusqu�� �tre toute nue dans la rue. Pourquoi n�apprend-on pas aux filles et aux femmes que si un homme marche nu dans la rue, au lieu d�avoir peur, il faudrait peut-�tre penser d�abord qu�il est vuln�rable. . GLEN Je ne sais pas ce que �a fait d��tre amput� du p�nis, Dieu merci. Mais pour moi, c�est notre virilit�, notre identit� en tant qu�homme et notre puissance. C�est quelque chose de fondamental pour notre identit�, notre vision de nous-m�me. Et si quelqu�un le coupe, c�est presque le pire que ce qu�on puisse faire � un homme. Quelqu�un d�autre l�aurait poignard� dans le c�ur et tu�. Mais pas elle. Alors comment l�expliquer�? . LORENA Voil� mon histoire. Quand vous l�aurez entendue et que vous aurez tous les faits, l�, vous pourrez me juger. J�avais ans quand je suis arriv�e aux �tats-Unis. J�ai grandi au Venezuela et je pensais qu�ici, j�aurais plus d�opportunit�s. C��tait mon R�ve Am�ricain�: travailler dur, trouver quelqu�un que je pourrais �pouser, acheter une maison et avoir des enfants. Jusqu�� ma rencontre avec mon ex-mari, tout allait bien. J�avais un emploi stable, j��tais manucure. Et puis j�ai rencontr� John dans un club de Marines. Il �tait tr�s gentil, tr�s charmant, adorable. Et je suis tomb�e amoureuse de lui. Il avait de beaux yeux bleus et je me suis dit�: ��Cet homme est vraiment s�duisant��. L�image qu�on se fait d�un vrai Marine. Je viens d�une famille catholique et je n�avais jamais eu de petit ami. J��tais tr�s jeune et tr�s na�ve. C��tait mon premier amour. C��tait tr�s innocent et tr�s naturel. Oui, on peut dire que tout est all� tr�s vite. Un jour, il m�a invit�e � la piscine et � un moment, il s�est genouill� au bord. J�ai dit ��Mais qu�est-ce que tu fais�?�� Et il a r�pondu ��J�ai trouv� cette bague au fond de l�eau. Tu veux m��pouser�?�� Il l�avait trouv�e dans la piscine. Elle appartenait � quelqu�un d�autre. Et j�ai dit ��Ben, oui, d�accord.�� On s�est mari�s juste apr�s mon e anniversaire. On a eu droit � une belle r�ception sur sa base et apr�s la r�ception, il a d�cid� de partir faire la f�te avec ses copains. Je me suis demand�e o� il allait. Il s�est absent� deux ou trois heures. Il est all� directement dans un bar de strip-teaseuses et de prostitu�es. J�ai appris plus tard o� il �tait all�. J��tais en col�re et j�ai d�cid� de rentrer en Virginie tout de suite. Quand je rassemblais mes affaires, j�ai vu une autre valise dans le coffre de la voiture. C��tait celle de son fr�re. Il venait avec nous. Pour vivre avec nous. Donc je venais de me marier. Mon mari �tait all� dans un club de strip-teaseuses et de prostitu�es. Et je venais de d�couvrir que son fr�re allait emm�nager avec nous. C�est des red flags. Des gros red flags, non�? C��tait des gros red flags. Mais comme je venais de me marier, je ne savais pas comment r�agir. Le mariage, c��tait tr�s important pour moi, parce que Dieu a dit que le divorce n��tait pas acceptable. Un mois apr�s notre mariage, pour f�ter �a, j�ai d�cid� de nous offrir un steak et des pommes de terre, dans un bon restaurant. Je me suis fait belle et lui, il a juste mis un jean. Quand on est arriv�s au restaurant, ils n�ont pas voulu le laisser entrer parce qu�il portait un jean. Il �tait mal � l�aise � cause de la mani�re dont on l�avait trait�. Alors il a bu. Beaucoup. Il a bu beaucoup de shots. J�ai dit ��John, je ne m�amuse pas. Rentrons.�� Il �tait d�j� saoul. Il a insist� pour conduire. Donc il �tait au volant, mais quand on �tait sur l�autoroute, il conduisait tellement n�importe comment qu�on a failli heurter une autre voiture. Alors j�ai attrap� le volant, parce que j��tais terrifi�e. Et pendant que j�avais le volant, il m�a donn� des coups � la poitrine et � l�estomac. Vous avez d�j� re�u un coup � l�estomac�? On a l�impression que tout l�air s�en va et on ne peut plus respirer. C�est la premi�re fois qu�il m�a frapp�e. Et quand on est arriv�s � la maison, il m�a sortie de la voiture de force et m�a tir�e par les cheveux jusqu�� l�appartement. Et il a continu� � me frapper. �a a �t� de plus en plus violent. Pas seulement les coups. J�avais des bleus sur les bras, les jambes, les �paules, le visage et la t�te. Et en plus, c�en est arriv� au point o� il m�a viol�e. Dans un couple sain, oui, il y a des disputes, mais pas au point que votre mari vous frappe ou vous viole. Il m�a fait comprendre que je lui appartenais. J�avais peur et je me sentais prise au pi�ge. Je ne pouvais pas m��chapper. J�ai essay� de partir, mais il me disait�: ��O� que tu ailles, je te retrouverai toujours.�� Comment peut-on vivre comme �a�? . HARRIET Ce qu�on entend tr�s souvent, c�est�: ��Mais pourquoi n�est-elle pas partie�?�� Je m�appelle Harriet Wistrich et je suis la fondatrice et directrice du Centre pour la Justice des Femmes. Ma sp�cialit� juridique est la justice criminelle et les violences faites aux femmes. Ceux qui travaillent sur la notion de contr�le coercitif, d�escalade de la violence et d�emprise dans un couple savent que, tr�s souvent, partir n�est pas une option. Quitter son conjoint est parfois la phase la plus dangereuse d�une relation et les recherches montrent que de nombreuses femmes sont tu�es au moment o� elles tentent de partir. C�est une r�alit�. En plus, m�me si elles ne per�oivent pas n�cessairement que c�est l��tape la plus dangereuse, elles peuvent �tre totalement d�pendantes de l�homme, au point de ne pas voir comment elles pourraient avoir une existence et une identit� en dehors de lui. . LORENA Les gens ont demand�: ��Mais pourquoi elle n�est pas partie�?�Pourquoi elle n�a pas pris ses affaires pour s�en aller�?�� Mais ce n�est pas facile. Il y a un cycle de violence�: d�abord, c��tait une explosion de violence. Et puis apr�s, il revenait s�excuser. Et je le croyais. L�, on avait une phase de lune de miel. Et puis �a recommen�ait. Alors quand les gens demandent pourquoi je ne suis pas partie, c�est insultant. . BRIGITTE Ce qui s�est pass�, n�est pas : ��Un jour, j�ai perdu la t�te et j�ai coup� le p�nis de quelqu�un��. Il y a eu tout un processus. Ma m�re est partie quand j�avais deux ans. Je n�ai aucun souvenir de mes deux premi�res ann�es avec elle. Apr�s, j�ai v�cu avec Eric, mon p�re. . ARTHUR Quand on entend qu�une fille a coup� le membre de son p�re, on devine qu�il y a quelque chose de sexuel l�-dessous. Si vous voulez tuer votre p�re, vous le poignardez dans le cou. Les m�thodes ne manquent pas. Couper son p�nis, en g�n�ral, ce n�est pas la premi�re chose qui vient � l�esprit pour d�gommer son p�re. Je m�appelle Arthur Aidala , je suis avocat p�naliste depuis ans. Actuellement, ma firme repr�sente l�ancien maire de New York Rudolph Giuliani, ainsi que l�ancien pr�sident Trump. J�ai aussi plaid� l�appel d�Harvey Weinstein. Donc nos clients sont des personnalit�s en vue. La plupart de ceux qui viennent me voir ont de gros ennuis�juridiques. Et ces ennuis, on ne peut pas les faire dispara�tre. C�est impossible. Mais on peut am�liorer une situation horrible pour qu�elle soit juste ��pas terrible�� au lieu de ��horrible��. C��tait un matin, le week-end. Un dimanche, je crois bien. Je me promenais dans mon quartier, Bay Ridge, � Brooklyn. On �tait pr�s du fleuve et on regardait la statue de la Libert�. Une belle journ�e. D�un coup, mon portable a vibr�. Bzz bzz bzz. ��Ah non, pas question que je r�ponde��. bzz bzz bzz. Et �a n�arr�tait pas. J�ai fini par me dire ��OK, voyons ce qui se passe.�� ��Quoi, Scott�? �a peut pas attendre�?�� Il a dit ��Pas vraiment.�� J�ai r�pondu ��On est dimanche matin, � h, je suis avec mon fils. Alors quoi�?�� ��J�ai une affaire pour toi. C�est une fille, blah blah blah, son p�re, son p�nis��� J�ai fait ��Ah oui, j�ai vu �a dans la presse.�� Franchement, avant de dire oui, j�ai pass� des coups de fil � trois de mes plus gros clients. Je leur ai donn� les faits et tous les trois m�ont dit�: ��Vas-y, fonce.�� La question �tait�: ���tes-vous d�accord pour que le nom de votre avocat soit associ� � quelqu�un qui a fait �a�?�� Quand on accepte ce genre de client, on sait que la plupart ne vont pas remporter de concours de popularit�. Comme Harvey Weinstein ou Rudy Giuliani. Au d�but, les gens n��taient pas fans de Brigitte Harris. Ils ne connaissaient pas on histoire. Pour eux, c��tait juste une fille qui avait tranch� le p�nis de son p�re. Et je n�oublierai jamais le moment o� je suis entr� dans la pi�ce. Elle �tait envelopp�e dans un drap blanc et, physiquement, on avait l�impression qu�elle voulait dispara�tre dans son propre corps. Ce n�est rien de dire qu�elle �tait fragile. Si on la touchait, elle allait tomber en morceaux. J�ai mis un peu de temps � tisser des liens avec elle pour pouvoir lui demander ce qui s��tait pass�. Bien s�r, il fallait qu�elle me parle de la journ�e en question, mais surtout comment on en �tait arriv� l�. Quand elle m�a racont� son histoire, j�ai �t� atterr�. . BRIGITTE Je n�aime pas l�appeler ��papa�� ou ��mon p�re��. Je dis toujours Eric. Mais oui, Eric est mon p�re. Je me souviens que j�ai emm�nag� � Long Island, avec lui. Il me maltraitait, physiquement et sexuellement. Il a commenc� quand j�avais ans. Mon premier souvenir, c��tait un jour, dans la maison, avec mes deux fr�res, et il m�a emmen�e dans la chambre d�amis. Je me souviens qu�il m�a dit de me d�shabiller. J�avais une culotte avec des fleurs. Et il a commenc� � abuser de moi. Je me souviens de lui sur moi, � faire �a. Je me souviens de mes fr�res, derri�re la porte, qui pensaient qu�il me corrigeait. Je les entendais pouffer. Puis il s�est relev�. �a a �t� la premi�re fois. Quand il abusait sexuellement de moi, je pensais qu�il me punissait, que c��tait de ma faute, que j��tais m�chante et que je devais �tre plus sage. Je ne comprenais pas les notions de sexe, de viol et d�abus sexuel. J�avais juste , ou ans. Donc je subissais �a, mais sans avoir les mots pour l�expliquer. C��tait juste quelque chose que mon p�re me faisait. Je veux que les gens comprennent que je d�teste dire ce mot, mais que c��tait ��mon p�re��. Mon p�re a abus� sexuellement de mois d�s l��ge de ans. ans. Qu�est-ce qu�un enfant de ans conna�t du sexe�? D�ailleurs, ce n�est pas du sexe. C�est un viol. Je me demandais si �a arrivait chez les autres, mais je n�en ai jamais parl� � personne, parce que je n�avais pas d�amis proches et personne � qui poser la question. Je n�ai jamais re�u l�amour que je voyais � la t�l�vision ou dans les livres. J�ai commenc� � lire tr�s t�t, avant m�me d�aller � l��cole. Les livres �taient mon �chappatoire. Je me r�fugiais dans ces livres. Je choisissais ceux dans lesquels je pouvais dispara�tre, comme Anne, la maison aux pignons verts. 3 Je me retrouvais dans l�h�ro�ne. Elle �tait comme moi, elle faisait des b�tises sans le faire expr�s, elle �tait tr�s innocente. Les livres m�ont sauv� la vie. Eric faisait des allers-retours au Liberia pour ses affaires et un jour, il m�a dit que je devais aller au Liberia avec lui. L�, j�avais ans, presque . Et �a a recommenc�. Sans doute encore pire, parce qu�il n�y avait aucune restriction. Je me souviens de la premi�re nuit o� je me suis d�battue. C��tait le d�cembre . Il avait achet� de l�alcool et il a encore essay� d�abuser de moi. Et je me souviens avoir dit non et l�avoir repouss�. �a l�a rendu fou et il m�a chass�e du lit. Il m�a dit de prendre mon passeport et de partir. Ce que j�ai fait. J�ai emprunt� de l�argent pour m�acheter un billet pour les �tats-Unis. L�, je suis rentr�e � New York. Ma vie s�est enfin am�lior�e. Je me suis dit�: ��je vais gagner de quoi avoir un appart � moi��. C��tait mon r�ve. Vivre toute seule. Je voulais avoir mon endroit � moi. �tre comme ces gens heureux que je voyais � la t�l� ou dans les livres. J�essayais de construire ma vie et de trouver ce dont j�avais envie. Tout a bascul� quand j�ai appris qu�Eric �tait revenu. Et qu�il vivait avec ma s�ur. . ARTHUR Ce jour-l�, Brigitte est rentr�e du travail, elle est all�e chez sa s�ur et elle est tomb�e sur son p�re, qu�elle n�avait pas vu depuis ans. Et sur les genoux de son p�re, il y avait sa ni�ce de ans. . BRIGITTE Je revois ma ni�ce sur ses genoux. Et je me suis souvenue de ce qu�il me faisait quand j��tais sur ses genoux. Il �tait hors de question que je le laisse faire. C�est l� que j�ai r�fl�chi � un plan pour lui prendre son ��arme�� et le priver de ce qu�il utilisait pour faire du mal, � moi et � d�autres. . HARRIET Couper un p�nis peut sembler un acte fou et irrationnel, mais quand on examine les circonstances qui ont entour� cet acte et qui y ont men�, on per�oit une logique interne. J�ai �t� frapp�, dans les cas de Brigitte et de Lorena, par l�horreur des maltraitances qu�elles avaient subies et qui les ont pouss�es � agir comme elles l�ont fait. On dit souvent que ce n�est pas un acte anormal, mais plut�t une r�action normale � une exp�rience anormale. Elles ont pu se dire qu�elles n�avaient plus le choix, qu�il n�y avait pas d�autre solution pour avancer ou survivre. . JACQUELINE Parfois, dans un monde loin d��tre parfait, les gens se retrouvent dans des situations o� la violence est utilis�e contre eux et s�ils ne savent pas comment se d�fendre, ils ne pourront pas survivre. De nombreuses femmes et filles se retrouvent dans des situations o� elles ne savent pas comment survivre. Elles n�ont plus aucun pouvoir et elles n�ont plus qu�une seule issue. . BRIGITTE Je voulais qu�il soit puni et qu�il ne puisse plus faire de mal � personne. Je voulais qu�il aille en prison. Donc j�ai regard� ce que disait la loi. Est-ce que je pouvais appeler la police�? Est-ce qu�on allait me croire�? Est-ce que j�avais assez de preuves�? Est-ce qu�on allait le mettre en prison�? Et pour combien de temps�? Mais il y avait trop de choses qui lui �viteraient en prison. Notamment la prescription et l�absence de preuves. . HARRIET Je pense que c�est un d�tail significatif que Brigitte et Lorena soient toutes les deux des immigr�es. � cause de cela, elles n�avaient pas confiance dans leur capacit� � se tourner vers la justice. . GLEN En tant qu�immigr�e aux Etats-Unis, c��tait beaucoup plus difficile pour Lorena de d�fendre ses droits dans le syst�me judiciaire. Pouvait-elle faire confiance � la police�? Quels �taient ses droits en tant qu��pouse�? Elle pensait sans doute n�en avoir aucun. . LORENA Je n�en ai parl� � personne. Je n��tais pas soutenue par ma famille parce qu�elle �tait au Venezuela. Et je ne savais pas qu�il y avait des refuges. J��tais d�munie. Je ne pouvais pas me r�fugier chez des amis, parce que j�avais honte. J�avais honte de leur dire que cet homme que j�avais �pous� et qui avait promis de m�aimer, me faisait du mal, en m�me temps. Je pensais vraiment qu�il m�aimait. . BRIGITTE On s�est disput�s. Je lui ai dit�: ��Tu ne changeras jamais. Je ne te laisserai pas faire �a � quelqu�un d�autre.�� Je me souviens qu�avant de m�enfuir de l�appartement, j�ai regard� et j�ai vu que sa poitrine bougeait. . NICOLETTA Elle ne se sentait pas coupable de lui avoir coup� le p�nis, parce qu�on peut vivre sans p�nis. . LORENA J��tais tr�s intimid�e par le jury. Ces gens �taient l� pour me juger. Et si j��tais condamn�e � la prison, �a allait �tre pour tr�s long. Pour ans. . GLEN Avait-elle pr�m�dit�? Avait-elle pr�vu d�infliger cette blessure grave�? Ou avait-elle �t� pouss�e � bout, au point de commettre un acte impulsif�? . BRIGITTE J��tais tr�s angoiss�e. Je pensais qu�il allait mourir et je ne voulais pas sa mort. Et puis vers heures, j�ai entendu aux nouvelles qu�il �tait mort. . ARTHUR Brigitte n��tait pas du tout innocente. Elle �tait totalement coupable. De l�acte qu�elle avait commis. FIN 1 Elle dit bien ��les�� alors qu�on n�en voit qu�un � l��cran� 2 En anglais, c�est �crit ��dick�� = bite� je ne sais pas si on peut le mettre�?? 3 Titre du roman�; https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne%E%%A_la_maison_aux_pignons_verts Pas le m�me que les t�l�films --------------- ------------------------------------------------------------ --------------- ------------------------------------------------------------ I cut off his penis # � H�l�ne Inayetian