ANGEL CARMEN ERNESTO FEMME FEMME_TELE FIN FLIC FLIC_interview GARDE HOMME HOMME_1 HOMME_2 HOMME_TELE JOSE MARIA MARIANA MARIANA_OFF MIGUEL OK PANTERA VENEZUELIEN ZORRO MARIANA Il y a des centaines de personnes ici. Partout. On voit des groupes qui attendent. Des gens assis, avec leurs sacs-à-dos. MARIANA OFF Là, c’est moi, il y a près de 20 ans, pendant l’une de mes premières enquêtes internationales. MARIANA Maria ! C’est incroyable ! Je suis contente ! MARIANA C’est tout ce que tu as, pour tout le voyage ? MARIA Oui. MARIANA C’est tout ? MARIA Oui. MARIANA OFF Je faisais un reportage sur les migrants voulant passer du Mexique aux États-Unis. Le point de départ de leur traversée était Tapachula. C’est dans cette petite ville chaotique, à la frontière, que les migrants sautaient dans La Bestia. Cette « bête » était l’un des trains de marchandises en partance vers le nord. Et le trajet, très dangereux, durait plusieurs jours. MARIANA Le train bouge sans cesse. Il faut tout le temps s’agripper. Et c’est dur. MARIANA OFF À l’époque, tout ce qu’il fallait pour franchir la frontière, c’était du courage. Aujourd’hui, on me dit que c’est loin d’être suffisant. MARIANA C’est de la folie. Ça n’a plus rien à voir. Ici, c’était la gare principale et il y avait des centaines de migrants, tous les jours, qui espéraient monter dans un train vers le Nord. La voie ferrée n’est plus là, mais les migrants affluent toujours. Ils sont contraints de passer par ici. MARIANA OFF Tapachula reste la première étape mexicaine, pour des milliers de migrants, mais le passage vers les États-Unis est désormais dominé par les mafias et la violence. La « Bête » a changé de visage. Voilà pourquoi j’ai voulu revenir. Je veux comprendre ce système de migration clandestine devenu le plus lucratif que le monde ait jamais connu. MIGUEL On est obligé d’y prendre part. On ne peut pas y échapper. PANTERA Il faut toujours faire attention. Sinon, ils nous tuent. JOSE Personne ne part sans nous avoir payé. Tout le monde doit payer. MARIANA On est sur la place centrale de Tapachula. L’immense majorité des gens qu’on voit, tout autour, sont des migrants. Ils ont tous des sacs à dos et des bagages. Il y en a plein. C’est fou. MARIANA Vous êtes tous vénézuéliens ? VÉNÉZUÉLIEN Oui. MARIANA Vous faites la route ensemble ? VÉNÉZUÉLIEN Oui. MARIANA Les gens dorment ici ? VÉNÉZUÉLIEN Oui, tout le monde dort ici. MARIANA Vous êtes là depuis combien de temps ? FEMME Une vingtaine de jours. MARIANA Vingt ? MARIANA Que faites-vous ici ? Pourquoi vous ne continuez pas ? Qu’est-ce qui vous retient ? VÉNÉZUÉLIEN On ne peut pas aller plus loin. Y a des restrictions. MARIANA On ne vous laisse pas avancer. Parce qu’il faut payer ? VÉNÉZUÉLIEN Oui, sinon, on nous ramène ici. MARIANA A qui rapporte le trafic de migrants ? VÉNÉZUÉLIEN Je sais pas. A tout le monde. MARIANA Si on n’a pas d’argent, on ne peut rien faire ? MARIANA OFF Il y a des années, les migrants comme ceux-là sautaient dans un train pour continuer vers le nord. Mais visiblement, ce n’est plus une option. VENEZUELIEN Ceux qui restent ici sont ceux qui n’ont pas d’argent. MARIANA OFF Que se passe-t-il pour ceux qui ont les moyens ? Qu’achètent-ils, exactement ? C’est ce que je veux comprendre. Pour ça, je vais rencontrer un homme très haut placé dans ce nouveau business de l’immigration clandestine. MARIANA J’entends parler de cet homme depuis un an. Plusieurs fois, on a cru qu’on allait enfin le rencontrer, mais ça ne s’est jamais fait. Jusqu’à aujourd’hui, je croise les doigts. C’est un des gros bonnets dans le milieu. Espérons que tout se passe comme prévu. MARIANA Je crois qu’on y est. Dites-moi si vous voyez quelqu’un. Oui. OK. Je le vois. Je crois que c’est lui. MARIANA Bonjour. Comment allez-vous ? MARIANA Pouvez-vous nous parler de votre métier ? Comment le décririez-vous ? JOSE Je suis en contact direct avec des gens qui font le voyage de leur pays jusqu’aux États-Unis. Pour réaliser leur Rêve Américain. Je leur parle. Je leur donne mon prix. Je leur explique comment on organise tout. Je ne leur mens pas. Le voyage n’est pas très confortable. Mais les transports que j’offre sont les plus sûrs. MARIANA OFF Nous appellerons cet homme « José », mais dans la rue, son surnom est King Coyote. En argot, un « coyote » est passeur de migrants. Il travaille surtout avec des migrants d’Amérique centrale et du Sud, mais certains de ses clients peuvent venir d’aussi loin que l’Inde. MARIANA Comment vous contactent-ils ? JOSE Par portable et sur WhatsApp. On se met d’accord. On fixe une date. Je reçois les gens. MARIANA Combien leur demandez-vous ? JOSE Du départ de leur pays jusqu’à la destination finale, 12 000 dollars. MARIANA 12 000 dollars ? JOSE Oui. MARIANA Ils ont cette somme ? JOSE Oui. Ceux qui nous demandent ce service ont déjà vendu leur maison et leurs biens. Ils se débarrassent de tout ce qu’ils ont, dans leur pays, pour me payer. MARIANA Ils payent tout avant ? JOSE Ils versent 50% au début et 50% à la fin. MARIANA Et ils payent comment ? JOSE Ils voient avec mon service financier. MARIANA Ah oui ? JOSE Oui. MARIANA OFF Ça fait presque 20 ans que j’enquête sur les réseaux criminels et c’est la première fois qu’un acteur du marché noir me parle de son « service financier ». MARIANA Combien de migrants faites-vous passer par semaine ou par mois ? JOSE Par semaine, entre 100 et 150. MARIANA Entre 100 et 150. Je peux faire un rapide calcul ? JOSE Oui. MARIANA Disons qu’on a 120 fois 12 000 dollars. 1 million 5 par semaine ? JOSE Oui. MARIANA Par semaine ? JOSE Oui. 70 à 75% pour les frais. 25% pour moi. MARIANA Donc vous gagnez 400 000 dollars par semaine ? JOSE En gros. MARIANA C’est un vrai businesse. Comme une industrie. JOSE Exactement. MARIANA OFF Je suis persuadée que personne n’engrange de tels bénéfices, en gérant des opérations au Mexique, sans ce qu’on pourrait appeler une « autorisation ». MARIANA José, faites-vous partie d’un cartel ? JOSE Non, je suis indépendant. Mais je suis en bons termes avec les cartels parce que je passe chez eux. Ils vous laissent passer si vous payez. MARIANA Donc les cartels de la Silanoa ou de Jalisco ne gèrent pas eux-mêmes les opérations ? Ils perçoivent juste l’argent ? JOSE Oui, on les paye pour le droit de passer sur leur territoire. Si on ne paye pas, on ne peut pas avancer. MARIANA Combien de groupes faut-il payer en route ? JOSE 6 ou 8. Ça coûte cher à organiser et les migrants doivent le financer. Mais ça permet de mieux contrôler la situation. Grâce aux cartels. Comme ça, les guerres entre les cartels ne nous affectent pas. MARIANA OFF Du point de vue des cartels, on comprend la logique de cette nouvelle organisation : permettre à ces « entreprises de transport » d’exister professionnalise le business de l’immigration clandestine, le rendant plus efficace et plus lucratif. MARIANA Quand on parle aux migrants, on entend des histoires horribles sur le comportement des « coyotes » : violence physique… JOSE Viols. MARIANA Oui. JOSE Vols, extorsions, tortures, meurtres. Les migrants vivent tout ça. Certaines entreprises ne les protègent pas et les considèrent comme des marchandises, pas comme des humains. MARIANA Pas vous ? JOSE Non, non. Mon entreprise fonctionne bien : on a une bonne équipe, bienveillante. On offre des services de qualité. C’est pour ça que ça marche. MARIANA OFF J’ai des doutes sur le portrait idéal qu’il dresse de ses activités, mais j’ai envie d’en savoir plus. José accepte de me mettre en contact avec l’un de ses passeurs, un homme qui transporte des migrants de Tapachula vers Mexico. MARIANA On est en route pour rencontrer mon contact mais il est très nerveux à l’idée de nous parler. Il est sur ses gardes, alors, pour notre sécurité, on va faire notre possible pour le rassurer. Je le vois, là-bas. Pose la caméra une seconde. On recommencera à filmer quand il sera dans la voiture. Pose la caméra. MARIANA OFF Au début, il refuse de nous parler. Je dois presque le supplier de monter dans la voiture, mais il finit par accepter. Je veux qu’il me parle de la réalité des passeurs, sur le terrain. MARIANA Tout droit ? ERNESTO Oui. coupure pub MARIANA C’est un problème si on va par là ? Il y a des policiers ou des militaires. ERNESTO On peut aller de ce côté, vers le cimetière. MARIANA Oui. ERNESTO On ressortira plus tard pour éviter les flics. MARIANA OFF Cet homme, que nous appellerons Ernesto, fait partie d’une nouvelle génération de « sociétés de transport » qui font passer la frontière mexicano-américaine aux migrants. MARIANA Combien de migrants transportez-vous ? ERNESTO On prend 50 personnes. Je les récupère à la frontière. MARIANA Du côté mexicain ? ERNESTO Oui. MARIANA OFF Ensuite, il les emmène vers le nord jusqu’à Mexico. MARIANA Ça prend combien de temps ? ERNESTO Entre 24 et 26 heures. MARIANA Dans quoi ? ERNESTO Un gros camion. De transport de marchandises. Parce qu’on roule à côté d’élevages et qu’il n’y a que les gros camions qui peuvent passer. Les gens voyagent debout. MARIANA Quoi ? Debout ? ERNESTO Les migrants sont transportés debout. MARIANA Pendant 24 heures ? ERNESTO Oui. MARIANA OFF C’est un choc : son patron, King Coyote, m’a dit qu’il faisait payer 12 000 dollars par personne, ce qui semble beaucoup pour être traité de manière inhumaine. MARIANA Que leur dites-vous ? ERNESTO Quand les migrants me posent des questions sur le voyage, je leur dis la vérité. « Vous serez debout. Vous aurez parfois de l’eau. Parfois non. Vous aurez parfois à manger. Mais parfois, vous aurez faim. » Les gens le comprennent. Ils en sont conscients dès le début. Mais ils ne disent rien. Parce qu’on les a prévenus. MARIANA OFF Comme son patron, très vite, il justifie ses méthodes. ERNESTO D’autres passeurs sont des voleurs. Parce que les migrants arrivent avec de l’argent. Certains les dépouillent. MARIANA Ernesto, ça vous rapporte combien, à vous ? ERNESTO Pas grand-chose. Je ne profite pas des gens. Je ne les vole pas. Je ne fais pas ça pour l’argent. MARIANA OFF J’ai des doutes, mais je n’insiste pas, pour qu’il continue à me parler. MARIANA Que faites-vous si la police ou l’armée vous arrêtent ? ERNESTO On a un éclaireur qui part devant. Et qui nous dit « C’est bon, la voie est libre. » Et s’il y a quelque chose, il nous dit « Attention, y a un poste de contrôle. » On a des éclaireurs. Là, on dépose les migrants sur une colline et on les laisse là quelques heures. Quand les routes sont débloquées, on retourne les chercher. MARIANA C’est intéressant. Il y a toujours des éclaireurs ? ERNESTO Toujours. MARIANA Quand vous arrivez au point où vous les déposez, quelqu’un vous attend ? ERNESTO Oui, quelqu’un d’autre prend le relai. MARIANA Vous avez déjà eu quelqu’un qui change d’avis ? Qui dit « C’est trop dur, je veux repartir » ? ERNESTO Oui, c’est arrivé. Certains sont repartis. Mais je ne force personne. C’est leur décision. S’ils veulent continuer ou non. La partie la plus dangereuse, c’est dans le Sud. MARIANA OK. Pourquoi ? ERNESTO Là-bas, faut payer pour qu’ils passent sans problème. MARIANA Payer les cartels ? ERNESTO Beaucoup disent que c’est les cartels. Je sais pas. MARIANA C’est pas bon de parler des cartels, au Mexique, c’est ça ? ERNESTO Non, c’est pas bon. MARIANA OFF Cette description de l’implication des cartels est plus inquiétante que la version de King Coyote. Je veux en savoir plus, mais je crois que l’évocation des cartels l’a effrayé. Il met fin à notre interview après moins de 20 minutes. MARIANA On vient de déposer Ernesto. Le truc intéressant, qu’on n’a pas pu filmer, c’est que sa femme était sur la banquette arrière, entre nos deux cameramen. Apparemment, ils s’étaient dit que c’était plus rassurant pour lui de nous parler en sa présence. C’était intéressant. Voilà les camions dans lesquels ils transportent les gens, à ce qu’il nous a dit. C’est ceux-là. Ce qui est compliqué, dans ces interviews, c’est qu’on essaye de mettre les gens à l’aise, mais on doit trouver un équilibre pour poser des questions sans aller trop loin, et sans qu’ils coupent les ponts avec nous. Donc on espère pouvoir poser d’autres questions et en voir plus dans les prochains jours. MARIANA OFF Comme on n’a aucune nouvelle de King Coyote et son réseau, on suit une autre piste, avec d’autres passeurs. Qui ont des méthodes très différentes. MARIANA On va rencontrer un homme impliqué dans le trafic de migrants. Visiblement, un bateau nous attend pour nous emmener jusqu’à lui. On nous a dit d’ouvrir les yeux, dans ce coin, parce que les cartels sont partout. MARIANA OK. Je le vois. Un bateau arrive vers nous. Il vient vers nous. Bon, alors, c’est celui qui porte un masque. Et il y a d’autres gens dans le bateau. MARIANA Bonjours. C’est un peu étrange. Il ne dit rien… MARIANA OFF J’ai l’impression qu’on débarque en plein au milieu d’une opération. coupure pub MARIANA On peut approcher un peu ? MARIANA OFF Je suis dans le sud du Mexique avec un passeur qu’on nous a dit d’appeler Pantera. MARIANA Pantera, depuis combien de temps faites-vous ça ? PANTERA Environ 5 ans. MARIANA Toujours en bateau ? PANTERA Oui. MARIANA Pourquoi, en bateau ? PANTERA Parce que c’est le plus rapide. Et on évite les checkpoints. MARIANA Vous faites le trajet dans la nuit ? PANTERA Oui, la nuit et tôt le matin. Parce que, la nuit, on peut traverser les coins les plus dangereux. MARIANA C’est risqué à cause des autorités ou des autres groupes ? PANTERA A cause des autorités et des autres groupes. Parfois, des gens essayent de nous dépouiller. Il peut y avoir des voleurs, un peu plus loin. On doit être sur nos gardes. MARIANA OFF Les cartels ont reçu des pots-de-vin, mais les bateaux de migrants sont la cible de criminels opportunistes. MARIANA Que veulent-ils ? PANTERA Ils volent les moteurs de nos bateaux. Et l’argent des gens. MARIANA Et vous ? PANTERA Ils me jettent à l’eau. MARIANA Ah oui ? PANTERA Ils peuvent aussi me tuer. MARIANA Il est malade ? Le pauvre. Qu’est-ce qu’il a ? PANTERA Il a le mal de mer. MARIANA Vous faites quelque chose pour lui. PANTERA Oui, on lui a donné un comprimé. On a des médicaments pour les aider pendant le trajet. MARIANA D’accord. Comment vous appelez-vous ? CARMEN Carmen. MARIANA Vous venez du Honduras ? CARMEN Oui. MARIANA Vous êtes mariés. Et vous avez des enfants ? CARMEN Oui. MARIANA Ils sont restés là-bas. Ils ont quel âge ? CARMEN Une de 8 ans et une de 13 ans. MARIANA 13 ans. J’ai un fils de 12 ans. Garçon ou fille ? CARMEN 2 filles. MARIANA D’accord. Et pourquoi faites-vous ce voyage ? CARMEN Pour qu’elles aient un meilleur avenir. MARIANA Vous avez une photo d’elles ? CARMEN Oui. La petite, c’est ma nièce. MARIANA D’accord. Elles sont mignonnes. CARMEN Merci. MARIANA Comment ça se passe, au Honduras ? CARMEN C’est horrible. L’argent ne vaut plus rien. On ne peut rien acheter. Ce qu’on gagne est dépensé en un jour. MARIANA Ce voyage coûte cher ? CARMEN Oui. MARIANA Combien allez-vous payer, en tout ? CARMEN A nous deux, ça fait 20 000 dollars. 10 000 chaque. MARIANA Comment avez-vous réuni cette somme ? CARMEN On a vendu tout ce qu’on avait. Notre terre, la plantation de café. Tout. Avec l’aide de dieu, on arrivera au bout du voyage. MARIANA OFF Les économies de toute une vie misées sur un pari fou : que ce petit bateau arrive à bon port. MARIANA Combien dure le trajet ? PANTERA 10-11 heures. MARIANA Et vous allez jusqu’où ? PANTERA Ça, je ne peux pas vous le dire. Mais je peux vous dire que c’est entre Oaxaca et Guerrero. MARIANA OFF Comme ceux qui passent par la route, les migrants qui prennent des bateaux vont vers le Nord avant d’être déposés à Mexico. Ensuite, ils sont entassés comme des marchandises dans des poids lourds en partance pour la frontière américaine, un trajet qui peut prendre deux jours. La dernière partie de la migration est devenue synonyme de tragédies. FEMME TELE On a trouvé les corps de 50 migrants dans un camion, à San Antonio. C’est l’un des pires drames impliquant des migrants, dans toute l’histoire américaine. MARIANA OFF Ces migrants vendent tout ce qu’ils ont dans l’espoir d’entrer sur le territoire américain… et voilà comment ils sont traités, sur le chemin. MARIANA Et vous, vous aimeriez aller aux États-Unis ? PANTERA Oui, mais on n’a pas de quoi. C’est très cher. On n’a pas les moyens. MARIANA Intéressant. Ils ont plus d’argent que vous. PANTERA Oui. MARIANA Et dans votre cas, vous n’avez pas de famille. PANTERA Non, personne qui peut me dire « je vais te donner 10 ou 15 000 dollars. » MARIANA Votre patron ne peut pas vous faire un prix ? Non ? Le tarif, c’est le tarif. PANTERA Oui. MARIANA Votre patron vit dans la région ou ailleurs ? PANTERA En fait, j’en sais rien. Je sais pas où il vit. Je l’ai jamais vu. Il ne se montre pas. MARIANA Et il appartient à… PANTERA Il envoie quelqu’un qui transmet les ordres et on obéit. Je crois qu’il faut y aller, on est pressés. MARIANA Ils doivent y aller, parce que le soleil se couche. Ils commencent le voyage. MARIANA OK. Merci Pantera. Bonne chance, tout le monde. MARIANA OFF Ce qui est clair, à ce stade, c’est que les passeurs, comme Pantera ou l’homme qui est monté dans notre voiture, connaissent les détails de leur mission, mais pas beaucoup plus. Seuls les patrons comme King Coyote savent ce qui se joue vraiment, dans ce business sinistre. MARIANA Quand vous passez sur le territoire d’un cartel, vous payez selon le nombre de gens ? JOSE Oui, selon le nombre de migrants. MARIANA Combien, à peu près ? JOSE 500 dollars par personne. MARIANA A chaque cartel ? Chaque groupe ? JOSE Le cartel me dit « Faites un virement sur ce compte ». Et je le fais. J’ai une relation respectueuse avec eux. MARIANA OFF En repensant à notre conversation, je me pose une question : même si les « entreprises », comme celle de King Coyote, ont appris à négocier avec les cartels, comment est-il possible de déplacer des milliers de migrants au nez et à la barbe de la police ? JOSE On paye cher pour pouvoir passer. MARIANA Vous travaillez avec tout le monde ? JOSE Oui. MARIANA L’homme avec qui on a rendez-vous est très nerveux. On doit le retrouver à la gare. Il a déjà changé le lieu plusieurs fois. C’est normal qu’il soit méfiant : c’est un lanceur d’alerte qui va nous parler de la corruption dans les autorités locales. MARIANA Miguel, c’est ça ? MIGUEL Oui. MARIANA Quel est votre métier ? MIGUEL Je suis agent aux services d’immigration. Je participe aux opérations et aux actions sur le terrain. MARIANA Qu’avez-vous vu ? Expliquez-nous. MIGUEL De la corruption à tous les niveaux de l’institution. Et des entreprises impliquées dans les migrations sur le sol mexicain. MARIANA Des fonctionnaires ? MIGUEL Tout le monde trempe là-dedans. Tout le monde essaye de profiter des migrants. MARIANA Tout le monde ? MIGUEL Oui. coupure pub MIGUEL Les agents de l’immigration, la garde nationale, la police municipale, même les agents de la circulation sont impliqués. MARIANA Vous en avez été témoin ? MIGUEL Oui. MARIANA Donc vos collègues. MIGUEL Oui, les gens autour de moi. MARIANA OFF Je suis avec un agent du service fédéral d’immigration devenu lanceur d’alerte, que nous appellerons Miguel. Il m’explique que, sur toutes les routes vers le nord, il y a des dizaines de « points de contrôle. » Les migrants qui ont payé les services d’une entreprise de mèche avec les cartels, comme celle de King Coyote, peuvent passer sans problèmes. C’est compris dans les 12 000 dollars qu’ils ont versés. MIGUEL Ceux qui ont payé le cartel le déclarent. Ils ont reçu un code. Ça veut dire que le « droit de passage » est payé. MARIANA Un code ? Comme un mot de passe ? MIGUEL Oui, un code qui a été donné au passeur. Et le nom de code de l’agent qui a conclu l’accord. MARIANA OFF Par ailleurs, les migrants qui tentent de passer seuls, comme la famille vénézuélienne que j’ai croisée à Tapachula, doivent payer de petits pots-de-vin à chaque point de contrôle, sur leur chemin. MIGUEL Ils demandent une somme précise. Ceux qui ne payent pas sont refoulés. MARIANA OFF C’est un système conçu pour optimiser l’exploitation de gens désespérés, tout en enrichissant les cartels et les fonctionnaires corrompus. MIGUEL La majorité des responsables gouvernementaux touchent de l’argent. MARIANA On a parlé à un passeur. Mais je ne réalisais pas qu’il payait tout le monde. Les services d’immigration, la police, etc. MARIANA OFF Malheureusement, cette collusion entre les cartels et l’état mexicain n’est pas nouvelle. HOMME TELE Une vidéo montre des policiers mexicains apparemment au service de malfrats… MARIANA OFF Cela fait des décennies que ce problème gangrène le Mexique. À tel point que, cette année, l’ancien directeur de la sécurité publique a été condamné pour trafic de drogue. Nouvelle preuve de l’emprise des cartels sur le pays. MIGUEL Certains de mes collègues ont arrêté des migrants pris en charge par une entreprise de coyotes. Ensuite, ils ont été interceptés par les passeurs. Les criminels ont surgi devant leur véhicule officiel. En pleine ville. Une voiture de police était tout près. Les criminels ont dégainé leurs armes. Mes collègues ont eu très peur. Mais la police n’a pas bougé. MARIANA Pourquoi ? Les policiers avaient peur ou avaient touché de l’argent ? MIGUEL Ils avaient été payés. C’est sûr. MARIANA C’est comme s’ils avaient perdu des kilos de cocaïne. Dans ce cas, ils auraient perdu leur investissement. C’est-à-dire l’argent que les migrants allaient leur donner. MIGUEL C’est ça. C’est une lourde perte pour eux si on arrête les migrants. Donc ils défendent leurs intérêts. C’est là que les autorités interviennent. MARIANA Une question sensible : avez-vous déjà touché de l’argent ? MIGUEL Oui, parfois. Pas beaucoup, mais oui. MARIANA Comment vivez-vous ça ? Vous êtes corrompu, vous aussi. MIGUEL On ne peut pas y échapper. On est obligé de participer. Sinon, ils peuvent s’en prendre à vous. Donc pour éviter les problèmes, on le fait. MARIANA Pourquoi avoir accepté de nous parler ? MIGUEL Je me suis toujours demandé pourquoi l’institut pour lequel je travaille, qui est l’autorité chargée du contrôle des migrations, ne renvoyait pas les migrants entrés illégalement au Mexique. Pourquoi ne pas les expulser ? Pourquoi les laisser dans la rue, sans travail, sans rien à manger ? Des familles avec des enfants sans rien à manger ? MARIANA Pourquoi, selon vous ? MIGUEL Parce que ça représente beaucoup d’argent. Pour leur mettre la pression et les obliger à payer pour leur famille ou leurs amis. Pour les faire payer. MARIANA OFF Les accusations de cet agent de l’immigration résonnent encore, alors que je me dirige vers la frontière. Je comprends mieux ce que les Vénézuéliens m’ont raconté. VENEZUELIEN On doit payer. Sinon, ils nous refoulent. Ils veulent qu’on reste ici. Mais c’est pas normal. On est des êtres humains. Vous comprenez ? Personne ne nous a forcés à venir ici. Mais pourquoi est-ce qu’ils nous retiennent ? On est une marchandise, pour eux ? On est quoi ? MARIANA OFF Je suis restée en contact avec les Vénézuéliens. Aux dernières nouvelles, ils ont pu échapper aux autorités et monter dans un train vers le Nord. Visiblement, sauter dans « La Bestia » est toujours une option, même si ça devient plus rare. C’est logique, vu les sommes engrangées par le nouveau système. MARIANA Vous aimez votre travail ? JOSE Beaucoup. MARIANA Pourquoi ? JOSE Je l’aime bien, parce qu’on gagne bien. Je vis très bien. J’ai la belle vie. Les migrants, c’est un bon plan. On gagne bien. C’est le meilleur business. MARIANA OFF Après quasiment deux semaines sur la route, j’arrive enfin à la frontière nord du Mexique. MARIANA OFF C’est la dernière partie du voyage et on est entrés en contact avec une autre entreprise de « transport », concurrente de celle de King Coyote. On va rencontrer un certain Zorro. MARIANA On a reçu un appel de Zorro. Apparemment, un petit groupe de migrants vient d’arriver. Ils vont bientôt traverser la frontière américaine. Il nous a donné l’adresse de la planque où les migrants sont cachés avant de passer de l’autre côté. MARIANA C’est là ? GARDE Oui. MARIANA OK. Au coin. C’est juste au coin. OK. GARDE Posez les talkie-walkie. MARIANA OK. Et les caméras. On pose les caméras. GARDE Vite. MARIANA On sort ? OK. Il faut y aller. ambiance coupure pub MARIANA Bonjour. Moi, c’est Mariana. Bonjour. Zorro, comment allez-vous ? ZORRO Très bien. MARIANA Merci de nous avoir laissé entrer. Pouvez-vous nous expliquer où on est ? Ce qui se passe ici ? ZORRO On est dans une maison où on gère nos affaires. Un lieu sûr. Et on a des gens qui vont passer la frontière vers les États-Unis. MARIANA On remarque qu’il y a des hommes armés. Pourquoi ? ZORRO On attend l’autorisation. Pour les faire partir. MARIANA L’autorisation de qui ? ZORRO On paye les cartels pour pouvoir passer des migrants vers le Nord. Si on n’obtient pas l’autorisation, on ne peut pas travailler. MARIANA OFF C’est l’une des dernières épreuves pour les migrants, de ce côté de la frontière. Ils doivent faire un dernier paiement, que se partagent l’entreprise de transport et le cartel. ZORRO Il en reste encore un qui n’a pas payé. Je vais appeler quelqu’un de sa famille pour avoir le virement rapidement. Sinon, il restera ici. MARIANA Que ferez-vous de lui s’il ne peut pas partir ? ZORRO Il doit payer, parce qu’il est déjà là. MARIANA Je peux lui parler ? Lui poser des questions ? ZORRO D’accord. MARIANA Vous voulez bien me parler ? ANGEL Oui. MARIANA Je m’appelle Mariana. ANGEL Angel. MARIANA Enchantée. D’où venez-vous ? ANGEL De Morelia, dans le Michoacan. MARIANA Comment ça se passe, là-bas ? ANGEL Ça va très mal. Y a pas beaucoup de travail. Et le peu qu’il y a est très mal payé. ANGEL Je gagnais très peu d’argent. Donc je pars aux États-Unis. C’est ma sœur là-bas qui paye tout. MARIANA Vous avez déjà payé combien ? ANGEL Franchement, je n’en sais rien. C’est elle qui paye. MARIANA Et vous deux ? Vous êtes les plus jeunes, ici. HOMME 1 Oui. MARIANA Vous avez quel âge ? HOMME 1 21 ans. MARIANA 21 ans. Et vous ? HOMME 2 16 ans. MARIANA 16 ans ? Vraiment ? Et vous venez d’où ? HOMME 1 Du Sonora. MARIANA Du Sonora. Donc d’ici. HOMME 1 Oui. MARIANA Pourquoi voulez-vous aller aux États-Unis ? HOMME 1 Notre père est parti là-bas, quand on était petits. On veut le rejoindre. MARIANA Vous êtes ici depuis combien de temps ? HOMME 1 Environ 7 ans. MARIANA Et lui, il est où ? HOMME 1 A Chicago. MARIANA Après avoir passé la frontière, comment irez-vous jusqu’à Chicago ? C’est encore très loin. HOMME 1 Oui. On nous a dit qu’on pourrait se faire emmener là-bas par quelqu’un… ZORRO Non, non. Pas de questions. MARIANA On ne peut pas parler de ça ? ZORRO Non, s’il vous plaît. MARIANA OK. D’accord. MARIANA Il dit qu’il doit appeler sa famille parce qu’il est le seul qui n’a pas encore payé. Il veut demander quand l’argent arrive. MARIANA Tout va bien ? ANGEL Oui. SŒUR D’ANGEL au téléphone Allô ? ZORRO Bonjour. Je vous appelle à propos d’Angel. SŒUR D’ANGEL au téléphone Oui. Je suis désolée. Je n’ai pas pu vous contacter. J’étais au travail. Je cherche des gens pour m’aider à payer. Je sais que je suis en retard. Je vais payer. Mais j’étais au travail. ZORRO C’est pour ça que j’appelle. Vous devez payer pour lui. Sinon, il ne pourra pas partir et ce ne sera pas de ma faute. Vous me faites attendre depuis longtemps et j’en ai assez. SŒUR D’ANGEL Je suis désolée. On va payer. C’est juste que je n’y arrive pas toute seule. Vous savez comment c’est, ici. ZORRO Vous avez jusqu’à demain pour régler. OK ? SŒUR D’ANGEL Je veux mon frère ici. On veut qu’il soit ici avec sa famille. ZORRO Alors faites ce qu’il faut. MARIANA OFF Le sous-texte de la fin de l’échange est subtil, mais glaçant. « Je veux mon frère ici. On veut qu’il soit ici avec sa famille ». Traduction : « S’il vous plaît, ne lui faites pas de mal ». MARIANA C’est dur à entendre. Du moins pour moi. ZORRO Désolé, mais c’est comme ça. MARIANA Ah oui ? Tout est une question de business et d’argent, au fond ? ZORRO Comme tout, dans le monde, non ? MARIANA Vous passez toujours ces appels à la famille devant les gens ? ZORRO Oui, pour qu’il n’y ait pas de malentendu. Ils savent ce que j’ai dit. MARIANA Mais vous imaginez un peu la situation de cette sœur désespérée qui tente de trouver une solution ? ZORRO Moi aussi, je suis sous pression. Y a pas qu’elle. Moi aussi. Parce que si je ne paye pas pour lui, le cartel va penser que j’essaye de l’arnaquer. Que je veux le faire passer sans payer. Je peux pas faire ça. Sinon, j’aurai de gros ennuis. MARIANA Si vous ne recevez pas l’argent demain, que se passera-t-il ? ZORRO C’est à lui qu’il faut poser la question. coupure pub MARIANA OFF Je suis dans une planque, dans le nord du Mexique, près de la frontière, où des migrants sont retenus dans l’attente du paiement de leur passage. MARIANA C’était la voix de votre sœur ? ANGEL Oui. MARIANA Quand lui avez-vous parlé ? ANGEL Hier. MARIANA Qu’a-t-elle dit ? ANGEL Qu’elle va payer. Elle va payer, sûr et certain. Mais elle ne peut pas maintenant, elle attend des réponses. MARIANA De quelle somme on parle ? ZORRO Je sais pas trop. Environ 3000 dollars. MARIANA 3000 ? Ça fait beaucoup. ZORRO Oui… MARIANA Elle fait quoi, comme travail ? ANGEL Elle travaille dans les champs. MARIANA Dans les champs ? ANGEL Oui. MARIANA Que ferez-vous de lui s’il ne peut pas partir ? ZORRO Il devra attendre. On verra ce qu’on fait de lui… MARIANA OFF On s’en va. Selon King Coyote, ce type de problème est fréquent, des deux côtés de la frontière. MARIANA Comment vous assurez-vous qu’ils payent le reste, à l’arrivée ? Les 50% restants ? JOSE Si on a ce genre de problème, on emploie la manière forte. Pour qu’ils nous payent ce qu’ils nous doivent. MARIANA C’est quoi, la « manière forte » ? JOSE D’abord, on les prive de nourriture. On les empêche de dormir. Et puis… on les torture un peu. Pour qu’ils appellent leur famille en disant : « Ils me frappent. Ils me maltraitent. » On ne l’a pas fait souvent, mais on l’a déjà fait. MARIANA Et cette pression fonctionne ? JOSE Oui. Personne ne part sans nous payer. Tout le monde paye. MARIANA OFF Après ces menaces à peine voilées, j’apprends que, le soir même, la sœur d’Angel a versé la somme demandée. Il passera la frontière dans les prochains jours. ambiance MARIANA OFF Le lendemain, je retrouve Zorro. Il emmène un autre groupe jusqu’aux États-Unis. Des migrants qui ont déjà payé leur passage. MARIANA Tout le monde est très serré. On a le conducteur. Zorro à côté de moi, à l’avant. Et quatre migrants à l’arrière de la camionnette. On a une vingtaine de minutes de route avant de déposer les migrants dans un site précis. Ensuite, ils devront continuer à pied, dans le désert. Il va bientôt faire nuit, donc on se dépêche. MARIANA Je peux leur dire au revoir ? MARIANA Au revoir. Bonne chance. J’espère que tout se passera bien. HOMME Merci. MARIANA OFF Les migrants franchissent les fils barbelés et les clôtures. Et se mettent en marche. Une fois de l’autre côté, ils ont encore trois jours de marche dans le désert de Sonora, avant d’atteindre le point de rendez-vous. MARIANA Vous leur donnez quelque chose, pour le trajet ? JOSE On a des gens qui s’occupent de ça. Ils ont des radios et des portables. Les migrants prennent de l’eau et des solutions salines. Des vêtements et des chaussures adaptés. C’est de ça qu’ils ont besoin. Mais dans le désert, il fait très froid et très chaud. Il y a trois issues possibles : Tu atteins ta destination. T’es arrêté par l’immigration. Ou tu restes dans le désert. MARIANA Quel est le pourcentage pour chacune ? JOSE 50% s’en sortent. 45% sont arrêtés. 5% restent là. MARIANA Ils meurent ? JOSE Oui. Il y a des morts. Il y en a. MARIANA OFF Quant à ce qui arrive aux migrants de l’autre côté de la frontière, pas besoin de chercher très loin. On trouve même des images sur TikTok. Les entreprises de « transport » diffusent des publicités pour recruter des chauffeurs. Elles cherchent des Américains prêts à transférer les migrants de la frontière jusqu’à des centres urbains, où ils pourront se fondre dans la population. Ces chauffeurs gagnent des milliers de dollars par voyage… à condition d’échapper aux autorités. FLIC On essaye de se positionner aux goulets d’étranglement, comme sur cette route. Là où on pense qu’ils vont passer, pour atteindre leur destination finale. MARIANA OFF Nous avons passé une nuit dans le comté de Cochise, dans l’Arizona, avec les policiers. Et vu à quel point la situation était chaotique. FLIC interview Il va s’échapper. On part vers le Nord. FLIC Conducteur, sortez du véhicule et tournez-vous dos à moi. FLIC J’ai mis le gyrophare mais le véhicule n’arrête pas. FLIC Conducteur, sortez les mains par la fenêtre. Les mains derrière le dos. Combien de personnes dans la voiture ? HOMME Une ou deux, au moins. MARIANA OFF Trois arrestations, ça peut sembler une victoire pour les autorités. FLIC Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous devant la justice. Vous avez le droit de parler à un avocat et d’en avoir un avec vous. MARIANA OFF La réalité, c’est que, chaque année, des milliers de migrants passent entre les mailles du filet. Et ceux qui échouent recommenceront sans doute. Voilà pourquoi le business des passeurs est en plein essor. Parce que, pour les plus vulnérables, vivre aux États-Unis est un rêve qui ne s’achète qu’au marché noir. MARIANA OFF Et si vous vous posez la question, les Vénézuéliens à qui j’ai parlé ont réussi à passer en mai 2023, après un voyage de 8 mois à travers 7 pays. Ils se sont présentés aux autorités du Texas et vivent actuellement aux États-Unis, dans l’attente de l’examen de leur demande d’asile, comme 1,6 million d’autres migrants. FIN