ALESSANDRA COMMENTAIRE DUMI FEMME_MUNDURUKU FEMME_POLICE FIN FRANCESCA HOMME_MAFIA HOMME_POLICE HOMME_TRAFIQUANT JAIME_CULEBRAS JOURNALISTE KATHARINA_HUCHLER MOHAMED_NASHEED PARRAIN RENS_ILGEN TRAFIQUANT TRANG_NGUYEN COMMENTAIRE Cet hélicoptère traque l’un des animaux les plus menacés de la planète. Un rhinocéros noir. Sa corne vaut une fortune sur le marché noir. La femelle est touchée. Mais cette fois, les tireurs ne sont pas des braconniers. Dumi Zwane et son équipe sont en mission de sauvetage DUMI Jamais je n’arrêterai de me battre pour les rhinocéros. Je ne peux pas l’imaginer. COMMENTAIRE C’est une opération d’envergure. L’objectif est de mettre sur pied un programme de reproduction dans un site protégé. Et cette femelle sera la pièce maîtresse du dispositif. Elle pèse plus d’une tonne. Pour la transporter, l’équipe n’a pas le choix. Il faut la transporter par les airs. DUMI Voilà, c’est bon. Parfait. J’ai regardé l’hélicoptère la soulever dans les airs, et ça m’a ému aux larmes. C’est merveilleux. COMMENTAIRE Elle est sous sédatif et tant qu’elle reste calme, le transport est sans danger. Dans moins d’une demi-heure, elle sera à nouveau sur la terre ferme. Et une nouvelle vie commencera pour elle, en sécurité, loin des braconniers, pour sauver son espèce. Partout dans le monde des gens comme Dumi, des hommes et de femmes consacrent leur vie à sauver les espèces menacées. COMMENTAIRE Nous sommes en Équateur, dans les contreforts des Andes . Ce bâtiment niché dans la végétation est le Centro Jambatu. C’est un centre de recherches dédié au groupe d’animaux le plus menacé de la planète. Les amphibiens. Ces individus sont les tout derniers de leur espèce. On les a installés ici pour les protéger. Mais aussi et surtout pour accroître leurs populations. Et voici la personne qui les a trouvés. Jaime Culebras. JAIME CULEBRAS La première fois que j’ai vu une grenouille, j’avais sept ans. Et ma vie a changé pour toujours. COMMENTAIRE Depuis, il explore les régions les plus reculées au monde en quête à la recherche des grenouilles les plus rares. JAIME CULEBRAS Ça, c’est une Agalychnis. Elle est incroyable. C’est impossible de ne pas craquer pour un animal comme ça ! COMMENTAIRE Tous les amphibiens conservés ici sont uniques. C’est encore plus vrai pour un individu en particulier. On l’a surnommé Pauvre Santiago. JAIME CULEBRAS Voilà, c’est lui. On lui a donné ce nom parce qu’il est tout seul. C’est l’un des tout derniers membres de son espèce, et il a besoin d’une femelle. COMMENTAIRE Son nom scientifique, c’est Atelopus halihelos, ou crapaud du Morona-Santiago. Et c’est peut-être l’amphibien le plus rare au monde. Les autres protégés du centre font leur possible pour perpétuer leur espèce. Santiago, lui, est seul, depuis quatre longues années. JAIME CULEBRAS Ce n’est peut-être pas le plus beau des crapauds. Mais il mérite d’être aimé. COMMENTAIRE Santiago se fait vieux. Jaime Culebras doit absolument lui trouver une compagne, avant qu’il ne soit trop tard. Alors, il va repartir à l’aventure. Voici d’où vient l’espèce de Santiago, la forêt de nuages de l’Équateur. Ces hautes montagnes sont l’un des endroits les plus sauvages au monde. Ici, pas de route, et nulle part où atterrir en hélicoptère. Il faut venir... À pied. Deux autres chercheurs téméraires accompagnent Jaime dans cette expédition. Son collègue Darwin. Et Francesca, sa compagne qui est elle aussi biologiste et spécialiste des amphibiens . FRANCESCA C’est l’un des endroits les plus humides au monde. Et en ce moment, c’est la saison des pluies, donc il pleut encore plus ! COMMENTAIRE 100 % d’humidité et des insectes partout, c’est le paradis des amphibiens. JAIME CULEBRAS C’est parti ! COMMENTAIRE La plupart des amphibiens sortent de leur cachette la nuit. JAIME CULEBRAS C’est un endroit absolument merveilleux. Mais il vaut mieux regarder là où on pose les mains. FRANCESCA C’est vrai que ce n’est pas un compagnon comme les autres. On forme un couple un peu particulier. C’est une obsession pour lui. COMMENTAIRE Les trois aventuriers explorent chaque recoin du torrent. Il devrait foisonner de toute sorte d’espèces d’amphibiens. Mais les heures passent, et toujours rien. JAIME CULEBRAS La forêt est silencieuse. C’est triste. COMMENTAIRE Le chant des grenouilles disparaît peu à peu de notre monde. Pour en voir beaucoup, désormais, il faut aller au musée. La dégradation des habitats n’est pas seule en cause. En Amérique du Sud, un tueur silencieux décime les amphibiens. Le chytride. Ce champignon parasite se développe sur la peau des grenouilles et finit par les tuer. Sa prolifération a déjà provoqué la disparition de 90 espèces. Et près de 600 autres sont désormais en danger critique d’extinction. JAIME CULEBRAS Avant le chytride, je suis certain qu’il suffisait de marcher dans ce ruisseau pour voir plein de grenouilles. Il devait y en avoir partout, sur les rochers, qui croassaient... J’aurais aimé naître avant cette maladie qui frappe aujourd’hui les amphibiens. COMMENTAIRE Mais la petite équipe n’abandonne pas. Nuit après nuit, ils arpentent le torrent et ses abords. FRANCESCA Jaime ! JAIME CULEBRAS Tu as vu quelque chose ? Là, j’ai trouvé une femelle ! C’est une femelle. Regardez sa taille. Elle est plus grande que les mâles. Je suis trop content ! La première femelle ! COMMENTAIRE Après des jours de doutes et d’angoisse, c’est l’explosion de joie. JAIME CULEBRAS Santiago va être très, très content ! Parce qu’elle est vraiment très belle ! FRANCESCA Cette petite femelle, c’est l’espoir ! Je tiens la sauveuse de son espèce. Avec elle, on va pouvoir lancer un programme de reproduction. C’est vraiment ça : elle est l’espoir incarné ! COMMENTAIRE Le risque de disparition ne concerne pas que les amphibiens. La planète compte huit millions d’espèces animales. Et un million d’entre elles sont aujourd’hui menacées d’extinction. C’est le cas de l’éléphant de forêt d’Afrique. Ces images datent de 2004. Les éléphants étaient alors nombreux dans cette région. Neuf ans plus tard, des braconniers ont tué 26 éléphants, pour l’ivoire. Des adultes, mais aussi quatre petits. En moins de 20 ans, la population d’éléphants de forêt a diminué de 75 %. Il faut mettre fin au massacre. Mais c’est une entreprise à haut risque. Le milieu des trafiquants d’ivoire est extrêmement dangereux. Direction l’Afrique de l’Ouest, en Côte d’Ivoire. Abidjan est l’un des maillons du commerce illégal des défenses d’éléphants. Une jeune femme vient d’atterrir. Elle arrive du Vietnam, la plaque tournante du trafic d’ivoire africain. TRANG NGUYEN L’éléphant, c’est mon animal préféré. Ça me bouleverse de voir ces massacres. Je dois agir, faire tout ce que je peux, pour empêcher ça. COMMENTAIRE La spécialité de Trang : infiltrer le commerce illégal d’animaux sauvages. Son mode opératoire, se faire passer pour une acheteuse. TRANG NGUYEN Il faut que je joue un personnage. Moi, je suis quelqu’un de plutôt bavard et très sociable, je souris beaucoup. Mais là, je dois être froide et désagréable. En opération, on a affaire à des criminels. Il faut mentir, faire semblant d’être quelqu’un d’autre. Si ça tourne mal et que je suis démasquée, je risque la mort. COMMENTAIRE Trang travaille pour un réseau de défenseurs de l’environnement baptisé EAGLE. Son contact local, c’est Rens Ilgen. RENS ILGEN La particularité de ce nouveau trafic en Afrique de l’Ouest, c’est que beaucoup de défenses proviennent d’éléphanteaux. Ça veut dire qu’ils sont prêts à tuer jusqu’au dernier éléphant. La semaine dernière, sept hommes ont été tués. TRANG NGUYEN Sept rangers. Donc, ce n’est pas un simple trafic d’ivoire. Il y a aussi des meurtres. RENS ILGEN C’est la guerre. Et ils vont jusqu’à tuer des bébés éléphants. COMMENTAIRE La jeune femme reçoit ses instructions. RENS ILGEN Tu vas rencontrer le parrain local de l’ivoire. Il a déjà été arrêté il y a quatre ans, en possession de 400 kilos d’ivoire. Il allait les livrer à la communauté vietnamienne qui est en lien avec la mafia vietnamienne. Comme il a déjà fait de la prison, il sera sans doute très prudent. Ça pourrait être dangereux. COMMENTAIRE Trang se prépare. Elle enfile son tailleur de femme d’affaires. Sous sa veste, elle cache un dispositif d’enregistrement. Les agents infiltrés du réseau EAGLE suivent ce trafiquant depuis des années. Le moment est venu de l’arrêter. RENS ILGEN C’est votre première rencontre. Donc là, tu vas simplement faire connaissance. TRANG NGUYEN Voir s’ils ont de la marchandise. RENS ILGEN Exactement. TRANG NGUYEN Je vais entrer, et je vais m’asseoir le dos à la porte. Pour montrer que je ne veux pas être vue avec lui. RENS ILGEN On se tiendra tout près. Tout va bien se passer. Bonne chance. COMMENTAIRE Trang a rendez-vous avec le parrain dans un café local. Des caméras cachées vont filmer la rencontre. TRANG NGUYEN Enchantée. J’ai beaucoup entendu parler de vous. En ce moment, je cherche des opportunités pour faire des affaires. HOMME MAFIA Donc, vous avez besoin de contacts pour vous aider dans vos affaires. Nous, il faut qu’on sache exactement ce dont vous avez besoin. TRANG NGUYEN Ce dont j’ai besoin ? HOMME MAFIA Oui. TRANG NGUYEN J’ai entendu dire que vous aviez des produits très intéressants. Des produits dont j’ai besoin. C’est bien ça ? PARRAIN Comment ça ? HOMME MAFIA Quoi, par exemple ? TRANG NGUYEN De l’ivoire d’éléphant. COMMENTAIRE Le parrain prétend ne pas vendre d’ivoire. HOMME MAFIA De l’ivoire d’éléphant, non, je ne pense pas. Nous, ici, on travaille dans le bois. On peut en avoir, mais en ce moment, ce n’est pas possible. COMMENTAIRE Les hommes ont peut-être dit vrai. Peut-être ont-ils effectivement renoncé au trafic d’ivoire. Ou alors, ils se méfient de Trang. En tout cas, cette rencontre est un échec. Mais il y a d’autres trafiquants à Abidjan. Ils vont certainement se passer le mot. Et ils finiront par faire signe à Trang. Chaque jour compte. Le massacre des éléphants ne connaît pas de répit. Pour Trang, ce travail revêt une dimension très personnelle. TRANG NGUYEN J’avais 23 ans quand j’ai reçu un appel de mon médecin. Il m’a dit que j’avais un cancer de l’intestin. Ma première réaction, ça a été l’incrédulité : comment je peux avoir un cancer à mon âge ? Avec cette maladie, on ne sait pas combien de temps il nous reste à vivre. Je me suis dit que si je voulais faire quelque chose, c’était maintenant ou jamais. Alors, j’ai décidé de devenir agent infiltré. Quitte à mourir bientôt, autant faire quelque chose qui ait du sens. COMMENTAIRE Trang est actuellement en rémission. Trois jours plus tard, elle reçoit un message. Une vidéo, envoyée par un trafiquant. TRANG NGUYEN Sur cette vidéo, je vois 14 ou 15 défenses. Des grandes, et aussi des petites, prises sur des bébés éléphants. COMMENTAIRE Les trafiquants ont mordu à l’appât. Il faut agir vite. Trang va rencontrer ses nouvelles cibles. Première mission: gagner leur confiance. TRANG NGUYEN Santé ! TRAFIQUANT Santé ! TRANG NGUYEN On a une chambre d’hôtel à côté. On peut y aller pour peser les produits. Ensuite, je transmets l’argent, chacun repart de son côté, et c’est réglé. COMMENTAIRE Trang a réussi à persuader les trafiquants de la suivre dans un hôtel voisin. C’est là qu’ils vont effectuer la transaction. TRANG NGUYEN Fermez la porte ! C’est bon. COMMENTAIRE L’ivoire se vend au kilo. TRANG NGUYEN Ça fait un peu plus de vingt. 20 kilos 200. COMMENTAIRE 20 kilos 300. COMMENTAIRE C’est une famille entière d’éléphants qui a été massacrée pour ce butin. Sa valeur marchande s’élève à environ 6 000 euros. Soit plus de quatre fois le salaire annuel moyen . La transaction se poursuit. Mais dans la chambre au-dessus, la police est prête à passer à l‘action. Trang leur envoie un SMS. C’est le signal ! Les policiers descendent rapidement l’escalier. Dans la chambre, les trafiquants ne se doutent de rien. L’équipe d’intervention s’approche en silence. TRANG NGUYEN Qui est-ce ? FEMME POLICE La réception. TRANG NGUYEN Service ? HOMME TRAFIQUANT C’est qui ? FEMME POLICE La réception HOMME TRAFIQUANT OK, une minute, s’il vous plaît TRANG NGUYEN On ouvre la porte ? HOMME POLICE Police ! Debout, debout ! À terre, à terre. À terre, couchez-vous ! À terre, couchez-vous ! Y a quoi là ? TRANG NGUYEN Je ne sais pas, je ne sais pas ! HOMME POLICE Y a quoi, là ? TRANG NGUYEN Je ne sais pas, je ne sais pas ! COMMENTAIRE Trang doit jouer son personnage jusqu’au bout. Elle ne doit surtout pas être démasquée, sous peine de mettre sa vie en danger. Alors, elle est arrêtée, comme les autres. HOMME POLICE Taisez-vous. COMMENTAIRE Un maillon de la chaîne d’approvisionnement a été cassé. Trang est exfiltrée. Les trafiquants sont emmenés au commissariat. Aucun d’eux ne se doute du rôle qu’elle a joué dans cette affaire. COMMENTAIRE Au cours de l’année qui a suivi, le réseau EAGLE a permis l’arrestation de 140 trafiquants. C’est un pas de plus dans la lutte contre le commerce d’animaux sauvages. C’était la dernière opération de Trang, raison pour laquelle nous avons pu montrer son visage. TRANG NGUYEN Je fais des opérations d’infiltration depuis longtemps maintenant. C’est très stressant. COMMENTAIRE Elle pourrait être la cible de représailles et ne doit pas rester une minute de plus en Côte d’Ivoire. Sa dernière mission, disparaître pour toujours d’Abidjan. xxxxxxxxxxxxxxxxxxx COMMENTAIRE Chaque espèce menacée requiert une stratégie de sauvetage spécifique. À Vienne, Katharina Huchler va elle aussi participer à la préservation d’une espèce. Dans son cas, l’approche est bien plus douce. Mais elle nécessite une détermination sans faille. Le salaire est dérisoire, il ne faut pas compter ses heures… et on n’a jamais de vacances. Katharina va devenir… mère adoptive. KATHARINA HUCHLER Bonjour, bonjour ! COMMENTAIRE Et voici ses nouveaux bébés. 28 petits d’une espèce qui compte parmi les plus rares au monde. L’ibis chauve. KATHARINA HUCHLER Ils sont complètement craquants. COMMENTAIRE Cet oiseau a disparu d’Europe il y a près de quatre siècles, victime de la chasse. Ces oisillons sont nés dans un zoo. La mission de Katharina est de leur apprendre à devenir des oiseaux sauvages. Pour commencer, elle doit les convaincre qu’elle est leur mère. Ce processus s’appelle l’imprégnation. Pendant toute la durée de cette étape, les oisillons ne doivent voir ou entendre aucun autre être humain. Seule exception, Helena, qui est mère adoptive pour la deuxième fois. Pendant des semaines, elles vont toujours porter les mêmes vêtements jaunes. Et émettre les mêmes sons, encore et encore. KATHARINA HUCHLER On imite les sons émis par les adultes, comme ça… C’est ça ? J’ai encore des progrès à faire ! COMMENTAIRE Ce sont elles qui couchent les oisillons... KATHARINA HUCHLER Bonne nuit ! COMMENTAIRE Et elles sont présentes à leur réveil. KATHARINA HUCHLER Bonjour, les petits cocos. On va manger un peu, d’accord ? Oui ! C’est un peu comme des bébés humains, ils mangent un tout petit peu à la fois. Toute la journée. Très bien ! Oh non, qu’est-ce que tu fais ? C’est exactement comme de changer les couches des bébés. COMMENTAIRE 28 becs à nourrir et autant de derrières à nettoyer. Et surtout, parler aux oiseaux, en permanence. KATHARINA HUCHLER Salut, mes petits cocos ! Je suis exténuée. J’aimerais bien dormir un peu plus. COMMENTAIRE Les semaines passent et le lien se renforce. Puis vient le moment de passer à l’étape suivante : devenir des oiseaux sauvages. Les jeunes ibis sont installés en plein air, dans les Alpes autrichiennes. Ils ont maintenant leurs plumes d’adultes. Mais à l’intérieur, ce sont encore des oisillons. Et l’imprégnation doit se poursuivre. KATHARINA HUCHLER Avec la main, on imite le bec de l’ibis adulte. Et on associe ce geste au cri de salutations. Ça donne à peu près ça... COMMENTAIRE Cette séquence de l’apprentissage est très importante. Les ibis chauves sont des oiseaux migrateurs. À l’arrivée de l’automne, ils devront s’envoler vers l’Italie. C’est là que se trouve leur site de nourrissage pour l’hiver. Mais comment vont-ils y arriver ? KATHARINA HUCHLER Ils savent qu’ils doivent aller quelque part, mais ils ne connaissent pas la direction à prendre et la distance à parcourir. C’est à leurs parents de leur montrer tout ça. COMMENTAIRE En l’absence d’ibis adultes, ce sont leurs mères humaines qui vont leur montrer le chemin. Et pour ça, il faut voler. Pour Helena et Katharina, c’est le test ultime. Elles vont voir si les semaines de sacrifice ont porté leurs fruits. Elles montent à bord d’ULM. Les oiseaux vont-ils les suivre ? KATHARINA HUCHLER Allez, mes cocos, allez ! Allez, mes cocos, allez ! COMMENTAIRE L’opération est dangereuse. Les oiseaux ne doivent pas trop s’approcher de l’ULM. KATHARINA HUCHLER Il y a un oiseau près des câbles. Les autres sont devant. Ils sont tout près de nous. Ils sont repassés sur la gauche. Tout va bien. COMMENTAIRE Après un départ un peu anarchique, les ibis finissent par s’organiser. KATHARINA HUCHLER C’est parti ! COMMENTAIRE La preuve est faite. L’imprégnation a fonctionné ! KATHARINA HUCHLER Nos oiseaux nous ont épatés aujourd’hui. COMMENTAIRE Mais ce n’était qu’un tour de chauffe. Leur plus grand défi est à venir. Les Alpes de Zillertal se dressent à la frontière entre l’Autriche et l’Italie. Elles forment un immense mur de roche et de glace. Ce sera le vol le plus important de leurs jeunes vies. Une épreuve qui va les mener au bord de l’épuisement. KATHARINA HUCHLER Beaucoup de jeunes oiseaux meurent au cours de leur première migration. Ils manquent trop d’expérience. COMMENTAIRE L’opération est aussi périlleuse pour les mères adoptives et les pilotes. Dans les montagnes, impossible d’atterrir en sécurité. Le moindre problème avec les ULM peut être fatal. Pour franchir ces montagnes, les oiseaux doivent aller très haut. Il leur faut trouver les colonnes d’air ascendant, les thermiques. En temps normal, les jeunes acquièrent cette compétence en suivant les adultes. Il faut être un navigateur chevronné pour trouver ces courants ascendants. Et une fois à l’intérieur, il y a des turbulences. Et des coups de vent imprévisibles. KATHARINA HUCHLER On est très haut maintenant. COMMENTAIRE Les mères adoptives vérifient régulièrement que les 28 oiseaux sont tous là. KATHARINA HUCHLER Il y en a un qui est à la traîne. C’est bon, les 28 sont là ! COMMENTAIRE Et enfin, ils franchissent la plus haute crête du voyage. À partir de là, le parcours est sans problème. KATHARINA HUCHLER Ce qu’on tente de faire, au-delà de sauver les ibis, c’est de donner de l’espoir. Si on peut faire revenir une espèce, on peut le faire pour d’autres. COMMENTAIRE Une espèce éteinte en Europe a désormais un avenir sur notre continent. Les ibis vont gagner leur demeure d’hiver, au cœur d’une réserve protégée. COMMENTAIRE Mais à travers le monde, beaucoup d’espèces n’ont pas la chance de trouver des sites préservés. Elles sont de plus en plus dépossédées de leur milieu naturel. La perte des habitats est la première cause des extinctions d’espèces actuelles. Et dans la forêt d’Amazonie, cette destruction est plus criante que partout ailleurs. Les documentaristes animaliers la sillonnent en tout sens depuis des décennies. Leurs images montrent l’évolution tragique du paysage. Au cours des vingt dernières années, seize milliards d’arbres ont été abattus. Pour sauvegarder les innombrables espèces qui peuplent la forêt, il faut la protéger. Et aujourd’hui, une armée coalisée se lève pour le faire. ALESSANDRA Regarde cette fourmi, Bella. Cette fourmi, elle est toute seule. Elle est désarmée. Mais quand elles sont ensemble, elles sont très fortes. COMMENTAIRE Alessandra Korap est l’une des cheffes des Munduruku. Depuis des millénaires, cette tribu veille sur sa région de l’Amazonie. ALESSANDRA Nous, les Munduruku, nous faisons partie de cette forêt. Et nous devons être comme cette petite fourmi : nous devons continuer à contrarier les gens. J’aime cette forêt. C’est un marché, c’est une pharmacie. Mais la forêt n’est pas là seulement pour les Munduruku, elle est là pour toute la planète. COMMENTAIRE Quand Alessandra était enfant, cette partie de l’Amazonie s’étendait sans interruption sur des centaines de kilomètres. À présent, la forêt est morcelée. Elle est victime des exploitations minières, de l’industrie du bois, et surtout de l’agriculture. Sur ce front qui ne cesse d’avancer, les Munduruku sont en première ligne. Et c’est une guerre meurtrière. Ces dix dernières années au Brésil, plus de 300 personnes ont été assassinées. Leur seul tort, défendre la cause de l’environnement. ALESSANDRA Quand on protège une forêt, on risque sa vie. Je pourrais me faire assassiner à tout moment. Ils ont déjà essayé de me tuer deux fois. Ils ont aussi tenté de tuer les autres chefs. Ils ont mis le feu à leur maison pour les brûler vif. COMMENTAIRE Comme les Munduruku, la plupart des peuples indigènes vivent dans des endroits reculés. Ils sont exposés aux attaques des mineurs, des fermiers et des bûcherons. FEMME MUNDURUKU Les bûcherons arrivent… Et ils ne se déplacent jamais sans des hommes armés. ALESSANDRA Beaucoup ignorent ce qui se passe sur ce territoire. Ils croient que ce n’est pas vrai, qu’on raconte des histoires ! Pourquoi ont-ils besoin de couper autant d’arbres ? COMMENTAIRE L’avenir de l’Amazonie se joue à 3 000 kilomètres de là. Ici, au parlement du Brésil, on débat de nouvelles lois. Certains voudraient autoriser l’exploitation des terres traditionnelles des peuples indigènes. Mais Alessandra a un plan, s’unir avec les autres tribus. Ensemble, elles vont organiser une immense manifestation. Un événement d’une telle ampleur qu’il sera impossible de le passer sous silence. ALESSANDRA Il faut qu’on se prépare pour aller à la ville. Nous allons quitter nos maisons pour aller à Brasilia. Là-bas, nous allons rencontrer de nombreux ennemis. Ceux qui portent des costumes font la guerre, et ils font les lois. FEMME MUNDURUKU Autrefois, on se servait de nos flèches pour défendre notre territoire. Ce n’est plus comme ça, aujourd’hui. COMMENTAIRE Il faut trois jours pour se rendre dans la capitale. Il n’y a pas si longtemps, la forêt équatoriale recouvrait entièrement ces terres. Mais les arbres ont disparu, remplacés par des champs immenses. Et d’énormes poids lourds les sillonnent en permanence dans un fracas assourdissant. Des millions de tonnes de soja sont ainsi expédiés depuis l’Amazonie à travers le globe. Et ce n’est pas pour nourrir les hommes, mais le bétail. ALESSANDRA Notre forêt, notre Amazonie, on est en train de la détruire pour vos usines à poulets, vos usines à cochons. COMMENTAIRE Alessandra arrive enfin à Brasilia. L’annonce de la manifestation s’est répandue dans tout le pays. Deux cents tribus se sont rassemblées dans un camp immense. Il y a les Xucuru, venus de la région Nord-Est Les Karaja, de la bordure sud de l’Amazonie. ALESSANDRA Si nous acceptons cette loi aujourd’hui, si nous décidons de l’approuver, ça veut dire que nous acceptons la mort de nos enfants. COMMENTAIRE Les tribus manifestent dix jours durant contre ces propositions de loi. ALESSANDRA Je nous vois comme de petites fourmis qui luttent contre cette machine. Mais quand nous nous rassemblons, alors, nous les importunons. Ils sont obligés de nous voir, et de nous entendre. COMMENTAIRE C’est la plus grande manifestation jamais organisée au Brésil par les peuples indigènes. Pour finir, l’une des lois prévues a été retirée. C’est une victoire modeste. Mais elle est importante pour le combat d’Alessandra et pour la défense de l’environnement au Brésil. La destruction des habitats menace la survie des espèces animales. Mais un autre désastre se profile. Notre planète se réchauffe. Selon les scientifiques, la température globale va augmenter de plus de 2 degrés. Le réchauffement deviendra alors la première cause de l’extinction animale. Pour enrayer la catastrophe, il faudrait que les hommes politiques deviennent eux aussi des héros. JOURNALISTE Bonsoir et bienvenue à Glasgow pour le début du sommet tant attendu sur le climat, la COP 26. Pendant 12 jours, les chefs d’État du monde, des membres éminents de la communauté scientifique et des consultants... COMMENTAIRE Mohamed Nasheed est un homme politique. L’ancien président des Maldives. MOHAMED NASHEED Les médecins ont dit qu’ils avaient extrait 16 éclats de bombe de toutes les parties de mon corps. Je suis resté inconscient pendant deux jours. COMMENTAIRE Au cours de sa carrière, il a été torturé, emprisonné, et a récemment survécu à un attentat. Mais il n’a jamais cessé de lutter pour la défense du climat. COMMENTAIRE À Glasgow, à la veille de la 26e conférence sur le climat, il s’adresse à la foule rassemblée. MOHAMED NASHEED Merci beaucoup. Nous sommes donc venus à cette COP 26 pour savoir si nous avons encore un avenir. L’enjeu, c’est d’obtenir un accord juridiquement contraignant pour limiter le réchauffement climatique à un degré et demi. Car si les pays signataires ne respectent pas cet accord, mon pays va disparaître, de même que les récifs coralliens du monde entier, ainsi que la majeure partie de la forêt équatoriale. Cette dévastation en vaut-elle la peine ? Faut-il tout détruire pour continuer à brûler du charbon et des combustibles fossiles pendant quelques années de plus ? J’ai passé ma vie à me battre pour mon pays. Et je suis aujourd’hui plus déterminé que jamais, car je sais que mon temps sur cette Terre risque d’être écourté. COMMENTAIRE La passion de Mohamed Nasheed pour la nature est née de sa découverte des récifs coralliens. MOHAMED NASHEED Mes premiers souvenirs d’enfance sont liés à l’océan et au récif. Nous avons été la première génération à vraiment voir le récif. Les masques et les lunettes de plongée sont arrivés aux Maldives à la fin des années 1960 et au début des années 70. Nous avons découvert que le récif était une créature vivante. Et ça nous a vraiment stupéfaits. COMMENTAIRE Mais les récifs coralliens sont désormais l’habitat le plus menacé par le changement climatique. Le point de bascule est situé à une augmentation d’un degré et demi des températures globales. Au-delà de ce seuil critique, la plupart des récifs coralliens vont mourir. MOHAMED NASHEED Quand on met les choses en perspective, on s’aperçoit que notre vie n’a pas vraiment d’importance. C’est ce qu’on veut accomplir qui compte. COMMENTAIRE Mohamed Nasheed s’est fixé un objectif : convaincre les hommes politiques d’abandonner le pétrole et les combustibles fossiles. Il réitère ce plaidoyer à chaque conférence sur le climat. MOHAMED NASHEED Il faut trouver comment persuader les gens, faire de la pédagogie. On est en mauvaise posture. On ne survivra pas si la planète se réchauffe de plus d’un degré et demi. Il faut qu’on agisse maintenant. COMMENTAIRE Au début de la conférence, la presse se fait l’écho des belles promesses énoncées par les chefs d’État. JOURNALISTE 18 pays se sont engagés à sortir de l’énergie au charbon... MOHAMED NASHEED C’est devenu un enjeu électoral. D’où le fait que les chefs d’État adaptent leur discours. COMMENTAIRE Reste le plus difficile, transformer les promesses en programme d’action concret. En coulisse, Mohammed Nasheed se démène pour y parvenir. MOHAMED NASHEED S’ils ne sont pas d’accord, on contacte leurs ministres ou leurs présidents pour les impliquer. C’est ce qu’on essaie de faire. Alors, allons-y. Comment allez-vous ? Je vous entends, mais j’entends mieux le Premier ministre. COMMENTAIRE Tous les pays doivent approuver le document final. Mais certains ne le feront pas. MOHAMED NASHEED Ceux qui veulent continuer à utiliser les combustibles fossiles, pour moi, ce sont les méchants. Et les gentils, ce sont ceux qui sont d’accord pour changer. Merci beaucoup. COMMENTAIRE Au bout de quatorze jours, la COP se referme. Le bilan : quelques progrès, mais aussi de douloureux compromis. JOURNALISTE On est finalement parvenus à un accord ce soir après un compromis sur l’élimination « progressive » du charbon. COMMENTAIRE En l’absence d’accords contraignants, l’objectif du degré et demi ne sera pas atteint. MOHAMED NASHEED C’est une catastrophe, si on se représente bien ce que ça veut dire. Les coraux vont blanchir. Ils vont mourir. Et quand ils seront morts, les poissons et la vie marine qu’ils abritent cesseront d’exister. On pourrait croire que les Premiers ministres et les présidents du monde auraient une meilleure compréhension des enjeux. Mais tout ce qu’ils font, c’est insister encore et encore sur la nécessité de préserver leur mode de vie. C’est très frustrant de voir des hommes politiques qui ont l’air de ne rien comprendre. COMMENTAIRE Si rien ne change, 99 % des récifs coralliens pourraient avoir disparu d’ici 30 ans. D’autres habitats suivront le même chemin. MOHAMED NASHEED On n’a pas le droit de perdre espoir. On ne peut pas abandonner. Je n’arrêterai pas le combat. COMMENTAIRE Pour Mohamed Nasheed, il existe une solution. MOHAMED NASHEED Plus l’environnement sera un enjeu électoral, plus il y aura d’actions en faveur du climat. Alors, chaque fois que vous votez, quelle que soit l’élection, s’il vous plaît, cochez la case planète ! FIN